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Full text of "Mystères inédits du quinzième siècle, publ. par A. Jubinal"

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MYSTERES 


INÉDITS. 


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MYSTERES 

INÉDITS 

DU  OUINZIÉME  SIÉCLE, 

3Dct  f/tutDiitotian  kc  JH.  le  0iiii«i[t  bt  CSnMiudJDn  pnhtiqut, 


ACHILLE  JUBINAL, 

LE  MS3.  USIQDB  DE 

L»  BIBLIOTHÉQUR  STE.-CEHUIé™. 

TOME 

PREMIER. 

Il 

Wt 

V,'^ 

"vy 

PARIS, 

TÉCHENER,   PLACE  DU  LOUVRE,   12 

ET  HOB  DE  SEINE,  SS,   AU    BUHEAU    DES   AMCIENNES 


H  DCCC  XXXVII. 


7 


St. 


IMPRIMERIE   DE    BÉTHUNE   ET    PLOW , 
36 ,  Ruc  de  Yaugirard. 


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\ 


PREFACE. 


Dans  la  préfeoe  cl'une  de  mes  publications  intitulée : 
La  Complainte  et  le  Jeu  de  Pierre  de  la  Brosse , 
cJiambellan  de  Philippe-le-Hardi ,  qui  fut  pendu 
le  Zo  juin  1278  (Paris,  Téchener,  i835;  d'aprés  le 
manuscrit  unique  de  la  Bibliothéque  du  Roi),  je  me 
suis  énoncé  ainsi,  pages  iget  20  :  «  Selon  moi^  lanais- 
sance  de  notre  théåtre  ne  date^  ni  des  mystéresrepré- 
sentés  pour  la  premiére  fois ,  en  1 402  ,  dans  1'hötel  de 
la  Trinité  par  les  confréres  de  la  Passion ;  ni  des  ré- 
jouissances  qui  eurent  lieu,  en  iSSg,  ä  l'entrée  de  la 
reine  Isabeau  de  Baviére  dans  Paris;  ni  méme  des  di- 
vertissemens  mimiques  donnés,  en  i3i3,  aux  fetes  de 
la  Pentecöte  par  ordre  de  Philippe-le-Bel ,  en  présence 
d'Édouard  II ,  roi  d'Angleterre ,  pour  célébrer  la  re- 
ception, comme  chevalier,  du  jeune  Louis,  alors  roi 
de  Navarre  ^  et  depuis  roi  de  France  sous  le  nom  de 
le  Hutin. 

Je  me  trompe  fort ,  ou ,  quelle  qu'ait  été  sa  forme , 


VI  PRfcFACE. 


queiles  que  soient  les  modifications  qu'il  ait  subies,  Té- 
lément  dramatique  n'a  jamais  cessé  d'exister  ;  il  n'y  a 
jamais  pu  avoir  solution  de  continuitc  compictc  dans  la 
marchedc  rintelligencehumaine, etc.  (i).» 

La  véritc  de  cette  opinion ,  que  le  peu  d'espace  ac- 


(1)  Les  fréres  Parfait,  qui  attribueiit  [Ilistoire  du  Thcalrt  fran- 

cais,  vol.  i,  p.  32)  rintroduction  des  mystéres,  diez  iious,  «  aux 

pélerins  qui,   reveiiaiit  de  la   Terre-Saiiilc    et  autres  lieux  de 

piété ,  coinposaieiit  des  c<mtiques  sur  leurs  voyages,  et  y  mélaient 

le  récit  de  la  vie  et  de  la  mört  du  fils  de  Dieu ,  »  ajoutent  ce- 

pendant  ce  qui  suit :  »Quoique  ce  soit  ici  la  véritable  origine  de 

res  spectacles  pieux ,  on  ne  laissait  pourtaut  pas  d'eo  avoir  quel- 

qu'idée  bien  avaut  le  régne  de  Charles  M.  En  voici  la  preuve 

tirée  du  Hvre  II  de    VJhstoire    de  la  viiie  de  Paris ,  p.    525  : 

M  En  Tannée  iS15,  le  roi  Philippe-le-Bel  donna  dans  Paris  une  fétc 

tf.des  plus  somptueuses  que  Ton  edi  vue  depuis  long-temps  en 

«  France.  Le  roi  d'Angleterre  Édouard  IL,  qu'il  y  avait  invite,  passa 

«( la  mer  exprés  avcc  la  reine  sa  (emme,  Isabeau  de  France,  et  un 

X  grand  cortége  de  noblesse.  Tout  y  brilla  par  la  magnificence  des 

M  habits,  la  varieté  des  divertisscmens  et  la  somptuosité  des  festins. 

u  Pendaut  huit  jours  enliers  les  seigneurs  et  les  princes  cbangeaient 

M  jusqu^å  trois  fois  d'babits  dans  un  seuljour;  et  le  peuple  de  son  cöle 

«  représenlait  divers  spectacles ,  tantöt  la  gloire  des  bienheureux  et 

« tantöt  la  peine  des  damnés;  et  puis  diverses  sortes  d^animaux,  et 

«  ce  dernier  spectacle  fut  appelé  la  procession  du  rcnard,» 

Godefroy  de  Paris ,  riinear  contemporain ,  nous  a  conservé  dan» 
sa  chronique ,  impriniée  par  M.  Buchou  ,  le  dctail  en  vers  de  cette 
soleiinité.  L'abbé  Yelly,  dans  son  Histoire  de  France,  t.  vii,  p.  477, 
édtt.  in-12 ,  a  traduit  le  récit  de  Godefroy  en  langage  du  quinziéme 
siécle;  et  M.  Monmerqué,  dans  les  observations  préliminaires  de  son 
excellente  edition  du  Jeu  de  Robin  et  Marion,  faite  pour  la  Sociétc 
des  bibliophiles ,  a  donné  le  texte  méme  du  poéte  chroniqueur  *,  je 
Tai  également  rcproduit  dans  mes  notes  du  Jeu  de  Pierre  de  in 
Brosse,  et  M.  Chabaille  ena  parlé  dans  son  avant-propos  du  Mjrs- 
tére  de  sainl  Crepin,  (Paris ,  Sylvestre ,  1856.) 


PRÉPACE.  VII 


cordé  k  ma  publication  m^empécha  de  développer ,  a 
été  trés-bien  démontrée ,  a  partir  de  l^cre  chrétienne 
jusqu'au  dix-dcptiéme  siécle ,  dans  une  serie  de  le^ODs 
professées  k  la  Sorbonne,  en  1 834  et  1 835^  par  Pun  des 
plus  érudits  archéologucs  de  ce  temps ,  M.  Charles 
Magnin ,  k  la  scicnce  et  å  Tamitié  duquel  je  me  plais  å 
rendre  hommage  (i). 

Je  n'y  reviendrai  donc  pas,  laissant  au  savant  et  spe- 
cial historien  du  théåtre  möderne  en  Europé ,  le  soin 
de  prouver  la  justesse  de  mon  assertion  ,  qui  est  aussi 
la  sienne.  Je  dirai  seulement  avec  lui  que  les  repre- 
sentations théåtrales  se  rattachent  immédiatement 
pour  nous ,  par  une  chaine  non  interrompue ,  ä  la 
civilisation  romaine.  Dés  le  premier  siécle  de  Fére 
chrétienne  ,  nous  voyons  en  efTet  paraitre  dans  l'É- 
glise  les  jigapes^  qui  plus  tärd  se  convertiront  en  fétes 
hiératiques,  et  produiront  les  fetes  dos  fouset  autres 
célébrations  boufTonnes.  L'époque  qui  suit  nous  of- 
frirait^  d^Ezéchiel  le  tragique ,  un  drame  qui  est 
en  méme  temps  une  espéce  de  chronique  sans  bomes 
de  temps  ni  de  lieu  (  la  vie  de  Moise) ,  et  le  Christ 
seuffrant  de  saint  Jean-Chrysostöme,  composition 
plus  érudite.  Postérieurement  nous  trouverons  le 
Querolus^  sorte  de  mysanthrope  taillé  sur  le  patron 
de  VAululaire  de  Téren^ ,  et  le  Ludus  septemsa-     i^l^nt^ 


(i)  Ces  le^^oiM,  revues  avec  soin  par  M.  Magnin,  vont  étre  tres- 
procbaineineDt  publiées :  elles  formeront  quatre  volumes  in-S»,  froit 
de  quioze  années  de  recherches  et  de  travaux,  que  nous  croyonsdes- 
tinés  å  Diodifier  beaucoup  (fidées  regues  rclativenient  å  rhistoire 
(hi^AtraU. 


VIII  PUéFACE. 


pientium  d'Au3one.  Le  ciiiquiéme  siécle  se  présente, 
lui,  avec  son  cortége  de  fetes  religieuses  durant  les- 
queiles  on  mime,  on  figure  dans  1'église  l'adoration  des 
mages,  les  noces  de  Cana,  ia  mört  du  Sauveur  ,  etc, 
avec  ses  processions  ou  Ton  proniéne  des  gargouilles , 
des  anioiauxfabuieux,  des  monstres  de  toiiles  formes. 
Dans  la  période  qui  vicnt  apres,  c'est>å-dire  du 
sixiéme  siécle  a  la  fin  du  neuviéme,  nous  rencontrons 
VOcipuSj  comédie  allégorique  dont  les  acteurs  sont : 
la  Goutte,  un  médecin,  la  Douleur  et  un  chccur  de 
goutteux  ;  le  Jugement  de  Vulcain  qu'on  a  rangé  k 
tort,  durant  long-temps,  parmi  les  églogues ;  quelques 
fragmens  d'une  tragédie  de  Clytemneslre ;  un  dialogue 
inter  Terentium  et  delusorem;  un  autre  composé 
pour  les  funérailles  d'Hathumolda ,  abbesse  de  Gander- 
saen,  entré  Corbie  de  France  et  Corbie  de  Saxe,  etc. 
Enfin,  au  dixiéme  siécle,  un  fait  unique,  anormal, 
dont  1'ensemble  conslituii  un  véritable  monument  lit- 
téraire^  se  produit  subitement  :  c'est  le  Thédtre  de 
Hroswita  (littéralement  Rose  blanche)^  abbesse  du 
méme  monastére  de  Gandersaen  dont  nous  venons  de 
parler  (i).  Ge  tbéåtre,  qui  se  compose  de  six  comédies, 
savoir:  la  Conversion  de  Gallicaruts^Dulcitius^  Cal 
limaque^  Abraham^  Paphnuce  et  un  petit  drame  allé- 
^^%^%iS     g^^*4"®  intitulé  la  Foiy  VEspérance  et  la  Charité  ^ 

(i)  On  pourrait  aussi  comprcndre  dans  les  compositions  dramati- 
ques  de  ce  siécle,  le  dialogue  ou  coUoquium  de  Théodulus,  entrc 
AlittUa^  representant  le  christianisme,  et  Pseustis,  qui  défend  le  pa- 
ganisme.  Cest  une  églogue  fort  rcoiarquablc  qui  dut  étre  lue  ou 
chantce  dans  quelque  repas  de  grand  seigneur  ou  d'évéquc. 


PREFACE.  IX 


forme,  a  dit  M.  Magnin  dans  une  notice  sur  Hroswita  et 
sur  la  comédie  å^ Abraham  insérée  daus  le  Tfiédtre 
Européerij  deuxiéme  livraison,  «  fundeschaiiions,  le 
plus  brillant,  peut-étre,  et  le  plus  pur  de  cette  serie  non 
interrompue  d'ceuvres  dramatiques ,  jusqu'ici  trop  peu 
étudiées,  qui  lien  t  le  théåtre  pålen,  expirant  vers  le  cin- 
quiénnie  siécle ,  au  théåtre  möderne ,  renaissant  dans 
prcsque  toutes  les  contrées  de  PEurope  vers  la  fin  du 
treiziéme  siécle  (i).  » 

Le  onziéme  siécle  ouvre  une  route  nouvelle  pour 
Fart  dramatique,  ou  mieux,  pour  Tesprit  humain.  A 
cette  époque,  en  eflfet,  les  langues  vulgaires  se  montrent 
å  1'horizon.  Ce  n'est  d^abord  qu'un  fant6me  qui  appa- 
rait,  qu'un  enfant  qui  bégaie  et  cherche  å  échapper  aux 
långes  dont  Tenveloppe  le  latin ;  mais  bient6t  elles 
progressent  au  détriment  de  1'art  hiératique,  elles  font 
invasion  dans  l'Église  qu'elles  doivent  détréner  deux 

* 

siécles  plus  tärd,  et  donnent  naissance  aux  Epitres 
farcies  (JEpistolce  farsitce)  ,  ou  chants  alternatifs  du 
peuple  et  du  clergé,  lesquels  s'exprimaient  Tun  en  la- 
tin, l'autre  en  langue  vulgaire  (3). 


(1)  Hroswitha  a  laissé  aussiun  poétnesur  les  Ollions,  dontM.  St- 
Marc^Girardin,  dans  son  coars  sur  rAllemagne,  a  fort  bien  fait  sen- 
tir  rimportance  å  la  fois  polilique  et  littérairc. 

(2)  Les  épltres  farcies  les  plus  nombreuses  qui  nous  soient  restées, 
sontcellesqui  ont  pour  objella  passion  de  saintÉtienne.  Celatient  ä  ce 
qa*aa  neuviéme  siécle  Charlemagneayantintroduit  le  rite  romain  qui 
défend,  pendant  la  messe,  d'autres  lectures  que  celle  des  passages  de 
rÉcritnre  sainte,  on  n'exécuta  pas  cette  interdiction  å  Fégard  de 
tfaiatÉtienne,  dont  le  martyre  se  truuvant  rapporté  dans  les  Actcs 


PREFACE. 


Le  onziéme  siécle  nous  fournit  plusieurs  monumens 


des  apötres,  mettait  par  cela  méme  les  épitres  ((ui  y  étaient  relatives 
hors  de  la  prescriptiou  du  rice  roinaiii. 

Don  Marlene  {Z^c  antiquls  ecclcsice  ritibus ,  t.  I,  p.  281),  cite, 
d^aprés  un  mauuscrit  de  St-Gratiea  de  Tour  ,  le  fragment  suivant 
d'un  planctus  sancti  Stephani,  ou  épilre  farcic  de  saint  Estéve  : 

Por  amor  Deii,  vos  pri  sai^os  barun, 
Se  ce  vos  duit  escoter  la  le^iin 
De  saiot  Esteuve  le  glorieus  barriin, 
£scotet-le  par  bonc  entcntion, 
Qui  a  ce  jor  rccu  la  passion,  etc. 

M.  Raynouard  a  publié  unc  autre  épttre  farcie  de  saint  Étienne , 
dans  son  Choix  de  poésies  des  Troubadours,  t.  II,  p.  144;  le  ma- 
nuscrit  de  U  Bibliothéque  royale ,  cöté  R  ,  7595  {bis) ,  ancien  ma- 
uuscrit de  fonds  de  Bigot,  contient  au  fol.  121,  v*  et  suivants ,  une 
épttre  farcie  de  Saint-Étienne ,  ou  Tauteur  se  nomme  lui-méme 
dans  ce  vers : 

Cil  qui  Tescript  Lucas  out  iion ; 

enfin ,  nous-mémes  en  avons  inséré  une  5"  dans  les  notes  du  pre- 
sent volume.  En  voici  une  4«  tirée  du  Mss.  6987,  fol  555  v°,  oCi  elle 
est  notée  en  musique. 

DE    SAINT  ESTEVENE. 

Entendés  tot  a  cesl  scrmoii , 
Et  clerc  et  lai  tot  environ : 
Conter  volons  la  passion 
De  saint  Estevene  le  baron  ; 
Couinent  et  par  qael  mesproisoii 
Le  lapidérent  Ii  félon 
Pour  Jhésucrist  et  pour  son  nom 
J*alorres  dire  en  la  le^oo. 

Lee  tio  actuumapostoiorum. 

Ccstc  Icron  c'on  ci  voui»  liät, 
Sains  Lus  Tapelc  que  la  iist : 


1>BKPAGB.  XI 


dramatiques  importans  :  c'est  d'abor(l  un  mystére  des 


Fals  des  apostles  Jhésucrist : 
Sains  Espérités  Ii  aprist. 

In  diebus  illis. 

Ce  fu  és  jours  de  pieté 
£1  tans  de  (j^rasse  et  de  iN)nlé, 
Que  Dieu  par  sa  grant  carité 
Rc^ut  mört  pour  crestieulé. 
£ii  itel  tans  ])on  euré 
Li  apostle  Ii  Dieu  amé 
Otat  saint  Estevcne  ordené 
Pour  prééciei  foi  et  verté. 

StephoFius  plenus  gracid  et  fortitudinc^faciebat  prodigia  et  signa 

magna  in  populo, 

Saint  Estevene  dont  je  votis  ^ant, 
Plains  de  grasse  et  de  vertu  grant, 
'  Faisoit  el  pule  mescreant 
Grans  miracles  Dieu  prééchant , 
Et  crestienlé  es8au9ant. 

Surrexerunt  {uttern  quideun  de  Synagoga  qui  appellabantur  liberä^ 
norum  et  Cyrenentiorum  et  Aiexandrinorum,  tt  eorum  guiä  Ci- 
iicid  etAsiåy  (sous-entendu  :  venerant)disputantes  cum  Stephano. 

Li  pharisien  Dieu  renoiié 
Qui  åfi  la  loi  sont  plus  prisié 
Vers  le  martyr  sont  adrecié  : 
A  lui  deputent  tot  irié. 

£i  non  poterant  resistere  saptentias  et  spiritui  qui  loquebantur , 

Sains  Estevenes  point  ne  doutoil , 
Car  li  fieus  Dieu  le  confortoit, 
Et  Sains-Espirs  en  lui  parloit, 
Qui  con  qu'il  dist  li  ensignoit. 


XII  PREFAGE. 


vierges  folies  et  des  vierges  sages,  écrit  entrois  bn- 


Al  grant  sens  k*en  liii  espiroit 
Nus  d'els  contrester  nel'  pooit. 

ndentes  autem  hoc  dissecrabantur  cordibus  suis ,  ei  siridcbant 

dentibus  in  cum, 

Quant  che  voient  les  putes  gens 
De  duel  en  ont  les  cuers  sanglans : 
Tant  les  sourportoit  maltalens, 
Qu'ensanle  croissoient  lor  dens. 

Cum  autem  esset  Stephanus  plenus  Spiritu  Sancio,  intendcris  in 

cceium,  vidit  gloriam  Dei^  et  ail  •• 

Qr  entendés  del*  saint  martir 
Cum  il  fu  plains  del'  Saint  Espir. 
Regarde  en  haut  et  voit  partir 
Les  cieuls  sour  lui  et  aouvrir  \ 
Et  la  gloire  Dieu  avenir 
Dont  a  parlé,  ne  pot  taisir. 

nEcce  video  ccelos  apertoSy  etjilium  homirUs  slantcm  a  dextris  Dei. » 

«  La  gloire  voi  nostre  Signour 
Et  Jhésucrist  mon  Salveour 
A  la  destre  mon  Créatour, 
Or  ai  grant  joie  sans  dolour ; 
Car  je  voi  ce  quc  jou  aour, 
Qui  est  loiiers  de  ma  labour.  » 

Exclamantes  autem  voce  mogna  continuerunt  aures  suas^  et 
impetumfccerunt  unanimiter  in  eum. 

Quant  del  fil'  Dieu  oent  parler 
Dont  commencent  å  foursener, 
Leurs  orelles  a  estouper 
Car  mais  nel'  puéent  escolter. 
En  tals  Ii  font  pour  lui  tuer. 
Ii  les  atent  com  gentix  ber; 


PRÉFACE.  XIII 


gues,  en  latin,  en  fran^ais  et  en  proven^al  (Mst.  ii 39 


Bien  puet  sofriretendurer 

Qu'il  voit  Dieu  qui  le  veut  sauver. 

Et  ejicUntes  eum  extra  cwitatem  lapidabant. 

Debon  les  mun  de  la  cité 
Ont  le  martir  trait  et  jeté. 
U  rönt  Ii  félon  lapidé 
Conques  n'en  eurent  piété. 

Et  testes  deposuerunl  vestimenta  sua  secus  pedes  adoleseeniis  qui 

uocabatur  Saidus. 

Pour  miex  férir  délivrement 
Ont  despouillié  lor  vestiment 
As  piés  d*un  vallet  innocent. 
Ce  fut  Saulus  qui  tant  tourment 
Fist  puiB  å  chrestiene  gent. 
Dieus  le  rapela  docement , 
Puis  fut  sains  Paus  tout  vraiement. 

Ei  lapidabant  Stephanum  innocenlem  et  dicentem  t 

Defor  Ii  font  mult  grant  assaut. 
Il  le  lapident ,  lui  n'en  caut , 
Tentses  mains  et  ses  iez  en  haut , 
Proie  k  Dieu  qui  as  siens  ne  faut. 

R  Domine  Jhesucristt ,  suscipe  spiritum  meum.  » 

«  Sire  Jhesucrist ,  mon  désir , 
Qui  m*a8  fait  les  tormens  sofrir » 
Des  or  re^ois  le  mien  espir ; 
Car  je  voel  å  toi  parvenir.  » 

Positis  autem  genibus,  clamavit  voce  ma^nå  dicens  t 

Lués  saint  de  grant  amistié , 
Ses  anemis  fait  semblant  lié. 
Ses  genous  ploie  par  pitié 


XIV  PREPACE 


de  la  Bibliothéque  du  roi ;  fonds  Saint-Martuil,  deLi- 
moges)  (i),  et  dont  M.  Raynouard  a  dit  au  lome  ii  de 
son  Choix  depoésies  originales  des  troubadours  ' 

Et  pour  cls  tous  å  Dieu  proiié. 

«  Domine ,  ne  statuas  illis  hoc  peccatum.  « 

«  Sire,  fait*il  en  qui  main  sont 
Li  juste  et  tout  cil  qui  mesfont , 
Pardone  leur,  pére  del  mont , 
Cas  il  ne  sevent  que  il  font. » 

Elcum  lioc  dixissctf  obdormivit  in  Domino. 

Quant  il  a  dit  tot  son  plaisir, 
Samblant  fait  qu'il  voelle  dormir, 
Clot  ses  iex,  si  rent  son  espir , 
Dieu  le  rechut  é  lui  servir. 
Or  prions  tout  le  saint  martir 
Qu'il  nous  puist  salver  et  garir . 
K'enssi  puissons-nous  tuit  morir, 
Et  al  regne  Dieu  parvenir. 
Amen. 

(1)  M.  Émile  Morice,daii8  son  Histoire  de  la  inise  en  scéne  de- 
pois  les  Mystéres  jusqa'au  Cid^  insérée  dans  la  Revue  de  Paris ,  a 
commis,  a  Pégard  de  ce  manuscrit ,  de  singuUéres  méprises.  «  Vers 
le  milieu  du  méme  siécle,  dit-il,  parurent  un  certain  nombre  de 
tragédies  en  rimes  latines.  Dans  Tune  d'elles,  dont  le  héros  est  sainr 
Martial  de  Limoges,  Virgile,  associé  aux  prophétes,  vient  avec  eu\ 
åTadoration  du  Messie,  etc.»  D'abord,  saint  Martial  n'est  pas  le  moins 
du  monde  le  héros  de  la  piéce.  Il  n'y  est  pas  méme  qucstion  de  lui. 
LeMss.  provient  tout  simplement  de  TAbbaye  qui  portait  ä  Limoges 
le  nom  de  ce  saint,  d*oi!i  Terreur  de  M.  Charles  Morice ;  ensuite  ce 
Mss.  n'est  pas  du  douziéme  siécle,  mais  du  onziéme;  enfin,  il  ne 
fallait  pas  mettre  cette  piéce  au  nombre  des  tragédies  écrites  en  la- 
tin ,  d^abord  parce  que  le  mot  tragédie ,  emprunté  ä  Tabbe  Lebeuf, 
est  impropre  pour  designer  les  mystéres  de  Saint -Benolt-sur-Loire, 
dont  je  crois  qu'on  a  voulu  parler  ;  ensuite,  parce  que  le  mystérc 
des  Vierges  folies  est  écrit  plutöt  en  proven^l  qu'en  latin. 


pniaACE  XV 


<(  Cet  ouvrage  présentc  Ics  élémens  et  la  marcbe 
d^undrame,  c'est-a^irc,  qu'il  a  une  exposition,  un 
Dceud  et  un  dénouement ;  »  ensuite  un  mystére  de  la 
Nativité  tiré  du  méme  manuscrit ;  et ,  enfin ,  quatre 
mystéres  latins,  conserves  dans  un  manuscrit  de  Saint- 
Benoit-sur-Loire,  qui  en  contient  six  autres  dont  noiis 
parierons  tout  a  l'heure.  De  ces  quatre  mystéres,  deux 
(oelui  des  Trois  Mages  et  celui  du  Massacre  des  Inno- 
cens)  paraissent  avoir  été  composés  pour  les  fetes  de 
Noél ,  les  deux  autres  (celui  de  la  Résurrection  et  ce- 
lui de  TApparition  de  Jesus  ä  ses  disciples,  a  Emmaus) 
semblent  avoir  été  écrits  pour  les  fetes  de  Päques. 
Ces  dix  mystéres  ont  été  édités  avec  le  plus  grand  toin 
par  M.  Monmerqué,  pour  la  société  des  bibliophiles. 

Le  dotkziéme  siécle  n'est  pas  moins  riche,  que  celui 
qui  le  précéde  ,  en  monumens  dramatiques.  L^Orient 
Dous  odre,  en  effet,  dans  cette  période,  deux  drames,  le 
premier  (V jimitié  bannie  du  monde),  dö  a  Théodore 
Prodrome,  le  second  du  ä  Plochyre.  Quant  a  l'Occident, 
nous  y  assistons  a  la  naissance  des  fetes  des  änes  et  des 
fous,  et  nous  y  trouvons  d'abord  les  six  Mystéres  du 
Mss.  de  Saint-Bcnoir-sur-Loire,  puls  troIs  drames  hié- 
ratiquesen  languevulgaire.  L'un,  qui  est  allégorique,a 
pour  auteur  Guillaume  Hermann,  poéte  anglo-normand 
qui  vivait  de  112'^  a  i  f^/o;  Tautre  est  dA  a  Étienne 
de  Langton,  cvéque  de  Cantorbéry,  et  le3%quiconsiste 
en  un  fragment  du  Mjrstere  de  la  Résurrection  que  j'ai 
moi-méme  publié^  avec  une  traduction  en  regard  (Pa- 
ris, Técbener,  i834),  est  anonyme  (i).  Enfin,  Bernard 


(1)  M.  Chabaille ,  pag.  7  de  rAvant-Propos  du  Mystérc  de  wiut 


XVI  PREFACE. 


Péze,  dans  son  Thesaurus  anecdotorum  novissimus, 
tome  II,  troisiéinepartie,p.  1 86,  a  publié  un  Luduspas- 
chaliSj  intitulé  :  De  adventu  et  interitu  Antechristiy 
composé  pour  l'einpereur  Frédéric  Barberousse,  el 
joué  probablement  devant  lui,  oii  le  pape  se  trouve 
désigné  sous  le  nom  de  PAntechrist,  et  ou  paraissaient 
1'einpereur,  les  rois  de  Francc,  d'Allcmagne,  etc.  Ma- 
thieu  Paris,  danssa  Yie  des  vingt-trois  abbés  de  Saint- 
Alban,  fait  mention  aussi  d'un  jeu  de  sainte  Catherine, 
composé  å  Dunstaple,  parGeftVoy,  qui  devint  plus  tärd 
abbé  de  Saint-AIban,  et  mouruten  1 147.  Ce  jeu  offrit 
ceci  de  remarquable  qu'il  fut  joucpardes  séculiers,et 
qu'on  emprunta  pour  sa  representation  ,  au  sacristain 
de  Saint-Alban  ,  les  chapes  et  les  autrcs  ornemens  de 
l'abbaye.  De  lä  å  la  dépossession  des  clercs  par  les  laics 
il  n'y  avaitqu'un  pas  :  il  s'opcra  au  siécle  suivant  (1). 
Le  treiziéme  siécle,  en  eftet,  nous  montre  le  génie 
dramatique  complétement  éinancipé  de  Tinfluence  ec- 


Grépin ,  avance ,  contrairement  å  notre  opinion ,  que  ce  fragment  est 
da  treiziéme  siécle.  Nous  nous  rendrions  avec  piaisir  äux  fort  bonnes 
raisons  qu'il  allégue ,  si  Técriture  du  manuscrit  qui  contient  le  mys- 
tére  de  la  Bésurrection  ne  dénotait  évidemment  le  douziéme  siécle. 
(1)  M.  Roquefort  fait  remonter  Tärt  dramatique  parmi  nous  jus- 
qu^aa  douziéme  siécle.  Il  cousidére  le  fabliau  d'Aucassin  et  de  Nico- 
lette  comme  le  premier  essai  de  ce  genre.  Nous  croyons  cependant 
impossible  de  placer  ce  joli  fabliau  au  nombre  des  piéces  de  théåtre. 
Il  consiste  dans  unc  narration  toucliante  faite  par  un  roéiiestrel  qui 
la  suspend  par  intervalles ,  tandis  que  son  compagnon  chante  sur  un 
luth  des  morceaux  de  poésie.  On  n'y  trouve  ni  dialogue,  ni  action , 
ni  mise  en  scéue ,  rien  de  ce  qui  constitue  Tébauche  la  plus  impar- 
faite  d*une  piécc  dramatique.  On  peut  en  dire  nutant  des  jeux  partis 
et  par  conséquent  du  fabliau  des  deux  Bordeors  ribmuls  que  M.Ko* 


PRKFACE.  Wll 


clésiastique.  Des  piéccs  qui  nous  sont  parvcnues  de 
cette  époque ,  aucune^  si  ce  n'est  le  Miracle  de  Theo- 
phile  ,  n'a  trait  aux  choses  religieuses ;  encore  ce  Mi- 
tncle  fut-il  composé  par  un  laic ,  et  par  un  laic  passa- 
blement  incrédule^  dont  le  plus  grand  plaisir  était  de 
semoquer  du  clergé;  (Voy.  ma  Notice  sur  Rutebeuf^ 
son  auteur;  Paris,  1 834,  Téchener.)Maisiciy  du  moins, 
tout  06  que  nous  possédons  est  en  langue  vulgaire ,  ä 
Texception  d'un  inystcre  latin  indiquc  a  l'année  1398, 
dans  une  chronique  du  Frioul,  citée  par  Muratori  (dis- 
sertation 39*) ,  et  intitulé  :  a  Representatio  ludi 
Ckristij  videlicet  Resurrectionis ,  adventus  Spiri- 
tus  Sancti  et  ad  ventus  Christi  ad  judicium.n  Co 
mystére,  si  Ton  s'en  rapporte  au  chroniqucur ,  auratt 
élé  repi'ésenté  uvec  succés  par  des  clercs  dans  la  cour 
du  patriarche.  Les  autres  piéces  qui  nous  restent  de 
cette  époque  sont  toutes  de  la  seconde  moitié  du  siécle, 


quefort  regarde  aussr  comme  une  esquisse  théåtrale.  Ges  piéces  n'of- 
freut  point  de  dialogue  :  ce  sont  deux  discours ,  et ,  pour  ainsi 
dire ,  deux  plaidoyers  qui  se  succédent  Tun  å  l^autre. 

(Observ.prél.  dujeu  de  Robin  et  Marion,  par  M.  Monmerqué.) 

TaTOiie  que  cesconclusions,  pour  justes  qu^elles  soient  ä  i^éganl 
des  deux  Bordeors  ribauds ,  me  paraisscnt  bien  sévéres  relative- 
nient  au  febliau  d^Aucassin  et  de  Nicolette.  Ne  serait-il  donc  pas  pos- 
sible  de  regarder  cette  gracieuse  com position  comme  le  type  de  To- 
péra-coroique  chez  nous  ? —  I^  roanque  d^action  qu'on  remarque  en 
élle  ne  ferait,  en  ce  cas,  que  la  rapprocher  du  genre  auquel  elle  ap- 
partieiidrait ,  car  depuis  cette  fameuseparole  de  Beaumarchais  :  « i.> 
qo*oii  ne  peot  parler ,  on  le  chante ,  »  qui  est-ce  qui  s'est  jamais 
inflémé  s'il  y  avait  dans  nn  opéra-comiqne  un»  action  .  un  n(riid  , 
une  |iéripétii*:^ 


XVIII  PRIiFACL. 


etdurent  étre  rcpréscntces  par  des  séculiers  (i).  Elles 
sont  au  nombre  de  cinq,  savoir :  lejeu  du  Pélerin 
et  lejeu  de  Robin  et  de  Marion y  donnés,  en  1822, 
par  M.  Monmerqué  pour  la  société  des  bibliophi- 
les;  le  jeu  du  Mariage  ou  de  la  Feuillée\  lejeu  de 
S.  Nicolas ,  et  cclui  de  Pierre  de  la  Broce  qui 
dispute  ä  Fortune  par-devant  Raison,  Je  ne  com- 
prends  pas ,  dans  les  oeuvres  théåtrales  de  cette  épo- 

(1)  En  Espagne,  la  representation  des  Mystéres  remonte  peut-étre 
au-delå  du  treiziéme  siécle ,  puisqiril  en  est  parlé  dans  la  loi  54 , 
tit.  VI,  de  la  partida  prima,  Cette  loi  défend  aux  clercs  de  faire  des 
representations  scéniques  dans  les  églises,  et  méme  d'y  assister 
quand  d*autres  les  font.  ««  Pourtant ,  ajoute  In  loi ,  il  est  telle  repre- 
sentation qui  est  permise  aux  clercs,  comme  celle  de  la  Naissance  de 
notre Seigneur  annoncéeaux  pasteurs  par  un  ange,  on  quand  on  ex- 
posé TAdoration  des  rois  mages ,  le  Crucifiement  du  Sauveur  et  la  Ré- 
sarrection  au  troisiéme  jour ,  etc.  De  telsspectacles  excitent  rhomme 
k  bien  faire  et  rafferroissent  sa  foi.  »»  (Origen^  epocas y  progrcsos  del 
teatro  tspanol^  etc. ,  par  Manuel  Garcia  de  Yillanueva  Hugaldo  y 
Perra  ,  en  Madrid ,  1802. )  De  ces  cxpressions  de  la  loi,  Thistorien 
dnthéåtre  espagnol  conclut:  1»  que,  des  le  milieu  du  treiziéme  siécle, 
il  existait,  en  Espagne,  des  piéces  religieuses;  2<>  qu'elles  avaient 
lieu  dans  les  églises  et  ailleurs;  5»  que  les  acteurs  étaient  des  Xvit^ 
oa  des  clercs  å  volonté ,  etc. 

(Råynouard,  Journal  des  Savans^  1856,  p.  56f .) 

Il  est  ä  croire  qu'au  treiziéme  siécle  les  Mystéres  étaient  austi  re- 
présentés  depnis  long-tcmps  en  Italie,  puisque  Villani,  lib.  ¥iii, 
ch.  70,  rapporte  qu'eii  1504  il  arriva  å  Florence  un  accident  funeste 
ä  propos  d'un  théåtre  qui,  ayaiit  été  élevé  sur  un  pont  ,*  s'écroala 
sous  la  multilude  des  spectateurs,  dont  un  grand  nombre  périt.  11 
faut  enoutre  rcmarquer  qnc  Yiil.uii  ne  raconte  pas  cet  accident  pour 
indiquer  Texistcnce  des  Mystéres,  en  Italie,  å  Tépoque  dont  il  ptrie 
(fait  qu'avec  son  exactitnde  ordinaire  il  eOt  cependant  mentiooné  $*il 
edi  été  récent  alors),  ma  is  seulement  pour  faire  conoattre  le  malheur 
arrivé  en  cette  occasion. 


PEKFACE.  XIX 


que,  la  disputoison  du  croisé  et  du  descroisé  par 
BuUåeufj  qu'y  range  Legrand  dCAussy,  parce  qu'il  n\ 
a  dans  octte  piéce  aucun  jeu  de  scéne,  qu'elle  n^est 
qu'un  dialogue  entré  deux  personnages,  une  églogue 
aur  UD  sqjet  con temporam,  et  que,  si  l'on  admettait 
Topinion  du  savant  traducteur  de  nos  fabliaux ,  il  fiiu- 
drait  ranger  aussi  dans  la  catégorie  des  oeuvres  dra- 
matiques  la  Disputoison  de  Charlot  et  du  barbitr 
dt  Melon ,  celle  de  Sjrnagogue  et  de  Sainte  Église; 
les  fabliaux  intitulés  la  Chasse  du  Cerf  ^  Margutt 
convertie^  etc.  Je  préférerais  de  beaucoup  y  compren- 
dre  FHerberie  Butebeuf^  spirituelle  parade  de  foires  et 
detréteaux  que  je  ne  puis  mieux  comparerqu'aux  chan- 
sons  bouflfonnes  de  Plantade ,  et  qui  serait  alors  une 
composition  beaucoup  plus  incontestablementdramati- 
que,  bien  qu'ellen'ait  ni  dialogue,  ni  action,etqu'ellc 
soitrécitéepar  un  seul  homme.  Tel  est,  d'aprés  toutes 
les  découvertes  faites  jusqu^ä  nos  jours,  Tinventaire  ri* 
goureusement  exact  des  productions  dramatiques  chez 
nous,  au  xni'siécle.  On  a  doutc  long-temps  qu'aucune 
d'eUes  e6t  été  jamais  représentée ,  et  peut-étre  a-t-on 
eu  raison,  si  Ton  a  voulii  entendre  ce  mot  dans  le  sens 
despectacle  public,  sedonuantdans  les  villeså  certains 
jourset  å  certaines  heures,  ainsi  que  cela  se  pratiqueau- 
jourd^hui;  mais,  comme,  d'aprés  leur  contexturc,  leur 
jeu  de  scéne,  leur  prologue  méme(Voy.  surtout  celui 
du  jeu  de  S.  Nicolas)^  ces  piéces  étaient  évidem- 
ment  destinéesåune  representation  quelconque^  il  fau- 
dra  bien  en  conclure  que  ,  si  les  villes  n^étaient  point 
assez  richespour  entreteiiir  des  troupes  de  ménétriers, 

b. 


XX  PREFACE. 


pour  avoir  des  lieux  propres  aux  representations  et  sub- 
venir  aux  dépenses  qu'eiles  nécessitaient,  tout  porte  ä 
croireque  les  princes  et  les  grands  seigneurs,  qui 
avaient,  eux ,  des  ménestrels  attachés  ä  leurs  person- 
nes,  que  les  abbés,  qui  disposaient  des  vastes  salles 
des  cloitres,  en  usérent  pour  faire  represen  ter  des  mi- 
racles  ou  des  jeuoc  (i).  Cest  ainsi  que  nous  pouvons 
supposer  que  la  charmante  et  fraiche  pastorale  de  Ka- 
bin et  Marioriy  dxie  au  trouvére  Adam  de  la  Halle,  qui 
avait  suivi  Charles  d'Anjou  en  Italie,  fut  représentée  å 
Naples  devant  ia  cour  de  ce  prince,  qui  était  toute  frän- 
^aise  ;  que  le  miracle  de  Théophile  et  \ejeu  de  S. 
Nicolas  étaient  réservés  aux  clercs,  et  que  \cjeu  de 
Pierre  de  la  Broce  ful  représenté  dans  la  demeure  de 
quelque  famille  seigneuriale  ennemie  de  ce  ministre 
et  satisfaite  de  sa  chute. 

Mais,  si  nous  avons  quelques  rcnseignemcnts  sur  le 
fonds  et  si  la  conservation  des  monura;.-nts  nous  auto- 
rise  a  prononcer  affirmativement  sur  le  fait  de  la  re- 
presentation ,  nous  sommes  loin  d'étre  aussi  avancés 
sur  lesdétails.  Comment  répondre,  en  effet,  aux  ques- 


(1)  Sur  ces  dénominations  de  jeu  on  de  miracU ,  voici  ce  qae  je 
pense.  L' esprit  du  temps  avait  fait  imagiuer  et  écrire  beaucoup  de 
Yies  de  Saints  en  vers.  Ces  ouvrages  étaient  faits  pour  étre  décla- 
més,  et  on  leur  avait  donné  le  beau  nom  de  iragedies.  Pcu  ä  peu  Tärt 
se  perfectionnant  par  Tinstinct ,  on  resserra  ce  cadre  trop  väste.  On 
s^astreignit  å  un  fait  particulier  (ordinairement  c^était  un  miracle)-^ 
on  le  mit  en  action ,  et ,  comme  ces  nouvelles  piéces  furent  jouees^ 
et  qu^elles  étaient  failes  pour  Tétre ,  on  les  nomma  jeux ,  afin  de 
les  distinguer  des  iragedies  qui  n'étaient  que  déclamées.  ( Legrand 
d'Aussy,  Contes  et  Fabliaux,  t.  II,  p.  174 ,  édit.  Reno|iard.) 


PRKFACC.  XM 


tioos  qu^on  nous  pourrait  faire  sur  le  théåtre  et  sa  pa- 
rure ,  sur  les  costumes ,  les  décorations ,  les  acteurs , 
les  machines ,  les  apparitions  diaboliques,  etc,  etc.? 
Nous  avouons  qu'ici  tout  nousmanqueä  la  fbis,  et  que 
Dous  ne  pouvons  méme  raisonner  de  Paccessoire  théÅ- 
tral  du  XIII'  siécle  que  nous  ne  connaissons  pas  ,  par 
analogie  aveccelui  du  xv*  que  nous  connaissons ;  car 
la  difTérence  entré  ces  deux  époques  fut  si  grande 
queceserait  nousexposer  k  tirer  de  faussesinductions. 

Une  chose  qu  il  faut  bien  remarquer  au  xiii*  siécle, 
c'est  que  le  théåtre,  qui,  chez  nous  aux  époques  précé- 
dentes,  avait  été  presqu'exclusivement  religieux  ,  de- 
Yient  tout-å-coup  profane  avec  le  jeu  de  Robin  et  Ma- 
rion ,  celui  de  Pierre  de  la  Broce ,  etc.  Gette  circon- 
stance  qui  tient  å  une  transformation  sociale  impor- 
tante,  mérite  qu'on  s'y  arréte.  La  féodalité,  cet  Age  de 
fer  qui  s'était  allié  si  intimement  au  sacerdoce ,  avait 
cédé  une  partiede  sa  puissance  au  clergé.  Les  barons, 
a  i'aide  de  leurs  cuirasses  ^  de  leurs  gantelets  d'acier 
et  de  leurs  hommes  d 'armes, étaient  en  possession  de 
la  force;  TÉglise,  avec  son  glaive  spirituel,  avec  ses  in- 
timidations  religieuses ,  son  long  usage  et  sa  culture 
de  tout  ce  qui  avait  trait  h  Fintelligence,  était  la  reine 
des  idées.  La  noblesse  et  le  clergé  marchaient  donc 
en  s'appuyant  l'un  sur  l'autre  :  c'étaicht  deux  fréres 
juroeaux  dont  la  vie,  commencéeau  méme  instant,  de- 
vait  se  terminer  ä  la  méme  heure. 

Gette  derniére  conformité  de  destince  ne  leur  faillit 
pas. 

Le  systcme  feodal,  si  puissant  durant  plus  de  deux 


Wll  PRÉFAGb. 


siécles,  tut  miné  sourdement  vers  la  fin  du  xii%  par 

UD  pouvoir,  humble  d'abo^d,  rival  ensuite  et  bientöt 

dominateur ,  qui ,  en  politique  y  devint  le  fondement 

d'une  organisation  nouvelle ,  la  commune  ,  et  fit  pas- 

ser,  pour  ce  qui  a  rapport  å  Tärt  dramatique,  la  puis- 

sance  cléricale  aux  mains  des  confréres  laJcs :  ce  nou- 

veau  pouvoir^qui  devaitådaterdecetteépoque  devenir 

envahisseur  et  puis  inaUi*e,  étai  t  tout  simplement  le  </e/*,f- 

eta/yc'e8t*å-dire  le  peuple,  qui  avait  jusqu'alorsrelevé 

de  toutyCt  duquel,  au  contraire,  tout  releva  plus  tärd. 

Au  XII'  siécle ,  les  confréries  composées  de  laics  fu- 

rent  établies  dans  un  but  de  piété  et  de  charité.  EUes 

étaient  sérieuses,  sévéres,  et  ne  songeaient  pas  å  åtta* 

quer  TÉglise.  Au  xiii',  elles  la  dépossédérent  en  parlie 

de  son  influence ,  malgré  la  résistance  du  clergé ,  qui 

chercha  ä  les  combattre  par  Tétablissement  des  ordres 

mendiants,  et  au  xiv'  elles  la  remplacérent  compléte- 

ment.  Aipsi  en  1^43  on  joue  un  mystére  en  plein  air 

ä  Padouehors  de  Téglise,  et  en  1364  il  se  forme  dans 

cette  ville  une  société  qui  represen  te  la  passion  durant 

la  semaine  sainte.  Presqu'en  méme  temps  nait  cbez 

nous  (en  1^85  selon  les  uns  ,  en  i3o3  selon  les  au- 

tres)  la  confrérie  bouflonne  de  la  Basoche^  et  d'aprés 

lerécitde  Geoflroy  de  Paris,  nous  voyons  en  i3i3, 

lors  de  la  célébration  des  fetes  données  par  Philippe- 

le-Bely  les  tisserands  représenter  : 

Adam  et  Éve, 

Et  Pilate  qiii  ses  mains  leve ,  etc. 

tandis  que  les  corroyeurs  contrefont  la  vie  de  Renard, 
qu'ils  montrent  aux  spectateurs  habillé  en  évéque  et 


PREFACE.  XXIfl 

en  archevéque.  En  i38o  apparait  la  corporation  des 
EnFants  sans-souci;  en  i38i  celle  de  la  Mére  folie  de 
Dijon  et  la  société  des  Fous  de  Cléves,  etc,  qui  toutes 
se  livrentavec  iUreur  aux  amusements  du  théåtre  (i). 
Cest  ici  le  lieu  de  placer  une  observation  d'un  grand 
intérét  pour  notre  histoire  littéraire.  Le  xiv*  siécle , 
qui  en  proseconipte  plusieurs  ccrivains  remarquables, 
est  cbez  nous  en  poésie  d'une  extreme  pauvreté.  Se- 
rait-ce  qu 'apres  le  siécle  de  Saint-Louis,  qui  fut  pour 
la  langue  romane  ce  que  fut  celui  de  l^ouis  XIV  pour 
la  langue  frau^aise ,  la  facuité  poétique  se  serait  éteinte 
subitement  ?  Est-ce  donc  comme  Fa  écrit  un  critique 
du  siécle  dernier,  u  qu'inépuisable,  et  toujours  la  méme 
dans  ses  productions  physiques,  la  nature  serait  bor- 
née  dans  son  énergie  morale  ,  et  n'aurait  en  ce  genre 
qu'une  fécondité  passagére  qui  la  condamnerait  ensuite 
ä  une  longue  stérilité?»  Loin  de  lä;  mais  les  évé- 
nements  qui  semérent  la  France  a  cette  époque  de 
désolation  et  de  ruines,  savoir  :  les  revers  et  la  cap- 
tivité  du  roi  Jean,  la  conquéte  d'une  partie  du  royaume 
par  les  Anglais,  la  folie  de  Charles  VI,  etc.,  restreigni- 
rent  de  beaucoup  le  sentiment  poétique  et  durent  je 
ter  dans  toutes  les  åmes  une  profonde  tristesse.  La 
langue-  romane,  en  outre,  entrait  alors,  quoique  d^une 

(1)  Selon  M.  Tabbe  de  La  Rue  [Essais  historiques  sur  les  bardesy 
iesjongUurs  et  les  trouvéres  normands  et  anglo- normands) ,  des 
représentatious  de  Myste  res  auraient  eu  lieu  chez  les  Normands  et 
les  Aiiglo-Noniiands,  long  temps  avant  qu'elles  eussent  lieu  å  Pa- 
ris. U  cite  ä  Tappui  de  cette  opinion  le  Mystére  de  la  Peniecoie , 
joué,  selon  lui,  å  Ghester  en  1527,  et  celui  de  la  Naissanct  de  Jesus- 
Chrisiy  représenté  i  Bayeux  en  IMO. 


XXIV  PHEFACE, 


maniére  pcu  sensible,  dans  sa  premiére  période  de  dé- 
cadence.  Ce  serait  donc  une  chosc  étonnanle  que  nous 
eussions  conservé  un  assez  grand  nombre  de  morceaux 
draaiatiques  remontant  ä  cette  époque,  s'ils  ne  se  trou- 
vaient  lous  compris  dans  le  méme  recueil,  et  s'ils  n'a- 
vaiont  été  probablement  coniposés  pour  la  méme  com- 
frérie,  peut-étre  par  le  méme  auteur.  Ce  recueil,  coté 
parmi  les  Mss.  de  la  Bibliothéque  du  roi  sous  le  n" 
7208,  gr.  in-4**,  est  intituléil//rac/e^  de  Notre-Dame. 
L'écriturc  en  est,  ainsi  que  les  vignettes  ,  de  la  fin  du 

m 

xiv*ou  ducommencement  du  xv'siéclc;  il  se  composc 
de  deux  voluraes  contenant,  le  premier  v ingt-deux  mi- 
racles,  et  le  sccond  dix-huit(i). 

(1)  Un  de  ces  miracUs,  celui  de  Rober t-U-Diable^  a  été  imprimé 
å  Roaen  en  1856 ,  chez  M.  Édouard  Frére,  libraire  de  la  Bibliothé- 
que et  de  la  ville,  auquel  les  amateurs  de  uotre  vieille  langue  sont 
déjå  redevables  de  Timpression  du  Roman  du  Rou  ,  du  Roman  du 
Brut ,  etc.  Depuis^ ,  j^ai  fait  copier  pour  Thonorable  M.  Langlois, 
directenr  de  TAcadémie  de  peinture  de  la  méme  ville ,  un  autre  de 
ces  miracles,  celui  de  la  Reine  Bautheuch ,  qu'il  se  propose  de  pu- 
blier.  Cette  derniére  circonstance  m'engage  a  donner  ici  le  catalogue 
exact  de  tous  ceux  que  contient  le  manuscrit.  Peut-étre ,  dans  cette 
longue  serie  de  monuments,  s'en  trouvera-t-il  qui  auront  trait,  pour 
plusiéurs  de  nos  érudits,  ä  des  sujets  de  prédilection.  Puisse,  dans 
ce  cas,  cette  mentiou  engager  queiqu'un  d'eux  a  les  mettre  au  jour! 

TABLE  DES  MIRACLES  DU  1'^  VOL.  MSS.  DE  LA  BIBLIOTHisQUEDUROI, 
COTÉ  7308  A,  ET  ACHETÉ  100  FR.  PAR  CANGÉ. 

Fol.  1.  Miracle  de  N.  D.  au  sujet  d'ua  enfant  qui  fut  donné  au 
diable  quant  il  fut  engendré. 
Fol.  14.  Cement  N.  D.  délivra  une  abesse  qui  estoit  grosse.de  son 

clerc. 

Fol.  S4.  DeTévesque  que  Tarchediacre  ametrit  pour  estre  évesque 
aprte  sa  mört. 

Fol.  34.  La  fame  du  roy  de  Portugal  tua  le  séneschal  du  roy  et  sa 


PREFACE.  X\V 


MatDtenant ,  ces  miracles  étaient-ils  joués  par  des 
coofréres?  Tout  portek  le  croire;  mais  il  est  possible. 


propre  cousine;  elle  fut  condamiiée  k  ardoir,  et  N.  D.  Ten  guarantit. 

Fol.  46.  Salomié  qui  ne  croioitpas  que  IS.  D.  eut  eojTanté  virgina- 
lemeDt  sans  oeavre  d'home  perdi  les  mains  pour  ce  qu'elle  le  voulut 
esprouver ;  elle  se  repentit ,  mit  ses  maiDS  sur  N.  S. ,  et  elles  luy 
forent  rendaes. 

Fol.  56.  Un  roy  fit  couper  les  poinls  å  sainct  Jean  ChrisosUioines, 
et  N.  D.  lay  refit  une  nouvellc  main. 

Fol.  69.  D*une  none  qui  laissa  son  abaye  pour  s'en  aler  avec  uu 
clievalier  qui  Téponsa ,  et  depuis  qu'ils  orent  eus  de  biaus  enfans , 
N.  D.  s'aparat  a  elle ,  dont  elle  retouma  dans  son  abaye ,  et  le  che- 
▼alier  se  rendit  moyne. 

Fol.  79.  D'un  pape  qui ,  par  sa  convoitise ,  vendit  le  basme  dont 
servoit  deux  lampes  dans  la  cbapelle  St-Pierre ;  sainct  Pierre  s*apa- 
nit  å  luy  et  luy  dit  qu'ii  seroit  damné,  et  depuis ,  par  sa  bone  rcpen- 
tence,  N.  D.  le  fit  absoudre. 

Fol.  90.  De  sainct  Guillaume-du-Désert ,  duc  d'Aquitaine ,  que 
les  diables  batirent  tant  qu'ils  le  cuidérent  laisser  mört ,  pource  qu'il 
ne  vouloit  retoumer  au  monde,  dont  N.  D.  le  vint  reconforter  et  le 
guérir(l). 

Fol.  101 .  D'un  évesque  ä  qui  N.  D.  aparut  et  lui  dona  un  jouel  d'or 
auquel  avoit  du  lait  de  ses  mamelles. 

Fol.  109.  Coment  M.  D.  guarantit  de  mört  un  marcbant  (qui 
longtcmps  Tavoit  servie  decbapiaux)  d'un  larron  qui  Tespioit,  et 
conment  elle  s'aparut  au  larron  et  au  marcbant ,  et  puis  de  vint  le 
larron  hermite. 

Fol.  1 1 6.  La  marquise  de  la  Gaudine ,  par  Taccusement  de  Toncle 
de  son  mary ,  fu  condamnée  å  ardoir.  Antbenoy ,  par  le  comande- 
ment  de  K.  D. ,  s*en  combatit  a  Toncle  et  le  déconfit  en  cbamp. 

Fol.  127.  De  Tempereur  Julien  que  sainct  Mercure  tua  par  le  co- 
mandement  ^.  D.,  et  Libanius,  son  sénescbal,  qui  cela  vit  en  vision, 
se  åt  baptiserå  St-Basile,  et  devint  hermite,  et  pour  voir  N.  D.  en 
sa  biauté ,  soufrit  qu*on  luy  crevast  les  yeux ,  et  le  renlumina  N.  D. 

(1)  M.  Thomassy»  ancien  éléve  de  Vécole  des  Cbartes ,  qui  se  pro- 
pose  de  publier  prochainement  le  roman  å*Aytneri  dt  Narbonne^  va 
noosdonnerbientdt  ce  Miracie^  qui  se  lie  accessoirement  au  sujet  du 
poéme. 


XXVI  PRBFACE. 


comme  ces  mystéres  sont  sérieux,  que  des  ecclésiasti- 
ques  aient  pris  part  ä  leur  representation  en  méme 


Fol.  139.  N.  D. ,  å  la  requeste  de  salnt  Prist ,  délivre  un  prévost 
du  purgatoire. 

Fol.  151.  Commenl  un  enfant  resuscita  entré  les  brås  de  sa  mére  que 
Ton  vouloil  ardoir ,  pource  qu'e]le  Favoit  noyé. 

Fol.  165.  De  la  mére  d'un  pape  qui  tant  8*enorgueilli  pour  son 
fils  pape  et  ses  deux  autres  fils  cardinaux,  qu'elle  se  reputa  greigneur 
que  N.  D. 

Fol.  179.  D'uii  paroissien  cxcomenié  que  N.  D.  absolu  sur  la  re- 
queste du  bon  fol  d' Alexandrie. 

Fol.  197.  Une  femme,  nomée  Théodora,  pour  son  péchié  se  met  en 
habit  d'home ,  vi  pour  sa  penance  faire  devint  moyne  et  fu  tenu  pour 
homme  jusqu'aprés  sa  mört. 

Fol.  211.  D*un  chanoine  qui ,  par  Tennortement  de  ses  amis ,  se 
maria ,  puls  laissa  sa  fame  servir  N.  D. 

Fol.  223.  De  sainct  Sevestre  et  de  Tempereur  Constantin  qu*il 
converti. 

Fol.  235.  De  Barlaam,  maistre  d'hostel  du  roy  Avennir,  qui  con- 
vertit  Josaphat,  le  fils  duroy,  et  depuis*,  Josaphat  convertit  son 
pére  et  tous  ses  gens. 

Fol.  250.  De  sainct  Panthaléon  que  un  empereur  fit  décoler  avcc 
Hermolaiis  et  ses  deux  compaignons  qui  Tavoient  baptisé. 

DBUXIEME  VOLUME,  COTÉ  7208,  B. 

Fol.  1 .  Gy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  d'Anii8  et  d'A- 
mille,  lequel  Amille  tua  ses  .ui.  enfantspour  garir  Amis»  soacom- 
paignon ,  qui  estoit  mesel ,  et  depuis  les  resuscita  Notre-Dame. 

Fol.  15.  Cy  commence  un  miracle  de  sainct  Ignace. 

Fol.  28.  Cy  commence  un  miracle  de  sainct  Valentin  que  un  em- 
pereur fist  décoler  devant  sa  tablc ,  et  lantost  s'étrangla  Tempereur 
d*nn  os  qui  lui  traversa  la  gorge ,  et  dyables  l*emportérent. 

Fol.  39.  Cy  commence  un  miracle  de  Motre-Dame,  commeat  elle 
gärda  une  femme  d*estre  arse. 

Fol.  53.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  de  Temperear 
de  Rome  que  le  frére  de  Tempereur  accusa  pour  la  fére  destruire, 
pour  ce  qu'elle  n*avoit  volu  faire  sa  vonlente,  et  depuis  devint  mesel , 
et  la  dame  le  garit  quant  il  ot  regehy  son  mesfait. 

Fol.  69.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  comment 
Östes,  roy  d*t)spaingne,  perdi  sa  terrc  par  gagier  contre  Bérengier 


PREPAGE.  XXVII 


temps  que  des  séculiers  :  nous  retrouvona  plus  tärd 
des  exeinples  de  ce  iiiélange. 


qui  le  tray  et  Ii  fist  faux  entendre  de  sa  femme ,  en  la  bonté  de  la- 
quelle  Ostcs  se  fioit ,  et  depuis  le  dcstruit  Östes  en  chimp  de  ba« 
taiUc. 

Fol.  84.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame ,  comment  la 
fiUe  du  roi  de  Uongrie  se  copa  la  main  pour  ce  que  son  frére  la  vou* 
loit  espouser,  et  un  esturgon  la  gärda  .vii.  ans  en  sa  molette. 

Fol.  103.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  de  sainct. 
Jchan  le  Paulu ,  hermite ,  qui ,  par  temptacion  d'ennemi «  occist  la 
ftlle  d'iin  roy  et  la  jetta  en  un  puiz ,  et  depuis ,  par  sa  penance ,  la 
resuscita  Notre-Dame. 

Fol.  117.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  de  Berthe, 
feme  du  roy  Pepin ,  et  qui  ly  fu  changée ,  et  puis  la  retrouva. 

Fol.  1 39.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame »  du  roy 
Thierry  å  qui  sa  mére  iist  entendant  que  Osane ,  sa  femme ,  avoit  eu 
.m.  chiens,  et  eile  avoit  eu  .iii.  iils  ,  dont  il  la  condampna  å  mört,  et 
cciii  qui  la  durent  pugnir  la  mirent  en  mer ,  et  depuis  troura  le  roy, 
set  enfants  et  sa  femme. 

Fol.  167.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame ,  de  Robert-lc- 
Dyable,  fils  du  duc  de  Normendie ,  h  qui  il  fu  enjoint,  pour  ses  mes- 
CutSy  que  il  feist  le  fol  sans  parler  ;  et  depuis  ot  notre  Seigneur  mercy 
de  ly ,  et  eqpousa  la  Alle  de  Tempereur. 

Fol.  173.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame  et  de  saincte 
Bantheuch  ,  femme  du  roy  Clodoveus ,  qui ,  pour  la  rébellion  de  ses 
dem  eaianf ,  leur  fist  cuire  les  jambes ,  dont  depuis  se  revertirent 
et  devinrent  religieux. 

Fol.  192.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  comment  N.  S. 
icsaMigna  que  un  marchant ,  qui  avoit  emprunté  argent  d'un  Juif  k 
paier  å  jour  nommé ,  Tavoit  bien  et  deuement  paié ,  combien  qtie  le 
Juif  lui  reniast ,  et  pour  ce  se  fist  le  Juif  crestienner. 

Fol.  306.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  d'un  marchaot 
nommé  Pierre^le-Changeur ,  qui ,  par  lonc  temps ,  avoit  vesqui  de 
mauvaise  vie,  qui  fu  si  målade  que  il  cuidoit  morir ;  et  en  sa  makdie, 
vit  CD  avision  les  dyables  qui  le  vouloient  emporter,  et  N.  D.  Ten 
farentiä  la  priére  d'un  ange  qui  le  gardoit ,  et  depuis  vint  å  santé  et 
ist  tantde  bien  qa*il  converti  un  Sarrasin. 

Fol.  221.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame,  de  la  filled'un 
roy  qui  ic  parti  d'avec  son  pere  pour  ce  que  il  la  vouloit  espouser ,  e( 


XXVIII  PRÉFACE. 


Le  xiv!  aiéde  nous  fournit  encore  ,  mais  en  Italie 
et  écrites  en  latin,  par  un  homme  (Albertino  Mussato) 
qui  fut  ä  la  fois  ambassadeur ,  grand  politique ,  grand 
poete,  vaiilant  soldat ,  bon  ciloyen  ,  et  honoré  å  Pa- 
doue,  sa  patrie,  du  méme  triomphe  et  de  la  méme 
couronne  littéraire  que  d'autres  villes  décernérent 
plus  tärd  ä  Pétrarque  et  au  Tasse,  deux  tragédies 
publiéesen  i636,  äVenise,  par  Villani,  et  qui  n'ont 
jamais  été  traduites  en  fran^ais.  Ges  productions  dra- 
matiques  ont  cela  d'extraordinairectd'anorinal  qu'elles 
sont  empruntées,  Tune (^Ui Mört  d^Achille)\i  Homére, 
dont  la  mythologie  sommeiliait  depuis  plusieurs  sié- 
cles,  l'autre  (Eccelino  lyran  de  Padoue  )  å  Tun  de 
ces  sujets  contemporalns,  si  lugubres,  si  sombres^ 
qu'ils  ont  flatté  de  nos  jours  Timagination  d'un  grand 
poéte  et  lui  ont  fourni  le  type  d^Angelo. 

Le  XIV*  siécle  offre  encore  quelque  cliose  de  fort 
remarquable  et  du  plus  grand  intérét  pour  l'histoire 
dramatique.  Je  veux  parler  de  Pétablissement  des  Coh- 

laifisa  habit  de  femme ,  et  se  mainteint  com  chevalier  et  fu  sodoierde 
Fempereur  de  Constantinoble ,  et  depuis  fu  sa  femme. 

Fol.  246.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame ,  de  sainct 
Lorens  quc  Dacien  fist  morir ,  et  Philippe  Tempereur  fist-ii  morir 
pour  estre  emperiére. 

Fol.  262.  Gy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame ,  coment  le  roy 
Glovit  ae  fist  crestienner  a  la  requeste  de  Clotilde ,  sa  fen^me ,  pour 
une  batailie  que  il  avoit  contre  Alemans  et  Seves ,  dont  il  ot  la  victoire; 
et  en  le  crestiennant  envoia  Dieu  la  saincte  Ämpole. 

Fol.  280.  Cy  commence  un  miracle  de  Notre-Dame ,  de  sainct 
Alexis  qui  laissa  sa  femme  le  jour  qu  il  Tot  espousée,  pour  aler  estre 
povre  par  le  pais ,  pour  Tamour  de  Dieu ,  et  gärder  sa  virginité.  Et 
depuis  revint  chiez  son  pére ,  et  lä  morut  soubz  un  degré  et  ne  le 
cognut  i*en  devant  qu'il  fu  mört. 


PREFACE.  XXIX 


/réres  de  la  Passion.  Tout  le  monde  sait  que  leur 
premierc  résidence  fut  ä  Saint-Maur-des-Fossés ,  prés 
VinceDnes,  alors  lieu  favori  de  pélerinage  et  de  plai- 
sir  pour  les  Parisiens,  et  que  lä  se  fit,  en  1 398,  le  pre- 
mier essai  de  leurs  representations,  imitées  des  chants 
et  descantiques  que  psalmodiaient  oumimaient,  en 
llioniieur  des  saints  et  des  martyrs,  les  pélerins 
qui  se  trouvaient  rassemblés  en  ce  lieu.  Le  prévdt  de 
Paris  s'étant  imaginé  d'y  apporter  obstacle ,  å  cause  , 
discDt  les  fréres  Parfait ,  ((  de  la  liberté  que  ces  bour- 
geois  prenaient  de  jouer  dans  un  lieu  renfermé,  ou  peat- 
étre  ils  exigérent  de  Pargent  des  spectateurs, »  ces  pieut 
acteurs  érigérent  leur  société  en  confrérie,  sous  le  titre 
de  la  Passion  de  Notre-Seigneur ,  et  se  pourvurent 
devaot  lacour.  Charles  VI,  ayant  assisté  ä  quelques-unes 
de  leurs  representations,  en  fut  sisatisfaitqu'ilaccorda 
auz  confréres,  le  4  décembre  1402, des  lettres  palentes, 
proToquées  par  une  requéte  de  Jehan  Aubry ,  Jeban 
Diipin  et  Pierre  d^Oisemont ,  maistres  et  gouverneurs 
de  la  confrairie  de  la  Passion  et  Résurrection  de 
Nostre-SeigneuPyfondée  en  Véglise  de  la  Trinité y 
par  lesquelles  il  les  autorisait  ä  transférer  leur  théåtrc 
ä  Paris,  a  jouer  dans  cette  ville  des  comédies  pieuses, 
dites  Moralités  et  Mystéres,*  et  ä  se  montrer  dans  les 
mes  vétus  de  leur  costume  théåtral.  (Ord.  du  Louvre, 
t.  VIII,  p.  555;  Rec.  gén.  des  anc.  lois  frang.,  t.  vii, 
p.  4^5  Hist.  du  Tbéåtre  frän?.,  t.  1.)  (i). 


(1)  Peut-étre  faudrait-il  aussi  attribuer  rétablissement  des  Con- 
frires  de  la  Passion ,  non  å  rimitation  des  chants  ou  des  jeux  de 
Pélerins ,  qne  Boilean,  sans  rapporter  aucunc  autorité ,  fait ,  daiis 


XXX  PREFACE. 


Mais  Ik  j  en  ce  siécle  ,  ne  s^étaient  pas  bornées  les 
innovations  dramatiques.  Il  y  avait  eu  le  drame  muet, 
c'est-ii-dire  les  divertissementsnon  dialoguésque  nous 
retrouvons  fort  usités  et  en  grande  faveur  jusqu'au 
XVI'  siécle  inclusivement ,  ä  Pentrée  des  rois  et  des 
reines ;  puis  les  entremetSy  espéces  d'actions  théåtrales 
qui  avaient  lieu  dans  les  festins ,  la  plupart  du  temps  å 
l'aide  de  machines. 

On  avait  oiéme  eu  un  exemple  de  ces  derniers  dés 
le  siécle  précédent.  En  1237 ,  au  rapport  d'Albéric* 
des-trois-Fontaines ,  lors  du  mariagc  de  Mahaut  de 
Brabant ,  fiUe  ainée  du  duc  Henri  II ,  avec  Robert , 
comte  d^ArtoiSy  frére  de  saint  Louis ,  des  gens  montés 
sur  des  boeufs  vétus  d'écarlate  firent  combattre  ces 
aniinaux  entré  chaque  service ,  et  un  autre  Bt  courir 
un  chevai  en  l'air  sur  la  corde  (i). 


son  Art  poetigue,  ch.  in,  monter  eux  -  mémes  sur  le  théåtre ; 
mais ,  linsi  que  Ta  remarqué  avec  raison  M.  Taillandiet  dans  nnc 
excellente  notice  sur  les  Confréres-  de  la  Passion  insérée  dans  la 
Bevue  rtlrosptctive^  n^  12 ,  «  å  une  association  d'un  tout  autiT 
genre  et  pureinent  profane  ,  qul  se  forma  vers  la  fin  du  régne  de 
saint  Louis,  quand  des  jongleurs  et  des  jonglcresses  de  profession  se 
retirérent  dans  une  rue  qui  prit  d'abord  leur  nom ,  et  qui  depuis , 
en  1351  y  fut  appelée  rue  de  St-Julien<des-Ménétriers,  apres  que  Té- 
glise  de  St-Julien  eut  été  fondée  par  deux  jongleurs,  Jacques  Grure 
etHugues-lc-Lorrain.»  Les  Confréres  de  ta  Passion  n'auraient  été 
(« que  les  suecesseurs  immédiats  et  perfectionnés  de  ces  jongleurs 
qui  se  contentaient  de  chanter  les  Mystéres,  tandis  que  les  confréres 
cherchaient  ä  les  transformer  en  actions  mimiques  plus  propres  å 
frapper  Fattention  du  public.»  (Yoyez  aussi  sur  ce  sujet,  i'Hist.  litt. 
de  la  France,  t.  xvi,  p.  243.) 

(1)  Ibi)  sicut  dicinitur,  usque  ad  ccnlum  quadraginta  milites,  et 


PREFACE.  X\XI 


Ce genre  de  drame,  si  i'on  peut  parlerainsi,  ne  s^ar- 
réta  point  h  cet  essai  ^  et  fut  accueilli  avec  la  plus 
grande  faveur.  En  iS^S,  Charles  V,ayant  donné  au  Pa- 
lats de  justice  un  grand  festin  a  i'enipereur  Charles  IV, 
son  oncle,y  fit  représenter  un  en^reme^^endeux  parties. 
Lesujetétait  la  conquéte  de  Jerusalem  par  Godefroy  de 
Bouillon.  Au  premier  acte  on  vit  un  vaisseau  peint  de 
mille  couleurs ,  ajant  Chatel  des^ant  et  derriére  , 
representant  la  flotte  des  croisés»  å  la  tete  desquels 
on  remarquait  Pierre  Fhermite  en  habit  de  moine.  A 
l'aidede  machines  cachées  dans  Tintérieur,  oe  vaisseau 
parvint  ä  se  mouvoir  et  ä  passer  du  coté  droit  de  la 
salle  au  c6té  gauche ,  ou  était  figurée  Jerusalem , 
ayant  ses  tours ,  son  temple  et  ses  murailles  garnis  de 
Sarrasins  que  les  chrétiens  assaillirent.  On  pense  bien 
que  la  victoire  ne  demeura  pas  aux  premiers. 

Quant  aux  dramcs  qui  se  jouérent  aux  entrées  des 
rois,  voici  ce  que  nous  savons.  En  i38o,  Charles  VI, 
a  son  entrée  dans  Paris,  trouva  (Voy .  VHist.  de  la  ville 
de  Paris ,  liv.  XIV,  p.  687  et  688)  les  rues  omées  de 
ricbcs  tapisseries ,  de  chceurs  de  musique,  de  fontaines 
qui  jetaient  du  lait,  du  vin ,  etc.;  il  y  eut  aussi  sur 
son  passage  des  representations  pieusesäpersonnages. 

En  1385,  lors  de  Fentrée  dlsabeau  deBaviére, 
femme  de  Charles  VI,  dans  la  capitale,  il  y  eut  de  gran- 
des  réjouissances.  ((  Dessoubs  le  monstier  de  la  Trinité, 


Uti  qui  dicuolur  ministelli  in  spectaculis  vanitatis  multa  ibi  fece- 
niot,  sicut  ill6  qui  in  equo  super  clKirdam  iu  aere  equilavit,  et  sicut 
iUi  qoi  duos  bo?et  de  scarlata  vestitos  eqnitabant ,  ooniieantes  ad 
MngaUfercola  qac  apponebanUir . 


XXXil  PREFACE. 


dit  Froissard ,  sur  la  rue,  avoit  ung  eschafault ,  et  sur 
l'escha&ult  ung  chastel ,  et  lä,  au  long  de  rcschafault 
estoit  ordonné  le  pas  du  rov  Salhadin  ,  et  tous  fais  de 
personnages ,  les  Chrestiens  d'une  part  et  les  Sarrazins 
de  Tautre ,  et  lä  estoient  par  personnages  tous  les  sei- 
gneurs de  nom  qui  jadis  au  pas  Salhadin  furent ,  etc. 
Et  quant  la  roync  de  France  fut  amenée  ci-avant  en  sa 
lictiére  que  devant  PeschaFault  ces  ordonnances 
estoient ,  le  roy  Ricbart  se  départit  de  ses  compaignons 
et  s'en  vint  au  roy  de  France  et  demanda  congié  pour 
aller  assaillir  les  Sarrazins  et  le  roy  lui  donna.  Ce 
congié  prins,  le  roy  Richart  s'en  retourna  devers  ses 
XII.  compaignons,  et  alors  se  mirent  en  ordonnances, 
et  allérent  incontinen t  assaillir  au  roy  Salhadin  et  ses 
Sarrazins,  et  la  y  eut  par  esbatement  grant  bataille* 
et  dura  une  bonne  espace ,  et  tout  fut  veu  moull 
voulentiers  '.  » 


(1)  n  existe  dans  le  Mss.  de  la  Bibliothéque  du  roi,  n^  198  {Olim^ 
ai-5,  N.  D.)t  une  piéce  intitulée .-  «  Cy  commence  le  pas  Salhadin,» 
qni  est  le  récit  en  vers  du  xiiret  peutétre  m(>me  du  xir  siécle ,  du 
fait  raconté  par  Froissard.  Gette  piéce  a  été  publiéepar  M.  G.  S.  Tré- 
butien  (Paris,  Sylvestre,  1856,  in-S^).  En  voici  le  commencement  -. 

Del  recorder  est  grans  solas 
De  cheaus  qui  gardérent  le  pas 
Contre  le  roy  Salehadin , 
Des  douzes  princes  Palasin 
Qui  tant  furent  de  grant  renon. 
En  mainte  sale  les  point-on ,  etc. 

M.  Trébutien  fait  rcmarquer  avec  raison  que  ce  dernier  vers ,  qui 
nous  apprend  que  le  pas  Salhadin  était  peint  dans  les  salles  des 
vieux  chåteaax ,  prouve  que  Taction  qui  y  avait  donné  lieu  jouissait « 
an  moyen  ågc  ,  d'uno  grando  célébrité. 


PRÉFAGE.  XXXIIT 

En  outre  ^  1'histoire  nous  apprend  que,  pour  cette 
méme  entrée^  les  rues  étaient  tendues  de  tapisscries ; 
que  le  vin  ^  ainsi  que  d'autres  liqueurs^  coulaient  des 
fontaines;  que  sur  diflerens  théåtres  on   avait  placé 
des  choeurs  de  musique,  des  orgues,  etc.^  et  que  des 
jeuoes  gens  j  représentaient  (voyez  les  fréres  Parfait) 
diverses  histoires  de  V jincien-Testament^  etc,  etc. 
Au  siécle  suivant ,  les  spectacles  qu'on  donnait  aux 
entrées  des  princes  et  les  entremets  prirent  un  déve- 
loppement  prodigieux,  qui  dans  certains  cas  tient  pres- 
que  de  la  fable.  Monstrelet,  dans  ses  Chroniques  (t.  II, 
p.  77  et  78 ,  édit.  deMétayer),  ä  proposde  Tentrée  å 
Paris  de  Henri  VI  d'Angleterre ,  alors  ågé  de  dix  ans, 
qui  occupait  au  préjudice  de  Charles  VI  une  partie 
du  royaume ,  rapporte  ce  qui  suit  :  —  ((Si avoit  au 
poncelet  St.-Denys  ung  eschafl&ut  sur  lequel  estoit 
comme  unemaniére  debois,  ou  estoient  trois  bommes 
sauvageset  une  femme  qui  ne  cesserent  decombattre 
Fun  contre  Tautre 'y  tant  que  le  roy  et  les  seigneurs 
fussent  passez,  et  avoit  dessoubz  le  dit  eschail&ult  une 
fontaine  jettant  hypocras et  trois  seraines  dedans...  Et 
depuis  le  poncelet  en  tirant  vers  la  seconde  por  te  de  la 
rue  St.-Denys ,  avoit  personnages  sans  parter^  de  la 
JVatmté  N.  D.y  de  sonmariage  et  de  radoration 
des  trois  rojrs ,  des  innocens  y  et  du  bonhomme  qui 
semoit  son  bledy  et  furent  ces  personnages  tres  bien 
jouez.  Et  sur  la  porte  St.  Deny3  fut  jouée  la  légende 
de  S.  DenySy  qui  fut  volontiers  véue  des  Anglois.  En 
outre  devant  les  Innocens  y  y  avoit  un  cerf  vif ,  etquand 
le  roy  passa  devant ,  on  feit  courre  ledit  cerf  et  des 


XXXIV  PnEFACF.. 


chiens  et  veneurs.  Apres  fut  graod  piéce  chasaé  å  force 
et  se  vint  rendre  emprés  les  pieds  du  cheval  du  roy , 
Icquel  roy  luy  feit  sauver  la  vie.  » 

Nousvoyons  également  dans  unefestin  donné  le  17 
décembre  de  la  méme  année  pour  le  sacre  du  méone 
roi  au  Palais  :  «  Que  quatre  entremets  fuvent  pré- 
senlez  åeyznl  la  table ;  c' est  a  savoir  le  premier  d'une 
image  de N.D.etunpetitrof  couronnée  emprés; 
— le  second  d'unejleur  de  Ijs  couronnée  d'or  tenue 
par  deux  anges ;  —  le  tiers  d'une  dame  et  un  paon; 
—  le  quart  d'une  dame  et  un  singe.,.  Et  pareille- 
mentfutjoué  de  plusieurs  instrumens  de  musique  ; 
et  le  lendemain  en  suivant  furen  t  faites  de  beles  joustes 
en  rhötel  St.  Pol.  » 

Olivier  de  la  Marche,  dans  ses  Mémoires  toucliant 
les  souveraines  maisons  pour  la  plupart  d*'Au' 
tric/ie ,  Bourgogne ,  Prance  ,  etc.  ,  a  consigné  les 
détails  d'un  grand  nombre  d^entremets.  Cest  ainsi 
qu^en  i453  ,  le  duc  de  Bourgogne  byant  donné  ä  Lille 
un  banquet  pour  y  faire  prononcer  des  voeux  de  croi- 
sade  contre  les  Tures,  on  vit  paraitre  dansce  festin  les 
divertissements  quisuivent,  qu'on  pourraitappelerdes 
enivemeis  monstreSj  et  que  le  chroniqueur  dit  ayec  rai- 
son  étre  å^un  outrageux  excés.  (( En  ceste  salle ,  écrit 
Olivier  de  la  Marche ,  avoit  trois  tables  couvertes,  Tune 
moyenne ,  Fautre  grande ,  et  Tautre  petite.  £t  sur  la 
moyenne  avoit  une  église  croisée,  verrée  et  &icte  de 
gente  fa^on ,  ou  il  y  avoit  une  cloche  sonnante  et  qua- 
tre chantres.  Il  y  avoit  une  au  tre  entremetz  d'un  petit 
cnfnnt  tout  nu ,  suruneroche,  qui  pissoit  eaue  rose 


PREFAGE.  XXXV 


continuellement.  Uo  autre  entremetz  y  avoit,d'une 
caraque  ancrée,  garnie  de  toute  marchandise  et  de  per- 
sonnages  de  mariniers. . .  Un  autre  d'une  moult  belle, 
fontabe ,  dont  une  partie  estoit  de  verre  et  Tautre  de 
plomb  de  tres  nouvel  ouvrage...  La  seconde  table, 
qui  estoit  la  plus  longue,  avoit  premiérement  un  pasté, 
dedans  lequel  avoit  vingt  huit  personnages  jouans  de 
divers  instrumens ,  chacun  quand  leur  tour  ve- 
noit ,  etc.,  etc.  Quand  chacun  (ut  assis  en  Téglise  (qui 
fut  le  premier  entremets),  sur  la  principale  table, 
sonna  une  cloche  tres  haut ,  et  apres  la  cloche  cessée 
trois  petits  enfans  chantérent  une  tres  douce  chan- 
son;  et  lorsquUlz  l'eurent  accomplie,  au  pasté  (qui 
estoit  le  premier  entremetz  de  la  longue  table  comme 
dessus)  y  un  berger  joua  d'une  musette  moult  nou- 
vellement.  Apres  ce,  ne  demoura  guéres  que  par 
la  porte  de  Pentrée  de  la  salle  entra  un  cheval  å 
reculons,  richement  couvert  de  soye  vermeille  sur 
lequel  avoit  deux  trompettes ,  assis  dos  contre  dos , 
et  sans  selle,  vestudejournades  de  soye  grise  et  noire, 
chapeau  en  leur  teste  et  faux  visages  nus.  Et  les  mena 
et  les  remmena  ledict  cheval  tout  au  long  de  la  sale 
k  reculons,  et  tandisilz  jouérent  une  batture  de  leurs 
trompettes,  et  y  avoit  å  conduire cest  entremetz, seize 
chevaliers.  Cest  entremetz  acompli,  en  Téglise  fut 
jooé  des  orgues,  et  au  pasté  (ut  joué  d'un  cometd'Ale- 
maigne  moult  estrangement ;  et  lors  entra  en  la  sale 
un  luyton,  ou  un  monstre  tres  defiguré....  Il  avoit 
estrange  barbe  et  visage ;  il  portoit  en  ses  mains  deux 
dards  et  nne  targe ,  il  avoit  sur  la  teste  un  homme ,  les 

c. 


XXXVl  PRÉFACE. 

piés  dessus ,  qui  se  soustenoit  ^r  ses  deux  mains  sur 
les  espaules  du  monstre,  et  le  diet  monstre  estoit  montc 
sur  un  sanglier  ,  couvert  richement  de  soye  verde , 
et  quand  il  eust  faict  son  tour  parmy  la  sale ,  il  s'en 
retourna  par  ou  il  estoit  venu,  et  cessa  ce  misthre 
pour  ceste  fois.  Apres  ce  mistere  furent  joué  des  or- 
gues  de  Féglise. . . . ,  ot  cntra  dans  la  salie  un  art  mer- 
veilleusement  grand  et  beau,  lequel  estoit  tout  blanc. 
Tels  furent  les  entremetz  mondains  do  cette  feste. 

Le  méme  siécle  vit  encore  quelques  spcctacles  d^en* 
trées  non  moins  singuliers.  La  chroniquescandaleuse, 
par  exemple,  racontequ'å  Tcntrée  de  Louis  XI,  il  y  avoit 
ä  la  porte  St*Denys,  ((une  moult  bellenef  en  figure  d'ar- 
gent...  dedans  laquelle estoient  les  trois  estats;etanx 
chåteaux  de  devant  et  derriére  d'icelle  nef ,  estoient 
Justice  et  Équi  té,  qui  avoient  personnages  pour  cea  eux 
ordonnez ,  et  ä  la  hune  du  mast  de  la  neF,  qui  estoit  en 
fagon  d^un  lis ,  yssoit  un  roy  habilié  en  habit  royal , 
que  deux  anges  conduisoient.  » 

L'allégorie,  comme  on  voit,  était  flatteuse;  mais 
ce  qui  suit  n'élait  pas  ti*op  honnéte.  Au  rapport, 
en  effet ,  de  Jean  de  Troyes ,  greffier  de  Thétel- 
de-ville  :  «  Un  peu  avant  dans  ladite  ville,  estoient 
ä  U  foDtaine  du  Ponceau,  hemmes  et  femmes  sau- 
vages,  qui  se  combattoient  et  faisoient  plusieurs 
contenaoces,  et  si  y  avoit  encore  trois  belles  filles  falsans 
personnages  de  seraines  toutes  nues ,  et  kw^  s^oit^ 
09h  le  beau  tétin ,  droit  y  sépiiré ,  rond  et  duf\  qui 
estoit  chose  bien  plaisante ,  et  disoient  de  petits 
mötets  et  bergerettes....  et  un  peu  au-dessous  dudit 


PREFACE.  XXXVII 


EH>noeau,  å  rendroitde  la  Trinilé,^  avoit  une  pas- 
sion par  personnages  et  sans  parter ^  Dteu  estendu 
en  la  croix  et  les  deux  larrons  ä  dexlre  et å  senestre.  Et 
plus  avant  å  la  porte  aux  peintres  avoit  autres  person- 
nages moult  richement  habillez ;  et  a  la  fontaine  Saint- 
Innocent  y  avoit  aussi  personnages  de  chasseurs  qui 
accueillirent  une  bische  illec  estant,  qui  iaisoient  moult 
grant  bruit  de  chiens  et  de  trompes  de  chasses,  et  ä  la 
boucherie  de  Paris  y  avoit  eschadaut  figurez  ä  la  bas- 
tille  de  Dieppe;  et  quand  le  roy  passa ,  il  se  livra  illec 
uierveilleux assaut degensduroy  ä  l'entour des  Anglois 
estans  dedans  ladite  bastide,  qui  furent  pris  et  gan- 
gniez,  et  eurent  tous  Les  gorges  coupées.  Et  contre  la 
porte  du  chastellet  y  avoit  de  moult  beaux  person- 
nages y  etc.  » 

Quelquefois  ces  personnages  reprcsentaient  une  bis* 
toire  suivie.  Äinsi  Alain  Charlier  nous  apprend  dans 
son  Histoirede  Charles  VII,  qu'ä  Tentrée  de  ce  prince, 
u  tout  au  long  de  la  grande  rue  St.-Denys,  auprés 
d'an  jet  de  pierre  Tun  de  l'autre,  estoient  faits  eschauf- 
faubc  bien  et  richement  tendus ,  ou  estoient  faicts  par 
personnages,  l'Annonciation  N.  D. ,  la  Nativité  de 
N.  S.,  la  Résurrection  et  Pentecoste,  et  lejugement.  » 

Mais  comme  souvent  l'action  n'ctait  pas  facilc  å  dc- 
méler,  au  milieu  de  cette  succession  d'événemens,  on 
crut  devoir  y  ajouter  un  personnagc  chargé  de  donner 
rexfdication  du  sujet.  Cest  ce  que  Ton  vit  ä  Teiitrée 
d'Anne  de  Bretagne,  ou  il  y  eut  unjeit  des  trois  JRois, 
des  cinq  Annes  de  Técriturc,  et  aultres  mjrstei^es 
faicts  par  les  frippkvs . 


XXXVIII  PREFACE. 


Laissant  lå . maintenant  ce  genre  de  tableaux^qui 
n'a  rien  de  littéraire  et  ne  ticnt  au  drame  qu'acces- 
soirement,  nous  compléterons  le  coup-d'c£iI  que  nous 
▼enons  de  jeter  sur  notre  ancien  théätre  en  poursui- 
vant  rapidement  l'histoire  des  confréres  de  la  passion 
et  celle  des  sociétés  rivales  qui  ne  tardérent  pas  ä  ele- 
ver un  autel  contre  le  leur. 

La  premiére  qui  s'ofTre  å  nous  est  celle  des  Clercs 
de  la  Basoche^  confrério  antérieure  ä  celle  de  la  Pas- 
sion,  puisqu'elle  date  de  Philippe-le-Bel,  mais  qui  ne 
de  vint  une  association  drama  tique  que  plus  tärd.  On  la 
trouve  pourtant  déjä  en  1 44^  ^^  possession  de  jouer 
des  Moralitez,  des  Farces  et  des  Sotties ;  mais  cela 
seulement  trois  fois  l'an.  Gette  société,  dont  les  piéoes 
étaient  la  plupart  du  temps  de  virulentes  satires  dirigées 
contre  des  personnages  du  temps,  vit  ses  productions 
accueillies  avec  la  plus  grande  iaveur  par  tout  le  monde, 
jusqu^au  mois  de  mai  1 476 ,  qu'un  arrét  du  parlement 
défendit  ä  chacun  de  ses  membres  de  donner  des  re- 
presentations ,  sous  peine  de  bannissement  et  d'étre 
battus  de  verges.  Gette  suspension  dura  jusqu'en  i497- 

Louis  XII ,  ((  a(in  que  la  vérité  pCit  parvenir  jusqu'å 
lui  » ,  dit  Guillaume  Bouchet  dans  ses  Sérées,  permtt 
aux  Basochiens  de  rouvrir  leur  théåtre,  et  de  le  dres- 
ser, lorsqu'ils  joueraient,  sur  la  fameuse  table  de 
marbre  du  Palais.  Leurs  representations  ne  cessérent 
que  sous  Fran^ois  T',  qui  les  avait  d'abord  permises. 

Les  seconds  concurrens  des  Confréres  de  la  Pas- 
sion dans  la  charge  d^amuser  et  d'intéresser  nos  péres 
iuvcnl\c^  Enfaus  soiis-souci.  Gette  confrcrie,  for- 


PREFAGE.  XXXIX 


mée  au  commenoement  du  régne  de  Charles  VI ,  se 
composait  de  quelquesjeunesgens  de  famille,  qui,  sup- 
posant  un  royaume  établi  sur  les  défauts  et  les  Tices 
du  genre  humain ,  le  nommérent  Royaume  de  la  Sot- 
tise,  et  élurent  un  chef  qu'ils  nommérent  Prince  des 
Sois.  Plus  tärd ,  les  Enfans-sans-souci  se  réunirent 
aux  Confréres  de  la  Passion ,  dont  le  public  commen- 
fait  ä  se  lasser ,  et  Louis  XII,  qui  assistait  quelquefois 
sous  les  piliers  des  hålles  a  leurs  representations ,  fit 
pour  eux,  de  son  régne,  une  époque  briliante. 

Il  y  eut  bien  encore  quelques  sociétés  qui  se  rap- 
procbérentde  celles  dont  nous  venons  de  parler ,  telles, 
par  exemple ,  que  la  sociétc  ou  Confrérie  des  Cor- 
nords  ou  Connards  d'Évreux ,  dont  un  vieux  re- 
gistre du  présidial  de  cette  ville  dit,  vers  14^0,  «  que 
c^est  une  confrérie  de  gens  de  justice  et  autres ,  qui , 
le  jour  de  la  Saint-Barnabé ,  commettent  plusieurs  ex- 
oés  et  mal  fasons  au  déshonneur  et  a  irrévérence  de 
Dieu  notre  créaleur ,  de  saint  Barnabé  et  de  saintc 
Église;  »  cellc  de  la  Mere  Folie  de  Dijorij  des  Fous 
de  Cléi^eSy  etc. ;  mais,  en  general ,  elles  furent  plutdt 
des  associations  bachiques  et  joyeuses  que  des  confré- 
ries  dramatiques.  Voilå  pourquoi  nous  ne  nous  en  oc- 
cuperons  point. 

Nous  ne  rappellerons  de  méme  que  pour  mémoire 
les  processions  bouflbnnes,  instituées  dans  un  grand 
nombre  de  villcs^  et  qui  n'étaient  qu^une  dérivation 
des  ancienncs  fetes  des  j4nes  et  des  Fous. 

Tout  le  XV'  siéclc  »'ccoula  dans  ce  mélangc  de  gro- 
tcsque,  de  profane  el  <lc  sacré.  On  öcnl  que  los  tenips 


XL  PREFACE. 


plastique5  et  sérieux  sont  passés  pour  le  théåtre ,  et 
qu'une  nouvelle  ére  va  poindre.  En  effet,  l'åpre  et  sa- 
tirique  époque  de  Luther  et  de  Mélanchton  approche. 
La  réforme ,  avant  d'attaquer  le  dogme  religieux  et 
de  le  miner  dans  sa  base,  jette  sa  licence  d^expression 
et  de  pensée  dans  les  arts  et  dans  les  moeurs  :  la 
sculpture  moqueuse  de  ce  temps  séme  de  caricatures 
les  belles  boiseries  en  chéne  de  nos  cathédrales(i);  la 
peinture  devient  railleuse ;  le  théåtre  au  lieu  de  con- 
tinuer  a  étre  une  chronique,  devient  une  satire ,  sinon 
personnelle,  du  moins  générale  ;  bi*eF,  Rabelais  et  la 
satire  Ménippée ,  ces  Nuées  de  la  ligue ,  percent  déjä. 
Parvenus  a  ce  point  ou  fart  dramatique,  quittant  les 
sentiers  qu'il  avait  suivis  jusqu'alors ,  va  se  régulariscr 
désormais^  et  se  prendre,  avec  la  renaissance,  ä  Pimita- 
tion  de  la  forme  antique,jetons  un  dernier  coup-d'oeil, 
non  point  sur  la  valeur  des  monumens  laissés  par  lui,  et 
quiy  appartenant  ä  un  autre  ordre  social  que  lendtre,  ä 
une  période  artistique  non  encore  perfectionnée,  å  des 
croyances  et  a  des  idées  tout-ä-fait  opposées  aux  idées 
et  aux  croyances  actuelles,  seraient  peut-étre  d'une 
appréciation  plus  dilBcilc  qu^on  ne  le  pense ,  mais  sim- 
plement  sur  la  disposition  matérielle  et  thédtnUe. 
D'abord,  avant  Pétablissement  des  théätres  fcr- 


(1)  Le  chceur  de  Téglise  St.-SerDin  de  Toulouse ,  par  exemple,  oou- 
tient  sculpté  sur  une  des  maguiflques  ställes  qui  le  décoreut,  un  gros 
porc ,  recouvert  d^une  robe  de  moine,  et  qiii  préche  en  rase  cam- 
|iagne.  Au-dessous  est  écrit  en  gothique  :  «  Caivin-le^Porc  pres- 
chant. »  Ceci  pourrait  passer  pour  une  réponse  å  cette  faneuse  épi- 
gramme  de  Luther,  qui  s*en  allait  crayonnant  avec  un  chaii>on  sur 
les  murailles  de  Worms  :  Le  pnpc  est  un  ane,  le  pape  est  un  äne. 


PRÉFAGE.  XLl 


mes,  de  quoi  était  composée  la  scéne?  La  plupart  du 
temps,  elle  se  formait  de  västes  échafauds,  dressés 
au  milieu  d'une  place  publiquc,  ou  d'une  colline  qui 
s^élerait  a  l'extréinité  d'une  piaine.  Quelquefois  la  chose 
se  présentait  d'une  fa^on  encore  plus  pittoresque. 
Lassay  (Histoire  duBerrj)  nousapprend  qu'å  Bourges, 
par  exemple,  en  i436,  on  fit,  pour  représenter  le 
M ystére  des  Actes  des  Apötres ,  sur  le  circuit  de  Tan* 
cien  amphithéåtre  ou  fossé  des  vieiltes  arénes  ro- 
maioes,  a  un  amphithéåtre  å  deux  etages,  surpassant 
la  sommtté  des  degres,  couvert  et  voilé  par-dessus, 
pour  gärder  les  spectateurs  de  Tintempérie  et  ardeur 
du  soleil.  »  Quant  a  la  disposition  de  la  scéne,  comme 
il  D'y  avait  pas  de  changemens  å  vue ,  on  divisait  cc 
théätre  en  etages,  dont  chacun  représentait  une  ville, 
uneprovinoe,  etc ;  et  cesétablies ,  en  se  subdivisant,  re- 
présentaient  ä  leur  tour  diverses  localités.  L'ensemble 
de  la  scéne  se  nommait  I' Eschafaulty  le  Jeu  ou  le  Par- 
loir.  On  pla^ait  au  sommetlc  paradis,  au  bas  rcnfer, 
au  milieu  le  purgatoire ,  et  pour  simulcr  la  colére  ou  la 
joie  divine,  on  avait  soin  de  poser  dans  le  paradis  une 
orgue ,  qui  servait  en  méme  temps  ä  accompagner  le 
cboeur  des  anges.  Au  bas  des  écha&uds,  et  non  sur 
le  théåtre,  on  voyait  s'ouvrir  et  se  refermer  successi- 
vement  la  gueule  d'un  dragon ,  qui  donnait  entrée  aux 
diables  sur  la  scéne  ou  les  recevaitå  leur  sortie.  Cela 
figurait  l'infernal  abimc.  A  la  rigueur^  on  e6t  pu  s'y 
tromper  et  prendre  ce  lieu  pour  un  arsenal ,  car  on  y 
trouvait  des  cöulevrines,  des  arbalétcs  et  méme  des 
csLnons^pour/aire  not  se  et  iempeste. 


\LII  PREFACE 


Quant  au  purgatoire,  voici  ce  que  nous  en  a  trans- 
mis  le  mystere  de  la  résurrection  :  a  Notez  que  le 
limbe  dött  estre...  en  une  habitation  en  la  fasson 
d'unc  grosse  tour  quarrée,  environnée  de  retz  et 
de  filetz  ou  d^autre  chose  cicre,  afin  que  panni 
les  assistans  on  puisse  voir  los  ämes  qui  y  seront; 
etderriére  la  dicte  tour,  en  ung  entretien,  doit  avoir 
plusieurs  gens  crians  et  gullans  horriblement  tous  å 
une  voix  ensemble ,  et  Tung  d^eux  qui  aura  bonne 
voix  et  grosse  parlera  pour  lui  et  les  austres  åmes  damp- 
nées  de  sa  compaignie.  »  Quelquefois  les  diverses  lo- 
calitésdont  nous  venons  de  parler,  ainsi  que  toutes 
celles  dont  on  pouvait  avoir  besoin ,  étaient  désignées 
pardesécriteaux  sur  lesquels  leursnoms étaient  plaoés. 

11  est  probable  que  les  Confréres  de  la  Passion  ne 
donnatent  pas  leurs  representations  tous  les  jours,  mais 
seulement  les  jours  de  fete.  Comme  leur  théätre  était 
térmé ,  peu  leur  importait  le  temps  et  la  saison ;  mais 
dans  les  villes  de  province ,  comme  la  scéne  avait  lieu 
en  plein  vcnt ,  on  n^exécutait  les  Mystéres  que  durant 
Vété.  La  representation  d'un  Mystere  était  toujours 
précédée  d'un  cr/y  qui  avait  lieu  en  grande  pompe, 
dans  le  but  d'annoncer  et  de  trouver  des  acteurs  de 
bonne  volönté  ;  car,dans  ces  representations  ou  la 
moitié  d'une  ville  amusait  Pautre,  tout  se  faisait  gra- 
tuitement,  et  pour  la  plus  grande  gloire  de  Dieu. 

Les  fonctions  des  acteurs  n*étaient  quelquefois  pas 
sans  danger.  Comme  dans  les  mystéres  Dieu  ou  le 
diable  'intcrviennent  a  cliaque  instant,  il  fallait  fré- 
(|ucmmcnl ,  selon  le  v6\v  qiroii  jouait ,  élre  précipité 


PREFACE.  XLIll 


en  enFer  ou  enlevé  au  ciel.  Or,  Tärt  du  niachiniste 
D^était  point  poussé  a  un  si  haut  point  que  ces  difTé- 
rentes  evolutions  n^entrainassent  avec  elles  quelque 
péril.  Ces  t  ainst  que  la  chronique  de  Metz  rapporte 
que  le  curé  de  Saint-Yictor  de  cette  ville  faillit  périr 
en  croix ,  dans  un  mystére  de  la  Passion ,  ou  il  repré- 
sentait  Jésus-Christ ,  et  que  l'acteur  qui  rcprésentait 
Judas  s'étrangla  presque  en  se  pendant. 

Les  mystéres  duraient  souvent  plusieurs  jours,  et 
étaient,  a  cause  de  cela,  divisés  enjournées.  Ils  com- 
menfaient  souvent  par  une  symphonie,  et  finissaient 
presque  toujours  par  un  Te  Deum  ou  un  rondcL  Quel- 
quefois  il  y  avait  un  épilogue ,  dans  lequel  on  annon^ait 
la  representation  du  lendemain.  Les  Mystéres,  en  pro- 
vince ,  avaient  lieu  trés-probablement  aux  frais  de  la 
Confrérie  qui  les  montait,  molns  le  produit  des  quétes, 
qu'on  ne  manquait  pas  de  faire  pour  les  couvrir.  Quel- 
quefois  aussi  on  payait  a  Tentrée  ,  et  il  est  probable 
qu'å  Paris  cela  avait  toujours  lieu. 

Du  reste ,  nous  trouvons  parmi  les  acteurs  des  Mys- 
téres des  gens  de  condition  relevée  et  des  artisans , 
des  laics  et  des  séculiers.  La  piéce  suivante,  qui  se 
trouve  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothéque  du  roi , 
n"*  5i ,  fonds  de  Lavalliére,  et  qui  n'a  jamais  été  pu- 
bliée,  confirmera  la  plupart  des  assertions  précé- 
dentes  : 

A  la  louenge,  gloire,  honneur  et  exaltacion  de  Oieu ,  de  la  Yierge 
>larie  et  du  trés-glorieux  patron  de  ceste  ville  de  Seure  (i),  Mon- 


fl;  Aiicicnnc  ville  de  la  pro\iiice  de  l3ourgof;nc  ,  celebre  par  se» 


XLIV  PREFACE. 


Migneor  saint  Martin,  Tan  mil  quatre  cens  quatre-vingts  et  seize , 
le  oeufiesme  jour  du  moys  de  maj  ^  avant-veille  de  rAsceneion ,  se 
assemblérent  en  la  chambre  maistre  Andrieu  dilaVigxe  (i)f'natif 
de  La  Rochelle ,  facteur  du  roy,  vénérable  et  discréle  pertooBe , 
Messiee  Oudet  Gobillon,  vicquaire  de  l'égUse  Saint-Martm  du- 
dit  Seure ,  honorables  persoimes  Aubert  Dcplys,  Pierre  Loise- 
LEUR ,  Pierre  Goillot  ,  George  Tasote  ,  Pierre  Gravieixe, 
dit  Bdtevilfe,  bourgeois,  et  inaistre  Pierre  Masoye,  recteur  desee- 
colles  pour  lorsdiidit  Seurre,  lesquelz  marchandérent  deleur  faire  et 
compoier  ung  registre,  ouquelseroit  couchée  etdeclairéepar  person- 
naiges,  lavieMonseigneur  saint  Martin,  en  fa^on  que  a  la  voirjouer, 
le  commun  peuplc  pour  rott  voirel  entcndrtfacUlemtnlcomnunt  le 
noble  patron  dudit  Seurre^  en  son  vivant,  a  vescu  saintement  et  de- 
vostemeni  (2)  i  lequel  registre  fut  fait  et  composé  ainsi  qu*U  appert 
einq  eepmaynes  apres  ledit  jour ;  et  eust  esté  jouée  la  dicte  vie  å  la 
saint  Martin  ensuivant ,  se  n*eust  esté  le  bruyt  de  guerre  et  Taboa- 
dancede  gendarmes  qui  survindrent  audit  Seurre ,  dont  fut  la  chose 
prolongée  jusqucs  au  temps ;  et  y  donc  pour  ce  faire  si  furent  faitz 
et  louez  par  ledit  maistre  Andrieu  les  parsonnages.  Et  pour  iceolx 
bailler  et  livrer  å  gens  suffisans  de  les  jouer,  furent  commis  honnou- 
rables  personnes,  sire  Guyot  Berbis  pour  lors  maire  de  Seurre; 
sire  GuÉRiN  Druet,  Robin  Jouqueur  et  Pierre  Loiseleor, 
bourgeoia  dudit  Seurre,  lesquelz  par  bonne  et  raehwé  délibératipn 
furent  délivrez  les  ditz  parsonnages  ä  cliacun  selon  Texigence  du 
(»s ,  prcnant  et  recevant  le  sermeut  desdits  joueurs  en  tel  oas  requis 
pour  estre  déliberez  de  jouer  si  tost  que  le  temps  viendroit  k  propos. 
Depuis  ce  fait ,  chacun  en  droit  soy  mist  payne  d^estudier  son  par- 
sonnaige,  et  de  se  rendrc  au  moustier  mondit  sieur  saint  Martin  ou 
å  saint  Michiel  quand  besoing  en  estoit  pour  aller  voir  cérymonyet , 
et  fasons  de  faire  lorsqu'ilz  joueroient  publiquement.  Laquelle  chose 
ue  fust  possible  de  faire  pour  l'cmpeschement  defant  dit ,  si  tost 
qu*ilz  eussent  bieii  volu ;  mais  quand  ilz  eurent  tant  actendo  qae 


foires.  F.Ue  est  comprise  anjourd'hui  dans  le  departement  de  k  Gdte* 
d*Or,  et  n'a  pas  m(^mc  unc  sous-préfccture. 

(i)  André  ou  Andrieu  de  la  Vigne,  poéie  du  rot,  comme  on  disait 
alors,  noiis  a  laissé  le  Fergier  dhonneur.  Il  fut  coUaborateur  de  St- 
Gelais.  Anne  de  Bretagne  le  nomma  son  sccrétaire.  U  moiinit  ver& 
I&S7. 

(2)  On  voit  par  ce  passage  que  les  Mystércs  étaient  joués  grave- 
ment,  m^me  å  cctte  époque,  et  dans  un  biitde  piétc. 


PRÉFAGE.  XLV 

plm  ne  poroient,  féant  le  temps  pour  ce  fiire  passer,  conclurent  et 
déliberércDt  les  dessusditz  qirils  joueroient  le  dymanche  prochain 
aprét  la  foire  de  Sur,  dont  chacun  fit  ses  préparatifi.  Touteffois  de 
rediicf  pour  aulcones  malles  nouvelles  de  guerre  couram  en  icelle 
foire  ne  ftil  possible  de  jouer  le  dit  jour;  et  la  sepmaioe  ensuivant 
se  oommancérent  vendanges  de  tous  costez,  pourquoy  force  fut  d'ac- 
tendre  ipi^tUes  fussent  faictes,  aultrement  il  7  eust  heu  peu  de  gens. 
Aprtt  tootes  ces  choses  pour  parfaire  le  dit  mistöre  ne  fut  le  bon 
pUiir  dcsditz  joueurs  perdu ;  mals  s^assemblérent  lesdits  maistres 
goureraeuTS  et  joueurs  en  ladite  église,  et  conclurent  entiérement 
qnUlz  féroient  lenrs  monstres  le  mardi  .iiir  jour  dumoys  d'octobre, 
eC  joueroient  le  dymandie  ensuivaut,  jour  desaint  Denys.  La  qnelle 
conclDsion  ainsi  prise ,  lesdits  joueurs  Arent  leordebvoir  de  quérir 
acouttrement  et  habillemens  honnestcs.  Mon  dit  sieur  le  maire  eust 
la  cliarge  de  faire  achever  les  eschaffaulx  qu'il  aroit  fait  encommen- 
cer  ådreeerdés  devant  ladite  foire  de  Sur,  le  quel  y  print  une  nier- 
▼eilleiMe  sollicitude  et  grand  deligence.  Le  maistre  des  secretz 
nommé  maistre  Germain  Jacquet,  fut  envoyé  quérir  å  Ostun,  et 
loy  Tenn  par  le  devant  dit  Pierre  Goillot  ,  receveur  des  denyers 
dndit  mistöre,  luy  fut  délivré  toutes  choses  å  luy  nécessaires  pour 
tare  let  ydoiles ,  secretz  et  autres  choses.  Quand  ledit  jour  pour 
fltire  les  monstres  fut  Tenu,  on  fit  crier  å  son  de  trompete  que 
loaCet  gens  ayans  parsonnages  du  dit  mistére  s^assemblassent  å 
Feure  de  mydi  en  Lombardie  (i)  chacun  acoustré  selon  son  parson- 
nage.  Apres  lequel  cry  fait  se  rendirent  les  ditz  joueurs  au  dit  lieu, 
et  ftirent  mys  en  ordre  Tun  apres  Tautre,  monstré,  acooitré,  arme 
el  appoincté  si  tré»-bien,  qu'il  estoit  impossible  de  mieulx.  Et  est 
asnmr  qu*ilz  estoient  si  grand  train  que  quant  Dieu  et  ses  angrs 
sortirent  du  dit  lieu  cheraulchant  apres  les  autres,  les  déables  es- 
toient desjå  onltre  la  tour  de  la  prison  ,  prés  la  porte  du  chevaut 
bknc,  prenant  leur  tour  par  devers  chelz  Perrenet  db  Poirroux, 
an  kmg  du  marché  aox  chevaulx,  devant  ä  la  maison  Moiisikur  i.e 
Marqois  par  auprés  des  murailles,  et  de  lå  tout  le  long  de  la  grant 
me  jusqnes  au  lieu  que  dit  est,  et  n'y  avoit  de  distance  de  cheval  ä 
aoltre  deux  pielz  et  demy,  et  se  montoyent  bien  å  cnviron  neuf 
vingts  chevanlx.  La  ditte  monstre  faicte,  chacun  pensa  de  soy  et  fu- 

(1)  Gette  exprcssion  désigne  probohlcmcnt  une  espéce  de  balle  011 
deqoarlierde  marché  dans  leqiiel  se  tcnaicnt  les  marchandslomlMirds, 
qui  tiors  oceupaient ,  dans  le  commerce  des  viou\  vétemens ,  le  rdle 
det  Juifs  aujonrd'hui. 


XLVI  PRÉFACE. 


rcntbaillées  les  loges  levenrendi  ensuivant  aux  joueura  pour  les  Tour- 
nir  de  tapisserie  et  celles  des  villes  prochaynes  de  Seurrc.  Pouripioy 
le  samedi  tout  le  monde  par  le  beau  temps  qu'il  faisoit  mist  payne 
d*acoii8trer  les  ditz  eschaffaulx.  La  quelle  cbose  faicte  n^estoit  en 
inémoire  d*oinine  d*aToir  jainais  veu  plus  beaux  eschafEaulx  mieolx 
compassez ,  acoustrez  en  tapisserie  ne  mieulx  propordonnez  qaHlz 
estoient.  Le  lendemain  qui  fut  dyinanche  matin  qoant  on  cayda  aller 
jouer,  la  pluye  vint  si  habondamment  qu'il  ne  fat  possible  de  rien 
foire;  et  dura  sans  cesser  depuis  trois  heures  du  matin  justfues  å  trois 
heures  le  disgner,  sans  faillir,  qui  fut  chose  fort  griesve  aux  joueurs 
et  aux  autres.  Et  de  fait ,  ceux  qui  estoient  venus  des  villes  circun- 
voisines  se  déliberérent  d'eulx  en  aller,  quant  ils  virent  le  dit  temps 
ainsi  changé.  Gecy  venu  ä  la  cognoissance  de  mondit  sieur  le  maire 
et  autres^  fiit  conclud  quant  on  vit  venir  le  beau  temps,  qn^on  yroit 
jQuer  une  farce  sur  le  parc  pour  les  contenter  et  aprester.  Pourqncn 
la  trompecte  ilt  le  cry  que  tous  joueurs  se  rendissent  incontinant  hfr- 
billez  de  leurs  habitz,  en  la  maison  Monsieur  le  Marquis»  et  tous  les 
aultres  allassent  sur  les  eschaffaulx. 

Le  dit  cry  fait  d'une  part  et  d^aultre,  chacuu  fit  son  debvoir.  Lon 
00  mist  les  joueurs  en  ordre,  et  yssirent  de  chelz  mondit  sieor  le 
marquis  les  ungs  apres  les  aultres,  si  honnorablement  que  quant  ib 
ftirent  sur  le  parc,  tout  le  monde  en  fut  fort  esbahy ;  ils  firent  leor 
tour  comme  il  appartient,  et  se  retira  cbacun  en  sa  loge,  et  ne  dt- 
meura  sur  ce  dit  parc  que  les  personnages  dt  la  Faret  du  Munyiar^ 
^i  devant  écripte.  Laquelle  fut  si  bien  jooée  que  cfaacuns^en  oontentit 
entiérement  et  ne  (tit  fait  anltre  chose  pour  celuy  joor.  Au  partir  dn 
du  parc,  Umh  les  dits  joueurs  se  myreut  en  arroy  chacun  sekMi 
ordre,  et  åaons  de  trompetet,  cJerons,  roénestriers,  haolxet  baéi 
tnimens,  s^en  vindrent  en  la  dicte  église  Monsieur  sainct  Martin  devant 
notre  Dame,  chanter  un  salut  moult  dévostement,  affin  qoe  le  bean 
tenpavtnt  pour  exécuter  leur  bonne  et  dévoste  entencion,el  Tentre* 
prise  du  dit  mystcre.  La  quelle  chose  Dieu  leor  octroya ;  car  le  lende- 
main qoi  fUt  londi,  le  beau  temps  se  mist  dessos,  dont  commande- 
ment  (iit  fait  å  son  de  trompete  par  mes  dessosdits  sieors  let  maire 
et  eechevins  du  dit  Seurre,  que  tout  le  monde  cloyst  bon,  et  que  nol 
oe  Aist  si  osé  ne  hardy  de  faire  ouvre  moequamque  eo  la  dite  vilk, 
Tfspace  de  troys  jours  ensuivant,  és  queb  on  debvoit  joutf  le  mistére 


(:^)  La  Faret  du  Mtumer,  ainsi  qne  la  Motalitt  dt  fm^ettfiie  ti  dm 
Mitux^  se  Iroovent  en  efftt  dans  le  mannscrit  que  det  ralHret 
nonbreuaes  porlcnt  a  regardcr  conunc  aiito^^npbe. 


PREFACE.  XLVIl 


de  la  vit  Monstigneur  saint  Martin^  et  que  tons  joueurs  se  rendis- 
sent  ao  moustier  do  dit  Seurre.  Incontinent  le  moode  se  retira  aux 
eacfaafbulx,  les  dits  joueurs  aussi  ou  ils  debvoient,  et  puis  fiirent 
mys  en  ordre  par  le  dit  maistre  Andrieu  selon  le  registre,  et  mar  • 
choient  avant  å  sons  de  trompetes,  clerons,  busslnes,  orgues,  harpes, 
tabourins  et  aultres  bas  et  hanix  instruioens,  jouans  de  tous  costez, 
juMiiMS  sur  le  dit  parc,  faisant  leur  teur  comme  en  tel  cas  est  requis, 
qui  esåoil  tme  si  gorrine  et  si  tres  sumptueuse  besongne ,  quil  n'est 
pa%  passibie '  ä  entendement  domme  de  le  savoir  eseripre ,  tant 
estoiC  la  chose  belle  et  magniffique.  Ce  falct  chacun  se  retira  å  son 
emeigne ;  et  commancérent  les  deux  messagiers  å  ouTrir  le  jeu  ainsi 
qoeau  derant  de  ce  present  registre  est  escript ;  pois  apres  commen^a 
k  parter  Luciffer^  pendant  lequel  parlement  celuy   qui  jonoit  le 
penKmnaige  de  Sathan  ainsi  quUl  volut  sortir  de  son  secret  par  des- 
soubi  terre,  U  feu  se  prist  a  son  habit  autour  desfesses,  tellement 
qa'il  ftit  fort  bnislé ;  mais  il  fut  si  soubdaynement  secouru,  deTestu 
et  rabillé,  que  sans  faire  semblant  de  rien,  vint  jouer  son  person- 
naige ;  puis  se  retira  en  sa  inaison.  De  ccste  chosc  furent  moult  fort 
csporentez  les  dits  joueurs ;  car  ils  pensoyent  que  puisque  au  com- 
mepcement  incontinent  les  assailloit,  que  la  fin  s'en  ensuivroit.  Tou- 
tefob  moyennant  Tayde  de  mondit  seigneur  saint  Martin,  qui  prist 
la  ooDdayte  de  la  matiére  en  ses  mains ,  tes  choses  allérent  trpp 
ndeiilx  cent  foys  que  Ton  ne  pensoit.  Apres  ces  choses  le  pére ,  la 
mére  saint  Martin  avecques  leurs  gens  marchérent  oudit  parc,  et  fi- 
rent  ang  commancement  si  tres  veyf,  que  tout  le  nionde  tant  les 
joueurs  que  les  assistans  furent  moult  esbahis  et  defait.  £n  abolissant 
U  cremeur  devant  dicte,  lesdit  joueurs  prindrent  une  telle  hardiesse 
el  audasse  en  eulx,  quonques  Ijron  en  sa  tajrnyére  ne  meurtrier  en 
IM  boy*  ne  furent  jamats  plus  fiers  ne  mieulx  atsurez  quUls  es- 
toieni  quanl  ilz  jouoient. 

Oo  commen^  ceste  matinée  entré  sept  et  huit  heuresdu  matin,  et 
fiuisl-oa  entré  nnze  et  douze.  Pour  le  comniencement  de  Taprés  dis- 
née»  qui  fut  å  une  benre,  le  dit  Sathan  revint  jouer  son  personnage, 
et  pour  son  excuse  dist  ä  Luciffer : 

Malle  mört  te  puisse  avortcr, 
Paillart,  fils  de  putain  coqqvl, 
Pour  il  mal  faire  fen  ortf  r 
Je  me  suis  tout  brålé  le  cul . 

et  puis  parfist  son  parsonnage  pour  celle  clause  et  les  autres  joueurs, 
fn<iii?ant  chascun  selon  son  ofBce.  Puis  firent  pau-e  pour  aller 


XLVm  PREFACE. 


souper  tntre  ciaq  et  six  heures  ,  tousjours  jouaos  et  exploitant  le 
tempt  aa  mieulx  qu*ilz  pouvoient.  Et  puis  å  Fissue  du  parc,  lesdits 
jouears  te  mirent  en  ordre  comme  dit  est  en  venant  jusqaes  å  la  dite 
église  monseigneiir  lainct  Martin  dire  etchanter  dévoatement  en  ren 
dant  graces  å  Dieu  ung  Salvt  regina.  Le  landemaiu  qui  fut  mardy  et 
mercredy  en  suivant  entrérent  et  yssirent  oudit  parc  és  benres  de- 
vant  dictes.  Ainsi  doncques  comme  ^y-devant  est  escript  ftit  joué 
ledit  mistére  du  glorieux  amy  de  Dieu  monseigneur  sainct  Martin, 
patron  de  Seurre,  si  irynmphaument^  auUtntiquemtnt^  tt  mofpuffi'- 
guemeni,  sansfaulte  qucUc  qiCtllcfusi  au  monde  qu'il  n'est  poinct 
en  la  poisibillite  d'homme  vivant  sur  la  ter  re  le  scavoyr  si  bien 
rediger  par  escript  quil  fut  rxtcuié  par  effect  le  .xii*.  jour  du 
iDoys  d*octobre ,  Tan  de  nostre  Seigneur  mil  quatre  cens  quatre 
vingts  et  teize. 

Ce  procés- verbal,  signé  cfAisDRiEu  de  la  Vigne,  est 
suivi  dans  le  manuscrit  de  la  liste  des  personnes 
qui  ont  joué  le  myste  re.  Il  n'y  en  a  pas  moins  de  deuac- 
cents  et  quelques^  sans  compter  les  figurans.  La  plu- 
part ,  ä  en  juger  par  ieurs  noms,  étaient  probablement 
des  artisans  ou  de  bons  bourgeois ,  transformés  en 
acteurs  pour  cette  soiennité.  Åinsi,  Jean  Loiseleur, 
remplit  un  personnage  de  messager ;  Messire  Oudet 
GoRiLLON,  en  sa  quaiité  de  vicaire,  figure  le  pére  de 
saint  Martin ;  Jean  de  Pouthoux  est  chargé  de  re- 
presenter  le  saint  lui-méme,  etc.  Quant  aux  autres 
personnages^  Ieurs  r6ies  sont  joués,  savoir  :  celui 
de  l'empereur,  par  Pierre  l'Oiseleur  ;  du  prince 
d^Antioche,  par  Pierre  Goillot;  du  connétable, 
par  Jean  Reullier  ;  du  duc  de  Falaise ,  par  Jac- 
ques Perrestot  ;  du  duc  de  Yilleboreau,  par  Jehan 
Beuffart  ;  du  comte  de  Carnelles,  par  Jehan  Pielltbr  ; 
du  marquis  d'0strie5  par  Philibert  Gon  ;  de  saint  Mi- 
chel, par  Jehan  Bbrtrand  fils;  de  Rapliaél ,  par  Gi- 


PnÉFACE.  XLI\ 


RARD  DupiN  le  nis;   de  Dieu,   par  Philibebt  Ber- 

TIIELLET. 

La  Di\BLERiE,  comme  dit  l'auteur  du  procés-ver- 
bal,  n^est  guére  niieux  traitce.  Pierre  Druot  repre- 
senle  le  Grand-Ture;  Gu\ot  Mouciibt ,  le  roi  de  Bar- 
barie;  Jehan-le-Gueux  ,  un  tyran;  Amye  Oudot, 
Lucifer ;  Symphorien  Poincenot  ,  Satan ;  Pierre  Bel- 
LEviLLE ,  Burgibus;  Messire  Ponsot  ,  Proserpine; 
Robert  Tordis  ,  Bérith,  etc. ,  etc. 

Un  fait  remarquabie  ,  dans  cette  liste ,  c'est  qu'on  y 
trouve  la  preuve  que  le  théålre,  qui  d'abord  avait  cté 
exclusivement  entré  les  mains  du  clergé,  lorsqu^on 
jouait  les  noystéres  dans  les  nefs  et  sur  le  jubé  des  ca- 
thédralcs,  avait  passé  non-seulement  presque  tout  en- 
tieraux  hucs;  mais  encore  que  \esclercs  en  étaient 
réduitsä  yenir  se  joindre  ä  ces  derniers.  Ainsi,  noiis 
voyons  dans  le  mystere  de  saint  Martin ,  Frére  Pierre 
Gaillot,  Frére  Jehan  Vexanel,  Frére  Guenighot  , 
Frére  Claude  ,  Frére  Guienot  de  la  Faye,  remplir , 
le  premier ,  le  r6le  de  Tév^que  des  Ariens ;  les  autres , 
ceux  de  maäres  et  de  sécrétain  (sacristain). 

En  réfléchissant  un  peu  a  ce  singulier  théåtre,  a  cette 
singuliérc  composition ,  a  ces  étranges  acteurs ,  ä  ces 
personnagcs  plus  éti*anges  encore ,  quelles  reflexions 
n'est-on  pas  porté  a  faire  ?  Comment  une  société  qui 
poussait  la  foi  jusque-Iå  en  est-elle  arrivée,  en  moins 
d'an  siécle,  au  protestantisme?  Comment ,  enfin ,  de 
töus  ces  gar^ons  bouchers  ou  corrojeurs  qui ,  au  mi* 
lieudes  ténébresdu  moyen-äge,  composaient  et  jouaient 
cliez  nous  des,  f^^ies  de  Saints  ,  ou  représentaient  eii 

d 


L  VREtACb. 


actioii  le  Roman  du  Refiard ,  n'est-il  pas  sorä  quel- 
que  William  Schakspeare,  dont  le  génie,  ou  du 
moins  les  écbirs  de  génie  pussent  arréter  un  moment , 
a  rhorizon^  l'oeil  du  spectateur ,  avant  que  le  Grand 
CoRNEiLLE  apparat  comme  un  foyer  lumineux^  au-de»- 
sus  de  la  coUine  dramatique?  Cest ,  nous  Tavouöns , 
ce  quUI  nous  est  ditTicile  de  comprcndre. 

Quoi  qu^il  en  soit,  nous  arréterons  ici  notre  examen. 
Avec  la  renaissance ,  apparait  dans  Tärt  dramatique 
une  forme  nouvelle.  Larivey  ,  Hardy  i  Jodelie ,  Gar- 
nier  remettent  le  théåtre  sur  les  voies  qu'il  avait  déja 
parcourues  dans  1'antiquité,  et  celui-ci  ,  une  fois 
remis  dans  ses  antiques  sentiers ,  s'éloignant  coinme 
d Vn  seul  bond  des  souvenirs  du  moyeu-äge ,  parvient 
si  proraptement  ä  son  apogée  qu'aprés  moins  de  deux 
siécles  de  durée ,  il  clot  chez  nous  sa  carriére  pour 
lopg-temps,  nous  le  craignons  du  moins,  par  Tapparr- 
tion  de  ces  deux  modéics  si  pleins  d'une  inimitablc 
pcrfection  : —  Phédre  et  le  Misantbrope. 

Je  terminerai  cette  préface  en  donnant  quelques 
renseignemens  bibliographiques  sur  les  mystéres  qui 
en  ont  étc  Toccasion.  On  lit  a  la  page  36  du 
r^  vol.  de  la  BibliotbéqueduThéåtrefrancais,  impri- 
mé  aDrcsde,  chez  Michel  Groell,  M.  DGC.  LXVIII , 
sans  nom  d'auteur  (on  sait  que  nous  devou&cet  ou- 
vrage  au  duc  de  la  Valliére) ,  la  liste  des  mystéres  qui 
seront  contenus  dans  notre  recueil.  A  cette  uomencia* 
ture,  le  duc  de  la  Valliére  a  joint  les  réilexions  que  voici : 
■■ —  «  Ces  neuf  invsleres,  inconnus  a  messieurs  Parfail 
et.  do  Bcauchamps,   sunt  ccrits  sur  papicr  ,    et  de  la 


PRKFACE.  Ll 


mémc  maiii,  vers  le  miiieu  du  xv'  siécle^  Ilssootvrai- 
sembiablement  du  méme  auteur ,  et  soiit  rassemblés 
dans  un  seul  volume  in-folio.  Ce  manuserit  unique 
est  Fun  des  plus  précietuc  que  Von  piusse  voir.  Je 
ne  donnerai  point  d'extraits  des  cinq  premiers,  en 
ayant  déjä  parlé,  ou  devant  en  parler;  je  me  conteo 
terai  de  donner  celui  des  quatre  demiers ,  qui  ne  sont 
connlis  que  dans  oe  manuserit:  » 

Le  duc  de  la  Valliére  entré  alors  dans  un  examen  de 
ciaeun  de  ces  mjstéres,  dont  il  Édt  quelques  cltatiönsi 
et  doht  il  ezplique  le  sujet,  mais  aans  donner  sonavts 
sur  la  valeur  littéraire  d'aucun  d'eux. 

Cetle  riiention ,  imprimée  ^  est  la  aoule  que  nous 
trouvionsdu  manuserit  qui  contient  nosmysteres.  Elle 
a  été  ,en  partie,  reproduite  sur  le  feuillet  de  garde  du 
raanusmty  le  119  jnin  1791  ,  par  l'abbé  Merder^  abbé 
de  Saint-L^r ,  de  Soissons,  qui  a  ajooté,  en  parlant 
de  ce  recueil :  «  Ce  volume  est  un  des  cinq  qui  avaisnl 
reste  hng-Umps  (fÅc)  chez  le  duc  de  la  Valliére,  et 
qui  y  apres  sa  mört ,  ont  été  rendus ,  ä  ma  sollicitation , 
par  madame  la  duchesse  de  Cbåtillon ,  sa  fille ,  pour 
étre  replacés  dans  la  bibliothéque  Sainte-Geneviéve.  » 

A  la  fin  du  manuserit,  on  lit  sur  le  dernier  feuillet 
les  paroles  suivantes,  dont  j'ai  cru  devoir  donner  un 
fac-simile  :  a  Aimoul  Le  docte,  demourant  a  Con- 
penreez^confesse  (woir  regu  cestujr  present  Iwre 
de  messire  Jehan  Le  docte  ,  relligieux  de  Vabaye 
1 1  cfnis^ent  de  Saincte-Genneviefve  de  Paris  ^  son 
oncUj  dont  le  dit  Arnoul  requier  que  se  d^aucune 
nventiire  le  dit  livré  estoit  pardu  ou  prins  pm^  lar- 


r.ll  PREFACE. 


recirtj  éjfiic  ie  premier  qui  le  tt^oitvera  ou  qui  sura 
le  ditnon  et  led  i  t  sfillage^  sy  lui  plait  de  le  rapportéy 
^olentiers  et  de  bon  cuer  lui  domiera  le  vin.  Fait 
le  mardjr,  wx''  jour  dejuilletmilcinq  cens  et  deux  ; 
tesmoing  nion  seing  manuel  cjr  mis  I' un  et  jour 
desstis  dit.  » 

Ii  ne  me  reste  plus  maintenant  qu'å  remercier 
M.  Guizot  d'avoir  bien  voulu,  en  saqualitédeMini$D*e 
de  iTnstruction  piibiique,  m'autoriser  ä  emporter  chez 
inoi  ie  Mss.  de  nos  Mystéres,  pour  en  prendre  copie  , 
et  å  remercier  MM.  les  Conservaleurs  de  la  biblio- 
ttiéque  8  te. -G  ene  v  16  ve,  el  spécialement  M.  Robert, 
d^avoir  bien  vouiu  prolonger,  aussi  iong-temps  que 
besoin  en  a  été ,  le  temps  de  prét  fixé  par  M.  le  Mi- 
nistre. Cest  avec  un  vit*  plaisir  que  je  témoigne  ici  å 
ces  Messieurs  ma  gralitude  pour  ces  actes  de  bienveil- 
iance  qui  les  lionorcnt  et  qui  ont  de  t)eaucoup  facilito 
mon  travaii. 

Achille  JuBiN\L. 


Cg  gant  Uff  KtQvégtnUietans 

l^f6  maxtxxtB  eatnt  (tstxtnne^  Mint  phe  et 

MXtA  pol  rt  eatnt  Benx^^  tt  it^  mixacUs 

malranu  eainte  (6metxh>(^  ttanAattt^ 

proprnnnjt  tt  urainnent  Ire  latin  m 

fran(oi0  rinu^  ä  la  jglmrr  rt 

l)onnnir  Ire  SKeit  et  dr  ere 

6atn6  ^  doit  rt  an 

pronfit  Irr  no^ 

åmf0; 

rtr- 


LaudaU  Dominum  in  santis  (i)  ejus. 

Dieu  Pére  et  Filz  et  Saint  Esperit  (2) 
Sauve  et  gart  ceste  compaignie ! 
Vous  savez  qu'onques  ne  périt 
Qui  servist  la  vierge  Marie ; 
Gar  grant  joye  a  et  grant  délit 
Quant  de  bon  cuer  on  la  déprie. 
Sy  pry  que  chascun  s^umiiit 
En  disant  une  Avs  Marie. 


(1)  Si  c  au  Mst. 

[%)  n  paratt  qu'å  Fépoquc  oii  ces  mystéres  ont  été  composés  on  ne 
tiisait  pas  scntir  Ve  de  Esperit ;  autrcment  tous  Ics  vers  oÄ  ce  mot  se 
tnmre  auraient  uno  syllabe  de  trop. 

I.  « 


% 


LE   MARTYRE    DE    S.    ETIEN?IE. 


Cy  dicl  ä  genous :  Ave  Maria. 
Ltoudate  Dominum  in  snrUis  ejiis  (ubi  supra). 

Doulces  gens  (i),  un  pou  escoutez 
PesiUefnent  sans  noise  (aire : 
MaiDS  de  paine  arez  y  nedoubtez, 
S'ii  Tous  plaist  k  .i.  pou  tous  taire 
Que  se  tous  l'un  l'autre  boutez 
Ou  &icte5  ennuy  et  contraire; 
Or  vous  sées  et  acoutez 
Et  oiez  sen  que  vueil  retraire. 
Je  suppose  que  bien  croiez 
Les  .XII.  artides  de  la  foy 
Et  que  bien  entroduis  soiez 
£s  coouoandenaens  de  la  loy  : 
Sy  ne  &ult  fors  que  guerroiez 
Contre  pechié  par  bon  conroy 
Et  que  votre  temps  cnploiez 
En  bonnes  euvres  sans  desroy. 
La  maniére  de  guerroier 
La  char,  le  monde  et  ies  diables 
Et  de  son  temps  bien  emploier 
En  bonnes  cBuvres  proufitables , 
Nous  ont  monstré  sans  forvoier , 
Par  exemplaires  convenables , 
Les  sainz  qui  des  cieulx  le  loier 
Ont  aquis  par  meurs  honourables ; 

(i)  Le  mot  gtnt  est  sauté  dans  le  Mst. 


LE   MARTYRE   DE   S.    ITIBNNE. 


Et  pouT  ce  8eul-€n  réciter  (i) 

Les  vies  des  sainz  et  des  saintes 

Pour  les  boDiies  gens  inciter 

A  bonnes  euvres  non  pas  faintcB , 

Et  pour  leurs  cuers  habiliter 

Envers  Dieu  pair  douloes  complaintes^ 

Afin  qui  (2)  les  daigne  habiter 

Par  quoy  sauTez  sont  mains  et  maintcs. 

Vous  savez  la  créacion 

Et  comment  les  Anges  périrent; 

Vous  savez  la  tranagression 

D'Éve  et  d'Adam  comme  ilz  chéirent, 

Dont  eub  et  leur  succes»oln 

Fussent  péris,  tant  se  forfirent, 

Se  ne  fust  l'incarnation 

Da  filz  Dieu  par  qui  revesquirent. 

XII.  apostres  quist  quant  1\  pleut 

Qui  avecques  lui  conversérent 

Et  d'autres  disciples  esleut 

Qui  sa  sainte  loy  annoncérent. 

Des  quielx  . vii.  diacres  y  eut 

Que  les  Apostres  ordenérent. 

Saint  Estiene  le  premier  fut 

Que  les  faulx  Juifz  lapidérent. 

Apres  ce  le  doulz  Jhesucrist 

Gonvertit  monseigneur  saint  Pol 


(i)  Seul-en.  A^t-on  cofrtome ;  de  toUrt. 
(2)  Qui,  pour  qu*il. 


1. 


LE    MARTYRE    DE    S.    ÉTIBNNE. 


Qui  tant  prescha  et  tant  escrivist  (i) 
Qu'on  le  tenoit  por  .i.  vray  fol. 
En  Grece  ala  et  lä  conquist 
Saint  Denis  qu'il  fist  cIquIz  et  mol  : 
A  Romme  vint,  Néron  le  quist, 
Néron  ly  fist  couper  le  col. 
Néron  fist  en  crois  par  grant  yre 
Crucefier  saint  Pierre  å  tort ; 
Néron  sa  mére  fist  occire, 
Néron  mourut  de  male  mört ; 
Néron  apres  son  grant  empire 
A  perdurable  desconfort : 
Les  Apostres  par  grief  martire 
Ont  perdurable  reconfort. 

Qui  voura  fioer  aus  Apostres,  vois€  de  cy  å  cdc  danse  qni 

ensuit :  La  Sovcraine.  (2) 

Saint  Denis  qui  moult  désiroit 
Sa  vie  avecques  eulz  fenir 
Le  sceut,  sy  dist  qu'ä  Bomme  yroit 
Por  martire  et  morl  soustenir 
Avecques  eulz  s'ä  Dieu  plaisoit , 
Mais  il  ne  peut  ä  temps  venir. 
Lieutenant  lessa  qui  faisoit 
La  loy  de  Dieu  croire  et  tenir; 


(i)  Od  remarquera  que  dans  re  vei*s  il  y  a  une  élision  entré  le  mot 
pfcscha  et  le  mot  et. 

(2)  Ces  deux  möts  förment  le  cemroeucement  d'un  vers  qii'on  trou- 
vera  plus  loin. 


LB    MABTYUE    DE    S.    ÉTIEBINE. 


Puis  vint  å  Romme  el  apostole 
Trouva  monseigneur  saint  Clénniefit 
Qui  le  retint  de  sod  esöole, 
Et  ly  pria  moult  doulcement 
Que  par  son  sen  et  sa  parole 
Vousist  enseigner  saintement 
Les  gens  Fran^ois  qui  maint  ydole 
Aouroient  lors  folement. 
A  sa  requeste,  k  sa  priérc 
Monseigneur  saint  Denis  en  Prance 
Avecques  Rustjque  et  Eletithére 
Et  plusieurs  de  son  alliance 
Vint  pour  la  gent  ä  Dieu  attrarrc, 
Et  Dieu  ly  donna  tel  puissance 
Que  le  peuple  d'erreur  retfaii-e 
Fist  et  tenir  vraye  créance. 
L'emperére  Domicien 
Le  sceut,  tantoä  y  eavoya 
Fescennin  .i.  prevostpaien 
Qui  volentiers  tout  s'emploia 
A  tourmenter  roaint  crestien. 
Mercy  Dieu  niil  ne  desvoia : 
Il  eurent  tourment  terrien 
Et  Dieu  ses.biens  leur  octroia. 
Sus  tous  Monseigneur  saint  Denis 
Fust  desrompu  et  tourmenté , 
En  four  chaut  mis,  sus  greil  rostis  y 
Au  bestes  sauvages  jeté, 
Crucefié,  en  cbartre  mis. 
Lä  fut  il  de  Dieu  visitc; 


LE   MiiaTYRB   I>B   S.    ÉTIENNB. 


Voiaiit  melsmes  ses  anemis 
A  converchié  et  conforté. 
Illec  ly  donna  Dieu  le  don 
Que  quiconques  le  requerroit , 

• 

Fust  de  pechié  avoir  pardon 
Ou  d'angoisse  qu'il  soufferroit  j 
Se  par  bonne  dévocion 
En  son  propos  pecsévéroit  y 
Sa  juste  supplicacion 
Nostre  seigneur  essanceroit. 
Apres  iut  mis  hors  des  prisons , 
Batus  fut,  la  teste  ot  coupée! 
Aussy  eurent  ses  compaignons: 
Sa  teste  porta  k  Letrée  : 
En  mélodieuses  chan^ons 
Ont  les  anges  joye  menée. 
Larcie  les  tirans  félons 
Reprenoit ,  sy  iut  decolée. 
Le  prevost  Fescednin  manda 
Qu'en  les  alast  geter  en  Saine. 
Catulle  tendis  vianda 
Les  menistres  å  pance  plaine. 
Et  la  yérite  leur  demanda(i); 
n  Ii  distrent  k  quelque  paine. 
Lors  k  ses  varlés  commanda 
Qu'on  les  portast  en  son  demaine. 


(1)  La  ve'rite.  Au  quinziéme  siécle  on  nepronon^ait  probablement 
pas  Vt  final  de  ce  mot,  sans  quoi  notre  vers  actuel  el  tous  eeox  od  il 
se  rencontre  seraient  faux. 


LE   MARTYRE  BE    S.    ÉTlENttEj 


Bien  tost  la  persécudon 

Des  félons  et  mauvés  paieoa 

Cessa  et  la  dévocion 

Moutepliades  crestiens. 

Lors  fisl  des  corps  sainz  uflion 

Catulle  avec  ses  adhérens 

Et  leur  r^réseotacion 

En  tombeau  bel  et  reverens. 

Depuis  y  fut  faicte  ä  l'instance 

Madame  sainte  Geneviéve 

Ou  temps  Childéric  roy  de  France 

Une  église  en  espace  briéve. 

Combien  que  por  la  défaillance 

De  chaux  la  chose  fu  moult  gricve; 

Mais  Dieu  Fen  fist  noble  chevance 

Qui  tout  bien  comence  et  achieve. 

La  souveraine  majesté  (i) 

De  Dieu  loer  ne  cesse  nulz 

Qui  tel  grace  aus  sains  a  presté 

Qu'en  vraie  foy  se  sont  tenuz. 

Loer  devons  sa  poesté 

Et  hault  et  bas,  et  sus  et  jus. 

Pour  ce  vous  ay  dit :  — Laudate 

Dominum  in  sant  is  ejus. 

Je  ne  vous  vueil  plus  sarmonner. 

Benoist  soit-il  qui  se  tera 

Et  je  pry  Dieu  que  pardonner 


(I)  Yoyezla  noted,  p.  4. 


8  LE    MARTYRE   DE    S.    ÉTIENNE. 

Vueilie  ä  coliuy  qui  pais  &ira 
Ses  péchiez ,  et  grace  donner 
Tant  comme  en  ce  monde  sera , 
£t  paradis  abandonner 
Quant  de  cest  siécle  finera! 

Amen!  Ainssjr  soit-ifl  etc. 


CY  COMMENCE 


LE  MARTIRE  S.  ESTIENE 


!■>■  •  m 


S.  Pierre  die  å  S.  Estiene. 

Doulces  gens,  un  pou  de  silence! 

Vous  qui  cy  estes  en  présence 

Savez  comment  nostre  Seigneur 

De  tous  les  plus  grans  le  greigneur  (i) 

Nou8  a  esleus  et  envoiez 

Pour  ayoier  les  desvoiez , 

Pour  prescher  la  foy  catholique 

Et  par  escriptur^  ententique 

La  prouver  et  par  yrais  miracles , 

En  garissant  démoniacles 

Et  quelconque  autre  maladie^ 

Et  en  rendan  t  aus  mors  la  vie. 

Par  nostre  labeur  et  estude 

Croist  chascun  jour  la  multitude 


(i)  Grandior ,  et  daiis  ce  cas*  ci  maximus. 


lO  LE    MARTYBE    DE    S.    ÉTIENNE. 

Des  croians;  mercy  nostre  sire, 
Sy  ayons  fait  au  pucple  cslire 
VII.  diacres  pour  nous  aidier. 

Gy  parle  é  S.  Estiene. 

Esticne  vous  estes  premier. 
Par  divine  ordinacion 
Nous  approuTons  rélection : 
Sy  vouions  que  soiés  de  nous 
Bénéis;  alez  ä  genous 
Dicu  le  vcult,  frére,  obéissez. 

S.    ESTIENE. 

Saintpére  dont  me  bénéissez. 

Lors  voise  6.  Estiene  å  genous,  et  S.  Pere  ti  mete  la  main  sus  la 

testc  en  disant : 

Le  Saint  Esperit  vueille  descendre 
En  ton  åme ,  par  quoy  entendre 
Puisses  å  faire  ton  oflice 
Saintement ,  såna  mal  et  sans  vice! 

In  Nomint  Patris,  et  Filii^  et  Spiritus  sancti. 

S.    ESTIl^NE. 

Amen! —  Dieu  doiot  qu'ii  soit  aiossy 

Lors  se  lieve  et voise  an  Juife  en  disant: 

Doulz  Jhesucrist  puis  qu'ainssy  est 
Qu'å  vous,  Sire,  et  au  pueple  il  plaist 
Que  je  soye  .i.  de  vos  diacres, 
A  vous  rens  loenges  et  graces 
Eo  vous  suppiiant  humbiemcn( 


LK    MABTYRfc   DE   8.    ÉTIBNNB.  11 

Que  ne  me  ieasiez  nulement 
Cheoir  en  péchié  n'en  négtigenoe; 
Mais  TueiUics  qu'ä  grant  diligence 
Face  m'offioe  aans  erreur 
A  nostre  bien^  å  rostre  honneur. 

Lon  die  aus  Pharisiens. 

Seigneurs,  salut  en  Jfaésucrist 
Qui  le  monde  forma  et  fist 
Comme  vray  pieu  et  filz  de  Dieu , 
Qui  par  vous  en  ce  present  lieu 
Mourut  selonc  l'umanité 
Que  prinse  aroit  par  charité 
En  la  douice  vierge  Marie  ^ 
Puis  reyint-il  de  mört  ä  vie, 
Et  au  tiers  jour  resuscita, 
Et  hors  d'enfer  les  siens  geta. 
Apres  monta  voians  nos  jeulz 
Au  quarentieme  jour  au  cteuls, 
Et  en  tel  (brme  proprement 
S'en  va  au  jour  du  jugement 
Rendre  k  ehascun  juste  loier! 

ANNAS»  évesque. 

Tés  toy,  c'0D  te  puisse  noier! 

Ce  sont  trestoutes  tromperies 

Et  erreurs  et  forsseneries. 

Dy  moy,  oix  treuve  tu  que  Dieu 

Puisse  estre  comprins  en  .i.  lieu  ? 

Comment  pourras  tu  soustenir       :f. 


12  LE    MARTYRE    D£  S,    ÉTIENNE. 

Que  Dieu  peust  homme  devenir  ? 
Et  se  horn  Alt,  par  quel  maniére  (i) 
Le  peut  eoEinter  vierge  entiére 
Sans  avoir  d'omine  compaignie? 

S.    ESTIENE. 

Sire,  le  prophete  Ysaye 
Respont  de  plain  sans  fiction 
A  vostre  tripie  question. 

Ysaye  (vir*  capitalo) :  EcceFirgo  concipiet  etpariet  Filiuniy  et 
vocqbitur  nomen  ejus  Emmanuel. 

Ycy  povez  veoir  clérement 

Qu'il  dit  qu'il  sera  vrayemcnt 

Une  vierge  qui  concevra 

1.  filz  et  vierge  enfantera 

Qui  sera  vray  Dieu  et  vrai  home. 

ANNAS. 

Qui  me  tientque  je  ne  t'assoinine) 
%  Meschant  trubert,  coquin  moquart? 

Or  me  respon  ä  cc  broquart ! 
Dy,  ne  fu  pas  Joseph  le  pére 
A  ton  Dieu  Jhésus,  etsa  mére 
Marie  la  Rousse  nommée? 

S.    ESTIENE. 

Vous  portez  lai>gue  enveuimée^ 
Et  l'anemy  (3)  sy  vous  estraint 

(i)  J'ai  rectifié  ce  vers ,  qui  est  ainsi  au  manuscrit : 

Et  se  homme  fu  par  quelque  maniére, 

(2)  Le  demon,  expression  tres  commune  dans  les  treiziéme  et  qua- 
torziéme  siécbs. 


LB    MARTYRE    DE    S.    ÉTIENNE.  1 3 

Que  vraye  foy  en  vous  estaint. 
Marie  saintement  conceut 
N'oneque8  homme  ne  la  cogneut, 
Car  le  St.-Esperit  la  ombra 
Qui  du  pur  sang  d'elle  fourma 
[.  corps  précieux,  digne  et  tendre 
Que  ly  filz  Dieu  voult  en  soy  prendre 
Avesques  Påme  précieuse. 
Sy  fti  par  euvre  merveillieuse 
Et  Dieu  et  homnne  une  personne ; 
Sy  (iit  sers  cil  qui  tout  bien  donne 
Et  qui  partout  a  seigneurie. 
Sy  fut  mortel  qui  donne  vie , 
Sy  fut  contenu  qui  contient 
Et  soustenu  qui  tout  sousdent 
Et  qui  sans  temps  est  temporel. 

CAIPUAS. 

Mengier  te  puist  chevau  morel! 
Ou  as  tu  ce  sy  bourbeté? 
Cest  .1.  cas  de  nouvelleté: 
Oncques  mais  u'oy  tel  merveille. 

S.    ESTIENE. 

Voir  c'est  merveille  sans  pareille, 
Merveille  trestoute  nouvelle 
A  merveilles  et  bonne  et  belle. 
En  Jérémie  la  quérez 
Et  tantost  vous  Vy  trouverez. 

JéRÉMiE  (xxxi«  aiio  capitulo) :  Creavit  Dominus  hominem  super 
Urram. ^-Malier circondabiivirum.  (sic) 


1 4  LB   MARTYRE   DE    S.    ÉTIENNE. 

GAIPHAS. 

Tu  veulz  nagier  sans  aviron: 
Preuve  ä  droit  sans  nous  encbanter 
Comme  elle  puet  vierge  enfanter 
Et  non  pas  par  vaine  logique 
Ne  par  argument  sophistique, 
Mais  par  les  dis  de  nostre  loy ! 

S.    ESTIENE. 

Je  le  vous  preuve  sans  délay. 
Moyses  sy  vit  .i.  buisson 
Tout  emfranbé  sans  nulie  arssure : 
Tout  aussy  nous  regéisson 
Que  Marie  out  filz  sans  lédure. 
La  vierge  Aaron  sans  contineure 
Fleury,  foilly,  et  fruit  porta : 
Nostre  vierge  sans  entameure 
Conceut,  porta  et  enfanta ; 
Et  ausst  comme  Dieu  fourma 
Adam  de  terre  nete  et  pure  y 
Aussy  quand  il  nous  refourma 
Print  corps  bumain  sans  nulle  ordure. 

ALEXANDER. 

Or  regardez  comme  il  applique 
Trestout  ä  sa  foy  catholique ! 
Ne  1'aron  point  par  dysputer; 
Mais  s'il  y  a  qui  imputer 
L'y  vueille  aucun  crime  ou  bla&rde 
Lieve  soy  sus  et  plus  ne  tärde 
Et  nous  orrons  qu'il  vourra  dire  I 

LE  PREMIER  FAULX  TESMOING. 


LE   HARTYRE   DE   S.    ÉTIBNNE;  1 5 


J'ay  trop  de  cas  contre  ly,  sire ; 
Il  a  dit,  c'est  chose  notoire, 
De  Moyse  et  Dieu  de  gloire 
iDJures  granz  et  vilenies 
Et  ranposnes  et  flafemies  (i) 
Qui  est  cbo6e  laide  et  horrible; 
Et.TOus  sayez  selonc  la  Bible 
Que  tout  homme  qui  est  blaflféme 
Doit  morir  de  mört  dure  et  pesme : 
Par  quoy  il  est  digne  de  mört. 

ANNAS. 

Vecy  .1.  point  qui  bien  te  mört : 
Respon  tosl  sans  faire  lonc  songe. 

8.    BSTIENB. 

Tout  quant  qu'il  a  dit  est  mensonge  : 
De  Dieu  n'ay  dit  nulle  blafTarde. 
Cest  cil  qui  tout  fist  et  tout  garde, 
Dieu  de  gloire  .i.  en  trinité 
Et  triple  en  une  déité , 
Qui  aparut  å  nos  sains  péres 
En  leur  révélant  ses  mistéres. 
Moyses  fut  son  saint  prophete 
Qui  sa  gent  qui  estoit  subjecte 
Au  roy  d'Egipte  délivra  : 
Diex  une  yérge  Ii  livra 
Dont  la  roage  mer  fist  cesser 
Et  le  pueple  ä  pié  cec  passer. 
Par  le  désert  les  conduisoit , 


(1)  Sic;  probwUemcnt  p^ur  blafémies. 


1 6  LE    MARTYRE    DE   S.    ÉTIENNE. 

Riens  fors  péchié  ne  leur  nuisoit. 
Dieu  tout  puissant,  Adonav, 
En  la  montaigne  Synay 
Les  commandeicens  de  la  lov 

•i 

Ly  batlla  escriptz  de  son  doy, 
Et  moult  de  signes  par  Moyse 
Fist  Dieu,  comme  Tescript  devise, 
De  quoy  je  me  tés  ä  present. 
Sy  puet  veoir  qui  vérité  sent 
Que  je  n'ay  dit  ne  ne  diz  mie 
De  Dieu  ne  des  siens  vilenie, 
Ne  de  chose  qu'ait  ordenée. 

LE   SECOND   TESMOIMG. 

Certes  sy  &is,  hergne  pelée! 
Faulz  apostat,  ytel  cs  tu; 
Sire,  ce  maleureus  testu 
A  dit  que  Jhésus  son  beau  Dieu 
Nostre  temple,  nostre  saint  lieu, 
Nos  sacrefices  destruiroit ; 
De  la  loy  Moyse  osteroit 
Tous  les  poins  cérimoniauls. 

caIphas. 
Par  foy  ce  sont  cas  criminauls 
Et  par  raison  doit  mal  fenir 
Qui  telz  erreurs  veult  soustenir : 
C'est  droite  diablie,  c'est  råge. 

ANNAS. 

Or,  avant  Dammasque  le  sagel 
Cy  ne  sarez  vous  que  remordre? 
Responnez  a  ces  poins  par  ordre 


LB   MAKTYRE   DB   S.    ÉTIBNEtB.  1 7 

Et  nous  donnez  response  bonneste. 

S.  ESTIBNB. 

Gens  felons,  gens  de  dure  teste. 

Gens  de  dur  cuer  et  obstiné ,  > 

Tous  jors  avez  vous  mastiné 

Les  saintes  gens  et  contredit 

Et  resisté  au  Saint  Esperit. 

Refusé  avez  benéisson , 

Sy  venra  sus  vous  maleicon  : 

Vous  mesmes  vous  y  commandastes 

Quant  Jhésus  ä  mört  condampnastes  (i) 

Dont  le  péchié  sus  vous  prensistes 

Et  vous  et  vos  en&ns  maudistes. 

Ii  mourut)  mais  vueilliez  ou  non^ 

II  vit ;  sy  responsen  son  nom 

Que  faussement  vous  m'acusez 

Et  de  mes  dis  trop  mésusez. 

Dieu  fist,  pas  ne  dis  le  contraire, 

Et  temple  et  tabemacle  &ire; 

Mais  le  temple  et  le  Jtabemacle 

Figure  furent  et  synacle 

Que  de  Jhésu  Tumanité 

Fut  temple  de  la  déité , 

Le  quel  temple  vous  destruisistes 

Quant  mauvaisement  1'occisistes; 

Mais  Dieu  qui  dedens  habita 


(1)  Voici  le  yers  tei  qall  est  au  Mst. : 

Quant  Jhésucrist  å  inort  y  condampnastes. 
I.  .  2 


I B  LB   MÅRTYRE   »E   S.    ÉtlENNB. 


Au  tiers  jour  le  re^scita. 
Sy  fut  le  temple  lors  retatt 
Qu'avie2  maisement  deiFait. 
De  la  loy  dont  fiiictes  querelie 
Je  dy  qu'elle  fii  bonne  et  bello ;. 
Mais  mout  y  a  oérimonies 
Qui  sont  ou  temps  present  fénie». 
De  uostre  loy  (urent  figure 
Et  par  toute  yostre  escripturo 
Est  la  loy  Jhésucrist  trouirée 
Des  sains  prophetes  approuTée^ 
De  Moyse  et  de  Daniel , 
De  David  et  d'Ézéchiel , 
D'Abacuc,  d'Amos^  d'Isaye, 
De  Baruc  et  de  Jérémie, 
Et  de  moult  d'autres  ä  foison , 
És  quels  en  plusieurs  liex  lison 
Le  mistére  de  nostre  loy 

ALEXANDER. 

II  yst  hors  du  seqs;  liez  Foy. 
Faulx  renoiez,  &ulx  apostat, 
Nous  te  mestrons  en  tel  estat 
Que  ly  diables  t^enporteront. 

S.    BSTIENE. 

Non  feront,  tirant,  non  feront, 
Mais  ainfois  les  anges  des  cielx, 
Car  je  voy  jä,  loé  soit  Diex , 
Le  ciel  ouvert  å  veue  clére 
Et  ä  la  destre  Dieu  le  pére 
Jhésucrist  le  sauteur  du  monde. 


Llr  HARTTRE   DV  S«    ÉtlEm^B.  l^ 


▲N  MAS,  en  gregnant  les  dens  ét  flii  estoupant  ses  oreilles. 

Ahay,  glouton^  Dieu  te  confonde! 
Seigneurs,  estoupez  tos  oréilies, 
Ge  forilkult  dtt  fines  merveiUeft. 
Lcvez  sus,  Juifz,  levez  sus , 
Liez,  ferez,  (rapez  dessus, 
Froissez  la  teste  el  la  cervete, 
Rompez  les  os  et  la  boueie  | 
Hors  de  la  ville  ä  grosses  pierres 
Me  lapidez  ce  sanglant  Herres  : 
Il  nous  veult  pervertir  trestous. 

LES    .II.    TESMOINS   ET    .II.   AUTRES. 

Par  le  grant  Dieu,  sy  ferons  nous. 

LE  MUMIBB,  enférantdapokig. 

Passé  ävant,  brigant  forssené; 
Ly  diables  t^i  ont  amené : 
Or,  tien ,  ronge  moy  ce  lopin ! 

LE  SECOND,  en  férant. 

Truant  puant ,  tire  lopin , 
Passé  avant  en  male  estraine. 

LE  TIÉRS,  en  férant. 

Meschant,  tu  as  puante  aléine; 
Avale  mOy  ceste  ciboule : 

LE  QUART ,  en  férant. 

Li  as  tu  donné  une  boule? 

Tu  Ii  as  Éut  venir  la  boee. 

Tien ,  vibio ,  tien  ceste  beU)cc 

Afin  que  le  cuer  ne  le  iaille. 

a. 


20  LE    MARTYRE    DE   S.    ETIENNB. 

SAULUS. 

Que  faictes-vous  &usse  merdaille  ? 
Pour  quoy  le  servez  vous  de  lobes? 
Despouilliez  moy  toutes  voz  robes ; 
Sy  fraperez  miex  au  ddlivre. 

LE   PREMIER. 

Par  le  grant  Dieu ,  tu  n'es  pas  yvre! 
Or  sus,  despoullons  nous  tous  .iiii. 

LES   AUTRES    III. 

Volentiers,  sire,  por  miex  batre. 
Lon  se  despouillent  et  baillent  leurs  vestemens  å  Saaliti,  en  disant 
Saulet,  garde  nos  vestemens. 

SAULUS. 

Avant,  avant ,  feulx  garnemens; 

Ne  l^espargniez  plus  qu'un  viez  chien. 

LE    PREMIER. 

Il  ara  assez  tost  du  mien 
Ou  de  Fautruy,  que  je  ne  mente. 
Sa ,  ribaut,  tu  as  fiévre  lente; 
Lie  ce  brief  dessus  ta  testo. 

En  férant  d'ane  pelote  emplie  ou  toullier  de  sanc. 

Tu  es  seigm^  ä  jour  de  feste. 

Le  second ,  en  frapant  oömme  Fautre,  die  en  férant : 

Tien ,  mengeue  ceste  chaste  loigne. 

LE  TIERS ,  en  férant 
Pren  ceste  aumone  de  Bourgoigne. 

LE  PREMIER  ■,  m  férant. 
Met  en  ton  sac,  por  te  ä  ton  Dieu. 


LE   MARTYRE    DC    S.    ETIENNE.  21 


LE    QUART. 

Tu  Tas  féru  en  mauvais  lieu. 
Regarde  comme  il  £ut  la  lipe ! 
Il  Ii  fault  .1.  morsael  de  tripc  : 
Por  ce  fait-il  sv  maise  chiérc. 
Ca,  vilain,  ten  ta  gibcciére. 

En  férant. 

Tien,  roinge  cl  ne  gruméle  mie. 

s.  £STiEME,.ågenoux. 
Doulz  Jhésucrist,  né  de  I^larie, 
Pour  ceuU  qui  ainssy  me  tourmentent, 
Qui  ne  scevent  p^s  ne  ne  sen  ten  t 
Qu'il  font,  vous  supplie  humblement 
Que  leur  donnez  avisement, 
Et  tout  leur  vueilliez  pardonner, 
£t  mon  espérit  couronner 
Lassus  en  la  gloire  des  cielx. 
A  vous  le  rend ,  beau  sire  Diex , 
Et  en  vos  mains  le  recommande. 
Lors  86  lesBe  chéoir  å  terre. 

LE   PRI^MIER. 

Je  vueit  vestir  ma  houpelande ; 
Alon  en ,  qu'il  en  est  sué. 
S'il  n'est  inort  sy  est  il  tué  : 
Lesspns  le  cy  aus  chiens  menger. 
Cy  86  reY68tent. 

SAULUS. 

Son  Jhésus  qui  si  bicn  venger 
Le  dcvoit,  oii  est  il  alc  ? 


22  I^E    MIRTYRE    DE    8.    ÉTIBIiH^. 

LE    SECOND. 

Il  n'est  CDCore  pas  deyalé 
Des  nués  ou  U  est ,  ce  dit, 

LB   TlEItS. 

Espoir  qu'il  est  entredit , 
Sy  n'03e  aler  ne  9a,  ne  \h. 

LB  <^ART. 

Je  cuide  quand  ii  Tappela 
Qu'il  faisoit  011  ven  ou  corbeille. 

LÉ    PREMIER; 

Voire ,  ou  il  fist  la  sourde  oreille  ^ 
Car  il  ne  se  peut  remuer. 
Alons  en ,  iessons  le  suer . 

m 

Lors  8'en  voiseut  tous  ensemble, 
GIMALIEL. 

Helas,  chétis!  com  deschiré 

Et  desrompu  et  martiré 

Est  cel  preudomroes  S,  Estiepe^. 

Encore  par  droite  malice 

L'ont-il  lessié  comme  une  biche 

Aus  oiseaulx ,  aus  chiens  et  aux  chiennes } 

Mais  Die?^  qui  seult  gärder  les  siens 

A  garde  d'oisiaux  et  de  chiens 

Sa  char  que  point  ne  Font  atainte*. 

Sy  vous  pry  pour  Famor  de  Dieu 

Mes  amis  qu'alons  sus  le  lieu 

Sy  Penterrons  en  terrc  sainte. 

ABIBAS)  åGamaliel. 
Mon  chier  seigneur  et  mon  doulz  pére , 


^ 


LS    M^RTYRE   DE    9.    iS^TtfiNNE.  ^3 


Depuis  la  mört  ma  douké  mérö 
Je  n'eu  au  cuer  doaleof  gréiglieuf ; 
Mes  puisque  Dieu  Ta  ordené 
Soit  ensevelis  et  mené 
En  voslre  ville  mon  Seigneur. 

NIGH0DEMU5. 

Gamaliei ,  mon  oncle  chier, 
Lcs  maistres  tous  vis  despechier 
Nous  feront  si  le  vont  savant; 
Sy  alons  tant  com  la  nuit  durc 
Et  le  mettons  en  sépulture 
Ain^ois  qu'il  soit  jour  Diex  avant. 

GAMALIEL. 

Mon  filz,  et  vous  Nichodemus, 
Pater  nosUr  et  oremus 
Disons  k  Dieu  por  la  siene  äme. 
Alons  nous  trois  tout  coiement 
L'enterrer  en  mon  monument. 
Or  alon  de  par  Nostre  Dame. 

Lon  le  portent  hors  du  champ. 

Qui  lejeu  S.  Estiene  s^ourraycjfiner 
Com  sy  prks  est  escript  le  por  ra  terminer 

La  fin  du  jeu. 

NICHODEMUS. 

Sire,  (ait-il  å  martir  injure 
Qui  d'onner  por  martir  préntcure; 
Gar  Tame  vole  és  ciex  lassus 
Sy  que  partie  est  du  corps. 


24  I^E    MARTYRE    DE   S.    ÉTIENNE, 

Sy  chantona  tous  foibles  et  fors 
En  hault :  Te  Deum  laudamus. 

Qui  lejeu  cy  ne  finera 
Ceste  clause  sy  laissera. 

'  CoDtiaue  ainssy. 


LA 


CONVERCION  S.  POL 


SAULUS  ET  SES  GOMPAIGNONS. 

Dieu  gart  les  maistrcs  de  la  loy ! 

LES   PHARISIEN3. 

Bien  veigniez,  amis,  par  fby. 

SAULUS. 

Mes  seigneurs ,  sachiez  que  Damasce 
De  folz  crestiens  a  grant  masse 
Qui  nostre  loy  du  tout  confondent 
Et  une  loy  nouvele  fondent 
Qui  nostre  loy  confondra  toute 
Qui  tost  n'y  pourverra  sans  doubte. 
Nous  avons  .i.  de  leurs  prescherrea 
Tué  et  lapidé  ä  pierres. 
Les  autres  plus  en  doubteront : 
S'en  les  tiont  court  ilz  cesseront« . 


26  LA    CONVERSION    DE    S.    PAUL. 

«  ■  ■  ■ 

Sy  me  bailliez  s'il  vous  plaist  lettre 
Que  je  lier  les  puisse  et  mectre 
En  vos  prisons  sans  conlredit. 

ANNAS,  CAIPIIAS,  ALEXANDER. 

Benoist  soit-il  qui  a  ce  dit ! 

ANNAS. 

Sau|et,  Saulety  mon  6ls,  9a  vien! 
Tu  es  taillé  ä  faire  bien. 

£n  baillant  une  lettre. 

Je  te  donne  commission 
D'aler  par  ceste  region 
En  cerchier  ces  faulz  crestiens. 
Tien,  va  les  metre  en  fors  liens 
Et  les  amaine  en  nos  prisons. 

SAULUS. 

Sire,  sll  y  a  jä  prins  boms 

A  ran9on  que  je  ne  le  face 

Lier  ou  mourir  en  la  placc, 

Je  prie  k  Dieu  qu'oD  me  puist  pendre. 

ANNAS. 

Va,  le  grant  Dieo  te  ptrist  deflfendre! 
Lors  Saulus  monteå  cheval  en  disant : 

A  cheval,  k  cbeval  toot  homme! 
N0U8  ne  valofis  pa»  une  pomme 
SMl  y  a  nulz  qur  nona  eschape. 
Se  je  ne  les  vous  met  aoulz  trape 
Sy  me  cporonnez  d^un  trepié. 


hk  COMYERSION   DB  S.    PAUL,  2^ 

SES  GOMPAIGNONS. 

Cbevauchiez ,  nous  jrom  de  pié. 

Lors  voisent  en  passant  ptr  deasoalz  Paradis. 

SAULU8,  en  alant. 
Alon  en  ä  Damas  bon  eire. 
Le  cuer  d'ire  ou  ventre  me  serre 
De  oe  que  ces  Taulz  crestiens, 
Ces  &ulz  bougres,  cez  ruRiens, 
Sy  vont  nostre  loy  defttruisant. 
Certes  je  leur  seray  nuysant 
Dore-en-avant  quenque  porray; 
Ou  ilz  mourront  ou  je  morray. 
Brief  et  court  n'en  faut  plus  parler. 

SES  GOMPAIGNONS. 

Or  to^,  t08t^  penssons  de  Paler. 

Ijotb  ay  oömme  Saulna  passera  par  dessoulx  Paradis ,  Jbésus 
prengne  .1.  hraadon  ardant ,  et  gete  ras  ly,  et  lors  il  se 
lesMohéoiriterre. 

JHÉSUS  die  : 

Saulé,  Saulé,  tropt  es  testu. 
Dy  pour  quoy  me  guerroies  tu? 

SAULUS. 

Qui  es  tu  qui  es  cy  venus? 

JHESUS. 

Je  suis  Jhesus  Nazarethus 
Que  tu  poursuisy  quant  guerroiani 
Vas  ceAJlz  qui  en  moy  voot  croiant. 
Tu  fais  que  fol  et  que  félon 
Pe  regibercontreaguillon. 


2S  LA  GONVERSION  DE  S.  PAUL. 


SAULUS. 

Sire ,  que  veult  tu  que  je  fece  ? 

JHESUS. 

Lieve  sus ,  va  t'en  å  Damasce ; 
Sy  orras  que  tu  de  vrås  &ire. 

Lon  Saulus  se  hére  comme  aveogle  et  die  å  ses  eompaignons 

Mes  chiers  amis,  vueillez  moy  traire 
Par  la  main,  car  je  ne  voy  goute; 
Et  sy  veulz  qu^en  vostre  route 
A  Damas  bientost  me  menez. 

SES   COMP41GNONS. 

Sa ,  la  main  y  sire ,  car  venez. 
Lors  le  meinent  aveugle  å  Damas  qui  soit  en  costé  Paradis. 

JHESUS  9  sans  soy  bougier ,  die : 
Ananie,  plus  ne  sommeille. 
Lieve  sus,  tost  sy  t'apareille. 
Va  en  en  la  rue  qu'on  dit  Recle. 
Lä  trouveras  de  nostre  secte 
En  oraison  Saulet  de  Tharsse. 
Toutd  malice  est  en  lui  arsse  , 
En  ly  n'a  que  bien  et  doctrine  : 
Va  et  les  yeulz  ly  renlumine 
Et  le  baptise  en  nostre  nom. 

ANANIAS. 

Ah'doulz  Dieux!  Il  a  le  renon 
D'estre  .i.  félon  mauvéstirant 
Qui  va  vostre  gen  t  martirant 
En  tous  Ics  lieus  ou  il  la  treuve. 


hk   GONYERSION  DE  S.  PAUL.  2^ 

JHESUS. 

Va  seurement,  va  si  espreuve 
Comme  il  est  doulz  et  débonnaire. 
Je  Tai  esleu  å  tout  bien  &ire, 
Et  ly  monstreray  que  por  moy 
Souffrir  devra  et  por  ma  lov. 
Devant  roys  et  princes  yra 
Et  plusieurs  en  convertira; 
Partout  aus  champs  et  k  la  ville 
Preschera  la  sainte  Évangile 
Qu'en8eigné  je  ly  ay  toute 
Par  ces  .111.  jours  qu^il  n'a  veu  goute. 
Va  tost  ä  ly,  car  ii  me  plaist. 

ANANIAS. 

Monseigneur  je  suis  tout  prest. 
Lors  voise  ä  S.  Pol  et  die  : 

Saulé,  frére,  Dieu  te  benéie! 

Jhésus  qui  fu  né  de  Marie , 

Qui  t'a  aparu  en  la  voye 

Tout  maintenant  h  toy  m'envoye 

Le  sainl  baptesme  te  donner 

Et  ta  véue  renluminer. 

Ou  nom  de  Dieu  triple  en  personne , 

Baptesme  et  la  véue  te  donne , 

In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  sancti. 

Amen, 

En  le  baptisant. 
Frére,  vousesles  crestien. 


3o  LA.  GONVBRSION   DE   S.    PAUL. 

Dieu  vous  a  osté  du  lien 
De  pechié  et  sa  grace  avez. 
La  sainte  Escripture  savez  : 
Honnourez  Dieu ,  sa  loj  preschiez , 
Le  peuple  d^erreur  dépeschiez. 
Pol  vostre  propre  nom  sera : 
Faites  bien ,  Dieu  vous  aidera. 

Lors  se  voise  séoir  S.  Pol  en  alant  å  Damas. 

Loé  soit  Dieu  qui  m^a  geté 
Hors  d'erreur  et  de  feusseté , 
Qui  m^a  ä  sa  grace  apellé^ 
Qui  m'a  ses  secrez  revelé , 
Qui  en  moy  a  tout  mal  sechié  j 
Qui  m'a  k  tout  bien  alechté , 
Qui  m'a  en  doulz  aignel  changié 
De  lou  sauvasge  et  enragié , 
Qui  m^a  de  persécucion 
Esleu  ä  prédicacion , 
Qui  m'a  mis  i  salvacion 
De  voie  de  dampnation! 
Je  n'aray  pas  sa  grace  en  vain. 
Je  vueil  tout  metre  soubz  sa  main , 
Je  vueil  avant  huy  que  demain 
Sa  loj  preschier  h  mon  prochain. 

Lon  voise  aus  Juils  de  Damas,  et  die  : 

Seigneurs ,  ä  vous  pren  mon  prologue 
Que  je  voy  en  la  sinagogue. 
A  vous  doit  on  premiérensent 


hk   GONVEKSION   DE   S.    PJlUL.  3 1 

Preschier  le  nouvcl  testament. 
Vous  savQs  oömme  Dieu  permist 
Que  Mesyas ,  c*est  (Jhésucrist), 
Nestroit  de  lignée  royal. 
Du  roy  David  saint  et  loyah, 
Qui  sus  le  fust  mortsouflerroit 
Et  son  pueple  déliverroit , 
Qui  les  gens  de  diversse  loy 
Ausneroit  å  une  foy ; 
Ceste  promesse  est  acomplie  : 
Nez  est  de  la  vierge  Marie, 
En  la  crois  mört  et  tormenlé , 
Resuscité ,  aus  cteulz  monté. 
Croiez  en  ly ,  perseverez 
En  s'aiiior  et  sauvez  seréz. 

LE    PREMIKR   JUIP   DE   DAMAS. 

Qui  estce  fbl  qui  lä  parole  ? 
£s-ce  ore  histoire  ou  parabole 
Dont  il  va  ainssy  sermonnant? 

LE   SECOND. 

Sachiez  c'est  .i.  fol  christicote 
Qui  a  pr ios  le9on  å  Tescole 
DoDt  il  va  ainssy  gergonnant. 

LE   TIERS. 

Sire,  la  dmr  de  moy  soit  arsse 
Se  ce  n'est  Saulotin  de  Tharsse 
Qui  est  yssu  hors  de  son  sens 
Ou  il  est  espoir  eodaatnté ; 
Gar  il  c'estoit  trop  fort  ranté 
De  tourmenter  les  crestiens. 


32  LA  CONYERSION  DB  S.  P4UL. 

LE  PREMIER. 

Hé  le  grant  Dieu !  ce  crucefix 
Met  le  pére  contre  le  filz 
Et  la  inére  contre  la  fille. 
Il  nous  destruit,  il  nous  essille , 
Il  pert,  il  confont  nostre  loy. 
*    Ne  metton  la  chose  en  délay. 
S'en  lesse  croistre  le  meSchief, 
Nous  ne  porrons  venir  ä  chief. 
Il  est  homme  de  grant  courage; 
Puis  qu'il  commance  il  fera  råge  : 
Alons  le  monstrer  au  prévost. 

LES   AUTRES. 

Trop  demourons,  alons  y  tost. 
Lors  voisent  au  prévost  de  Damas : 

LE    PREMIER. 

Monseigneur,  pour  Dieu  mercy 
Il  est  venu  depuis  hier  cy 
.1.  jeune  homme  de  male  part, 
Plus  fier,  plus  félon  qu'un  liépart, 
Qui  vostre  loy,  sire,  et  la  nostre 
Veult  destruii^  et  ce  iait  apostre 
D'un  fol  que  nostre  gent  fist  pendre. 
Plaise  vous,  sire,  k  y  entendre ! 
Tous  ensemble  vous  en  pripns. 

LE   PREVOST. 

Je  voy  bien  vos  péticions. 
Prenez  le  moy  sans  plus  tarder 
Et  faites  les  portes  gärder. 
S'en  ly  trouvons  nul  maléfice. 


LA    CONVERSION    DE    S.    PAUL.  33 


Nous  vous  ferons  tantost  justice. 
Alez  le  prendre  sans  plus  dire. 

LES    JUIFZ. 

Le  grant  Dieu,  Sire,  le  vous  mire! 

Lors  voisent  oä  ils  yourront. 

ANANIAS. 

Frére  Pol,  Dieu  vous  croisse  honneur! 
Les  faulz  Juifz  grant  et  meneur 
Qui  demeurent  en  ceste  ville 
De  vous  tuer  ont  prins  concile  : 
Por  Dieu  alez-en ,  n'y  tardez ! 

S.    POL. 

Se  vous  dictes  bien ,  resgardcz 
Qu'au  premier  assault  je  m'enruie, 
Qui  ne  doy  doubter  vent  ne  pluie , 
Roys  ne  princes ,  ne  duc  ne  conte  : 
Sire,  ce  seroit  trop  grant  honte 
Et  estande  pour  les  enfermes. 

ANANrAS. 

Bien  scay ,  frére ,  qu'estes  sy  fermes 
Que  vous  ne  doubtez  point  mourir ; 
Mais,  pour  Dieu ,  vueilliez  secourir 
Au  monde  qui  est  en  erreur! 
Ce  n'est  estande  ne  horreur 
S'un  pou  vostre  mört  diiférez; 
Més  grant  bien  et  grant  sen  ferez 
Por  mielx  en  la  fov  labourer. 
Et  Jhésucrist  plus  honnourer 
Qui  a  en  vous  sa  grace  mise 
I.  3 


Nous  TOe  hr[^  a 

Alez  k  [nwrc  ^ 

Ii-  - 

Le  gmK  Ikrs-  "^ 


:ivoir  joye 
i  bacheler 
•ov  et  en  voye 
it  renouveler. 

MATIIIEU. 

IV  tre  ce  puet  céler  : 


34  l-A    CONVERSION    DE    S.    PAUL. 

Et  vous  a  fait  de  sainte  Églisc 
Noble  docteur  et  son  apostre. 

S.    POL. 

Dites  donc  voslre  Pater  noslrc 
Por  moy  et  a  Dieu  soiez  vous. 

1.ors  voise  .i.  pou  avant,  puis  se  sicc  å  terre. 

ANANUS. 

A  Dieu ,  frére ,  priez  pour  nous. 

s.   BAn?iABÉ,  aus  Apostres. 
Or  entendez-vous ,  mes  seigneurs , 
Que  nostre  sire  a  voulu  fairc? 
Saulet  qui  tant  maulz  et  douleurs 
Et  engoisse  nous  a  fait  traire, 
Jhésucrist  Ta  vouiu  attraire 
Et  apeller  å  son  servise. 
Sy  est  aus  faulz  Juifz  contraire 
Et  vray  docteur  de  sainte  Égiise. 

S.    PIERRE. 

Doulz  Dieu,  vous  soiez  mercic 
De  sy  noble  con version ! 
Vostre  nom  soit  glorefic 
D'ayoir  esleu  tel  champion ! 

S.    ANDRIEU. 

Cest  .1,  vessel  de  éleccion. 
J'en  regracie  Dieu  le  pérc 
Qui  tous  a  en  dileccion  : 
Por  ce  est  fol  qui  se  désespere. 

S.    JAQUES  LE  GRANT. 

Hc!  sainte  Eglise,  nostre  mcrc, 


L^   CONVERSION    DE    S.    PAUL.  35 


Bien  dois  grant  joye  clémener 
Quant  celuy  presche  ton  mistére 
Qui  te  souIcMt  sy  mal  mener ! 

S.    JEHAK. 

• 

Bien  scet  Jhésucrist  asener 
Quant  d^anemy  feit  amy  chicr; 
Por  ce  se  doit  chascun  pener 
De  son  cuer  en  Dieu  tant  fichier. 

S.    THOMAS. 

Or,  a  Dieu  .i.  bon  chevalier  : 
Il  n'a  pas  (ail\j  a  eslire. 
Celuy  fait  traire  a  son  colier 
Qui  ne  le  fesoit  que  despire. 

S.    JAQUES    LE    MfiNDRE. 

Jhésucrist  scct  bien  sa  gent  duire, 
Qui  d'un  lou  a  fait  .i.  aignel , 
Quant  &it  å  luy  servir  déduire 
Son  tres  grant  anemy  mortel. 

S.    PHELIPPE. 

Nostre  sire  fait  son  chastel; 

Il  ne  chaut  de  quelque  monnoye 

Quant  son  anemy  fait  a  tel 

Qu'å  luy  servir  du  lout  s'employe. 

S.    BARTUOLOMEU. 

Bien  doit  sainte  Église  avoir  joye 
Quant  voit  son  nouveau  bacheler 
Se  mettre  en  convoy  et  en  voye 
Du  monde  tout  renouveler. 

S.    MATHIEU. 

Vraye  amour  ne  ce  puet  céler  : 


3. 


36  LA    C0>V£RSI03(    DE    S.    PAUL. 

Sy  ardans  est  en  cbarité 
Que  le  dos  se  fait  marteler 
Souvent  pour  soustenir  vérité. 

S.    SYMON. 

llé  Diex,  benoiste  Trinité  ! 
Tant  est  ceste  euvre  glorieuse 
Bicn  est  vostre  bénignité 
A  tout  le  monde  gråcieuse. 

S.    JUDE. 

Voslre  sagesce  vertueuse, 
Doulz  Dieu ,  vostre  bénivolence , 
.  En  ceste  euvre  sy  merveilleuse 
Se  monstrent  bien  par  exellencc. 

S.    MATHIAS. 

Loons  k  Dieu  a  grant  révérance 
Qui  nulle  åme  ne  veult  périr. 
Volentiers  le  veisse  en  présence 
S^aucune  åme  Falast  quérir. 

S.     BARNABÉ. 

En  l'eure  le  feray  venir, 

Enclinaht. 

Congié  et  bénéi^ron,  Saint  Pére. 

S.    PIERRE ,  en  le  seignant. 
Bien  aler  et  bien  revenir 
Vous  doitit ,  nostre  beau  frére ! 

Cy  voise  S.  Baraabé  ä  S.  Pol. 
Frére  Pol,  Dieu  vous  doint  s'amour  ! 

S.    POL. 

Sire,  Dieu  vous  doint  benoist  jour ! 


LA  GONVERSION  DE  S.  PAUL.  87 


S.  BARNABÉ. 

Frére ,  mes  seigneurs  et  les  vostres , 
Saint  Pére  et  les  autres  apostres, 
Ont  de  vos  fais  oy  conter : 
Tel  joye  ont  que  nul  raconter 
Nel'saroit  en  nulle  maniére. 
A  cuer  joieus,  k  liée  chiére 
Vous  verroient  volentiers,  Sirc. 

S.    POL. 

Helas!  c'est  queoque  je  désire, 
Sire  5  pour  Dieu  car  m'y  menez. 

S.    BA^NABl^. 

Je  le  vueil ,  biau  frére,  venez. 

Lors  voisent  et  S.  Bamabé  die  : 
Vecy  Pol  que  je  vous  ameine. 

S.    POL. 

Jbésus  qui  pour  nous  souffirit  paine , 
Mes  seigneurs,  vous  doint  bonne  vie!' 

LES  APOSTRES. 

Bien  veigne  celle  conpaignie  ! 

S.    PIERRE. 

Mon  frére  et  mon  amy  loyal , 
Mon  conpaignon  espécial , 
Mon  confort^  m^amour,  mon  soulas. 
Por  vous  avons  estc  tous  las; 
Mais  Jhésucrist  nostre  tristesce 
Nous  a  muée  en  grant  léesce 
Quant  mué  a  vostre  courage 
Et  vostre  fol  propos  en  sage . 


38  LA   CONVERSION    DE    S.    PAUL; 

Quant  vous  a  sy  enluminé 
Que  par  vous  sera  doctriné 
En  vraye  foy  trestout  le  monde , 
Quant  noblement  sa  grace  abonde 
Ou  abondoit  iniquité. 
Gloire  a  la  Sainte  Trinité! 
Venez  besier  moy  et  mez  fréres. 

S.    POL. 

Volentiers  et  de  cuer,  sains  péres. 

Lors  les  baise  tons. 

Qui  voudra  joindre  ceste  convercion  avec  le  jeuS.  Estiene,  pourra 
finer  ici  endroit  tout  ensemble,  en  ceste  forme  qui  ensuit: 

S.    PIERRE. 

Fréres,  ceste  convercion 

Est  des  anges  solennisée; 

Gar  par  divine  éleccion 

A  esté  £iilte  et  ordenée. 

Sy  vouloDs  qu'etle  soit  célébrée 

Dignement  par  dévocion 

En  sainte  Église  longue  et  lée; 

Et  pour  ce  chantons :  Te  Deum. 

Gette  ciause  ne  soit  point  diete  ou  oas  qu'on  ne  voudroit  fairc  åu 
icy  endroit.  Le  jeu  dessus  dit  Gontinue  ainssy. 

S.  Pére  die  quant  S.  Pol  les  ara  besiez  : 

Mes  chiers  fréres  et  mes  amis , 
Nos  tre  Sauveur  sy  nous  a  mis 
En  son  lieu  pour  sa  loy  preschicr , 
Pour  convertir  el  baptister 


L\  CONVERSION  DE  S.  PAUL.  lic) 


Le  pueple  et  pour  l'eiidcx:triner. 
Sy  nous  (ault  trestous  chemtner ; 
Mais  alons  ain^ois ,  je  vous  prie , 
Savoir  h  la  Yicrge  Marie 
SePnous  vourra  rions  commander. 

LBS  AP06TRES. 

Nous  nous  voulons  recommaDder , 
Sire ,  en  sa  grace,  c'est  raison : 
Alons  la  veoir  en  sa  maison. 

Lon  Yoisent  å  Nostre  Dame  qui  soit  prez  d^illecqiies,  et  $ve  agenoulleiit 

et  dient : 

yls^e,  Dame  de  grace  plaine. 

S.    PIEBRE. 

Dame  9  frérc  Pol  vous  amaiuc 
Le  vostre  nouvel  serviteur, 
Que  nostre  sire  a  fait  docteur , 
Et  son  apostre  comme  nous. 
A  jointes  matns  et  a  genous 
Vous  voulons,  Dame,  déprier 
Que  Dieu  vneilliez  por  nous  prier ; 
Car  ii  nous  iauk  de  cy  par tir 
Pour*  le  pueple  aler  oonvertir. 
Vostre  filz,  le  doixh  JhétMicrist , 
Quant  éft  cielx  moiita  Le  nous  dist, 
Doulce  dame,  bien  le  aavez. 

I90STKE  DAME. 

Frére  Pierre ,  bien  dit  avoz 

Et  bien  veigniez  ore  trcslous. 

Frére  Pol ,  mon  amy  tres  douU ,  ^ 


* 

i. 


4o  LA    CONVERSION    Dli    S.    PAIJL. 

Jhésucrist,  monseigncur  mon  filz, 
Yous  a  osté  de  grans  périlz 
Et  grant  grace  vous  a  donnéc- 
Qui  est  en  vous  bien  assignée; 
Gar  ly  et  moy  honnourerez 
Et  la  foy  moult  essaucerez. 
J'en  mercie  nostre  Seigneur 
Qui  vous  fera  honneur  greigneur 
Quant  és  cieulz  vous  couronnera 
Et  sa  gloire  vous  donnera. 
Mes  fréres,  moult  me  soulaciez ; 
Nient  meins  je  vueil  que  cc  faciez 
Que  Diex  le  pére  vous  manda, 
Que  DIeu  le  filz  vous  commanda, 
Qui  vous  gart  en  corps  et  en  åme. 

LES  APOSTRES5  ensoylevant. 

Amen,  et  a  Dieu  soiez,  Dame! 

s.    PIERRE  5  ausApostres. 

Chiers  fréres,  par  nous  convient 
Et  départir ,  car  de  Dieu  vicnt. 
Le  doulz  Jhcsucrist  nostre  maistre 
Qui  de  pure  vierge  voult  nestre 
Vueille  par  nous  tout  mal  destruirc 
Et  le  pueple  en  sa  loy  instruire , 
Sa  grace  sy  mouteplier 
Que  par  tout  puist  fructefier 
A  sa  loenge  et  a  sa  gloire ! 
Aions  Tun  de  Taulre  mémoire  : 
Dieu  nous  maintiegne  en  charilr 


hk   CONYERSIO?!    DE    S.    PAUL.  4^ 

Et  en  vraye  fraternité ! 
A  Dieu  soiez  et  ä  sa  mére. 

LES    APOSTRES  ,    fors  S.  Pol. 

A  Dieu  vous  commandons  S.  Pére. 

Lors  YoLse  S.  Pére  ä  Romme  et  S.  Pul  ä  Atliiénes ,  et  les  antres  oii 
ils  vouiTOiit ;  mais  qui  Toura  faire  de  S.  Pére  et  de  S.  Pol ,  et 
laissier  S.  Denis ,  sy  voisent  S.  Pére  et  S.  Pol  å  Romme  et 
parlent  anx  Roamains  en  la  maniére  qu'il  est  convenu  apres  la 
oonversion  S.  Denis  en  la  rubrique  qui  se  commence : 

Seigneurs  Roumains,  etc. 

Qni  tout  voura  faire  par  ordre  sy  continue  le  jcu  sy  comme  il  est 

escriipt  cy  dessoubz. 


CY  ENSUIT 


LA  CON VERSION  S.  DENIS 


s.   POL,  aus  pliilosophes. 
Seigneurs,  Jhésucrist  vous  amant 
Qui  fist  et  teirc  et  firmamenl, 
Qui  pour  noslre  rédempcion 
Printhumaine  incarnacion, 
Nasquy,  mouru,  resuscita 
EtDiex  et  homme  és  cielx  monta 
Puis  venra-il  en  sa  majestc 
Juger  toiiz  ceulz  qui  ont  esté 
Et  ceulz  qui  sont  et  qui  seront ! 

LE    PREMIER    PHILOSOPHE. 

Les  morsdont  resusciteront? 

S.    POL. 

Resusciteront  voirement. 

LE    PREMIER. 

En  åmc  ou  en  corps,  ou  commcnl 


7 


hk  CONVERS10N  DE  S.   DRNIS  4^ 

S.    POL. 

En  åme  et  en  corps  ne  doubtez. 

LE    fiHEMIER. 

Escoutez,  seigneurs,  escoutez 
Que  dit  ce  semeur  de  frivoles ; 
Vecy  nouvelles  paraboles ! 
Gest  anole  cy  nous  entroingne 
Que  depuis  que  nostre  charoigne 
Sera  aniente  et  pourrie, 
Et  que  de  vers  sera  mengie 
Tout  en  Festat  qu'il  est  ou  miex , 
Son  crucefix ,  son  noavel  Diex 
La  fera  de  mört  retourner. 
Il  veult  natare  bestoumer; 
Cest  forssennerie,  c'est  råge. 
Tous  ly  diables  Tönt  fait  sy  sage 
Plus  qu^Aristx>te  ne  que  Platon , 
Que  Socrates  ne  que  Chaton. 
Il  est  yvre;  sy  dit  tempeste. 
Par  nos  Diet  il  seroit  bien  bestc 
Qu'il  nul  arguement  feroit  oire 
Contre  fausseté  sy  notoire ; 
Et  pour  ce  je  m'en  vueil  aler. 
De  male  mört  puisse-il  baler 
Qui  en  Gréce  Ta  attroté  I 

Lors  se  trestourne. 

PUBLIL*S  le  second  phUosopbe ,  ä  S.  Pol. 
Iloms,  boms,  vous  estes  assotc. 
Dictes,  seront  vaches  et  vcaulz, 


44  LA  CONVERSION  DE  S.  DENIS. 

Brebis,  chevaulz,  truies,  pourciaulz, 
Bestes,  oysiaulx ,  resuscitez? 

S.    POL. 

Bien  quérez  grans  absurditez ! 
Doit-on  faire  comparaison 
De  beste  qui  est  sans  raison 
A  homme  qui  a  sentement 
Et  raison  et  entendement  ? 
L'åme  de  beste  est  sensitive : 
L^åme  d'omme  est  intellective. 
L'ånie  de  beste,  sans  ressort, 
Est  morte  quant  ie  corps  est  morl ; 
Mais  Tame  d'omme  desseurée 
Du  corps  ne  sera  jå  finée 
Combien  qu'ait  encommancement; 
Et  quant  vendra  au  jugement, 
Nostre  Seigneur  qui  la  créa 
Dedens  son  corps  la  remetra , 
Qui  fist  homme  pour  ly  servir 
Et  pour>  sa  gloire  desservir 
Par  euvres  bonnes  et  honnestes. 
Il  ne  fist  pas  les  mues  bestes 
Pour  tel  félicité  avoir. 

s.   DEN  IS,  le  tiers  philosophe. 

Biau  sire,  vous  devez  savoir 
Qu'il  ne  souffist  pas  entré  elers 
Dire  :  mez  diz  sont  vrays  et  elers  ; 
Aincois  il  les  convient  prouvcr 


LA  CONVERSION  DE  S.   DENIS.  4^ 


Par  vive  raison  pour  trouver 
Saine  et  vraye  conclusion. 
Pour  ce  la  résurreccion 
Que  vous  prcschiez  sy  haultement , 
Prouvez  par  raison ;  autrcment 
Jamais  ne  la  pourrions  croire. 

S.    POL. 

Maistre  Denis ,  le  roy  de  gloire 
Qui  créa  toute  créature 
Et  ordena  toute  iiature, 
De  quant  que  fist ,  fait  et  fera, 
A  son  plaisir  ordenera 
Par-sus  entendement  humain ; 
Car  il  est  seur  tout  souverain. 
Ce  doncques  qu'il  a  de  néant  fait 
Puet  refeire  quant  est  défait. 
Sy  est  folie  ä  bomme  en  terre 
Des  secrez  de  Dieu  trop  enquerre 
Et  ä  la  loy  Dieu  fait  injure 
Qui  la  veult  soubzmetre  ä  nature. 
Ne  mérite  aussy  n'y  aroit 
Qui  par  sen  humain  la  saroit. 
Simplement  sy  fault  assentir, 
Car  celuy  qui  ne  puet  mcntir 
La  nous  a  bailliée  et  monstrée 
Et  par  plusieurs  vertus  prouvée 
Ou  iliailloit  nature  taire. 
Doncques  ä  tout  sen  qui  veult  faire 
Quant  il  le  puet  et  il  le  dit 
Doit-on  croire  sans  contredit. 


46  LA  CONVKRSION  DE  S.  DfiMS. 

Car  il  est  puissance  et  vérité, 

Et  sy  est  justice  et  bonté 

Qu'il  nul  bien  ne  lesse  périr 

Ne  nul  mal  aussy  sans  punir. 

Por  ce  honnoure-il  ceulz  qui  le  servent 

Et  punist  ceulz  qui  le  déservent. 

Or  voit-on  souvent  que  les  bons 

Sont  des  mauvaizet  des  félons, 

Grevez,  troublez  et  tourmentez. 

Les  mauvaiz  font  leur  volentcz 

Et  en  ce  monde  cy  florissent 

Et  les  bonnes  gens  y  languissent. 

Les  maulz  n'y  sont  pas  tous  punis, 

Les  biens  n'y  sont  pas  tous  méris , 

Or  fault-il  de  nécessité 

Qu'ilz  le  soient  par  équité; 

Gar  Dieu  sy  feroit  injustice 

S'il  ne  £aisoit  partout  justice. 

Injustice  faire  ne  puet : 

Pour  ce  raison  contraint  et  muet 

A  mettre  autre  vie  et  espace 

Ou  Dieu  a  tous  justice  &ce 

Et  quant  å  Tame  et  quant  au  corps. 

La  résurreccion  des  mors 

Convient  doncques  croire  par  droit, 

Ou  åme  et  corps  comme  orendroit 

Sans  plus  mourir  rassembleront 

Et  ensemble  jugiez  seront. 

Les  bons  yront  en  beneurté 

Et  les  mauvaiz  en  maleurté. 


hk  GONYERSION  DE  $.   DENIS.  4? 


En  paine  horrible  et  en  misere. 

8.    DENIS. 

Moult  est  plaine  de  grant  mistére, 
Sire  Pol ,  vostre  loy  nouvele. 

8.    POL. 

Maistre  Denis,  la  loy  est  tele 
Que  sans  elle  n'a  nul  remédc ; 
Mais  avant  que  oultre  procéde 
Qui  son  t  ces  auteis  que  je  voy? 

En  moDslraiit  da  doy. 

S.    DENIS. 

Sire,  il  sont  aulz  Diex  de  la  loy 
Que  nos  ancestres  concivoient. 
En  cest  autel  cy  aouroient 

En  monstrant  les  auteis. 

Joves ,  Mercure  et  Priapus 
Et  en  cestuy  Mars  et  Venus 
Et  Hercules  en  cestuy-^k. 

S.    POL. 

Et  qui  edt  ore  cest  auteMä 

Qui  est  ainssy  Ik  reculé 

Que  vous  avez  intitulé 

L'autél  de  Dieu  non  pas  congneu  ? 

S.    DENIS. 

Il  est  d'un  Dieu  qu'on  n'a  point  veu. 

S.    POL. 

L'avez-vous  ou  songy  ou  leu  ? 


4b  i^A  omv££i»iaK  u:  h.  iioo^. 


6.    UESIS. 

Sii*e.  ovta  cammeot  je  Tar  soeu. 
^^uaut  fu  tsD  Egipte  å  I^ssoole^ 
En  b  cité  Eliopole, 
Le  bcrfdil  exnriroD  midr 
ÉdipfiSi  a  .J.  veodredj. 
^^uatorzieme  estcMt  lors  la  lune  : 
St  oe  p(n  oit  par  voje  Dtille 
Öster  du  cK>ldl  b  lumiére. 
L^édipse  fut  toute  plénlére  : 
Earirou  .iii.  heuresdura  : 
Nature  se  desnaUira. 
Sy  conclusysiDes  par  aoort 
Que  le  Dieu  de  nature ,  å  tort , 
Souffroit  mortele  passion. 
Sy  en  eurent  compassion 
Ijf»  ellemens  trestous  ensemble. 

S.    POL. 

Maistre  Denis,  que  tous  en  semble? 
Est-ce  bomme,  ou  espérit,  on  quoy? 

S.    DENIS. 

Sire  Pol ,  jc  tien  ferme  et  croy 
Qu'il  est  et  vrais  bons  et  vrais  Diex ; 
Mais  sa  demeure  est  sus  les  cielx. 
Il  n'a  mestier  de  biens  mondains 
Ne  de  sacreBces  bumains ; 
Ne  requiert  que  dévocions 
Et  bumbles  supplicacions. 
Le  monde  renouvelera, 
Partout  en  tout  temps  régnera ; 


LA  CO.WLRblOM  Dli  S.    DE.NIS.  49 


Mais  (le  sa  sagece  el  puissanca 
N'a  pas  fait  encor  démonstrance ; 
Or  ne  scay-je  voir  qui  Tenpesche. 

S.    POL. 

Maistre ,  c'est  le  Dieu  que  je  presche, 
Le  gréateur  de  toutjle  mondc 
Qui  de  une  Vierge  pure  et  monde, 
Comme  soléil  parmy  ^oirriére 
Passé  et  adés  demeure  entiére , 
Nasquit  sans  peine  en  Béthléem, 
Puis  mourut  lez  Jhérusalem. 
S'åme  descendit  en  enfer 
Pour  les  siens  d'illecques  öster, 
Et  au  tiers  jour  son  corps  reprint 
Et  de  raort  k  vie  revint. 
A  ses  desciples  se  mönstra , 
Pories  closes  k  eulz  entra, 
Puis  sy  monta  voians  leurs  yeulz 
Sur  toute  créature  és  cieuis, 
Et  leur  dist  que  ainssy  revenroit 
Quant  le  monde  jugier  venrroit. 
Puis  le- Saint-Esperit  leur  tramist 
En  langues  de  fea  qui  les  fist 
Preus  et  hardis  et  forset  sages, 
Et  bien  parlans  en  tous  langages. 
Ceste  loy  preschonset  disons, 
Et  ceulz  qui  croient  baptisons ; 
Car  par  nuUe  voye  autrement 
Ne  puentnul  avöir  sauvement. 
Par  Socrates  et  par  Platon , 
I.  ^ 


5o  L\  CON VERSION  DE  S.  DBNIS. 

Par  Sébiile,  Ovic(e  et  Varron, 
Par  philosophes,  par  prophétes 
Et  par  pluseurs  de  vos  poétes 
Trouverez  ces  choses  escriptes. 

S.    DENIS. 

Sire  Pol ,  gardez  que  vous  dites. 
Par  voz  dis  nature  divine 
Ne  commence  ne  ne  termine  : 
Diex  est  inpassible ,  inmortel. 
Pour  quoy  et  comment  fut  or  tel 
Qu'ilnasquit,  souflrit,  tei*mina, 
Qui  commencement  né  fin  n'a? 
Je  ne  le  puis  veoir  bonnement. 

s.   VOh, 

Maistre,  quant  au  commencement 

Le  créateur  créa  les  anges 

Aus  queiz  donna  volentez  franches 

En  leor  eslre  espirituel 

Sans  avoir  corps  pesant,  charnel, 

Ne  anemy  ne  enconbrier 

Qui  les  enclinast  h  pechief , 

Pour  ce,  quant  contre  Dieu  péchérent , 

A  tousjours  mais  ilz  trébuchércnt ; 

Mais  afin  que  tout  fast  parfait 

Le  nombre  que  Diex  avoit  falt, 

Nostre  Seigneur  fist  homme  et  fa  me 

Qui  franche  vdeti  té  ä  Fåme 

Donna  afin  qu'il  peust  eslire 

Le  bonchemin,  lessier  le  pire. 

Sy  avint  qu'ilz  furent  temptez  : 


hk  GONVLHSION  DE  S.   DENfS.  5 1 


Lors  de  leur  propres  volerlt^z 

Le  commandement  Dieu  enfraindrent 

Et  grace  et  bien  en  eulz  estaindrent, 

Et  par  eulz  toute  leur  llgnée 

Fut  å  mört  d'6Tifer  obligéc , 

Nod  pas  itréparablement; 

Mais  homme  de  soy  nullement 

Satefier  sy  n^eti  povoit 

Et  nul  autre  ne  le  devoit. 

DoDcques  failloil:-il  qui  y  eust 

Et  qui  le  péust  et  qui  le  deust; 

Et  pMf  ce  Dieu  par  sa  pitié 

Nous  mODStm  si  grant  amistié 

Qu'il  voulut  homme  devenir 

Et  nos  miséres  soustenir , 

Pour  satefier  par  droiture 

De  la  susdicte  forfaiture, 

Par  droiture  voire  voluntaire  , 

Car  autrement  Teust  peu  bion  faire^ 

Mais  maniére  plus  convenable  ^ 

Plus  chéritaUe  et  resonnable 

Ne  saroit  nalz  ymaginer. 

S.    DENIS. 

Il  me  &ult  par  force  endiner 

A  sy  exelleiite  raison. 

Je  voiz  ^i.  loQr  en  ma  maison  : 

Sy  pensseray  å  oes  artides; 

Priez  Dieu  q'uD  de  ses  deséipks 

Il  me  fatce  par  sa  bonté 

Se  vous  m'aves(  dit  et  conté 

4 


52  LA  G05TEBSI05  DE  S.  DEMS. 


La  Térité  pure  sans  fidace. 
Lori  Toue  aa  logot  n  En^e  et  le  feeond  plulosophe  areeqncs  luy. 

S.    POL. 

Maistrc  Denis,  Dieu  par  sa  gräoe 
Vous  doint  choisir  le  droit  sentier 
Et  bon  propos  sain  et  entier, 
Sy  vrayement  comme  le  voir 
Je  Yous  ay  dit  sans  decevoir. 

l'avbugle. 
Au  povre  homme  qui  ne  voit  goute 
Faictes  bien,  pour  Dieu,  car  sans  doobtc 
Il  est  trop  povres  qui  ne  voit. 
Las!  se  .c.  soubz  on  ly  devoit 
Sy  ly  porroit-en  baillier  blans 
En  lieu  de  moutons  ou  de  frans. 
Pour  Dieu,  donnez-moy  cuisse  ou  elle. 
Vecy  bien  dure  kiriele  : 
Je  croy  que  les  bonnes  gens  dorroent 
Ou  que  les  oreilles  leur  cornent , 
Car  de  moi  ne  tiennent-il  contel 
Trut!  trut  I  povre  bomme  n'a  que  lionle, 
Male  meschance  et  maise  chiére  : 
Cest  sa  droite  rente  fonssiére ; 
Toutes  heures  la  liéve  ek  prent^ 
Nuit  et  jor  nul  ne  Ten  reprent 
Ne  nulz,  sMl  devoit  enragier, 
Ne  la  puet  vendre  n^engagier, 
Tant  a  povre  boms  de  prévilége  I 
Helas!  bonne3  gens,  que  feray-je? 


L\  CONVfcRSION  DE  S.   DENIS.  53 


■«■■ 


DoDDCz-moy  pour  Dieu  quelque  cbose 

—  Parlez  bas^  madame  repose, 

—  Au  moins  me  tendez  vostre  matn. 

—  Oil ,  oil ,  c'est  å  demain  :^ 
Il  sera  jeilme  samedy . 

S.    POL. 

Bon  bomnie ,  veulz-tu  cen  médy 
Avoir  veue  fresche  et  nou velie. 

lVveugle. 
Halas!  vou&la  me  bail|iez  bellb, 
Sire;  il  &it  mal  cfui  me  ramposne. 
Donez-moy  pounDieu  .i.  aumosne; . 
Car  certes  il  ne  pourroit  estre 
Que  jamais  veiteeJiuis  ne  fenestre 
Ne  par  art  nul,  ne  par  nature. 

S.    POL. 

Bons  boms,  tu  as  dit  vérité  pure; 
Mais  ä  Dieu  est  tout  ce  possible- 
Qui  ä  nature  est  impossible. 
Aiez  en  Jbésucrist  fiance. 
Et  en  sa  loy  vFaye  créancer 
Jbésucrist  qui  Diex  est  et  bomme^ 
Qui  de  mére  vierge  qu'on  nomme 
Marie  nasquit  sans  douleur, 
Et  qui  jeta  de  tbénébreur 
Celuy  qui  fut  aveugle  né  ^ 
Et  qui  en  la  crois  (u  pené , 
Resuscita,  monta  és  cieuls, 
Te  vueille  enluminer  les  yeulz! 
In  nomine  Patrts^  et  Filii ,  et  Spiritus  snncti 


54  L^  CONVERSION  DE  S.    DBNIS. 

l'aveugle. 
Amen!  sire,  Di«x  le  vous  rende! 
De  moy-mesmes  vous  foiz  oflrende 
Prest  et  appareillié  de  croire 
En  Jbésucrist  le  roy  de  gloire 
Par  qui  je  voy  aler  ma  voye, 
Qui  me  donne  veoir  ä  grand  joye 
A  mes  yeulz  le  ciel  et  la  terre. 

s.   POt. 

Or,  me  va  maistre  Denis  querre 
Et  ly  dy  qui  ne  tärde  mie 
Accroire  en  Dieu  le  filz  Marie 
Et  qu'å  moy  veigne  sans  demeure. 

L^AVEUGLfi. 

Sirc ,  j'y  vols  trestout  en  l'eure. 

Sy  voise  å  S.  Denis  et  die : 

Maistre,  monsetgneur  Pol  vous  mande. 

S.    DM^IS. 

Es-tu  celuy ,  je  te  demande , 

Qui  oncques  noais  n'avoit  veu  goute? 

L^AVEUGLE. 

Mon  chier  seigneur,  oil  sans  doubte. 

S,    UENIS. 

Dy-moy,  et  comment  as-tu  veu? 

l'aveuglb. 
Monseigneur  et  maistre,  il  a  pleu 
A  sire  Pol  son  Dieu  ourer, 
Et  en  Teure,  sans  demourer, 
Jc  receu  veue  belle  cl  cléi^e. 


LA  COISVERSION  DE  S.   DBNIS.  55 

S.    DENI6.    , 

o  le  vray  Dieux!  quel  mistére! 
Tel  chose  oncques  mais  ne  fut  veue 
Qu'oDs  né  aveugle  réust  sa  yeue. 
Il  est  Dieu,  pour  voir,  qui  ce  £iit, 
Qui  les  def&iz  ainssy  refl^t. 
En  parlant  å  sa.fenune.. 

Rcsgardes,  ma  suer  Damaris, 
Commant  cest  aveugle  est  gari$; 
Est-ce  biau  miracle  et  apert? 
DAMARis ,  fame  S.  Denb. 
Monseigneur,  clérement  apert 
Que  cil  a  puissancc  dhrine 
Qui  les  areigles  enlumine. 
Oncques  mez  ne  vy  tel  merveille  : 
Alons  ä  luy,  je  le  conseille, 
Et  y  menons  nostre  mesgniée 
Pour  estre  en  la  foy  enseignée 
Et  baptisiez  avecques  nous. 

.II.    ENFAIHS. 

Volentiers  yrons  avec  vous. 

Lors  Yoisent  ä  S.  Pol  S.  Denis  et  sa  fåme  et  sa  famdille  et  k  seoond 
phUofloplie  et  Taveugle ;  et  tons  ensemble  dieat : 

TOUS    ENSEMRLE. 

Sire,  JDiex  vous  doint  bonne  vie! 

S.    POL. 

Bien  veigne  ceste  conpaignie ! 

Me  voulez-vous  riens  commander? 

S.    DENIS. 

11  vous  a  pleu  å  nous  mander 


/ 


56  LA  CONVKnSIOX  DE  S,  ORMS. 

Et  véez-nous  cy  tous  prés ,  chier  sirc , 
De  &ire  quanque  vourrez  dire 
Sans  vous  jå  contredire  en  riens. 
€y  voisent  ä  genous. 

S.    POL. 

Loé  soit  Diex  de  tous  cez  biens! 

Mez  amis ,  croiez  fermement 

Qu'il  n'est  q'un  Dieu  tant  seulement , 

Triple  personne  en  unité, 

Une  substance  en  trinité , 

Pére  et  Fiiz  et  Saint-Espérts, 

Qui  doit  estre  amez  et  chéris 

Sur  tout  teinps  et  en  tout  lieu ; 

Non  pas  .iii.  Diex,  mais  .i.  seul  Dieu 

Sans  comniancement  et  sans  fin, 

Qui  homme  ama  tant  de  cuer  fin 

Qu'å  s'yniage  propre  le  fist ; 

Mez  pour  ce  que  homme  se  forfist 

Et  que  mortelemen  t  ofTendit, 

Le  filz  Dieu  vray  Dieu  descendit 

Qui  print  nostre  nature  humaine 

En  Marie  de  gräce  plaine 

Qui  fut  et  vierge  et  fille  et  mére, 

Et  il  fut  son  filz  et  son  pére. 

Le  créateur  fut  créature : 

Ce  fut  euvre  par  sus  nature; 

Ainssy  le  voulut  peut  et  sceul. 

Depuis,  le  baptesme  receut, 

Non  pas  pour  ces  péchicz  moiiclcr , 

Mais  pour  le  saci  ement  fonder 


Lå  CONVERSION  DE  S.   DE!fIS.  5j 

Du  baptesme  de  sainte  Églisc. 

Apostres  quist  å  sa  devise 

Les  quielz  ä  sa  grace  apella 

Et  ses  secrez  leur  révéla. 

Les  mors  de  mört  resuscitoit 

Et  touz  målades  garissoit, 

Et  moult  de  grans  merveilles  fist 

Que  pur  homme  jamais  ne  feist ; 

Puis  fust  en  crois  mört  et  fénis , 

Et  Tous  mönstra  maistre  Denis , 

Par  sa  grace ,  la  grant  durté 

Qu'ä  tort  souRroit,  en  Tobscurté 

Que  l'air  et  la  terre  soustindrent, 

Et  és  miracles  qui  avindrei^ t  ^ 

Son  åme  en  enfer  dévala 

Qui  les  siens  délivrer  ala. 

Le  corps  en  sépulcre  se  tint ; 

Mais  au  tiers  jour  lä  y  revint 

Et  resuscita  noblemen  t 

Vray  Dicu,  vray  homme,  vrayomeul; 

Puis  monta  és  cieulz  å  grant  joye 

En  disant  que  par  aulel  voye 

Vendroit  bons  et  mauvais  juger 

Et  rendre  ä  chascun  son  loyer. 

Le  croiez-YOUS  corde  mondo  ? 

Dites  cliascun  :  Credo. 

TOUS. 

Credo. 

S.    POL. 

Que  rcquérez,  dictes  ?  baptésme  ? 


58  LA  CONVEnSION  DE  S.  DENIS. 

TOUZ  ENSEMBLE. 

Baptesme  et  unction  de  cresme. 

S.    POL. 

Le  Youlez-Yous  sine  dolo  ? 
Responnez-moy  volo. 

TOUZ. 

Volo. 

S.    POL. 

Doncques :  Ego  vos  baptiso 
In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  sancti 

TOUS. 

AmenX 

$.    POL. 

Denis,  vous  estes  crestien 
Et  sage  théologien , 
Prcmierain  en  pbilosophie, 
Souverain  en  toutc  ciergie. 
La  grace  Dieu  avez  en  main  : 
Ne  prenez  pas  sa  grace  en  vain. 
Preschiez  la  foy  et  amitiez 
Et  le  pueple  convertissiez. 
Je  vous  en  donne  auctorité , 
Évesque  de  ceste  cité, 
Et  en  Gréce  dés  maintenant 
Vous  ordeirie  mon  lieutenant. 

En  ly  baillant. 

Tenez  anel  et  croce  et  mllre; 
Faictes  euvre  de  bon  menistre  : 
Tout  lo  pais  vous  baille  en  garde. 


hk  CONVBRSION  DE  S.  DENIS.  5cf 

Lors  die  ä  Damaris. 
Et  Yous,  belle  suer  et  amie , 
En  estat  de  samctimonie 
Vivez  desormés  chastement. 

DAMARIS. 

Dieu  le  m'octroit  sy  vraycment 
Comme  du  cuer  je  le  désire! 
Cy  se  met  oömme  bégaine. 

S.    DENU. 

S'il  vous  plaisoit ,  chier  maistre  et  sire , 
Que  avecques  vous  je  in'en  alassc 
Et  ma  Yie  avec  vous  finasse , 
Moult  Teusse  chier  et  agrcable. 

S.    POL. 

Mieulx  sera  et  plus  proQtable , 

Biau  frére,  que  vous  demoui  ez 

Et  diligaument  labourez 

A  convertir  les  non  crcans; 

Car  vous  y  cstes  bien  seans. 

En  pluseurs  contrées  yrez , 

Et  plusieurs  gens  convertirez 

Et  retrairez  d'ydolatrie , 

Par  example  de  bonne  vie 

Et  par  doctrine  bonne  et  saine. 

Moult  arez  d'ennuy  et  de  paine , 

Mais  Jhésucrist  vous  aidera 

Qui  touz  jours  vous  confortera. 

Je  vous  commande  ä  Dieu  trestous. 

TOUS. 

Biau  pére,  et  a  Dieu  soyez-vous! 


6o  L\  COXVEr.STON  DE  S.  DENIS. 

s.  D^Nis,  äsafame. 
AJez-en  k  Dieu ,  belle  suer  : 
Åmez  Dieu  de  tout  vostre  cuer , 
Gouvernez  bien  vostre  (amille ; 
Preschier  me  convient  Teuvangiie 
Et  la  loy  du  doulz  Jhésucrist. 
Celuy  qui  vous  forma  et  fist 
Vous  doint  å  tous  grace  et  honneur ! 

SA    FABIE  ,    L^AYEUGLE,    LES   ENFANS. 

jimen!  et  ä  vou8,  monseigneur. 

Lores^en  voisent; 

S.    DENIS. 

Graces  te  rend ,  Diex^  humblemenl 

Qui  m'as  par  gråcé  purement 

A  ta  sainte  loy  appelé 

Et  tes  grans  secrés  révélé. 

Dieu ,  donne-moy  ce  bénéfice 

Que  dignement  face  m'office. 

Maintenant  k  ton  honneur,  sire, 

Dieter  vueil  .i.  livré  et  escriprc , 

Nommé  de  triple  ihérarchie , 

Et  autres  de  théologie , 

Pour  lon  saint  nom  gloreder, 

Et  mon  prochain  édifier. 

Lors  se  siée  et  fait  sanblant  de  escripre. 

Qui 8c ieu  vourra  continuer sans faire le martire des Apostics,  tourne 
.v.  fueilles  et  voise  å  la  dause  oA  S.  Ricule  parte  å  S.  Denis  qui  se 
commence : 

CmER    SIRB,    JHÉSUCRIST,    VOUS,   CtC. 

Qui  tout  voudra  faire  par  ordre  sy  continue  comme  cy-aprés  est 

escript : 


CY  ENSUTT  COMM£NT 


S.  PÉRE  ET  S.  POL 


ALERENT    A    ROMMB 


ET  COMMENT  ILZ  FURENT  MARTIREZ. 


s.  l^ÉRE,  ans  Ilommains. 
Seigneurs  Rommains,  qui  de  noblesce. 
De  sen ,  d'onneur  et  de  prouesce 
Estes  nommez  puissaument 
En  tous  pais  généraument , 
Bien  déussiez  celuy  aourer 
Et  concivoir  et  honnourer 
Plus  que  nuUe  autre  nascion , 
Qui  sur  tous  dominacion 
Vous  a  donoée  et  grant  puissance^ 
Et  tenir  du  tout  sa  créance. 
Cest  Dieu  du  oiel  dont  bien  vient, 
Qui  tout  goutverne  et  tout  soustient^ 


02  LE    MARTYRE 


Qui  de  néent  le  monde  créa, 

Qui  homme  ä  s^ymage  fourma 

Le  quel  ä  Dieu  désobéit, 

Par  quoy  en  misére  chéit 

Ly  et  ses  hoirs ,  et  quant  morroient 

Trostuit  en  enfer  descendoirat ; 

Mais  Dieu  en  out  pitié ,  sy  print 

Corps  humain  et  la  mört  soustint 

Pour  les  siéns  hoirs  d'enfer  jecter , 

Resuscita  et  voult  monter 

En  paradis,  vray  Dieu,  vray  home. 

MARCEL,  bourgoys: 

Bons  horns,  plus  a  de  bien  a  Romme 
Que  tout  le  remenant  du  monde; 
Tout  sen,  tout  bien  ä  Romme  habondc 
Sy  iaictes  que  trop  fol,  vilains, 
D'ensengnier  les  sages  Rommains. 
Les  Rommains  ne  sont  pas  sv  nices 
Que  les  diex  qui  leur  sont  propices 
Ilz  ne  sachent  bien  aourer. 

S.    PIERRE. 

Frére,  les  Rommains  labourer 
Scevent  trop  bien  en  vanité. 
Leur  bien  est  plain  d^iniquité 
Et  leur  sen  est  plain  de  folie. 
Qui  est  plus  grant  forssennerie 
Que  d'aouTer  ces  ymagetes 
Que  Toas  faites  ou  faire  feltes 
Qui  ne  parlent  ne  ne  cheminent?. 


DE  S.   PIBRRE  ET  DE  S.  PAUL.  63 


LE  SEGOND   BOURGOYS. 

ISauf  vostre  grace,  ain^ois  devinent 

Tout  quen  qu'en  iait,  comixient  qoe  soit.^ 

S.    PIERRE. 

Cest  l^anemy  qui  vous  de^oit 
Qui  en  vos  ydoles  se  boute 
Pour  estaindre  en  vos  cuers  trestoute 
La  lumiére  de  vraye  foy 
Et  sain  entendemen  t ,  par  quoy 
II  vous  hit  sans  cesser  péchier 
Et  vostre  créateur  leissier, 
Et  ymages  de  créatures 
Plaines  de  pécfaiez  et  d^ordure 
Aourer  comme  fu  Venus, 
Joves,  Mercure  et  Priapus, 
Et  en  plusieurs  ydolatryes 
Par  diverses  mélencolies 
Fait  chéoir  le  monde  auques  ä  bout 
Pour  le  mectre  ä  dampnement  lout. 
Pour  pe  Jhéaus  qui  est  lumiére 
Du  monde,  aporta  la  maniére 
De  pourchacier  son  sauvement , 
Laquelle  y  mönstra  dérement 
Par  sainte  vie  et  par  signades, 
Par  escriptiiré  et  par  miracles , 
*  En  suscitant  les  trespassez 
Et  en  férant  vertus  assez ; 
Car  il  le  povoitct  savoit. 

8.  CLÉHEHT  y  escoUer. 
Or,  est  tout  nient;  car  s'il  avoit 


64  l^E    MARTYRS 


Celie  puissance  qu'avez  dite 
Il  eust  esté  de  la  mört  quite ; 
Car,  par  quelle  voye  mourroit 
Qui  Dieu  seroit,  qui  tout  pourroit? 
Voir,  sMl  mourut  et  trespassa , 
La  mört  sa  déité  quassa , 
Et  son  povoir  ly  fu  tollu. 

S.    PIERRE. 

Mon  bel  amy  ,  s'il  eust  voullu 
Bieri  se  feust  garde  de  mourir ; 
Mais  a  nostre  mört  secourir 
Nostre  sire  usa  par  sagesce 
De  merveillieuse  soutillesce 
Gon  tre  la  cruele  malice 
De  Tanemy  plain  d^injustice ; 
Gar  il  voult  homme  devenir 
Et  nos  miséres  soustenir , 
A  celle  fin  que  1'anemis 
Qui  homme  avoit  souz  le  pié  mis 
Sy  fust  par  homme  sourmonté  , 
Et  sa  mauvestié  par  bonté, 
Et  mört  par  mört  ä  mört  livrée ; 
Et  se  Påme  fu  desseurée 
Du  corps  selonc  Tumanité, 
Nient  mains  avoit  la  déité  ; 
Tout  povoit  inmutablement 
Qui  les  rassembla  dignement 
Et  resuscita  home  et  Dieux , 
Puis  monta  puissaument  au  cieux. 
Lä,  en  åmc  et  en  corps  yront 


DB  S,  PIBRRB  ET  DE  S.  PAUL.  65 


Ceulz  qui  de  cuer  le  serviront 
En  joye,  en  doulceur,  en  seurté, 
En  pardurable  béneurté ; 
Mais  ceulz  qui  en  ly  ne  croiront 
Ou  qui  son  vouloir  ne  feroiit 
Yront  en  tourmcnt  pardurable. 

SYHON   l'£NCHANTEUR. 

Seigneurs  Rommains ,  c'est  bourde  et  fable 
Quant  que  ce  vilain  va  disant. 
Croirez-vous  q'un  povre  paisant 
Qui  fut  pendu  puisse  estre  Diex? 
En  vous  devroit  crever  les  yeulz. 
Moy^  iBoy ,  par  qui  honneur  avez, 
Qui  &!&  Yertus ,  vous  le  savez, 
Devez  aourer  et  in'obéir. 

S.    PI9RRE. 

SymOD ,  mais  on  te  doit  héir 
Qui  fals  injure  et  vilénie 
A  celuy  qui  te  donna  vie ; 
Mais  tu  es  tout  plain  de  péchié : 
Sy  n^ist  de  toy  fors  mauvestié. 
Tes  diz  sont  envenimemens , 
Tes  £iis  ne  sont  que  enchantemens. 
Ta  vie  actrait  la  maise  mört. 

MÄRGEL. 

Seigneur,  vecy  .i.  honune  mört. 
Resuscités-le,  sy  verrons 
Lequel  dit  voir;  sy  croirons 
Que  celuy  soit  Diex  en  vérité 
Par  qui  sera  resuscité ; 


66  LE    MARTYEE 

Se  non  tous  .11.  le  conparrez. 

SYMOlf. 

Tout  en  Feure  vif  le  venrez. 

Lon  die  anemie  nen  ao  mört  en  roreiHe  et  le  inort  renitie  la  tes^e 

sans  soy  bougier. 

LE  5EC01ID  BOURGOYS. 

Esgar,  il  remue  la  teste; 

Pierres,  vous  mourez  comme  beste. 

N0U8  vouliez-YOus  déceYoir? 

S.   PIERRE. 

Attendez ,  yous  sarez  de  voir 
Se  le  mört  ara  mört  ou  Yie. 

SYM  ON . 

Sanglant  Yilain  y  fol  plain  d'enYie, 
Ne  Tas- tu  pas  veu  rcmuer  ? 

S.  PIERRE.       . 

II  ne  fault  plus  contrarguer : 

S^il  vit,  boive  et  menjusse  et  Yoise. 

SYMON. 

Pierres,  tu  quiers  tousjours  la  noyse; 

Tu  t'en  pourras  bien  repentir  : 

Chascun  puet  et  veoir  et  sentir 

Que  homme  mört  ne  se  puet  bougier. 

S'il  ne  puet  boire  ne  mengier 

Puis  qu*il  se  muet  qu'en  ay-je  k  falre? 

s.  PIERRE,  aubourgoys. 
Seigneurs,  faictes  lay  en  sus  traire; 
Sy  verra-on  s'il  yra  point. 

S.  CLÉMENT. 

Or  vient  bien  cet  débat  å  point. 


DE  S.  PIBRRB  ET  DE  S.  PAUL.  67 

■        '  '  ■  ■  ■  -   ■  ■ 

Maistre  Symon,  traieab-vous  arriére : 
N0U8  coQcluoDS  par  tel  maniére 
Que  s^ilne  va,  Pierres,  sachiez 
II  convient  qu^aler  le  £aiciez 
Ou  autrement  vous  y  mourez. 

S.   PISKRE. 

Et  se  aler  puet  que  me  donrez? 
Vous  ne  me  prometés  que  paine.    ^ 

8.  GLÉMSNT. 

Vostre  créance  toute  plaine 
Tout  pleinement,  sire,  croirons 
Et  maistre  Symon  punirons 
Ainssy  qu'il  veult  qu'en  tous  punisse. 

S.  PIERRE. 

Lemort  boug-il  janbe  ne cuisse? 
Regardez  comment  il  se  porte. 

MÄRCEL  y  en  le  tastant. 
Par  Mahoounet,  sa  teste  est  morte ; 
II  n'ot,  il  ne  muit  n'il  ne  rit. 

S.  PIERRE. 

Or  pert-il  bien  que  malvez  espérit 
Vous  a  &it  une  illusion. 
Ainssy  meine  ä  confiision , 
Ainssy  detient,  ainssy  enlace 
Ceulz  ä  qui  Dieu  soutrait  sa  grace 
Par  leur  péchié  et  desmérites. 

LE  SECOMD  BOURGOYS. 

S'il  est  ainssy  comme  vous  dites 
Faictes  tost  revivre  ce  mört. 

5. 


ti8  L.E    MARTYRS 


s.  Pi£RRE,  å  genous. 
Doulz  Dieu  qui  de  l'ainére  mört 
D'enfer  geslåtes  homme  et  feme ; 
Vueilliez  remeltre  en  ce  corps  Tame, 
A  la  gloire  de  vostre  dom 
Et  k  la  loenge  et  renpm 
De  vostre  espouse  sainfe  Église. 

LE  MORT  TiERS  BOURGOis,  en  soy  levant. 

Dieu  qui  m'avez  1-äme  remise 

Au  corps  par  vostre  grant  pulssance^ 

Vostre  lov  et  vostre  créance 

Doit  tout  homme  croire  et  tenir 

S'il  ne  veult  ses  jours  mal  fenir; 

D'ore  en  avant  vueil  en  vous  croire. 

MARCEL. 

Vecy  beau  miracle  et  notoire : 
Regardez,  le  mört  parle  et  vit. 
Qui  oncques  mais  tel  chose  vit? 
Maistre  Symons,  maistre  Symons , 
Plus  n'irez  en  terres  n'en  lymons. 
Avant,  avant,  suz  ly ,  Rommains! 

Cy  mettent  la  main  ä  ly. 

S.  PIERRE. 

Pour  Dieu,  seigneurs,  ostezvos  mains: 
On  ne  doit  pas  mal  pour  mal  rendre. 

MÄRGEL. 

Il  vous  eust  volentiers  fait  pendre 
Sire,  sire,  lessiez-nous  faire. 


DB  S.   PIERRE  BT  DE  S.  PAUL.  69 


S.   PIERRE. 

Diex  le  sära  bien  å  chief  traire. 
Lessiez-le;  pacience  est  bonne, 
Pacience  victoire  donne , 
Pacience  donne  tous  biens. 

SYMON. 

En  despit  de  toy  et  des  tiens , 
A  ton  grant  ineschief,  frére  Pierre , 
Je  ne  demouray  plus  en  terre  : 
Maintenant  monteray  és  cieulz  ; 
Sy  verrez  se  je  seray  Dieulz. 

Lors  monte  un  pou  hault  et  appelle  les  Diablas  en  dkant 

Béthagon,  Bérith ,  Astaroth, 
Baal ,  Baalum ,  Béhémoth , 
Béelézebub,  Léviathan, 
Béeléphégor,  Moloch ,  Sathan ! 

LE  PREMIER  DYABLE. 

Os-tu ,  dy ,  maistre  Symon  braire  ? 

LE  SECOND  DYABLE. 

Je  l^os  bien  ly re  le  grammaire : 
Alons  ä  ly;  il  nous  appelle. 

LE  PREMIER. 

Romp-ly  la  teste  ä  une  pellc 
Tant  Gomme  il  est  en  mais  cstat. 

LE  SECOND. 

Mais  lessons-le  vivre  en  restat 
Pour  nuire  plus  au  crestiens. 

LE  PREMIER. 

Et  s'il  yst  hors  de  nos  liens 


^O  LB    MARTYRE 


Nous  serons  trompés  lourdement. 

LE  SEGOND. 

N'en  doubte ,  il  mourra  maisement; 
Car  il  est  maudit  du  Saint  Pére. 

LE  PREMIER. 

Cest  bien  fait;  alons-en,  compére. 

Gy  Toisent  å  Symon  et  dient  *. 
Que  voulas-YOus,  maistre  S3rinons? 

SYMOK. 

Sans  limonnier  et  sans  lymons, 
Pour  crestiens  faire  afoler 
Haut  en  1'air  me  fiiites  Yoler. 
Or  y  perra  que  vous  ferez. 

LES  DIABLBS. 

Montez  sus  nous,  sy  volerez. 
Lon  moDte  suz  eulz  et  ib  le  portent  bellement  sur  leum  espaules. 

LB  SBCOND  BOURGOYS. 

Ha  hayl  regardez  quel  merveille! 
Oncques  mais  ne  vit  sa  pareille 
Homme  yiyant,  ne  Jhésucrist 
Oncques  tel  merveille  ne  fist. 
Vez-vous  comme  il  vole  par  Pair ! 

MÄRGEL. 

De  tel  fait  n'oy-je  oncques  parler ! 

S.  PIERRE. 

Pol,  mon  cher  firére,  regardez. 

S.  POL. 

Sire,  pour  Dieu,  plus  ne  tardcz^ 
Mettez  le  pueple  hors  d'erreur. 


DE  S.  PIERRE  ET  DE  S.  PAUL.  'J  i 

s.  PIERRE  ,  å  genous. 
Doulz  Jhésucrist  qui  en  l'orreur 
Et  en  la  thénébrcur  dfénfer 
Féistes  trébuchier  Lucifer 
Pour  son  orgueil  et  s^ourcuidancc , 
Cestuy  qui  tant  a  d^arrpgance 
VueiUiez  que  vistz  trébuche  et  chie 
En  recognoissant  sa  folie. 

Lon  se  lidve  el  die  en  seignant  les  anemis : 

Ennemis ,  trop  fetictes  d'escande , 
Lessiez-le  chéoir ,  Dieu  le  commande 
Par  moy  qui  suis  son  apostole. 

Lois  le  leaent  efaeoir  en  disant  -. 
Or  va,  Symon,  va,  vole,  vole ! 

SYMON. 

Ahay,  Jhésucrist!  trop  es  fort; 
Gontre  toy  ne  vault  nul  efibrt. 
Tu  in'as  trop  lourdement  coyssy : 
Je  suis  tout  ronps  et  tout  froyssy. 
Je  ne  puls  aler  ne  courir, 
De  male  mört  me  &ult  mourir , 
Ou  feu  d^enfer  m'en  fault  aler. 

Gy  CBkcelemort. 

LE  PRBMliSR  DIABLB. 

Ha  ha!  Symon,  or  du  baler, 
Maistre  Symon ,  sire  Symon , 
Yostre  corps  qui  est  de  limon 
Vouloit  voler  lassus  au  ciel ! 


73  LE    MARTYRE 


Il  desplaisoit  k  dan  Michiel. 

Sy  estes  trebuchié  k  honte ; 

Car  bas  doit  chéoir  qui  trop  hault  monte. 

Ou  puis  d'enfer  vous  porteron. 

LE  SECOND. 

Ta,  ta!  Symon ,  Tamy  Néron, 
Ton  orgueil ,  ton  enchanterie , 
Ta  mauvestié  y  ta  simonie, 
Te  seront  bien  tost  chier  vendus ! 
Passé !  tu  es  nostre  rendus. 

Gy  Temportent  bon  du  champ  en  uslant. 


S.  CLÉMENT. 

Chier  sires,  or  véons-nous  bien 
Que  nostre  loy  sy  ne  vault  rien. 
Sy  la  voulons  du  tout  lessier . 

S.  PIERRE. 

Il  vous  fault  doncques  baptisier. 

S.  CLÉMENT. 

Et  que  vault  tel  baptisement  ? 

S.  PIERRE. 

'  Beau  frére ,  par  Parousement 
Qu'en  feit  d'yaue  par  dehors 
En  la  getant  desus  le  corps , 
De  tout  péchié  soit  véniel , 
Ou  mortel,  ou  originel , 
Dieu  par  dedens  Påme  netoye 
Et  grace  ly  donne  et  octroie, 
En  tant  que  se  Tomnie  mouroit 
En  tel  estat  s'åme  en  iroit 


DE  S.  PIERRE  ET  DE  S.  PAUL.  'jZ 

Sans  painc  et  sans  (aire  séjour, 
Plus  clére  et  plus  belle  que  jour, 
En  la  joye  de  Paradis. 

S.  CLÉMENT  ET  LBS  AUTRES. 

Ne  soyez,  sire,  plus  tardis; 

En  Dieu  croions,  baptisiez-nous. 

S.   PIERRE. 

Or  alez  trestous  ii  genous. 

Cy  voisent  å  genous. 
Lors  les  baptise  ai  disant : 

En  la  fourroe  de  sainte  Église, 
Mes  bons  amis  j  je  vous  baptise , 

In  nomine  Patris,  et  Filii^  et  Spiritus  sfincti. 

Amen. 

s.  PIERRE ,  k  S.  element 
element,  nostre  chier  filz  en  Dieu , 
Vous  tendrez  apres  moy  mon  lieu. 
Dés  maintenant  vous  y  ordene, 
Et  pour  Dieu ,  chier  filz,  metez  paine , 
De  faire  ä  Dieu  plaisant  servise. 
Preschiez  la  loy  de  sainte  Église, 
Les  non  croians  convertissiéz 
Et  les  non  sages  enseigniez , 
Aux  saintes  gens  honneur  portez 
Et  les  imparfais  supportcz ; 
Soiez  de  tout  bien  examplaire. 

S.  CLÉMENT. 

Saint  Pére,  je  suis  prest  de  faire 


74  ^^  MARTYRE 


La  Dieu  volenté  et  la  vostre. 
s.  PIERRE ,  en  ly  metant  la  main  sus  la  teste. 
Et  du  poYoir  Dieu  et  du  nostre 
Vous  donnoDs  papal  dignité 
Et  nostre  plaine  auctorité. 
Le  Saint  Espérit  sy  vous  parface 
En  tout  bien  et  en  toute  grace. 

In  nomine  Patris,  et  Filii  et  Spiritus  sancti. 

Amen> 

Lors  se  siéent  å  terre  S.  Pierre  et  S.  Pol.  Titus  et  Lucas  et 
S.  Glément  et  les  bourgois  voisent  en  leur  logeis. 

L^EHPERIÉRE  NÉRON. 

Princes,  barons,  ducs,  chevaliers, 

Il  est  venu  .11.  gondaliers 

En  la  noble  cité  de  Romme 

Qui  ne  prisent  pas  une  pomme 

Nos  sacrefices  ne  nos  dieux, 

Et  sy  ont  £iit  voler  les  yeux 

A  nostre  amy ,  maistre  Symon. 

Par  eulz  est  ä  confusion 

Et  la  divine  poesté 

Et  nostre  royal  majesté; 

Ilz  devisent  péres  et  méres , 

Filz  et  fiUes  et  suers  et  fréres , 

Seigneurs ,  varlés ,  pucelles ,  dames , 

Et  les  mariz  d'avec  leurs  fames. 

Il  font  entré  eulz  Dieu  d'un  bri&ult : 

Nostre  auctorité  point  n'y  fault, 

Ce  vont-il  preschant  en  leur  prone. 


DE  S.  PIERRE  ET  DE  S.  PAUL.  7 5 

Foy  que  nous  devons  nostre  thröne , 
Il  nous  en  desplaist  grandement. 

PAULIN9  sénateur. 
Sire  emperiére,  isnelement  ^ 

Leur  rendez  selon  leur  mérites. 

DOMICIEN. 

Telz  bougres,  sire^  et  teiz  hérites, 
Par  mon  conseil  vous  destruirez. 

NÉROIf. 

Prévost  Agrippe,  que  direz? 
Seroit-ce  bien?  que  vous  en  semble  ? 

AGRIPPE. 

Selon  coustume  et  droit  ensemble , 

Sire,  gens  de  cuer  desloyal 

Qui  ä  la  majesté  ropl 

Et  ä  la  foy  désobéissent  ^ 

Qui  le  proufBtconunun  honnissent, 

Perdre  doivent  et  corps  et  biens. 

NÉRON. 

Alez ,  tuez ,  jetez  auls  chiens , 
Délivrez-nous  de  tel  merdaille. 

PAULm  BT  AGRIPPE. 

Nous  le  ferons,  sire ,  sans  £aille. 

TITUS. 

Chier  seigneur  et  maistre  S.  Pére, 
Sachiez  que  N&ron  1'emperiére 
A  prins  consel  de  vous  tuer : 
Sire,  vueilliez  vous  remuer 
Et  vous  trestourner  de  sa  voye. 
Nous  arions  soulas  et  joye 


76  LE    MAKTYRB 


Perduz,  se  perdus  estiez. 

S.    LUC. 

Las !  sire ,  se  vouz  mouriez 
Que  pourroit  faire  sainte  Église? 

S.    PIERRE. 

Fréres,  ce  n'esl  pas  nostre  guise 
De  fuir  pour  mört  ne  pour  paine'^ 
Car  la  turbacion  mondaine 
Donne  le  repos  pardurable. 
Sy  seroit  chose  profitable 
A  vous  et  ä  moy  que  mourusse , 
Et  qu'avecques  Jhésucrist  fusse 
Qui  sans  moy  bien  vous  garderoit 
Et  plus  grant  povoir  me  donrroit 
En  1'autre  monde  qu'en  cestuy. 

S.    GLÉMENT. 

Nous  savons  bien  n'i  a  celuy 
Sire  j  que  paradis  arez ; 
Mais  nous  serons  tous  esgarez 
Se  sy  tost  ainssy  nous  lessiez. 
Sire  j  pour  Dieu,  obéissiez 
Un  pou  ä  nostre  infirmité. 
Gest  fuite  est  de  charité  , 
Non  pas  de  doubte  de  la  mqrt. 

S.    PIERRE. 

Je  voy  bien  ce  seroit  trop  fort 
Que  de  légier  fust  dépecie 
Corde  de  trois  cordons  bastie : 
Je  suis  seul  et  vous  estes  trois. 


DE  S.  PIERRE  ET  DE  S.  PAUL. 


77 


PuisquMI  vous  plaist  donc  je  m'en  vois. 
Lon  8'en  voise  et  Jhésus  ly  veigne  å  l'encoiitre. 

Pierres,  bien  soies-tii  venu! 

s.   PIERRE  ägenoulz. 
Sire  JhésDS ,  et  oii  vas-tu? 

JHÉSUS. 

Pierres,  Pierres,  ä  Rommc  vois 
Pour  mourir  de  rechief  en  crois. 

Lore  s'en  retourne  Jhésus  sans  plus  dire. 

s.  PIERRE  ägenoulz. 
Je  in'en  revois ;  pardon ,  chier  sire , 
J'aper;ois  bien  que  voulez  dire. 

Lors  8'eD  revoist  å  ses  conpaignons  et  die : 

Chiers  firéres ,  quant  je  m'en  aloie 
Jhésucrist  trouvé  en  ma  voye 
A  qui  demandé  ou  aloit ; 
II  me  dit  qu'ä  Romme  venoit 
Pour  estre  encore  en  crois  pendu. 
A  ces  mos  ay  bien  entendu 
Qu'il  vouloit  que  je  retournasse 
Et  que  ma  vie  en  crois  finasse : 
Sy  ne  l'osay  oncques  desdire. 

TITUS,  LUCAS,  CLÉMENS. 

Sa  volonté  soit  faicte ,  sire ! 
Lors  se  siéent  å  terre. 

AGRIPPE. 

Masquebignet ,  Hapelopin 


•yS  LE    MARTYRE 

Humebrouet,  Menjumatin, 
Maubué ,  Gastenin ,  RifHars , 
Alez  nous  querre  ces  viellars , 
Qu'on  appelle  Pierres  et  Pol. 

MASQUEBIGNET. 

Sire ,  on  me  pende  parmy  le  col 
A  corde  de  chanvre  ou  de  lin, 
Se  toutaussi  comme  .i.  helin 
Ne  les  vous  amaine  en  présence ! 

PAULIN. 

S'il  se  metent  ä  la  deffence 
Faites  que  la  force  soit  vostre. 

LES  SERGENS. 

Penssez  des  corps,  la  robe  est  nostre. 

Lon  les  voisent  querre,  et  en  les  regardant  de  loing  le 

premier  die  : 

MASQUEBIGNET. 

Esgar!  Mahon  les  puist  confondre ! 
Or  resgardez,  ilz  veulent  pondre : 
Véez  comme  ilz  sent  ä  croupetons. 

RAPELOPIN. 

Ge  sont,  ce  croy,  sages  Bretons 
Qui  font  illec  leur  caquehan. 

HUMEBROUET. 

Foy  que  doy  mon  Dieu  Tervagan  y 
Je  croy  qu'ils  euvrent  de  maiz  art. 

MENJUMATIN,  å  S.  Pierre. 
Or  suz ,  or  sus,  sanglant  vieillart 
Qui  tenez  illec  vostre  escole ! 
Mez  regardez  quel  apostole! 


DE  8.  PTEBBB  ET  DB  S.  PAUL.  79 

II  est  tondu  comme  a.  foI. 

MAOBUÉ. 

Levez  sus  aussi,  maistre  Pol, 
Qui  estes  sy  enlengagié. 
Vous  estes  fol  ou  enragié, 
Foy  que  je  doy  Mars  et  Venus. 

S.   POL. 

Seigneurs,  vous  soyez  bien  venus  : 
Jhésucrist  vous  gart  de  mal  faire! 

GASTBNIN. 

Le  dyable  ait  part  en  cest  aflaire  : 
Cetuy-cy  veult  jä  sermonner. 

S.    PIBBBE. 

Seigneurs ,  Jhésucrist  pardonner 
Vous  vucille  trestous  voz  mef&is! 

BIFFLABS. 

Hen!  Pierre,  je  soye  defEatis 

Se  vous  n^avez  .i.  tien  sans  mouHle. 

En  ie  frapant 

Mais  regardez  de  cest  escouffle 
Comme  il  nous  veult  prendre  ä  ses  griz. 

MASQUEBIGNBT ,  en  le  férant. 
Il  convient  quMl  soit  amesgriz  : 
Il  a  trop  grace  la  ventraillc. 

LES  AUTBES,   en  férant. 
Passez  avant,  passez ,  merdaille. 

Lon  les  mainnent  å  Néron. 

MASQUEBIGNBT. 

Vive  Temperiére  Nérons , 


80  LE    MARTYBB 


Les  sénateurs  et  les  barons! 
Vécy  les  .11.  grans  ruiBens, 
Capitaines  des  chrestiens. 
Faites  leur  véoir  dedans  la  pance 
Quel  foy,  quel  loy,  queile  créance 
Ilz  maintiennent ,  et  quel  estat! 

NERON. 

Tu  es  Pierre  ly  apostat 
Qui  fortrais  ceulz  que  nous  amon , 
Qui  nos  tre  amy ,  maistre  Symon  ^ 
As  fait  mourir  de  maise  mört, 
Et  qui  nous  &is  d'un  home  mört, 
D'un  pendu  en  crois  .1.  Dieu  sains. 
Sans  Tauctorité  des  Rommains 
Tu  sépares  les  mariages, 
Tu  iais  merveilles,  tu  fais  råges  ^ 
Tu  es  tout  plain  de  maléficeft* 
Sy  fault  faire  de  toy  justice ; 
Raison,  les  drois,  les  loys  le  veulent. 

S.    PIERRE. 

Raison  ^  ne  drois  ne  loys  ne  veulent 
Que  ceulz  qui  tehir  vérité  seulent , 
En  cuer ,  en  bouche ,  en  meurs ,  en  vie, 
Aient  ne  mal  ne  vilénie ; 
Mais  ceulz  qui  aiment  fausseté 
Doivent  avoir  meschanceté , 
Comme  Symon ,  vostre  enchanteur, 
Faulz ,  renoié  et  fol  vanteur , 
Qui  Dieu  tout  puissans  se  fesoit , 
Qui  és  cieulx  voloit,  ce  disoit , 


DE  S.   PIBRRE  ET  DE  S.   PAUL.  8 1 


Mais  non  feM>it ;  pour  voir  estoient 
Dyables  d^enfer  qui  le  portoient 
Qui  malgré  eulz  cbeoir  le  lessérent 
Tout  vif)  et  les  os  Ij  froissérent 
Quant  il  pleust  k  Dieu  qui  tout  puet, 
Qui  tout  gouverne ,  qui  tout  muet , 
Qui  n'eut  oncques  commencemerit 
Ne  ja  u'ara  définement. 
Bien  est  voir  qu'en  temps  et  en  lieu 
Par  sa  grant  doulceur ,  le  vray  Dteu 
Pour  sauver  home.devint  homme, 
Et  en  la  crois  laide  et  honteuse 
SouHrit  mört  dure  et  engoisseuse 
Toute  vois  bonne  et  profitable. 

NÉRON. 

Tés-toy,  yilain,  ce  n'est  que  fablé. 
Et  toy,  Pol ,  que  vas-tu  lisant? 

S.    POL. 

Sirc ,  je  vois  tout  ce  disant 
Que  saint  Pére  a  cy  récité , 
Et  sy  dy  que  Tauctorité 
Des  Rommains  n'est  point  néoessaire 
Pour  auctoriser  ne  pour  faire 
Appreuvement  que  Jhésucrist 
Soit  Dieu ,  car  il  est  et  tout  fist ; 
Vueilliez  ou  non ,  et  nous  et  vous 
Le  devons  servir  a  genous, 
Sur  tout  amer  et  obéir, 
Et  pour  ly  en  fuiant  héir 
Parens  et  amis  quelz  quUlz^oient 
I.  6 


3^  LE    MARTYBB 


Qui  de  ly  servir  nous  retraient. 
II  nous  a  et  fait  et  re&tt 
Et  pour  no$tre  fait  fut  deffait; 
Il  mourut  home  et  remaint  Diex. 
Or  régne  et  home  et  Dieu  és  cielx 
Qui  tous  nous  resuscitera 
Et  tout  au  siens  se  donnera 
En  joyeuse  fr uctition , 
Quaut  metra  a  destruction 
Tput  le  monde  par  feu  ardant. 

NÉRON. 

Pol  9  bien  nous  vas  enquocardant. 
Ton  Dieu  fera-il  les  mors  revivre? 
Pol ,  tu  es  fol  ou  tu  es  yvre. 
Par  nos  Diex  ,  Pol,  tu  y  mourras. 
Sy  verrons  lors  se  tu  pourras 
Revivre  et  ester  ^us  tes  piez. 

S.    POL. 

Tu  nous  verras  joyeulz  et  liez 
Apres  la  mört ,  tirant  Néron , 
Tous  .It.  en  vie^  et  parieron 
Tout  platement  ä  ton  visage. 

NÉRON. 

Ostez-moy  ce  fol;  il  enrage. 
Gardez  ^us  l'ueil  que  plus  ne  vivQ : 
Par  senienoe  diffinitive 
Ardez-moi  tous  ces  christicoles , 
Fors  ces  .II.  grans  maistres  d^escole 
Les  queiz  faites  prendre  et  lier; 
Et  sy  £uctes  crucifier 


•       DE  S.   PIBRRE  ET  DE  S.  PAUL.  83 

Ce  pceoheurqui  eattH.  vilaini    !  \.:    ) 
A  Pol,  qui  est  notde  Rotfimaiti 
Me  &icte8  lä  téste  coaper« 

AGRIPPB. 

Par  ma  teste,  ain&qu'il  sött  souper 
Sera  &it,  Sice,  ce  que  dites. 
Avant  prenez  ces  .n.  bermites; 
RouUiez ,  ferez ,  (rapez ,  Uez , 
Ce  bertondu  enicifiez , 
Et  å  oe  Pol  coupez  le  ooL 

Eq  férant. 

MA^SQWBIGNET,   HAPELQPIN.    , 

Passez^(ä;|Ki»sez,  maistre  Pol| 
Veoez  lire  d^  nigromence. 

HUMEBROUET ,  611  férant. 

Avance-togf »  pescbéur ,  avafice. 
Va  pescber  ^nmy  c^U^  vigne^ 

ifEimjMi^':^iN,  en  If  mcMBitnuit  ime  oorde. 
Delivre-toy,  vecy  ta  ligne. 

s.  POL  I  å  5.;  Pi^rr^. ,  wi  départir.     .  , 
Adieu,  saint  Pére,  dcfula^ pasteur. 
Des  otiailles  fiostre^igpeur,  , 
De  sainte  Église  fondementl 

8.  PIERRE,  å  S.Pd. 

Adieu,  frére  Pol,  vray  docteur. 
Noble  et  certain  prédicateur 
De  la  vbye  de  sauvement ! 

S.  POL ,  passantpar deyant  PaiitOle ,  die ' 
Suer,  prestejmoy  ton  cuevrechief , 

6. 


:t' 


84  L£    MARTVRE 


Poar  bänder  les  y^ux  de  mon  chief. 
Ja  assez  tost  le  te  cendray. 

PAUTILLE,  en  ly  bäillant. 
Sire  Pol ,  je  le  vous  baadray  , 
Et  fu  meillieur  å  bonne  chiére. 

MASQUEBIGNET. 

Sanglanle  passion  te  fiére ,      . 
Meschante  fame!  Que  fez-tu  ? 
Il  n'a  pas  vaillant  i.  festu; 
De  quoy  te  reudrå-il  ton  drapel? 

HAPELOPIN. 

Elle  a  perdu,  c^est  sans  rapel, 
Nous  devons  avoir  la  drapaille  (i). 

HUnÉBROUET,    MENJUMAtlX. 

II  est  nostre ,  vatlle  que  vallie. ' 

MAUBUÉ. 

Pol ,  or  me  dictes  pié  estant 
Polir  quoy  vostre  Dieu  amez  tant 
Que  vous  souffres  pour  ly  martire  ? 

S.    POL. 

Frére,  il  ti'est  main  qut  peust  escripre , 
Cuer  d'onime  ile  pöurroit  pensser , 
Oreille  oiir,  langue  parler , 

(1)  Ceei  est  une  alliuion  å  ccrtakis  privUéges  dont  jouissaient  au 
quinziéiiiesiécle  les  exécuteurs  des  hautes-ceuvres.  Ainsi,  non-seoie- 
ment  le  dernier  Tétement  du  condamné  appartenait  au  bourreau  de 
Parb,  mais  il  avait  encore  plusieursidroits  sur  les  denréés  étalées  aux 
hålles  et  aux  marchés.  De  méme,  la  tete  de  tous  les  pourceaux  quUl 
trouvait  vaguants  dans  les  rues  et  qu'il  conduisait  a  THötel-Dieu ,  lui 
appartenait ;  cet  établissement  s*emparait  du  reste  du  corps. 


DE  S.  PIERRE  ET  DE  S.  PAUL.  85 


1    . 

Les  grans  aises  ou  ceulz  seront 
Qui  Dieu  de  bon  cucr  ameront 
Sur  toutes  choses  sans  fiimtise. 

GASTÉNIN. 

Par  quel  point,  sire,  et  en  quel  guise 
Y  poucrions-nous  advenir ? 

S.    POL. 

Frére,  il  vousiauU  sa  loy  tenir 
Se  vous  voulez  teiz  biens  avoir. 

BIPPLARS.  '       .       ' 

Et  qui  la  noo»  iera  saToir? .  »*  | 

8.    POL, 

DemaiD  å.nx>n  tomi^lveprez : 
.11.  saina  homes  y  tron yerez 
Qui  la  loy  vous  enseigneront 
Et  baptesme  vous  donneront. 
Sy  sei*ez  de  vos  péchiez  quites. 

MASQUPBIGNET. 

Pol ,  tu  les  sers  d^  merdes  ff  ites. 
Je  puisse  estre  ars  en  une  forge 
Se  je  ne  te  coupe  la  gorgé 
Et  puis  le  te  iais  amender.  . 

S.    POL. 

I 

Or  me  lesse  les  yeulz  bender 

Et  ourer  aius  que  me  décoles 

••  • '. 

MASQUEBIGNET. 

Délivres-töy,  Pol,  tu  m^afoles. 

Loi^  S.  ?d1  iMnde  sm  yeulz  et  dk  å  gwouB  V 
Agyos,  o  Ihcös^^agyos  ykirros  agyös 


86  LE    MåBTYRG 


Atbanatos  Jhesu  Elcyson  ymas. 

HAPELOPIN. 

Or ,  regarde  de  ce  primas 
Comment  il  deschante  et  gringote. 

MASQUEBIGNET. 

II  lit  bien  et  chante  sans  uote; 
Sy  le  vueil  faire  cardinal. 

.  Cy  ly  coupe  le  «ol. 

UAPELOPIN. 

Alops-ly  querre  .i.  orinal ; 
Il  pisse  trop  malement  rouge. 

MASQUBBIGMET. 

Lessons-le,  puiz  qu'il  ne  se  bouge* 
Lon  Toisent  cradller  S.  Pierre. 

AGRIPPE. 

Pierres ,  qui  vous  tenez  sy  cpy , 
Or  me  dites  pär  vostre  foy, 
Voulez-vous  estre  ainssy  lié 
Et  ainssy  droit  crucifié 
Comme  vostre  Dieu  (ut  pendu  ? 

S.    PIERRE. 

Prévost,  d'estre  ainssy  droit  tendu 
Comme  il  fut  ne  suis-je  pas  digne. 
Jhésucristmouruttlroit,  en  signe 
QuMl  descendit  du  ciel  a  terre 
Pour  nous  sauver  et  pour  nous  querro; 
Mez  moy  qui  doy  aler  au  ciel 
Et  m'åme  rendre  å  Saint  Michicl , 
Doy  mourii*  en  crois  bestournée , 


\ 


DE  .S.   PIERRE  ET  DE  8.   PAUL.  87 

■^■^— ^■^— ^■~"  ■     ■    ■  ■  ii^.^»<i»^i^— » 

La  &ce  ven  le  ciel  tournée, 

£d  hault  \es  piez ,  en  bas  les  mains. 

AGRIPPE. 

Pierre,  vous  n'en  arez  pas  mains. 
Sus,  peodez  se  irére  prescheur. 

HUMBBROUET. 

Or  9a,  9a,  dan  povre  pescbeur, 
Despouile-toy  en  ta  chemise ; 
Sy  pescheras  å  la  menuise  : 
II  y  bit  bon ,  il  a  guilet. 

MElUDMATIlf. 

Fay  tost ,  j^aqpreste  ton  filet. 

Gy  96  detpoullé  S.  Pierre  et  å  gemmg  die : 

Jhésucrist  ^  vray  Dieu,  vray  seigneur^ 
Qui  pour  nous ,  k  grant  déshonneur , 
Fustes  en  crois  crucefié , 
Vostre  nom  soit  glorefié. 
De  cuer,  de  bouche  et  de  puissance 
Confesse  et  lien  Vostre  créance. 
A  vous  m'en  vois  sans  plus  tardei'. ' 
Sire  >  vueilliez  m*åme  gärder 
Et  tout  Testat  de  sainte  Église 
Que  m'aviez  piefa  commise ! 
Seigneurs ,  taites  quenque  vourrez. 

UUMEBROUET  ,    MENJUMATIN. 

Frére  Pierre,  vou»  y  mourrez. 
Cy  le  cnicefient  å  rebours. 

MAAGEL,  bourgoys.  1 

Pourquoy  fait-en  mourir  saint  Pérc 


-« 


88  LE    MAETYBE 


De  mort  sy  dure  et  sy  ainéro 

Contre  justice  et  équilé? 

En  quoy  a-il  greve  la  cité? 

C 'est  grant  meschief,  c'est  grand  ibleur 

Qu'on  iait  mourir  a  tel  douleur 

Home  de  sy  trés-sainte  vie ! 

LE  SECOND  BOURGOYS. 

II  ne  puet  voir  qu'il  ne  meschio 
De  metre  ä  niort  sy  trés-pénible , 
Sy  trés-doulz  home  et  sy  paisible, 
Sy  bon ,  sy  saint ,  sy  profitable  , 
Sans  nulle  cause  raisonnable , 
Contre  justicc  et  contre  droit. 

LE  TIERS. 

Se  vous  me  croiez^  orendroit 
Tout  droit  ä  remperiére  yron ; 
Luy  et  son  palais  destruiron 
SMl  ne  rapelle  sa  sentence. 

S.  PIERRE. 

Ghiersfréres,  iaictes-moy  silencen 
S'å  moy  av^z  nulle  amitié 
Je  vous  supply  que  par  pitié 
Vous  ne  donnez  occasion 
De  retarder  ma  passion. 
Ma  passion  sy  est  victoire  : 
Cest  .1.  pont  pour  sqillir  en  gloirc. 
Jhésucrist  m^atent ,  roy  des  roys , 
A  Dieu  soiezy  ä  ly  m'en  vois. 
In  numtis  tuas  commendo  spiritum  meuni  et  me^ 

Domine  Deus  veritaiis. 


DE  8.  PIBEBE  ET  DB  S.  PAUL.  89 

MARCEL  9  homgOJ». 

Alas,  dolens,  alas^chétisi 
Halas,  saini  Pérel  or  estes  mört    '     • 
A  trés^grant  tort  et  dCaspre  mört. 
ToutmainteoaDt  vous  despendray; 
Jä  autre  congté  n'y  prendray : 
Sy  vous  mectrons  en  sépuiture. 

LB  SBCOND  BOUBGOYS. 

Halas  I  sy  ä  dure  aventure! 
Halas,  chélb  1  et  que  feroo 
Quaot  ce  malvaiz  tirant  Néron 
A  fait  inourir  le  meilleur  bomme 
Qui  fust  en  Tempire  de  Romme  ? 
Or  est  orphelin  tout  le  monde. 

LE  TIERS  BOURGOYS. 

Hen »  hen ,  Néron !  Diea  te  confonde. 
Le  monde  chiemment  compére 
La  mört  qu^as  fait  trére  ä  saint  Pére ; 
Mais  maugré  tien  est  précieuse. 
Son  åme  est  és  cieub  gloriease ; 
Sy  mettroD  son  corps  en  sépulcre 
Qui  souef  flaire  et  n^est  pas  mucre. 

Lors  se  metent  ateeques  S.  Pol  soubs  .1.  couTertenr. 

GASTB«UI. 

Sces-tu  qu'il  sera,  Maubué? 
Saches  mon  courage  est  mué. 
Je  cuide  que  nostre  créance 
N'est  que  ^tosme  et  décevance, 
Eft  pour  ce  je  la  vueil  lessier. 


90 


LE  MARTYRE 


MAUBUé. 

Vous  dites  bien,  amy  trés-cbiei^ 

Le  Dieu  saint  Pol  sy  est  vray  Dieu, 

N'autre  n'est.  Sr  alons  au  lieu 

QuMl  nous  dist  hier,  ce  bon  vous  sembLc. 

RIFFLARS. 

Alons-y  nous  .ni.  tous  ensemble. 
Le  Dieu  saint  Pol  sy  est  le  mien. 

GASTEIfiN  ET  MAUBUÉ. 

Loé  soit  Dieu,  vous  dietas  bien. 
Cy  voisent  au  tumbei  S.  Pol ,  et  lå'soient  Titus,  Lucas^  en  oroison 

TITUS. 

Lucas ,  je  voy  sergens  venir. 

LUCAS. 

Cest  pour  nous  prendre  et  dél)enir ; 
Fuions-nous^^n  ysneile  pas. 

RIFFLARS. 

Seigneurs ,  pour  Dieu  ne  fuiez  pas. 
La  vostre  créance  est  la  nostre : 
Nous  venons  cy  de  par  l'apostre 
Qui  nous  dist  bier  se  huv  venions 
Ycy  que  nous  trouverions 
Qui  la  foy  nous  enseigneroit 
Et  baptesme  nous  donberoit. 
Sy  vous  plaise  a  nous  baptister. 

L13GAS. 

Celui  qui  tant  nous  voult  prisier 
Que  pour  nous  tant  se  desprisa 
Que  mört  soustinl,  par  quoy  prisa 


DE  8.  PIERRB  ET  DB  5.  PAUL.  9I 

■  ■  ". 

Home  qui  estoit  déspriåé , 

Soit  loé ,  chéry  et  prisé! 

Nos  amis  tenez  fermement 

Quil  D'e8t  qu'un  seul  Dieu  aeuleinent 

Qui  terre  et  ciel  créa  et  fist; 

Mais  pour  ce  que  bome  se  defläst 

Par  péchié  d^inobédiaoce , 

Jhésucrist  par  obédience 

A  Dieu  le  pére  Tacorda 

Dont  par  péchié  se  deacorda. 

En  ce  croiant  vous  voulez  estre 

Ou  nom  de  Dieu,  par  main  de  prestra 

És  fons  de  baptesme  ondoiez. 

LES  .III.  SBRGBMS. 

Voire,  sire. 

LUC4S. 

Et  vous  le  soiez. 

In  nomine  Patris  y  et  Filii ,  et  Spiräus  ituicti. 

Eq  les  aroiisant. 

Ges  .lu.  sergeos  voisent  aveoques  Marcel  et  les  boargoys;  Tilus  et 

Loeas  avecS.  Gltaent. 


»  I 


MÄRGEL  9  bourgoys. 
Seigneurs  bourgoys,  trop  enduron 
De  cest  emperiére  Néron. 
Qncques ,  plus  maise  créature 
Ne  fut  formée  de  nalure ; 
Car  son  maistre  et  sa  propre  mérc 
A  (alt  mourii*  de  mört  amére. 
Le  pcuplc  ocdst,  Romme  a  gastéc. 


9^  t'E    M4RTYRE 


Par  ly  est  Romme  difTaihée  : 
II  confont  droit  et  équité, 
En  ly  est  toute  iniquité. 
Vueillone$-y  biefitost  secourir , 
Ou  il  nous  fera  tous  mourir 
Et  bonnifa  toute  Fempire. 

LE   SEGOllD  BOURGOYS. 

Cest  bon  conseti  et  bien  dit,  sire ; 

Gar  certes  soubz  le  firmament 

N'a  plus  mais  horns  se  Diex  m'ament. 

Rendons-Iy  selonc  sa  desserte ; 

Gar  teiz  boms  perdre  n'est  pas  perte 

Qui  n'est  bon  ne  jeunc  ne  viex. 

LE  TfERS  ROURGOYS. 

G 'est  sy  bien  dit  qu'on  ne  puet  miex  ; 
Mais  périllieuse  est  la  demeure. 
Sy  nous  alons  armer  en  Teure 
A^ant  qu'il  assemble  point  d^ost. 

GASTENIN,  HA^BUé,  BIFPLARS. 

Vous  dictes  bien,  alons-v  tost. 

•■'■".. 
Cy  voisent  hors  da  chvnp  sans  plus  taire ,  puis  reveignent  qua^t 

Néron  sera  toé  ayecques  S.  Glément. 
JHÉsns. 

Tu  Gabriel ,  et  toy  Michiel , 
Levez  sus,  déscendez du  ciel. 
Alez-moy  bonne  aleure  querre 
Mes  .11.  apostres  Pol  et  Pierre 
Et  léiir  )k>rtez  ces  .11.  chapiaals 
Et  ces  vestemens  bons  et  biauls ; 
Puis  sy  les  monistrez  k  Néron. 


DE  S.  PIEBRE  ET  DE  S.   P4UL.  9^ 


LES    AKGES. 

Lon  preignent  .11.  dalmatiqaes  roages  et  .n.  chapiaut  de  fleurs,  et 
Totsent  chantanl:  Extdtei  ceium  lauäibuSj  pnis  diem  tus  apostres: 

Amis  de  Dieu,  tenez  ä  joye 
Que  nostre  sire  vous  envoyé. 

Lors  se  Uévent  les  apostres  san»  parler  et  vestent  les  dalnatiques,  et 
metent  les  chapiaas  sor  lenrs  testes  et  voisent  å  Néron  et  les  anges 
avecques  enlz,  et  S.  Pol ,  en  passant ,  baille  ä  Pautille  son  cuevre- 
cbief  sans  riens  dire. 

PAUTILLE. 

Diex !  j'ai  veu  monseigneur  saint  Pol 
Que  les  timans  tindrent  pourfol. 
Lasse,  lasse!  il  ne  Testoit  mie; 
Bien  a  sa  promesse  acomplie. 
Il  m'a  geté  desus  le  cbief, 
Sain  et  entier,  mon  cuevrechief. 
Foi  n'estoit  pas  y  mals  fol  estoit 
Qui  son  Dieu  et  ly  despitott. 
En  sa  foy  vueil  mourir  et  vivre ; 
Dieu  me  vueille  escripre  en  son  livre ! 

S.  PIEREE  ET  S.  POL. 

Néron,  nous  vivons  ä  honneur, 
Mais  tu  mourras  ä  déshonneur. 

Lors  s'en  voisent  avee  les  anges  en  paradis. 

NÉRON. 

Ha  Mahominet!  dor-je  ou  je  vueille? 
Pierre  et  Pol ,  dont  j'ay  grant  merveiile , 
Son  venus  ä  inoy  par  grant  yre. 


N 


96  LE    MARTYRE 


MASQUEBIGNET,  MBNJUMATlPi,   HIJMBBRODET^  ttAPELOPIN. 

Sire,  nuUy  ne  s'en  descorde. 

AGRIPPB. 

Domicien  ,  levez  la  main. 
Yous  jurez  Tempire  Rommain 
Gärder,  deffendre  et  soustenir , 
Les  loys  et  libertez  tenir 
Que  les  sages  seigneurs  ont  mises. 

DOMICIEN  y  en  levant  la  main. 
G'y  mectray  paine  en  toutes  guises. 

PAULIN,  enly  baillant. 
Tcnez  la  couronne  royal 
Comme  seigneur  bon  et  loyal, 
Tenez  le  mantel  et  1'espée. 
En  vostre  empire  longue  et  lée 
Justice  faictes  å  tout  bomme. 

LES  ROMMAINS  PAIENS. 

Vive  remperiére  de  Rommc. 
s.   LUC ,  ä  S.  Clément. 
Sire ,  vous  savez  que  S.  Pierre , 
Quant  il  vivoit  encore  en  terre 
Vous  ordena  son  sucesseur. 
L^église  ne  puet  sans  pasteur , 
Le  pueple  å  vous  du  tout  s'atent. 
De  par  le  roy  omnipotent 
Tenez,  sans  plus  grant  procés  faire. 
Sus  vostre  teste  ce  tbiaire. 


£n  ly  baillant  la  cocuche. 
Recevez  papal  dignité 


DE  S.    PIERRE  ET  DE  S.   PAUL. 


97 


Et  general  auctorité 
Sur  tout  l'estat  de  sainte  Églisc  * 
Qui  de  par  Dieu  vous  est  commise , 
Åfin  que  vous  édifiez , 
Plantez,  esrachiez,  destruiez, 
Plantez  vertus,  esrachiez  viccs, 
Destruiez  erreurs  et  malices, 
Edéfiez  sus  la  foy  temples 
De  sainteté  par  bons  examples 
Et  par  saine  et  vraye  doctrinc! 

S.  CLÉMKXT. 

Sire,  la  voulenlc  divine 

Soit  faictc  par  tout  plaincmcnt ! 

TITUS,  MARCEL  ET  LES  GRESTIENS. 

Vive,  vive  pape  Clément! 

L\   FIN    DU   GEU   S.    PERE   ET   S.    POL. 


Qai  le  gea  S.  Denis  voura  continuer  avecques  cestny,  sy  die  apres 
ceste  clause  comment  S.  Rieule  jiarle  å  S.  Denis ,  et  tout  ce  qiii 
vicnt  apres ;  et  qiii  le  geu  S.  Pére  et  S.  Pol  voura  cy  fincr ,  sy  die 
ainssy  : 

S.    CLÉMENT. 

Mes  chiers  amisen  Dieu  et  frércs, 
Vous  savez  comment  nos  sains  pércs 
Mes  seigneurs  S,  Pol  et  S.  Pierre, 
Vindrent  cy  nostre  salut  quorre, 
Et  comment  furent  desprisiez , 
Tourmentez  et  martirisiez , 
Pour  la  loy  du  doulz  Jbésucrist , 


98  LE    MARTYRE 


Et  pour  l'Église  qu'il  aquist 

Par  son  »anc  digne  et  précieulx. 

Or,  sont  és  hauls  ciclx  glorieulx 

En  léesce  perpétuelle, 

En  feste  noble  et  solennellc. 

Sy  ordenons  en  cestconcile 

Qu'en  face  d'eulz  feste  ä  vigile 

Qui  soit  dcvotement  jeunée, 

Et  la  feste  soit  bien  gardée, 

Enlre  personnes  crestiennej^ 

D'euvres  serves  et  terrienncs, 

Espéciaument  de  péchié ; 

Et  s'aucun  en  est  entechié 

Sy  s'en  purge  légiérennent 

Pour  la  gärder  plus  saintemenC. 

En  cessant  d'euvres  corporcles^ 

Facent  les  espirilueles. 

Viegnent  deuennent  a  réglise 

Pour  oir  le  divin  servisc, 

Les  sermons ,  les  connmandemens , 

Pour  recevoir  les  sacremens 

En  pais,  en  amour,  en  concorde; 

Des  euvres  de  miscricordc 

Facent  pour  Dieu  cen  qu'il  pourront, 

Afin  que  quant  en  corps  mourront 

II  soicnt  mis  en  grant  honneur 

A  la  destre  nostre  Seigneur. 

Qui  nos  dis  despiter  vourra 

Sache  de  voir  qu'il  encourra 

Apostolique  maléi^on; 


DE  S.  PIEBRE  ET  OE  S.  PAUL.  99 

Mez  tous  ceulz  aront  bénéi(^on 
Qui  nos  statuts  honnoreront 
Et  ä  leur  povoir  les  feront. 
La  quel  cbose,  par  charité., 
Vous  doint  la  sainte  Trinité 

• 

Pour  l'amour  des  bénois  Apostres. 
Vous,  lats,  dictes  vos  patrenostres , 
Et  vous,  elers,  qui  cstre  devez 
Example  de  bien,  sus,  levez; 
En  publiant  nos  estatus 
Chantez  Te  Deum  laudamus. 


9^  LE    MARTYRE 


Et  pour  l'Église  qu'il  aquist 

Par  son  sanc  digne  et  précieulx. 

Or,  sont  és  haulsciclx  glorieuk 

En  léesce  perpétuelle, 

En  feste  noble  et  solennelte. 

Sy  ordenons  en  cest  conciie 

Qu'en  face  d^eulz  feste  ä  vigile 

Qui  soit  dévotement  jeunée , 

Et  la  feste  soit  bien  gardée, 

Entré  personnes  crcstiennes 

D'euvres  senes  et  temenncs , 

Espéciaument  de  péchié ; 

Et  s^aucun  en  est  entechié 

Sy  s'en  purge  légiérement 

Pour  la  gärder  plus  saintemenc. 

En  cessant  d^euvres  corporeles^ 

Facent  les  espiritueles. 

Viegnent  deuement  a  Téglise 

Pour  oir  le  divin  servisc, 

Les  sermons ,  les  commandemens , 

Pour  recevoir  les  sacremens 

En  pais,  en  amour,  en  concorde; 

Des  euvres  de  miscricorde 

Faceut  pour  Dieu  cen  qu^il  pourrout, 

ABn  que  quant  en  corps  mourront 

II  soicnt  mis  en  grant  honneur 

A  la  destre  nostre  Seigneur. 

Qui  nos  dis  despiter  vourra 

Sache  de  voir  qu'il  encourra 

Apostolique  nialéi9on; 


DE  S.  PIEBRE  ET  OE  S.  PAUL.  99 

Mez  tous  ceulz  aront  bénéi(^on 
Qui  oos  statuts  honnoreront 
Et  ä  leur  povoir  les  feront. 
La  quel  chose ,  par  charite ,, 
Vous  doiDt  la  sainte  Trinité 
Pour  l'amour  des  bénois  Apostres. 
Vous,  lats,  dictes  vos  patrenostres , 
Et  Y0US9  elers,  qui  cstre  devez 
Example  de  bien,  sus,  levez; 
En  publiant  uos  estatus 
Chantez  Te  Deum  laudamus. 


LE 


GEU  SAmT  DENIS 


CONTINUE  AINSSY. 


s.  RIEULE,  åS.  Denis. 
Cbier  sire,  Jhésucrit  vous  gart! 

S.    DENIS. 

Frére,  bien  vegniez.  De  quel  part? 
Voulez  chose  que  puisse  faire  ? 

S.    RIEULE. 

Mon  tres  cbier  seigneur  débonnaire» 
L'empereur  Domicien 
Sy  a  bany  le  Dieu  menistre 
Saint  Jeban  ly  euvangéliste , 
Dont  je  suy  moult  desconforté. 
Sy  me  fut  dit  et  raporté 
Que  baptesme  aviez  receu, 
Et  en  l'eure  que  je  le  sceu 


LE  HARTYRE  DE  S.  DENIS  ET  DE  SES  COMPAGNONS.     lOI 


Je  vins  ä  vous,  sire ,  ä  refuge. 

5.  DENIS. 

En  tel  Umpcste ,  en  tel  déluge , 
Doulz  Jbésucrist  ^  gardez  les  vostres. 
Biau  frére,  et  ou  son  t  les  apostre^ 
Mes  seigneurs  saint  Pol  et  sainl  Pierre  ? 

S.    RtEULE. 

On  m'a  dit,  sire,  en  ccste  terre, 
Que  grant  temps  a  qu^å  Romme  sont. 

6.  DENIS. 

Dieux!  je  voy  bien  qu'ilz  soufreront 
A  Romme  leur  derrain  martire. 
A  eulz  m'en  voiz,  carmoultdésirc 
Avecques  eulz  finer  ma  vie. 

S.    RIEULE. 

Et  je  vous  tendray  compaignic. 
Lors  die  S.  Denis  å  PnbliUs  le  second  phiiosophe. 

• 

Je  entens  que  nos  péres  en  Dieu, 
Saint  Pére  et  saint  Pol,  sont  ä  Romme. 
Frére,  vous  screz  en  mon  lieu, 
Gar  vous  me  dembiez  .i.  preudommc. 
Prenez-vous  bien  du  peuple  garde  : 
Le  Saint-Esperit  vous  vueiile  aidier 
Qui  vous  et  eulz  ait  en  sa  garde. 
A  Dieu  vous  dy  sans  plus  plaidier. 

PUBLIUS. 

Moult  nous  venist  ä  plaisir 
Que  demourissiez  avec  nous; 
Mez  puisqu^avez  sy  grant  dcsir 


103  LE  MARTYRE  DE  S.  DENIS 

D'y  aler,  ä  Dieu  soiez-vous! 
Lors  voisent  S.  DenisetS.  Rieule  ä  Romme. 

s.   DENIS ,  ä  genous,  en  besant  S.  Clément  en  la  main. 
Diex  vous  croisse  honneur,  tres  saint  Pére ! 
Bicn  suis  eureus  quant  ä  vous  touche. 

s.  CLÉMENT ,  en  levant  S.  Denis. 
Bien  vegniez ,  Denis  nostre  frére ! 
Venez  nous  besier  en  la  bouciie. 

Cy  le  baise  et  puis  die : 

Denis,  nospéres  ont  la  gloire 
Des  cielx  aquise  par  martire. 
Graces  å  Dieu ,  je  voy  bien  oirc 
Qu'amené  vous  a  nostre  sire. 
Denis,  nous  avons  grant  seinence^ 
Mez  il  y  a  trop  pou  qui  euvre. 
Grant  sen  avez  et  gigant  sciencc; 
Or  metez  piez  et  mains  en  euvrc. 
Denis,  alez-vous-en  en  France 
Et  menez  ceste  grant  compaignic. 

£n  monstrant  ses  oonpaignons. 

Preschiez  la  foy  et  la  créance; 
N'i  ait  celluy  qui  point  se  taigne. 
Denis,  ne  doubtez  ceste enprise, 
Nostre  Seigneur  vous  aidera  : 
Par  vous  scra  France  conquise 
Et  Jhésucrist  y  regnera. 
Denis,  alez-en  liément. 
De  par  la  Sainte  Trinitc 


ET  Dli  SES  CO.MPAGNONS.  Io3 

Nostre  povoir  tout  plainemcnt 
Vous  donnons  et  auctorité. 
Alez  avecques  ly,  biaus  frércs, 

Cy  die  å  S.  Rustique  el  aus  autres  -. 

Et  pensaez  chascun  de  bien  faire. 

LES   CONPAIGNONS,  åS.  DéniS. 

Voleiitiers,  tres  reverens  péres, 
Quel  paine  que  nous  doious  traire. 

S.    DENIS. 

Sire,  cest  euvre  est  mouit  grevable; 
Nient  iiiains  je  suis  prest  d'obéir. 
Par  vous  nous  sera  Diex  aidable; 
Vueillez  nous,  sire,  bénéir. 

*  s.   ci^ÉMENT  ,  en  levant  la  main. 
Ainssy  com  fu  nostre  Sauveur 
Avecques  nos  péres  par  grace', 
Ainssy  vous  soit  ä  tous  aideur 
En  tout  temps  et  en  toute  place. 

In  fiomine  Patris  et  Filii^  et  S pir  i  tus  Sancti. 

Amen, 

Lors  voisent  en  France. 

$.   DENiS,  åses  conpaignons. 
De  France  aprochons ,  merci  Dieu ; 
Cheminer  nous  fault  en  maint  lieu 
Pour  preschier  la  foy  crestienne ; 
Saturnin  ira  en  Guienne, 
Et  en  Espaigne  Marcelin  , 
Lucicn  et  frérc  Quentin 


i 


Io4  LE    M ARTYRE  DE  S.  DENIS 

A  Beauvais  et  ä  Amiens. 

Lå  trouveroht  foyson  pålens ; 

Et  Rieule  k  Arle  demourra  : 

Bien  est  voir  qu'ä  Senliz  mourra. 

A  Meauizyrez,  frére  Sentin, 

Et  avecqucs  vous  frére  Antonin. 

Quant  les  tirans  me  feront  prendre 

Venez  ä  tnoy  sans  plus  altendre ; 

La  maniére  de  mon  martire 

Diligemment  failes  escripre 

Et  l^escript  portez  au  Saint  Pére. 

Moy  5  Rustique  et  frére  Eleuthére 

En  yrons  taut  droit  a  Paris. 

Je  pry  ä  Dieu  de  paradis 

Qu'il  vous  veuille  en  tout  bien  conduire. 

SES   CONPAIGNONS. 

Amen^  et  ä  Dieu  soiez,  sire! 

Cy  86  départent  et  voisent  oi!i  ilz  vourront. 


COMMENT  S.  DENK  VIENT  A  PARIS. 


Dieu ,  Pére  et  fiiz  et  Sains  Espéris  y 
Gart  les  habitans  de  Parisl 
Bien  fut  raison  et  équité 
Quc  sy  bonne  et  bclle  cité 


ET  DE  «ES  GOMPAGffONS.  loS 

Fust  du  tout  ä  celluy  sacrée 
Qui  sy  noblement  Pa  créé : 
Cest  Jhésucrist ,  le  roy  des  roys. 

LE  PREMIER  PARISIEN. 

Quel  roy?  de  la  féve  ou  du  pois? 

S.    DENIS. 

Le  roy  pour  voir,  de  qui  le  régne 
N'ara  jä  fin ,  qui  sur  tout  régne , 
Vray  homme,  vray  Diex  et  seul  Diex. 

LE    PREMIER. 

Esgar  5  nous  crevera-il  lex  yeulz  ? 
Ou  sontnos  Diex?  ne  sont-ilz  riens? 

S.    DENIS. 

Yos  Diex  ne  sont  Diex  plus  que  chiens. 
II  n'est  Dieu,  sachiez,  fors  le  nostre. 

LE    SECOND   PARISIEN. 

Beau  maistre,  ce  Dieu  qui  est  vostre 
Est-il  ore  nouvel  ou  vieulx? 

S.    DENIS. 

Amy ,  hostre  Dieu  est  vray  Diex 
Et  vray  horns,  et  vielx  et  nouvel. 

LE    SECOND. 

Nouvel  est  donc^t  non  nouvel  ? 
Cest  pure  contradiction. 

S.    DENIS. 

Vraiement  et  sans  fiction , 
Nouvel  est- il  et  non  nouvel. 

LE    SEGOND. 

Cest  doncques  Hart  et  fauvel 
Qui  vont  ensemble  a  la  charuc. 


lo6  LE  MARTYRE  DB  S.    DRNIS 

LE    TIERS. 

Non  pas ,  mez  quant  il  va  la  rue 
Il  a  de  vielx  dräp  robe  neuve; 
Et  par  cela  ce  vieiUart  preuve 
Qu'il  est  nouvel  et  ancien. 

LE    PREMIER. 

Il  est  donc  maez  logicien. 
S'en$uit-il  que  .i«  jeune  poulain 
Soit  vielx  et  jeune ,  se  demain 
On  ly  baille  une  vieille  bride  ? 
Nennil  voir  j  et  pour  ce  je  cuide 
Qu'il  s'est  alé  baignier  souvent 
En  la  fontaine  de  Jouvent. 
Ainssy  c'est  le  vieillart  pelé , 
Rajony  et  renouvelé. 
Qu'en  dites-vous,  sire  Lisbie? 

LISBIE,  le  plus  noble  boargois. 
Toute  vostre  sophisterie 
Sy  ne  fait  nulle  chose  au  fait. 
Maistre  Denis,  c'est  trop  maufait 
De  dire  ä  Paris  telz  mensonges. 
Je  ne  sfay  s'en  Gréce  telz  songes 
Vont  songent  les  Athéniens. 

S.    OENIS. 

Entendez-moy,  Parisiens; 
Vérité  diray  sans  songier 
Ne  jå  n'y  seray  mensongier. 
Nostre  Dieu  est  vielx  sans  viellcscc 
Et  sy  est  jeune  sans  jeunesce, 
Commencement  et  (inement, 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  I07 

Sans  fin  et  sans  commenoeinent , 
Etcréateur  et  créature; 
Gar  il  n'est  que  .i.  Dieu  par  nature, 
Pére  et  filz  et  Saint-Espérit ; 
Maispour  ce  que  homme  s'y  périt, 
Dieu  le  filz  vray  home  devint, 
Nasquit  de  vierge  et  mört  soustint , 
Et  au  tiers  jour  resuscita, 
Vray  Dieu,  vray  home  és  cielz  monta. 
Ycelluy  est  Dieu  et  non  autre. 
Vos  ymages  qui  sont  de  peautre , 
Debois^  oud^argent,  ou  de  pierre, 
N'ont  pouvoir  n'en  ciel  ne  en  terre. 
Il  ont  yeulz  et  ne  voient  goute, 
Ne  se  bougeut  s^en  ne  lez  boute , 
Gärder  deussent  et  gardez  sont : 
Vous  ies  faictes,  pas  ne  vous  font. 
Nostre  Dieu  fist  tout  et  tout  garde; 
De  luy  n'est  nul  faiseur  ne  garde. 
Voirs  est  quant  print  nostre  nature 
Cil  qui  tout  fist  devint  faicture 
Et  fut  ensemble  et  home  et  Diex , 
Nouvel,  non  nouvel ,  joenne  et  vielx  , 
Perpétucl  et  lemporcl, 
Corporel  et  incorporel. 

LISBIE. 

Et  mortel  qui  mourir  ne  puet. 
Dictes-moy,  sire,  et  qui  le  muet, 
Qu'il  est  tout  seul  et  scul  vout  estre? 


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ET  DE  SE3  GOMPAGNONS. 


109 


£t  qui  de  soy  trestout  a  thit 
Et  ä  soy  trestout  ordené. 

LISBIE. 

Puis  qu'ä  ce  point  m'avez  mené 
Qu'il  n'e$t  Dieu  fors  ie  Dieu  des  cielx , 
Dont  viennent  doncques  tant  de  Dieux 
Comme  en  aoure  par  le  monde? 

S.    DENIS. 

La  question ,  frére ,  est  proiönde ; 
Et  tröp  de  temps  avöir  fauroit 
Qui  a  point  soudre  la  vourroit; 
.Mez  h  present  je  vous  dy  bien 
Que  quant  pur  home  qui  n'a  rien , 
Fors  de  Dieu  sa  volenté  france , 
Ne  soubzmet  toute  a  l'ordenancQ 
Et  a  la  volenté  divine, 
N'est  merveille  se  mal  chemine ; 
Car  Dieu  sa  grace  ly  soustrait. 
Et  Fanemy  ä  soy  le  trait 
Qui  le  de^oit  en  inainte  guise , 
Et  ä  mal  faire  adez  1'atise. 
Ainssy  fait  Tun  apostatcr 
Et  ly  autres  ydolåtrer, 
Instituer  mahommeries, 
Selonc  diversses  fantasies , 
Dont  ly  uns  aourent  ligures 
De  pécheresses  créatures, 
Lez  autres  bestes  ou  serpens , 
Et  lez  autres  les  i^lémens, 
Les  autres  faintes  vanitez 


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BT  DE  SES  COMPAGNOMS.  I  I  I 

I 

Vueille ,  par  sa  présumpcion , 
Dieu  qui  tout  sen  et  tout  sourmonte, 
Qui  tout  fist  par  pois  et  par  compte, 
Coroprendre  par  son  sen  humain , 
Qui  ne  scet  s'ii  vivra  demain , 
Ne  s^ii  gaignera  ou  perdra, 
Ne  qui  ses  souleurs  ly  terdra , 
Ne  quantes  goutcs  chiet  de  pluye 
Nient  plusque  feroit  une  truye; 
Et  pour  ce,  Dieu  teiz  gens  lessoit , 
Et  lors  l'anemy  ne  cessoit 
De  les  mectre  en  erreurs  diversses 
Et  en  opinions  perversses. 
Sv  fault  son  cuer  humilier 
Qui  bien  droit  y  vcult  charier; 
Car  Dieu  lez  humbles  enlumine 

Par  grace  et  par  vraye  doctrine , 

Et  lez  essauce  et  glorefie , 

Et  les  orguelliex  humilie 

Qui  veulent  sans  eiles  voler; 

Car  orgueil  sy  fait  afToler 

Ceulz  qui  cuident  avoir  sagecc  : 

Mez  humiiité  s'y  adrece 

Et  donne  der  cntendement. 

Or  entendcz  donc  sainement : 

Sachiez  la  Sainte  Trinité 

N'est  que  une  seule  déité 

Qui  de  néant  créa  tout  et  fist , 

Qui  és^créatures  reluist 

Et  aucunemenl  y  ripört; 


113  LE  MAllTYRE  DB  S.   DEN16 

Comme  vous  voiez  en  apert 

Que  le  soleil  a  grant  valeur 

Et  grant  lumiére  et  grant  chaleur , 

Et  tout  ce  sy  n'est  q'un  soleil  : 

Par  tout  aussy  en  cas  pareil 

Et  resgardez  par  bonne  estude 

La  fa^on  et  la  magnitude 

Du  nionde,  et  1'ordinacion 

Et  la  grant  gurbemacion 

Comme  il  fut  puissamment  créc 

Et  tres  sagement  ordené , 

Gouvemé  par  bénivolence ; 

Vous  trouverez  tantost  en  ce 

Que  cil  a  souTerain  povoir  j 

Pariait  savoir,  tres  bon  vouloir, 

Qui  tel  Ta  iait  et  limité, 

Et  c'est  la  Sainte  Trinité, 

Pére  et  Filz  et  Saint-Espérit , 

.1.  Dieu,  seul  Dieu,  comme  j'ay  dit, 

Une  substance ,  .iii.  personnes. 

LISBIE. 

A  Diex!  tant  sont  ces  raisons  bonnes, 

Soutilles,  profondes  et  haultes ; 

Sire  j  trop  ay  fait  de  défaultes , 

Car]'ay  usé  toute  ma  vie 

En  mal  et  en  vdolåtrie : 

Sera,  sire,  m'åme  dempnée. 

Cy  descende  d'eii  hault  et  TOise  devant  S.  Denis. 

S.    DENIS.  ^ 

Nennil ,  que  par  l'yaue  sacréc 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  1  l3 

Du  baptesme  que  recevrcz 
Grace  et  bonté  en  l'åme  aurez 
Et  serez  de  vos  péchiez  quites. 

LISBIE ,  å  genous. 
Sire,  je  croy  quenque  me  dites  : 
Pour  Dieu  vueilliez-raoy  baplisier. 

S.    DENIS. 

Et  je  vous  baptise,  amy  chier , 

In  nomine  Patris  ^  et  Filii  et  Spi ritas  sancti . 

j4men. 

I^rs  se  assiéent  å  terre. 

LE    PREMIER    PARISIEN. 

Biaus  seigneurs,  se  viellart  gréjois 
Nos  sacrefices  et  nos  lovs 
Destruit,  confont  et  anichile. 
Il  honnira  toutc  la  ville 
Se  nous  n'y  metons  tost  rennéde. 

LE    SEGOND. 

Sire,  a  vant  que  oultre  procéde, 
L'alons  prendre  ä  force  et  tuer; 
Gar  nullement  pararguer 
Ne  Tarions,  je  vous  dy  bien. 

LE    TIERS. 

Vostre  opinion  est  le  mien. 
Parisiens,  alarme!  alarme ! 
Or  tost  å  ly ,  tost;  car,  par  m'arme, 
S'il  n'est  hapé  droit  en  sourssault, 
Il  nousbastira  .t.  tel  sautt 
Que  nous  ne  le  verrons  meshuit. 
I.  8 


1  l6  .LE  MARTYKE  DE  S.   DICMS 

- 

Je  croy  qii'il  1'envoira  en  Seine 
Mez  qu'il  sache  ses  kiriéles. 

LE    TIERS. 

Alons,  cc  sont  bonncs  nouvelés. 
Cy  voisent  i  Tencontre. 

LES    BOURGOIS. 

Cliier  sire ,  bien  soiez  venus. 

FESCENNIN. 

Dites-moy ,  qu'est  or  devenus 
.1.  fauls  viellart  estrait  de  Gréce , 
Qui  est  cy  venus  ä  Lutéce 
Pour  envenimer  le  pais  ? 

LE    PREMIER. 

Sire,  il  presche  .i.  Dieu  å  Paris 
Qui  &it  tous  les  monls  et  les  vauls. 
Il  va  ä  cheval  sans  chevauls, 
II  fsAtf  il  défait  tout  ensemble , 
II  vit,  il  muert,  il  sue,  il  tremble, 
II  pleure,  il  rit,  il  vueille  et  dort, 
Il  est  jeune  et  viex,  foible  et  fort , 
II  fait  d'un  coq  une  poulete, 
II  jeue  des  ars  de  Toulete 
Ou  je  ne  sfay  que  ce  puet  estre. 

LE   SEGOND. 

Sire ,  oiez  que  &it  ce  fol  prestre ! 
II  prent  de  l'yaue  en  une  escuelc 
Et  gete  aus  gens  sus  la  cervele , 
Et  dit  que  par  tant  sont  sauvez. 


KT  DK  SES  COMPAGNOISS. 


117 


LÉ    TIERS. 

Trop  pis  falt  ce  lierre  mauvez  : 
Nos  Diex,  ce  dit,  ne  valent  riens, 
Mez  de  son  Dieu  viennent  tous  biens; 
Son  Dieu  tout  gouverne  et  tout  tist. 

FESCENNIN. 

Ålons  ä  Paris;  il  soufTist. 
Lors  voisent  å  Paris,  et  Fescennin  soit  ou  plus  liauU  ciége. 

FESCENNIN ,  en  séant. 
Huoiebrouet,  Menjumatin, 
Masquebignet ,  Hapelopin , 
Querez-nous  ce  popélican! 

HUMEBROUET. 

S'il  voloit  comme  .1.  pélican 
Sy  heurtera-il  ä  nos  tälons. 

FESCENNIN. 

Alez  tost. 

LES    SERGENS. 

Sire ,  nous  alons. 
.     Lors  voisent  querre  S.  Denis. 

IICMEBROUET. 

Or  ca  y  viellart  de  pute  afaire  , 
Vien  jargoullier  au  comnnissairc. 
Tu  yras  jä  a  pierre  late. 

S..  DENIS. 

Jhésucrisl  qui  fut  ä  Pilate 

Mené  pour  nous,  seigneurs ,  vous  sauve ! 

MENJUMATIN. 

Tez  dis  ne  prison  unc  mauve; 
Va  sermonner  oii  lu  vourras. 


I  l4  LE  MARTYIIE  DE  S.    DBN1S 

LES    AUTRES    .II. 

Or  y  alons  ains  qu^il  soit  nuit. 

Lors  voisent  ä  ty  lezdagues  traites. 
LE  PREMIER ,  en  monstrant  S.  Denis  de  loing. 
Vez-le  cy;  sus!  frapez,  tuez. 
Qu'est-ce?  vous  ne  vous  remuez  ? 
N'en  ferez-vous  huy  autre  chose? 

LE    SECOND. 

Pur  ina  cure,  sire,  je  n'ose 

Ne  je  n'ay  tnain  qui  bien  me  vueille. 

LE    TIERS. 

Je  n'ay  membre  qui  ne  me  dueille. 
Je  n'y  suis  pas,  ce  croy  dcmy. 

LES   AUTRES    .TT. 

Alons-en,  c'est  .1.  anemy. 

Lors  se  retournent  en  fuiant. 

l'emperté:re  domicien. 
Seigneurs  Rommain^,  j^ay  entendu 
Que  d'un  crucefix,  d'un  pendu , 
On  fait  .1.  Dieu  par  nostre  empire 
Sans  ce  qu'on  le  nous  daigne  dire. 
Sy  commandons  k  justiciers, 
A  tous  baillis  el  officiers, 
Et  ä  tous  seigneurs  terriens, 
Qu'en  tous  les  lieus  oii  crestiens 
Hz  trouveront,  prenent  et  lien  t, 
Båten  t,  tourmentent  et  occient: 
Par  espécial  ,1.  viellart 
Qui  est  plain  de  nwis  et  viei  art 


BT  DE  SES  COMPAGNONS.  I  1  5 

Et  d^ennemy  dés  son  en&nce, 
Qui  envenime  toute  France 
Et  maine  une  grande  conpaignie. 
Je  vueil  qu^on  le  tuc  ou  mebaigne 
Plus  cruelement  qu'un  viex  mastin. 
Alez-y  j  prévost  Fescennin ; 
Faictes  tant  que  vous  Ic  trouvez, 
Et  sus  ly  sy  bien  vous  prouvcz 
Que  lez  autres  aient  fi*éeur. 

FESCENWnf. 

N^en  doobtez,  sire  emperéeur, 
J'en  saray  bien  venir  ä  chief. 
Je  le  metray  ä  grant  meschief 
Et  Teust  juré  son  Dieu  Jhésus. 
Or  tost,  tost,  sergens,  levez  dus; 
Menjumatin ,  Humebrouet , 
Hapelopin^  Masquebignet , 
Adoubez-vous ;  aloQS  cercbier, 
Se  trouverons  cel  adverssier ; 
Sy  ly  ferons  rongnier  la  teste. 

LES    SERGENS. 

Sire^  alons,  car  il  fait  tempeste. 
Cf  Toiaeiit  i  Paris. 

LE  PREMIER  BOURG016  DE  PARIS. 

Seigneui*s,  on  m^a  dit  ^ä  derriére  r 
Que  Domicien  P^mperiérc 
Envoyé  .i.  coromissaire  en  France. 

LE    SECOND. 

Or  ly  aloDS  compter  la  dance 

Que  ce  gréjois  ä  Paris  maine. 

8. 


1  l8  LE  MARTYRE  DE  S.  DENIS 

M ASQUEBIGNET  j  en  teoant  S.  Denis. 
Vieilart  sånglant,  tu  y  mourras, 
Par  Mahon  ,  puisque  je  iq  tien. 

HAPELOPIN. 

Avant,  prenon  chascun  lesieri. 
Lors  les  mainent  au  prévost. 

HUMEBROUET. 

Sire  prévost,  vez-en  cy  trois. 
FESCENNlN,  åS.  Denis. 
£s-tu  le  fol  vieilart  gréjois 
Qu'on  appele  Denis  Machaire , 
Qui  a  nostre  loy  es  contraire , 
Qui  nos  Diex  ne  prises  .11.  abies  (1)? 

S.    DENIS. 

Vos  Diex  ne  sont  pas  Diex ,  mez  diables 
Qui  en  vos  ydoles  se  boutent , 
Que  lez  folz  concivent  et  doubtent ; 
Mais  lez  bons ,  lez  sages  n'ont  curc 
D'onneur  porter  ä  tel  ordurc. 
Denis  ay  non ,  de  Gréce  né, 
Fol  quant  au  monde,  en  Dieu  sene, 
Vicx  d'aage  et  jeune  par  vertu. 

FESCENNIN. 

Denis  ^  quel  Dieu  aourcfe-tu? 

S.    DENIS. 

Pére  et  Filz  et  Saint-Espérif^ 
Qui  homme  ama  tant  et  chérit 
Qu^il  le  créa  a  son  ymage 
Bel  et  bon ,  sain  et  fort  et  sage ; 


(4)  Aujour(i'hui  abtette,  sortedepelitpoissoti. 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  1  19 


Qui  jamez  n^eust  eu  pes^ilence 
SMl  eust  tenu  obédience; 
Mais  fl  enfraint)  sy  fist  péchié 
Par  quoy  il  fust  lors  obligé 
Å  mört  et  å  dampnacion 
Jusques  ä  l'incarnacion 
De  nostre  Sauveur  Jhésucrist, 
Qui  hors  de  ce  péril  le  mist 
Parce  que  mört  soufTrit  en  crois. 

TOUS  TROIS  ENSEMBLE,  S.  DENIS  ,  S.   RUSTIQUE, 

S.   ÉLEUTHÉRE. 

Prévost,  nous  aourons  tous  trois 
.1.  seul  Dieu  en  triple  personne. 

FESCENNIN. 

Je  ne  vueil  poinl  qu'on  me  jargonnc 

De  telz  fatras;  ilz  sont  quassez  : 

J'en  ay  oy  ä  Romme  assez. 

Tu ,  fol  viellart ,  fauls  garnement 

Qui  envenimes  et  enlaces 

Les  simples  gens  par  tes  ialaces, 

Dy-moy,  et  garde  que  diras, 

S'a  l'emperiére  obéiras? 

Respon  de  plain  et  orendroit. 

LAiiCiE ,  forne  Lisbie. 
Ha!  monseigneur,  vostre  aideen  droit! 
Ce  larron  a  sv  desvoié 
Mon  baron  ^  quHl  a  renoié 
Nostre  Di«i  souverain ,  Mercure. 
De  la  loy  ne  de  moy  n'a  cure , 
Sire,  car  y  vueilliez  veillier. 


I  20  LE  MARTYRE  DR  S.   DENIS 

FESCENNIN. 

Je  ii'ay  talent  de  sommeiilier. 
Or  tost  alez  son  mary  querre. 

LES    SERGENS. 

Sire,  nous  y  alons  bonne  erre. 
Cy  voisent  å  Lisbie. 

HUMEBROUET. 

Je  mez  la  main  a  vous,  Lisbie. 

LISBIE. 

Jhésus  qui  fu  né  de  Marie, 
Amis ,  vous  vueiUe  converlir ! 

MENJUMATIN. 

Nous  voulez-vous  ja  pervertir, 
Fauls  usuriez?  Vous  y  mourrcz. 

LISBIE. 

Seigneurs,  alons  oii  vous  vourrez. 
Cy  le  meinent  au  Prévost. 

LE    PRÉVOST. 

Or  91,  Lisbie,  en  male  estraine 
Avez-vous  renoié  nos  Dieux  ? 

LISBIE. 

Menez-les,  sire,  k  Tombeleine: 
Ilz  ne  voient  goute  des  yeulz. 

FESCEXNIN. 

Il  dit  blafardes  et  injures 
De  nos  Dieues  et  Mercures. 
Coupez-ly  en  present  la  teste. 

HUMEBROUET. 

Ne  plus  ne  mains  qu'k  unc  beslc 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  131 


Ly  feray  voler  la  cervele. 

Enly  copantle  col. 
Tien,  apostat,  ceste  merele! 

FESCENNIN. 

Avant ,  prenez-inoy  ce  glouton ; 
Ne  Pespargniez  plus  qu'un  mouton. 
Rompez  le  cuir  et  la  ventraille  : 
De  toutes  pars  le  sanc  ly  saille! 
Faites-les  tous  trois  despouUier. 

MENJUMATIN. 

Vous  les  voirrez  bientost  soullier 
De  sanc;  sus,  despoulliez  vos  robes. 

MASQUEBIGNET. 

II  nous  ont  servy  d'ambelobes: 
Cest  raison  qu-ilz  soient  paiez. 

S.     DENIS. 

Biaus  seigneurs,  ne  vous  esmaicz; 
Volentiers  nous  despoulleron. 
HAPELOPIN,  ausautres. 
El  vous,  quoy? 

S.    RUSTIQUE    ET    S.    ÉLEUTHÉRE. 

Et  nous  sy  feKon. 
s. .  DEN  IS  die  en  soy  despoUant. 
Doulz  Jhésus  qui  vous  despoullastcs 
Pour  nous ,  et  nu  vous  exposastes 
A  estre  batu  durement, 
Soiez  ä  cest  commancement 
Et  nous  donnez  ferme  Constance! 

FESCENNIN. 

Humebrouet,  meine  ä  la  dance 


12:2  LE  MARTYREDE  S.  DEIHIS 

Le  maistre"des  tirelopins. 

HUMEBROUET. 

Je  ly  donneray  .11.  lopins 
Qui  ly  feront  le  cul  baler. 

Cy  le  bate  en  disant : 

Denis ,  poun^as-tu  avaler 

Ges  .11.  morceles  sans  moustarde? 

FESCENNIN. 

Menjumatin  que  mau  feu  t'arde, 
Que  &it  lä  ta  corde  ä  fouer  ? ' 

MENJUMATIN. 

Sire ,  el  veult  filer  au  trouet 
Sus  les  costez  ä  cest  apostre. 

En  le  férant. 

Tien ,  Denis ,  dy  ta  patrenostre ! 

FESCENNIN. 

Que  faites-vous?  férez  å  tasche. 

HUMEBROUET,  MENJUMATIN,  enlebatantde  courroies 

sanglantes. 
Or  tien  doncques,  bons  hons;  masche. 

•  FESCENNIN. 

FrapeK  fort;  je  ne  Tos  point  plaindre. 

HUMEBROUET,    MENJUMATIN. 

(1  soit  pendu  qui  se  scet  faindre. 

S.    DENIS. 

Doulz  Jhésucrist,  je  vous  rens  graces. 
De  cen  qui  vous  plaist  que  les  traces 
De  vostre  sainte  passion 
Ont  en  mon  corps  impression. 


ET  DE  SES  GOMPAGNONS.  133 

Cy  die  au  peupk : 
Bonnes  gens ,  ne  vous  tristoiez 
Se  tourroenter  vous  me  voioz; 
Car  par  la  paine  teroporele 
Vient  la  joye  perpéluele. 
Prenez  bon  cuer  et  hardiece, 
Souflrez  tous  maulz  å  grant  léece. 

FESGENMN. 

Hapelopin,  Masquebignet, 
Que  Faites-Yous  en  ce  quignet? 
Batez-moy  ces  deux  pautonniers 
Qui  sont  de  ces  maulx  parsonniers. 
Faictes-les-nous  .i.  pou  triper. 

M ASQtJEBIGNEt ,   HAPELOPIN. 

Bientost  les  verrez  défriper. 
Lors  lez  batent  en  dlsant : 

MASQUEBIGNET. 

Que  dites- vous  de  nos  oourgiez? 
Sont-il  de  bonne  main  forgiez? 

FESCENNI». 

Batez  bien^ces  .11.  grans  tiépars. 

HAPELOPIN. 

Le  sanc  en  sault  de  toutes  pars. 
Regardez  s^ilz  sont  tains  en  rouge. 

FESGEMNIN. 

Il  nV  a  celuy  qui  se  bouge: 
Je  voy  bien  que  vos  horions 
Ne  prisent-ilz  .111.  porions. 
Or  suz,  liez-moy  ces  pälsans, 
De  cheines  de  fer  bien  pesans 


1  ^4  I^E  MARTYRE  DE  S.   DEMS 

Et  les  jetez  h  terre  dure 
En  chartre  puant  et  oscure. 
En  dementiéres  pensserons 
De  quel  mört  mourir  lez  ferons. 
Délivrez-vous. 

LES    SERGENS. 

Sire,  c'est  fait. 

Hl^MEBROUET. 

(^ä,  Denis,  vous  soiez  defTait 

Et  naoy ,  se  je  bien  ne  vous  fcrrc. 

Lors  le  ferre. 

MENJUMATIN. 

Mez  moy  vse  sy  bien  ne  le  serrc 
Qu'il  ne  se  pourra  desserrer. 

MASQUEBIGNET. 

Je  vueil  dan  Rustique  ferrer. 

A  son  conpaignon. 
Pensse,  toy ,  de  frére  Eleuthérc. 

HAPELOPIN. 

Sy  vueil-je  fäire,  mon  compérc. 
Bientost  l'orras  braire  et  crier. 

Gy  les  serrent. 

S.    DENIS. 

Seigneurs,  le  corps  povez  lier 
Puisqu'å  Dieu  plaist,  nncz  Tame  non 
Les  liens  quc  nous  soustenon 
Ou  corps  en  liée  pacience 
Rcmctent  Testat  d'innosence, 
En  rame,  et  de  mal  la  dcslienl, 


ET  D£  SES  COllPAGiNOXS.  12^ 

Etä  Dieu  par  amor  la  licnt. 
Pour  ce  'somoies  joieus  et  liez 
Quant  vous  nous  liez  mains  ou  piez; 
Car  par  vos  durs  liens  de  fer 
Des  fors  et  durs  liens  d^enfer 
Est  nostre  espérit  deslié. 
Par  celuy  qui  pour  nous  lié 
Fut  de  durs  liens  å  Testache. 

HUMEBROUET. 

Passé  avant ,  passé,  vielle  vasche. 

En  monstrant  la  cbartré. 
Va  rimachier  en  celle  escole; 

MENJUMATIN. 

Jauifier ,  cuvre  tost  ta  jaole : 
Sy  y  met  ses  .111.  baderaus. 

LE    JA13LIER. 

.III.  badereaux,  mez  maquereaus; 
Que  sont  leur  robes  devenues? 

MASQUEBIGNET. 

Uz  les  ont  Fait  voler  aus  nues. 
Que  dyables  en  as-tu  ä  faire  ? 

LE    JAULIER. 

A  fpire!  s'il  eussent  que  daire, 
Je  leur  féisse  le  bien  veignant. 

HAPELOPIN. 

Va  se  tu  veulz  tes  dens  greignant , 
Car  d^eulz  n'aras-tu  autre  chose. 

S.    DENIS. 

Doulz  Jhésucrist,  en  qui  repose 


26  LE  MARTYRE  DE  S.   DENIS 

Vraye  ondeur  et  vi'aye  lumiére, 
Pour  vous  entron  en  bonne  chiére , 
En  chartre  plaine  d'obscurté , 
De  punésie  et  de  durté ; 
En  tel  durté ,  en  tel  rigueur 
Nous  donnez  et  force  et  vigueur , 
Et  soiez  par  grace  avec  nous. 

DE  JAULIER. 

N'aray-je  autre  chosc  de  vous? 
Atez ,  de  par  le  dyable ,  alez ! 

Eo  l€8  metant  en  la  prison. 

Or  balez  lä  dedens ,  balez. 

FESGEMMN. 

Jaullier,  que  font  te3  prisonniers? 

LE   JAULLIER. 

Sire,  ce  sont  larrons  monniers 
Qui  n'ont  riensdu  monde  vestu. 

FESGEMNIJV. 

Respons-moy,  quefont-ilz?  ces-tu? 

LE    JAIJLLU&R. 

Se  je  s^ay  le  dyable  le  sache. 

FESGENNIK. 

Va-t-en  h  eulz  et  hors  les  saehe. 
Sergens ,  sus!  ilz  sont  trop  en  mue. 
lUecques ,  enmy  celle  rue , 
En  ces  tourmens  lez  estendez. 

En  monstrant  les  tourmens. 

De  pié  en  chief  lez  m'étendez 
Comme  en  fait  dräp  ä  la  poulie ; 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  1  27 

Puis  leur  donnez,  noii  pas  boulie, 
Mez  de  bons  bastons  de  nefllier  : 
Ronpez  tout  jusques  aus  os  froissier, 
Sans  estre  bougiez  ne  ostez 
Ju8qu'ä  tant  que  par  lez  costez 
Léz  boians  hors  du  corps  leur  saillent. 

HUMEBUOUET. 

Sire,  se  les  brås  ne  nous  (aillent 
II  n'y  remaindra  cuir  entier. 

MENJUMATIN. 

Je  Yueil  estre  leur  charpentier. 
Avant,  jaullier,  mez-lez-nous  hors. 

LE    JAULLIER. 

De  male-mort  soient-ilz  mors ! 
Mors  deussent-ilz  estre  pie^å. 
Or  9a  5  de  par  le  dyable ,  9^ , 
Yssiez  hors,  le  prévost  le  veult. 

s.   DENis ,  en  yssant  hors. 
Mez  Diex  qui  les  siens  gärder  seult 
Et  ä  son  plaisir  d^eulz  ordeine. 

MASQUEBIGNET. 

Passé  ,  passé ,  souffle  en  miteinc  , 
Vien  chevauchier  ceste  buchete 

En  monstrant  le  chevau  fust. 

HAPELOPIN. 

Nous  les  metrons  ä  la  selete, 
Car  ilz  ne  tiennent  pas  leur.ordre. 

S.    DBNIS. 

Sans  regiber  ne  sans  rcmordre 


128  LE  MARTYRE  DE  S.   DF.NIS 

' — — X 

SoufFerrons  quenque  vous  vourrez. 

LES    SERGENS. 

■ 

Couchiez-vous  donc,  car  vous  mourrez. 

Cy  les  defferrent  et  lez  metent  suz  .iii.  chevaus  de  ftist  ou  suz  .iii. 
fourmes  qui  aientlez  piez  devant  lez  plus  hans ,  etsoient  leurs 
mains  liées  aus  piez  dez  fourmes,  lez  piez  tu^ezaYalv  oouchiezet 
estenduz  dessas  et  adens. 

FESCENNIN. 

Or  avant,  ilz  sont  bien  tendus; 
Je  pry  Mahon  qu'il  soit  pendus, 
Qui  de  bien  férir  se  faindra. 

HUMEBROUET. 

Le  prévost  de  nous  se  plaindra  , 
Denis ,  se  vous  n'avez  du  nostre.  ' 
Tenez ,  Denis,  cecy  est  vostre. 
Esgar,  comc  il  bale  du  cul. 
En  batant  d^un  baston. 

MEMJUMATIN. 

Denys  sy  jeue  ä  bonde  cul : 
Pour  ce  vueil-je  qu'il  ait  du  mien. 
Tent  t'escuele,  cest  os  est  tien. 

En  férant. 

Port-en  la  moitié  a  ta  fame. 

MASQUEBIGNET. 

Rustique  recorde  sa  gamme  : 
II  veult  estre  abbé  détornu. 
Sy  ly  vueil  ce  baston  cornu 
Prés  de  ly»metre  en  lieu  de  croce; 
Or  tien ,  frére,  tien ,  va,  sy  croce. 

En  frapant. 


BT  DB  SBS  COMPAGNONS. 


tag 


Renouarde,  il  est  en  pasmoisons. 

HAPELaPIN. 

Frére  Eleutbére  a  trenchoisons 
Et  j'ay  oignement  de  Bretaigne 
Qui  garist  de  roigoe  et  de  taigne. 
Tien,  tu  seras  gary  en  Teure. 

En  férant. 

S.    DENIS. 

Je  vous  regracie  et  honneure, 
Doulz  Jhésucrist,  de  ce  lourment : 
Batre  fault-il  le  bon  fourment 
Afin  que  hors  de  Tespy  saille, 
Pour  le  metre  en  guernier  sans  paiUe. 
Aussy  £aiult  au  corps  painne  dure 
Pour  &ire  aaillir  Fåme  pure 
En  la  joye  de  Paradis. 

UUMEBROUET. 

Denis  crie  le  vin  a  .x. ; 

Beauls  seigneurs,  alons-en  taster  ; 

FESCEMNIIM. 

Vous  ne  faictes  lå  que  baster. 
Frapez  fort ,  ilz  ne  font  que  rire. 

LBS   SERGENS. 

II  soit  pendu  qui  se  faint,  sire. 

FESCENNIN. 

Ce  n'est  nient,  ostez  d'ilecques. 
Prenez  .i.  lit  de  feu  avecques 
Gharbons  ardans  et  enflambez ; 
Sy  rosticiez  sez  engambez 
1. 


i3lO  le  M artyre  DB  S.  DENIS 

Corome  les  costcz  d'un  toriau. 

IIUMEBROUET. 

Foy  que  je  doy  torche  moireau , 
Vous  le  verrez  tantost  fumer. 

MENJUMATK^. 

Par  Mahon^  je  vaeil  alumer 

Bon  Feu  de  charbon  ,  der,  ardant. 

MASQUEBIGNET. 

Etces  .11.  1'iront  regardant. 
Avant  metons-lez  hors  de  cy. 

Cy  les  ostent. 

HAPELOPIN. 

Levez  sus,  vous  avez  vecy. 

HUlfEBROUET ,  en  monstrant  le  greit . 
^y  Denis,  monte  suz  ce  lit. 

S.    DENIS. 

Doulz  Diex ,  en  qui  est  tout  dclit , 
Tout  bien ,  tout  sen,  toute  valeur, 
Qui  in'as  (ait  vaincre  la  chaleur 
De  Tardant  feu  de  convoitise , 
L'ardeur  de  ce  feu  amenuise 
Par  ta  douice  bénigne  grace 
Sy  que  nul  mal  il  ne  me  face. 

Lore  86  couche  soz  .i.  estal  Cait  comme  .1.  greil. 

FESCENNIN. 

Faites  boa  feu  sous  ce  vielbrt. 

LE5  sfiEGBNS ,  en  Mmfflant 
Sy  bon  feu  que  sa  piau  viele  art. 


BT  DE  ^S  COMPAGNONS.  1 3 1 

FESGBNNIN. 

Il  me  semble  qu^il  D'en  tient  conte. 

.11.    SERGENS. 

Par  Mahon ,  il  scet  trop  de  honte. 
Son  corps  art  et  sy  ne  muert  mie. 

LEZ  .II.  AUTEES  SEmCBNS. 

Gar  il  e»t  tout  plain  de  dyäblie. 

PESCENNIN. 

Mez  droit  dyable ,  ou  .i.  de  sex  pages. 
Or,  avant  au  bestes  sauvages 
Qui  ne  mengérent  de  sepmaine 
Le  me  jetez  en  lieu  d^aveine ; 
De  lå  ne  pourra-il  eschaper. 

HUM^BROUET. 

Sy  le  puent  aus  dens  haper  : 
Il  ne  lira  jamais  li^on. 

MENJUMATIN. 

Suz  9  Denis  ^  suz !  ton  péli^on 
Sera  assez  tost  deschiré. 

MASQUBRIGNET,  en  féniil. 

Passé  avant,  passé ,  mal  miré. 
Qa ,  bestes »  tenez,  le  préYost 
Sy  vous  envoie  de  son  rost. 

Sire  Diei:  ^  en  qui  nous  croions, 
Qui  en  la  fosse  dez  lions 
Sauvas  Daniel  le  prophéte , 
Cez  besles-cy,  comme  une  beste, 
Me  veuUent  tout  vif  devoiirer. 


v 


l3a  LG  MARTYRE  DB  S.  r>EMS 

Pour  vostre  loy ,  sire ,  honnourer 
Ceste  fois  encore  m^aidiez. 

FESGENNIN. 

Que  faites-YOus  lä?  vous  plaicliez? 

HAPELOPIN. 

Ccst  ce  fol  qui  chante  et  déchantc , 
Qui  cez  bestes  sy  fort  enchante 
QuHI  n^ont  cure  de  sa  charoigne. 

FESCBNNIN. 

Vecy  bien  sanglante  besoigne  : 
Comment  a-il  sy  fort  enchantées 
Ges  bestes  toutes  afiamées? 
Mahon  ly  doint  male  meschance ! 
II  euvre  d'ar8  de  nigromance; 
Mais,  par  mon  chief,  rien  n'y  vauront, 
Ou  sens  et  povoir  me  fauront : 
Jetez-le  en  .i.  four  bien  chault; 
Et  s'il  sue  y  ne  vous  en  chault, 
Gardez  suz  Pueil  qui  ne  refroide. 

HUBIEBROUET. 

S'il  avoit  toute  l'yaue  iroide 
Qui  passé  au  pont  de  Charenton , 
Sy  n'a-il  gorgeron  ne  men  ton 
Qui  jamais  boive  yaue  ne  vin. 

BfBNJUMATIN. 

Passé  avant,  passé,  dan  devin; 
Va  enchanter  celle  fournaise. 

S.    DBNIS. 

Doulz  Diex,  qui  en  joye  et  en  aise, 
Les  enfans  qu^en  nomme  Ananie 


ET  0£  SES  COMPAGNOiNS.  l33 

£t  Misaél  et  A^rie , 
Gardbstes  en  fresche  couleur, 
En  la  fournaisé,  et  sans  douleur, 
Vueilliez  que  point  Tardeur  ne  sente 
De  ce  tbur  chault  qui  représente 
L*orreur  d'enfer  aucunement^  ''. 

Ou  ly  mauvaiz  homblenfient 
Sot) t  enclos  en  ardant  pueur , 
En  puante  ardeur  sans  lueur. 
Sire  Diex ,  soiez  de  moy  garde ! 

Lors  entré  on  four  en  soy  seignant. 

MASQVEBIGNET. 

Denis,  garde  que  ton  cul  n'arde. 

Pnis  die  en  estoupant  le  four. 
Es-tu  lä,  Denis  ?  or  t'y  tion. 

HAPELOPIN. 

Lesse-Ie,  lesse,  il  est  trop  bion. 

FESCENNIN. 

Que  fait  Denis? 

HUMEBROUET. 

Sire,  ilestuve. 
Faites  aportcr  une  cuve , 
Sy  le  Ferons  un  pou  baignier. 

FESCENNIN. 

Nous  le  ferons  avant  saignier. 
Regardez  qu'il  fait  lå  dedens. 

MENJUMATIN. 

Chier  sire,  on  mc  traie  les  dens 
S'il  n'est  en  ce  four  embely. 


l34  l^B  M ARTYRE  DE  S.  DENIS 

FESGENNIN. 

Ha,  Jupiter I  qu'est-<:e  de  ly  ? 
Que  puet-ce  estre?  ho!  je  m'avise  : 
Il  conyient  qu'il  muire  en  la  guise 
Que  son  Dieu  mourut ,  ce  sachiez. 
Pour  ce  hors  d^ilec  le  sachiez 
Et  en  crois  le  cruceBez , 
Et  fort  et  ferme  le  liez , 
Autrement  n'en  vanrons  ä  chtef. 

LE8   SERGENS. 

Il  le  sera  de  pié  en  chief. 

MASQUEBIGNET. 

Is  hors,  is  hors,  sanglant  vilain! 
Ton  cuir  sera  mis  en  pelain 
Pour  mielx  jouer  de  Pentreipeite. 

S.    DBNIS. 

La  volenté  de  Dieu  soit  faite. 

'      FBSCENMN. 

Crucelicz-moy  ce  liépart. 

HAPELOPIN. 

Or  y  ait  le  grand  dyable  part 
Ne  moulra  meshuit  dan  Denis. 

HtlKEBROUET. 

Par  Jupiter,  c'est  .1.  fénis; 
Quant  il  est  tué  il  revit. 

BIENJUMATIN. 

Or  ly  coupons  doncques  le  v** : 
Sy  ne  pourra  jamais  revivre. 

MASQUEBIGNET. 

Je  vous  prie  qu'en  s'cn  délivre , 


ET  Dfi  SES  COMPAGNOXS.  I  35 


J'ay  tel  taiu  aus  dens  que  j^cnrage. 

HAPBLOPm. 

Or  9^,  pendons  cel  onrs  sauvage ; 
De  trez  mal  en  soit-il  renté ! 

LES   AUTBES. 

ArMUy  et  toul  son  paren té ! 
Cy  le  cruoeOenty  et  quant  il  le  aera  ty  die  Humebrouet  : 

Que  voii«  semble  de  cet  apostre  ? 

MRHJUIIATIM. 

Il  reoorde  sa  patrenostre 
Pour  célébrer  la  messe  au  oous. 
MASQUEBIGNST,  en  féraat 
G'y  offerré  plain  poiog  de  cou? ; 
Sy  seray  de  la  confrarie. 

S.    DB1I18. 

Doulz  Jhésucrist  qui  en  Marie 
Preinstes  corps  humain  sans  péchié ; 
Qui  ä  la  crois  (ut  atachié, 
Par  quoy  d'enrer  nous  rachetastes 
Et  gr&ce  et  gloire  nous  donnastes, 
Donc  la  crois  dévons  chier  tenir, 
Pour  la  crois  tous  maulz  soustenir ; 
Gar,  qui  pour  la  crois  sucfire  peine     > 
£s  cielx  ara  léece  plaine. 
En  crois  suis  mis^  et  pour  la  crois, 
Sy  vous  pry  qu'encor  ceste  foys 
Ne  me  vueilliez,  sire,  faillir. 

HAPELOPIN. 

Fuiez,  ftiiez ,  il  veult  saillir^ 


-   »' 


l36  LE  M  ART  YRE  DE  S.  DENIS 

FESGENMIN. 

Cel  entrejeteur  nous  fait  pestre. 
Par  mez  Diex!  il  est  meiiiieur  maistre 
Que  ne  fut  son  crucefetart : 
Dyables  ly  ont  aprins  cest  art. 
Avant,  ostez4e  de  la  crois 
Et  le  me  remetez  tous  trois 
En  chartre  obcure,  léde  et  orde. 
HUMEBROUET,  en  le  despendant. 
Or  9J1,  vieillart  de  male  corde, 
Puissiez-vous  huy  estre  estranglé ! 
Esgar  comme  il  est  enjanglé  : 
Tous  jours  parle  de  son  croysy. 

MENJUMATIN. 

Car  il  seroit  tantost  moysy 
S'il  ne  Tesvantoit  bien  souvent. 

MASQUEBIGNET. 

Qä,  Denis,  vien  k  ton  couvent 
Qui  t^atent  pour  avoir  pitence. 

HAPBLOPIN. 

Frapent  soy  dez  poing  en  la  pance  : 
Leur  abbé  a  tout  despendu. 

S.   DBNis ,  en  descendant. 
Doulz  Jbésus  qui  fus  despendu 
De  la  crois  et  mis  ou  sépulcre , 
Sire ,  qui  es  plus  doulz  que  sucre, 
Ton  saint  nom  soit  glorefié.  • 

LBS   SEBGENS. 

Oiez,  il  nous  a  deffié  ; 

Prévost,  donncz-nous  sauve-garde, 


ET  DE  SBS  COMPAGNONS.  l3'J 

FESCENniN. 

Metez  Ten  sauf  qu'il  ne  vous  arde. 
Quant  fl  MM  deftpendu  sy  le  raeiiieiit  en  priMm. 

HTIMEBROUET. 

Passez  avant  en  pute  estraine  ; 
Alez  dancier  k  la  poleine 
En  celle  orde  prison  puante. 

S.    DENfS. 

Diex  est  iumiére  eniuminante 
Qui  thénébres  mue  en  iueur, 
En  douice  ondeur ,  orde  pueur , 
Pieurs  en  ris ,  labeur  en  repos. 

MENJUMATIN. 

Tien  cy,  jauliier,  met  en  dépos 
Dan  Denis  et  ses  compaignons. 

LE   JA13LLIER. 

En  vous  pende  par  iez  chaignons  ; 
Les  ramenez-vous  en  prison  ? 

MASQUEBIGNET. 

Ilz  seront  léens  en  garnison; 

Fay  bonne  chiére  et  ne  t'en  cbaille. 

LE    JAULLIER. 

J'eusse  pluschier  plain  sac  de  paille, 
Foy  que  doy  Cerberon  mon  Dieu. 

HAPBLOPIN. 

Escoule,  mez-Iez  en.tél  lieu 
QuMlz  te  paient  ou  tite  ou  mite  (i). 

LE   JAULLIER. 

Ain^ois  les  metray  en  soubite. 

— — — — — ^— ^—  •  ■  —     ■■        t    ■  "  •  •* — '   ' 

(i)  Moimaies  de  Flandre. 


1 38  LE  MARTYRE  DB  8.    DBNIS 


£n  lez  meCant  6a  prison. 

Par  mon  chief ,  or  9a  entrez  cy. 
Dyables  y  ail  part;  il  ODt  jk  vecy. 
Leur  venuc  me  doit  bien  plaire. 

UAPELOPIN. 

Pren  ä  bon  gré ,  c'est  ton  salaire. 

9r 

En  la  chartre  soieat  fertement  pouc  preatre,  ponr  dyaere  et 
soodiacre,  aatd  et  calice  et  du  pain;  et  Lärde  soit  bien  préa. 

s.  DBNIS,  en  la  chartre. 
Vous  savez  bien ,  mez  trez  chiers  fréres , 
Comment  és  maulz  et  és  miséres 
Qu'ayon8  sonfTertes  ponr  vérité 
Dieu  par  sa  grant  bénignité 
Nous  a  gardez  et  soupportez , 
Et  soustenuz  et  confortez. 
Or  est  teonps  que  ce  monde  lesse; 
Sy  vueil  célébrer  une  messe 
Pour  Dieu  de  ses  biens  mercier , 
Pour  vous  et  moy  comoiunicr ; 
Moultpius  saintement  en  serons. 

EUSTIQUB  ET  BLEUTHBRE. 

Commenciez ,  nous  vous  aiderons. 

Gy  86  rerestent. 

JHÉSUS. 

Alons  véoir  nostre  amy  De«is 
Qui  assez  tost  sera  fenis. 
II  est  mon  cbtvalicr  loyal ; 
Sy  ly  vueil  &ire  honneur  royal . 
De  ma  main  racommicheray ; 


BT  DE  SES  COMI'AG1!fONS.  f  39 


Comme  apostre  fessauceray : 
De  ce  monde  Testuet  partir 
Noble  cfocteur  et  vray  martir , 
Pour  ce  honneur  et  roial  couroune 
En  ciel  et  en  terre  ly  donne 
Et  félicité  pardurable. 

S.    MIGHtBL. 

Diex  tout  puissans  et  véritable. 
Il  est  digne  de  tout  honneur , 
Car  vassaament,  sanz  déshonneur 
Vous  a  honnouré  et  ser  vy. 

*  S.    GABRIEL. 

Sire  Diex ,  ii  a  deservy 
Repos,  soulas,  gloire  et  léesce; 
Car  mouls  douleurs,  hon  te  et  tristece 
A  pour  Yostre  amöur  soustenues.       ^ 

S.    RAPRAEL. 

Volentiers  descendrons  des  nues , 
Doulz  Diex ,  et  le  visiteron , 
Et  solennement  chanteron. 

Lon  foiae  Jhésos  et  ses  anges  en  chantant :  Sanlomm  menUs,^.^ 
et  qnant  ilz  seront  venm,  praigne  Jhésos  Toiste  sosraatel  et  dic : 

JHÉsus,  en  iy  baillant  Toiste. 
Denis,  paix  soit  avecques  toy ! 
Re9oif  le  propre  corps  de  moy 
Dont  tu  as  fait  le  sacrement. 
Persévérc  constantement , 
Bientost  verras  la  Trinité 
Faoe  k  fäce  en  félicité , 
Et  tout  quant  que  tu  requerras 


l40  LE  MARTTRE  DE  S.   DENIS 


.^ 


Legiércment  enpetreras. 

Lores^enretournent  sans  plus  dire. 

s.   DENIS,  ågenous. 
Doulz  Jhésucrist ,  vray  Dieu  bénigne , 
Monstré  in^as  de  grant  amour  signe 
En  ccste  visitacion. 
La  noble  récréacion 
Que  m'åme  a ,  ne  saroie-je  dire : 
Loenge,  honneur  et  gloire,  sire, 
Soit  ä  ton  nom  signe  fine. 

S.    RUSTIQUE    ET    S.    ELEUTHÉRE. 

Amen!  Diex  y  bien  siemmes  disne, 
Quant  vous  a  pleu  qu'ä  veue  ciére 
Åvons  veu  sy  noble  mistére, 
Vostre  puissance  soit  benoiste. 

LARCIE. 

Ha  lasse!  or  suis-je  bien  maloiste. 

Et  enragie  et  forsenée , 

Et  de  male  heure  fu-je  née , 

Se  celuy  n'a  de  moy  mercy 

Oui  s'a  Youlu  démonstrer  ev 

A  moy  sy  merveillieusement, 

Qui  i'ay  lonc  temps  sy  faussement 

Eu  en  contempt  et  en  despit; 

Perdue  fusse  sans  respit 

S'il  ne  fust  doulz  et  pacient; 

Mais.je  voy  bien  ä  escient, 

Qu'il  ne  veult  pas  que  tantost  muire 

Le  péchieur,  ain^ois  il  désire 


ET  DB  SES  COMP4GNONS.  l4l 


De  tous  poins  sa  convercion 
Pour  ly  donner  salvacion . 
Or  Yueille  Dieu  que  je  m^amende 
Et  que  jamais  plus  ne  TofTende. 
En  ly  mes  toute  m'espéraiice , 
M'amour  ly  donne  et  ma  créance. 
Il  est  mon  Dieu  et  mon  seigneur : 
A  ly  soit  et  gloire  et  hohneur. 

FESGENnm. 

Amenez-moy  cez  garncmens : 
Il  est  temps  qu'ilz  perdent  la  vie. 

HUMEBROLET. 

Sire,  ilz  tiennent  leur  pai  jemens; 
Chascun  d'eulz  sy  advocacie. 

MENJUMATIN. 

Mais  ont  leve  une  establie 
Pour  refaire  leur  vestemens.   ^ 

MASQUEBIGNET. 

Foy  que  doy  bonne  conpaignie 

Ain^ois  euvrent  d'enchantemens. 

•  • 

HAPELOPIN. 

Avant,  yssiez  hors,  truendaitle, 
Le  commissaire  vous  demande. 
s.  DENis  ET  SES  GOMPAIGNOMS,  en  ystaat. 
Liez  et  joieus  irons  sans  faiUe; 
Ne  demandons  autre  viande. 

FESGENNIN. 

Or  9a,  ne  me  faictes  plus  livré  : 
Eslisiez  ou  mourir  ou  vivre. 
Aourez  nos  Diex ,  vivre  pourrcz , 


l43  LE  MARTYRB  DB  S.  DBNIS 

Se  non  mauvaisement  mourrez 
Pis  encore  que  vos  meschans 
Donc  les  charoigoes  sont  éz  chans, 
Que  vous  avez  sy  perverris 
Qu'il  n'ontpeu  estre  conrertis. 
Alez  lez  véoir  et  vous  mirez , 
Et  véiez  se  vous  eslirez 
Mourir  avec  eulz  mescbaument 
Ou  vivre  avec  nous  puissaument. 

S.    DENIS. 

Tirant,  tous  jours  vivre  eslisons; 

Car  ceulz  tous  jours  vivre  disons 

Qui  par  mört  ou  paine  passable 

Åcquiérent  vie  pennanable , 

Comme  ont  &it  cez  sains  preudez  bommes 

Que  tu ,  mescbant,  mescbans  sornommes ; 

Maiz  ceulz  disons  tous  jours  mourir 

Qui  tous  jours  sans  mört  encourir 

Paine  de  mört  endureront, 

Comment  ceulz  et  celles  feront 

Qui  aourent  sez  faulz  ydoics ; 

Pour  ce  entré  nous  déicoles 

Aourons  celuy  qui  tout  fist, 

Cest  nostre  Sauveur  Jbésucrist 

Qui  nous  donnera  sans  fin  vivre : 

En  ce  disant  ne  suis  pas  yvre. 

FBSCENNIN. 

Yvre  par  fby  doncques  es-tu , 
Tout  enragié  et  fol  testu. 


ET  DE  HES  COMPAGNON8.  1 43 

Eq  parlant  aus  conpaignons  S.  Denis. 
Et  vouSy  dictes  ce  qu'il  vous  semble. 

S.  DENIS  ET  SEZ  CONPAIGNONS. 

De  cuer,  de  bouche  cL  d'euvre  ensemble, 
Nous  troiz ,  la  sainte  Trinité 
Confessons  une  déité. 

FESCENNIN. 

Ceste  responsse  est  conclusive : 
Sentence  arez  diffinitive. 
Humebrouet,  Menjumatin, 
Masquebignet,  Hapelopin , 
Coupez-Ieur  lez  cols  ä  coDgnies 
Rebouchiez  et  maulz  fourbies 
Pour  avoir  plus  engoisse  et  poine; 
Mez  ä  la  coustume  romaine 
Les  me  batez  premiérement 
De  vergez  tous  nulz  durement, 
Et  nous  et  noz  Diex  en  vengiez. 

HUMEBROUET. 

Sire,  de  mau  soit  mengiez 
Qui  s'en  feindra.  Amen,  ameii ! 

LES   AUTRES. 

Amen ,  amen ,  amen ,  en  hen ! 

HUMEBROUET. 

Vilain ,  despoulle  ton  cbasubte 
Qui  ta  grant  renardie  atuble; 
Il  te  fault  un  pou  espoullicr. 

s.  DElfls,  en  soy  despcmllaiit. 
II  me  plaist  bien  h  despoullier ; 
Gar  quant  ia  char  est  pour  Dieu  nue 


1 44  ^^  M\RTYRE  DB  S.  DENIS 


-i_ 


Lors  est  Tame  de  Dieu  vestue; 
Lors  esl-elle  cointe  et  parée. 

MENJUMATIN. 

Rustique,  songez-tu  porée? 
Oste-moy  tost  ta  dalmatique. 

MASQUEBiGNET,  å  Éleuthére. 
Et  toy,  despoulle  ta  tunique, 
Nous  Yous  ja  [bien]  troterons. 

s.  RUSTIQUE  ET  ÉLEUTHÉRE,  en  soy  despoallant. 

Volentiers  nous  despoulierons  : 
Diex  est  pour  nous,  tourmentez  fort. 

HAPELOPIN. 

Denis  anieine  son  efTort ; 
Rengiez-vous,  il  se  veult  conbatre. 

HUMEBROUET. 

Åu  férir  verrons  et  au  batre 
Lequei  ara  mengié  le  lärt. 

Lors  die  ä  S.  Denis. 
Dy-moy,  tendis,  faulx  papelart, 
Est  ceste  prune  dure  ou  mole? 

MENJUMATIN ,  å  Rustique. 

Vécy  véez,  dan  chie  en  escole 
Qui  scet  trop  bien  gens  escorchier , 
Je  vueil  son  cul  breneus  torchier 

£n  férant. 
Åvec  se  poisson  de  fiondis. 

MLASQUEBIGNET,  åÉleuthére. 
Cetuy  n'a  ne  bons  iais  ne  bons  dis, 
Je  le  voy  trop  bien  ä  sa  coefe : 


BT  DE  SES  COMPAGVONS.  1 45 


Sa  teste  en  sera  trop  plus  cointe. 

HAPELOPIN. 

Denis,  revez  ta  couste  pointe, 

A  8ez  conpaignons. 

Et  ¥Ous  aussy  heraudies. 

II  est  temps  que  perdez  lez  vies. 

Vous  ferez  tantost  (in  d^oison. 

S.    DENIS. 

Lesse-moy  före  une  oraison , 
El  puis  fay  ce  que  tu  vourras. 

LES  SERGENS. 

Or  fay  du  pis  que  tu  pourras. 

Cy  se  rerestent. 

JHÉSUS. 

Mez  anges,  en  France  volez. 
Quant  Denis  sera  décolez 
Le  corps  conduisiez  h  Létrée ; 

(LéCrée  est  .i.  liea  å  S.  Denis,  eo  France.) 

Car  je  vueil  qu'en  celle  contrée 
Le  peuple  le  voise  honnourer. 

.11.    ANGES. 

Nous  alons ,  sans  plus  demourer. 

Lon  sans  dianter  voisent  et  atendent  que  S.  Denis  soit  déeolé. 
Quant  S.  Denis  sera  revestu ,  sy  die  ä  genous. 

Doulz  Jhésucrist  qui  m'as  fourmé, 
Qui  par  grace  m'as  refourmé 
Qui  estoie  tout  deformé , 
Qui  en  ti  loy  m'as  enformé, 

I.  lO 


l46  le  m\rtyre  de  s.  dems 

Qui  m'a8  tousjours  réconforté , 

Qui  m'as  en  tous  maulx  suporté , 

Qui  m'as,  par  ta  bénignité , 

Donné  don  de  grant  dignitc, 

Qui  m'as  ton  corps  amenistré, 

Et  en  ton  livré  enregistré; 

Sire ,  quant  de  ce  monde  ystre 

Re^ois  m'åme  par  ta  bonté , 

Qui  par  ta  grace  a  sourmonté 

Péchié,  par  bonne  volentc, 

Avec  inez  fréres  que  tanté 

A  Tanemy  et  tourmenté 

Par  sez  menistres  et  par  soy , 

Pour  toy ,  pour  ton  nom ,  pour  ta  loy , 

Et  garde  et  tien  en  ferme  foy 

Ceulz  que  tu  as  aquis  par  moy. 

Honneur  et  gloire  soit  a  toy! 

Per  secula  secutorum. 

HUMEBROUET ,  en  levant  la  cogni^e. 
Or  avant ,  maistre  Aliborum ; 
Tendez  le  col ,  bessiez  la  teste. 

MENJUMATIN. 

Tien-te  coy ;  vecy  songe-feste 

Que  je  vueil  avant  délivrer. 

Lon  ooiipe  ie  col  å  S.  Riutique. 

M ASQUEBIGNET ,  en  coupant  le  col  å  S.  Éleuthére. 
Et  je  vuell  celuy  enyvrer 
Qui  est  sy  jolis  et  sy  baus. 

HAPELOPIN,  énmonstrant S.  Denis. 
Et  vecy  le  roy  des  ribaus 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  1 47 

Å  quy  il  Fault  rouge  couronne. 

HUMEBROUET ,  en  ly  coupant  le  col. 
Tien  cy,  Denis;  je  la  te  donne. 

Lors  S.  Denis  prengne  sa  teste  entré  sez  manis,  et  lez  anges  le  mei- 
nent  un  pou  avant  en  chantant :  Gloria  tibi  Domine ,  pois  le  met- 
tentsous  .i.  coaverteur  et  s^en  revoisent. 

LARGIE ,  fame  Lisbie,  aos  sergens. 
Maiivais  tirans^  mauvais  paiens, 
Pour  quoy  tuez  les  crestiens 
Qui  ont  bonne  ioy  vraie  et  saine  ? 
Mais  la  vostre  est  mauvaise  et  vaine , 
FaussC)  desloyal  ^t  dampnable. 

HUMEBROUET. 

Est-ce  bien  euvre  de  dyable? 

Dame,  sanglante  makerele, 

Par  vostre  sanglante  querele 

Fut  vostre  mary  décolé. 

Or  vous  ont  dyabics  flajolc 

Et  tant  fait  la  tournebouele , 

Que  vous  preschicz  la  Ioy  nouvele 

D'un  crucefix ,  d'un  advolé  : 

Je  soye  occis  ou  afTolé 

Se  je  ne  t'espan  la  cervele ! 

Lors  ly  coupe  le  col  en  disant : 

Tien,  avale  ceste  pynele! 
Ainssy  feis-tu  &ire  a  Lisbie ; 

MEMJUMATIN. 

Regardez ,  quel  enchanterie  i 
Denis  s'en  fuit  parmy  ces  champs, 

9 

lO. 


l48  LE  MARTYRB  DE  S.  DENIS 

Et  ot-en  et  chans  et  descbans 
Avecques  ly  sans  åme  véoir. 

MASQUEBIGNET ,  comme  esbihi . 
Il  me  fauit  ou  fuir  oil  séoir ; 
Car  lez  chans  et  lez  braieries 
Que  j'ay  environ  ly  oies 
M'e8poventent  et  desconfortent. 

HAPELOPIN. 

Fuions-nous-en ,  dyables  Temportent 
Tout  droit  ä  la  foire  au  lendit. 

MASQUEBIGNET. 

Ålons-nous-en ,  c'est  trop  bien  dit. 
Lore  8'en  ftiient  å  Fescennin  et  dient : 
Sire>  vous  estes  börs  de  paine. 

FBSGENMIN. 

Ålez,  sy  les  jetez  en  Saine, 
Afin  que  sez  folz  crestiens, 
Ces  apostates ,  cez  rufiens 
Qui  nos  Diex  von  t  contrariant , 
Ne  lez  Yoisent  saintefiant : 
Gardez  que  plus  parler  n'en  oye. 

LES   SBRGENS. 

Ilz  buront ,  ja  quérez  qui  poie. 

lM%  Toiient  et  patsent  par  devant  Gatulle ,  une  boargoyse. 

CATULLE  j  howrgqyse. 
Seigneurs ,  ou  alez  sy  grant  erre? 

HUMEBROUET. 

Daone ,  nous  alons  cez  folz  querre 
Qui  sont  décolez  ä  Montmartre. 


ET  DE  SES  COMPAGNOKS.  1 49 


CATIJLLE. 

Or  venez ,  mengiez  de  une  tarte 
Que  je  yiens  trestout  droit  de  cuji^e. 

LES   SERGENS. 

Dame ,  Mahommet  le  vous  mire ! 

CATULLE. 

Or  (^ ,  séez-vous ,  vez  cy  bon  pain , 
Vin  de  Beaune  et  de  Saint-Poursaio, 
Et  sy  arez  la  tarte  entiére. 
Mengiez  et  faites  bonne  cbiére. 
Je  voiz  pensser  de  la  mesgnie. 

LEZ  SERGENS ,  en  8oy  asséant  å  la  tahle. 
Dame ,  alez;  Mahon  vous  conduie! 

Lors  YoUe  å  sez  varlez  et  ilz  se  assiéent  å  mengier. 

nUMEBROUET. 

(^å,  donne-moy  de  ce  mouton. 

MENJUMATIN. 

Mouton  ?  c'est  tarte ;  tien ,  glouton, 
Boute  en  ta  pance;  mal  feu  Tärde  ! 
UUMEBROUET,  enmeiigent. 

II  me  fausist  de  la  moustarde. 

MENJUMATIN. 

Moustarde  ä  tarte ;  tu  es  y vre  ? 
Tu  pensses  trop  bien  de  ton  vivrc , 
Je  vueil  pensser  aussy  du  mien. 

MASQUEBIGNET. 

Foy  que  je  doy  Hustin  mon  cbien , 
Vous  monstrez  bien  qu'el  n'est  pas  arso 
Bailliez-moy  ca  et  croste  et  farce  : 


•■  j 


l50  LE  MARTYRE  DE  S.  DENIS 

Je  Yueil  .1.  pou  fourrer  ma  pance. 

HAPELOPUI. 

Å  qu^l  pié  déa  va  oelle  dance  ? 
Seroy-je  mis  en  oubliete? 

HUMBBROUBT. 

Mahommet  en  mal  an  te  mete  ! 
Fauit-il  qu'en  te  quiere  nourice? 

HAPELOPIN. 

Mais  es-tu  bien  et  glout  et  nice 
Qui  menjus  tarte  sans  m'entendre? 

MENJUMATIN. 

Escoute  9  el  est  choiste  en  la  cendre  : 
N'en  pren  point  se  je  ne  t'en  prie. 

HAPELOPIN. 

Est-el  de  fourmage  de  Brie? 

En  prenant. 
Monstre^  j'aroy  tantost  vise. 

MASQDEBIGNET. 

Esgardez ,  il  c'est  ravisé. 

HAPELOPIN. 

Que  deable  est-ce  cy?  c'est  tout  sel. 
Je  suis  mört  au  premier  morsel 
Se  je  ne  bois,  c'est  ma  coustume. 
HUMEBROCET,  en  ly  baillant  plain  godet  de  Tin. 
Tu  buras  .i.  estront;  tien,  hume. 

HAPELOPIN. 

Je  humeray  le  mielx  du  monde. 
Vecy  vez  comment  a  Vau-profonde 
l^%  nonnains  boivent  en  couvent. 

Cy  hohc. 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  l5l 

HUMEBROLET. 

Je  croy  que  tu  y  vas  souvent; 
Tu  as  trop  bien  retenu  Tordrc. 

MENJUMATIN. 

Tu  sces  trop  bien  humer  el  morcire. 
Met  9a  se  godet,  sy  bcray. 

UAPELOPIN. 

Or  tien,  ten  t  et  je  verseray. 
Lors  mete  du  vin  au  godet. 

MENJUMATIM. 

Je  vucil  Iremper  inaconscicnco. 

Cy  boive. 

MASQUEBIGNET. 

Tu  es  maistre  en  celle  science. 
Je  croy  que  tu  viens  de  Rouen. 

MENJUM ATIN ,  en  ly  donnant  ä  boire. 
Vendenges  sunt  belles  ouen  : 
Tent  et  boy  d'autant  et  d'autel. 

MBSQUEBIGNET. 

Preste-moy  .1.  buletel 

Pour  le  couler  par  my  ma  gorge. 

MENJUMATIN. 

N'as-tu  pas  veu  comnnent  jc  lorgc? 
Fay  aussy,  tu  ne  pues  faillir. 

MASQUEBIGNET. 

En  Teurc  le  verras  saillir 

Par  mau  pertuis  en  1'orde  granche. 

Boive. 

MENJUMATIN. 

L'as-tu  boulc  dedcns  ta  manche  ? 


l53  LE    M ARTYRE  DE  S.  DENIS 

Que  dyables  est-il  devenu  ? 

Tu  n'as  mestier  de  sel  menu 

Pour  aguisier  ton  appétit; 

Je  vueil  boire  ou  grant  ou  petit. 

A-il  rieus,  dy?  Monstre-moy  celle  pinte. 

En  tendant  le  godet. 

MESQUEBIGNET. 

Tu  entreras  en  fiévre  quinte 
Se  tu  bois,  ou  seras  éthique. 

MENJUMATIN. 

Esgar,  me  lis-tu  de  phisique  ? 
Met  cy,  met,  tu  me  veulz  tromper. 

MASQUEBIGNET. 

Oncques  mais  je  ne  vy  ton  per ; 
Tien,  sy  boy  male  palesin. 

En  ly  venant. 

MBMJUMATIN. 

Je  buray  ce  jus  de  roysin; 
Tu  buras  se  tu  veulz  ton  offire. 

Boive. 

MASQUEBIGNET. 

Tire,  tire,  met  en  ton  coffre. 

IfENJUMATIN. 

Voy  cy  bon  vin  sans  mais  remors :   ' 
Or  sus  alons  noier  ces  mors ; 
Sy  les  mengeront  Icz  goujons. 

HUMEBR013ET. 

Trout,  au  gibet  ne  nous  boujoqs, 


BT  DE  SES  GOMPAGNONS.  1 53 

Les  loups  en  venron  t  bien  å  chief. 

MENJUMATIN. 

J'auray  la  goute  crampe  ou  chief 
Se  je  ne  dors  trcstout  mon  saoul. 

MASQUEBIGNET. 

Foy  que  je  doy  mon  gris  chat  Raoul , 
Et  je  Yueil  dormir  ä  mon  aise. 

HAPELOPIN. 

Attendre  fault  nostre  bourgoise 
Pour  la  mercier,  c'est  raison. 

HUMEBROUET. 

Cest  bien  dit;  or  nous  reposon. 
C  y  86  aooubtent  sar  la  table  comme  se  ilz  dormiflsent. 

CATDLLE ,  å  sez  varlez. 
Varlez,  je  vous  pri  chiérement 
Que  vous  alez  secrétement 
Enterrer  ces  .11.  bons  corps  sains 
En  ung  de  mes  champs  bien  loingtains , 
Et  gardez  que  Dave  ne  vous  voye. 

LE  PREMIER  VARLET. 

Dame,  se  Joves  me  doint  joye 
Nous  le  feron  trés-volentiers. 

GATULLE. 

Alez-moy  doncques  les  sentiers 
Et  iaissiez  iez  chemins  royauiz. 

LB   SEGOND    VARLET. 

Dame  ^  voz  sers  bons  et  loyaulz 
Sommes  tousjours ,  vous  le  savez. 
En  .1.  des  chåmps  que  dit  avez 


I  54  l^E  MARTYRE  DE  S.   DENIS 

Les  vous  logcroDs  en  ixiu  lieu. 

CATDLLE. 

Alez ;  k  Mercure  mon  Dieu , 
Se  Dieu  est,  se  non,  je  supplie 

Cy  voise  å  genous. 

Au  Dieu  qui  m'a  donné  la  vie 
Que  se  nos  Diex  ne  aont  pas  Diex , 
Et  seul  Dieu  est  le  Dieu  des  ciex , 
Pour  que  ces  .iii.  bonnes  personnes 
Ont  eu  tranchiées  leurs  couronnes , 
Par  sa  pitié ,  par  sa  puissance , 
D'erreur  et  de  fole  créance 
II  vueille  m'åme  délivrer, 
Et  embraser  et  enyvrer 
De  son  amour  et  de  sa  grace 

Gy  s*en  retoume  tantost  aus  sergeiis. 

LES    VARLES    CATULLE. 

Amen ,  Dame,  et  aussy  nous  face. 

Cy  portent  S.  Rustique  et  S.  Éleuthére  en  brouette  ou  civiére  apres 
S.  Denis.  Retoumée ,  die  CatuUe  aus  sergens. 

Comment  da ,  mes  bons  chanpions  ? 

HUMERROUET. 

Dame,  nous  vous  attendions 
Pour  vous  mercier  de  vos  biens. 

MENJUMATIN. 

Ne  nous  espargniez,  Dame,  en  riens; 
Pour  vous  sommesappareilliez. 

MASQUEBt^NET. 

Ja  ne  serons  sy  traveilliez 


BT  DE  SES  COMPAGNOiNS.  1  55 


-t- 


Qu^ä  vous  ne  solons  tost  et  tärt. 

HAPELOPIN. 

Dame,  le  Dieu  de  Mont  Fétart 
Vous  gart  les  reins  et  le  talon ! 
Yoysent  ou  ilz  voulront. 

CATULLE. 

Et  il  vous  meint  au  grant  galon. 

LE    PREMIER    VARLET. 

Fouons  cy,  sy  lez  enterron , 
Et  mettonssur  eulz  .i.  perron 
Afin  que  on  sache  \h  ou  ilz  son  t. 

LE    SECOND    VARLET. 

Tu  diz  bien ;  fouons  en  perfont. 
Cy  facent  semblant  de  fouir  et  les  cuevrent  d*uii  dräp. 

LE    PREMIER    VARLET. 

Compains,  alon-m^cn;  il  sont  bien. 

II  ne  sera  ne  lou  ne  chien, 

Qui  mal  leur  face  de  sepmainne. 

LE    SECOND    VARLET. 

Trop  duy  esbahy  de  la  painne, 
Des  maulz  ,  des  douleurs  et  des  pertes 
Qu'en  corps  et  en  biens  ont  souffértes 
A  cuer  joyeux  et  esveillé. 

LE    PREMIER. 

Encor  suy-je  plus  merveillé 
De  ce  bon  preudomme  Denys , 
Que  quant  il  fu  mört  et  fénis 
II  prist  entré  ses  mains  sa  teste 
Et  1'apporta  cy  ä  grant  feste 


1 56  LE  MARTYRE  DE  S.  DENIS 

Que  les  engeiz  du  ciel  Ihisuieiit, 
Qui  Ic  preudomme  conduisoient, 
Qui  ä  grant  lumiére  et  doulz  chans 
L'admenérent  ycy  aus  champs, 
Pourquoy  je  cuide  quMl  soit  saint. 

LE    SECOND   VARLET. 

De  bouche  et  de  cuer  vray|,  non  faint , 
Doit  e^tre  loez  celly  sire, 
Qui  apres  tourment  et  martire , 
Apres  angoisse  et  desconfort , 
Donne  repos,  joye  et  confort. 
A  luy  me  rens,  en  luy  je  croy, 
Vivre  et  mourir  vueil  en  sa  fov. 
II  est  temps  de  nous  retourner. 

LE    PREMIER   VARLET. 

Alon-m'en  sans  plus  séjourner. 
Cy  voisent  å  CatuUe. 

LE    SEGOND   VARLET. 

Vostre  vouloir ,  dame ,  avons  feit. 

CAT13LLE. 

Paixl  il  soufBst ;  c'est  ung  bon  tait : 
Loez  en  soit  Dieu  et  sa  mére! 

Gy  86  assient  ou  il  s^ewroysent. 

S.    SENGTIN. 

Vous  savez,  Anthonin ,  cher  frére, 
Que  Saint  Denis ,  nostre  cher  pére , 
Nous  encharja,  vivant,  qu'escripre 
La  maniére  de  son  martire 
Diligemment  nous  voulsissions, 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  I  5"] 

Et  au  pape  le  portissions. 
Diligemfaient  l'avons  descript : 
Portons  au  pape  nostre  escript 
Et  nous  mettons  tost  au  chcmin. 

ANTHONIN. 

Vous  dictes  bien,  frére  Senctin  . 

Alons-  en ,  de  par  nostre  sire, 

Qui  par  tout  nous  vueille  conduire. 

Gy  voisent  un  pou  avant. 

s.   SENCTIN ,  å  un  hostellier. 
Seigny,  Diou  vous  dont  bona  vite. 

l'ostellier. 
Bien  syas  vingut ,  fraire  hermite. 

S.    SENCTIN. 

Seigny,  vouras  nous  hébergier? 

l'ostellier. 
Fraire,  pour  famour  dan  denier, 
Par  uion  cap ,  vous  herbergueray , 
Et  sy  vous  admenistreray 
Tout  aquo  que  votz  commendar. 

S.    SENCTIN. 

Chambre  vous  voulons  demandar 
Pour  nostre  recréacion. 

l'ostellier. 
Cy  aurés  habitacion. 

En  monstrant  lit  et  table. 

Le  lit  et  prest,  la  table  et  mise  ; 

Pain  et  vin  aurcz  ä  devise , 

Char  et  poisson ,  ceufs  et  fourmage , 


1  58  LE  MARTYRE  DE  S.   DENIS 


Tripes,  flaounez  ^  fruis ,  gras  potaige ; 
N'ayez  soing  quc  de  bien  pågar. 

S.    SENCTIN. 

Ne  vous  en  laut  point  esmaiar  : 
Nous  avons  bonne  bourse  aussy. 

En  prenant  sa  iiiain. 

Bon  hoste ,  bon  touchar ,  amy. 

l'ostellier  ,  en  Ii  frapant  sur  Tespaule. 
Fraire ,  je  vous  tendray  lout  alse. 

S.   ANTHONIN,  en  se  couchant  sur  le  lit. 
Helas!  je  suys  trop  en  malaise. 
Je  n'cn  puis  plus,  Senctin,  biau  fraire. 

S.    SENCTIN. 

Frére  Anthoniu ,  Dieu  qui  est  pére 

De  toute  consolacion, 

De  ceste  tribulacion 

Vous  doint  confort  et  alléjance ! 

8.    ANTHONIN. 

Amen ;  mais,  pour  Dieu ,  rordenance  . 
De  saint  Denys  adcomplissiez. 
Se  Dieu  vuelt  que  viegne  sur  piez 
Je  vous  suivray  quant  je  pourray. 
Se  je  ne  puis,  cy  demourray; 
Céans  orrez  de  moy  parler. 

S.    SENCTIN. 

Je  m'en  vueil  donc,  beau  frére,  aler, 

Puis  qu'il  vous  plaist ,  tout  droit  ä  Rommc. 

Gy  die  å  Tostellier : 
Seigny ,  vous  me  semblés  preudomme : 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  1 69 


Mon  frére  et  en  grief  maladie, 
Laissier  me  le  faut ;  sy  vous  prie 
Que  Ii  vueilliez  baillier  et  faire 
Ce  qui  lui  sera  nécessaire  : 
Voy  cy  du  linge  en  ce  paquct. 

En  ly  monstrant. 

D'or  et  dvärgen  t  en  un  saquct 
Qui  est  cy  dedens  a  grant  masse. 
Se  Diex  ordeine  qu'il  trespasse, 
Si  l'enterrez  en  révérance, 
Et  s'il  vient  en  convalesccnce , 
Premier,  loyaument  vous  paiez 
Et  le  demourant  luy  bailliez 
Entiérement  et  loyalment. 

l'ostellier. 
Par  queste  arme !  diligemment 
Feray  faire  ce  que  digas. 

S.     SENCTIN. 

>     Fbrés ,  Seigny  ? 

l'ostellier. 

Hot  n^en  doubtas. 

S.    SENCTIN. 

A  Dieu  soyez ! 

L^OSTELLIER. 

Adiou  syas  ! 

Cy  totee  un  pou  avant  S.  Senctin ,  et  puis  se  assiée  å  terre ,  et  Tos- 
teilier  emnre  le  paquet  et  preigne  un  saichet  plain  de  caillouz  et  le 
monstre  aus  gens  en  disant : 

Ventre  bcu,  ont  tirelopins 
De  florinaz  tant  grans  lopins! 


l6o  LE  M ARTYRE  DE  S.  DENIS 

Par  questa  gorge !  aquel  hardel 
Ne  verra  jamais  son  fardel , 
Et  face  du  puis  qu'il  poura , 
En  aquel  quignet  demourra. 

Gy  le  mette  å  part  et  puis  die  au  målade : 

Fraire,  digas,  comment  le  faiz  ? 
S.   ANTHON  (N ,  les  maiiis  joiutes. 

Tous  mes  péchiez ,  tous  mes  mefTaiz 

Me  vueilliez,  vray  Dieu ,  pardonner , 

Vostre  grace  et  gloire  donner, 

Par  les  priéres  précieuses 

Et  les  méritcs  glorieuses 

De  saint  Denys  vostre  martir ! 

De  ce  monde  me  faut  partir ; 

En  voz  mains  m'åme  recommande. 

Gy  croise  les  mains  et  face  le  mört. 

l'ostellier. 
Or  ay-je  ce  que  je  demande  : 
Linge  et  argent  et  robe  aray 

£n  le  despoillant  d*aii  de  ces  vestemens ,  die  : 

Ne  jå  ce  corps  n'enterreray; 
Mais  le  plain  vol  senz  prendre  corde 
Le  trénerav  en  la  fosse  orde 
Ou  deacent  le  fiens  et  Tordure 
Du  bestail  de  ma  noureture. 

Gy  le  trayne  en  une  fossette  prés  d^ilec ,  en  dysant : 

Or  9äi,  voise  se  halerel, 


ET  DE  SES  COMPAGZVONS.  1 6 1 

En  la  fossc  de  marderel. 

■ 

£u  le  jectant  en  la  dicte  fosse  en  laquelle  S.  Anlhonin  si  toille  son 
▼isaigc  de  boe.  Cy  Ii  mette  un  hoys  deBsus,  puis  die  : 

Fraire ,  dors-toy  en  celle  bourbe, 
Tu  n'as  åme  qui  te  destourbe  : 
Quant  dormy  auras,  sy  t'esveillc. 

jHisus. 
Mjchiel  y  va  sus,  plus  ne  sommeilic. 
Di  a  Senctin  la  madvestié 
De  son  hoste,  hommc  senz  pitié , 
Et  hiy  dy  (Jue  tantost  rctourne 
Et  ä  la  fosse  droit  s^en  tournc 
Ou  frére  Anthonin  est  jecté. 
Je  vueil  qu'il  soit  resuscitc 
Pour  Tonneur  et  dilection 
Du  bon  Denys,  mon  champion, 
Qui  pour  moy  (ut  martirisié. 
Par  quoy  je  vueil  autorisié 
Soit  son  martirc  en  saincte  Église. 
Va  tost,  et  le  fait  Ii  devise 
De  son  faulz  hoste  et  la  maniére. 

S.    MIGHIEL. 

Vray  Dieu ,  je  y  voys  a  bonne  chiére. 

Cy  voise  i  S.  Senctin  qui  face  semblant  de  dormir ,  et  quant  il  scra 

venuz,  die  : 

Frére  Senctin ,  dors-tu  ou  vueilles  ? 
Or  entens  bien  lourdes  merveilles. 
Saichies  de  vray  que  ce  feulz  Iraytrc, 
Ton  hoste,  comme  faulz  menistre 
f.  1 1 


1 62  LE  MARTYRB  DE  S.  DENIS 

Si  t^a  feilli  de  convenent; 

Car  bien  asiicbes  que  maintenant 

Par  son  ardente  convoitise 

Qui  pour  le  tien  avoir  l'atise, 

Ton  saint  compadgnom  Anthonin , 

Qui  est  feny  de  bonne  fin, 

A  trayné  nu  et  despoillic, 

Jette  en  la  bourbe  et  broillié 

De  la  puante  fossc  ou  vont 

Les  orines  puans  que  font 

Ses  bestes  ä  poil  et  a  leine. 

Va  tost;  sy  Ven  öste  et  l'ordcinc  : 

Dieu  le  fera  suz  piez  ester. 

Lors  vous  deuz ,  senz  point  arreslcr  y 

Parfaictcs  vostre  bon  voiagc. 

Cy  s'en  revoise  scoz  chanter. 

s.   SENGTIN,  ågenous. 
Dieu ,  qui  créas  homme  ii  t^ymage 
Pour  luy  donner  ta  vision , 
De  ccste  visitacion 
Tant  com  je  puis  te  regracie , 
Et  de  la  trés-grant  courtoisie 
Qu'i  moy  et  mon  frére  feras 
Quant  de  mört  le  susci teras. 
A  luy  m'cn  voiz;  gloire  et  honneur ! 

Cy  voise  å  Toste  et  luy  du;  duretnenr  : 

Ou  est,  di,  mon  frére  Anthonin? 

l'0STE,  en  Aoiispirant. 
Helas ,  chetiz !  seigny  Senclin, 


ET  DE  SES  COMPAGNONS.  I  63 

II  est  mouruz  ^  le  fin  preudomme , 
Tandis  qu'estes  alez  a  Romme, 
Enseveliz  en  vostre  tel  le 
L'ay,  la  piéce  la  plus  bellc, 
Et  enterrez  honnestement. 

S.    SENCTIN. 

Tu  mens,  tu  mens ,  faulz  garnemenl ; 

Filz  de  dyable,  tu  Tas  jecté, 

Le  bon  corps  plain  de  saincteté , 

En  la  privée  h  tes  chevaulz, 

\  tes  vaches,  ä  tes  dievreaulz  ; 

En  celle  bourbc ,  en  cclle  ordurc 

Lui  as  baillié  sa  sépulture. 

Ours  affamé ,  lou  enragé , 

Ta  fausseté,  ta  mauvaistié 

Te  monstayré,  vaz,  passé  avant. 

£n  le  boutant. 

l'ostellier  ,  en  allant. 

Seigny ,  je  voiz ,  en  vaz  devant. 

s.   SENGTIN,  åFostellier. 

Öste  celle  ars  d'illec  dessus. 

l'ostellier  ,  en  ostant  Fays. 

Volentiers. 
Cy  öste  Taez. 

s.   SENCTIN,  ä  S.  Anthonin. 
Frére ,  levez  sus , 
Vous  avez  trop  orde  liclicre. 

En  le  trayant  hora. 

En  la  main  tailes  bonne  chiérc, 

1 1. 


I  64  LE  MARTYRE  DE  S.    DENIS 

^-^— ^— ^— »^— ^        ^1^— — ^— ^»^— ^»i^— ^■^—        ^— ^^        .^»^i^p^—i.^— — «— 

Dicu  vuelt  qu'enscmble  parfacions 
Ce  qu'ensemble  empris  avions 
Par  Tordenance  saint  Denys. 

S.    ANTHONIN. 

Le  cloubz  Jhésucrist  soit  bénis 
Qui  par  sa  grace  nous  parface! 

S.    SENCTIN. 

/fmeriy  frere ;  il  faut  vostre  face 
Fourbir  et  nettement  lavcr. 

En  l'essnyant. 

l'ostellier. 
Trop  convoiteuz  el  Irop  avcr, 
Trop  fclon  et  trop  oultrageuz, 
Fotz  hors  du  scns,  fel  courageu/, 
Ay  trop  estc,  je  le  voys  bien. 
Du  vostre  ne  reticndray  rien  ; 
Voy  cy  tout,  beaulz  seignies,  tencz. 

En  leur  baillant  le  paquet. 

A  vo  plaisir  du  mien  prerlez ; 
En  meflFait  ne  gist  que  Tamende. 
J'ay  forfait  vers  vous,  je  1'amende; 
Quant  en  la  fosse  le  rucy, 
Mört  estoit ,  pas  ne  le  tuey ; 
Mais  trop  horriblement  mespris 
Quant  fu  tant  d'avarice  espris 
QuMionnestement  en  séputture 
Ne  le  mis;  mais  je  ,  faulz  parjurc , 
Conlre  ce  qu^avoye  promis , 
En  punaisie  ordc  le  mis; 


ET  DE  SES  COMI> AGNOMS.  l65 

Ce  mc  poisc ,  pardon  rcquier. 
s.   SENCTiN  y  å  Anthoniii ,  en  Ii  baillant  son  vestcment. 
Revcstez-vous,  mon  frcrc  cliier , 
Sy  irons  en  noslrc  voyaigc. 

Cy  die  å  Tostellier : 

Seigny,  b\l  avez  fol  oultraigc. 

Cest  trop  outrageusc  traison 

Contre  Dieu  et  contrc  raison, 

Quant  hostellicr  griévc  son  hoslc 

Qu'il  doit  gärder  comme  sa  coste 

De  tout  mal  et  de  tout  obprobre , 

Le  sien  gärder  com  le  sien  propre, 

Luy  admenistrer  loyalment , 

Prestement  et  diligemment , 

A  son.povoir  ses  nécessaires. 

Or  avez  fait  iaiz  touz  contraires , 

Qui  est  grant  et  horrible  ofTense, 

Que  Dieu,  qui  scet  tout  quan(iu'on  pcrise , 

Quanqu'on  fait,  qu'on  dit,  qu'on  dira , 

Que  qu'ii  attende  punira 

Se  vous  meismes  n^es  punissiez , 

Et  vous  ne  vous  convertissiez 

A  tout  bien  avecques  sa  grace. 

Tant  donc  coqi;  vous  avez  espacc 

De  repen tir  et  de  bien  faire, 

Vueillez  vous,  beaulz  amis  ,  rctlrairc 

De  convoitise  et  d'avarice , 

Qui  est,  ce  sachiez  bien ,  un  vice 

Qui  csl  racinc  de  louz  niaulz , 


I  66  LE  MARTVRE  DE  S.   OEiNiS 

Qui  les  gens  fait  tray tres  et  faulz , 

Desloyaulz,  félons^  scnz  pitié , 

Senz  charité,  senz  amistié, 

Ydolatres  com  sont  paiens. 

La  cause  assignent  elers  seiens , 

Gar  ramouf  et  raffection 

Qu^iiz  deussent  par  dévocion 

En  Dieu  leur  créateur  avoir , 

A  tout  leur  povoir  et  savoir , 

Hz  la  mectent  en  leur  pécune 

Ou  en  créature  autre  aucune 

Qui  ne  leur  puet  en  riens  aydier, 

Quant  il  eussent  d'ayde  mestier; 

Pour  ce,  Dieu ,  dont  ilz  n^ont  nul  soing 

Les  laisse  aussi  a  leur  besoing, 

Si  s'en  vont  en  enfer  chargiez 

De  leurs  maulz  et  de  leurs  péchiez. 

Mon  bon  ailiy,  prenezcy  garde  : 

Qui  feu  nourrist,  il  feut  qu'il  ardc. 

De  rnal  faire  du  tout  cessez , 

Et  puremen  t  vous  cönfessez; 

Soyez  loyai  et  véritable , 

Surtout  amez  Dieu  primerain, 

Et  apres  Dieu ,  vostre  prochain. 

Ainsy  pourrez-vous  sainncment 

Pourchacier  vostre  sauveiiaen t. 

M'entendcz-vous  ? 

L'05TELt-IEU. 

Hoc  ben ,  scigny ; 
Moult  trés-bicn  in'avez  enscigny  : 


ET  DE  SES  GOMPAGNONS.  167 

Trés-grans  mcrcis,*  Dieu  le  vous  mire ! 

S.    SENGTIN. 

Grant  grace  a  fait  uostre  Sire 

Quant  vous  deuz  a  viviiiez 

Qui  estiez  mortifiez, 

L'un  par  moi^t  esperilueie 

Et  (Pautre)  par  mört  corporcle. 

Folz  est  qui  en  lui  ne  vuelt  croire  : 

A  lui  soit  tout  honneur  et  gioirc ! 


^FIN  DU  JEU  SAINT  DENYS. 


On  poet  cy  iaire  fin  en  la  maniérc  qui  cnsuit 

Maintenant  trop  bien  mc  souvicnt 
D^un  biau  dit  qui  bien  a  point  vicnL 
Qui  est  bon  ä  mettre  en  mcmoire. 
N'cst  pas  digne ,  dit  saint  Grégoirc, 
Personne  nuUe  ä  qui  on  donne, 
Se  grc  n'en  rent,  qu^on  Ii  redonno. 
Cest  tout  vray  j  car  ingratitude 
Est  un  ven  t  si  froid  et  si  rude , 
Ce  dit  monseigncur  saint  Mernarl , 
Qui  gcle  et  seiche,  et  brulle  et  art, 
Dirc  vuelt  que  c'est  un  i>cchic 
Qui  gielle  Feaue  de  pitic , 
Seicliie  la  roscc  de  gråcc , 
Brulle  et  adnichilc  et  eilacc 


l68    LE  MARTYRE  DE  S.  DENIS  ET  DE  SES  COMPAGNONS 

La  doulceur  de  dévocion 

Et  l'uneur  de  compunction , 

Et  art  et  destruit  charité ; 

Si  est  raison  et  équif4^ 

Qu'au  jour  d^uy  gr&oe  ä  Dieu  rendons 

Par  qui  grace  au  jour  de  huy  avons ; 

Pqis  donc  qu'ä  ce  sommes  tenuz , 

Cbantons  :  Te  Deum  Laudamus. 

Lurs  s'en  voisent  chantans. 


CY  Fl.NE  LA  VIE  S.   DENIS  ET  DE  SES  COMPAIGNONS. 


CEST  LE  MIRAGLE 


COMMENT    LES    ANGES    FIRENT    JOYE   QUANT 


MADAME  S"  GENEVIÉVE 


FUT    i\EE. 


SA  MÉREy  en  cstant  die ,  etc. 
Doulz  Jhcsucrist ,  jc  suis  encointc 
Et  toute  prcste  de  gcsir; 
Oicz  en  pitié  ma  complainte 
En  aconplinssant  mon  dcsir  : 
Cest^que  lignier  aic  sy  sainte 
Qu'ellc  fece  voslre  plaisir ; 
Sire,  gardez-moy  d'estre  estainlc 
Et  ma  porteure  de  périr. 

Puis  dic  en  soy  lessant  chcoir  ä  terro : 

Aide,  aidc,  Vicrgc  Marie! 

Le  cucr  mc  fault,  jc  n'en  puis  plus 


170  LES    MIRACLES 


SA  GliAMBERiÉRE ,  en  8oy  seignant- 
Diex!  que  Madame  a  grant  haschicr  ! 

Benedicite  D ominus 

Bien  fut  sotc  la  druerie 
De  quoy  sy  gryés  maulz  sont  vcnus. 
Or  me  gart  Diex  de  puerie 
Dont  mon  corps  soit  ainsy  tenus. 

Lon  se  aée  enprés  la  mére. 

Cy  chantant  les  anges  :  Yirginis  prolet  ,  ou  .1.  autrc,  sanz  soy 
bougfier  de  Paradis;  puis  se  Kéve  la  chamberiére  et  tetaanC  i.  en- 
fant  enmallioté,  et  die  : 

Madame,  oiez  bonne  nouvele, 
Faites  bonne  chiére  et  joyeusc, 
Vous  avez  une  fille  beiic, 
Grace  å  Vierge  glorieuse , 

En  Ii  monstrant. 

Regardez,  se  semble  une  estcllc 
Tant  est  plaisant  et  gracieusc  ; 
Or  9^1,  donnez-ly  la  mamclie, 
Sy  en  sera  plus  vcrlueuse. 

LA  MÉRE ,  en  prenant  Tenfant. 
Doulz  Jhésucrist,  qui  de  penance 
M'avez  ostée  et  de  douleur. 
De  bouche,  de  cuer,  de  puissance  , 
Vous  rend  graces,  gloirc  et  honncur. 
VueilHés  mon  enfant  de  grcvancc 
A  des  gärder  et  de  folcnr, 
El  Ii  donnez  persévcrancc 


DE    SA  INTE    GEKEVIÉVE.  1'yi 

En  tout  bicn  sanz  nul  déshonncur. 

Lon  face  semblant  de  Talleitier  .i.  pou,  puis  se  siet  avecques  son 
mari ,  tendys  qiie  lez  évesques  parleront,  et  GeneTiére  soit  avec- 
ques  ealz  en  cote  eC  en  diaperon. 

ConuKent  monseigneur  saint  Germain  d^Aucerre  t^fereeut  par  le 
Saint^Eiperit  la  Saincte  yierge  en  mf  le  peuple^  en  disant  que 
eUeestoitde  Dieu  eslite;  S,  Remjr^  arcet^sqiie  de  Heinsj  die  a 
S,  Germain,  éuesque  étAucerre,  et  ä S.  Lou^  ci^sque  de  Trots: 

Révérans  péres,  vous  savez, 
Et  de  nouvel  oy  avez 
De  rérésie  qui  méhaigne 
Ly  pluseurs  de  la  grant  Beriaigne, 
Qui  dient  que  lez  cnfans  nez 
De  pére  et  de  mére  renez , 
Ou  saint  sacrement  de  batesmc 
Wont  mestier  d'yaue  ne  de  cresme, 
Ne  potnt  n'ont  nécessitc  d'estrc 
Plus  baptisiez  de  main  de  prestige. 
Vous  savcz  c^est  erreur  perverse 
Qui  contrairc  est  et  adverse 
A  nostre  sauveur  Jhésucrist, 
Lequel  ä  Nichodemus  dist, 
Que  tout  homme  de  mére  né , 
Se  vrayement  n'estoit  rene 
Du  Saint-Espérit  de  yaue, 
S'åme  ne  pourroit  estre  sauvc. 
Cecy  est  tiexte  d'Euvangile ; 
Et  pour  ce,  general  concile 
Par  le  papal  commandeinent 


l'J2 


LES    MIRACLES 


Åvons  tenu  solennement^ 

De  prélas  du  royaume  de  France, 

Lez  quelz  par  commune  acordance 

Vous  ont  esleuz  ä  cest  négocc 

Pour  lez  diz  Bretons,  prez  d'Escocc, 

Ramener  ä  foy  catholique , 

Et  par  escripture  ententiquc 

Adnichilcr  leurs  hérésies. 

S.    G£RA|AIN. 

Chier  sire,  les  prclaz  leurs  vies 

Et  leurs  biens  doivent  exposcr 

Sans  soy  excuser  ou  gloscr, 

Pour  la  foy,  pour  le  bien  publiqiie 

Et  pour  FÉglise  apostolique; 

Et  pour  ce,  puisqu'ä  nos  seigneurs 

Il  a  pieu,  tant  grans  que  meneurs , 

Nous  eslire  pour  cest  aiairc, 

Nous  sommes  prés  de  nous  y  iraire , 

Et  de  labourer  et  pener, 

De  ceulz  ä  la  foy  ramener 

Qui  sontnon  croyansou  bcrites. 

S.    REMY. 

Evesque  de  Troye,  que  dites? 

S.    LOU. 

Volentiers,  sire,  y  labourré 
A  tout  le  mieulx  que  je  pourré. 
Combien  que  le  fait  soit  grevable, 
Nienb  mcins  il  est  moull  charilablc, 
El  mouil  digne  chose  fcroit 
Qui  hors  d*erreur  lez  jctcroil- 


DE    SATNTE    GENEVlfeVE.  I  »^S 

Nous  sommcs  tous  prés  de  mouvoir 
Selonc  vostrc  papal  povoir  : 
Nous  donnez,  sire,  bénei^on. 

s.   REMY)  en  levant  la  main. 
Jhésus  qui,  pour  la  malei^on 
Ostcr  d^original  péchié 
De  quoy  chascun  nest  cntechié, 
Inslitua  le  sacrement 
De  saint  balesme  saintement, 
Vous  vueille  sauver  et  conduire! 

S.    GERMAIN    ET   S.    LOU. 

Amen^  et  a  Dieu  soiez,  sire. 

Cy  voisent  un  pou  avant ,  et  S.  Germain,  en  regardant 

saincte  Geneviéve ,  die  : 

Je  voy  lä  une  damoiselle 

Saincte  et  dévote,  et  bonne  et  belle , 

Remplie  de  la  grace  Dieu. 

S.    LOU. 

Sire,  je  vous  pri,  en  quel  lieu? 
s.  GERMAIN,  enlamonstrant. 
Yllecques  enmy  celle  gent. 

S.    LOU. 

Cest  .1.  vessel  et  bel  et  gent, 
Pour  voir,  plain  de  bien  et  de  grace. 
Nostre  sire  Diex  la  parFace! 

s.  GERMAlN,  ä  pére  et  å  mére. 
Mes  bonnes  gens  de  ceslc  ville, 
Dites-nous  qui  est  ccstc  fille. 


174  ^^^   MIRACLES 


SENE  I  le  pére  saincle  Geneviéve. 
Mon  chier  åeigneur ,  vecy  la  mére 
De  Tenfant,  et  je  suis  le  pére. 

S.    GERMAIN. 

BonHes  gens ,  bien  estes  ereus 
D'ayoir  enfant  sy  piantureUs, 
De  grace  de  Dieu  tant  amée 
Que  dez  Veure  qu'elle  fut  néc 
Les  anges  en  firent  grant  fesle. 
Conversation  trés-honneste 
Et  saincte  yic  minera. 
Mainte  personne  bien  fera 
Par  son  bien  et  par  sa  doctrine, 
Et  maint  pécheur  qui  mal  chemine 
Sera  sauvé  par  ses  mérites. 
Qä ,  ma  belle  fille ,  or  me  dites , 
Voulez  vivre  en  virginité? 

SAINCTE    GENEVIÉVE. 

Mon  tré-schier  seigneur,  en  vérité, 
Vous  demandez  sen  que  désire. 
N'y  fault  p\uÉy  fors  de  nostre  siro 
Vueille  acomplir  å  son  plaisir 
Par  vos  priéres  mon  désir. 

S.    GERMAIN. 

Ma  fille ,  riens  ne  vault  le  dit 
Se  le  dit  au  dit  contredit. 
Pour  cen  ,  acomplissiez  de  &it 
Cen  que  dictcs;  car  qui  ne  fait 
Quant  (airc  puet  ne  fait  quant  veult , 
Et  Dieu  plus  de  bien  donner  scuit 


DE    SAINTE    GEIfEVlEVE.  1*^5 

A  celui  qui  le  miclx  l'employe. 

Lors  prengne  .i.  getå  terre  en  disant: 

Diex !  doDt  vient  or  cestc  monnoic? 
Ma  fille ,  prcnez  cc  dcnier ; 
Dieu  Pa  voulu  pour  vous  forgicr. 
A  vostre  col  le  porterez, 
En  Signe  que  bien  gardcrez 
La  chastetc  qu'avez  promise  \ 
Fuiez  joyaus ,  Fuiez  cointise , 
Or,  argent,  pierres,  paremens, 
Caroles ,  jeus ,  esbatemens ; 
Gar  s'ua  pou  vous  y  dclitiez 
Et  lez  biens  mondains  convoiliez, 
Tantost  perdriez  les  biens  du  ciel : 
Je  vous  commende  ä  saint  Michiel. 

S.    LOU. 

Fille ,  Tajiemy  hape  et  pille 
En  tou8  temps  et  en  toutes  places , 
Par  blandicemens ,  par  menaoes, 
Par  prosperités ,  par  doulceurs , 
Par  adversitez ,  par  douleurs , 
Ou  en  apert  ou  en  couvert. 
Sy  doit  Tueil  du  cuer  estre  ouvert 
Por  gärder  Fåme  de  périr , 
Et  Taide  de  Dieu  requorir  • 
Sans  lequel  nul  n'y  a  victoirc. 
Beilc  (iilc ,  aiez  en  mémoire 
Qu^en  aise  périst  chasteté 
Et  en  honneur  hunnilité^ 


176  LES    M1RAGLES 


El  pitié  souvent  en  richeses. 
Ét  pour  ce ,  prenez  tes  adreces 
Qui  meinent  ä  Dieu  seurement; 
Yivez  povrement,  humblcment , 
Suivez  les  sermons  et  TÉglise: 
Que  qui  en  vous  sa  grace  a  mise 
En  tout  bien  vous  vucille  par&ire! 

SAINCTE    GENEVIÉVE. 

Mez  seigneurs,  or  vous  vucille  plaire 
A  prier  Dieu  pour  vostre  ancclle! 

S.   GERMAIN  ET  S.   LOU. 

A  Dieu  soicz,  bonne  pucelle ! 
Lors  voisent  mi  ilz  vourront. 

Commeni  la  mére  saincle  Gene^iéve  {devint)  avengle  pour  ce  quelle 
U  donna  une  huft ,  ei  commeni  Dieu  fy  rendit  la  t^ue  par  Icz 
priéres  ei  mérites  de  ladite  vierge  sa  filk* 

CÉRONCE,  mére  saiucte  Generiévd. 
Ma  fille,  je  vois  au  moustier. 

SAINGTE   GENBVIEVE. 

Az  Madame  I  je  vous  requier 
Qu'avecques  vous  au  moustier  voise. 

LA    MÉRE. 

Or  le  lez,  et  ne  me  fay  noise ; 
Garde  Tostel,  atten-moy  cy. 

SAINCTE  GENEVIÉVE. 

Ha ,  Madame !  pour  Dieu  mercy , 
Se  je  ne  vois  souvent  au  messcs 
Commcnt  tendray-jc  lez  promcssos 


DE    SAINTE   GENEVIÉVE. 


177 


Que  j'ay  promis  å  saint  GermaiD  ? 

LA   MÉRE ,  en  la  bufetant. 
Je  te  donneray  de  ma  main , 
Garsse ,  fault-il  que  me  responnes  ? 
Ne  passé  de  nostre  hiiis  les  bornes  j 
Va-t-en  tost. 

S\1NTE    GENEVIÉVE. 

Volenlicrs,  ma  mére. 
Cy  se  retoume  en  disant : 

Doulz  Jhesucrist ,  espous  et  pére 
Des  vicrges,  volentiers  alasse 
A  vostre  saint  temple ;  méz  lasse , 
Je  ne  puis,  vous  le  savez ,  sire ; 
J'en  av  ma  mcre  esmeue  ä  vre 
Dont  il  mc  poise  amérement. 
Sy  vous  supply  premiérement 
Que  ie  me  pardonnez ,  et,  puis 
Qu'aler  ä  1'église  ne  puis , 
Mon  vouloir  reputez  pour  iait. 

Cy  se  siée. 

LA  MÉ R E ,  en  touchant  sez  yeulz . 
Diex ,  Diex  !  qui  m'a  ce  tour  fait? 
Diex  ,  qu'ay-je  és  yeulz  ?  est-ce  ore  goute? 
Certes,  nennil :  je  n'y  voy  goute. 
Hareu !  dont  vient  ceste  aventure? 
A !  lasse  aventure  bien  dure 
Qui  durement  me  desconfortc ! 
Lasse ,  je  n'y  voy  buis  ne  porte , 
Lasse,  perdue  ay  ma  lumiére! 

I.  13 


178  LES    BURACLES 


Lasse,  pour  quoy,  par  quel  maniére? 
Diex!  je  croy  qu'ainssy  Pay  perdue, 
Car  j'ay  ma  (illc  ä  tor  t  ferue 
Qiiant  au  moustier  venir  voiiioit. 
Je  ne  voulu,  sy  s'en  douloit : 
Je  la  féris,  sy  fis  que  foie; 
Car  trop  bien  du  bien  me  recole 
Que  saint  Germain  d'elle  disoit. 
Le  roy  du  ciel  doint  qu'il  y  soit 
Qui  mon  pechié  et  ma  folie 
Me  pardoint,  au  quel  je  suppiie 
Que  se  ma  fille  il  a  esleue, 
Pour-s^amour  me  rende  la  veue. 
Ma  belle  fille ,  9a ,  venez  : 
A  1'yaue  alez,  .1.  pot  prenez  , 
Sy  m'aportez  de  nostre  puis. ' 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Tantost  y  Madame ,  se  je  puis. 

Cy  preigDe  .1.  pot  et  voise  prez  d'illecques  ou  iine  quciie  soit  011 
pierres  comme  la  gueule  de  .1.  puis.  Lä  s'acoute  dessus  et  pleure, 
et  essuie  scz  yeulz  et  die  i 

Hé!  doulz  Jhesucrist!  que  ma  mére 
Trait  de  paine  et  d'angoisse  amére 
Quant  point  ne  voit  des  yeulz  du  chief! 
Cest  par  moy,  c^est  par  mon  meschief. 
Cause  a  voit  de  soy  courroucier 
Quant  je  ly  prins  å  repliquier; 
Sy  vous  pry  que  m'en  punissiez 
Et  que  ma  mére  guarissiez. 
Ijon  essuie  sez  yeulz  et  puise  de  ]'yaue  et  s'en  revoisc,  puis  die : 


DE    SA  INTE    GENEVIEVE. 


»79 


Vecy  de  l'pue  belle  et  clére. 

LA    MÉRE. 

(^a ,  ma  BUe. 

SAliNTE    GENEVIEVE. 

Tenez,  ma  mére, 
De  par  Nostre  Seigneur,  bevez. 

La  mére  prengne  le  hanap  et  die : 

Belle  fille,  la  main  levez; 
Sy  feltes  une  crois  dessus. 

SAINTE    GENEVIEVE. 

Benedicite. 

LA    MÉRE. 

Dominus. 

SAINTE    GENEVIEVE. 

Le  roy  du  ciel  qui  nous  créa , 
Qui  en  la  crois  nous  recréa , 
Qui  les  muez  faisoit  parler , 
Aveugles  veoir,  contrais  aler, 
Qui  espandit  et  yaue  et  sanc 
Pour  faire  humain  lignage  franc 
De  la  general  maléi^on , 
Envoyé  cy  sa  bénéi9on 
Par  quoy  puissiez  ravoir  la  veue 
Que  pour  moy ,  mére,  avez  perdue. 
In  nomine  Patris,  et  Filuret  Spiritus sancti , 

LA  MÉRE  ,  å  jointes  mains. 
jimen !  Diex  doint  qu'il  soit  ainssy ! 

Lon  motiUe  ses  dois  en  l'yaue  et  touche  sez  yex  et  die : 
Je  voy  .1.  pou;  loé  soit  Diex! 

12. 


l8o  LES    MIRACLES 


Item  face  seconde^ent  comme  devant,  et  die : 

Mercy  Dieu!  encor  voy-je  micix. 

Item  tiercement  et  die  : 

Gråce  ä  Dieu,  or  ay-je  grant  joye,. 
Gar  je  voy  comment  je  souloye. 

I.ors  die  ä  sa  fille  : 

Bellc  fiilc,  alez  au  moustier 
Et  aus  sermons,  (je  Tay  bien  chier,) 
Toutes  les  Ibys  que  vous  vourrez. 
Servez  Dieu  au  mielx  quc  pourrez  : 
Nostrc  Seigneur  m'en  face  lie! 

Cy  chantent  les  anges 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Madame  et  je  vous  en  mercie. 

Lors  veste  son  mantel,  ohief  et  cuevrechief  å  diadéme,  et  puis  voise 

å  Paris  demoiirer. 


Cy  apres  ensuit  partie  des  miracles  que  Nostre^Seigneur  fisi 
par  les  mérites  madame  sainte  Gene^ét^  deptiis  gfi'eile  vint  ä 
Paris. 

Comment  madame  sainte  Geneviéve  apres  la  mört  de  son  pére  et  de 

sa  mére  ala  demourer  å  Paris. 

Dieu  benoist ,  benoiste  Trinité , 
A  ta  pucelle ,  ä  ta  meschine , 
Par  ta  doulceur,  par  charitc  , 
T'oreiHc  de  pitié  encline ; 
Ne  seufTre  pas  que  je  décline 


DE    SAINTE    GENEVIÉVK.  l8l 


N'en  pécbié,  n^en  iniquité, 

Mais  par  gråce  m'åme  enlumine 

Et. me  tien  en  vii*ginité. 

O  tres  doulce  vierge  Marie! 

Pour  mon  salut  vueilliez  ourc*i* 

Que  l'aneiny  par  tricherie 

Ne  puisse  m'åine  devourer ! 

Dame,  pour  vous  niielx  bonnouror 

Et  servir  en  saintimonie 

A  Paris  m'en  voies  demourer: 

A  vous  oomiuans  corps,  åme  et  vic , 

O  sains  anges  de  Paradis ! 

Vueilliez  moy  dcffendre  et  conduire , 

O  sains  prophetes  de  jadis , 

O  les  apostres  nostre  Sire! 

Et  vous  qui  receustes  martirc , 

Confez ,  vierges ,  lez  Dieu  amis , 

Priez  h  Dieu  pour  moy ,  que  nuire 

Ne  me  puissent  ly  anemis! 

Lon  96  tiengne  devant  Paris  iin  pou  avaot  ou  chainp ,  et  illecques 
8oit  un  potic  autel  suz  le  quel  sött  Tiinage  Nostre-Dame,  et  devani 
Tautel  une  fourmete  pour  soy  mottre  å  oroiaon,  et  bien.  prés  soit 
son  lit  fait  de  une  tablc  en  hault  et  un  povre  couverteur  dessuz  et 
.1.  oreillier  de  bois. 


Comment  sainte  Céline  de  Mtaulx  iacompaigna  ä  matlame  sainte 
Geneuiéve^  et  comment  sainte  Geneuiéi^e  guarit  la  chambericre 
de  la  dite  sainte  Céline y  qui  auoit  esté  .u.  ans  målade, 

SAINTE  CKLINK,  å  sainle  Geueviéve. 
Madanioyselle ,  s'il  vous  plenst . 


1 83  LES    MIRAGLES 


Et  Dieu  me  donnast,  qu'estre  peust 
Qu'avecques  vous  je  demourasse , 
Liée  en  fusse  et  mielx  m'en  acnasse, 
Car  bien  S9ay  que  mieix  en  vauroye. 

SAINTB    GBNEVIEVE. 

Belle  suer,  quelle  que  je  soye, 

Vous  me  monstrez  grant  amistié. 

Le  rov  du  ciel  par  sa  pitié 

Sy  vous  vueille  en  tout  bien  parfaire! 

Moult  me  piaist  et  moult  me  doit  plaire 

Vostre  devote  compagnie. 

SAINTE    CÉLINE. 

Dame,  je  vous  en  rcgracie. 

Le  mirack  de  la  ctiamäenere. 
SAINTE    CÉLINE. 

Madame,  j'ay  une  pucelle 
De  bonne  contenance  et  belie 
Qui  m'a  servie  longucment; 
Mais  .11.  ans  a  que  nuUement 
Ne  se  puet  de  son  lit  lever : 
Le  mal  ne  ly  fait  qué  agrever; 
Prengne-vous  en  pitié,  pour  Dieu  ! 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

Ma  suer  douice,  alons  suz  le  lieu. 
Lors  voise  un  pou  avant  et  la  soit  une  joene  målade  couchiv. 

SAINTE    GENEVIBVE. 

Chiore  amic,  comment  vous  csi? 


DE    SAINTE    GENEVIÉVE.  1 83 


MARGOT. 

Il  in'est,  Dame ,  comme  a  Dicu  plaist. 
Jc  suis  malaclc  et  av  esté 
Par  Jouble  v  ver  et  double  esté, 
Et  tousjours  va  de  mal  en  pis. 

SAINTE    GErSEVlÉVE. 

IVramie,  se  .ix.  ans  ou  dis, 

Voire  par  toute  vostrc  vie 

Dieu  vous  tenoit  en  maladie, 

Vous  Ten  devriez  mercier ; 

Cai*  Dieu  seult  lez  siens  chasticr 

Pour  lez  esprouver  ou  purgier, 

Ou  pour  lez  gärder  de  pcchier, 

Ou  pour  leur  donner  plus  grant  gloire  y 

Car  Dieu  la  paine  transitoire 

Mue  en  pardurable  léesce 

Aucune  fois ,  pour  sa  haultesce 

Et  sa  grace  ^u  peuplc  monstrer. 

Celui  qui  la  voult  demonstrer 

En  pluseurs  ipaladies  griéves, 

Vueille  que  maintenant  te  liéves 

Toute  saine  de  corps  et  d'äme. 

MARGOT. 

Jinen\  ainssy  soit-il,  Madame! 
SAINTE  GENEViÉVE,  (m  U  seiguaiit  et  en  prciiant  sa  inaii>. 
Or  ^-a  la  main,  ma  doulcc  sucr. 

MARGOT ,  en  soy  levanf . 
Doulz  Dicu,  el  de  bouche  et  de  cucr 
Vous  rend  graces  a  raon  povoir. 
Dame  ,  je  vonsissc  voijoi 


1 84  ^^^    MIRACLES 


Virginité,  qu*en  dites-vous  ? 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Vous  demourrez  avecqnes  nous, 

Et  se  Dieu  vous  donne  constance, 

Ferme  et  humble  persévérance 

Ou  saint  propos  de  chasteté 

En  la  gardant  par  aspreté, 

Lors  pour  avoir  plus  grant  mérile 

Et  qu'en  vous  plus  tost  soit  destruite 

La  pointure  de  mariage , 

És  mains  d'un  prelat  bon  et  sage 

Pourrez  fäire  en  humilité 

Le  saint  veu  de  virginité, 

Sauf  meilleur  conseil  que  le  mien. 

MARGOT. 

Ccrtes,  Madarae,  vous  dites  bien, 
Ce  me  semble,  et  bien  m'y  acorde, 
Et  Dieu  par  sa  miséricorde 
Vous  rende  lez  biens  que  me  faictes. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Tous  biens,  toutes  euvres  partaictes , 
Belle  suer,  descendent  des  ciclx  : 
Encore  nous  fera  Diex  mielx 
Se  de  bon  cuer  nous  le  servons. 
Faisons  que  s'amour  desservons ; 
Sy  ne  pourrons  mal  cbeminer, 
Ne  mal  vivre,  ne  mal  liner  : 
Retournons  qnant  temps  en  sera. 


DE    SAINTE    GENEVIRVE.  1 85 


SAINTE  CÉLINE  ET  MARGOT. 

Alons,  Damc,  ou  il  vous  plaira. 


Cy  retournent  ä  lear  hostel  et  sainte  Geneviéye  se  mete  å  oroison 

en  son  oratoire. 


Camnunt  par  sez  priéres  Nostre-Seigneur  gärda  (a  cité  de  Paris 

que  lez  Hondres  venoient  destruire. 

TROTEMENU ,  mesugier,  en  alant  i  Paris. 
Mes  bonnes  gens  du  plåt  pais, 
Fuiez,  vecy  lez  anemis ; 
Fuiez-vous-en  par  les  adreces, 
Porlez  V08  biens  ans  fortereces, 
Vecy  lez  Hondres  qui  afuient, 
Qui  pillent,  ardent  et  destruient 
VilleSy  chastiaus,  citez  et  forts, 
Qui  vont  tuant  Hoibles  et  fors. 
Alarme ,  alarme ,  bons  Fran^ois. 
Entendez-moy ,  seigneurs  bourgois, 
Sachiez  de  vray,  le  roi  Attile 
Gaste  France  et  destruit  et  pille, 
Et  est  s'entente,  sans  taillir, 
De  venir  Paris  assaillir  : 
Sy  regardez  qu'il  est  ä  faire. 

LE  PREMIER  BOURGOIS. 

Cest  .1.  lirantde  mat  afaire 
Qui  maine  gens  plains  de  dyablie : 
Je  ne  s^ay  certes  que  j'en  die. 
Qu'en  dites-vous ,  sire  Gobers  t 


1 86  LES    MIRACLES 


LE    SEGOND    BOURGOYS. 

Foy  que  dov  vous,  sirc  Robers, 
Ce  son  t  gens  plus  cruels  que  chiens; 
Sy  conseille  que  de  nos  biens , 
Fames  et  enfans  envoion 
Ou  ä  Meaulx  ou  a  Noion , 
Ou  en  autres  cités  plus  fortes ; 
Car  nos  muraiiles  et  noz  portes 
Sy  son  t  de  trop  petit  estofle. 

LE    TIERS. 

Cest  bon  conseil  par  saint  Christofle , 
Car  mesmes  ce  sont  larronnailles 
Tous  duiz  d'armes  et  de  batailles  » 
Et  nous  ne  savons  guerroier. 
Trop  mielx  savons  monteplier 
Nos  bions,  muebles  et  héritages. 

LE    PREMIER. 

Vous  pariez  tous  .11.  comme  sagcs, 
Et  pour  ce ,  sans  plus  séjourner , 
Je  vueil  de  mez  biens  trestourner 
Et  lez  envoicr  a  Loon. 

LES    AUTRES.   II. 

Cest  bon  propos ,  nous  le  loon. 
SAINTE  GENEVIÉVE ,  å  genous,  lez  mains  jointes. 
O  tres  doulz  roy  de  Paradis, 
Vueilliez  la  cité  de  Paris 
Prendre  en  voslre  protection 
Et  gärder  de  confusion! 
Diex !  gardez  que  mal  ne  nous  faccnt 
Os  Hondrcs  qui  tant  nous  menacent, 


DE  SAINTE  GENEVIÉVE.  1 87 


Et  se  avoir  devons  pestilence, 
Sire,  donnez-nous  pacience! 
Douice  Vierge ,  mére  de  grace , 
Priez  Dieu  que  grace  il  nous  face. 
Saint  Pére ,  saint  Pol,  saint  Dcnis, 
Sains ,  saintes ,  tous  lez  Dieu  amys, 
Vueilliez  Dieu  pour  nous  déprier 
Et  sa  juste  yre  adoucier. 

Gy  se  liéve  saint  Pierre  qui  ait  vestu  aube  et  dalmatique  et  dessus 
chape  merveille  .1.  cocuche  sus  la  teste ;  apres,  saint  Pol  soit  vestu 
aube,  tunique,  chape  ou  mantel  vermeil  jetépardessoulz  Tespaule, 
tenant  une  espée ;  apres  soit  saint  Jehan  vestu  aube  et  dalmatique 
blaoche  ou  vert ,  et  tenant  r.  rain  de  palme  ;  apres  soit  saint  De- 
nisvestuaube  et  dalmatique,  et  chasuble  vermeille,  tenant  .1.  texte. 
Ges  .nu.  desoendent  et  se  metent  a  genons ,  et  8*y  tiennent  bonne 
piéce. 

SAINT  PIERRE  ,  ä  Nostre-Dame. 
jiifCj  dame  de  tout  bien  plaine, 
Sur  toutes  autres  souveraine , 
Advocate  en  vers  Dieu  pour  hommc! 
Une  saiote  vierge  qu'on  nommo 
Geneviéve ,  sans  nui  séjour 
Ne  cesse  d'ourer  nuit  et  jour, 
De  nous  pricr  et  supplier 
Que  Dieu  et  vous  vueillions  prier, 
Pour  le  pais  du  royaume  de  France 
Auquel  donne  paine  et  grevance 
Le  roy  Attile  et  sez  complices , 
Gens  plains  de  péchicz  et  de  vices , 
De  tirannie  et  mauvcstié. 
Dame ,  prengn<»-vous  en  pitié! 


I 88  LES    MIRACLES 


Par  espéciai  el  requiert 

Que  Paris  que  ce  tiranl  quiert 

Pour  le  metrc  k  destrucion 

N'ait  ne  mal  ne  confusion. 

Douice  dame,  oiez  la  pucelle 

Qui  devant  Dieu  est  bonne  et  kel  le, 

Par  laquclle.  i.  roy  qui  sera 

.1.  biau  moustier  faire  fera, 

Sy  com  Dieu  le  m'a  revelé, 

Suz  le  mont  qui  est  appelé 

Mont  Parloeir  en  1'onneur  de  noiis, 

Ou  Dieu  seraservy  et  vous. 

Dame,  Festat  de  sainte  Église 

Qui  de  par  Dieu  nous  est  commise , 

Qui  maintenant  n'a  que  meschiet* 

Du  fons  du  pié  jusques  au  chief, 

Vous  recommandons  Pol  et  moy. 

s.  POL,  ä  genous. 
Haulte  roine ,  mére  du  roy 
Qui  suz  tous  roys  et  princes  ré^ne , 
Damc  sainte  Église  et  le  régnc 
De  Francc  par  espéciai , 
.1.  fel  tirantet  desloyal 
Qu'on  appelc  le  roy  Attile, 
Despitant  Dieu  et  TEuvangile 
Destruit,  gaste ,  pille  et  confont. 
Lv  et  sez  os  tant  de  mal  fönt 
Que  Icz  gens  ne  scevent  que  faire , 
Fors  s'en  fuir,  crier  et  braire. 
Gcnevote,  nne  pncelole, 


DE    SAINTE    GENEVIÉVE.  1 89 


Belie  et  gracieusc  et  devote , 

Ne  cesse  d'ourer  vous  et  nous 

A  nus  coutes,  å  iius  genous, 

En  disant  maint  himne  et  maiiit  peauiiie, 

Pour  le  roy  et  pour  le  royauinc; 

Et  principaument  pour  Paris , 

Que  le  gardez  (J'estrc  péris. 

Glorieuse  vierge  Marie , 

La  Vierge  est  digne  d'estrc  oye 

Mesmement;  ca  ren  la  cité 

Flourira  Puniversité 

D'estudiaiis  et  d'escoliers 

Tant  réguliers  que  séculiers, 

Qui  la  foy  monteplieront, 

Prescheront  et  enseigneront , 

Essauceront  lez  bien  créans 

Et  confondront  les  mescréans; 

Nos  épitres  et  euvangiles 

Exposeront  en  maintes  viles. 

Ce  don  deservit  saint  Denis 

Qui  lä  fut  occis  et  fenis 

Par  son  bien ,  par  sa  revérance , 

En  lemonstrant. 

Que  vous  vcez  cy  en  présence. 

Chiére  Dame,  ainssv  com  saint  Pérc 

'         »I 

Que  Dieu  le  filz ,  dont  estes  mérc , 
Esleut  et  (ist  chief  et  pasteur 
De  sainte  Église  et  moy  docteur 
Vous  a  Testiit  de  sainte  Église 


190  LGS    MIRACLES 

RecommanJéy  par  autel  guise 
Je  vous  recommande  et  de  cuer , 
Et  par  sur  tout,  que  nostre  siier 
Geneviéve,  la  Dieu  ancellc, 
Vostre  vierge,  vostre  pucelle, 
Vueiiliez  en  sa  requeste  oir , 
Et  son  cuer  bientost  resjoir 
De  Paris  dont  est  en  malaise. 

S.  DEN  IS ,  å  genous. 

Mére  de  Dieu ,  ne  vous  desplaise , 

Se  je  vien  ä  vous  a  refuge ! 

La  grant  tempeste  et  le  déluge, 

Le  mal ,  la  douleur ,  la  grevance 

Qui  est  ou  royaume  de  France 

Me  contraint  a  vous  requérir 

Qui  est  suz  le  point  de  périr 

Se  bientost  n^y  metez  reméde 

Ains  que  le  mal  oultre  procédc. 

Vous  savez ,  Dame  débonnaire, 

Que  saint  Clément  le  Dieu  vicairc 

Me  fist  en  France  cheminer 

Pour  les  Fran^ois  cndoctrincr. 

Lå  tins-je  de  la  foy  escole 

Comme  pastron  et  apostole 

De  France  et  de  tout  le  pais, 

Premier  évesque  de  Paris. 

Ylec  exposé  ä  martire 

Mon  corps  pour  la  loy  nostre  Sire; 

Maiz  que  vault  tout  quant  que  j'ay  Tait 

Se  le  pueple  est  ainssy  dcflaiti' 


DE    SMNTE    GEKEVIÉVE.  I91 


Que  leur  vauit  toute  ma  doctrine 
Se  France  ainssy  mal  se  dccline, 

• 

Que  vault  de  mori  corps  la  présencc 
S'il  n'est  sequeure  en  pestilence? 
Pour  quoy  fist  Dieu  de  vous  sa  mére/ 
Ce  ne  fust  pour  estre  amcre 
AupécheurSy  mez  phisicienne 
En  leur  maulz  et  douice  moieniie 
Entré  eulz  et  Dieu  qui  vint  jadis 
Pour  eulz  en  vous  de  paradis 
A  leur  bien  et  a  leur  salut. 
Hé!  douice  Dame !  que  valut 
Sa  venue  et  sa  passion 
S'il  n'avoit  d'eulz  compassion  ? 
Dame,  je  parie  durement, 
Car  je  suis  dolens  grandement 
Quant  ona  setnence  bonne  et  §ainte 
Est  sy  tost  au  premier  estainte. 
Dame,  ä  vous  vieng,  ä  vous  ref  uy, 
Qui  estes  en  tous  maulx  refuy. 
Je  vous  supplye  el  vous  requier 
Pour  le  pueple  que  moull  ay  chier , 
Pour  qui  vourroye  encor  mourir 
S'estre  peust  pour  le  secourir, 
Et  pour  Paris  qu'on  dit  Lutéce 
Ou  Dieu  sy  amena  de  Gréce^ 
Et  mesmement ,  car  vostre  amie 
Geneviéve  sy  en  supplie 
A  Dieu,  ä  vous,  å  sains,  a  saintes, 
En  plcurs,  en  lermes,  en  complaintes, 


192 


LEST  HIRACLES 


Et  tant  fait  qu'eHe  est  trop  bien  digne 
Que  ly  soiez  douice  et  bénigne , 
Et  je  vous  en  pry  ,  chiére  Daoie. 

NOSTRE    DAME. 

Je  cognois  bien  la  sainte  fame, 
Je  Paime  bien  et  i'ay  bien  chiére. 
Sy  a  mon  fllz  par  tel  raaniére 
Que  volenticrs  chose  feroit 
Qui  bonne  et  plaisans  ly  seroit. 
Et  je  de  cuer  aussy  feroie 
Son  plaisir  tant  com  je  pourroie; 
Mais  véons  se  nostre  requeste 
Seroit  bonne,  juste  et  honneste. 
Vous  savez  que  malignité 
Régne  ou  monde  et  iniquité  : 
Or,  faut-il  par  droit  de  justice 
Punir  tout  raal,  pechié  et  vice. 
Combien  Dieu  soit  pitéable 
Aussy  juste  est  et  non  muable ; 
S'il  a  donc  sentence  jetée 
Que  France  soit  par  tout  gastée 
Nous  perdrions  nostre  langage. 

s.   JEHAN,  ågenous. 
Noble  Dame ,  courtoise  et  sage  , 
Voz  dis  sont  beaulz  et  gracieulz, 
Sains  et  vrays  et  substancieulz: 
E(  ce  n'e8t  mie  de  merveille , 
Car  vous  n^avez  point  de  pareille. 
Pour  Dieu  y  ne  tenez  ä  offence 
Se  je  vous  dy  cen  que  je  pance. 


DE    SAINT£    GENEVIÉVE  I  gS 


Ma  chiére  Damc,  quant  jaclis 
Dismes  au  rov  de  Paradis,. 
Que  le  feu  du  ciel  fist  desccndrc 
Pour  les  Samarins  ardre  en  cendre 
Qui  nous  et  noz  dis  despitoicnt, 
Respondit  qu'en  ce  temps  estoient 
.XII.  heurcs  en  .1.  jour  ouvrable.. 
La  response  fut  nioult  notable, 
Car  Dieu  en  pon  de  temps  labeure; 
Tel  est  grant  p(?cheur  en  nne  heure 
Qui  en  I'autre  a  Dieu  se  retournc 
Et  a  bicn  iaire  tout  s'atourne 
Commentnos  .1111.  freres  cy  firent 
Quant  ilz  a  Dieu  se  convertirent. 
Dame,  s'yniquilé  abonde 
Lä  dessoubz  en  ce  meschant  monde  , 
'  La  grace  Dieu  n'est  pas  estainte 
Ne  la  largesce  sy  estrainte 
Qu'il  punisse  sans  pitoier 
Qui  voult  plourer  et  lermoier, 
Jeuner,  vueillier,  mortendurer 
Pour  lez  pécheurs  de  mal  curer. 
Non ,  non ,  Dame ,  il  n'cst  pas  sy  nice , 
Mais  par  grant  sen  il  vaint  malice  , 
Car  sa  doulce  miséricorde 
De  justice  atrempe  la  corde 
Afin  que  trop  griement  ne  fiére , 
Et  sa  justice  droituriére 
Miséricorde  meine  droit 
Afin  qu'el  n'erre  contre  droit. 
1.  i3 


194  L^S    MIRACLES 


Par  ce  punist  en  garissant 
Et  sygarist  en  punissant; 
Ainssy  gouverne-il  et  ordeine , 
Sans  soussy,  sans  ahan,  sans  paine, 
Par  son  der  sen  et  inmutable, 
Toute  chose  qui  est  muable. 
Comhien  que  humain  entendement 
N'y  voie  pas  bien  clérement , 
Quant  dout  punir  ou  martirer 
II  veult  lor  doit-on  respirer 
En  sa  doulce  miséricorde, 
Et  quant  ä  doulceur  il  s'acorde 
On  doit  sa  justice  doubter. 
Or  véons  nous  lez  feus  bouler, 
Lez  gens  murdrir,  pillier  et  batre. 
Villes,  cbastiaus,  citez  abatre, 
Qui  est  Signe  que  nostre  sire 
Punist  son  pueple  par  juste  yre; 
Et  pour  ce  iez  gens  de  raisori 
Se  tiennent  fort  en  oroison 
Et  ne  cessent  de  crier  ev 
Afin  que  Diex  ait  d'eulz  mercy ; 
Et  sur  tous  vostre  damoysele, 
Geneviéve ,  en  vostre  chapele 
Est  en  si  grans  afflicions 
Pour  cez  grans  tribulacions , 
Que  c'est  pitié  ä  resgarder ! 
Par  suz  tout  prye  que  gärder 
Dieu  vueille  Paris  la  cité. 
Dame,  oiez-lå,  c'est  équitc, 


DE    SAINTE   GENBYIÉVE.  igS 


Et  je  vous  en  prie  et  requier. 

.NOSTRE-DAME 

Jehan ,  mon  tres  doulz  amy  chier , 

Et  vous,  mes  bons  loyaulz  amis, 

S.  Pierre,  S.  Pol,  S.  Denis, 

PuisquMl  vous  plaist  et  bon  vous  senible , 

Venez  avec  mov  tous  ensemble. 

Je  me  metray  a  l'avcnture. 

LES    APOSTHES    ET    S.    DENIS. 

Tres  grans  mercis ,  Vierge  tres  pure. 

Cy  descende  å  eulz  ä  conpaignie  d'anges ,  puis  ^  mete  å  genous , 

le«  apostres  derriére  elle,  et  die  : 

NOSTRE-DAME. 

Mon  Créateur  et  mon  Seigneur , 
Qui  m'avez  fait  sy  grant  honneur 
Que  vous  m'avez  esleuea  mére, 
Nul  honneur  ne  s'y  acompére. 
Vous  voiez  lez  turbacions 
Et  lez  grans  persécucions, 
La  tirannie  et  la  grant  guerrc 
Que  sainte  Église  sueffrc  en  terre  , 
Et  par  espécial  en  France 
Tourne  le  fort  de  la  meschance. 
Lä  sont  lez  bonnes  gens  destruis , 
Pillez ,  tuezy  ars  et  bruis, 
Vierges  a  force  defflorées , 
Nonnes  sacrées  violées, 
Et  mainte  fame  grosse  ouverte : 
Tout  va  a  essil  el  a  perte. 

i3. 


196  LES    MIRACLES 


Doulz  roy  de  paix  et  de  concorde , 
Du  pueple  aiez  miséricorde  , 
Vostre  ire  oslez ,  faites  leur  grace. 

JHÉSUS ,  en  séant. 
Dame ,  que  voulez  que  je  face  ? 
Pour  lez  metre  hors  de  misére 
Souffry  griefz  maulx  et  mört  amére  , 
Vous  le  savez,  et  ilz  le  scevent. 
Bien  cognoissent  que  (aire  doivent, 
Car  jadis  Denis  noslre  amy , 
Et  mainteuant  sire  Remv, 
Germain  TAuceiToies ,  Lou  de  Troies, 
Et  autres,  leur  ont  dit  lez  voves 
Par  ou  ilz  doivcnt  cheminer; 
Mais  leur  maulz  ne  veuicnt  finer , 
Ain^ois  pluseurs  ne  croient  mie 
\'en  moy,  iren  vous,  mére  Mnrie; 
Non  pas  le  rov  ne  lez  seigneurs 
Qu'avons  levez  ez  grans  honneurs , 
Neiz  de  ceulz  qui  sont  baptisiez, 
Ne  sommes  anicz  ne  prisiez. 
En  leur  mauvestiez  persevércnt.  . 
En  nous  ne  pou  ne  grant  n'espoircnt; 
En  leurs  trésors  et  fbrteresces 
Se  fient  et  en  leur  sagesces. 
Sy  lez  triboulous  pour  savoir 
En  qui  doivent  iiance  avoir: 
Vueilicnt  ou  non  lors  le  voerrönt. 
Quant  leur  bobans  et  fors  cherront . 
Ne  leur  sen  ricn  ne  leur  vaurra 


DE    SAINTE    GENEVIEVE.  igj 


Ne  leurs  efFors,  lors  sy  faurra 

Qu'ils  viegnent  a  nous  ä  recours, 

S'ilz  veulentavoir  iiul  secours 

N'en  biens,  ri'en  gens,  n'cn  corps,  n^eu  åme. 

Sy  vous  cessez,  ma  chiére  Dame, 

Lessiez-leur  boire  leur  folies. 

?IOSTRE-DAME. 

Tres  (loulz  Jhesus,  leurs  biens,  leur  viez 

De  vous  dépendeiit  et  desceiident; 

Sire ,  s'encore  ilz  ne  s'amendent 

>}'alez  pas  voye  de  rigueur. 

Sans  vous  n'ont  ne  sen  ne  viguenr , 

Et  qui  se  pourra  soustenir 

Se  vous  voulez  rigueur  tenir? 

L'escript  dit  que  ne  voulez  mie 

La  oiort  du  pécheur,  mez  la  vie. 

En  vous  nomiiie  par  bons  amis 

Filz  de  Marie  et  de  David, 

Chier  filz ,  c'est  pour  vous  reprouchier 

Que  n'avez  pas  cuer  de  bouchier , 

Mais  d'aignel  doulz  et  débonnaire , 

Qui  ne  :icet  a  nully  mal  faire. 

Sy  vous  pry  filz  amoureulz 

Que  ne  soyez  pas  rigoureux 

En  vers  eulz  ,  mez  doulz  et  bénigne. 

JHESUS. 

Danie,  pou  v  a  qui  soit  digne 
Qu'en  ly  face  grace  neiz  une. 
Leur  mauvestié  est  trop  conimune. 
Sy  requiert  par  droile  desserte 


igd  LES    MIRACLES 


Qu'elz  et  leurs  biens  voisent  ä  perte. 
Je  s^ay  bien  que  plusieurs  y  sont 
Qui  pou  de  mal,  moult  de  bien  font : 
A  ceulz-la  vueil-je  bien  entendre 
A  lez  guarentir  et  deffendre , 
Et  délivrer  de  tout  péril. 

NOSTRE-DAME ,  å  jointe^s  mains. 
Ha ,  mon  Seigneur ,  ha ,  mon  doulz  iilz , 
Ha,  doulz  Jhésus,  plus  doulz  que  miel, 
Pour  qui  descendistes  du  ciel , 
Pour  qui  vray  homme  devenistes, 
Pour  qui  en  mes  flans  vous  tenistes, 
Pour  qui ,  tres  doulz  filz ,  m'allestastes , 

En  monstrant  sez  mamelles. 

Pour  qui  ces  mamelles  succhastes, 
Pour  qui  fustes  prins  et  lié , 
Pour  qui  fustes  crucefié 
Et  mis  a  mört  entré  deulz  lierres, 
Ne  fusse  pas  pour  lez  péchierres? 
Oil ,  doulz  filz ,  oil ,  doulz  Sire, 
Sy  ne  les  vueilliez  pas  destruire 
Ou  de  tout  me  metez  a  nient. 

Cy  se  lesse  chéoir  suz  lez  coutes  adciis. 

SAIMT  JEHAN  ,  ä  jointes  mains. 
Tres  doulz  Jliésucrist,  et  dont  vient 
Qu'ä  vostrc  mére  glorieuse 
Suz  sains  et  saintes  précieuse , 
Sy  tres  durcmcnt  responncz , 
Sy  ti*és-grans  courrous  ly  donnez 


DE    S.\INTE    GENEVIÉVE.  1 99 


Qui  vous  nourrit,  qui  vous  porta , 
Qui  doulcur  et  desconrort  a 
Du  pueple  qui  ainssy  pérille, 
Dont  Tun  Tauti^c  tuc  et  essille, 
Pour  qui  vostre  sanc  espandistes 
Quant  en  la  crois  pour  eulz  pendistes? 
Lh ,  Sire ,  lä  me  recommandastcs 
Et  moy  pour  vous  ly  assignastes. 
Brief,  Sire ,  durer  ne  pourroye 
S'en  douleur  longuement  vcoie 
Ma  chiére  Dame,  vostre  Mére. 

Cy  chiée  adens  et  taiitost  se  reliéve  å  geiious. 

JUÉSIJS. 

Jehan,  la  cause  est  trop  auiére 
Et  trop  pesans,  dont  me  desplaist; 
Mez  puisqu'ä  ly  et  ii  vous  plaist 
Je  me  cesseray  en  partie. 
Mérc,  ne  vous  desconfortez  mie, 
II  n'apartient  pas,  levez  sus, 
Venez  seoir  lez  moy ,  ca  < Jessus. 
Vostre  vouloir  sy  est  le  mien, 
(-lar  vous  ne  voulez  que  tout  l>ien  ; 
Sy  ne  vous  vueil  pas  escondire. 
NOSTRE-DAME ,  en  aourant. 
Voslre  plaisir  soil  fait,  cliier  Sire. 

Lors  se  lieve  et  voise  devaiit  Dieu  Icz  soii  ciege  et  lä  se  legiie  en  cstant, 

et  lez  sains  ileiTiére  vWe. 

JIlÉSliS.    ^ 

Méro,  pour  vostre  amour  (eray 


200  LES    MIUACLIiS 

Que  lez  amez  je  garderay, 
Et  leur  seray  doulz  et  propice, 
Mais  je  troubleray  par  justice 
Lez  fors,  lez  viiles,  lez  cités, 
Ou  ilz  font  leur  iniquitez. 
Belle-mére,  a  tant  vous  souHise. 

NOSTRE-DAME,  å  genous,  €t  lez  sains  se  metent  aussy  ä  genous 

derriére  el  le. 

Sire,  faites  å  voslre  guise 
Dez  fors,  dez  villes  et  des  biens 
Puisque  lez  espcris  sont  miens; 
Mais  toutevoies  je  vous  supplie 
Que  de  une  viergc ,  moy  amie, 
Qui  est  aussy  la  vostre  aniée 
Avant  qu'elle  fu  oncques  nce, 
Que  lez  gens  nomment  Geneviéve, 
Qui  nuit  et  jour  se  peine  et  grieve 
De  faire  tout  vostre  plaisir , 
Vueilliez  aconiplir  le  dcsir. 
Sa  priere  est  et  sa  requeste 
Qu'il  vous  plaise  en  ceste  tenipeste 
Gärder  et  deffendre  Paris. 

Kn  inonstraiit  Ics  sains. 

'Et  vcez  icv  vos  bons  amvs 
Auqueiz  la  dite  sainte  vierge 
A  offert  maint  tuertis  et  cierge 
Qui  vous  en  prient  Fuimblement. 

S.    PIERRE,    S.  V»OL  ,    S.    JEUVN,    S.    DKMS. 

Doulz  Jhrsucrist,  dévoteuient 


DE    $A1INT£    GENEVIEVE.  201 


Vous  en  prions  et  supplions. 

JHÉSUS. 

f^evez  suz,  nous  ly  octroions 
Cen  qu'å  present  veult  demander, 
£t  ly  entendons  a  mander 
Par  noslre  archange  Gabriel. 
NOSTRE-DAME  ET  LES  SAiNS ,  å  coutes  et  ä  genous. 
Gloire  ä  vous,  doulz  Emmanuel! 

Lors  se  liévent  et  voisent  soer. 

JHÉSLS. 

Tu  Gabriel,  liéve  sus,  lieve. 
Va  tost,  sv  diz  h  Geneviévc 
Que  j'aY  oyc  sa  reqneste. 

S.    GABRIEL. 

Sire  Diex ,  g'y  voiz  a  grant  feste. 

Cy  voise  et  quant  il  sera  venu  sy  die : 

Geneviéve,  en  Dieute  conforle; 
Par  toy  salut  au  pueple  aporte. 
Enorte  lez  de  Dieu  ourer 
Et  de  leurs  grans  péchiez  ployrer 
Par  quoy  Dieu  a  tourment  les  livré ; 
Désormez  prenent  a  bien  vivre. 
Dy-leur  qu'ilz  ne  bougent  leurs  biens, 
Gar  Paris  n'ara  mal  en  riens , 
Maiz  lez  lieuz  ou  ilz  ont  fiancc 
Seront  par  péchié  a  nieschance: 
\  Dieu  soiez,  je  m'en  revoiz. 

Lors  sans  revoise  sans  chanter. 


202  LES    MIRACLES 


SAINTE  GENEVIÉVE ,  å  jointes  mains  et  å  genous. 
Tres  doulz  Dieu,  de  cuer  et  de  voiz 
Graces  vous  rend  tant  com  je  puis 
Dez  biens  que  me  faites ,  et  puis 
Qu'ä  cest  fait  vous  plaistcy  m'esiire, 
Vueilliez-moy  gärder  et  conduire. 

Lors  se  liéve  en  estant  et  die  au  pueple  d'environ. 

Doulces  gens,  oyies  avez 
Les  tribulacions  du  monde , 
Et  la  cause  est,  vous  le  savez , 
L'iniquité  qui  y  abonde. 
Pour  Dieu,  chascun  nétoie  et  monde 
Sez  meurs,  s^åmc,  sa  conscience, 
Sy  par  vie  nete  et  munde 
Puisse  eschivoir  tel  pestilence. 
Par  espécial  vous,  mcz  dames, 
Gontre  ceste  turbacion , 
Gontre  ccs  hontes  et  diffames  , 
En  jci^nes,  en  anilctions  , 
En  lermes  et  en  oroison 
Espandez  devant  Dieu  voz  åtnes  , 
Gomme  firent  en  leur  saison 
Judith,  Hester,  .11.  saintes  Tames, 
Et  sy  dites  ä  vos  maris 
Qu'ilz  ne  muent  point  domicilc 
Nequ'il  ne  bougent  de  Paris 
Leur  richcces  ne  leur  famille, 
Gar  Dieu  sy  gardera  la  ville; 
Mais  loy.  fors  seront  nmcniiz  , 


DE    SAiNTE  GENEVIÉVE.  2o3 

Prins  et  åbandonnez  ä  pillc , 
Ou  cuident  estre  garentis. 

LE    PREBIIER    BOURGOYS. 

Biaulz  seigneurs,  nous  sommes  trais. 
II  est  venu  en  cest  pais 
Une  sorciére,  une  béguinc, 
Qiii  prophétise,  qui  devine, 
Qui  dit  que  Paris  n'ara  garde. 

LE    SEGOND. 

Et  qui  est  ore  ceste  oustardc 
Qui  dist  les  choses  a  venir? 
Ysaye  ne  puet  tenir 
Que  nulz  les  sache  nullement 
Fors  le  devin  entendement, 
Se  Dieu  par  inspiracion 
N'en  fait  édificalion. 
De  quoy  se  va-elle  cntremetre 
Qui  de  clergie  ne  scet  letre , 
Ou  se  lez  letres  lit  et  conte 
Sy  ne  scet-elle  a  quoy  ce  monte? 
S'un  frcre  cordier  ly  a  dite 
La  vie  sainte  Marguerite , 
Scet-elle  pourtant  toute  science; 
Je  vous  en  diray  ma  sentence  : 
Soit  jetée  et  noiée  en  Saine ! 

LE    TIERS. 

Ce  seroit  trop  legiére  paine  : 
Soit  lapidée  k  grosses  pierres , 
Gar,  par  la  foy  que  <loy  saint  Pierres , 
De  tclz  inerdcs  trop  enduron; 


204  LES    MIRACLES 


Ou  s'el  a  maison  ne  biiron, 
Je  conscille  que  lä  soit  mise 
Trestoute  nue  en  la  chemise  , 
Liée  å  cordes  fort  et  ferme, 
Puis  boutons  sanz  metre  aiitre  terme 
Le  feu  entour  et  environ. 

LE    PREMIER. 

Seigneurs,  ces  chemins  pas  n'iron : 
Le  prince  tantost  le  saroit 
Qui  k  amcnde  nous  trairoit. 
Vecy,  faisons  faire  une  fosse 
En  my  un  champ  de  pois  en  cosse, 
Puis  par  aucun  blandissement 
La  menon  la  tout  coyeraent : 
Sv  Tenfouirons  toute  vive. 

TROTEMENU  ,  en  monstrant  rarcliidiacre. 
Vecy  un  seigneur  qui  arrive 
Qui  vousist  bien  parler  a  vous. 

l\rchediacre  d^aucerre. 
Diex  vous  gart,  mes  seigneurs ,  trestous ! 

LEZ    BOURGOIS. 

Vous  soiez  le  bienvenu,  sire. 

l'archediacre. 
Seigneurs,  je  me  suis  lessic  dire 
Que  vous  traitiez  de  Genevote, 
Damoysele  sainte  et  dévote, 
De  quel  mört  la  pourrez  tuer. 
Pour  Jhésucrit  vueilliez  muer 
Vostre  propos  qui  trop  Torvoie  ; 
Car  vrayement  presens  csloio 


DE    S.VINTE    GliNEVlÉVE.  20J 


Quant  bien  prés  decy,  ä  Nanterre, 

Monseignenr  saiiit  Germain  crAuccrrc 

Enmy  le  pueplc  de  la  ville 

La  vierge  vit ,  qui  jeune  fillc 

Estoit  adouc,  et  l'ai)ela. 

Le  Saint-Espérit  ly  rcvela 

Que  lez  anges  sollennitc 

Firent  en  sa  nativltr , 

Et  qu'elle  estoit  de  Dieu  eslite 

Vierge  sainte  et  de  grant  mérite, 

Et  que  mainte  maise  personnc 

Par  sa  bontc  devcndroit  bonne. 

Et  que  målade  et  enferme 

Par  elle  seroit  fort  et  Ibrnie. 

Il  ly  donna  sa  benéi^:on 

Et  ly  baiila  une  li^on 

Que  la  vierge  a  bien  retenue  j 

Car  elle  c'est  tousjours  tenue 

En  vraye  foy,  en  charitc, 

Et  en  humble  virginité. 

Sans  joliveté,  sans  cuintisc, 

Songneusenient  hantc  Téglisc 

A  jour  ouvrable,  a  jour  de  feste. 

Conversation  rnaine  honneste, 

En  aumosneS)  en  oroison, 

En  jeunent,  en  toutes  saisons , 

En  pein  d'orge  et  en  yaue  froide. 

Qui  a  le  cuer  sy  dur,  sy  roide , 

Que  de  telle  daine  il  mesdie? 

Pour  le  pueple  adez  pleure  et  prie , 


206  L£8    MIRACLKS 


Miracles  fait  sy  en  apert, 
Sy  inerveiliielz  que  bien  apert 
Qu'elle  est  et  vraye  et  bonne  et  purc 
Et  que  Dieu  i'a  prinsc  en  sa  cure; 
Car  nul  ne  pourroit  faire  certes , 
Vertus  sy  nobles,  sy  appertes, 
Sans  Totroy,  faveur  et  aidence 
De  Dieu  qui  a  toute  puissance. 
Monseigneur  saint  Remy  de  Reins , 
Saint  Lou  de  Troies,  plusieurs  sains 
Et  mainte  autre  bonne  personne 
La  tiennent  a  merveillez  bonne 
Et  de  sy  excellente  vie 
Qu'el  a  l'espérit  de  prophécie. 

Saint  Germaifi  l'amoit  tendrement 

■ 

Qui  savoit  son  contenement , 

Qui  par  moy  maint  salut  ly  mende 

Et  grandement  se  recommande 

En  sez  oroisons  et  priéresr; 

Sy  que,  mes  seigneurs  débonnaires^ 

Pour  Jhésucrist  vueilliez  cesser , 

Vousrepentir  et  confesser, 

Car  il  vous  en  pourroit  mal  prendre. 

LB    PREMIER. 

Sire,  Diex  le  vous  vueille  rendre! 
Nous  nous  cesserons  volentiers. 
Nous  alioDS  lez  maulz  sentiers 
Se  Dieu  ne  vous  eustamené. 

LE    SEGOND. 

Dieu  vous  a  a  nous  assené; 


DE    SAINTE    GENEVIÉVE. 


207 


Gar  certes  perdue  Tussions , 
Et  aprés  ce  perdus  fussions; 
Mais  je  voy  bien  que  Dieu  I 'a  clijére, 
Et  que  Diex  en  mainte  maniére 
Seult  deflPendre  et  gärder  lez  siens. 

LE    TIERS. 

Vous  Tavez  rcscouce  dez  chiens, 
Chier  dire,  et  partant  je  croy  bien 
.  Que  c'est  une  fame  de  bien . 
Diex  la  vueille  és  cielx  couronner, 
Qui  nous  vueille  tout  pardonner. 
Sire,  nous  ly  obéiron 
Et  son  vouloir  acompliron 
Puisque  vous  le  nous  conseilliez. 

l'arciiediacre. 
Loé  soit  Dieu!  j'en  suis  bien  licz; 
A  Dieu,  seigneurs.    / 

LES    ROURGOIS. 

Adieu,  chier  sire ; 
Venez  boire. 

l'arghediacr£. 
Dieu  le  vous  mire. 
Je  voiz  disner  a  saint  Fiacre. 

Cy  Yoifte. 

LES    BOURGOIS. 

Adieu  donc,  sire  archediacre. 


208  LES    MIRACLES 


Cf  apres  est  contena  comment  madame  sainte  Geneviéi^eJiU  målade 
ä  Paris ,  si /ort ,  que  par  .iii.  jours  nulz  ne  véoit  en  eUe  signe 
de  viCf  fors  que  sajoe  estoit  un  pou  rouge;  et  lors  son  propre 
ange  print  Cespérit  de  elle  et  le  mena  ou  Ueu  des  saifpez  et  au 
lieu  des  dampnez  ;  tantost  apres  fut  garie  et  lä  receut  Fespérit 
de  prophécie. 

Sainte  Geneviéve  se  liéve  et  se  conplaigné  ä  sainte  Céline  en  disant : 

An  Diex  la  tcste,  an  Diex  le  cuer! 
Je  ne  puis  clurer ,  belle  suer  ; 
Jetez  suz  mon  lit  de  la  cendre  , 
Et  puis  vueilliez  desuz  estendre 
Une  haire  forte  et  poignante ; 
Car  jä  a  van  t  que  le  cuq  chante 
Rendre  l'åme  ä  Dieu  me  convient. 

Cy  se  lessp  choer. 

4 

SAINTE  CÉLINE,  en  la  couvrant. 

Hé,  mére  Dien !  Danic  ,  et  donc  vient 
Ce  mal  qui  tant  vous  dcsconforte  ? 
Ha  lasse !  je  croy  qu'el  est  morte. 
El  ne  se  plaint  n'elle  ne  crie 
N'en  ly  ne  voy  signe  de  vie 
Fors  que  sa  joe  est  .i.  pou  rouge  : 
El  n'a  ne  pié  ne  main  qu'el  bouge. 
Doulz  Diex,  vueilliez  la  secourir 
Ou  bien  tost  me  faites  raourir, 
Car  sans  ly  ne  saroye-je  vivre. 

MARGOT. 

Hé  Diex,  seroy-je  ja  delivre 


DE    SAIXTE    GENEVIÉVK. 


aop 


De  ma  tres  chiére  el  rloulce  dame! 
Lasse,  que  fera  ma  pauvre  åme? 
Ha  lasse!  qui  m'enseigiiera  ? 
Ha  lasse!  et  qui  me  gardera  ? 
Cestoit  ma  joye  et  mon  confort , 
Cestoit  ma  tour ,  c'estoit  mon  fort 
Ou  j'avoie  refqy  sonz  Dieu! 
A !  mört!  tu  joues  de  mais  gieu  \ 
Vien  toy,  vien  toy,  å  moy  aerdre, 
Ain^ois  que  Tame  faces  penire; 
Car  esgarée  ot  espardue 
Seroy  se  par  toy  l'ay  perduc. 

JHÉSUS. 

Raphaél,  va  k  Geneviéve, 
Et  afin  qu'ou  mal  qui  la  griéve 
Et  en  tout  autre  ait  pacicnce, 
Et  en  tout  bien  clére  science , 
L'åme  du  corps  ly  österås , 
Et  lez  tourmens  ly  monstreras 
Qu'arontceulx  qui  seront  dampnez. 
Et  lez  grans  aises  dez  sauvez ; 
Puis  la  metras  ou  corps  arriere ; 
Et  la  feras  saine  et  légiére. 
Va  et  rerien  ysnelement. 

RAPHAEL. 

Sire  Diex ,  je  voiz  liément. 

Lon  voise  et  quant  il  sera  vena  sy  die : 

Ame  tres  pure  et  sainte ,  ys  hors. 
Dieu  veult  que  yssez  du  corps. 
II.  1 4 


aiO  LES    MIR\CLES 


Lors  preigne  une  ymagete  soolz  le  couvertear  et  la  tiegne  suz  son 
brås  senestre  en  ly  monstrant  ä  la  destre  enfer  en  disant: 

Arne ,  rcgarde  et  considére 
Lez  grans  tourmens,  la  grant  miaére, 
Lez  gran^  peines,  lez  grans  douleurs, 
Lez  gran»  froiclures ,  lez  chaleurs, 
La  fain,  la  soif ,  les  crieries, 
Lez  thcnébres,  lez  punésies, 
L'orriblc  vision  de  dyables, 
Lez  grans  tenii>estes  pardurablesi 
Qu'en  enfer  sueffrent  les  pécheurs 
Larrons,  murdricrs,  traistes,  pilleurs, 
Juifz,  paiens,  bougres,  hérites, 
Orguillieurs ,  heineus ,  ypocrites , 
Faulz  ouvrier^  et  f9ulz  baretierros, 
Entrejeteurs  et  enchanterre9 , 
Charmeurs,  devins,  sorciers,  sorcieres, 
Gloutons,  ribaus,  hputiers,  houlliérés, 
Usuriers,  avaricieus, 
Meoteurs,  parjures,  envieus, 
Félons ,  maugréeurs,  mesdisans, 
Faulz  tesmoing  ^  lez  autry  nuisans  j 
Faulz  peseurs  et  iiaula  m^sureurs , 
Faulz  avocas  ^  faulz  prooureurs , 
Faulz  laboureurS|  faulz  conratiers , 
Faulz  marchéans  et  faulz  regratiers  ^ 
Fames  qui  se  paignent  ou  färden  t, 
Ceulz  qui  lez  festes  pas  ne  gardent , 
Ceulz  qui  leur  mari^ge  ^firaigoeot^ 
Ou  jeune  om  v^u  pwlz  qi|i  w  daigqent 


DE  SAINTC  GENfiVlKVE.  21  I 


Porter  honeur  ä  pére  et  a  mére , 
Personne  qui  se  dcsespére , 
Ceulz  qui  Dieu  et  sez  sains  bla&rdent, 
S'ainMy  muirent  il  fault  qu^il  ardent 
La  en  enfer  sans  iinemcut; 
Mez  les  bons  qui  dévotement 
Serviront  Dieu  el  ameront 
Et  sez  commandemens  ferout  y 
Et  ceuiz  aussy  de  sainte  église , 
De  cuer  et  de  fait  sans  faintise , 
Aron  t  pardurable  léece 
Lk  en  paradis  sans  tristece  y 
Sans  fain,  sans  soif  et  sansdouleur, 
Sans  ennuy,  sans  froit,  sans  chaleur , 
Lä  ver  ron  t  en  félicité 
Vray  Dieu,  bénoisle  Trinité. 
Ren  tre  en  ton  corps,  Dieu  le  te  mande. 
Je  m'en  voiz ,  a  Dieu  te  commande. 
Cy  8'en  revoiae  sans  chanter. 

SAINTE  GBNETIÉVE ,  en  toy  levaiit  et  en  séanl  siiz  son  lit. 
Doulz  Jhésucrist,  jo  vous  mercie 
Qui  en  cest  grief  maladie 
M'avez  doulcement  visitée. 

SAIIITB   CÉLINE. 

Hé !  la  mére  Dieu  soit  loée, 
Chiére  datne,  et  comnoanr  vous  est  ? 

SAINTE    GENEV1ÉVB.  ' 

Loé  soit  Dieu  puis  qu'il  iy  piatst. 
J'ay  eu  assez  douleur  et  paine; 
Mais  ore  me  sans  toute  saine 

'4 


312  LK8    MIKACLES 


Et  en  bonne  prospérité. 

MARGOT. 

Madame ,  en  cest  aciverssité 
Qu'avez  par  .iii.  jours  soustenue, 
Qu'estez-vous  ore  devenue? 
II  sembloit  que  vous  fussiez  morU*. 

SAmTE    GENEVIÉVE. 

Mercy  Dieu,  je  suis  saine  et  forte, 
Belle-suer;  il  vous  doit  sonffire. 

MARGOT. 

Madame,  mez  vueilliez  nous  dire 

Pour  1'amour  de  Nostre-Seigneur , 

A  sa  gloire  et  å  son  honeur 

Et  ä  nostre  ediBcacion 

Se  vous  avez  veu  vision 

Que  puissiez  dire  bonnenoenl? 

SAiriTE    GENEVIÉVE. 

On  doit  tenir  secrétement, 
Belle  suer,  lez  secrez  de  Dieu, 
Jusqu'å  tant  qu'en  teoips  et  en  lieii. . 
Et  pour  cause  bonne  cogente 
A  personne  de  bonne  en  ten  te 
On  lez  puisse  bien  reyéler; 
Maisä  plusieurs  lez  fautcéicr 
Qui  du  bien  ne  font  qu^enpirier; 
Car  ilz  ne  s'en  font  que  naoquier, 
Que  pis  est  bonté  et  vérité 
Impugnent  par  malignité , 
Et  ceulz  qui  bien  et  vérité  aiment, 
Persécutent  et  folz  le^  daiment. 


DE    SAINTE    GE>EVIÉVE.  21 3 


Pour  eulz  dist  Diex  que  lez  sains  bieiis 

On  ne  doit  point  jeter  aus  chiens , 

N'au  porciaus  pierres  précieuses. 

Mez  suers  doulces  et  gracieuses 

Förment  vous  merveilleriez 

Se  iez  grans  tourmens  saviex 

Que  telz  gens  seufTrent  en  enter. 

En  ardent  acier  ne  en  Ter 

Ne  seroit  nulz  sy  en  malaise 

Com  sont  en  l'inrernnl  iburnaise. 

Lez  peines  y  sont  pardnrablcs, 

Horribles  et  intolérables, 

Mez  doulces  suers,  je  le/  av  veues. 

Las !  qu'il  y  a  de  ämes  perdues ! 

Je  me  tez ,  dez  juifz  paiens, 

D'apostas,  de  faulz  crestiens , 

Qui  font  pubiiquement  leur  vices 

Et  prennent  gioire  en  leur  malices, 

Qui  tourmentez  y  sont  sans  nonibrc; 

Mais  autres  y  a  qui  soulz  umbre 

De  bonté  et  de  sainteté, 

Font  maint  grant  meschancetc ; 

Et  puis  quant  il  vont  k  confesse 

L'anemy  sy  fort  lez  empresse 

Par  ypocrise  faintive 

Ou  par  fole  honte  et  creintive , 

Que  ja  il  ne  diront  vérité. 

Sy  double  leur  iniquité , 

Caril  menlcnl  an  Sainl-Esperil 

Comuie  Ananie  qui  pcrisU 


4 


21  4  LES    MIRACLES 


Puis  le  saint  sacrement  re^oiyent, 
Et  euiz  ef  le  monde  dé^öivent ; 
Car  on  lez  tient  bonnes  personnes; 
Mais  certes  ilz  ne  sont  pas  bonnes 
Sy  fy  teiz  gens  ne  valent  rien  , 
Et  trop  pou  en  revient  ä  bten 
Car  ä  tousjours  niez'8ont  liez 
Se  par  Dieu  ne  sont  desliez  ^ 
Qui  het  feintises  et  ordores 
Las  que  penssant  teIz  créatures, 
Ilz  cuident ,  ce  seoibie,  que  Diex 
Soit  sourt  et  qu^ait  crcvé  les  yex, 
Et  qu'il  soit  sy  fol  et  sy  nice 
QuMI  n'ait  en  lui  point  de  justice. 
Cest  erreur,  c^est  forsenerie, 
Cest  horreur,  c^est  grant  déablye. 
Certes  tout  å  clerté  vendra, 
Et  Dieu  juste  ioier  remlra 
A  tous  selonc  ce  qu^ilz  desservent. 
Ha  lasse  \  ceulz  qui  k  Dieu  servent 
A  ieur  povoir  souvent  avient 
Que  par  .i.  mescbief  qui  ledr  vient 
De  vaine  gloire  ou  de  vantance 
Ou  d^aucune  ^lesordenance, 
Perdent  la  grace  qu'rlz  avcnent, 
Et  aucune  fois  tant  desvoient 
Qu'ilz  vonl  å  perte  et  å  exil, 
Donc  se  ceulz-cy  sont  en  péril 
Lez  autres  doivent  bien  doubter. 
Pour  ce  doit-on  ipoull  rcdonblcr 


DE    SAINTE    GEIfEVlÉYE.  21 5 


Lez  jugemens  Nostre  Seigneur , 
Ét  vhnre  cfi  paour  et  en  crelmeur, 
Cäcöntré  inal  tousjburs  vueilier, 
örer  et  son  corps  traveillier, 
Bien  £siire  adez  de  mai  cesser, 
Quant  en  péchie  soy  confesser 
Sans  riens  celer  et  sanz  mentir 
Et  de  tout  son  cuer  repentir, 
Au  plus  tost  qu'on  puet  sans  soogier. 
Plus  lesae-on  le  mal  prolongier 
Et  plus  est  pénible  ä  guérir. 
Paresce  fait  maint  bien  périr, 
Mez  belles  sueurs^  prenez  cy  garde, 
N'y  ait  celle  qui  point  fétarde 
A  bien  &ire  ii  tout  son  povoir. 
Laissiez  1^  rire  et  le  juouer : 
Joiaus,  chan^ons^  dances,  kai^oles, 
Diex  n'a  cure  de  telz  frivoles ; 
Plourer  iauit  qui  veult  avoir  joye. 
Cil  qui  vous  fist  vous  tiengne  en  voye 
De  vostre  salut  par  sa  gräoe  I 

SÅlNTB  CÉLIME  BT  MARGOT. 

Ameny  dame,  et  Diex  vous  parface. 
Lors  ysfie  de  son  Ut  et  se  siée  snz  b  fauitne  qui  est  eu  costé. 


2l6  LES    MIRXCLES 


Cf  apres  est  de  une  nonnain  de  Bourges  qui  vini  voir  madame 
sainte  Geneviéi^e^  ä  laquelle  sainte  Geneviéi^e  demanda  en  guel 
estat  elle  vivoit ;  et  eile  Ii  respondi  que  en  saintemonie  vwoii 
comme  yierge  sccrée^  Lots  la  sainte  remplie  du  Saint-Espérii 
fy  nomma  celuf  qui  favoit  dejjiorée^  et  quant  et  oä  cefulfaii* 

LA   NONNAIN. 

Daine,  Diex  vous  doint  bonne  vle! 
SAINTE  GENBVIÉVE ,  en  soy  levant. 
Bien  vegniez-voiis ,  ma  douice  amie! 

LA    NONNAIN. 

Dame,  j'avoie  grant  désir 
De  vou^  véoir  tout  par  loisir; 
Gar  j'ay  oy  tant  de  bien  dire , 
De  VOUS ,  loé  soit  nostre  Sire , 
Que ,  pour  voir ,  durer  ne  povoye 
Se  de  prés  ä  vous  ne  parloye 
Pour  moy  ä  vous  recommander. 

SAINTE   GENEyiÉVE. 

Belie  suer ,  Dieu  vueille  amander 
Mez  défautes  queiles  qu'eiles  soient, 
£ts'aucuns  biensen  moy  estoieut 
Celluy  qui  tout  bien  donne  et  garde 
Lez  monteplie  et  en  soit  garde. 
On  loe  maintes  gens  sanz  cause, 
Sy  vous  pry  que  cy  faisons  pause. 
Et  trop  mielx  vient  tenir  scilencc 
Qu'åine  ioer  en  sa  présence ; 
flår  (]ni  loe  il  semblc  qui  ilate, 
Qui  est  loé  a  i>oiuc  lualc, 


UE    SAINTE    GENBYIÉYE.  af] 


Veine  gloire  qui  tors  le  tente. 

LA    NONNAIM. 

Je  ne  scay  mez  selonc  m^ent^fite 
Vous  f US  tes  de  bonne  lieure  née, 
Quant  avez  sy  gran  I  renommée 
Que  c'est  une  droite  biauté. 

SAINTE    GENEVIÉVB. 

Suer,  lessons ;  dites  en  iéauté, 
Esteck^vous  nonne  ou  mariée? 

LA   NONNAIN. 

Je  ne  tu  ohcquesespousée, 
Chiére  dame,  en  jour  de  ma  vie; 
N'oncques  a  moy  n'eut  conp^iignie 
Homme  vivant  dessoubz  ie  cicl. 

SAIMTE   GENEVIÉVE. 

Que^ites-vouSy  saiut  Michiel? 
Gardez  å  vostre  conscience. 
Men  ti  r  de  certaine  science 
Kst  pécbié  trop  grant  et  trop  grief. 

LA    NONNAIN. 

Bieu  puet  estre,  dame,  mez  brief 
Je  ne  vueil  plus  de  cest  langage. 

SAINTE    GENEYIÉVB. 

Comnoent,  parler  de  puoeiage 
Et  de  cbastée  est-ce  ofibnce  ? 

LA    NONNAIN. 

Je  vous  ay  dit  ce  que  je  pense , 
Dame  ^  pariez  d'autre  doctrine. 

SAIMTE   GENEVIÉVE. 

So  vous  aviez  une  espiiic 


21 8  LBS   MIRACLES 


Ou  dos  dolit  mourir  pourriez , 
Dites-mOY  se  vous  vourriez 
Que  je  ('ostace  sans  périi  ? 

LA    nONNAIN. 

Lasse,  qooy  donc?  certes  oii. 

SAINTtt   GRNEVIÉVB. 

Or  soutFrez  donc  que  je  vous  öste 
.1.  maion  qu^avez  soubi  la  ooste ; 
Mez  vous  döuk^z,  espoir  la  péine. 

LA   NONNMN. 

Dame ,  je  me  sans  toufe  saine, 
Pourquoy  parlez-vous  de  td  chose  7 

SAINTB   GENEVIÉVB. 

fielie  suer,  et  dire  vous  ose 
Que  vous  estes  förment  matade , 
Et  de  van  t  Dieu  lede  et  malsade  - 
Qui  scet  bien  vostve  iniquité 
Que  couvrez  de  virginité , 
Et  vous  tenez  ponr  vie^  satnte 
Et  non  estes^  mez  vierge  fainte; 
Non  pas  vierge,  non,  mais  tibaude  ^ 
Qui  fijBtea  en  avril  sy  baude  y  ' 

Le  tiers  jour  ^  entré  cbien  et  lou, 
Qu'ou  jardin  Gautier  Chanteiow 
Vous  souiiristes  qpe  son  berefaier 
Vous  defflourast  scMjb^  .i.  peschier. 
Ha  lasse !  pouvre  créature , 
Pour  .i;  po<vre  délit  d^ordure 
Perdue  avez  par  mal  oavrer 
Virginité  sans  i-ecouvrer ; 


UE    SAINTE    GENEYIÉVR.  2ig 


Perdu  Dieu,  sez  bieas  et  aa  joye, 
Perdu  vou^mesmes  ae  par  voye 
De  contricion  douloureuse 
Et  de  péuiteoce  angoisaeuse , 
A  la  douice  miaériowde 
De  Dieu  n'avez  pau  et  ^corde ; 
Mez  quoy  par  yostre  vaioe  gloire, 
En  fuiaot  boote  transiitoiF^ 
CelezVo9tre  male  moacbaoce^ 
Dont  vous  D^avez  jå  aiéganoe) 
Ce  sacbiez »  ae  remissiw 
Ce  oe  n^est  par  confessioD. 
Puisque  povez  avoir  oopie 
De  prestre  durant  vostre  vie, 
Et  cuidez-vous  qu^el  ne  soit  sceuc  ? 
Certes  sy  est;  Dieu  l'a  bien  veue. 
Lez  anges  et  dyabtes  sans  doubte 
Soevent  bien  vostre  vie  toute. 
Espoir  aussy  vpstre  lécbeur 
S'eB  est  vante  k  maint  pécbeur; 
Mez  poMQS  el  cootrepeqssons 
Que  de  c^en  ne  sacbe  riens  horns. 
Vostre  povre  ftme  que  fera 
Quant  Dieu  son  pecbié  monstrera 
A  tous  ceulz  qui  sont  et  seront  ? 
Quant  maufelz  la  tourmenteront 
Sans  pitié,  sanz  fin,  sanz  cesser? 
Pour  Dieu  vueiiliez  voiis  confesser. 
De  bouche,  de  cuer  repentir 
Et  ne  vueiiliez  pour  riens  mentir  p 


å  .    .. 


!1!K>  LES    MIRACLES 


Prenez  bon  propos  de  bien  faire , 
£t  Yous  vueilliez  de  mal  retraire 
Dore  en  a  vant  sans  diflTérer, 
En  Taide  de  Dieu  espérer, 
El  Diex  ara  de  vous  pitié. 

Lå   NONBiAIN. 

Je  recongnois  ma  mauvestié. 
De  ma  le  heure  fii  onoques  née; 
Mez  c'e8t,  ce  eroy,  ma  destinée. 
11  convenoit  que  je  pécbasse. 

SAINTE    GBNEVIÉVB. 

Or  est  pis  que  devant,  hal  lasse, 

Vostre  péchié  et  vostre  erreur. 

Metez  suz  b  Dieu  c^est  horreur. 

Dieu  ne  destine  ne  ne  fait 

Péchié,  mez  vostre  cuer  defait 

Quant  il  fu  de  péchié  tente 

Esteut  de  franche  volenté 

Le  mal  et  refusa  le  bien. 

Pour  le  corps  aisier  comme  .1.  chieo/ 

Jeta  hors  creinte  et  bonne  honte;, 

D'onneur ,  de  raison  ne  tint  conte 

A  Dieu  du  tout  désobéir. 

Dieu  sa  grace  östa ,  sy  chéit 

Par  sa  coupe  en  péchié  mortel. 

LA    IfONNAIN. 

11  faloit  que  te  cas  fust  tel , 
Gar  Dieu  savoit  que  pécheroye. 
Comment  gärder  donc  m'eii  povoye 
<^>uant  il  le  savoit  sanz  (aillir? 


DE    SAINTE    GENEVIÉVE.  231 


SAINTE    GENEVIÉVE. 

S'en  .1.  lieu  je  vous  voy  sailllr 
Dont  vous  ne  vous  puissiez  r  avoir, 
Dites,  mon  voir  et  mon  savoir 
Vous  contraignent-il  ä  ce  faire? 

LA   NONNAIN. 

Nennil  voir,  dame  déborin^ire. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Tout  aussy  vous  dy-je  en  vérilé 

Que  contrainte  ou  nécessité 

Ne  fait  ä  nul  ie  Dieu  re^rt. 

Pour  ce  homme  on  fame  bien  se  gart , 

A  qui  Dieu  clerentendement 

Par  pure  grace  purement 

A  donné  pour  savoir  eslire ; 

Car  au  choisir  s'il  prent  du  pire  , 

N'est  merveilles  s'il  s'en  repeiU. 

Quant  de  Dieu  donc  tout  despent 

Qui  tout  sen  et  tout  bien  sounnopte , 

Le  pécheur  mescbant  ne  tient  conteV 

Ainfois  de  certaine  science 

Contre  remors  de  conscience  , 

Con^me  que  soit  du  tout  eslit 

Son  vouloir  faire  et  son.délit. 

SMi  le  dampne  ly  faitrii  tort.  ' 

LA   NONNAIN. 

Or  suis-je  arrivée  å  mau  port  : 
M'a  Faite  Dieu  pour  moy  dampner, 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

Mez  pour  vous  és  cielx  couronnor.  - 


332  LES    MIRAGLBS 


LA    NONNAIN. 

Vos  dis  ne  s*v  acordent  rnie. 

SAINTE   GEtfEVlÉVE.. 

Sy  fonty  SJ  (ont;  mez  vostre  vie 
N'a  voulu  k  ce  grant  bien  tendrc. 

LA   NONMAIN. 

Dame ,  feites-le-moy  entendne. 

SATFTTE    GENBVIÉVE. 

Pour  quoy  suelt  en  vigne  planter? 

LA   NONNAIN. 

Pour  fruit  déiectable  porter. 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

Ce  n'e8t  pas  donc  pour  l*ardre  ? 

LA   NONIfAIN. 

Non. 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

fielle  soer ,  cy  garde  prenon. 
Quant  elle  est  fouie  et  (iieubrée. 
Et  tailliée  et  bien  coultivée , 
S'en  nul  temps  ne  porte  bon  fruit, 
Qu'en  faiten  ? 

LA    NONNAIN. 

En  l'art  et  destruit. 

SAINTE   GBNEVIÉVB. 

Ma  mie,  ainsy  par  autel  guise 
Vous  a  plantée  en  sainte  Eglise 
Nostre  Seigqeur,  et  coultivée. 
Par  grftce  et  doctrine  ordenée» 
Non  pas  pour  vous  perdre  et  dampner, 
Ain^ois  oertes  pour  vous  donner 


DE    SAlNTfi   GENEV1É;VE.  d!l3 


Sa  gloire^  se  diligaument 

L'eiissiez  servy  et  loyaulment , 

Porté  fleur  d'incorruption , 

Fueilles  d'édification 

Et  fait  iruit  doulz  et  déiictables 

De  bonnes  euvres  prouffitabl^s. 

Or  avez  fail  tout  le  contrairé. . 

Par  quoy  Dieu  vous  fera  hors  traire , 

De  la  compaignie  des  siens, 

Et  donra  aus  infernaulz  cbiens 

En  arsure  perpéluele. 

LA   NONNAIN. 

Harö !  auray-^  paine  tele 

Pour  ung  délit  qui  sy  tost  passé  ? 

SAIUTB   GENEVIÉVB. 

Qui  l'estatut  du  roy  trespasse 

Qui  est  coi^mandé  sur  la  hävt 

Ou  qui  péche  par  mauvais  art 

Gontre  la  magesté  royal , 

Pert  ses  bieos  comme  desloyal, 

Son  corps  mesmos  senz^  grace  avoir 

On  cas  que  on  puet  de  vray  savoir 

Qu'il  est  obstiné  en  malice. 

Puis  que  homme  est  dopc  sy  fol,  sy  nice 

Que  sa  voulenté  a  plus  chier , 

Faire  que  la  Dieu ,  et  péchi^ 

Gontre  raison  et  contre  droit 

Et  toujours  faire  le  vouldroit 

Sanz  fin  ,  se  senz  fin  povoit  Tivre , 

N'est  mervoille  se  Dieu  le  lif*re 


224  ^^^    M1RACLEA 


A  perpétuel  dampnement. 

LA   NONNAIN. 

Ha  lasse !  or  voy-je  clérement 
Que  je  suy  perdue  et  dampnée! 

SAINTE    GENEYIÉVE. 

Ne  soiez  pas  desesperée, 
M'amie ,  aiez  en  Dieu  fiance. 
Qui  péche  par  désespérance 
Péche  contrele  Saiiit-Esperit^ 
Comme  fist  Judas  qui  pértt. 
Repenlez-vous  et  confessez 
Entiérement ,  et  no  cessez 
Dorénavant  de  bien  ouvrer. 
Ainssy  pourrez-vous  recouvrer 
L^amour  de  Dieu,  n'en  doubtez  pas. 

LA    NONNAIN. 

Je  m'en  vois  donc  ysnel  le  pas , 
Moy  confesser,  ma  chiére  dame; 
Pour  Dieu  ,  souveigne-vous  de  m^ånie 
Qui  feust,  se  ne  feussiez,  périe. 

SAINTE   GENEYIÉVE. 

Nostre-Seigneur,  suer,  vousconduie! 

LA  NONNAIN^  en  8'en  alanl. 
Lasse !  chetive ,  et  que  feray  ? 
Et  comment  me  coufesseray  ? 
On  cuide  que  je  soye  bonne 
Et  oncques  plus  maise  personne 
Ne  nasqui  de  ventre  de  mére!. 
Hareu  I  et  que  dira  beau  pére 
Quant  orra  ma  desconvenue? 


DE    SAINTE  CENEVlfeVE.  325 

Qui  me  tient  que  je  ne  me  tue? 
Je  me  tuasse  volentiers; 
Mais  c'est  d'enfer  ly  drois  sentiers. 
Diex,  gardez-moy  de  désespoir. 
Edcof  feray-je  tant  espoir 

Que  vous  aurez  mercv  de  mov ! 
Sire,  je  tien  la  vostre  lov. 
Pour  pécheurs  homme  devenistes , 
Pour  pécheurs  dure  mört  soufTristes  : 
Je  suy  une  grant  pécherresse , 
Plus  vite  que  une  vieille  asnesse  ; 
Mais  Tostre  bonté,  doulz  Seigneur, 
Sanz  comparaison  est  greigneur. 
Lasse!  meschante  ,  je  cuidoye 
Tropt  plus  valoir  que  ne  valoie. 
Sy  chéuz  par  orgueil  en  luxure 
Qui  me  donne  honte  et  laidure , 
Laquele  honte  me  euvre  Tueil 
A  cognoistre  mon  grant  orgueil 
Par  le  doulz  regart  de  pitié , 
Que  m'auvez  fait  en  amistié. 
A  ia  doctrine  de  la  vierge 
Qui  m'a  reprise,  or  vous  requier-je  , 
Que  me  donnez ,  Sire ,  la  grace 
Que  du  tout  vostre  vouloir  face, 
Et  que  pour  mes  iniquitez, 
Hontes y  paines,  adversitez, 
Puisse  endurer  ä  lie  couraige; 
Et  de  renchéoir  en  aulel  raige 
Me  gardez  par  vostre  plaisir. 
I.  i5 


.    ' _. 

336  LES    MIR\CLES 

J'ay  de  vous  servir  grant  désir , 
Du  quel  désir  vous  regracie. 
Glorieuse  vierge  Marie, 
De  la  meschante  vous  souveigne! 
Je  diray  tout,  que  qu'en  avieigne  : 
Mieulz  vault  une  honte  que  miiie. 
Je  voiz  a  beaupére  er>  la  ville 
Quant  volenté  m'en  est  venue ; 
Gar  c'est  chose  tantost  perdne 
Qui  bon  propos  ne  met  å  euvre , 
Ou  point  ou  ä  paine  y  recueuvre. 
Je  me  doubte  que  tropt  ne  tärde ! 
Le  Saint-Espérit  soit  de  moy  garde. 

Cy  voyse  ä  Tévesque  et  die  ä  genoub:  : 

Trés-chier  seigneur  et  révérenl, 
Soubz  Dieu  du  tout  ä  vous  me  rent. 
Ayez  pitié  de  ma  povre  åme. 

l'évesqi)e. 
Or  dictes ,  de  par  Nostre-Damc , 
Quanques  vous  voulrez ,  belle  suer^ 
Je  oy  bien  volentiers  et  de  cuer 
Toute  personne  qui  s'amende. 

LA    NONNAIN. 

*      Mon  cher  seigneur,  Dieu  le  vous  rende? 
A  Dieu  et  k  vous  me  confesse 
Comme  la  plus  grant  pécherresse 
Qui  feust  oncques  de  mére  née. 
Je  me  suv  sv  bien  demenée 
Que  puis  que  vouey  chasteté, 


DE    SAINTE    GENEVIEVE.  327 


Obédience  et  povreté, 

Je  n'ay  tenu  n^obédience 

Ne  povreté ,  voir  ne  silence , 

Ne  poiiit  nul  de  religion , 

Se  n'est  par  simulacion 

En  contrefaisant  vie  saincte , 

Comme  faulse,  ypocrite  et  faincte. 

Ha  lasse!  jen'ose  plus  dire. 

Cy  se  lusse  chéoir  å  terre. 

l'évesqle. 

N^osez-vous  dire  ä  nastre  Sire 
Ce  qu'il  scet,  qui  a  sy  grant  joyc 
De  tout  pcchcur  qui  se  ravoye 
Que  penser  ne  sauroit  cuer  d'omnie? 
Seurement  donc  de  celle  somme 
Qui  vous  griéve  vous  deschargiez. 
Ne  laissiez  pour  moy;  car  sachiez 
Que  pécheur  suy  tout  le  premier  : 
De  la  grace  Dieu  ay  mestier. 
D'autre  part  bonte  et  desplaisance 
Sont  grant  part  de  la  pénitance; 
Mais  ne  doivenl  pas  sy  grans  estro 
Qu'on  doye  riens  céler  au  prestre, 
Qui  en  terre  est  le  Dieu  vicaire. 

LA  NONNAIN,  en  soy  levant  å  genoulz. 

Mon  trés-chier  seigneur  débonnaire , 
Brief  etcourt,  å  dire  vérité, 
J'ay  perdu  ma  virginité : 
J'en  requier  absoulte  et  pardon. 


i5 


223  LES    MIRACLES 


L  ÉVESQUE. 

Bclle  Olle ,  un  point  rcgardon ; 
Virginitc  avez  perdue  : 
Vous  ful-elle  a  force  tollue? 

LA    NONNAIN. 

Ncnnin ,  certes. 

l'évesque. 
C^est  mal  alé ; 
Trop  est  vostre  estat  devalé. 
Royne  estiez  trés  gracicusc, 
Du  roy  des  roys  temple  et  espeuse, 
Or  estes  de  l'ennemy  teniplc 
Qui  vostre  åme  de  péchié  emplc ; 
Et  de  condicion  pire  estes 
Assez  assez  que  mues  bestes 
Se  de  cuer  ne  vous  repenlcZ". 

LA    NOIfNAIN. 

Je  m'en  repens. 

l'évesque. 
Et  promettcz 
Amendement  de  vostre  vie? 

LA    NONNAIN. 

Oil  voir. 

l'évesqi)e. 
La  Vierge  Marie 
Vous  vueille  å  son  Filz  rapaisier. 
I^e  corps  avez  fait  trop  aisicr, 
Sy  est  raison  qu'il  ait  mésaise; 
Car  nulz  ne  puet  du  toul  son  aise 
En  ce  nionde  et  en  l^autre  avoir  : 


DE    SAINTB   GENBVIKVK. 


229 


,1 


Ce  nous  font  nos  docteurs  savoir. 
Sy  mettez  soubz  pié  la  cbaroingne 
Afin  que  péchié  s'en  csloingne, 
Tericz-vous  sainttement  en  cloistre ; 
Lå  mette/  paine  a  vous  congnoistre. 
N'en  bougiez,  car  le  villoter 
Fait  mains  et  luaintes  assoter; 
Tenez  voz  veuz  et  voz  proniesses», 
Oyez  dévotenient  les  messes 
En  abstinence,  en  continence^ 
En  silence,  en  obédience, 
Et  en  povreté  volentaire. 
Servez  Dieu  se  ly  voulez  plaire, 
Soyez  et  humble  et  paciente 
Envcrs  voz  suers  par  bonne  entenle; 
EtForciez-vous  de  plus  orcr , 
De  plus  veillier^  jeuner,  plorer 
Que  lez  autres  tant  com  pourrez. 
Penssez  adés  que  vous  mourrez, 
Et  ne  savez  en  quel  estat. 
Doubtez-vous  toujours  du  rcstal. 
Dieu  vous  doint  sy  bien  maintenir 
Qu'ä  bonne  fin  puissiez  venir. 
Lez  faiz  de  la  religion 
Vous  baille  en  sattisfacion 
De  voz  péchiez ,  et  mettez  paine 
De  dire  un  psautier  la  sepmaine  , 
Senz  voz  heures  canoniaulz 
Et  voz  services  moniaulz. 
Je  pry  au  trcs-doulz  Jhésucrisl 


230  LES    MIRACLES 


Qui  du  doit  en  la  terre  escripst 
Quant  volt  la  femme  delivrer 
Que  lez  Juifz  k  mört  livrer 
Vouloient  pour  ce  quMI  1'avoient 
Prise  en  péchié  sy  com  disoient, 
Qu'il  vous  absoille  et  vous  pardoint, 
Sa  grace  et  sa  gloire  vous  doint , 
Et  je  sy  faiz  tant  com  je  puis , 
Ou  nom  du  Pére,  ou  nom  du  Filz 
Et  ou  nom  du  Saint-Espérit, 
Amen.  Pricz  pour  moy  a  Dieu! 
LA  NONNAIN  ,  en  soy  tevant. 
Celluy  de  qui  tenez  le  lieu , 
Mon  chier  seigneur ,  en  sainte  Eglise, 
Sy  vous  maintiegne  en  son  servise ! 

Cy  se  acline  et  s^en  voise  disant : 
Mercy  Dieu,  j'ay  le  cuer  plus  aise ; 
Certes ,  corps,  tu  auras  mesaise. 

En  batant  son  pis. 
Jamais  ne  me  mestrieras. 
Jk  sy  fort  ne  me  tempteras 
Se  Dieu  plaist  et  la  glorieuse 
Qui  vie  sy  religieuse 
Me  doint  mener  que  je  m'acordc 
A  sa  douice  miséricorde. 
Amen ,  a  vous,  benoitte  dame  , 
Recommande  mon  coi*ps  et  m'åme , 
Et  k  mon  seigneur  saintMichicl . 
Et  a  toute  la  court  du  ciel. 
Voyse  ou  elle  voulra. 


DE    $\1NT1<:    G£>iEVIKVE.  ^3 


Cj  apres  est  comment  .i.  enfani  noiez  fut  resuscitez  par  les  priéres 

madame  sairUe  Gencviéve. 

Soit  .1.  enfaot  d*environ  .iiii.  ans  suz  aucune  chose  faite  comme 
la  gaeale  d'uD  puis  en  regardaut  dedens ;  puis  viegnent  lez  dya- 
blea  qui  le  ietent  ou  puis  en  la  maniére  t|ui  ensuit : 

LÉVIATHAN ,  le  premier  dyable. 
Coinpaiiis,  un  pou  iioiis  avancon  , 
Mcz  voiz-tu  lä  cel  ei)(an90i) 
Dessus  la  gueule  de  ce  puis  i 
Jc  le  vueil  noicr  se  je  puis. 
<^)u'en  dis-tu?  sera-cc  mau  lail? 

SA  Til  AN  ,  le  sccond. 
Mau  fait!  cesera  .1.  biau  fait, 
Car  il  sera  de  tous  poins  noslrc. 

LÉVlATHAiS. 

t) t  se  Michiel  ou  Pol  l'apostre 
Y  viennenl  pour  le  nous  iccourre? 

SATIIAM. 

Trout!  je  ii'y  donne  .1.  briii  de  bourri'. 
11  u'est  crestien  plus  que  .i.  oliien. 

LÉVIATIIAN. 

Vien  5a ;  aide-moy  ;  tu  diz  bien. 
Cy  le  jetent  ou  puis  doulcement ,  puis  die  : 

LÉVIATIIAN. 

Ha  ha,  ha  ha!  il  boit,  il  boit. 

SATHAN. 

Il  sera  nostre  qui  qu^en  poit. 
c:y  se  traient  arriérc  piiis  regardenl  ou  puis,  «.'l  dic  iialliaii 
II  a  trop  l)0!i,  liii|x^  son  anic. 


23a  LES    MfRACLES 


LÉYIATHAN ,  en  prenant  une  ymagete  et  en  baillant  å  Sathan  : 
Ve-la-cy ;  apren  ly  la  game. 
Puis  dient  ensemble. 

Ha  ha,  ha  ha,  ha  ha,  ha  ha! 
RISOUART  ET  MAUF£RAS,en  conrantå  eulz. 
Ha  ha,  qu'est-ce  lä  ?  qu'cst-ce  lä? 
Est-ce  Tåmc  d'un  crestien? 

LÉYIATHAN. 

Nennil,  mez  d'un  enfant  paieii 
Qui  c'est  tout  en  l'eure  noié. 

MAUFERAS. 

A-il  parjuré  iic  maugroié? 
Sces  tu  ? 

LÉYIATHAN. 

Je  ne  89ay,  regardon ; 
Et  s'il  a  men  ty  sy  1'ardon. 

SATHAN. 

Cest  trop  bien  dit.  Or  nous  séons 
Et  dedens  nos  papiers  Yéons. 

Lors  se  siéent  et  regardent  en  leurs  roulez  et  soient  jusques  å  tant 

que  les  anges  viegnent. 

La  mére  de  l'enfant  die  en  soy  complaignant. 

Oiiest  mon  enfant,  trés-doulzDiex? 

Ou  est  mon  filz,  doulz  roys  des  cielx  ? 

Ha  lasse !  qu'est-il  deYcnu  ? 

S'il  ly  estoit  mal  avenu , 

Perdue  et  gastée  seroie ! 

Cerlaincment  mielx  ameroie 

Estre  enfouie  toute  vive. 
Cy  regarde  ou  puis  et  die  en  tirant  sez  chevex  et  en  soy  bateut. 


I 


DE    SAIMT£   GENEVIÉVE.  233 


Je  le  vois  lä,  lasse  chétive! 

Lasse  il  est  mort ,  point  ne  l'os  braire. 

A  grant  douleur  le  me  fault  traire. 

Cy  le  traie  da  puis  et  le  couche  å  terre  puis  die  en  tuertant  sez  mains. 

Hareu!  lasse!  Blz,  tues  mort 

De  léde  et  angoisseuse  mort. 

Ha!  tres  douice  Vierge  Marie, 

Mon  enfant  a  perdu  la  vie. 

Ha  lasse !  il  est  mort  sans  baptesme. 

J'atendoie  que  la  karesme 

Venist  a  la  Pasque  pour  estre 

Lors  baptisié  de  mnin  de  prestre. 

Or  est  perdu,  or  suis  perdue. 

Vien ,  mort,  vien,  sy  m'estrangle  et  luc. 

Cy  se  lesse  chéoir  ä  terre. 

SA    VOISINE. 

Ma  douice  voisine  et  amie, 
Pour  Dieu  ne  desconfortez  mie. 
Alez  ä  dame  Geneviéve 
Qui  du  lit  maint  målade  liéve, 
Sacbiez,  el  vous  confortera. 

LA  MÉRE,  ensoylevant. 

Ha  m'amie!  pour  Dieu  fera? 

SA    VOISINE. 

Oil  voir,  alez  seurement. 

LA    MÉRE. 

G'y  voiz  doncques  hastivement. 
Lors  preigne  Tenfant  entré  sez  brås,  et  die  en  alant : 


^34  LES  M1RACLES 


Ha,  filzl  tu  es  perdu  par  moy, 
Et  je  suis  perdue  pour  toy. 
Tu  68  mört,  sy  aroy  mal  vivre 
Se  Dieu  loy  et  moy  ne  délivre. 

Lors  jete  son  fliz  devant  sainte  Geneviéve,  et  å  genous  et  å  jointes 

mains  die : 

Maclouice  dame  et  gracieuse, 
Ceste  meschante  douloureuse 
Vueilliez  aidier  et  secourir. 
Besoing  m'a  &it  sy  acourir, 
Car  mon  enfaDt  s'y  est  noié 
Qui  ne  (ut  oncques  baptisié. 
Pour  Dieu,  rendez-le  moy  en  vie. 

SAINTE    GENEVIÉYE. 

Lasse!  que  dites-vous  m'amie? 
Sy  grans  euvres  ne  sont  pas  nostres ; 
Mais  aus  martirs  et  aus  apostres. 
M'amie,  en  Dieu  vous  confor^ez , 
Et  ce  fait  doulcement  portez. 
Ne  penssez  pas  que  Diex  soufFrist 
Que  vostre  enfant  ainssy  perist 
Se  ce  ne  fust  pour  aucun  bien , 
Pour  le  vostre  espoir,  ou  le  sien. 
Sy  soufTrez  puis  qu'il  plaist  a  Dieu. 

LA    MÉRE. 

Abay,  dame!  ce  n'est  pasgieu. 
S'il  est  dampnc,  bien  fust  mau  né. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

II  est  bien  vray  qu'il  est  danipné ; 


DE    SAI?iTE    GENEVli!;VE.  ^35 

Mez  non  pas  sy  tres  cruelement 
Comme  sont  ceuiz  qui  mortelment 
Péchcnt  chascun  jour  par  malioe; 
Car  Dieu  fait  tant  de  bénéfice 
A  ces  petits  enfan^onnés 
Qui  de  pechié  muirent  tous  nez , 
Fors  du  pechié  qu'il  ont  d'Adam, 
Qu'il  nlont  ne  paine  ne  ahan 
Combien  qu'en  enfer  tout  droit  voisent. 
Bien  est  voir  quc  Dieu  point  ne  voient, 
N'avoir  lez  biens  jå  ne  pourront 
Qu'ont  ceulz  qui  baptisiez  mourront, 
S'il  muirent  sans  pechié  mortel. 

LA    MÉRb. 

Et  se  mon  enfant  est  or  tel 
Que  jamais  ne  sentira  rien , 
Ne  cbault ,  ne  (roit ,  ne  mal  ne  bien , 
Ne  Dieu  ne  voirra  jä  en  face , 
Que  donroie-je  de  telle  gr&ce? 
Bonnement  j'aroye  aussy  chier 
QuHl  fust  une  ileur  de  pcschier, 
Mais  s'il  vesquit  trop  niielx  venist. 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

Et  que  savez  s'il  convenist 
Que  par  vie  desordenée 
S'åme  fust  a  tourmens  menée? 
Lez  jugemens  et  lez  sentences 
De  Dieu  ont  sy  grans  excelences 
Que  humaine  teste  ymagiher 
N'cs  pourroit  ne  déterminer. 


236  LES    MIRACLES 


Belle  suer,  aiez  pacience, 
Et  se  par  vostre  négligence 
L^enfant  a  perdu  åme  et  corps, 
Nostre  Sire  est  miséricors ; 
Il  ne  vous  fault  fors  a  luv  traire 
Et  a  1'évesque  son  vicaire 
Qui  vous  donnera  alléjance 
De  ce  fbrfait  et  pénitence. 
M'amic,  pour  Dieu  endurez; 
Contre  Dieu  point  ne  murmurez 
Qui  fait  ou  souilre  justemen  t 
Quant  qu'on  (ait  ef  non  autrement, 
Combien  qne  nostre  engin  entendre 
Ne  le  puisse  pas,  ne  comprendre. 
Et  c'est  bien  raison  et  droiture, 
Car  le  Créateur  créature 
Seurmonte  sans  comparaison. 

LA    MÉRE. 

Voir,  dame,  de  vostre  maison 
Janiais  a  jour  ne  bougeray, 
Ain^ois,  certes,  me  tueray 
Devant  vous  se  vous  ne  m'aidiez. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Bele  amie ,  or  vous  apaisiez  : 
Nostre  Seigneur  vous  aidera 
Quant  il  voerra  que  temps  sera. 
Pour  Dieu  ne  vous  désesperez. 
Dieu  et  sa  mére  prierez 
Et  sains  et  saintes  autre  ev 
Que  de  vous  ilz  aient  mercy , 


DE    SAINTE    GENEVIEVE.  287 


Et  je  oureray  avecqnes  vous. 
Alez  par  dela  a  gcnous , 
Et  je  seray  de  ceste  pari. 

Cy  se  mete  tost  å  genous  et  die  ■ 

Doutz  Jhesucrist,  le  cuer  me  purt 

Du  dueil  qu'a  ceste  bonne  dame. 

Et  de  cen  aussy ,  Sirc ,  quc  Tame 

De  son  filz  est  ainssy  dampnée , 

Par  ce  que  du  ciécle  est  alée 

Sans  recevoir  crestienté. 

Doulz  Sire,  en  vostre  volenté 

N'a  que  bonté  et  amistié  : 

Je  vous  requier  par  la  pitié 

Que  de  vostre  mcre  digne  éustes 

Quant  en  le  crois  mört  vous  rcceustes, 

Et  que  eustes  de  la  pauvre  mére 

Qui  estoit  en  tristece  amére 

Quant  on  portoit  son  filz  en  biére 

Enterrer  en  .i.  cymetiére, 

Que  ceste  cy  qui  tant  se  deult 

Que  de  douleur  tuer  se  veult , 

Reconfortez  et  soulaciez 

Et  remetez  son  filz  suz  picz. 

Par  quoy  soiez  glorefic 

Et  vostre  pueple  édefic. 

Cest  chose  avanture  impossible. 

Nient  mains  vous  faites  tout  possible 

A  ceulz  qui  ont  droite  créancc. 

Gloire  a  vous!  j'ay  fermc  fiance 

Que  vous  ne  m'escondii'ez  mie , 


a38  LES   MIRACLES 


Qui  maintes  fois  m'avez  oie. 

Cy  se  tiégne  ä  coutes  et  å  genous  jasques  å  tant  que  les  anges  aient 

remise  Tame  ou  corps 

NOSTRB-DAME ,  en  paradis,  ä  genous. 
Doulz  Jhésus,  vela  Geneviéve 
Qui  de  prier  se  peine  et  griéve, 
Que  vueilliez  oster  de  niisére 
L'enfhnt  et  la  dolente  mére. 
Je  Yous  supply  que  vous  i'oiez. 

JHÉSUS. 

Volentiers,  Damc  ;  or  vous  soiez. 

Lors  voise  soir. 

JHÉSUS. 

Gabriel,  Raphael,  Michiel , 
Levez  suz,  descendez  du  ciel. 
L'espérit  que  sez  anemis 
Tiennent ,  prenez  et  soit  remis 
Dedens  son  corps,  vueillent  ou  non  ; 
Gar  Geneviéve,  qui  mon  nom 
Essauce  et  loe  et  glorefie, 
De  bouche  et  de  cuer  m'en  siipplie. 
Je  ne  la  vueil  pas  escondire. 

LEZ    ANGES. 

Nous  le  ferons,  tres  puissans  Sire. 

Cy  descendent  en  chantanl :  Conditor  ,  etc.,  et  voisent  aiis 

ennemis. 

s.   MICHIEL,  au  dyables. 
Or  avant,  avant,  garnemens  , 
Qui  tenez  lå  vos  pariemens , 


DE    SAINT£    GENEYIÉVE.  sSg 


Baillez  9a  celle  åme,  ixiiHiez. 

LEZ    DYABLES. 

Alez  k  Tautre  huis;  vous  failliez^ 
Maistre  Michiel ;  ricns  n'y  avez. 

S.    MICHIEL. 

Sy  avoDs,  janglcurs  embavcz ; 
Car  Dieu  le  veult. 

RISOUART. 

J^os  bien  que  dites. 

S.    MICHIEL. 

Renart,  renart,  tu  quiers  tes  fuites. 

RISOUART. 

Vous  me  injuriez,  c'est  mau  fait. 

S.    MICHIEL. 

Tez  toy ,  tez,  va  de  plain  au  fait, 
Et  lesse  l'interlocutoire; 
Car  c'est  chosc  vrave  et  notoire 
Que  pire  es  qu'on  ne  pounroit  dire. 

RISOUART. 

Je  dissimule ;  or  oiez,  Sire, 
Qui  a  pechié  originei 
Et  fut  Renouart  au  tinel 
Pose  qu'ii  n'ait  autre  malice , 
Est  dampné  s'il  muert  en  ce  vico; 
Cest  sentence  diiTinitive. 

S.    MICHIEL. 

Risouart,  Diex  veult  qu'il  revive, 
A  qui  toute  loy  est  subjete. 

RISOUART. 

Vous  m'en  jurcz  de  jus  de  bote. 


24o  LES   MIRAGLES 


Tiengnc  la  ioy  qu'il  meisme  a  mise. 

S.    MIGHIEL. 

II  en  fera  tout  en  sa  guise 
Sans  faire  tortå  åme  nulle. 

MAUFERAS. 

Pour  lez  mamelles  de  une  mulle, 
Dites-vous  que  Diex  soit  menterres. 

S.    MIGHIEL. 

Dieu  ne  puet  mentir,  malvaiz  lierres. 

MAUFERAS. 

Pourquoy  ne  tient-il  doncques  sa  Ioy  ? 

S.    MIGHIEL. 

Vessel  forgic  de  mais  aloy , 
Convient-il  que  Dieu  te  responne  ? 

MAUFERAS. 

Ou  el  est  fausse  ou  el  le  est  bonne  : 
S'el  est  bonne  Tenfant  est  nostre. 

S.    GARRIEL. 

Par  quel  raison  est-il  or  vostre, 

Qui  n'estes  fors  meschans  bourreaus , 

Varlez,  bedeaus,  sergentereaus, 

Exécuteurs  dez  sentences 

De  Dieu  suz  ceulz  qui  font  oflences^ 

Que  Diex  envoie  en  vos  prisons 

Pour  leur  fautes  et  mesprisons  ? 

Sy  ne  povez  dire  :  a  II  sont  nostres  :  » 

Gar  vous-meismes  n'esles  pas  vostres ; 

Tout  est  k  celui  qui  tout  fist. 

LÉVIATHAN. 

II  soufTi^t,  maislres;  il  souflist 


DE    SAINTE   GENEVIÉYE.  2^1 

Au  mains  par  vos  dis  doit-il  estre 
En  nostre  garde  et  en  nostre  estre! 

S.    GABRIEL. 

Pour  quoy  ? 

LÉVIATUAN. 

Pour  la  loy  dessus  dite. 

S.    GABRIEL. 

Qui  est  ä  mört  ou  a  soubite 
Comdampnez ,  puet-il  avoir  grace? 

LÉVIATHAN. 

011,  mez  que  prince  ly  face. 

S.    GABRIEL. 

Bien  est;  tu  dis  que  vrayement 
Horns  condapné  par  jugenient 
Puet  en  son  estat  premerain 
Retourner  par  son  souverain : 
Pour  quoy ,  dy ,  ne  puet  doncques  Diex 
Qui  (ist  enler  et  terre  et  cielx , 
A  son  subjet  tel  grace  faire , 
Et  hors  de  sez  prisons  le  iraire 
Pour  juste  cause  et  raisonnable  ? 

LÉVIATHAN. 

.  Gabriel ,  ce  n'est  pas  semblable 
D'oiDme  et  de  Dieu  ;  es-tu  bien  viidef 

S.    GABRIEL. 

Entens  bonne  similitude ; 
Aussy  com  prince  teniporel 
Grace  faitå  mört  temporele, 
Aussy  puet  le  perpétuel 
En  cas  de  mört  perpétuele. 
I.  1 6 


24^  LES  MIUACLES 


SATU\N. 

Vous  faites  la  tourne  bouele. 
A  qucl  pic  dea  va  celle  dance? 
Comment  est  mört  perpétucle, 
Quant  ens  en  a  bien  délivrance? 

S.    GABRIEL. 

Feu  (j'enfer  t'arde  la  cervcle , 

Et  teste  et  piez  et  cuer  et  pance ! 

Comnient  est  mört  mört  temporele , 

Quant  horns  ne  muert  ne  n'a  grevance  ? 

Enténs,  lourdin,  je  ne  dy  mie 

Que  mört  nulle  puisse  cstre  vie; 

Mais  qui  ä  mört  est  obligiez 

En  puet  bien  estre  respitiez, 

Sy  comaie  fu  jadis  le  lardre 

Qui  puis  beut  en  hanap  de  madrc. 

Aussy  veult  Jhésucrist  ce  mört 

Respiter  d'infernale  mört; 

Qa  donc,  bailliez-le-nous  tantost. 

SATHAN. 

Se  VOUS  n'estes  plus  grant  ost, 
Jamez  ne  nous  eschapera. 

S.    RAPHAEL. 

Mau  gré  lien,  Sathan,  sy  fera. 

SATHAN. 

Fera ! 

RAPHAEL. 

Oil. 

SATHAN. 

l>e  quel  aconte? 


DE    SA1NTE    GENEVlfeVE.  a 4^ 


S.    RAPHABL. 

Que  Dieu  t'envoit  la  male  honte! 
II  plaist  å  Dieu. 

SATUAN. 

Etj'on  appelle. 

S.    RAPHAEL. 

En  nom  de  Dieu,  tu  la  baiiles  belle! 
De  qui  appelles-tu  ? 

SATllAN. 

De  Dieu. 

S.    RAPHAEL. 

Devant  qui?  pour  quoy  ?  en  qucl  lieu  ? 

SATHAN. 

Biau  sire,  soit  juge  et  partic. 

S.    RAPHAEL. 

Faulx  Sathan,  je  te  segnefie 
Sa  vo.lenté  et  sa  sentence : 
Tu  es  en  son  obédiance, 
Bailie-nous  l'åme,  il  le  commande. 

SATHAN. 

Le  dyable  y  ait  part :  celle  truande 
Geneviéve  a  tant  flajolé 
Qu'el  a  Dieu  du  toul  aflblé. 

LES  ANGES ,  en  prenant  Tymage. 
Trut,  trut,  baille  5a. 

SATHAN ,  en  tenant  fort  Tymage. 

Non  ferav. 
A  Taide,  h  Taidel  ha  hay,  ha  hay! 

LES  AUTRES  DYABLES ,  en  ly  aidant. 
Michault,Michault,  pas  ne  Taras! 

16. 


:2t44  ^^^    MIBAGLCS 


s.    MiciilEL,  aus  autres  anges. 
Ferez,  ferez  sus  ces  håras! 

LEZ  ANGES,  enfrapant. 
En  sus,  en  sus ! 

LEZ    DYABLES. 

Lessiez  le  nostre. 
S.  MICHIEL,  en  1y  ostant  råmc,  et  les  autres  en  (hipant. 
Nous  Tarons,  arons  inau  gré  vostre; 
Fuiez,  fuiez! 

RISOUAUT. 

Fuion-nou8-cn. 

LEZ    ALTRES    DYABLES. 

Fuions,  ilz  sonl  tous  hors  du  sen. 

Cy  s'en  fiiient. 
Lors  emporte  Fåme  saint  Michiel,  et  die  å  sainte  Geneviéve : 

Gencviéve  la  Dieu  amée , 
Ceste  äme  qui  estoit  dampnée 
Te  donne  Dieu  que  tant  reclaimes, 
Quc  tu  honneures,  sers  et  aimes; 
Dedens  son  corps  je  la  reboute. 

En  la  remetant. 

Liéve-le,  car  il  vit  sans  doute, 
Et  le  fay  tantost  baptisier. 
Cy  mete  l'ymage  soulz  Tenfant  et  s'en  rctournent  sans  chanter. 
s  AiNTE  GENEViÉ  VE,  lå,  liéve  la  teste  et  die  ' 
Doulz  Dieu,  nul  ne  saroit  prisier 
La  doulceur,  l'ainour  souveraine 
Qu^avez  ä  créature  humaine. 
Bien  ni'avez  eue  en  mémoire, 
Je  vous  en  rend  loenge  et  gloire. 


DE    SAliNTK    GUNEVIÉVE.  '2^5 

Cy  se  liévc  sainte  Geneviéve  et  preigiie  l'eiifaiit  en  disaiit : 

Suz,  mon  enfant,  venez  ä  moy; 

Le  roy  du  ciel,  en  qui  je  croy, 

Vous  face  encore  .1.  bon  preudoinme. 

l'enfant. 
Danie,  donnez-moy  une  poninie. 

SAINTE  GENEVIRVE,  en  baillant  renfant. 
M'amie,  vostre  enfant  tenez; 
A  sainte  Eglise  le  menez 
Et  faictes  qu'il  soit  baptisié. 

LA    MÉRE. 

Dame,  de  bouche  et  de  cuer  lié 
Vous  regracie  de  vos  biens. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Je  vous  prie,  n'en  dites  riens, 
Tant  comme  je  vive,  a  nul  åme. 

LA    MÉRE. 

De  par  Dieu ,  soit,  ma  chiére  dame! 
Gy  8'en  voise  avecques  son  fils  en  disaut : 

Hc  Diex,  lic  Diex,  quc  j'ay  ^rant  joye! 

Et  comment,  doulz  Diex,  me  lendroye 

De  sy  grans  vertus  réciter  ? 

El  fait  lez  mors  resusciter, 

Ei  garist  Ics  démoniacles; 

Par  ly  fait  Dieu  tant  de  miracles 

Que  c'est  une  grande  merveille : 

En  ce  monde  n'a  sa  pareille. 

Teiz  täiz  ne  se  doivent  celer ; 

On  lez  doit  a  lous  revéler. 

S'elle  veull  qui  soient  cclcz , 


2^6  LES    MIRACLES 


Que  point  ne  soient  revclez , 
Ce  ly  fait  faire  humilité 
Pour  fuire  toute  vanité. 
Doit-on  pourtant  Icssier  a  dirc 
Lez  beles  vertus  nostre  Sire  ? 
Nennil  voir,  ce  seroit  mau  fait; 
Pour  ce  doncques  de  ce  biau  iait 
Dieu  et  la  Vierge  honnoureray 
Et  partout  ie  publieray. 

Lors  preigne  Fenfant  entré  sez  brås  en  disant 

Alons  a  la  Vierge  Marie; 
Nostre  Seigneur  m'en  fece  lie. 

Cy  voise  ou  elle  vourra. 


Comment  madame  sainie  Geneyiéfe  pria  ung  bourgois  étOrUens 
quil pardonnast  ä  son  variei  son  mejffaii;  ie  nen  voull  riens 
fcdre,  EUe  pria  Dieu;  il  ful  målades  et  lendemain  ving  ä  la 
P^ierge  pardon  demander,  Ainsj  furent  en  acouri. 

LE  VARLET ,  å  genous  et  mains  jointcs. 
Madame,  aide  pour  Dieu  mercy ! 

SMNTE    GENEVIÉVE. 

Amis,  qu'avez  a  crier  cy? 

LE    VAULET. 

Ma  chiére  dame,  j'ay  .i.  maistre, 
.1.  grand  bourgois  sy  mal  chevestre, 
Que  je  ne  puis  a  luy  durer. 
Tuer  mc  veult  ou  enmurer. 
Uier  d'avcnlure  .1.  pou  m'esprins ; 


Dli    SAINTE    GENEVlÉVe.  347 

Sy  esl  d'irc  sy  fort  esprins 
QuMl  dist  qui  me  méhaignera . 

SAINTE    GENEVIÄVE. 

Sc  Diex  plaist,  biau  fils,  non  fera. 
Tenez-vous  cy  en  oroison  : 
JMrav  ä  luy  en  sa  maison. 

Gy  voise  au  boargois  et  die. 

Charité,  mon  seigneur  tres  doulz, 
Me  contraint  ä  venir  ä  vous; 
Guillot ,  vostre  varlet  petit , 
A  vers  vous  mesprins  .i.  pelit: 
II  s-en  repent  amérement. 
Vueilliez  ly,  sire,  doulcement, 
Pour  Tamour  de  Dieu  pardonner. 

LE    BOURGOIS. 

Seur ,  alez  aillieurs  sermonner , 
Gar  ycy  ne  ferez-vous  riens 
Autant  com  de  Pabay  des  chiens , 
De  vous  et  de  vos  janglcries : 
Quidyable  ce  son  t  tromperies. 

En  se  prenant  par  lez  costez. 

Wa  ce  garsson  baillié  ce  tour; 
Par  le  clochier  de  celle  tour! 
Je  ly  monslreray  qui  je  suis. 
Fuiez  de  cy,  vuidez  mes  huis, 
Gardez  que  plus  ne  m'ennuiez. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Vaillant  seigneur,  adoucicz 

Pour  Tamoiir  de  Dicu  voslrc  colo. 


I^S  LES    MIRACLILS 


Selonc  la  divinc  parolc, 
Qui  saDz  pitié  tourmentera, 
Sanspitié  tourmentc  sera. 
Miséricorde  trouveront 
Qui  miséricorde  feront. 
Doncques  pardon  et  grace  face , 
Qui  venit  avoir  pardon  et  grace. 
Sy  ly  soiez  donc  gracieus, 
En  l'onneur  du  roi  glorieus 
Qui  vous  créa  et  Tun  et  l'autre. 

LE    BOURGOIS. 

Dame ,  a  vos  ymages  de  peautre, 
Qui  ne  scevent  contrarguer, 
Alez  vos  mos  miraulz  ruer^ 
Non  pas  aus  bourgois  d'Orléens. 

SMNTE    GENEVIÉVE. 

Sire,  nul  bien,  ne  hors  ne  ens, 
Ne  pourriez  en  heyne  avoir. 
Heyne  trouble  sens  et  savoir, 
Heyne  est  pareille  a  homicide, 
Heyne  Tame  de  tout  bien  vuide, 
Heyne  est  contraire  a  charité , 
Heyne  par  sa  malignitc 
Paix  et  amour  de  cuer  esracbe. 

LE    BOURGOIS. 

Gardez-vous  de  la  chiche  face, 
El  vous  mordra  s'el  vous  encontre. 
Par  tous  lez  sains  cie  ev  encontre , 
Vous  n'amendez  point  sa  bcsoigne. 
Alez-cn  (|uc  je  ne  vous  coignc; 


DB    SAINT£   GE.NEVIÉVE.  ^49 

De  vos  preschemcns  n'ay-je  cure. 

SAINTE   GENEVIÉVE. 

Se  ma  parole  vous  est  dure , 

Ce  me  poise;  mez  j'ay  fiance 

Qu'ä  Dieu  n'est  point  en  desplaisance  : 

Dieu  vous  vueilleen  bien  maintenir. 

LE    BOURGOIS. 

Alez  tousjours  sans  revenir. 
S.UNTE  GENEVIÉVE,  ä genousensoD oratoire. 
Doulz  Jhesu  qui  du  ciel  venistes 
En  terre,  et  homme  dcvenistes 
Pour  p^ix  metre  entro  Dieu  et  homme , 
Getuy  qui  ne  prise  une  pomme 
Bien  nul  que  je  ly  sachc  dire 
Vueilliez  osler  de  heine  et  d'ire, 
Et  sy  par  grace  visiter 
Que  son  varlet  puisse  habiter 
Avecques  ly  par  bon  acort, 
Et  lez  jetés  de  désacort. 

LE  BOURGOIS,  en soi complaignant. 
J'ars  trestout  vif,  Vierge  Marie, 
J'ars  tout ,  hors  las  je  pers  la  vie. 
I-As!  j'csloyc  huy  frez  et  ronden  t 
Comme  une  pomme  de  Jouvent, 
Or  suis  en  sv  ardant  cbaleur, 
Que  je  n'ay  force  ne  valeur ; 
Je  n'ay  pié  nul  qui  me  soustiegne. 
Ccrtes,  je  croy  que  ce  mc  viegne 
De  droite  vangance  divine; 
(^r  j'ay  celle  sainte  meschine , 


25o  LES    MiaACLES 


Geneviéve ,  sy  ravalée , 
Qu'elle  s'en  est  bien  triste  alée. 
Las!  conscience  m'en  remort; 
Certes  je  suis  digne  de  mört. 
La  saintc  fame  ne  faisoit, 
Ne  ne  penssoit ,  ne  ne  disoit 
Fors  doulceur  et  miséricordc 
Pour  nous  metre  en  paix  et  conoorde; 
Et  je,  eomme  .i.  lou  enragié, 
Plain  d'ennemy,  plain  de  péchié , 
Celle  doulce  aignelle  mordoie, 
Et  quant  que  disoit  despitoie. 
Pour  voir,  Dieu  fait  bien  ce  qu^or  fait. 
J'ay  lourdement  vers  ly  fortait. 
Brief  je  Tiray  crier  mercy, 
Mez  je  vueil  ains  reposer  cy. 
Lore  se  couche  pour  dormir  et  tantost  se  liéve  et  die. 
Cest  nient,  je  ne  puis  prcndre  somme. 
A  elle  yray  ,  et  fust  a  Romme. 
Cy  voise  Asainte  Geneviéve  et  ly  chiée  au  piez  en  disant. 

A  Dame!  aicz  mercy  de  moy! 

SMNTE  GENEVIÉVE,  en  le  relevant. 
Sire,  pour  Dieu,  lencz-vous  coy; 
Lcvez,  de  par  Nostre-Seigneur  : 
A  moy  n'aficrt  pas  tel  honneur. 
Sire,  vous  pardonncz  de  fait 
A  vostre  varlet  son  mefFait, 
Sanz  ly  plus  faire  grief  ne  paine? 

LE    BOURr.OIS. 

Chicre  damc ,  soiez  certainr 


UL    SAINTB   GENEVIÉVE.  25l 

Quc  jamez  ne  le  grcveray , 
Aincois  moult  de  biens  ly  feray 
Pour  ramonr  de  vostre  personne , 
Et  déz  maintenant  ly  pardonne 
Forfais  et  quant  que  me  devoit. 

SA  INTE    GENEVIEVE. 

Et  Dieu,  qui  puet,  scet  et  voit, 

SMl  est  ainsi  santé  vous  doint, 

Et  tous  Yos  péchiez  vous  pnrdoint! 

In  nomine  Patris,  et  Filiiet  S pir  i  tus  sancti. 

LE    BOLRGOIS. 

Amen^  Dame,  Diex  le  vous  rendc. 

SAINTE  GENEVIÉVE,  au  varlet. 
Biau  filz,  mal  vit  qui  ne  s'amcndc! 
Avec  vostre  maistrc  en  yrez 
Et  loyaument  le  servirez. 
Soiez  prest  et  obédiant, 
Doulz  et  courtois  et  pacient^ 
Ne  soiez  fel ,  ne  orgueillieus, 
Ne  rechinant,  ne  pareceus ; 
Parlez  pou,  mez  bonnes  paroles; 
Fuiez  garssons  et  garsses  foles  ; 
Honnestcment  vous  contenez 
Et  sagement  voiis  demenez. 
Honnourcz  et  maistrc  et  niaistressc, 
Oiez  Ics  scrmons  et  la  messe 
Quant  vous  pourrez  par  Icur  licencc ; 
Dieu  vousoctroit  grace  et  sciencc 
Entoutbicn.  Adieu,  mezamis. 


^53  L£S    MIRACLES 


LE    BOURGOIS. 

Dieu ,  qui  paix  CDtrc  nous  a  mis 
Par  vous ,  en  sa  grace  vous  tiegne. 

LE    V\RLET. 

Le  doulz  Jhesucrist  vous  mainliegne 
En  loute  bonté  sans  taillir, 
Gar  vous  ni'avez  fait  hors  siiillir 
De  fort  pas  et  de  grant  misére. 

LE    BOURGOIS    ET    LE    VARLET. 

Dame,  äDieu. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Alezä  sa  mcre. 
Gy  voisent  ou  ils  vourront. 


Cy  apres  est  commeni  madame  sainte  Gene^ie^^  fist  fairc  unc 
église  ä  Lectrée,  suz  lez  corps  sains  de  mon  seigneur  saint  De» 
nys  etsez  compaignons ;  et  dez  miracles  de  la  chatix  et  du  vin 
que  Nostre-Seigneur  y  fist  par  lez  pricres  de  la  dicte  Vitrge , 
et  par  lez  mérites  des  diz  glorieus  martyrs» 

SAINTE  GENEVIÉVE ,  å  genous ,  les  inains  tendues. 
Tres  doulz  Jhesucrit,  roy  de  gloire, 
Uien  dcvons  avoir  en  mémoire 
Lez  honneurs  et  lez  courtoisies 
Que  vous  feistes  en  sez  parties 
Quant  sainct  Denis  y  envoiastes ; 
Par  qui  d'errcur  nous  délivrastes , 
Donc  le  corps  repose  ä  Lectrée 
Dessus  une  pierre  lettrée, 
Sans  avoir  moustier  ne  tnaison 
Comme  il  deust  avoir  par  raison. 
Habs!  grans  manoirs  ont  et  cointes 


DE    SAINTE    GENEVlfeVE.  !l53 


Ceulx  qui  pas  ne  sont  vos  acointes, 

Et  lez  corps  sains  de  vos  amis 

Sont  ou  dit  iieu  long-temps  a  mis 

Petitemcnt  logiez.  A  lasse! 

Volentiers  y  édcQasse 

.1.  moustierse  j'eusse  finance! 

Doulz  Dieu,  en  qui  est  ma  (iance, 

Donne]&-moy  bon  confort  et  aide 

Par  quoy  puisse  trouver  qui  m\iide 

A  faire  ledit  oratoire 

A  vostre  honneur,  Ipenge  et  gloire! 

Cy  voise  parler  å  .11.  prestres  et  die  : 

Mes  reverens  péres  en  Dieu , 

Mout  est  ä  honnourer  le  Iieu 

Ou  lez  sains  sont,  qui  la  créance 

Jadis  apportérent  en  France. 

Ce  Fut  monseigncur  sainct  Denis, 

Et  ses  .11.  autres  bons  amis 

Sainct  Eleuthére  et  sainct  Rustique, 

I.<ez  queiz  pour  la  foy  catholique 

En  occist  en  ceste  contrée , 

Dont  lez  corps  gisent  ä  Lectrée , 

Au  vent,  ä  la  nége,  a  la  pluie, 

Sans  honneur,  Jont  förment  m^ennuie. 

Si  vous  vueil  pour  Dieu  supplier 

Que  prenons  ä  édifier 

Sus  lez  dis  corps  sains  .1.  mousticr. 

D\N    r.ENESE. 

Dame,  cc  Ihil  eussions  moutchier, 


254  ^^^    MIRACLES 


Mais  il  seroit  trop  fort  ä  faire. 

SAINTE    GBNEVIÉVE. 

Diex  est  et  large  et  débonnaire 
A  cuer  de  bonne  ^olenté ; 
Diex  nous  donnera  a  plenté 
De  quant  que  niestier  noussera. 
Comman^ons,  Diex  nous  aidem ; 
Mez  qu'en  ly  sur  tous  nous  (lons. 

DAN    BESSUS. 

Voir,  Dame,  se  nous  avions 
Pierre  et  merrien  pour  une  église^ 
Sy  ne  savons-nous  en  quel  guise 
Nous  pourrions  de  chaux  finer. 

SAINTE    GEMEVIÉVE. 

Vueilliez  a  Paris  cheminer, 
Et  suz  grant  pont  vous  deportez 
.1.  tan  tet,  etpuis  me  raportez 
Cen  que  de  chaux  orrez  parler. 

LES  PRESTRES. 

Dame ,  bien  y  voulons  aler 
Puisqu'il  vous  plaist;  priez  pour  nous. 

SAINTE   GENEVIRVE. 

Seigneurs^  Diex  soit  garde  de  vous! 

Cy  voise  å  Paris,  et  en  alant  dan  Genoiz  die  : 
(On  puet  lessier  de  cy  jusgues  cy  (i),) 

Dan  Bessus,  avez-vous  dit  nonne? 

(i)  Le  copiste  a  voola  faire  entendre ,  par  cette  indication,  qo^oo 
poQYait  paaaer  cette  scéne,  depuis  ces  mota :  Dan  Bessus,  avor^wtuå 
dit  /I0IIII6  ?  jusqu^å  ceux-ci  (p.  387) :  A  lons  nous  h^avons  guetarder. 
Lå  preuve  eu  existe  dans  le  jusques  cy  qu*il  a  placé  de  nonveao  anat 


DE    S\INTE    GENEVIEVE.  'j55 


DKTi    BESSCS. 

Dan  Genése,  par  ma  couronne, 
Je  n'en  ay  mot  dit  se  me  semble. 

{Lisia  ccste  escripturcfausse^  car  el  est  bien  notalf  le  paur  gens 

iteglise,) 

DAN   GENÉSE. 

Or  la  disons  nous  .11.  ensemble  : 

Deus  in  adjutorium 

En  soy  segnant. 

D\N    BESSUS. 

Domine  ad  adjuvanduin 

Sire,  savoir  nous  convendra 
Se  Robin  Gauthier  nous  vendra 
Pour  lez  ouvriers  .1.  bon  chatrv. 
Dy-je  bien :  Gloria  Patiy? 
Qu'en  dites-vous?  ei /7//0 , 
Hon !  et  Spiritu  sancto. 
Vous  ne  me  dites  hcu  ne  beu. 

DAN   GENBSE. 

Monsseur  Bessus ,  adieu  le  veu ! 
Vostre  honneur  sauf,  c'est  maise  guise 
De  jangler  au  devin  servise, 
Quand  on  éure  ou  parie  ä  Dieu 
Ou  ä  sez  sains;  ce  n'est  pas  gieu 
De  parler  a  Dieu  comme  homme  yvro, 
En  ourant  par  cuer  ou  par  lyvre; 
£t  vrayement  le  roy  de  France 

ce  dernier  vers  :  Alons,  etc.  —  Par  la  seconde  indication  qu*on  ren- 
oontre  un  peu  plus  bas,  il  engage  ccpendant  å  Urecette  sééne,  dont 
les  plaisanteries  sont  en  eflet  assez  singuUéres ,  placées  qu^elles  se 
trourent  dans  la  bonche  de  gens  appartenant  å  Téglise. 


a56  LES    MIRAGLES 

Prendroit  en  mout  grant  desplaisance 

Se  supplier  ly  alliez, 

S'en  suppliant  vous  parliez 

Puis  au  roy,  puis  å  .i.  porchier, 

Puis  de  boire,  puis  de  maschier; 

Je  cuide  que  vostre  langage 

Ne  seroit  n'onneste  ne  sage, 

N'agréable  au  roy  ne  au  stens, 

Ne  ä  vous  proBtible  en  riens : 

Par  quoy  vostre  pcticion 

N'aroit  point  de  exaudicion. 

Pour  ce  dit  le  bon  roY  Daviz 

En  son  psaultier  ce  in'est  aviz  : 

«  Chantez,  ce  dit-il ,  sagement ; 

«  Sagement,  non  pas  folement.» 

Folennent  chantc  qui  parolc 

A  Dieu  comme  oisel  en  jaiole, 

Qui  est  tout  plain  de  janglerie , 

Et  sy  n'cntent  chose  qu'il  die, 

Ou  comme  homme  vvre  en  son  doraient 

Qui  parle  ou  francois  ou  norment, 

Dont  riens  ne  scet  quant  il  s'esveille, 

Et  s'on  ly  dit  il  s'en  merveille; 

Car  Fentente  point  ne  visoit 

A  cen  que  la  bouche  disoit. 

Aussy  est-il  d'omme  qui  eurc 

Se  sa  parole  n'assaveure 

En  cuer ;  car  la  devocion 

Poise  Diex  et  Tentencion 

Que  vault  chose  que  bouche  dic, 


DB   SAINTE   GENEVIÉVE.  367 


Quant  le  cuer  fait  chastiaus  en  Brie : 
Pour  ce  doit  Tourant  nielre  paine 
D^entendre  ä  sa  puissance  plaiiie 
Et  cen  qu^il  dit  et  cen  qu'on  dit : 
Autrement  ne  vault  ricns  son  dit. 
Sy  vousen  chastiez  bian-frérc. 

DAN    RESSIJS. 

Jhésucrist  le  vueille ,  biau-pére ! 
Dore  en  avant  m'cn  vucil  }»ardor. 

Jusquex  cY  : 
DAM    GENÉSE. 

Alons ,  nous  n'avons  que  tanier. 

Cy  voiaent  aprez  tes  porchiers ,  et  lä  se  tiennent  .1.  poii  en  estaiit 

sanz  parler ;  piiis  die  dan  Genése : 

Que  faisons-nous  cy? 

DArS    BESSUS. 

Nons  musons. 
DAN   (;enése. 
II  senible  que  nous  cabusoris 
Ou  que  vueillions  lez  pfeiis  compler. 

DAN    BESSUS. 

J'oscy  .1.  porchier  raconter 
Qu'ila  trouvé  une  aventure 
En  menant  sez  pors  en  pasture : 
Escoutons,  s'il  vous  plaist,  son  dit. 

DAN    GENtf<:SE. 

Or  nous  séons ,  c'est  trop  bien  dit. 

Cy  se  sient. 

TIÉBA13LT ,  porchier. 
Foucault,  veulz-tu  oirnouvcles? 
I.  17 


1>58  LES    MIRVCLKS 


FOIJCALLT. 

Oil  bicn,  iriez  qu^clz  soiciil  teles 
Que  nion  venlre  brcncus  s'cii  seiilc. 

TltBAULT. 

Je  le  dy  que  liier  par  une  seiUc 
Menay  mez  pourceaul/  et  mez  truies 
Mains  ile  l'errereure  de  .11.  Iiiies 
En  pasture  enmy  .1.  larris, 
Ne  trop  joieus,  ne  trop  niarris, 
Teste  nue,  lez  piez  deschaux  : 
Sy  trouvay  .1.  foiirncl  de  cliaiix 
D'aveiiture  en  .1.  reculet. 

foi;cal'lt. 
Pour  la  teste  d'un  sour  mulet, 
Je  croy  que  tu  resves,  Ticbauh. 

TIÉBADLT. 

Non  faiz,  non  faiz,  maistre  Foucault; 
J'ay  beu,  je  s^ay  bien  que  je  dy. 

FOLCAULT. 

Foy  que  tu  dois  le  mecredy , 
Mejoues-tu  de  la  trompete? 

TlÉBAULT. 

Vilaine  hon  te  tesoitfaite! 
Ne  suis-je  pas  bon  crestien  ? 

FOUCAULT. 

Par  monseigneur  saint  Julien, 
Tiébault,  je  ne  s^ay,  je  m'en  doubto. 

TlÉBAULT. 

Je  t^ostasse  hors  de  la  doubte 

Se  nous  fussiens  dessous  Montinartre. 


DE    SALNTfi    GENEVIKVE.  I^Sq 


FOUCAULT. 

Comment?  me  donroies-tu  tartre 
Ou  ciboules  en  porions? 

TlÉDAULT. 

Par  saint  Lou,  mez  bons  horions 
De  ma  macuc  suz  ton  chief. 

FOUCAULT. 

Je  seroie  ä  trop  grant  meschief, 
Se  tu  ne  r^avoiesdu  mien. 

TIÉBAULT. 

Du  tien? 

FOUCAULT. 

Du  mien. 

TIÉBAULT. 

Ahay  du  tien. 
Et  qu'a.s-tu? 

FOUCAULT. 

J'ay  assez  pour  toy. 

TIÉBAULT. 

Hé,  pour  Dieu,  mon  amy ,  tour  toy ! 
Tu  as  le  cul  tourné  au  pronc, 
Foy  que  je  doy  saint  Grisogone. 
Se  tant  ne  quant  tu  m'atouchoies, 
Jamaiz  ne  heurtebilleroies 
Fame  qui  soit  desuz  la  lune. 

FOUCAULT. 

Jamaiz  homme  ne  fraperoies 
Qui  soit  vivant  dessouz  la  lune. 
Cest  chose  qui  est  trop  commune, 
Dan  Tiébault,  que  de  soy  vanter; 

»7 


260  LES    MIRACLKS 

Mez  lu  scez  bien  que  fort  venter 
Chiet  souvcnt  par  une  pluictc, 
Et  aussy  une  cogniele 
•  Abat  bien  souvent  .1.  grant  arbre. 

TIÉBAULT. 

Tien-te  la  pique  comme  .1.  niarbre  : 
Je  ne  suis  pas  tel  com  lu  pcnsses, 

FOUCAULT. 

Je  te  pardonne  tez  offensses; 
Tu  dis  vray  comme  patre  nostre. 

TIÉBAULT. 

Dan  Foucault,  le  pardon  soit  vostrc  : 
Je  n'ay  cure  de  vos  raserdcs. 

FOUCAULT. 

Cest  guisc  de  merdeurs  et  mcrdch 

De  soy  sans  raison  courroucier, 

Que  vas-tu  grondir  ne  groucier 

Contre  moy  pår  espécial , 

Qui  suis  ton  droit  compains  loyal)^ 

Ety  par  Dieu,  il  n'est  nul  avoir 

Qu'il  vaille  bon  amy  avoir; 

Par  Dieu,  c'est  mal  fait,  Tiébauz.    . 

TIÉBAULT. 

Foy  que  doy  le  roy  des  ribauls, 
Foucault,  biau  compains,  ce  taiz-tu? 
Mais  scez-tu  quoy?  maistre  Festu, 
Sy  a  engendré  une  lille 
Qui  maint  porteur  de  ieustre  essille. 
Alons-y ,  nous  serons  trop  aise. 


DK    SAI.NTIi    C.KNEVIKVE.  'j6 1 


FOUCAULT. 

Qiii  esl-cl ,  Ticbault? 

TIKBAULT. 

Cest  ccrvaivse . 

FOUCAULT. 

Ålas!  jc  n'cn  fu  pas  nourrv. 

TIKBAULT. 

Foucault,  tu  ircz  [ms  champ  pourry  : 
Tu  as  plus  chier  jus  de  roisin. 

FOUCAULT. 

Par  lov,  tu  dis  voir,  biau  voisin. 

TIKBAULT. 

Sy  a  Tiébault,  le  tilz  mon  pere. 

FOUC\ULT. 

Or  uc  mens  pas,  mon  bon  coni|)cre  ; 
As-tu  trouvc  le  dit  iburnel? 

TIKBAILT. 

As-tu  bien  testc  d'estourncl , 
Ventre  Imju!  ne  me  croiz-tu  mie? 

FOUCAULT. 

Tu  m'as  mis  en  mélencolie. 

Jc  ne  s^ay  ce  s'est  droit  fantosme 

Ou  tout  ccrtain^  car,  par  saint  Cosnie , 

Tiébauit,  trestout  autel  te  cliante  : 

Ou  bois  ou  tu  scez  que  je  hante, 

Trouvé  la  veille  de  la  feste 

.1.  arbre  chest  par  la  tcmpeste, 

El  droitement  soubz  les  laciues 

\voil  de  cliaux  plus  de  .c.  mines 

En  .1.  fournel;cVsl  grant  nicrvcillc. 


264  LES    MIRACLES 

Sire ,  je  vueil  estre  batu 

S'ii  n^est  ainssy  ,  et  lez  quérez. 

DAN    BESSUS. 

Cest  bien  dit,  compaing;  vous  bérez  , 
Unc  autre  fois. 

LES  PRESTRES,  ensemble. 
Adieii,  adieu. 

LES    PORCIIIERS. 

Alez  a  Saint-Bartelemeu. 

Lors  voisent  oii  ils  vourront. 
Cy  retouraent  les  prestres  ä  sainte  Geneviéve. 

DAN    GENÉSE. 

Damc,  sachiez  que  .11.  porchiers, 
.11.  fourneaulx  de  chaux  tousentiers 
Nous  ont  ensegniez  d'aventure. 

SAINTE  GENEVIÉVE,  åjointesmains 
Doulz  Dieu ,  qui  a  ta  créature 
Es  larges  et  abandonné , 
Honiieur  te  soit  sanz  fin  donné. 
Or  suis-je  bien  reconfortée. 
Cy  die  å  dan  Genése : 

Nous  yrons  nous  .11.  å  Lettrée 
Et  y  menerons  des  ouvriers. 
Puis  die  å  dan  Bessus  : 

Et  vous  prendrez  dez  charetiers 
Sy  lez  menerez  ä  la  chaux. 

DAN    BESSUS. 

Tost  en  arez,  se  je  uc  faux. 
Cy  voisc  dan  Hessns  avee  revestiue  de  Paris  pour  ly  (enir 

coni>aignie. 


DE    S\INTE    GENEVlkVE.  265 


SAINTE  GENEVIÉVE,  aus  OUYliers. 

Seigneurs,  venrez-vous  avec  nous? 

LES    OUVRIERS. 

Dame ,  pour  la  crois  et  pour  vous 
Sommes  nous  tous  apparcilliez. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Venez,  vous  serez  bien  paiez. 

Lon  voisent  ä  Lectrée,  et  illecques  soit  .i.  autel  et  Ty  mage  mni 

Denys  dessus. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Or  9a ,  de  par  la  mérc  Dieu , 
Mez  bons  amis,  en  ce  saint  licu 
.1.  biau  moustier  me  commenciez , 
Et  pour  Jhésucrist  vous  songnicz 
De  faire  chose  qui  ly  plaise. 
OGIER ,  le  mathon. 

Dame,  ne  soiez  en  malaise 
Fors  de  nous  querre  assez  deniers, 
Car  loyaument,  comme  monniers, 
Ouvrerons  cest  euvrc  d'église. 
Huet,  pren  celle  pierre  bise, 
Sy  l'esboche  ä  ton  grant  martel. 

UUET,  magon. 
Maistre  Ogier,  je  say  un  art  tel 
Que  sans  touchier  et  sans  failiir 
La  vous  feray  en  hault  saillir , 
Mez  qu'el  oie  le  coq  chanter. 

OGIER. 

Or  du  bäver ,  or  du  venter; 
Parle  mains  et  fay  bien  besoignc. 


206  LES    MIRACLKS 

HLET, 

Par  la  grant  dame  de  Bouloigiie, 
Je  vueil  faire  une  orde  preslresse 
Qui  chevauchera  une  asnesse, 
En  cesle  pierre  de  quarrci. 

LE  GUARPENTiER,  eu  tenant  .1.  barton 
Et  jc  vueil  cy  faire  .1.  barrel 
Pour  une  fcncstrele  englesche. 

OGTER. 

Va  tendrc  ta  ligne,  sy  pesche. 
Ahay,  es-tu  jä  au  fenestres, 
lluet? 

HLET. 

Maistre? 

OUIER. 

Visens  nos  eslres. 

UUET. 

Maistre,  visez. 

OGIER. 

Nos  .11.  pignons 
Avecques  leur  .1111.  quignons 
Seront  bien  Tun  cy,  Taulre  ca. 

HUET 

Maislrc,  j'ay  grant  sueFdc  piccii. 

OGIER. 

Tez-toy. 

HUET. 

Or  sus. 

OGIER. 

A  mon  aviz 
Bien  sera  ev  la  tour  a  \i/., 


DE    SAINTE    GENEVIÉVE.  367 


A  archéres  et  ä  dégrez 
De  pierre  de  taille  ou  de  grez ; 
Et  bon  est  que  l'esglise  toule 
Soit  ä  boi)  pilliers  et  a  voute. 
Le  cuer  sera  vers  Orient, 
El  la  nef  devers  Ocoident. 
Le  maconnement  fait  entier, 
Lors  mete  sus  le  charpenticr 
Sy  veull  sez  trés  et  ses  r  lic  v  rons. 

HUET. 

Beau  sire  Diex,  et  qiiant  bevrons? 
II  fait  Irop  grant  harie  en  cost  ostre. 
A  boire,  ä  boire,  sire  preslre; 
J*ay  le  gorgeron  escorchié. 

LE    CIIARPENTIER. 

Et  mon  gosier  est  sy  torchié 
Qu'il  est  sec  comme  den  t  de  chien. 

OGIER. 

Foy  que  dov  vous,  sy  est  le  mien. 
A  boire,  prestre,  ou  nous  mourrons. 

DAN    GENESE. 

Vons  en  arez  quant  nous  pourrons. 
Lors  die  ä  sainte  Geneviéve : 

Dame,  lez  ouvriers  n'ont  que  boire; 
Seriuonnez-leur  d'aucune  histoire. 
Tandiz  que  j'iray  å  Paris 
Faire  emplir  .i.  ou  .11.  baris, 
Un  pou  lez  faites  déporter. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Diex  nous  vueille  reconfortcr 


268  LES    M1R\CLE$ 


Qui  sez  biens  ou  il  veut  départ ! 
Or  vous  traiez  .i.  pou  a  part, 
Et  priez  Dieu  de  cucr  et  d'äme 
Qu'il  nous  aide. 

D\N    GENÉSE. 

Volentiers,  damc. 
Lors  se  inelent  å  oroisoii . 

SAINTE    GENEVIÉVE,  ä  genoUS. 

Dieu ,  qui  muastes  Tiaue  en  vin  , 
És  nopces  chiez  Archedeclin, 
Vucilliezcy  vostre  grace  estandre 
Afin  que  lez  ouvriers  entendre 
Puissent  mielx  ,  et  sauz  murmurer , 
A  faire  cuvre  qui  puist  durer 
A  Tonneur  de  vos  bons  amis 
Qui  cy  Furent  lonc  temps  a  mis. 

Lors  se  liéve  et  die  sus  le  pol  -. 

Emple ,  de  par  Nostre-Seigneur , 
A  sa  gloire  et  son  honneur  : 
In  nomine  Patris,  et  Filii^  et  Spiritus  sancti. 

Amen, 

Cy  baille  le  pot  ä  dan  Genése  en  disant : 

Donnez,  sire,  ä  boire  aus  ouvriers. 

Puis  se  remete  en  oroison,  et  assez  tost  revoise  ä  Paris. 

DAN  GENÉSE,  en  prenant  le  pot. 
Sansfaille,  Danic,  volentiers. 
Qa,  beaus  seigneurs ,  l(5z  chiez  levez^ 


DE  SAINTE  GENEVIÉVE.  369 


Vecy  bon  vin,  tenez,  bevez, 
Moulliez  .1.  pou  vos  conscienccs. 

OGIER ,  en  hochant  la  teste. 
Foy  que  doy  saint  Lou  de  Cerenccs, 
Ce  ne  sont  pas  froides  nouveles. 

HUET. 

Je  croy  que  c'e8t  vin  de  pruneles. 
Oix  a-il  esté  sy  tost  forgy  ! 

DAN   GENÉSE. 

Quant  tu  en  äras  en  gorgy , 
Sy  en  juge  lors,  s'il  te  plaist. 
HUET ,  en  prenant  le  godet. 
Or  9a ,  je  vueil  savoir  que  c'est. 

Cy  tende  et  die  : 
Metez  bien,  monseigncur ,  metez. 

DAN    GENÉSE. 

Sy  feray-je;  tien,  or  te  tez. 
Porte  cela  en  quiqu^en  muce. 

HUET 

Sy  feray-je,  par  sainte  Luce. 

Cy  boive  et  puls  die : 

Sainte  Marie ,  mére  de  Dieu , 
En  quel  pais  et  en  quel  lieu 
A  ope  creu  se  noble  vin? 

OGIER. 

Es-tu  enchanteur  ou  devin? 
Tu  joues  des  ars  de  toulete. 

HUET ,  en  baillant  le  godet. 
Tenez,  maistre,  enoplez  1'ainulete; 


370  LES    MIRACLES 


Sy  sarez  se  je  vous  dy  bourde. 

OGIER,  eo  tenant  le  godet. 
Prestre,  emplez  ceste  coquelourde , 
Que  Diex  vous  liengne  en  son  sen  ise. 

DA?!  GENESE,  en  vereant. 
Vous  avez  pissé  contre  bise ; 
Sv  vous  est  prins  le  mal  roulant. 

OGIER. 

Sire,  c'est  voir;  pour  ce  en  roulant 
Tumberay  cecy  en  rna  forge. 

DArS    (.ENÉSE. 

Cest  bon  oignement  pour  la  gorge, 
Maistre  Ogier,  quant  le  temps  est  sec. 

OGiER,  en  monstrant  le  godet  ?uit. 
Otuv  est  mat:  eschel,  eschet ! 
Huet ,  voir ,  tu  n^ez  pas  béjaune  : 
II  n'est  Garladon  ne  Béaune, 
Par  Dieu,  qui  vaille  ce  vin  cy. 

LE    CHARPENTIER. 

Ha !  ha!  c'est  rape  de  Quincy. 
Je  cognoiz  tropt  bien  vos  bäras. 
OGiER ,  en  ly  baillant  le  godet. 
Tens  la  main  au  pot ,  sy  säras. 
Guides-tu  que  nous  t'entroignon? 

LE  CHARPENTIER,  en  monstrant  le  vin. 
Pour  lez  bions  cheveux,  maistre  oignon, 
Dont  vient  ore  se  pélerin  ? 

DAN    GENbSE. 

De  Couloigne  dessus  le  Rin. 
Qu'as-tu  ä  fairc  dont  il  viengne? 


DE  sviNTt  (;t.\EVu;vK.  271 


LE    CUARPENTIER. 

Cesl  bien  dit;  mez  Gevre  me  licngnc , 
Se  VOU8  me  servez  de  1'cntroigne, 
Se  jamais  en  cesto  besoignc 
Je  frnpe  cop  de  bcsague. 

HUET. 

Tu  es  bienlost  en  tiévre  ague : 
Pren  le  gode  t  et  sy  essaye. 

LE  CUARPENTIER,  en  preuniU logodet.    . 

Je  le  vueil ,  9a  quérez  qui  paie : 
Dan  Genoiz,  emplez  ceste  lampe. 

DAN   GENÉSE. 

Or  lien ,  boif  pour  la  goutc  crampe. 

LE   CUARPENTIER. 

Metez ,  metez,  je  vueil  bien  traire. 

DAN    GENÉSE. 

Tien ,  tien^  mal  bien  te  puist-il  faire! 

LE   CUARPENTIER. 

Je  vueil  oindi^  mon  gavion. 

OGIER    et    UUET. 

Boif,  boif,  8anglante  passion. 

OGIER,  qiiant  le charpentier  ara  ben. 
Que  dites-vous,  maistre  Rogier? 

LE    CUARPENTIER. 

Cest  vin  de  bouche ,  maistre  Ogier  ; 
Sainte  mérc  Dicu,  vecy  råge. 
Qui  oncques  mez  vit  tel  bevrage  ?   • 
Emplez ,  pour  Dieu ,  encoi'  ma  coupe. 

DAN   GENÉSE. 

Tu  cs  plus  yvre  que  unc  soupe  ; 


272  t^ES    MIR\GLES 


Gommen  t  pourras-tu  ja  doulcr  ? 

LE    CIIARPENTIER. 

Je  feray  les  asncs  voler , 

Mez  que  je  boive  une  foys  seule. 

DAN    GENÉSE. 

Or  tien,  mal  feu  t^ardc  la  gueule! 
LE  CHARPENTIER  ,  sanz  boire. 
Mére  Dieu,  c'est  une  fontaine; 
Nous  avons  beu  ä  pance  plaine , 
Et  sy  semble  qu'åme  n'y  touche. 
Folz  est  qui  de  cuer  et  de  bouche , 
?Je  veult  Dieu  loer  et  amer. 

OGIER. 

Doulz  Dieu  en  qui  n'a  point  d'amer , 
Bien  a  cy  miracle  notable. 

HUET. 

Moult  est  ore  a  Dieu  agréable 
Nostre  maistresse  Geneviéve. 

LE   CHARPENTIER. 

Beaus  seigneurs,  ce  fessel  me  griéve ; 
Je  le  vueil  metre  soubz  ma  chape. 

Cy  boWe. 

OGIER    et    IIUET. 

Or  garde  bien  qu'il  ne  t'eschape. 

LE    CHARPENTIER. 

Cest  fail,  ie  péril  en  est  hors. 

Lors  baille  le  godet  å  Ogier  en  disant : 

Tenez-moy  ce  godet ,  bon  corps , 
Je  le  vous  rens  sain  et  entier. 


DE   SAINTE   GENEVIÉTE.  21^3 


OGIEK I  en  prenant. 
Par  foy,  tu  cs  droit  charpentier; 
En  ton  euvre  nVil  que  remordre. 
Monssour  Gcnoiz ,  selonc  vostre  ord  re 
II  me  fault  faire  comme  ly. 

DAN   GENÉSB. 

Que  fiist-il  ore  ensevely 

Et  toi  aussy.  Que  veult  cc  dire? 

OGIER. 

Ne  vous  courrouciez  mie,  sire, 
Cest  au  lundy  nostre  coustume. 

DAN  GENÉSE,  en  verssant. 

Tien  donc,  en  male  estraine  hume. 

OGIER. 

Prestre. 

DAN    GENÉSE. 

Dy. 

OGIER. 

Voulez  que  je  dye? 
A  la  guise  de  Normendie 
Je  bef  ä  vous  de  chipe  en  chope. 

DAN   GBNÉSE. 

II  a  trop  froity  sy  Tenvelope. 

OGIER ,  qtint  il  ara  beu. 

Cetuy  est  mien,  l'autre  soit  vostre. 

DAN   GEN&SB. 

Tu  sces  plus  que  ta  patre  nostre. 

OGIER. 

Vecy  belle  chose,  Huel. 
I.  lö 


2^4  ''^   XIRACLCS 


HLET  9  en  preoana  k  godec 

3k  ne  sera  riche  ouiet. 

Prestre,  faites  cy  vostre  aumosne. 

DAN   GE?IÉSE. 

Esgar,  cc  garssoD  me  ranposne. 
Or  sus,  rJe  par  Dieu ,  besongncz. 

HL£T. 

Metez  cy  et  ne  vous  feigniez. 
Vous  voirrez  bien  que  nous  fcron 

da:v  genése. 
Tien  donc,  fourre  ton  chaperou. 

HUET. 

J^en  Tourreray  avant  ma  pance. 

OGIER    ET    LE   CIIARPEVTIER. 

Ainssy,  Huet,  empte  ta  granche. 

nUET ,  quant  ara  beu. 
Par  ma  teste,  moqnin  moquarr, 
II  seroit  bien  quoquin  quoquart 
Qui  en  cest  euvre  loyaumcnt 
N'ouvreroit  et  diligemment 
A  tout  son  povoir  et  savoir. 

LE   ClIARtvENTIER. 

Par  ma  foy,  Huet  dit  h  voir, 
Et  en  verité,  sanz  tnomperie , 
Je  feray  tel  charpenteric 
Que  nal  fors  que  bien  n'en  dira ; 
£t  sachiez  qu'ii  me  souflira 
r>'avoir  le  fuerce  a  la  viele. 

OGlER. 

Miracle  apcrt  et  vcrtu  l>elle 


DE    SAINTE   GBNEVIÉVE.  3^5 


Nous  inonstre  Dicu  devant  noz  yex  : 
Naturc  il  fealt,  il  vient  des  cieuls. 
Loé  soil  Dieu  et  Nostre-Dame , 
Et  ceste  sainte  preude  fame 
Qui  plus  doulce  est  que  .i.  coulumbel, 
.  Et  lez  corps  saios  de  ce  tumbcl ! 
Voir  se  Dieu  veuit  que  solons  sains 
Huet  et  moy,  sus  sez  bons  sains 
Sy  noUement  ma^onnerons, 
Que  grant  honneur  y  gaignerons. 
Je  los  que  nous  ak>ns  couchier 
Chiez  inon  pére  le  bouchier ; 
Demain  ä  matin  revendrons, 
Et  å  bien  onvrer  entendrons. 
N'est  pas  homme  qui  ne  prent  somme. 

HUET   ET   LE   ClIARPETfTIER. 

Alon-en ;  c'est  dit  de  preudomme. 

Voisent  ou  il  Tourront  et  dan  Genese  som  tenir  conpaignir 

å  saint  Remy. 

Qoi  le  jeu  vourra  cy  finer , 
Ainssy  le  ponrra  définer. 

Biaus  seigneurs,  pour  ce  biau  miraclq 
Que  Diex  a  fait  sanz  nul  obstacle , 
Chantons,  tant  bc^us  que  camus, 
Bien  hault :  Te  Deum,  laudqmus. 

De  eeste  elaase  n*å  que  foire 
Qui  le  jeu  ne  veult  a  fin  tmire. 


i8 


^']6  LES   MIRACUES 


BIAU   MIRACLE 

Comment  madame  stunie  Genepiet^  aloit  untfois  la  nuit  de  Pas^ 
ques  veillier  au  tumbel  saint  Denjrs  ä  Letrée^  et  k  cierge  qme 
une  de  sez  pucéUes  portoii  eslaint.  Lors  stunie  Genepiet^  le 
print  et  tantost  il  raktma,  et  dwra  arJant  jusques  å  Saint-Denjrs 
de  Letrée. 

SAINTE  GENEViÉVEy  å  sez  conpaignes. 
Mes  suers ,  j'ay  en  dévocion 
En  oeste  résurection, 
Du  doulz  Jhesu  vray  hom,  vray  Dieo^ 
D'aler  visiter  en  leur  licu 
Saint  Denis  et  ses  conpaignons. 
Alons,  suers,  et  ne  noua  faignons 
De  leur  bonne  aide  requérir; 
Car  nul  quMI  ailde  puet  périr. 
Ains  qu^il  soit  jour,  se  bon  vous  scmble, 
Y  alons  toutes  .iii.  ensemble  : 
Demain  ains  prime  retournerons. 

SAINTE   CÉLINE. 

Avec  vous  vivrons  et  mourrons. 
Dame,  ou  vous  plaira  nous  mcnez. 

SAINTE   GÉNEVIÉVE. 

Margot  y  ce  tuertis  tne  prenez ; 
Ardant  le  portez  en  la  main 
Pour  nous  esclairier  jusqu'å  main. 
Suer,  dy-je  bien? 

MARGOT,  en  prenant  le  cierge. 

Madame,  oil. 


de  8a1nte  geneviéve.  ^'jj 

såintb  getceviéve. 
Alon  y  Dicu  nous  gart  de  péril. 

Cy  voisent  belement. 

LfiVIATHAN. 

Salhan,  qui  est  colle  viellottc 
Qui  tousjours  en  alant  barbotc  : 
jii^  Ma/*as  y  Patres  Jiostrues , 
Comme  »'el  dcust  voler  aux  nucs ; 
Et  se  defripe  et  fait  la  lipe , 
Et  me  portc  fueitles  de  tripe 
Comme  .i.  livré  soubz  sez  csseles? 
Åvec  ly  mainc  .11.  pucelics 
Qu'el  encliante  trop  fort  cntant, 
Que  se  tant  ne  quant  vont  sentant 
Que  je  leur  eschaufe  lez  rains. 
Lors  me  prendront  branches  et  rains 
De  boul  y  d^osiéres  ou  d'orties , 
Ou  chardops,  ou  bonnes  coogies, 
Batront  espaulez  ou  culiére^ 
N'y  remaindra  jk  pel  cntiére. 
Dessus  leur  pis  dez  poing  tabeurent , 
Et  eurenty  pleurent,  veillent,  labeurent, 
Cengnent  cprdes,  vestent  la  haire. 
Je  ne  lez  puis  ä  péchié  traire  : 
Jk  taut  n'es  aroy  cschav/ées^ 
Tant  lez  a  leur  dame  enchantées. 
Ou  vont-il?  qui  est-el  ?  sccz-lu? 

SATUÅN. 

Cest ,  malotru ,  cornart ,  testa , 


278  LF<S    M1RACLE8 


L'abcssc  de  Tirelopincs  (i). 

LB   PREMIER   BOURGOYS.  •* 

A  Gencviévc  le  mcnons 
Qui  leur  donnera  aléjancc. 

LEZ    AUTUES    ROURGOYS. 

Si  re ,  lele  est  nostre  cspérance. 
Ixirs  voiscnt  au  foI  et  jueut  dez  vergez  et  de  la  corde. 

LE    PREMIER   BOURGOVS. 

Or  93,  maistre,  ca  levez  sus. 
LE  FOL  ^  ea  soy  levant. 
Ccrlez,  je  seray  au-dcssus, 
Va  chanteray  chan^ons  de  geste. 

LE   SECOND    BOURGOYS. 

Délivrons-nous ,  il  se  lempeste  : 
Lions-ly  lez  brås  et  lez  maios. 

Lors  le  lieiU. 

LE    FOL. 

Que  faites- vous ,  sanglans  vilains  ? 
Qui  vous  fait  approucbier  de  moy? 
LE  TiERS  BOGRGOYS ,  en  menacent  de  la  vergc. 
IIol  maistre,  bo!  tcnez-vous  quoy. 
Passez  avant,  niaistre,  passez. 

LE  FOL^  enalant. 
Je  suis  cordelier ,  c'e8l  assez 
Pour  descbanter  messe  et  canon. 

Cy  die  en  chantant : 


(I)  II  inanque  ici  un  fragment  contonaut  Xa  Jin  de  ce  miraclc  cl  le 
commencemcut  dr  ^cKii  de^  fous. 


DE    SAINTE  GBNEVIÉVE.  S^^ 

Hynban ,  dit  råoesse,  binhan  y  dit  fasnon ! 

Quant  il  sera  avecques  lezaatres,  lors  les  meinent  lézboargoys  åsainte 
Geneviéve,  et  soient  lez  enntaå»  åerriété  måZy  et  se  jouent  å 
eulz. 

LE    PREUI&R   BOURGpYS, 

Or  suz,  seigneurs;  suz,.alez  oullrel 

m  PREMIER  FOL ,  en  alant. 
Il  fault  h  ma  cbarue  .i.  coutre. 
Dy ,  est-il  jour  ou  c'est  la  lune? 

LE  SEGOMD  FOL^  en  alant. 
J'ay  fain  y  dorme-moy  ime  prunc, 
Puis  va  torchier  moo  cul ,  Motrel. 

LE   TIER3   FOL, 

J'ay  clére  voiz,  comi?Qe  .i.  tourcl, 
Pour  ce  veil-je  chanter  la  messp. 

LE   QUART   FOL. 

Fy ,  (y!  tu  as  fait  une  vesse. 
LE  QUINT  FOL  y  en  chantant  ou  chant  de  Sanctus  ou  de  Requiem. 
Sanz-tUy  sans-tu 9  sanz-tu ; 
.II.  menus  dansabot. 

LE   .  VI*.  •  FOL ,  en  chantant  coittme  Vautre. 
Mens-tu,  mens-tu,  mens- tu , 
.iu.  quiens,  .iti.  quae  k  a.  rabot: 

•  Cy  voisent  uslant  toos  ensamble: 

1.E  PREMIER  BOURGOYS ,  ä  salncte  Geneviéve. 
Dame,  foison  de  forssenez 
Vous  avons  icy  amenez  : 
Pour  Dieu,  prengne-vous  en  pitié! 
SAINTE  GEIVEVIÉVE,  lez  mains  dreciés  au  ciel . 
Doulz  Dieu ,  qui  par  grant  ainisfié 


3ÖO  LI^S    MIRACLES 


Et  par  pitié  tréft-charitable , 
De  dampnadoD  pardurablc 
Ot  dez  mains  l'aiieiny  d'enier 
Vousifttes  vostre  pueple  öster , 
Par  vostre  sainte  passion , 
Aie^y  sircy  compassion 
De  sez  gens  qui  tant  son  t  ten  tes 
De  l'aneniiy  et  tourmentés. 
Regardez,  sire,  ä  la  priére 
De  vostre  mére  débonnaire 
Et  de  monseigneur  saint  Dcnis 
Qui  pour  vous  fut  mört  et  Tents , 
Et  des  autres  saintes  et  sains, 
Et  lez  rendez  joieus  et  sains, 
A  vostre  grant  loenge  et  gloire. 
A  vous  soit  honneur  et  victoire! 
Gy  se  liévcnt  et  lez  seigne  en  disant : 

Ennemis  de  ces  gens  yssiez , 
Ne  jamais  ne  Icz  traveilliez  : 
In  nominc  Patris^  et  Filiiy  et  Spiritus  saficti. 
Lon  ge  lessent  lez  föls  chéoir  en  disant: 
Diex ,  vostre  aide,  nous  sommes  mors. 

LÉVIATHAN. 

Cest  force ;  il  nous  fault  aler  hors ! 
Ce  nous  faii  celle  maise  garsse. 

LES  AUTRES  DiABLES,  en  fuiant. 
Ccst  voir;dc  mau  feu  soit-elle  arsse! 

Cy  f>c  liéyreni  lez  lolz  et  dicnt : 
Sirc  Diex,  graces  vous  rendons. 


DE    SAINTE   GEMEVIÉVE.  281 

MadamCy  ä  Dieu  vous  commandons; 
Dicu  vous  maintiegne  en  sainte  foy ! 

SAINTE   GENBVIÅVE. 

AIcz ;  a  Dieu  priez  pour  moy. 

Cy  se  remete  ä  oraison  et  se  tiegne  ä  Letrée  jusques  å  tant  que  les 

målades  aient  finé. 

Qui  le  jeu  saint  Denis  ? oodroit  cy  terminer 
Gomme  cy  est  escript  le  pourroit  définer. 

Seigneurs,  Dieu  nous  a  fait  grant  grace  : 
Par  sabct  Denis  cl  Gencviéve, 
Sy  commen90n8  dés  ceste  place. 
Cest  chose  qui  nuUy  ne  griéve , 
Ne  elers,  ne  laiz,  ne  bigamus  : 
Por  ce  en  estant  chascun  se  liéve, 
Chantant :  Te  Deum  laudamus. 


Mindes  de  plusieurs  maUdes 
En  farses  pour  cstre  mains  fades. 

UNG  BIAU  MIRACLE. 

Cy  apres  sont  atUres  miracl$s  de  madame  sainte  Genci^ieue.  San 
ctuez  que  chascun  emporte  plusieurs  personnages  de  plusieurs 
målades  pour  cause  de  hrietéf  et  a  parmy  farsses  cntées^  afin 
que  le  jeu  soii  mains  fade  et  plus  plaisans. 

LE    MESEL. 

Au  målade,  Diex,  au  målade ! 
.1.  tentet  de  viande  sade. 
Ilalas,  chétis,  je  suis  gaste 
Se  je  n'ay  d'un  pctit  pastc, 


282  LES    MIRACLES 


Et  plaine  escuelc  de  boschet, 

Ou  au  mains  de  vin  de  bufTct! 

Ceste  greveuse  maladie 

Me  maine  doulercuse  vie ; 

Je  me  descbire,  je  gratigoe , 

Je  me  défripe,  je  recbigne, 

Elle  me  runge,  et  point,  et  mört ; 

Mielx  venist  que  je  fusse  mört , 

S'U  pleust  a  Dieu,  et  mielx  Tamasse, 

Car  c'est  .1.  mal  qui  point  ne  passé, 

Fors  au  mourir  tant  seulemeni. 

II  n'est  mire^ne  oignement 

Qui  en  sacbe  ou  puisse  garir, 

Fors  Dieu  qui  me  gart  de  périr, 

Qui  la  me  doint  pour  purgatoire. 

Cy  se  sié. 

LE    BROUETIER. 

Pour  1'amour  du  doulz  roy  de  gloirc, 
Donnez  ou  denier,  ou  mallete 
Au  povre  enfaut  de  la  brouete. 
Mielx  ne  le  povez  cmploicr, 
Car  par  m'äme  il  ne  puet  ploicr 
Membre  nul  qu^il  ait,  ne  cstendre. 
J'eusse  plus  chier  qu'il  fust  en  cendre 
Il  n'ot,  ne  ne  voit,  ne  ne  parlc, 
N'a  plus  meschant  de  cy  en  Arle. 
Donnez-ly,  pour  Dieu,  crote  ou  mie : 
Vous  fercz  aumosne  flourie. 
Par  ccst  amc,  je  dy  veritc. 
Cy  se  sic  apré»  l*autrc. 


DE  SMNTE  GENEVIÉVE.  a83 


L  YDROPIQUE. 

Diex,  voslrc  aidc  par  charité! 

Je  ne  sens  qii'eDgoisse  et  meschiet' 

Du  fons  du  pié  jusques  au  chief. 

Helas ,  j'ay  goute  miseraigne, 

J'ai  riflc  et  rafle,  et  roigne  et  taigne, 

J'ay  fiévre  lente  et  suis  podagre, 

J'ars  trestout  du  mal  saint  Piacrc, 

J'ay  ou  cul  lez  esmoroides ; 

Sy  ne  puis  chter,  c'est  grant  hides ; 

Je  chie  souvcnt  du  mal  saint  Lou, 

J'ay  cors,  j'ay  le  fil,  j'ay  le  lou, 

Je  suis  roupt,  j'ay  maise  fourcetle, 

J'ay  la  pierre,  j'ay  la  gravelie, 

Je  suis  enflez  et  ydropique, 

Et  d^un  costc  paralitique ; 

J'ay  Talaine  puante  et  forte; 

Mört,  qu'astens-tu  ?  vicn,  sy  m'emporte  : 

Je  ne  me  puis  plus  soustenir. 

Cy  se  assié  apres  lez  autres. 

LE  Bogu. 
An  Diex,  quc  pourray  devcnir  ? 
Diex,  de  quelle  heure  fu-je  né! 
Halas,  je  suis  trop  mal  menc. 
Je  suis  lx>^u  et  contrefait  : 
Le  fcu  saint  Fremi  pis  me  fait 
Qui  m^art  tout ;  or  ay  de  la  goute 
La  destre  jambe  enflé  toute. 
Le  chancre  m'a  rongié  le  menbrc. 


a84  LBS    MIRACLBS 


Las  doulanl!  quant  je  mc  remenbre 
Du  dueil  que  ma  &me  en  demaioc, 
C*est  mal  suz  mal,  peioe  suz  paioc. 
Et  que  feray-je,  bonne  gent  ? 
J'ay  despendu  tout  mon  argent 
En  merdeffines  et  en  mires. 
Je  croy  qu^ou  monde  n^a  gent  pircs, 
Soit  torty  soit  droit,  hapenl,  ravissent, 
Et  trestout  quant  qu'il  sont  honnissent 
Lez  uns  pour  öster  une  espinc, 
Les  autres  pour  veoir  une  orine 
Vourroient  le  monde  essillier. 
On  ne  puet  mielx  lez  gens  pillier; 
Lez  ycux  crevez  puissent  avoir 
Ceulx  qui  ne  font  bien  leur  devoir. 
Je  me  doubte  plus  que  de  tous 
Que  je  ne  lez  maudisse  tous. 
Poulx  Diex,  qui  estes  le  vray  mire, 
Délivrez-moy  de  cest  martire 
Et  me  donnez  mört  ou  confort. 

Cy  se  siée  apres  Tautrc. 

LE    FIÉVREUS. 

Ha,  Nostre-Dame  de  Monfort  I 
Je  tremble  dent  ä  dent ;  hareu ! 
Se  j'estoye  .i.  droit  leu  gareu 
Sy  ay-je  assez  have  couleur. 
An  Diex,  que  je  sens  de  douleur ! 
Or  ay  le  bout  et  double  quarte, 
Et  sy  mc  semble  qu'on  mc  parte 


DE    SAINTE   GENBVIÉVE.  285 

Lez  ventrailles  affroiz  contraus, 

Et  qu'on  me  tranche  lez  boiaus. 

Lez  dens  me  refont  enragier ; 

Je  ne  puis  boire  ne  mengier , 

Tant  sueffire  d^angoisse  et  de  råge. 

Je  crie  comme  .i<  oiirs  saiivage, 

N'endurer  ne  puis  doulcement 

Mes  maulz  qui  sont  durs  durement, 

Hé,  mére  Dieu !  mére  de  gråoe ! 

Et  que  puet-ce  estre,  et  que  seracc 

De  sez  dureces  infernales 

Qui  sont  sy  dures  et  sy  mal  ? 

Comment  les  pourroie  endurcr 

Qui  pour  si  pou  ne  puis  durer  ? 

Et  toute  voiz  endurer  &ult 

Ou  cy,  ou  lä;  mez  en  défault 

Vient  mielx  durer  temporelement , 

Qu'endurer  perpétuelement 

Ne  qu'endurer  neiz  purgatoirc ; 

Car  sy  n'a  durlé  transitoire 

Qui  soit  k  endurer  sy  dure : 

Cest  doncques  du  mielx  que  ]'endure. 

Or  doint  Diex  qu'en  ceste  durccc 

Dure  sy  que  m'äme  ne  blece, 

Et  Yueille  que  toute  durté 

Puisse  endurer  ä  ma  purté ; 

Sanz  sa  grace  ne  senz  sez  bions 

Ne  puis  durer  n'endurer  riens. 

Sy  mc  face  sy  endurcy 

S'il  ly  plaist  tant  com  je  dur  cy , 


a88  LES   BflRACLES 


Pour  .1.  fol,  pour  .i.  burelure; 
Il  n'y  a  ne  grant  ne  petit 
Qui  de  moy  voir  ait  appétit. 
Diex!  qu'il  est  povre  qui  ne  voit! 
S'il  va,  s'il  vient|  s^il  dort,  s'il  poit, 
Autant  de  Tun  comme  de  Tautre, 
0'est  .1.  droit  ymage  de  peautre. 
Helas!  men  filsHanequinet) 
Meino-moy  en  ce  matinet 
A  celle  bonne  et  sainte  dame 
Qui  de  meschief  öste  maint  äme , 
Quo  lez  gens  nomment  Geneviéve. 

LE    VARLET. 

Sire,j'ay  tel  dueil  quc  je  criéve 
De  oe  que  je  suis  sy  goutcus 
Que  dez  .11.  hanches  suis  boisteus. 
Et  ay  la  tous,  maise  poitrine , 
ClouSy  pousy  cirons,  lentes,  vermine. 
J'ay  la  rougole  et  la  vérole , 
J'ay  chascun  jour  la  feinterole , 
J'ay  le  jaunice  et  suis  éthique, . 
Ne  guérir  n'en  puis  par  phisique. 
Merdefins  et  ciurgiens 
M'ont  eu  long-temps  en  leur  liens : 
Maintenant,  quant  je  n'ay  que  frire, 
Que  riens  n'a  en  ma  tirelire , 
Par  m'åine  il  n'ont  cure  de  moy. 

l'avbugle. 
Par  mon  serement ,  je  t'cn  croy. 
Aussy,  Hanequin^  sy  m'aist  Dicx, 


DE    SAINTE    GENEVIEVE.  289 

II  in'ont  du  tout  crevé  lez  yeulz. 
Mengier  puissent-il  leurboiausl 
Je  dy  ceulx  qui  ne  sont  loyaus 
Selon  leur  po^oir  et  savoir. 
Alons  ou  j'ay  dit ;  car  lä,  voir, 
Nous  trouverons  miséricorde. 

L£  YARLET,  en  baillant  la  corde. 
Alons  donc;  tenez  bien  la  corde. 

Cy  voisent  aus  autres  målades ,  et  lors  die  le  variet: 
Qu'atendez  vous  cy,  tnez  amis? 

.1.    DEZ    MÅLADES. 

Besoing,  frére,  cy  nous  a  mis, 
Pour  avoir  de  la  sainte  fame 
Qui  doit  vcnir  a  Nostre-Dame, 
Aucun  aide  et  aucune  grace. 

l'aveugle. 
Le  doulz  Jhésucrlst  la  nous  face ! 
Nous  l'atendron  avecques  vous. 

LEZ    MÅLADES, 

Or  5a,  venez  socr  avec  nous. 

SAINTE  GENEViEVE ,  en  passaut. 
Mez  amis,  Jhésucrist  vousgart! 

LE    BROUTIER. 

Vaitlant  dame,  .1.  piteusregart 
Vueilliez  faire  suz  ceste  gent ! 

SAINTE    GENEVIEVE. 

Je  n'ay  sur  moy  n'or  ne  argent; 
Mais  je  prie  au  doulz  Jhésucrist 
Qui  vous  et  nrioy  forncia  et  fist, 


!39<>  LES   MIRACLBS 


Qui  touB  målades  poet  guérir 
Sans  autre  médccine  quérir 
Que  de  son  simple  et  bon  vouloir , 
Que  des  maulz  qui  vous  font  douloir 
II  vous  vudlle  öster y  et  suz  piea 
Vous  rende  tous  joieus  et  liez. 
in  nomine  Patris^  et  l^lii^  et  Spiritus  sancti. 
LB  MESCL,  en  sailUnt  sut,  die : 
Järnen!  Diex^  vous  soiez  aouré! 
Je  n'ay  plus  ma  meselerie. 

L^DKOPIQUE. 

Vecv  noblement  labouré : 
Loez  en  soit  le  Filz  Marie ! 

LE   CONTRAIT. 

De  tout  mon  coeur  Dieu  regracie, 
Car  sain  suis  com  poisson  de  mer. 

LE    BROUTIER. 

Suz,  mon  filz ;  va,  sy  la  mercie. 
Bien  la  devons  de  cuer  amer. 

l'enpant,  en  saillant  hors. 
Je  doy  bien  de  joye  baler, 
Car  plus  n'ay  mestier  d'échiniére. 

l'aveuglb. 
Grace  k  Dieu  je  voy  bien  alcr, 
Dieu  m'a  donné  belle  lumiére. 

LE    VARLET. 

Et  j'ay  santé  plaine  et  entiére ; 
J'en  mercie  Dieu  et  sez  sains. 

LB   FIÉVKEUS. 

Bien  devotis  feire  bonne  chiére 


DE   SAINTE   GEf(EVlÉVE.  29 1 


Quant  Dieu  nous  a  iait  liez  et  saios. 

TOUS   ENSEMBLE. 

N0U8  voua  commandons  ä  Dieu ,  dame. 

SAINTE   G£NEVl6VK. 

A  Dieu  qui  vous  gart  corps  et  äme. 

Sainte  GeneriéTe  Toiae  en  son  oratoire  et  lå  se  tiegne  en  oraison 

et  les  autres  oä  ils  vonrront. 


Cy  apres  est  de  une/ame  ä  qui  modame  sainte  Genef^Uue  nndtl 
ta  veue  que  eUe  atnni  perdue  pour  ce  que  elk  atwt  emUé  les  squ» 
iers  de  la  dicte  yierge, 

LA    VIBLLE. 

Pour  iez  boiaus  sainte  Géline, 
Vela  dame  Genevetine 

En  la  monstrant. 

Qui  ne  iait  que  pseaumes  brouHier, 
Sez  yeulx  essuier  et  mouilleri 
Qui  a  trop  bien  la  main  oii  metre ; 
Et  je  puis  bien  foD<ire  et  remetre  : 
Je  n'ay  que  frire  ne  que  daire. 
LamproieSy  luz,  barbeaus  de  laire 
Ne  me  prenent  pas  å  la  gorge  : 
A  grant  paine  ay-je  du  pain  d^orge, 
Qui  souloie^  las!  sy  bien  Yttre. 
Tousjours  estoie  ou  plaine  ou  yvre, 
Et  plus  me  fesoie  coignier 
Qu'il  (n'est)  de  coings  en  .i.  coignier. 
Coignant  ooigné  onc  ne  coigna 

»9* 


392 


LES    MIIWCLES 


Tant  de  coing  commc  on  mc  coignn, 
Et  Icz  coigncurs  qui  me  coignoient 
Le  coing  du  poing  d'or  mc  coignoient, 
Plus  n'y  seray  de  coing  coignic , 
Car  ma  coignie  est  descoignie. 
Tant  est  cuisans  et  vicllle  et  dure, 
QuMI  n'cst  coigncur  qui  en  ait  cure, 
N'argcnt  n'y  vcult  en  mclrc  cl  coing. 

En  moustraiit  saiiUcGoneviévc. 
£t  vela  madame  en  son  coing 
Qui  de  coignier  ne  sceut  onc  notc 
Cc  dit-on,  tant  est  nicc  et  sotc, 
Qui  a  de  l'argcnt  ä  poignics 
Com  s'cn  le  forjast  a  coignies. 
Chascun  ly  donne  tire  a  tirc, 
Et  tousjours  brct,  pleure  et  soupi ro, 
Coigne  fort  son  huis  et  recoignc, 
Car  je  ly  baudray  tel  engroigne^ 
Foy  que  je  dov  saint  Åndricu  le  Scot, 
Quc  je  bevray  å  son  escot 
Ou  je  faurray  a  faire  tente. 

Cil  la  regarde  et  puls  dic  en  hochant  la  inain : 

Ellecst  nuz  piez;  ho!  j'ay  m^entente. 

Cy  die  å  sainte  Celine  et  å  Margot: 
Dieu  vous  doint  bon  jour,  damoyseles ! 

SAINTE   CÉLINE. 

Bien  vcigniez,  dame !  queiz  nouvelles  ? 

LK  viELLE,  en  soy  asséant. 
Je  mc  vucil  soer,  ne  vous  dcsplaise. 


DL    SAIME    UKNEVlicVE.  293 


,       MARGOT. 

Madamc,  eslcz-vous  en  malaise? 
LA  VIELLE ,  en  prenant  les  soullcrs  secrétemcnt. 
Oil,  j'ay  .1.  pou  mal  au  cucr. 

SAINTE    CÉLINE. 

Diex  vous  cloint  s<'inté,  bclc  sucr! 

LA  vrELLE ,  en  soy  levant. 
j4mtn!  å  Dieu,  jc  suis  garic. 

SAINTE    CÉLINE    ET    MAKGOi. 

Alez  ä  la  Vierge  Marie. 

(.y  6*eii  voise  la  vielle  en  monstrant  les  souUers  et  en  disant: 

Or  die,  madame,  sez  hinnes: 
Commcnt  que  soit,  j'ay  sez  botines. 
Voist  mcz  piez  s'el  veult  par  la  rue 
Et  s'el  a  froit  sy  esternuo. 

En  souriant. 

Sa  pucelle  me  sermonnoit  : 

Je  lez  prins,  Diex  lez  me  donnoil. 

Ay-je  bicn  falt?  oil  sans  doubte. 

Cy  touche  å  sez  yez  et  die : 

Lasse,  4asse !  jc  n'y  voy  goulc. 
Diex,  Diex!  que  m'esl-il  ave^u? 
Or  suis-je  bicn  au  pain  menu. 
Ccrtes  il  est  bien  cmploié  : 
Jamaiz  mon  cucr  ne  fust  ploié 
Ne  ma  mauvestié  abatue , 
Se  Dieu  de  tait  ne  m'eust  batuc. 
Jc  vucil  relourner  a  tastons. 


394  ^^^    MIRACLES 


Pleust  ä  Dieu  que  .xv.  bastons 
Elle  rompist  suz  mez  costez. 

Cy  rende  lez  soullers  et  die : 

Voz  soullers  que  j'avoie  ostez, 
Dame  ^  larrecineurement, 
Vous  rend  et  vous  pry  humblement 
Que  m'en  vueiiliez  pardon  donnor. 

SAINTE    GENEVIÉVE. 

Dieu  le  vous  vueille  pardonner, 
Et  je  sy  fay  et  de  bon  cuer; 
Mais  pour  Jhésucrist,  beic  suer, 
Vousestesjå  toute  ancienne. 
Deyenez  bonne  crestienne , 
Gar  vostre  vie  est  périllieuse. 

LA    VIELLE. 

Lasse !  meschente  et  doulereuse, 

Oncques  bicn  ne  fisen  jeunece; 

Encor  ay  pis  fait  en  viellece. 

Or  suis  floibe  et  vieitle  obstinée, 

Et  ä  maufaire  acoustumée. 

I^ssc!  comment  porray-je  k  Dieu  plaire  ? 

SAINTE   GENEVIÉVB. 

Dieu,  m^amie,  est  sy  debonnaire 
Que  quant  pécheur  ou  pécheresse 
Se  repent  et  sez  péchiez  lesse, 
Et  en  son  cuer  pense  et  propose 
Que  jamaiz  il  ne  fera  chose 
Qu'il  puisse  qui  k  Dieu  desplaisc , 
l^ors  ont  lez  anges  joye  et  aise , 


DE    S41NTE   GBIfEVlfcVE.  SqS 

El  Dieu  pardoDne  lout  en  l'eure. 
Sy  conseille  que  sanz  demeura 
A  mon  seigneur  Févcsque  alez. 
Et  vos  pédiicz  ly  revéles 
Entiéremenl:  et  vrayemeot. 

Lk    VIELLE. 

Volentiers  et  isnelement. 
Dame,  quant  que  dites  je  féisse  y 
Et  plus  encore  se  je  véisse ; 
Maiz  Dieu  scet  que  goute  n'y  voy . 

SAINTE   GENEVIÉVB. 

Et  je  pry  Dieu,  en  qui  je  croy, 

Qui  lez  aveugics  cnlumine , 

Qui  lezpéchiez  quant  veult  termine, 

Que  s'il  est  ainssy  coin  vous  dites  ^ 

Par  sa  gr&ce  et  par  lez  mérites 

De  sa  benoiste  passion , 

II  ait  de  vous  compassion 

Et  vous  vueille  rendrc  la  veue. 

En  la  seignant. 

Lk  viEJLLE,  å  joiittfismaiof. 

Hé,  Diex!  que  j'estoie  mal  mcue! 

J'estoie  parduc  et  dampoée 

Se  vous  ne  m'eussiez  visilée. 

Graces  vous  rend  dévolemeot 

Et  vous  pi^mez  amendemeat. 

Adieu  j  dame.  ■■ 

SAIMTE   GENfiVIEVE. 

Adieu ;  rn^amie. 


296  LES  MIUAGLES 


LA  viELLE,  enB^enalantåréresqae. 
A  Dieu  qui  vous  doint  bonne  vie 
Et  en  tout  bien  perséverance, 
Gar  par  vous  ay-je  repen tance. 

Cy  voise  devant  Tévesque  et  die  å  genous  : 

Mon  cbier  seigneur,  confession. 

L^ÉVESQUE    DE    PARIS. 

Bonne  dame,  sanz  iiction 
Confcssez  ä  Dieu  vos  pécbiez , 
Et  gardez  que  riens  n'y  lessiez ; 
Gar  tant  mielx  vous  confesserez, 
Tant  en  meilleur  estat  serez. 
Qui  bien  s'acuse  Dieu  Texcuse, 
Et  qui  excuse  Dieu  Tacuse. 
Dieu  scet  lez  pécbiez  clérement, 
Nient  mains  il  veultqu'entiérement 
Ceulx  qui  lez  ont  taiz  lez  confessent. 
Et  s^en  repentent  et  s'en  cessent. 
S'ainssy  le  font,  Dieu  tout  pardoune; 
S'il  ne  le  font  toule  pcrsonne 
Qui  oncques  fut,  est  et  sera, 
Vueillent  ou  non ,  leur  maulz  sära. 

LA    VIBLLE. 

Sara,  lasso !  et  ou  yray  ? 
Doncques  sanz  menttr  tout  diray. 
J'ay  plus  chier  hon  te  tcmporelc 
Endurer  que  perpotucle ; 
Mais  certes,  se  jc  vous  raconlc 
Ma  vic,  j'aroy  sy  grant  honlc 


DE    SAINTE    GKNEVIEVB.  '2^ 


Et  vous  sy  grant  horreur  arez , 
Quc  d'angoisse  vous  me  fuirez 
Sy  com  fericz  une  couleuvre. 

l'évesque. 
Suer ,  non  feray ;  car  qui  desciicvrc 
Ses  péchiez  ä  grant  diligence 
A  Dieu  en  sa  conscience. 
Doit-on  doncques  ceulx  despiter 
Que  Dieu  veult  et  daigne  habiter, 
Dont  les  angeiz  ont  joyeet  feste? 
Qui  ce  feroit  seroit  bien  beste. 
Fille,  chambre  ncitte  et  parée 
Plaist  trop  plusqu'orde  et  enfuméc. 
Vaissel  qu^on  fourbist  et  escure 
Est  plus  plaisant  que  plain  d'ordurc. 
Pour  ce  vostre  åmc  fourbissiez 
Et  de  vertus  l'acointissiez. 
Dieu  par  grace  y  habitera 
Qui  sa  gloire  vous  donnera 
Apres  ce  mondc,  n'en  doubtez. 

Lk    VIELLB. 

Ha,  monseigneur!  or  m'escoutez  : 
Je  suy  trop  vieille,  il  est  trop  tärt. 

L^ÉVESQUE. 

Fille,  Tennemy  par  cest  art 
Vous  de^oit  cauleleusement 
Et  meinnc  a  vostre  danopnement 
Par  voye  de  dcscspérance. 
Laissiez,  aycz  en  Dieu  iiancc 
Qui  chasi  un  (loulcemcnl  re^oit. 


3^8  LES    MIRACLES 

En  quelque  estat  ou  aage  soit 
Qui  de  bon  cuer  å  luy  retourne , 
Goute  n'attent  point  ne  séjourne. 
Sy  fera-ii  vous  å  bonne  chiére! 

LA    VfBLLE. 

Sire  j  pour  Dieu ,  en  quel  maniére  ? 
Oncques  bien  ne  féis  en  ma  vie. 

l'évbsque. 
Gardez-vous  bien,  gardez  rn^amte, 
De  Pennemy  qui  point  ne  cesse 
D'ampescher  qu'on  ne  se  confesse. 
Åus  uns  promet  que  vrayement 
Ilz  vivront  bien  et  longuement. 
Et  que  temps  aront  et  loisir 
De  repentir  &  leur  plaisir. 
Ainssy  lez  aveugle  et  obstine ; 
Mais  la  mört  vient  qui  le  gieu  fine. 
Aus  autres  dit  que  bien  mourront  y 
Et  fa^cnt  du  pis  qu'ilz  pourront ; 
Car  Dieu  ne  lez  a  pas  formez 
Pour  estre  en  enfbr  defibrmez. 
II  dit  votr  ce  n^est  pas  la  cause, 
Mais  par  le  venin  de  sa  clause 
II  baille  la  fin  saint  Lienart, 
A  Ysengrin  et  k  Renart. 
Le  faulz  mauvaiz  ne  leur  dit  mic : 
((  Maise  fin  ensuit  maise  vie. » 
Ceulz-cy  fait-il  pécher  senz  bontc, 
Tant  que  d'enfer  ne  ticnnent  conlc. 
Tropt  lez  fait  en  Dieu  espcrer. 


DE    SAIMTE    GBNEVIÉVE.  ^99 

Lez  autres  fait  désespérer 
Et  dit  quc  jä  pardon  n'auront; 
Jå  demander  tant  n^el  sauront 
Comme  il  (isl  Cayin  et  Judas. 
Il  ment,  ment  le  (aulx  Sathenas : 
La  miséricorde  divine, 
Innombrable,  tousjours  s^encline 
A  qui  pardon  demandera  , 
Ja  sy  grant  pécheur  ne  sera. 
Ainssy  fait  Dicu  cruel  ou  nice , 
Ou  senz  pitié  ou  senz  justioe , 
Et  par  trop  ou  par  pou  doubCer 
Lcz  fait  en  grans  péchiez  boutcr. 
Aucuns  fait  tant  par  gloire  vdine 
Appéter  loange  mondaine 
Que  jk  ilz  ne  confesseront 
Leurs  grans  maulz,  maiz  se  loeront ; 
Et  dira  Mahault  en  confeste 
Qu'el  n'est  putain  ne  brronnesec 
Ou'ilz  telz  papelardes  croiroit 
En  Feure  il  lez  canoniseroit. 
Gardent  soy,  Dieu  en  scet  le  voir, 
Et  l'enneiny  pour  decevoir 
A  tant  de  piégcs  et  d'engins 
Que  senz  Dieu  n'y  puet  nul  cngins. 
Trop  est  soubtilz,  bien  vous  gardez. 
Néant  meins,  beie  suer,  regardez, 
Comme  Jhésucrist  grace  plaine 
Fist  tantost  k  la  Magdalaine. 
Dieu  poise  trop  plus^  bcle  sucr. 


3oO  LES    AllRACLES 


L^amour  et  la  douleur  du  cuer, 
Qu'il  ne  fait  la  peinne  du  corps. 
'  Cha  donc ,  metez  cel  venin  hors 
Que  vous  avez  repons  en  Tame. 

LA  VIELLE  y  en  levant  les  yex  au  del. 
Vostre  ayde,  glorieusc  dame! 
Si  re ,  je  me  coniesse  å  Dieu 
Et  a  vous  qui  tenez  son  lieu  , 
A  Nostre-Dame,  ä  sains,  a  saintes , 
De  mes  euvres  fausses  et  faiutes , 
Et  de  toute  oflense  et  péchié 
Dont  mon  coeur  puet  estre  entccluc , 
En  dit,  en  fait  ou  en  penséc  y 
Depuis  Feure  que  je  fu  née. 
Sire ,  quant  ä  parler  apris, 
A  mentir ,  ä  jurer  me  pris , 
A  jouer,  ciiantcr  et  dancier , 
A  pérc  et  mére  courouscier, 
A  cmbler  noiz,  poires  et  ponimcs; 
A  accoler  ces  jeunes  hemmes, 
Tantost  perdy  mon  pucellaigc. 
J'ay  tout  honny  en  mariage, 
Et  puls  ay-je  esté  maquerelle 
Qui  trop  empire  ma  querclle. 
Je  suy  prguilleuse,  envieuse, 
Gloute  y  yreuse,  avaricieuse, 
Mesdisant  et  de  maise  afYaire, 
Et  pareceuse  de  bien  iaire. 
langleresse  en  oiant  lez  mcsscs  , 
J'ay  veuz  cnlVains ,  jeunes,  promcsscs , 


DE    S^INTE   GENRVIlkVE.  3oi 


Les  coma)«in(]einen^  de  la  loy. 
II  n^a  ne  cuer  ne  senz  sur  mov 
Don  t  je  n'aYe  Dieu  courouscié 
Et  moy  et  mon  proisme  blecié. 
Dire  ne  sauroie  la  disme 
De  mes  péchiez,  c'est  ung  abismc ; 
Mes,  sire,  en  grant  contriction, 
Vous  requier  absoiucion , 
Et  vous  promet  amendement. 

l'évesque. 
Le  doulz  Jhésucrist  dignement 
T'absoille,  suer,  et  je  sy  faiz, 
De  tous  tes  péchiez  et  mefTaiz. 
In  nomine  Patris  y  etc. 
Suer ,  vous  avez  trop  forvoié 
Et  vostre  temps  mal  emploié. 
Sy  vous  en  fault  endurer  painc  : 
Trois  jours  jeunerez  la  sepmaine 
En  Tage  toute  vostre  vie , 
S'essoing  n'avez  de  maladie. 
Nus  piez  yrez  lez  venredis , 
Jeunant  en  eaue  et  en  pain  bis. 
Corde  ceintc  et  baire  vestue 
Honteusement  yrez  par  rue  : 
Fuyez  le  vin  comme  venin. 
Se  riens  avez  de  larrecin 
Sy  le  rendez ;  car  rendre  ou  pendrc 
Tant  conri  povoir  se  puet  estcndrc 
Se  vous  ne  povcz  sy  voulez, 
Et  du  non  povoir  vous  doulez. 


3o3  LES   MIRACLES 


Tousjours  soit  DieuMevant  voz  yeulz 
Et  voz  péchiez  nouveaulz  et  vieulz 
De  lez  plorer  ayez  cousturoe , 
Et  ne  vous  prisiez  une  plume. 
La  messe  oiez  déTOtement 
Et  lez  sermons  soigneusement. 
Confessez-vous  souvent  et  bien. 
Monstrez  exemple  de  tout  bien 
A  voz  prochains  qu'avez  rettrais 
De  bien  faire  et  k  péchié  trais. 
Faites  les  euvres  de  pitié 
Å  cuer  dévot  et  humble  et  lié. 
Sy  vous  sourt  paine  ou  pestilence 
Recevez  tout  en  pacience. 
Voz  membres  qui  tant  ont  servy 
A  péchié  qu'ilz  ont  desservy, 
Enfer,  désormaisä  Dieu  servent. 
Sy  bien  que  paradis  desservent. 
Plorez  y  orez  y  jeunez ,  veilliez , 
En  bien  faire  vous  traveilliez, 
Et  en  bonté  perseverez. 
Ainssy  vous  vous  raocorderez, 
Au  doulz  roy  de  miséricorde. 

LA  viELLB,  en  prenant  Gongié. 
Mon  chier  Seigneur ,  je  m^y  accorde. 
Dieu  vous  maintiegne  en  sainte  foy . 

l'évesque. 
Alez  å  Dieu ,  priez  pour  nioy. 

Gy  8*en  voise  la  vielle  en  disant : 

Hé  Diex !  que  je  suy  deschargic 


DE    SAINTE   GENEVIÉVE.  3o3 

De  grant  faissel,  ce  m'est  aviz. 
De  tout  mon  cuer  vous  regracie , 
Doulz  Jhesucrist,  filz  de  David. 
Or  parfaites  par  courtoisie. 
Le  bien  qu'avez  en  m'åme  mis , 
Et  vueilliez  que  par  bonne  vie 
Puisse  vaincre  mes  ennémis. 
DieUy  Pére,  Filz,  Sains-Espériz, 
Oaf  t  ftitie  et  corpi  d^estre  pérfs! 

Yoise  s'en. 


Fflf   DES   MIRAGLES   DE    SAINTE   GENKVIKVE. 


CY  COMMANCE 


LA  VIE 


MONSEIGNEUR  S.  FIACRE, 


KIUÉE    EN    FRANgOYS. 


LE    PÉRE    S.    FIACRE. 

Damc,  mon  pcnsser  vous  viieil  clire  : 
Sachiez,  j'ay  au  cuer  grant  yre 
Toutes  fois  que  mon  filz  regarde. 
Je  croy  par  Dieu,  qui  lez  siens  garde , 
Que  il  ne  vauldra  jå  riens  nce. 
Il  est  tout  adez  en  pensée ; 
II  ne  se  porte  bel  ne  gent ; 
II  samble  que  de  bonne  gent 
Ne  soit  pas  nez. 

LA    MÉRE. 

Monseigneur^  tot  de  moy  tenez 
Que  sens  sera  s'en  ie  marie ; 
Gar  lors  manie  plus  jolie 
Demenra,  créez  ma  parole. 


LA    VIE    DE    SAINT    FIACRE.  3o5 


II  a  trop  esté  ä  Tcscolc  : 
Retraire-le  nous  en  convicnt; 
D^estudier  trop  luy  souvient : 
Point  ne  m'agrée. 

LE    PÉBE. 

Vous  vous  esles  bien  apenssée  : 
Ceste  parole  tieng  a  sagc. 
Je  Ii  veul  dire  mon  courage. 

Cy  parle  å  son  filz. 

Fiacrc,  mon  filz,  sa,  venez. 
Icy  devant  moy  vous  tenez 
Sanz  contredire. 

S.    FIAGRE. 

A  voslre  volenté ,  chier  sire , 
Feray  de  droit.  J'i  suis  tenuz, 
Gar  c'est  droiture. 

LE    PÉRE. 

Mon  chier  eniant,  de  ta  naturc 
Te  déusses  porter  jolis. 
Et  avoir  gent  corps  et  polis, 
Et  chevaulchier  et  faire  joye. 
II  semble ,  quant  tu  vas  la  voie , 
Que  tu  penssez  trestout  adez. 
J'amasse  miex  qu'au  jeu  des  dez 
Ou  auls  tables  te  déportasses, 
Qu'en  tel  guise  te  desmenasses 
Ta  guise  mue. 

S.    FUGRfi. 

Mon  chier  seigneur  ,  j'ay  enlendue 

I.  2U 


3o6  L\    VIB 

La  parole  de  Jhésiicrist. 
És  Euvangiles  est  escript. 
Dieu  le  dit,  n'en'  sui  en  esmoy , 
Qui  veult  venir  droit  apres  nioy 
Renier  si  fault  sa  piaisdnce 
Et  prcndre  croix  de  pénitencc 
Pour  soy  des  péchiez  aquiter. 
Et  s'ay  souvent  oy  conler 
Qu'en  doit  pou  prisier  le  solas, 
Dont  en  dit  en  la  (in  :  ((  Helas !  » 
Cest  vérité. 

LE    PÉRE. 

Biau  filz ,  j'ay  de  toy  grant  pitié. 
Marier  te  fault  sanz  doubtance. 
Sv  mueras  ta  contenance. 

Cy  parle  au  chevalier* 

Entendez  ä  moy,  biau  conpere , 
Au  nom  de  Dieu  notre  douz  Pérc, 
Devisiez-moy  d'une  pucelle 
Qui  soit  sy  dvenant  et  belle 
Que  ä  Fiacré  puisse  plairo^ 
Aiin  que  le  face  retraire 
De  la  simple  vie  qu'il  maine. 
Elle  me  samble  trop  vilaitie 
Et  dissolue. 

LE   CUBVALIEH. 

J'en  say  une  de  grant  value, 
Gente  de  corps  et  db  visage , 
Et  sy  est  de  noble  lignage 


DB    SAIM     CIACRE.  3o7 


Et  de  rente  moult  bién  garnie; 

Elle  sera  itioult  esjoie 

De  Fiacrc  volre  filz  prenrlre. 

Cy  8'eu  part. 

Je  la  voiz  querre  sanz  attendre ; 
Je  la  voy  lä  oii.se  repose. 

Cy  parle  ä  la  pucelie. 

Ma  suer ,  Dieu ,  qui  tout  dispose, 
Vous  octroit  joyc. 

LA    PUCELLE. 

Sire,  Jhésucrist  vous  poiirvoie  I 
Dictes-moy  quel  besoing  vous  maine ; 
Je  ne  vous  viz  raez  des  semaine 
Prez  de  sä  traire. 

LE    CHEVALIER. 

Vous  le  sarez  sanz  nul  contraire  : 
Monseigneur  veult  qu'ä  ly  vegnie<i 
A  celle  fin  que  vos  preigniez 
Fiacre  son  fitz  ä  mary . 
Venez  avec  moy  sanz  destry , 
Et  sy  ly  faites  bonne  cbiére 
A  celle  fin  qa'il  yöm  ait  chiére  : 
Miex  en  vauldrez. 

LA   PUCBLLB. 

Ciray  quel  part  que  vous  vouldrez, 
Car  j'ay  en  vous  bonne  fiance. 
Se  le  doulz  Jhésus  tant  m'avance 
Que  Fiacre  me  veulle.prendre, 
Guerredon  vous  en  vouldray  rendre 

20 


3o8  LA    VIE 

Bon  et  grant,  et  ä  bonne  chicre. 
Venez  avcc  moy ,  chamberiérc : 
Cest  bon  afairc. 

LA    CUAMBERIÉRE. 

Voslre  volenté  mc  doit  plaire , 
Ma  gracieuse  damoisellc. 
Bonne  mc  samble  la  noiivelle 
Qu'avcz  oie. 

LE   CIIEVALIER. 

Alons-cnt,  ne  demourons  mie, 
Par  cesle  senle  qiil  est  plalne. 

Cy  parie  le  chevalier  au  p«rc  S.  Fiarro. 

Sire,  cy  endroit  vous  amainc 
La  damoisellc  que  disoie. 
En  convenant  la  vous  avoic , 
Vous  le  savez. 

LE   PÉRE   S.    FIAGRB. 

Biau  compére,  bicn  fait  avez. 
Cy  parie  å  la  pucelle. 

Ma  fille  ^  je  vous  ay  mandce 
Pour  ce  que  bonne  renommée 
Vous  porla  mon  compere  chicr. 
Je  vous  prie  que  aprochier 
Veilliez  de  mon  filz,  par  tel  guise, 
Que  il  vous  ait  ä  fame  prise  : 
Liez  en  seroie. 

LA    PUGBLLE. 

A  vostre  gré  faire  m'octroie. 
A  Fiacrc  vois  sanz  demeure; 


DK    SAINT    tIACRK.  3o9 


Nc  veul  plus  y  ihirc  demcure. 
A  ly  gontement  parlcray, 
Kt  biaii  serablant  Ii  luoiiterrav 
A  soing  selon  sa  conteiiance. 

Cy  parle  a  S.  Fiacre. 

Moii  chier  amv ,  s'v  suis  vcniie : 
\  vous  conibrtcr  sni  tcnuc , 
Car  en  in'cn  prie. 

b.     IIACRE. 

En  Dieii  est  nion  conlort,  amie, 
(iar  de  solas  mondain  n'ay  cure. 
Dieii  vous  oclroit  bonne  aventurc, 
Je  le  voudroie. 

LA    PUCbLLK. 

Mon  chier  aniy ,  je  loeroic 
Quc  préissiez  esbatemcnt 
Et  quc  créez  le  loement 
De  votre  pére  qui  csl  sage. 
C 'est  bonne  ordre  que  mariage ; 
Bien  dirc  Pose. 

S.    FIAGIIE. 

Pas  encontre  vous  ne  propose, 
Mais  je  s^ay  bien  en  véritc 
Que  trop  miex  vault  virginiir. 
Gärder  la  veul  de  bon  corage : 
iN'ay  soing  d'e[itrer  en  mariage, 
Doulcc  seur  gente. 

LA    P13CCLLL. 

Mon  amv ,  sv  vous  alalenlc 


3lO  LA    VIti 

Vostre  liimc  de  moy  ferez. 
De  chacun  miex  prisiez  serez 
Se  vous  déportez  gentement , 
Qu'ä  vivre  si  muacleiDent : 
Cest  grant  doutour. 

S.    FIACRE. 

Vous  me  rcquérez  de  fblour , 
Mais  pas  ne  m'y  accorderay ; 
Genle,  ne  me  marieray 
Fors  a  Dieu  et  a  Noslre-Dame 
Qui  lez  leurs  gardent  de  diffame 
Et  de  vcrgogne. 

L\  ceiamberiéub. 
Alons-nous-ent  sanz  point  d^esloigne, 
Et  prenez  congié  ä  son  pére ; 
Trop  est  de  diverse  matére 
Quant  sy  faitement  vous  refuse. 
Sa  jonesse  povrement  use, 
Gar  ii  ne  tient  de  luy  nul  conte. 
Plus  tendra  terre  que  .1.  conte 
S'il  vit  a  age. 

LA    PUCELLE. 

M'amie,  vous  dictes  que  sage: 
A  son  pére  vois  congié  prendrc. 

Cy  parle  au  pére  S.  Fiacre. 

Sire,  j'ay  parlé  sanz  m'esprendre 
A  volre  filz  ,  nic^iz  n'a  courage 
De  soy  bouter  en  maruige. 
Voir  il  m'a  i)il  lout  a  délivro 


bh    S.VINT    tlACRE.  3l  I 


Qu'cii  virginilé  voult  vivre 
El  en  mcsaise. 

L£    PÉRE    S.    FIACRE. 

Ma  lioulcc  suer,  ne  vous  desplaise, 
Je  vous  pry  quc  vqus  revegniez 
Souvent  cy ,  et  ne  vous  legniez 
De  monstier  ly  semblant  d'amour. 
Je  pensse  bien  que  sanz  deniour 
S'a  visera. 

LA    PUGELLE. 

Sire,  celle  sui  qui  fera 
De  cuer  la  vostre  volenté. 
Mon  vouloir  e^t  ent^lenté 
Pour  vous;  je  ^oiz  en  rnon  repaiie 
Par  9y.  Dieu  yous  gart  de  conlraire 
Par  sa  poissance. 

S.    FIACRE. 

Vray  Dieu  en  qui  j'ay  ma  créance , 
Donnez-moy  grace  de  tant  faire 
Cy  aval  que  vous  puisse  plairc 
Mon  pére  me  veult  marier , 
Mais  ne  me  veul  mie  lier 
En  mariage ;  fol  s^roie 
Se  ma  virginilé  perdroie. 
Sy  vous  pry  de  vraie  matérc 
Et  vostre  glorieuse  Mére 
Que  me  donnez  voic  tenir 
Par  la(|uellc  puisse  venir 
A.  sauvemcnt. 


^9  7  L\    VIE 

blEL. 
C}  pafie  Dun  a  sa  Mrrr 

Mére,  *oir  mouU  pilciisement 
Fiacrc  lä  aval  me  prie: 
Son  pérc  yeult  qu^on  le  marie 
Xfin  que  gaiement  se  porle, 
Maift  grandement  sVn  desconforte. 
N'a  soing  dWgaeil  ne  de  bobance, 
Ne  de  cirole,  ne  de  dance, 
Ainz  veuk  demener  sainte  vie. 
Sa  virginité  m'a  plevic 
De  bon  courage. 

LA    MKRE    DIEU. 

Mon  chier  Filz,  se  sera  domage 
Sy  se  part  de  vostre  service ; 
Qiiar  bicn  vous  sert  sanz  faire  vice , 
Pour  Paraour  de  vous  hel  le  monde, 
(^ar  bien  voit  qui  n'i  a  riens  moude. 
( )ttroicz'ly  conseil  sy  fernie 
i^)ue  il  puisl  s'y  user  Fermc 
l.)c  sa  vie  qui  est  mortele. 
i^>u'il  ait  des  ciex  la  joie  belle 
Qui  tout  temps  dure. 

DIEU. 

I3icn  m'y  octroie,  c'est  droilurc. 

(jabricl ,  fay  sy;  Ii  va  dire 

<Ju'iI  passé  mer  sanz  contredire 

V\i  dclaisse  sa  cognoissancc, 

Va  Tacc  lanl  qu^il  vicgnc  on  Fraiice; 


DE    SAINT    FIACRE.  3l3 


Et  tel  conseil  y  trouvera 
Par  lequcl  il  se  sauvera 
Légicrement. 

GABRIEL. 

Je  Vy  vois  dirc  vraiement 
Ens  en  Feure.  Quant  vous  agrée, 
De  vous  desdire  n'ay  penssée  : 
Foleur  feroie. 

S.    FIACRE. 

Gloriex  Dieu,  bien  dormiroic: 
Ycy  en  droil  me  coucheray. 
.1.  petit  me  reposeray 
S'a  Dieu  agrée. 

GABRIEL. 

Dire  me  convient  ma  pensée 
A  Fiacre  qui  se  repose. 

Gy  parle  Tange  å  S.  Fiacre  quant  il  sera  couchié. 

Mon  amy,  Dieu  qui  tout  dispose 
Veult  que  lesses  ceste  contrée 
Et  que  passes  la  mer  salée ; 
Gar  se  cy  endroit  demouroies 
Pas  sy  bien  ne  te  sauveroies, 
N'en  doubt  pas,  c^estchose  voire. 
De  paradis  en  la  grant  gloire 
Des  cieulx  revois. 

S.   FIACRE. 

J'av  oie  moult  douice  voix : 
Bien  croy  que  du  ciel  est  venue : 
II  dit  que  de<^7  me  remue. 


3l4  I'^    VIB 

Quant  h  Dicu  plaist  ne  fineray 
Dcvant  quc  a  la  mer  seray. 
Vers  le  balelier  mc  foult  traire. 

Cy  voist  au  batelier  et  die  : 

Amis,  Dieu  vous  gart  de  contraire. 
Sy  vous  plaist  vous  me  passerez 
De  ^a ,  et  bien  paié  serez 
Sanz  estrif  faire. 

LE    BATELIER. 

Entrez  enz ,  sire  débonnaire : 
Bien  et  ä  point  vous  passeray 
(Pour  Tamour  de  Dieu  le  feray 
Au  quel  j'ay  mise  ma  fiance), 
Au  port  par  ou  en  va  en  France ; 
Gar  je  croy,  se  Diex  me  pourvoie, 
Que  n'avez  pas  moult  de  monnoie. 
Je  croy  que  de  bon  lieu  soicz. 
Dieu  noiis  a  si  bien  avoiez 
Que  sommes  ä  bon  port  veniiz. 
A  Ii  loer  sommes  lenuz , 
Carc'e8traison. 

S.    FIACRB. 

A  Dieu,  irére ;  bien  est  saison 
Que  je  voise  vers  Miaulx  en  Brio. 
Aviz  m'est,  n'en  mentirav  mie, 
Se  Févesque  Pharon  trouvoie 
Que  par  luy  conseilliez  soroie 
Bien  et  ii  point  sanz  deuiourre, 
Gar  il  a  bonne  rcnomméc 


i 


OE    SAINT    FIACRE.  3l5 


Jusques  ä  Romme. 

S.    PH  ARON. 

Ja,  voy  venir  .1.  estrange  homme ; 
II  semble  moult  bien  å  sa  chiére 
Qu'il  n^ait  mie  foleur  chiére. 
II  pert  bien  qu'il  est  traveillié. 
Il  a  jeunéet  veillié, 
Bien  y  apert  a  son  viaire. 
Je  croy  qu'il  soit  de  boQne  afaire ; 
II  vient  vers  nous  ia  ciroite  voie. 
Diex  doint  que  tieiz  oouYclles  oie 
Qui  soienl  hellos  I 

LB    GHAPEL\rN. 

Se  Dieu  plaist,  il  lez  dira  telies 
De  quoy  liez  et  joieux  seron : 
Sus  ses  mos  nous  aviseron. 
Avis  in'est,  ä  sa  contenance  , 
Qu'il  est  homme  de  pénitance  : 
Petit  se  prise. 

S.    PIAGRE. 

Un  seigneur  de  dévoste  guise 
VoyUi;  il  fault  que  m'y  conseille; 
Pour  Dieu  prier  bien  souvent  veille. 
Je  Ii  vois  dire  mon  courage. 

Cy  parle  S.  Fiacre  å  $.  Pharon. 

Sire,  Diex  vous  gart  de  dommage 
Et  vous  doint  sa  volcnté  faire! 
Recorder  vous  vcul  mon  afaire 
Kn  vérilé. 


3l6  FA    VIK 

S.    PHARON. 

Dieu  ,  qui  csl  plain  de  charité, 
Vous  iloint  gråcc  de  dire  chose 
Qui  soit  l)Oiine;  car,  jc  suppose, 
Soing  n'avez  de  <lire  foleur; 
'  Car  vous  portez  simple  couleur 
Et  agréable. 

S.    FIACRE. 

« 

Sire^  sachiez,  ce  n'cst  pas  fable , 
Je  viens  d'oustre  la  mer  salée. 
Touz  mez  parens  et  ma  contrée 
Ay  lessié  pour  la  Dieu  amour; 
Sv  m'en  suis  venu  sanz  démour. 
Bien  say,  se  demouré  y  fusse, 
A  servir  Dieu  lessié  éusse 
Et  ce  fust  pour  moy  grant  folie. 
Ou  non  de  la  Vierge  Marie 
Av  renoncié  de  bon  mcmoire 
A  toute  chose  transiroire. 
Sy  vous  pry  qu'il  vous  vcullc  plaire 
Qu'en  aucun  lieu  solitairc 
Soie  mis  ou  facc  demeure; 
Car  j'ay  dcsir  que  je  labeuro 
En  servant  Dieu  toule  ma  vic. 
Car,  voir,  n'ai  talenl  ne  envic 
Dez  biens  du  monde. 

S.     PH  ARON. 

Amis,  Dieu  en  tout  bien  abonde. 
En  cc  bon  propos  te  maintiegne  ! 
Jc  ne  vcul  pas  que  ä  moy  tiegne. 


DE    SMINT    IIACRE. 


3.7 


Suis-moy,  je  le  menray  en  Pcurc 
En  .1.  lieu  ou  feras  demeure , 
Qui  n'est  mie  hanté  de  gens. 
Regarde  cy ;  lieu  y  a  gent. 
La  terre  t'est  loutc  donnée 
Que  fourras  en  une  jornée 
Pour  maison  faire. 

S.    FIACRE. 

Dieu  qui  toute  chose  peut  faire, 
Chier  sire,  le  vous  veulle  rendrc! 
Au  lieu  faire  vouldray  entendre 
De  bonne  guise. 

S.    PH  ARON. 

Restourner  me  fault  ä  Téglise, 
Mon  chier  amy;  pour  moi  priez 
Souvent,  ne  vous  en  dctriez; 
Venez  å  Miaulx  pour  moy  véoir. 
Ja  ne  vous  puist-il  meschéoir 
Pour  chose  née ! 

LE   CHAPELAIN. 

Alons-nous-ent  sanz  demourée, 
Mon  chier  seigneur,  par  ceste  voie. 
Se  jeune  homme,  que  Dieu  pourvoie, 
A  bon  courage  sanz  faintise. 
Nous  serons  tautost  ä  Téglise 
Qui  est  faite  d'euvre  moult  chiérc« 
Séez-vous  en  ceste  chaére , 
Se  il  vous  hete. 

S.    PHARON. 

Voslrc  volcnlé  sera  failc, 


3i8  f'A  vit 

Car  elle  n'est  pas  dissolUo. 
Sy  m'asserav  sans  atendue 
Pour  rcpos  prendre. 

S.    FIACRE. 

II  me  fault  fouir  sanz  atendrc 
De  ceste  beschc  qu'aY  trouvée. 
Tel  euvre  n'ay  pas  ii  uscr, 
Mais  il  convient  que  je  la  preignc. 
Dieu  me  doint  faire  tel  ouvraingne 
Qui  Ii  soit  agréable  et  bonne ; 
Je  croy  que  Dieu,  qui  tout  bien  donne, 
Fait  vertu  pour  moy,  c'est  sans  doubte; 
Car  en  lieu  ma  besche  ne  boute 
Que  la  lerre  ne  se  remue 
Tout  partout,  c'est  chose  séue. 
A  .III.  bescheez  seulement 
Ay  fouy  de  lerre  granment 
A  poy  de  paine. 

LA    VIEILLE    HONDER. 

Sire,  ce  soit  en  pute  estraine 
Que  vous  ay  cy  amené ; 
Il  fault  que  votre  demené 
Sache  Tévesque  sanz  atendre. 
Toute  sa  terre  voulez  prendre. 
On  puet  véoir  a  votre  guise 
Qu'estez  plain  de  grant  convoitisc ; 
Mais  je  feray  tant  vraiement 
Que  ne  fourrez  pas  longuemenr. 
Je  le  vois  querre. 


DE    SVINT    FUCIIK. 


S.    FIAGRE. 

Je  ne  convoite  pas  la  terre , 
Fame ;  dictez  quanquo  verrcz , 
Car  jh  nuirc  ne  me  pourrcz 
Se  Dieu  1'octroie. 

HONDER. 

A  Miaulx  m'en  vois  par  ccslc  voie ; 
A  Tévesque  le  fait  diray. 
Ja  de  riens  ne  Ven  mantirav. 

Cy  parle  å  Tévesque  et  dit : 
« 

SirOj  je  suis  ä  vous  venue. 

Gar  par  guise  ti*op  dissolue 

Feutse  ('ömme  qu'avez  lessie. 

II  destruit  tout  volre  plessie. 

Sy  feut  longues,  ainssy  sanz  doubte 

Votre  terre  vous  lendra  toute. 

Venez-y  et  sy  le  véez, 

Ghier  sire ,  se  ne  m'en  créez ; 

Trop  sui  doiente. 

S.    PH  ARON. 

Véoir  le  vois:  il  m'atalente. 
Sy  verray  comment  se  déporte. 
Jhésucrist  qui  lez  siens  conforte 
Me  veulle  gärder  de  méflaire ! 
N'aresteray  pour  nul  contraire 
Tant  que  voie  ta  magniére. 

Cy  parlé  å  S.  Fiacre. 

Par  Dieu  qui  nous  donne  lumiét^e, 
Fiacre,  vous  fectes  inervéilles; 


320  LA    VIE 

Je  ne  vy  oncques  lez  parcilles. 
Vous  estes  de  digne  matére , 
Car  vous  fiectes,  c'cst  chose  clére^ 
Ce  que  homme  ne  pourroil  fiiire. 
Tout  votre  plaisir  me  doit  plairc 
Entiérement. 

S.    FIACRK. 

Le  fouir  lairav  vraiement. 
Certes  pasä  mal  n'y  pcnssoic; 
C;ir  pas  volentiers  ne  fcroic 
\  vous  ne  ä  autrc  grevänce. 
Je  prendray  (^y  ma  demourancc , 
Chier  sire,  quant  il  vous  agréc; 
Car  j'ay  désir  et  grant  penssce 
De  Dieu  prier. 

S.    PH  ARON. 

Je  m'en  revoiz  sanz  dcstrier. 
Sains  homs  estes,  j'en  suis  sceur. 
Priez  pour  moy,  n'aiez  peur. 
Se  il  vous  vient  nessecité 
Et  je  le  say,  en  vérité, 
A  vous  venray. 

S.    FIACRE. 

Sus  ceste  pierre  me  tenray; 
Dessus  feray  ma  reposée. 
Vray ,  bien  mole  Tay  trouvéo. 
Je  cuidoie  qu'elle  fust  dure. 
Dieu  qui  nasqui  de  vierge  puie 
Vois  prier ,  quar  il  est  raison. 
Icy  feray -je  ma  maison. 


..VA 


DE    SAIMT   FIACRE.  321 


Jamais  ne  in'cn  départiray. 
Cy  endroit  mes  beures  diray 
De  bon  courage. 

LA    PUCBLLE. 

Je  m'en  revois  en  Péritage 
Ou  le  pére  Fiacre  hante 
Qui  moult  en  viz  s^esbat  et  cliante. 
Ne  s^ay  sa  maniére  muée 
Chamberiére,  sanz  demourée , 
Alons-en  sanz  taire  demour; 
Car  saVoir  veui ,  sanz  nul  séjour , 
Comment  Fiaa^e  se  déporte. 
En  ly  véoir  me  réconforte : 
Je  1'aing  sanz  faille. 

LA    CUAMBERIÉKE. 

Alonsdonc,  vaille  que  vaille; 
N^est  pas  raison  que  vous  desdie. 
De  gré  vous  feray  compaignie: 
^y  sui  tenue. 

LA   PUCELLE. 

Alons  tout  droit  par  ceste  rue. 
De  Fiacre  voylä  le  pére. 

(^y  paiie  au  pére  S.  Fiacre. 

Sire,  Dieu  et  sa  douice  Mére 
Vous  veullent  octroier  grant  joie! 
Volentiers  Fiacre  verroye. 
Pour  lui  véoir  sui  sk  venue 
Afin  que  son  courage  mue 
Quant  me  vcrra. 

1.  31 


3aa  LA  viE 

LE    PÉRB    S.    FIACRB. 

Jc  ne  s^ay  ou  eo  le  querra ; 
Tout  a  lessié  son  tenemen  I : 
Aiez  s'en  est  secrétement. 
Je  ne  s^ay  qu'il  est  devenu^c , 
Touz  sez  amis  groz  et  ineniiz 
A  déguerpis  par  sa  foleur. 
J'en  ay  en  won  cuer  grant  doiilcur 
Et  fort  despit. 

LB   MBSSAGIBtl. 

Sire,  sachiez  que  Ven  me  dist 
L'autrier,  qilant  fuen  Miaulx  en  Bric, 
Qu'un  jeune  homine  de  sainte  vie 
Qui  estoit  Fiacre  nommé , 
A  .11.  lieues  de  la  cité 
Demouroit  en  .i.  bermitage^ 
A  Tevesque  qu^en  tient  ä  sage, 
Conta  qu'osi  sa  terre  leasie 
Pour  ce  que  il  ne  vouloit  mm 
Espouser  une  filLe.belle. 
Qui  en  vouldra  oir  nouvelje 
Lk  le  voit  querre. 

LA   PUCBLLE. 

Tant  yray  par  mer  et  par  teri^e, 
Sy  plaist  h  Dieu ,  que  g1  seray ; 
Par  foy  jamais  ne  fineray 
Tant  que  je  voie  Termitage. 
Au  port  m'en  vois  sans  arrestigc. 

Cy  pnrie  au  batelier. 


DE   SAINT   PIACRE.  3a3 


Amis ,  pa9se-no  us  sar)8  atendre ; 
Que  de  mal  nous  veulle  défendre 
Le  Roy  dez  Roys  qui  tput  puet  bite 
Et  tu  en  auras  bon  salaire, 
•      Saches  sanz  doqlte! 

L^   BATSLIER. 

Votre  volenté  feray  toule  ; 
Entrez  en  la  nef  sanz  demeure. 
Sy  paseerons  en  Ja  bonne  heure 
Tandis  comme  bon  vent  avon ; 
Gar  pas  de  oertain  ne  savon 
Se  nous  Tarons  tel  longueuienl. 
Venuz  a  port  de  sauvenient 
Dieu  m^cy  sommes. 

JLA   PUGELLB. 

Il  est  dnoit  que  nous  vous  paipnoes. 
Tenez ,  amiz ,  pour  nous  priez 
Et  sy  vous  pri  que  nous  diez 
Par  ou  yrons  å  Miaux  en  Brie. 
N'ay  talent  que  gaires  d'estric 
Tant  que  j'y  soie. 

LB    BATBLIBR. 

Alez  toute  ceste  grant  voie 
Et  vous  ne  pourrez  tbrvoier ; 
Que  Dieu  vous  veulle  convoier 
Sanz  destourfaaBce  I 

LA    PUGBLLE. 

Adieu,  frére.  Göloier  France 
Nous  convendray  m^amie  chi^e. 

^y  parle  å  sä  chamberiére. 


21 


3^4  I^A    VFK 

Volcntiers  verroic  la  chiere 
De  Fiacre  quc  nous  quérons. 
Se  Dieu  plaisl ,  nou»  le  trouverons  : 
G  V  mettray  paine. 

S.    FIACRE. 

Ge  voy  venir  |>ar  celle  plairie 
La  pucelle  qui  a  désir 
Qu'avec  Ii  voisegésir; 
Mais  n'av  taicnt  de  mov  sonllier. 

•  k' 

Icy  mc  vois  agcnouillier 
Pour  pricr  Dieii  dévotement. 
Vray  Dieu  ,  sy  vray  qiie  ierniemcnl 
Croy  quc  nasquites  cic  la  tielle 
Qui  cnlanta  Viergc  pucelle 
Votre  saint  corps  sanz  soulfrir  painc, 
Et  c^onques,  franche  ne  villaine, 
Ne  pot  dire  par  vérité 
QuVntantasI  en  virginilé, 
Fors  elle,  ne  donnez  puissance 
A  telle  qui  a  espérance 
De  moy  trouver,  qu'en  nulle  guise 
Me  recognoisse  ne  ravise ; 
Gar  se  de  luy  oonnus  estoic 
De  Ii  trestont  semons  seroie. 
Espoir  qu'encluier  me  feroit 
A  fait  de  quoy  pis  me  seroit 
Et  grant  domage. 

LA    PUCELLE. 

Je  croy  quc  c'est  la  1'eitnitage. 
A  .11.  lieucs  (le  Miaulx  en  Brie 


DE    SAINT    FlÅCKE.  325 


Est  ainsinques  le  Jevisoit 
Le  mcssagier  quaiit  il  disoit 
Oultrc  la  mer  dont  sui  venue. 
Alar  in'y  lault  sanz  alenduc, 
Suer  déboiiiiairc. 

LA    CIIAMBERIÉRE. 

Ne  soinines  pas  loing  du  rcpairc. 
Alous-y ;  quanl  vous  atalentc 
Melons  ä  Ii  trouver  entente. 
Quant  avez  fairi  de  Ii  trouver 
Nous  nous  en  devons  esprouver 
Sanz  tenne  prcndre. 

LA    PUCELLÉ. 

Alcr  ury  convient  sanz  atendre; 
J'enlcrray  ens. 

Qy  eiitre. 

Dieu  nolre  pére, 
Soit  seans  et  sa  doulce  mérc! 
lev  endroil  venue  estoie 
Pour  la  cause  que  je  euidoie 
Trouver  ce  que  ne  trouve  niic. 
Je  me  sui  en  vain  U*aveillie 
Se  vous  ne  n^^enseigniez  .1.  home 
Que  le  commun  Fiacre  nomme. 
A  .u.  lieues  de  Miaulx  demeui*e  : 
En  hermitage  Ih  aeure 
Le  Roy  des  Roys. 

S.    FIACKE. 

Danic ,  bon  laii  touir  dcsi*uis, 


3^6  LA    VIE 

Mais  se  Dieu  me  gart  de  dommaige, 
N'a  en  ce  pais  hermitage 
Fors  que  cestui ;  fob  serez 
Se  nul  autr^  plus  enquerez , 
Qu'il  n'y  est  goute. 

LA   PUCELLE. 

J'ay  perdu  ma  paine  toute, 
Car  5  volr ,  Fiacre  n'estez  mie. 
Il  nous  en  faifU  aler,  amie^ 
Fiacre  n'a  pas  tel  visage 
Comme  Fomme  de  rermitage, 
Je  sui  scéure. 

S.    FIACRE. 

Hé!  glorieuse  Vierge  pure, 
Louer  vous  doy  et  mercier  : 
Pas  ne  me  voulez  oublier. 
Or  S9ay-je  bien  ccrtainement 
Que  demourer  scéurement 
Puis  bien  ycy  toute  ma  vie. 
Bien  s^ay  la  pucelle  polie 
Plus  ne  vendra  pour  inoy  trouver. 
Dorénavant  me  doy  prouver 
De  faire  le  salut  de  m'åme; 
Car  je  pensse  que  bome  ne  &mo 
N'y  mettra  plus  empescheinent. 
Plus  ne  revandra  vraiement 
La  damoiselle. 

DIEU ,  en  parlant  å  sa  mere 
Mére,  förment  vie  cruellc, 
Maine  Fiacre  pour  m'amour. 


DE    SAINT    FIACRE.  32' 


Il  ne  fera  pas  grant  demour 
LÅ  jus  en  la  vie  mortelle  : 
Il  ara  la  cellesticlle ; 
Quar  il  a  assez  deservie. 
Oncques  ne  vosjt  iiser  sa  vie 
La  jus,  fors  en  afflicion. 
Bonne  rémunération 
En  doit  avoir. 

LA    MÉRB    DIEU. 

II  a  esté  plain  de  savoir 
Et  est  encore  sanz  iaulz  vioe; 
A  esté  en  votre  service 
Et  ou  inien ;  pur  bonne  penssée 
M'a  dévolement  saluée 
Plusieurs  fois  de  bon  courago. 
Pour  tant  vous  pri  que  du  $ervag(^ 
A  Pennemv  soit  deflfenduz, 
Car  du  tout  c'est  ä  vous  renduz 
Scinz  nui  moien. 

DIEU. 

Ja  ne  charra  ou  faulx  loien 
Du  félon  Sathan  ennemy 
Qui  n'a  bon  sergent  ne  demy. 
Guiéres  ne  demourra  en  vie  : 
Pharon  Paime,  jc  n'en  doubt  mie, 
Sanz  tricherie. 

S.    FIACRE. 

Soupris  me  sent  de  inaladie, 
II  faut  que  jc  soie  couchiez. 
Jc  vouspry,  vray  Dicu,  que  touchie/ 


338  LA    VIB 

Ne  soit  mon  corps  de  famme  née , 
Ne  que  nulle  ne  soit  entrée 
Ou  lieu  ou  je  reposeray. 
Ycy  endroit  me  coucheray  : 
Las  corps  raoult  poises. 

DIEU. 

Michiel,  il  convient  que  tu  voises 
Toy  et  Gabriel  å  Pharon , 
Et  ly  dy  que  briefment  aron 
De  Fiacre  bicn  briement  la  vie. 
De  Ii  savoir  ne  veult  difTanie 
Qu^il  Ti  port  le  saint  sacreinent 
Et  soit  ä  son  trespassement , 
Et  qu'il  Ii  face  son  service 
Bien  et  a  point  sans  nes  .i.  vice  : 
Mieux  en  vaura. 

S.    MICHIEL. 

Alons^  compainSy  pas  ne  faura 
A  nous  que  nous  ne  voison  dire. 
Cy  parie  ä  Pharon  Michiel  et  Gabriel. 

Pharon,  saches  que  notre  sirc 
Veult  que  de  toy  soit  visité 
Fiacre;  car,  en  vérité, 
Fas  longuement  ne  vivra. 
De  par  toy  portc  Ii  sera 
Le  saint  sacrement ,  c'est  raison  , 
Et  ne  te  part  de  la  maison 
Dcvantqu'il  sera  en  tcrre. 
Il  a  le  cuer  de  mal  serre  : 
Va  le  véoir. 


DE    SAINT    FIACRE.  3^9 


S.    PUARON. 

Il  me  devroit  bien  meschéoir 
Se  le  plaisir  Dieu  refusoie. 
Tantost  yray ;  se  je  targoie 
Je  feroye  haulte  folie. 
J'ay  la  voiz  dez  anges  oie. 

Cy  parie  ä  son  chapelaiii. 
Chapelain  avec  moy  venez , 
Et  notre  clerc  y  anienez 
Par  compaignie. 

LE   CHAPELAIK. 

Haston  nous;  se  il  perdoit  vie, 
Ains  que  nous  y  fussions  venu/ 
Pour  iaulz  en  serions  tenuz. 

Gy  parie  au  clerc. 
Clerc,  vien  avec  nous  sanz  atendre; 
L'iaue  bénoiste  te  fault  prendre, 
Sanz  respil  faire. 

LE   CLERC. 

Et  je  le  feray  sanz  conlraire. 
Certes  moult  volentiers  feray, 
Tout  ce  a  quoy  tenu  seray. 
Avan^ons-nous  d'aler  au  lieu, 
Puisque  c^est  le  vouloir  de  Dieu 
Qui  nous  pourvoie. 

S.    PH  ARON. 

Ne  iineray  tant  que  gM  suie. 
A  lons  par  cc  chemin  ferré: 
J'aroie  t  rop  le  cuer  sern^ 
Se  raon  dcvoir  t]c  Ii  fesoie 


33o 


LA    YIE 

Je  le  voy ;  Jhésus  le  poiirvoie  ! 
Il  le  me  fauit  araisonner. 

Cy  parle  å  S.  Fiacre  et  die  : 

Frére ,  Dieu  qui  puct  pardonner 
Touz  meftaiz  par  sa  courtoisie , 
Veult  que  soiez  de  sa  partie. 
Venu  sui  pour  vous  visiter ; 
Dévostement  sans  respiter 
Feray  Tafaire. 

S.    FIACRE. 

Mon  tréz  chier  seigneur  débonnaiiM), 
Ctiargié  sui  de  grant  malladie. 
Estre  ne  puis  longues  en  vie 
Trespasser  me  fauU  tempretaent. 
Bailliez-moy  le  saint  sacrement : 
J'en  fineray  plus  asseur 
Contre  Tanemy  qui  peur 
M'a  fait  souveut. 

$.    PHAKON. 

Vous  Tarez,  je  vous  en  conveut. 
Volentiers  et  ä  boarie  chiére 
Vous  créez  en  bonne  maniére , 
Que  c'esi  cil,  ne  n'^  doubtcz  mie , 
Le  filz  de  la  Vierge  Marie 
Qui  pour  faire  rédempcion 
Aulx  humains  soulTry  passion  , 
Puis  au  tiers  jour  r^suscita 
El  quant  il  voult  és  cielx  monti 
Et  siet  h  la  destre  son  pcre , 


DE    SAINT    PIACRE.  33 


Et  reveora,  c'est  cbo66  dére, 
Quant  tomps  sera,  par  bon  avis, 
Pour  juger  trestous  mors  et  vis 
Au  jugement. 

S.    PIACRE. 

Ainssy  lecröy-je  fcrmement, 
Sanz  nulle  faille. 

S.    PH ARON. 

Mon  chier  amy,  je  le  vous  bailie. 
II  estbien  tempsque  le  pregniez. 
Uses-le  bien,  ne  vous  feigniez , 
Mon  trés-chier  frére. 

S.    FIACRE. 

J'ai  de  joie  &ire  matére , 
Car  ]'ay  les  anges  prévéuz 
Dont  oion  esperit  iert  recéuz: 
Finer  veul  le  chief  encliné. 
In  manus  tuaSy  Domine, 
Commendo  spiritum  meum . 

S.    MICHIEL. 

Gabriel ,  quant  s'ame  véon 
Sy  la  porton  iasus  en  gloire. 
Tous  jors  a  éu  en  mémoire 
De  Jhésucrist  la  paesion. 
Ne  faison  plus  <filacion 
De  porter  Ten  k  bonne  chiéro 
Devant  Dieu  en  vraie  lumiére 
Qui  point  ne  finc. 

S.    PH  ARON. 

Ensevelir  sanz  lonc  termine 


333  LA    Vl£ 

« 

Nous  fauk  Fiacre,  c'est  raisoii; 
N\  avons  pas  mis  grant  saisoii. 
S'anie  re^oit  hui  mull  lx>ii  oHrc. 
Mcttre  le  convicnt  en  cc  coflre , 
Puis  de  ccdrap  le  couverron  : 
Apres  cy  entor  nous  serron , 
Ne  vous  desplaise. 


CY  EST  INTEPiPOSÉ  UNE  FARSSE 


LE    BRIGANT. 

Biau  preudom ,  je  ne  sui  pas  aise. 
J'ay  perdue  ma  compaignie. 
Ensaigne-raoY ,  ne  ment  mie , 
Le  droit  chemin  ä  Saint-Omer. 
Par  Dieu  que  chacun  doil  amer, 
De  forvoier  sui  en  doubtancc; 
Car  oncques  mais  ne  fu  en  Frauce 
N'en  Picardie. 

LE    VILA  IN. 

Je  mengeray  de  la  boulie 

Ja  quant  je  vendray  ä  m^uson ; 

Mais  j'ay  perdue  ma  saison 

De  tous  poins  ceste  matinée ; 

Car  le  prestre  sy  ä  cliantée 

Ilui  au  matin  trop  longue  mosM\ 

Ne  prisc  le  cry  d'une  asnesse, 


DE    SAlNT  FIACRE.  333 


Tout  quanqu'ii  porroit  scrmonner. 
Il  ne  pciissc  qu'ä  organcr 
Pour  trairc  notre  argent  de  l>our»fte. 
Aussy  tost  aroit  .i.  pel  d^oursse, 
Qu'att  riens  du  micn  par  sOfi  abet, 
Tant  sache  chanter  au  fäusset 
N'a  haulte  alaine. 

LE   BRIGANT. 

Bons  boins,  dy-moy ,  ne  te  soit  paine, 
Par  ou  son  t  lez  brigans  passez  : 
Je  sui  destrier  tout  lassez. 
Knsaigne-moy,  que  Dieu  te  voie, 
De  Saint-Omer  la  droite  voic. 

Le  vilain  ne  daigne  rcspondre. 

£n  mon  cuer  en  ay  grant  engaigne; 
Sourt  esl ,  jc  croy. 

LE    VILAIN. 

■ 

Qu'es-tu  apres  .i.  palcfroy? 
Tu  as  robe  bien  escourtée. 
N'aiez  doubte  qu'clle  soit  crotée. 
Tu  sembles  inult  en  plain  d'oultrage. 
Je  ne  s^ay  se  tu  as  courage 
De  moy  terir  en  nulle  guise, 
Mais  en  vcrité  le  devise 
Que  se  de  toy  feru  estoie, 
De  mon  houel  t'abatroie 
Le  hasterel. 

LE    BRIGANT. 

Se  félon  vilain  boterel 


334  hK    VIB 

Me  tient  bien ;  ne  me  veult  mot  dire  : 
Voir  me  iait  au  cuer  grant  yre. 
Enoore  l'araisonneray : 
Bons  homs,  dy,  par  ou  passeraj 
Pour  mez  oompaignons  retrouver. 
Je  le  te  vouldroie  rouver 
Par  courtoisie. 

LE    VlLAIIf. 

Ma  fame  mainne  grant  mestrie  ^ 
Suz  mov  s'en  sera  tourmentée. 
Quant  je  veul  pois  n'ay  que  poirée  * 
Trop  medespriae  malement. 
Sy  en  ara  grief  paiement 
En  brief  termine. 

LE    BRIGANT. 

Faulx  vilain ,  la  male  corrine 
Te  puist  tenir,  et  le  lampas ! 
Pour  quoy  m'ensaignes-tu  pas 
Mon  chemin,  chose  que  dye? 
Par  foy  ne  tieng  qu'å  moquerie, 
Je  te  feray  ains  que  m'en  aille 
En  fourme  de  vilain  sanz  Riillc. 
Es  bieh  tatilié. 

LE    YILAIN. 

Se  mon  pain  t^avoie  baillié 
Moult  mal  asseuréep  seroie; 
Gar  ataindre  ne  te  pourroie, 
J'en  sui  sceur. 

LB   BRIOANT. 

Par  foy,  se  n'éusse  peur, 


DE    SAINT    FIACRE.  335 


Que  de  justice  repris  fusse, 
Je  te  tranchasse  la  capusse 
De  ma  coustille  de  Randoii ; 
Mais  j'en  porteray  a  bandon 
Se  chapon  eras  sanz  demourrcc. 
Mengié  sera  ä  la  vesprée 
Quant  Tay  trouvé. 

LE    SERGENT. 

Tu  sembles  bien  laron  privé : 
Pas  le  cbapOD  n^enporteras. 
Ja  gorge  n'cn  passeras. 
Fay  !  met  le  jus  ribault  porry  : 
A  ceulz  sera  qui  Tönt  nourfy. 
Entré  vous  briganz,  n'eh  dout  mie , 
Ne  vivez  que  de  roberie. 
Lessez  le  chapon  sans  attendre, 
Con  te  puist  par  la  gorge  prendn^, 
Garson  puant. 

LE    BRIGANT. 

En  me  devroit  aler  huant 
Se  le  chapon  pour  toi  lessoie; 
Je  le  mettray  enmy  la  voie 
Tant  que  me  soie  combatu . 
Se  ton  orgueil  n'est  abatu 
Par  moy,  chétif  sergenterel, 
Je  ne  me  prise  .1.  viex  merel 
Se  n'as  du  pire. 

LE   SEBGENT. 

Tien !  jamais  sanz  conseil  de  mire, 


336  LA    VIE 

De  cc  coup  n'auras  garison. 
Ta  coustille  petit  prison ; 
Le  chapon  n'en porleras  mie. 
Petit  priseroic  ma  vie 
Se  ev  endroit  tort  me  feroiez. 
En  ton  pais  hien  le  feroiez 
Ouanl  vev  endroit  le  veulz  faire 
Pourtant  en  äras  tel  conlraire 
Que  tu  mourras. 

LB    BarCANT. 

Ja  defTendrc  ne  te  pourras 
Gon  tre  moy  se  saingne  .i.  pctil. 
Tant  ay-je  plus  grant  apetit. 
De  moy  veiigier  bien  dire  Tose. 
Se  m'as  prisié  aucune  chose 
Mult  bien  m'cn  saray  aquiter : 
Il  te  convient  a  moy  luitier. 
Puisque  je  te  tiens  tu  charras ; 
Plus  d'espée  ne  me  ferras. 
Petit  te  prise. 

L£    SERGENT. 

Je  S9ay  bien  de  luitier  la  guise ; 
Quant  je  te  tiens  petit  te  doubte. 
II  lault  que  le  chapon  te  couste 
Vilainement. 

LE    BRIGANT. 

Garde  loy  bien;  prochainement 
Te  ver  ras  vcrssé  contre  ter  re. 
Tu  ne  sces  mie  mult  de  guerre. 
Tien  sela  et  sy  te  deporle ; 


DE    SAINT    FIACRE. 


337 


Mais  je  te  dy  bien  et  enorte 
Que  de  droit  doiz  paier  ton  lit. 
Je  in'en  yray  sy  t^enbellit. 
Et  se  il  ne  t'enbellit  mie 
S'en  porteray  de  ma  partie , 
Le  chappon  eras. 

LE    SERGENT. 

Harö !  il  m'a  rompu  le  brås; 
De  luitier  a  lui  fiz  folie  : 
Le  chappon  a  par  sa  mestrie. 
S'en  pais  Ii  éusse  Icssié , 
De  miex  me  fust ;  car  abessié 
Mon  nom  grandement  en  sera. 
Bien  S9ay  con  m'en  desprisera. 
Pourfol  le  cuidoie  tenir; 
Meschief  m'en  devoit  bien  venir. 
Il  est  huy,  tant  me  suy  prisié , 
Qu'en  ay  éu  le  brås  brisié. 
Véez  comme  scet  bien  fouir: 
Je  ne  le  pourroie  suir. 
Voit  au  diable ! 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Doulce  commére  n'est  pas  fable, 
Vostre  mary  est  mahengnié. 
Il  cuidoit  avoir  gaangnié 
Contre  .1.  brigant,  par  sa  foleur, 
.1.  eras  chappon,  mez  grant  douleur 
L'en  est  forssé  pas  n'en  doubton. 
Sy  n'i  a  conquis  .1.  bouton 
Mais  grant  contraire. 

I.  '22 


338  LK    VIE 

LA    FAME    AU    SERGBNT. 

Dieu  vculle  qu'il  puist  tel  fait  faire 
Que  en  le  pencle  par  la  gorge. 
Le  glorieux  martir  saint  George 
Et  la  (Jouice  Vierge  Marie 
Veullent  qii'il  (acent  tel  folie 
Que  mourir  puist  vilainement 
Bientost  et  bien  appertement, 
Qu'il  me  maisne  tropdure  vie 
Pour  une  garsse  qui  n'est  mie 
Sy  belle  comme  moy  d'assez. 
Il  a  plus  de  .iii.  ans  passé/ 
Qui  la  gouverne. 

LA    FAME    AU    VILAIX. 

Ma  suer,  je  s^ay  une  taverne 
Ou  il  a  un  moult  sy  friant , 
Qu'ä  touz  corps  fait  le  cuer  riant 
Qui  en  avalle. 

LA    FAME    AU    SERGENT. 

Voir  j'ay  de  duel  la  couleur  palle, 
Gar  essoir  fu  trop  bien  batue. 
Pourtant  loue  Dieu  et  salue. 
Quant  mon  mary  a  grief  fondée 
Je  ne  seray  meshuy  irapée 
De  Ii  puis  qu'a  le  brås  brisié. 
Du  moult  que  tant  avez  prisié 
Veul  aler  boire 

LA    FAME    AU    VILAIN.     • 

Gommére ,  c'est  vers  saint  Magloii*e. 
Alons  tosl,  car  c'est  le  Filz  Dieu: 


DE    SAINT    FIACRE.  SSg 


Fain  ay  que  soie  sus  le  lieu. 
Ne  dout  point  que  batue  soie ; 
Pour  moii  marv  riens  ne  feroie, 
Ne  me  fiert  goute. 

LA    FAME    AU    SERGENT. 

Entrons  ens;  trop  le  mien  redoubte, 

Trop  me  bat,  ne  s'en  puct  tenir. 

Male  hon  te  Ii  puist  venir 

Et  au  brigant  soit  ajourné 

Bon  jour  qui  sy  l'a  atourné, 

Car  j'en  ay  a  mon  cuer  grant  joie. 

Cy  parle  å  la  taverniére. 

Taverniére ,  se  Diex  vous  voie , 
En  .1.  lieu  privé  nous  metez  , 
Puis  ä  boire  nous  aportez 
A  bonne  chiére. 

LA    TAVERNIÉRE. 

En  ceste  chambre  ev  dcrriére 
Vous  séez;  lieu'y  a  privé. 
Ja  å  vous  n'ara  estrivé  ; 
En  Teure  servies  serez 
De  ce  que  vous  demenderez, 
Sanz  demourer. 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Faites  que  nous  soit  aportée 
IJne  pinlc  de  moult  vermeil. 
Je  ne  béu  ouan  son  pareil 
En  ceste  ville. 

23 


34o  LA    VIE 

LA    TAVERNIÉRE. 

Volenliers  Tarez  ,  c'est  sanz  guille. 
Je  vois  qucrrc  la  pintc  plaine. 

Cy  voise  quérir  du  vin ,  et  puis  die  : 

Tenez ,  buvez  a  bonne  estraine 
Paisiblement. 

LA    FAME    AU    SERGENT. 

Vous  buvrez  tout  premiérement, 
Commére ,  vous  estes  l'aince. 
Aussy  m'avez  aportce 
La  nouvellc  premiérement 
De  mon  mary  qui  malemenl 
Est  atourné ;  j'en  ay  grant  IcMe. 
Je  vouldroie  qu'éust  la  teste 
Parmy  brisiée. 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Buvez  bien  ,  commére  priscc ; 
Que  Dieu  confonde  nos  maris! 
Emplons  de  ce  moult  nos  baris, 
Car  il  est  fin. 

LA    FAMEf  AU    SERGENT. 

J'en  empliray  sy  mon  coflin , 
Que  seray  ivre  bien  le  [lensse. 
Se  mon  marv  me  fait  ofTense 
Ou  vcult  estrivier  de  riens  nce 
Puis  qu'il  a  braclie  brisiée , 
Contre  terrc  leboutcray. 
Jamais  ne  le  deporleray , 
Se  me  gart  Diex. 


DE    SAINT    FIACRE.  34 1 


LA    FAME    AU    VILAIM. 

Mon  tnary  fuet  en  nos  tortiex. 
Oncques  ne  fu  de  moy  amé. 
II  vendra  tout  afTamé  ^ 
Mais  ne  m'en  chault. 

LA    FAME    AU    SERGENT. 

Buvon  se  moull  friant  et  chault. 

Mal  ait  qui  bien  ne  buivra! 

Je  croy  que  grant  bien  nous  sera ; 

Quant  je  l'avale,  j'en  ay  feste. 

11  m'est  ja  monlé  en  la  teste: 

A  paine  me  piiis  sonstcnir, 

Et  sy  voy  mon  mary  venir 

Tout  droit  dedans  ceste  taverne. 

Assez  fiérement  se  gouverne ; 

Ne  semblc  pas  qu'ait  brås  quassé. 

■ 

Il  ne  semble  pas  trop  lassé : 
Jo  sui  perdue. 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Aussy  voi-je  sanz  atendue 
Le  mien  droit  sy  ä  nous  venir. 
Chaude  fiévre  le  puist  tenir! 
11  m'a  mult  bien  aparcéue. 
Je  croy  que  je  seray  batue  : 
Il  vient  des  chans. 

LE    VILAIM. 

Par  foy,  je  suis  bien  meschéans ! 
Aulx  chans  me  tue  chacun  jour 
Et  roa  fanie  prcnt  son  scjour 
És  lijverncs ,  c^est  chosc  voire.. 


342  LA    VIE 

Je  la  voy  lÄ  en  present  boire. 
Le  fort  moult  mez  s'el  n'est  latrée , 
Riens  ne  vail.  Hé!  gloute  prouvée, 
II  te  convient  mon  poing  »entir. 

Cy  bate  sa  lame. 
Je  pourroie  consentir  ta  lécherie  (sic), 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Lasse!  je  suis  toute  estourdic 
Et  afolée. 

LE    SERGENT. 

Fame,  qui  t'a  sy  amenée? 
Voir  de  toy  sui  petit  prisié. 
Combien  qu^iie  le  brås  brisié 

En  frapant  et  en  Ii  osUnt  sa  coiffe. 

S'aras-tu  de  moi  se  merel. 
N'i  ara  coife  ne  boutel , 
Que  ne  dcspiesse. 

LA    FAME    AU    SERGENT. 

Så,  commére,  qui  vous  meschesse? 
Quant  vous  m'avez  ^y  amenée 
Je  n'avoic  mie  penssée 
Que  mon  mary  me  péust  batre. 
Ii  me  convient  ä  vous  combatre : 
Au  tel  qui  m'a  fait  vous  feray ; 
Car  a  mez  mains  vous  pigneray 
Vos  nerfz  cheveux. 

LA    FAME    AU    VILAIN. 

Foy  que  je  doy  tous  mes  neveux ! 
La  bonté  vous  sera  rendue. 


DE    SAINT    FIACRE.  343 


Par  terre  serez  abatue 
Se  le  puis  taii^e. 

LA    FAMB    Kl)    SERGENT. 

Doulce  commcre  debonuaire , 
Apaisons-nous  et  sens  sera. 
Mal  ait  qui  plus  estrivera , 
Et  cbantons  com  desconfortces. 
Mauvaises  coifles  dessirées 
Avons  par  lez  mous. 


<:Y    FINE   LA   FARSSE. 


DIEU. 

Le  corps  Fiacre  qui  fut  doulz 
Fault  honnourer  de  bonoe  guise. 
Yous  .II.  arclianges  que  je  prise , 
Alex  ä  Pharon  réciter 
Que  il  liéve  sanz  rcspiter , 
Le  corps  saint  Fiacre  briément. 
Por  ce  qu'a  usée  griément 
Sa  char  la  jus,  aval  en  terre, 
Veul  que  Ten  voit  soii  corps  requerre 
Et  con  ronncure. 

GABRIEL. 

Volentiers  yrons,  sanz  denieurc  , 
A  Tévesque  votre  gré  dire. 
Bien  s^^ay  qu'il  n'en  ara  pas  yre  : 
Alons-y  droit  sanz  plus  atendrc. 

Cy  parltut  a  Pharon. 


344  LA    VIE 

Pharon  pour  voir  te  fas  entendre 
Que  Jhésucrist  veult  vraicmcnt 
Que  saint  Fiacre  soit  briément 
Hors  du  lieu  ou  il  gist  levez. 
Corps  qui  seront  de  mal  grevez 
Par  le  plaisir  Dieu  garira. 
Personne  qui  de  cuer  yra , 
De  bon  cuer  le  bon  saint  requeri*e , 
Ystra  de  meschief  et  de  guerre 
Au  Dieu  vouloir. 

S.    PHARON. 

Je  le  feray  sanz  moy  douloir 
Volentiers,  car  il  est  droiture; 
Seigneurs ,  ä  la  bonne  aventure , 
Saint  Fiacre  translaterou ; 
Du  lieu  ou  il  est  Tosteron. 
En  cesle  chace  sera  mis ; 
Car,  voir ,  il  est  de  Dieu  amis. 
Or  tost  aidiez-moy  sanz  défault; 
Sus  cel  autel  mestre  le  fault. 
Avan^ons  que  Dieu  vous  voie. 
Des  målades  par  mainte  voie 
Le  vendrons  cy  endroit  requerre ; 
Car  bien  usa  son  temps  en  terre  , 
Bien  le  savon. 

LE    CIIAPELAIN. 

Monseigneur,  moult  bien  mis  Tavon 
Bon  fait  bien  ouvrer  en  sa  vie. 
Lassuz  est  s'ame  hébergie 
Et  le  corps  sera  honnoui*é. 


DE    SAINT    PIAGRE.  345 


Voir  touz  ceulz  sont  bicn  éuré 
Qui  a  Dieu  servir  vcullent  tendre. 
Noble  loier  leur  en  scet  rendre 
Et  agréablc. 

LE    CLERG. 

Cest  bien  parole  véritable: 
Quiconques  fait  bien  il  le  treuvc. 
Dieu  veulle  que  fasson  tel  euvre 
Qui  au  doulz  Jhésucrist  puist  plaire! 
Devers  le  corps  saint  verrons  traire 
Des  målades  grant  quantité. 
.1.  mesel  qui  a  cliqueté 
Voy  venir  par  celle  sentelle : 
Saint  Fiacre  de  cuerapclle; 
II  vient  grant  errc. 

LE    MÉSEL. 

Saint  Fiacre ,  por  vous  requerre 
Sui  venus  en  ceste  partie. 
Chargié  sui  de  méselerie 
Multa  lonc  temps  qui  mult  griéve. 
Dieu  par  qui  le  cicr  soleil  liéve, 
Et  vous  me  veulliez  alégier. 
Je  soloie  estre  moult  légier 
En  ma  jouvance. 

S.    PUAROiN. 

Metez  au  saint  prier  cntcnte 
Et  je  croy  qu'il  vous  aidcra. 
Ja  votre  mal  tel  ne  sera 
Qu'en  aiez  alégement. 
Offrez  au  saint  scurcment 


346  L.V    VIE 

D'entente  fine. 

LE    MESEL. 

Sy  voir  que  je  le  tieng  ä  digne 
De  cire  ma  longueur  It  baille 
A  celle  fin  que  il  me  vaille. 
Sy  voir  que  c'est  de  bon  courage 
Avis  m'est  que  de  mon  visage 
Chiet  la  rafHe,  Dieu  soit  loez. 
Bonnes  gens  véez  et  ouez 
Le  miracle  que  Dieu  a  fait. 
Pour  saint  Fiacre  tout-å-lait 
De  bonne  heure  sui  sa  venuz 
Que  tout  sain  y  sui  devenuz. 

Cy  preigne  congiez ,  s'en  voist  un  pou  avant ,  et  puis  die  : 

Adieu ,  je  m'en  voiz  ä  grant  chiére ; 
Aulx  gens  conteray  la  maniére 
Parton  t  lä  ou  je  passeray. 
Bonnes  gens  voir  vous  conteray : 
Saint  Fiacre  m'a  envoié 
Garison  de  ma  maladic 
Vilaine  qui  tant  m'a  tenue. 
Se  nul  grieté  vous  argue , 
Alez-y  et  garis  serez 
Se  de  bon  cuer  le  requérez, 
Sachiez  sanz  doubte. 

l'aveugle. 

Lone  tenips  a  que  je  ne  vy  goule: 
Qui  ni'v  mcnast  la  droitc  voie 
Ccrtcs  nuilt  volenliers  yroic 


DE    SAINT    FIACRE.  347 


Pour  clarté  prendre. 

LE    POTENCIER. 

Voir  je  ty  merray  sans  atendre  : 
Met  dessus  m'espaule  ta  main. 
N'aresteray  ne  soir  ne  main 
Jusqu'ä  tant  qu'en  son  moustier  soie, 
Savoir  u  non  se  j'en  garriroie 
Du  mal  qu'endure. 


l'aveugle. 


Ce  soit  h  la  bonne  aventure! 
A  lons  doulz  frére  débonnaire, 
Dieu  nous  doint  tel  voiage  faire 
Qui  nous  pourfite! 

LE    POTENCIER. 

Biau  lieu  a  9y,  mult  me  délite. 
Bien  sommes  venuz  sanz  demeure ; 
Agenoillier  nous  fault  en  Tcure. 
Devant  le  saint  sommes  venuz; 
A  Ii  prier  sommes  tenuz, 
Et  saint  Fiacre  qui  jadis 
Féistes  tant  qu'en  Paradis 
Est  l'åmc  de  vous  hostelée , 
Priez  Dieu  que  santc  donnce 
Me  soit  briement. 

L'AVEtIGLE. 

Sii*e,  sy  voir  comme  griement 
Ay  lonc  temps  usée  ma  vie  , 
Au  filz  de  la  Vierge  Marie 
Priez  tant  pour  moy  que  jc  voie. 
Bien  ay  enploier  ma  voie, 


348  L\  yiE 

Car  je  voy  bien  et  clérement. 
Loez  soit  Dieu  qui  point  ne  ment 
De  cest  ouvrage. 

LE    POTENCIER. 

Aussy  doy-je  de  bon  courage 
Dieu  et  saint  Fiacre  prisier. 
Plus  ne  me  faudra  débrisier 
Sus  potences ;  n'en  av  que  faire. 
Dieu  dov  louer  de  cest  afaire 
Bien  fermement. 

L\    BOURGOISE    DE    LANGNY. 

A  Langny  ay  mult  ionguement 

Hanté  et  prise  demourée; 

Mais  oncques  crcature  née , 

N'y  vint  de  quoy  poit  miex  vasisse. 

Ne  truis  qui  ma  jambe  garisse 

Du  mal  qui  est  let  et  äcre. 
A  ler  me  fault  a  saint  Fiacre  ; 
Ne  fincray  tant  que  g'i  soie. 
Doulz  saint ,  je  vous  pry  que  ma  voie 
Aie  9y  endroit  emploier 
Tant  que  ma  jambe  soit  garie. 
Dieu  a  fait  vertu  bien  pléniére: 
Ma  jambe  sanz  toute  légére. 
A  Dieu  et  au  bon  saint  doit  rendre 
Grans  graces  de  cuer  sanz  m'esprendre 
Quant  la  voy  saine. 

LA    DAME    CHEVALERESSB. 

Chamberiére,  ne  te  soit  paine! 
A  saint  Fiacie  droitc  voie 


DE    SAINT    PIACRE.  349 


Vcul  aler;  volentiers  saroie, 
Par  la  foy  que  doy  Notre-Dame , 
Qu'il  avendroit  k  iinc  famme 
Qui  enterroit  en  sa  chapelle ! 
Gy  bousteray  madamoiselle , 
N'y  fauldray  mie. 

LA    GHAMBERIÉBE. 

Je  vous  porteray  compaignie 
Moult  volentiers,  se  Diex  me  voic; 
Saint  Fiacre  de  cuer  verroie. 
II  faut  plenté  de  vertus  belles, 
Gar  fienscs  grans  et  méselles 
Garit;  contrais  fait  droit  aler, 
Et  aussy  lez  muez  parler , 
Et  lez  aveugles  enlumine ; 
Plain  est  de  la  grace  divine 
Se  Dieu  me  voie. 

LA    CHEVALERESSE. 

Alons-y  droit  par  ceste  voie ; 
Voir  assez  briement  y  seron. 
Je  te  diray  que  nous  feron. 
Va-t-en  a  l'uis  de  la  chapelle: 
Sv  attaché  ceste  chandelle 
Sans  destrier. 

LA    CHAMBERIÉRE. 

Il  ne  mc  convient  pas  prier ; 
Moult  dévostement  le  feray. 
Ycy  orendroit  meteray 
La  chandelle  qui  est  bien  belle; 
N'enterray  pas  en  la  chapelle 


350  LK    VIE 

Qui  ne  me  coustc. 
LA  DAME  GHBVALEKESSE ,  en  la  bontam. 
Sy  fcras;  il  (ault  que  t'i  boute; 
Moiilt  sui  légiére. 

LA   GI1AMBER1ÉRE. 

Jc  in'en  reslournera\  arriére: 
Sai)%  raison  m^avez  boutée 
J'av  esté  förment  eflVaiée 
Ponr  cest  ataire. 

LA    CIIEVALERESSE. 

Ilaro,  lasse  !  ne  scay  que  faii-e  : 
A  bicn  |H*tst  que  jc  ne  raige. 
J'ay  entrepris  trop  grant  haussage; 
Par  droit  me  doit  lasse  clamer. 
(^Jiacun  me  doit  bien  diAamer, 
Et  a^^eler  fole  musarde : 
Tant  av  mal  que  l'eure  ne  garde 
Que  jx^rde  vie. 

LE    CHAPELAIN. 

.\rrestoz-\ou8  issv,  mamie; 
Ne  bnVz  plus,  ne  ne  criez. 
A  gonoux  le  bon  saint  priez ; 
II  vous  lera  alégemeDt. 
l^uvn^  avez  muU  folenient 
Par  e^xHilie. 

LA    OHEVALERESSE. 

DoliU  s^iint  Fiacre^  je  vous  prie 
Qu\)lé4!eiuent  me  veuUiez  laire. 
Ft  je  \  ous  promet  sanz  contraire 
VHrotVraikie  vous  ;iportera} 


DE    SAINT    FIACRE.  35 1 


Et  votre  feste  garderay 
Dévostement  chascune  année 
Tant  com  pourray  avoir  durée. 
Je  me  repent  de  ma  foleur  : 
Alégée  de  ma  douleur 
M'a  saint  Fiacre  grandcment. 
Je  le  doy  louer  bonnement 

Et  mercier. 

LA  FAME  qui  prie  son  mury. 
Monseigneur,  je  vous  veul  prier 
Que  je  voise,  mais  qui  vous  plaise, 
A  saint  Fiacre;  grant  raésaise 
De  son  mal  en  mon  corps  endure. 
Je  pensse  se  d'entent/s  pure 
Le  requier  que  seray  garie. 
Lone  temps  a  queje  sui  saisie, 

J'en  suis  certaine. 

LE    MARY. 

Or  vous  souffrez  en  pute  estrainne. 
En  saint  Fiacre  ne  me  fie 
Ne  qu'en  une  chienneenragie. 
De  moy  n'est  amc  ne  prisic. 
S'il  avoit  .1.  godet  brisié. 
En  Paradis  banis  en  Teure 
En  seroit  fol ;  fol  est  qui  Tonneure. 
II  n'est  requis  que  de  mardaille, 
Et  ä  la  fin  sachiez  sans  faille 
Mie  n'irez. 

LA    FAME. 

Sy  vous  plaist  autrement  direz, 


35:2  LA    VIE 

Monseigneur ;  fol  est  qui  desprise 
Des  sains  que  le  roy  des  roys  prisc 
Par  son  vouloir. 

LE    MARY. 

Le  cuer  me  prent  fort  a  doloir; 
II  meTenra  griefetdoumaclie. 
II  m'est  avis  que  en  nf esrache 
Le  cuer;  ne  scay  que  devenir. 
La  male  mört  me  puist  tenir 
Hastivement ! 

LA    FAME. 

Sire,  parlez  plus  sagemerit 
Et  ne  vous  désespérez  mie  : 
Le  saint  vous  fera  courtoisie 
Se  le  priez. 

LE    MARY. 

Ciray,  sanz  estre  detriez, 
Moy  et  vous  en  portant  oflrende 
Au  saint ;  n'ay  méz  douleur  si  grande 
Ne  tel  conlraire. 

LE    CUANOINE. 

.1.  livré  voy  en  celle  aumoire; 
Il  convient  que  je  le  deslie. 
Voir  c'est  d'un  meschant  la  vie, 
Quiestoit  .i.  foueur  de  chans. 
De  certain  ceulx  sont  bien  raeschans 
Qui  le  prisent. 

Lå  voit  son  livré. 

Las!  a  paine  seray  délivrc 


DE    SV!NT    FIACRE.  353 


Dc  la  douleur  qui  me  tormcntc, 
Aler  veul  dc  loval  en  ten  te 
Oii  saint  Fiacre  prieray , 
Et  son  livré  sv  baiserav. 
En  son  monstier  vois  droite  voie  : 
Biaulx  seigneurs,  Dieu  vous  ortroit  joie! 
Je  vous  veul  dire  verifé. 
J 'a voie  le  saint  despitc 
De  siens  trop  vilainement : 
Sy  in'eschéi  malement; 
Mals  tantost  que  nren  repenty, 
Alégence  du  mal  sen  ty. 
Dieu  soit  loez! 

S.    PilAROiX. 

Biaulx  seigneurs  qui  cez  mos  ouez , 
Chantons  et  ne  soions  pas  muz, 
Decuer  :  Te  Deum  laudamus. 


tXPlJCll. 


iS 


NOTES 


Page   9.    CY  COMMENCB  le  MARTIIIE  S.  ESTIEfVE. 

Saint  Étieniic,  l*uii  dvs  soixantc  doiizc  disciples  de  Jesus -Clirist, 
fut  égalementrnndcä  sept  chrélieiisehoisHparlestldéles  ponrndiiii- 
uistrerles  biens  de  la  commiiiiauté.Oii  ne  petil  douter  qtrilait  étéjiiif. 
Lorsque  les  apötres  enrent  iiommé  diacres  ces  sept  administratenrs, 
il  fat  considéré  comme  le  premier  d^entreeiix  ;  inais  le  succés  de  ses 
prédications  anima  les  .luifs  contre  lui ,  et  ils  résolurent  de  le  per- 
dre.  N'ayant  pu  résister  å  ses  raisous,  ils  snbornérent  de  faux  té- 
moins  pour  Faccuser  de  blasphéme  coiitre  Muise  et  contre  Dieti ,  or 
on  Tobligea  de  comparaitre  devant  le  sanliédrin. 

Le  fond  de  Taccusatioii  intentée  rontre  lui  se  réduisaitå  dirc  qu^il 
assurait  que  le  temple  serait  détruit ;  que  les  sacrifices  prescrits  par 
Motse  n*étaient  que  des  ombres  et  des  types ;  que  les  observances 
de  la  loi  n^étaient  plus  agréables  h  Dieu  ,  et  qu>lles  avaient  cté  abo 
lies  par  Jesus  de  Nazaretli 

Saint  Étienne ,  profitant  de  la  permission  du  grand-prétre ,  fit  sa 
propre  apologie,  de  maniére  <i  préclier  courageusement  Jésus-Chrisl. 
11  ajouta,  enadressant  la  parole  aux  Juifs,  quUls  resseinblaient  å 
leurs  péres ;  (|u'ils  avaient  comme  cux  une  tete  dure  et  inflexible  ; 
qu'ils  étaient  circoncis  dans  Icur  cliair ,  mais  non  dans  leur  cceur ; 
qu'ils  résistaient  toujours  au  Saint-Esprit;  que  ,  comme  leurs  péres 
avaient  persécuté  et  mis  ä  mört  les  propliétes  (pii  prédisaient  Jesus- 

33. 


356  NOTES. 


Chrisl,  ils  venaient,  eux,  de  trahir  ce  mémc  Jésiis-Christ,  el  quils  en 
nvaient  clé  les  meiirtricrs ;  qiie  la  loi  qirils  avaient  re^ue  par  le 
ministére  des  anges  faisait  leur  condaninatioii ,  piiisquils  ne  Ta- 
vaient  poinl  gardée,  elc,  etc. 

Ces  reproches  piquérent  au  vif  ccux  qui  les  entendirent.  Ila 
entrérent  en  fureur,  traitérenl  sainr  Étienne  de  blasphémateur  ^ 
et  résolurent  de  le  meltre  a  mört.  Loin  crattendre  pour  cela  qn'il  in- 
tervlnt  une  sentence  ,  ils  se  bouchérent  les  oreilles  pour  ne  poinc 
écouter  les  prétendus  blasphémes  de  saint  Étienne  ;  et  se  jctant  sur 
le  disciple  avec  de  grands  cris ,  ils  le  tratnérent  hors  de  la  ville 
pour  lui  faire  subir  la  peine  portéc  contre  les  blasphémateurs. 
Les  témoins  qui ,  selon  la  loi ,  devaient  lancer  la  premiére  picrre , 
uiirent  leurs  vétemens  aux  pieds  de  Saul ,  ([ui  partagea  leur 
crime  en  lesgardant.  Étienne,  pcndant  qu'on  le  lapida  ,  priait  en 
disant :  —  Seigneur  Jesus,  recevez  mon  esprit.  S'étant  ensuite  inis 
å  genoux,  il  s'écria  å  haute  voix  : —  Seigneur,  ne  leur  impulez  point 
ce  peche\  Apres  ces  parolcs,  il  expira  sous  les  coups  de  ses  bour- 
reaux. 

Quelques  fidéles  enlevérent  son  corps  et  Tenterrérent  d^une  ma- 
niére  décente.  Ccci  eut  lieu  vers  la  fin  de  Tannée  oii  Jésus-Christ 
avait  été  crucifié.  Saint  Étienne  est  donc  le  premier  martyr ,  et  ce 
fut  ä  ses  priéres  quc  saint  Augustin  et  les  autre^  péres  attribuérent 
la  con version  de  saint  Paul. 

On  voit ,  par  cette  analyse  rapidc  de  la  vie  de  saint  Étienne ,  quit 
Pauteur  de  notre  Mystére  a  suivi  cxactement  la  marche  des  actes  du 
martyr,  sans  s'inquiétcr ,  non  plus  que  dans  les  autres  piéces  de 
notrc  volume ,  d'arrivcr  a  des  combinaisons  dramatiques.  Le 
Mystére  de  saint  Étienne  est  tout  simplcment  un  récit  en  action. 
J'ajouterai  ici  une  secondc  épitre  farcic  (voir  la  premiére  dans  Tln- 
troduction)  de  la  passion  de  saint  Étienne,  appartenant  ä  la  Bi- 
blioUiéque  royale  ,  et  tirée  du  manuscrit  latin  4641.  B.,  intitulé  : 
Stylus  curue  parlamenti  Francife  y  ou  el  le  se  trouve  au  fol.  154.  Ce 
manuscrit  e^t  du  13*  siécle. 


(:Y   S  ENSUIT  la  passion  saint  ESTIENNE  QDE   0>  LIT  LEVDEMAIN 

DE   .NOEL. 


Se  vous  voulcz  tiiil  cy  eotcndre 

y DUS  y  pourrez  mouU  bicn  aprcodrc : 


NOTES.  357 

Maisquc  \nii.s  vueillcKiiioctrc  peiue 
A  la  passion  saiiit  Estiennc. 
Oyex ,  qiii  Dieu  voulez  ser\'ir  : 
La  passion  pourres  oir 
De  saint  Ksticnnc  le  marlir, 
Commcnt  il  voult  pour  Diou  niuiirir. 

Leclio  Acluum  nposlolonim. 

L}  apustrc  cestc  li>(;on 

Firent  pur  bonc  eulenrioti 

De  saint  Estiennc  le  baron  ^ 

i)m  moult  aynia  Dieu  el  son  nom. 

Tn  (ii e hus  ////>. 

A])rcs  le  jour  (|iie  Dieu  fu  nez 
Fut  saint  Kslicnne  tournieutez. 
Ly  Juyfs  (le  picrrcs  h  tjranl  foison 
\.e  lapiderenl  sans  raison. 

Siephanus  pienus  i^ractd  el  foriitiuline  facicbal  sif^na  et  prodipa 

maf^na  in  popnio. 

Saint  Esli'Mine  plain  de  bonté 
Et  de  la  (]^råcc  damc  Dé, 
Oncques  ne  inaintint  fauceté ; 
Mais  a  le  peuple  doctriné 
Et  par  SOS  sinnes  démonstré 
Coniment  il  puet  estre  sanv^. 

Surexeruiii  autem  quidam  de  sinago^å  quas  nppelabalur  liberti- 
norum et  Cyrenensium,  et  Alexandj-inonim  et  corum  qui  erant  a 
Siiicid  et  A,siå  disputanles  curn  Stephano. 

De  pluseurs  terrcs  son  t  venu 

Ly  fi^lons  Juifs  mescreu 

Qui  Ont  ony  et  entendu 

Que  saint  Eslienne  a  grant  verlu. 

De  dcspiter  ne  sont  pas  mu : 

De  Icur  loy  ont  grant  plait  tcuu  ; 

Mais  saint  Eslienne  a  tout  vaincu 

Cc  que  tuit  l'ont  apparceu. 


358  NOTilS 


Et  non  polerant  rcsis/rrc  mpifncite  et  spiritui  qui  hqucbatur. 

Qiii  adoncqucs  les  véist  forrener 
Frémir ,  rechignier  et  dever 
Que  il  u*y  pciiriMit  plus  demourcr. 
Sus  faillriit  pour  Ii  tnurmenter. 

Andirntc.^  au  tern  han-  differahantur  vnrdihu^  suis  et  stridebant 

dan  ti  bus  in  eum. 

^  Saint  Estiennc  ful  plains  dr  (;ri«c<> : 
Eutrc  Ics  J  uiis  en  la  place 
(^hascuii  le  rechainfpie  et  mcnace. 
(Jon  tre  niont  a  tourné  sa  face  : 
Vit  du  cicl  oiivrir  unc  espace. 
Hien  regarda  enimy  la  face. 

Cion  atilcm  esset  Stephanus  plcnws  Spiritu  Sancto  intendcns  in  ca*lum 
vidit  ghriam  Dc.i  et  Jhesumstaniem  a  dexlris  virtutis  Det. 

l.ors  sVscria  nioult  douccmenl  : 
Je  vois  ouvrir  le  ftrmament 
Kt  Jliésucrist  en  son  semblant , 
Avecquesses  anges  qui  m*aten(. 

Exctame.ntes  nuicm  voce  mas^nå ,  eontinuerunt  aure.y  suos  et 
impetumjeceruni  unanimifer  in  eum. 

i^ors  conimancerent  a  criei*. 
Leurs  oreilles  ä  (*stouper , 
Puis  le  liérent  a  Testaiche , 
Et  lui  crachiércnt  ou  visaige. 

Etejicientes  eum  extra  civitatem  lapidabant. 

Hors  de  la  cité  letrainérent 
Et  pierres  apres  lui  jectérent. 
I.e  sanc  yssoit  de  ses  costez , 
Tout  contreval  jusques  aux  piez. 

Et  tcstcs  dejffnuerunt  vextimcnta  sua  secus  prdes  atlolcscenti^ 

qui  vocabatur  Saulus. 

Ses  %eslenicus  Uii  ont  osler.; 
Tng  jouvcoccau  Ics  a  gai'dez 


NOTES.  359 

Qui  Saulus  cstoit  appeUez  : 
Saint  Pol  Tapostrc  fut  damez. 

> 

Ei  lapidabant  SUp/tanum  invocanUm  et  dictniem :  «« Domint 
Jhesunty  suscipe  spiritum  meum.n 

Quant  lapidoient  Ii  félon 
Saint  Estienne  le  bon  baron, 
Jhesucrist  appelloit  par  son  nom  , 
Qfie  de  sa  mört  leur  féist  pardon. 

Positis  autem  genibtis  clamavit  voce  moffnd  dicens  :  DommCy  ne 

statuas  illis  hoc  peccatum, 

Beaux  sircs  Dicux,  plain  de  pitié , 
Qui  pour  nous  fust  crucefié, 
Pardonnés  leur  cils  péchies 
Que  ilz  ne  savent  que  ils  font : 
Les  ennemis  dcceups  Ics  ont. 

Et  cum  hne  dir  is  set  ^  obdormivit  in  Domino. 

Sus  terrc  ses  genoui  a  mis. 
Graces  rendist  å  Jhesucrist; 
Puis  doulcement  s'endormy  *. 
Le  espérit  de  luy  issy. 

Droit  en  paradis  l'emportérent 
Les  an{];es  qui  le  coronnérent 
£t  å  Dieu  puis  le  préscntérent 
Et  moult  grant  joyc  en  demenérent. 

Or  prions  Jhesucrist  le  pere 
Qui  nasqui  de  la  Vierge  Mcre, 
Et  puis  prions  ^  saint  Estienne 
Qu'il  nous  otroit  par  son  plaisir 
Que  vrais  confés  puissons  morir 
Et  en  Paradis  parvenir. 
Amon. 


36o  NOTES. 

Page  19  y  nvant-deroier  vers  : 

Tien ,  yilain  ,  lien  ceste  beloce. 

BeUfce,  Gette  expression  désigne  une  espéce  de  pnine;  il  fa  sans 
dire  qu'elle  est  prise  ici  au  figuré  pour  le  mot  coup  de  poing, 

Page  21,  vers  23  : 

AloD-en  qa'il  en  est  sné. 

Le  dernier  mot  de  ce  vers  qu'on  dolt  entendrc  ici  dans  le  sens  de 
taer,  est  reste  dans  la  langiie  des  malfaiteurs.  Ils  disent  encore  sii^r 
un  chene,  pour  ftter  un  /wmme. 

Page  25:  La  contersion  s.  pol. 

Saint  Paul ,  nommé  d^abord  Saul ,  naquit  deux  ans  avant  Tére 
vulgaire,  å  Tarse,  en  Gilicie.  Ses  parents,  qui  étaient  juifs,  Télevérent 
dans  ienr  croyance ,  et  il  fut  instruit  dans  la  loi  de  Moise  par  le 
docteurGamaliel.  Lors  dumartyrede  saint  Étienne,  Saul,  ågé  alors 
de  trente-deux  ans,  gärda  les  manteaux  des  lapidateurs,  et  se 
rendit  ainsi  leur  complice.  Saint  Étienne  n'en  pria  pas  moins  pour 
lui. 

Apres  la  mört  de  ce  saint ,  Saul  dcvint  un  des  plus  ardents  per- 
sécuteurs  des  chrétiens ,  quMI  alla  chcrcher  jusqu'en  Syrie  pour  les 
conduire  å  Jerusalem  ;  mais  avant  d^arrivcr  å  Damas,  une  vision  cé- 
leste  lui  apparut,  et  une  voix  lui  ena  :  «  Saul,  Saul,  pourquoimc 
perstcutes-tu?  »  II  aperQut  en  möme  temps  Jesus -Ghrist  qui  lui 
montrait  sa  lumiére  et  Tappelait  ä  la  foi.  Arrivé  ä  Damas ,  il  fut 
baptisé  par  Ananie  ,  et  préclia  sa  nouvelle  croyance  jusque  dans  la 
synagogue.  Les  Juifs  tentérent  de  le  faire  arréter,  mais  on  le  descen- 
dit  durant  la  nuit  dans  une  corbeille ,  par-dessus  les  murs  de  la 
ville,  et  il  s*évada.  Apres  de  nombrcux  voyages  qiii  valurent  beau- 
coup  de  prosélytes  å  la  foi  chrétienne ,  saint  Paul  qui,  déjä  une  fois, 
était  venu  a  Rome ,  ne  craignit  pas  d'y  rcparattre.  Néron  Ty  Qt 
arréter. 

L'auteur  de  notre  Mystere,  conformément  au  rapport  de  quelques 
péres  de  TÉglisc ,  attribue  sa  mört  au  resultat  de  sa  querelle  avec 
Simon  le  magicien ,  qui ,  ayant  voulu  s^élcvcr  en  Tair,  fut  précipité 
par  terre,  grace  anx  priéres  du  saint,  qne  Néron  fit  martyriser  dans 
sa  colérc. 


NOTES.  36 1 

Page  42 :  Cy  ensuit  la  conyersion  s.  denis. 

Saint  DeniSy  un  des  missionuaires  envoyés  de  Rome  dans  les  Gau- 
les » 8'avanca  plus  avant  dans  le  pays  que  ses  compagnons,  et  fixa  son 
fliége  ä  Paris.  Cest  ä  lui  ou  ä  ses  disciples  que  la  religion  chrétienne 
fut  redeYable  de  la  fondation  dos  églises  de  Chartres ,  de  Senlis,  de 
Meain ,  et  peu  apres  de  celle  de  Gologne,  ainsi  que  de  quelques  au- 
trea  qui  étaicnt  florissantes  au  iv*  siécle. 

Nous  lisons  dans  les  actes  de  saint  Denis ,  que  cet  évéque  fit  båtir 
uoe  église  å  Paris ,  et  convcrtit  un  grand  noinbre  d'idolätres  å  la  foi. 
Les  travaux  de  son  apostolat  furent  couronnés  par  iemartyre;  Topi- 
nion  la  plus  probable  est  qu'il  le  souffrit  dniant  la  pcrsécution  de 
Valenen,  en  272.  Quelques  auteurs  mödernes  ontcependant  dilTéré  sa 
mört  jusqu''au  commcneement  du  régue  de  Maximilien  Hercule,  qui 
fit  sa  principale  résidence  dans  les  (laulcs,  depuis  Tan  28(>  jusqu^å  Tan 
292.  Adon  appclle  Fescenninus  le  juge  qui  le  condamna.  Selon  les 
actes  de  son  martyre ,  que  suivent  saint  Grégoire  de  Tours ,  Fortu- 
nat  et  les  martyrologistos  d'Occident ,  il  fut  cmprisonné  long-temps 
ponr  la  foi,  et  termina  sa  vie  par  le  glaive,  avec  Ruslique,  prétre ,  et 
Eleutbére ,  diacrc.  L'auteur  des  mémes  actes  ajoute  que  les  trois 
martyrs  farent  jetés  dans  la  Seine ,  mais  qu'une  femme  chrétienne , 
nommée  GatuUa,  trouva  le  moyen  de  les  en  retirer,  et  de  les  enter- 
rer  honorablement  prés  du  lien  ou  ils  avaient  été  décapités ,  et  qui 
tat  nommé  depuis  saint  Denis  de  Letrtc  ou  saint  Denis  du  grand 
diemin.  Des  fidéles  bdtirent  une  chapelle  sur  leur  tombeaa. 

En  469,  les  pieuses  exhortations  de  sainteGeneviéve  firent  elever 
une  église  sur  les  ruines  de  cette  chapelle  ,  et  les  chrétiens  venaient 
de  toutes  parts  la  visiter  avec  beaucoup  de-  dévotion ,  comme  nous 
le  Yoyons  en  plusieurs  endroits  des  ouvrages  de  Grégoire  de  Tours. 
n  résulte  de  ces  mémes  passages  que  Téglisc  dont  il  8'agit  était  hors 
des  mors  de  la  ville  ,  quoiqu^elle  n'en  fOt  pas  éloignée. 

Dagobert ,  qui  mourut  en  658 ,  fonda  la  celebre  abbaye  de  St-De- 
nis ;  Pepiii  et  Charlemagne  furent  les  principaux  bienfaiteurs  de  cc 
monastére ,  que  Tabbe  Suger  fit  rebatir  avec  une  grande  magnifi- 
cence.  On  y  gardait  les  reliqucs  de  saint  Denis ,  de  saint  Rustique 
et  de  saint  Eleuthérc ,  dans  trois  chAsscs  d*argrnt. 

La  Bibliothéque  royale  rcnfcimc  dans  le  fonds  Cangé,  n»  141,  sous 
le  n»  actuel  7552,  un  vol.  in-4",  sur  papier,  du  16*  siécle,  qui 
renferme  un  mytitére  de  siinl  Denis  signalé  par  les  fréres  Parfail , 


3()2  NOTES. 


ct  divisé  en  plusieurs  joumées.  Il  irest  poiiit  complet  malgré  sa  lon- 
gueur.  Voici  les  noms  des  personnages :  «  Dieii  le  pére,  Dieu  le  fils, 
saint  Michiel ,  saint  Gabriel ,  saint  Raphaél ,  saint  Criel ,  saint  De- 
nis ,  Panopages ,  Apolopfanes ,  trois  mattres  de  la  loi ,  Tayeugle 
et  son  varlet,  le  geaulier,  Caiphas,  Alexander,  trois  pharisiens, 
Paulus ,  Notrc-Dame  ,  saint  Pierre  ,  saint  Jehan  ,  saint  Jacqoes-le- 
Mineur,  saint  Barthélemy,  saint  Simon  ,  saint  Thomas ,  saint  An- 
dré, saint  Jacques-ie-Grand,  saint  Phelippe,  saint  Mathieu  ,  saint 
Jude ,  saint  Mathias  ,  saint  Bernabé ,  saint  Estienne ,  saint  Marcel , 
saint  Phelippe,  diaere,  saint  Lucas,  saint  Nicholas,  saint  Nichanor, 
etc,  plusieurs  tyrans,  et  la  diablerie  en  enfer.  »> 

Le  manuscrit  2555  ( 1671 ,  fonds  Saint-Germain) ,  sur  papier ,  et 
du  16«siécle,  contient  une  Fie  en  britfde  mon seigneur  saint  Denis, 
En  foici  le  premier  quatrain  : 

Monseigneur  saint  Denis,  trésor  de  sapience  , 
M'dmc  et  mon  corps  commcnde  en  votre  providence ; 
Mod  corps  vucilliés  gärder  de  toute  pestillence, 
M'åme  cmplir  de  vertus,  de  mcurs  et  de  science. 

Un  autre  manuscrit  de  la  Bibliothéque  royale ,  supplement  frän- 
(;ai8 ,  rfi  2(K)7 ,  olTre  une  Histoirt  de  saint  Denis ,  commtncani  å 
sa  conversion  par  les  prcdications  de  saint  Pol  dans  la  ville  dA* 
thénes ,  et  finissant  ä  la  mört  du  roi  Dagobert ,  qui  fil  InUir  son 
cglise.  —  Ge  manuscrit  est  omé  de  54  miniatures.  —  L^histoire  de 
saint  Denis  est  suivie  d'un  petit  poéme  sur  la  conversiou  de  PladdaB, 
<|ui  fut  nommé  saint  Eustache. 

Un  autre  manuscrit  de  la  méroe  Bibliothéque ,  fonds  Saint-Ger- 
main ,  n*  1859 ,  contient  également  la  vie  de  saint  Denis ,  en  prose 
fran^.aiae ,  et  le  poéme  de  saint  Eustache.  Enfin ,  deux  autres  ma* 
uuscrits,  Tun  sous  le  n«  7137,  Tautre  sous  le  n«  7955,  contiennent 
chacun  la  vie  et  passion  de  saint  Denis ,  présentée  ä  Philippe  V  par 
(^^illes  de  Pontoise  ,  abbé  de  saint  Denis. 

Page  61  :  Ci  ensuit  comment  s.  pbre  et  s.  pol  ALKnsHrr 

A  KOMME  ET  COMMENT  ILZ  FURENT  MARTIREZ. 

Saint  Pierre,  frére  de  saint  André,  premier  disciple  de  Jésus- 
Christ ,  est  assez  coimu  pour  que  nous  nous  dispensions  de  parler  de 
lui  longuemcut.  Apres  avoir  plusieurs  fois  visité  Romc ,  il  y  revint 
de  nouvcau  en  lan  kVö,  et  se  réuuit  a  sainl  Paul  pour  combattrc 


I 


NOTES.  363 

la  dectriae  de  Simon  le  magicieii.  Apré$  la  mört  de  celui-ci,  Néroii, 
irrité  oontre  Jes  deux  apötres ,  les  fit  arréter  tous  ies  deux,  et  marty- 
riser.  Selon  fiiuébe ,  Prudence  et  Astérc  ,  saint  Pierre  aurait  été 
cmdflé  la  téle  en  bas,  au  lien  méme  et  å  la  méme  heure  oä  l'on 
faisait  périr  saint  Paul. 

Page  78,  ligne  22  : 

Ge  sonty  ce  croy  ,  sages  Bretons 
Qui  font  illec  leur  caquehan. 

Caguehan,  rabale ,  conspiration 

Page  85,  dernicr  vers ,  et  premier  de  la  page  86  : 
Agyos ,  o  Theos ,  agyos  ykirros  agyos 
Athaoatos  Jhesu  eleyson  ymas.  [sic.) 

Ces  paroles  peuvent  se  traduire  ainsi  en  fran^aif  :  «  O  Dieu  saint, 
«  ö  saint  fort,  6  saint  immortel,  Jesus,  aie  pitié  de  nous.»  Elles  sont 
extraites  de  rOfflce  du  Vendredi  saint. 

Page  103,  ligne  26  : 

SATURPfiif  ira  en  Guiennc 

Säint  Satnmin  on  Semin  dcvint  évéque  de  Toulouse ,  ou  il  fut 
marfyrisé  lors  de  la  persécution  de  Dioclétien ;  son  nom  fut  donné , 
apres  sa  mört ,  a  la  principale  église  de  cettc  ville,  qui  le  porte  en- 
i*ore  aujourd^hui. 

Page  103,  ligne  28  et  29  : 

Lucien  et  frére  Quentin 
A  Beauvais  et  ä  Amiens. 

Saint  Quentin  était  Komain  de  naissance  et  descendait  d*une  fa- 
mille  sénatorienne.  Sonzéle  pour  le  service  de  TÉglise  Tengagea  A 
qiiitter  Rome  et  ä  partir  pour  les  Gaules  avec  saint  Lucien,  qui  fixa 
sa  résldence  å  Beauvais,  ou  il  fut  martyrisé,  tandis  que  saint  Quentin 
se  rendit  å  Amiens,  ou  il  périt  en  987,  lors  de  la  persécution  suscitée 
par  Rictius  Varus. 

Page  104,  ligne  3  : 

El  Rieule  å  Arle  demourra  : 
Bien  est  voir  qu'å  Senlis  mourra. 

Nolre  Mysterc  rnnfond  ici  deux  saints  tout  ä  falt  dillérons.  Saini 
Rieule  ou  HépuhisdWiios,  doni  on  nr  salt  qiio  Ir^s-pou  de  choso. 


M)/^  .\uii:s. 

nest  pas  du  tout  ie méme  que  saint Rieule  premier évéque de SeDlts, 
et  il  est  probable  que  si  saint  Rieule  d* Arles  vint  dans  les  Gaoles ,  il 
n'2(lla  pasjus(]u*äla  seconde  des  villes  dont  nous  venons  de  parlér. 

Page  104,  ligoe  5  et  6  : 

A  Meaulx  yrez  frére  Seolin , 
Et  avecques  yous  frére  Antonin. 

i^'histoire  de  la  vie  de  saint  Sentin  ou  Saintin  est  fortobscure.  On 
ue  sait  sMl  occupa  le  siége  de  Verdun  avant  celui  de  Meaux.  En  ad- 
mettant  raffinnalive  ,  il  aurait  vécu  dans  le  quatriéme  siécle  et  ne 
pourrait  compter  au  nombre  des  disciples  de  saint  Denis  ,  comme 
notre  Mystére  le  rapporte ;  mais  cela  est  fortdouteux.  Ge  qu*on  sait 
positiveinent^  c^est  qn'au  neuviéme  siécle  il  y  avait  å  Meaux  une  ab- 
baye  de  son  nom  et  sous  son  invocation. 

Page  105,  avant-dernier  vers : 

Cest  doncques  Liart  et  Fauvel 
Qui  vont  ensemble  åla  cbarrue. 

Le  roman  de  Fauvel  est  un  poéme  satiriipie  dans  le  genre  d^  celui 
du  Renard;  seulement,  le  héros  ou  plutöt  Théroine  de  ce  poéme  est 
la  mule  Fauvcy  Fauvain  ou  Faiwel^  qui,  montée  par  dame  Guiile(i)^ 
jouc  un  röle  dans  le  roman  du  Renard.  Les  personuages  que  le  poéle 
mct  en  scéne,  sont :  Flatterie,  Avaiice,  Vilenie,  Varieté,  Envie,Lå- 
rlielé,  dont  les  initiales  composent  le  nom  de  Fauvel.  (Voy.Chabatlle, 
Avertissement  du  supplement  au  roman  du  Renard.)  La  Biblio- 
théque  royale  posséde  plusieurs  cxemplaires  du  roman  de  Fauvel , 

(1)  Dame  Guite,  c'cst-ä-dire  Dame  Tromperie.Vn  poéte  dulrei- 
ziéme  siécle ,  nommé  Sauvage ,  a  composé  une  petite  piéce  intitnléc 
de  Dame  Guiie ,  que  j'ai  insérée  dans  mon  choix  de  saluts^  dpilres^ 
reveries  (Jongleurs  et  Trouvércs ,  p.  63) ,  oii  il  s^amuse  å  faire  le 
portrait  de  ce  personna{;e  allégoriquc ,  dont  il  dit  que  la  puissance 
vsi  yrande  en  Artois  ,en  Flandre^  en  France,  en  Romanie  et  autre- 
iner.  Quant  å  sa  personnc ,  ellc  est  fort  allégoriquement  habiUée. 
Sauvage  don  ne  a  Dame  Guile  un  cfiapcau  de  laschete\  une  coiffe  de 
fausseic,  un  crepc  de  melancoiie,  une  robc  defausse  convoitise  fti 
Ic  reste  a  lavcnant. 


I 


.NOTES.  365 


doDt  un  entré  autrcs,  décrit  par  M.  Paulin  Paris  sons  le  n^  681S  de 
son  Catalogue  des  Manuscrits  fran^ais  de  cettc  méme  bibliothéque, 
est  fort  bean  et  fort  complet. 

Yoici  comment  l*aiiteur  du  poeme  donne  lui-méme  (a  déflnition 
de  Tallégorie  de  Fauvel : 

Or  est  ii  Icmps  que  Jc  iiiiKt*.  re 

De  Fauvel  plus  »  plaiii  aperr 

Pour  savoir  l'e\posicioii 

De  lui  et  la  description. 

Fauvel  est  beste  apropitW' , 

Par  similitudc  ordciiée 

A  seneAcr  chose  vaine, 

Barat  et  fausseté  niundaiiic. 

Aiissi  par  ethimologie 

Pues  savoir  cc  qu*il  sénefie. 

Fauvel  est  de  faus  et  de  vel 

Compost,  car  il  a  son  revel 

Astis  sus  fausseté  voilée 

Et  sus  tacherie  niielée. 

Flaterie  si  s*en  dérivc 

Qui  de  nul  bien  ira  fons  ne  rivc. 

De  Fauvel  descent  Flaterie 

Qui  du  monde  a  la  seifpieuric ; 

£t  puis  en  desceut  Avarice 

Qui  de  torchier  Fauvel  n'est  nicr , 

YiUnie  et  Varieté, 

Et  puls  Envie  et  Lascheté. 

Cei  .VI.  damesque  j'ai  nommées 

Sont  par  Fauvel  senefiées. 

Se  ton  entendement  veus  mettre 

Pren  un  mot  de  chascune  lettre 

IV  Fauvel  qui  si  réf]^ne  en  terre,  etc. 

Du  reste ,  le  noro  de  Fauvel  est  pris  tout  simplement  dans  notre 
Mystére,  comme  synoiiyiiie  de  ruule,  de  méme  qne  celui  de  l.iart, 
qui  signifie  un  cheval  de  conleur  café,  y  est  pris  comme  synonyme 
de  cheval. 

Page  108,  ligne  9<^ : 

Dites,  cstDieii  omiiipolont. 
II  faadrait ,  apré**  cc  deriiier  mot ,  un  point  d'interrogation. 


36(i  NOTKS. 

Pagel16,lignc  22: 

Il  joue  des  ars  de  Toulete. 

Ce  dicton  est  assez  dirficile  å  expliqiiiT.  J<>  vois  hicn  qu^il  siguifio 
que  Dieii  (car  tel  est  le  personnage  doiit  oii  parle)  est  un  habile  esca- 
tnoteury  puisqu*il  est  jeune  et  vieiix  å  la  fois,  qu'il  vit,  quil  meurt, 
41u*ilötcou  doDiie  la  vie,  et  peut  commettre  d'aiitres  actions  égale- 
iiient  surnaturclles;  mais  |)oiirquoi  dire  qu*il  joue  des  ars  de  Toléde 
plutöt  que  des  ars  d*uiie  autre  ville  ?  Si  fosais  hasarder  une  expli- 
cation,  je  dirais  que  rcla  teiiait  peut-étre  ä  cc  cpie  Toléde,  qui  était 
renommée  au  moyen-äge  pour  ses  iiombreuses  et  excellentes  fabri- 
quesd*annes,  devait  avoir,  plus  que  loutc  autie  oité,  de  ces  bateleurs 
dont  le  talent  consiste  å  avaler  des  iustrumens  guerhers ,  å  les 
faire  sauter  en  Tair,  etc  ,  etc;  et  que  cesl  probablement  de  cette 
circonstance  que  naquit  le  dicton  jouer  dcA  ars  de  Toléde. 

Page  120 ,  ligne  21 : 

Menez-les ,  sire ,  å  Toinbeleine ; 
llz  ne  voient  goute  des  yeulz. 

Tombeleine  est  une  pelitc  ile  ou  rocher  sur  la  ci^te  de  JNorniaiiditi, 
entré  Avrancheset  St-Malo.  On  y  allait  en  [H^lerinage  å  une  chapelle 
basse  qu'y  avaient  fait  bdtir  les  abbés  du  Mont-St-Michel,  dout  eWv 
dépendait.  M.  Maximilien  Raoul,  dans  son  Hisioire  du  Moni-Sf- 
Michel,  a  inséré  sur  cct  endroit  des  détails  intéressans ,  et  M.  Le- 
roux  de  Lincy  lui  a  communiqué ,  pour  le  méme  ouvrage ,  un  frag- 
ment épisodique  fort  curicux  du  poeme  du  Brui^  et  dans  lequel  Ut 
poéte  fait  vcnir  le  nom  de  Tombeleine  de  ce  que  le  lieu  qui  le  portv 
aurait  autrefois  servi  de  tombe  a  Heleine,  niecc  dWrtus,  qu'un 
géant  aurait  transtM)rté  d^Espagne ,  ou  il  s^étail  cm{)aré  d*elle ,  au 
Mont-St-Michel ,  oii  elle  termina  ses  jours.  Artiis  vengea  cette  mört 
par  celle  du  géant,  auqucl  il  fil  sauter  la  ciTvellc  d'un  coup  de  sa 
bonne  lame  Escalibur  -,  apres  quoi  : 

Fist  faire  cl  mont  une  capi>l(' 
Que  ore  tombe  Hélainc  a|K*lr. 
Del  tombel  ii  Hélaine  jut 
Tombe  Hélaine  son  nom  reciil. 
Del  tombe  ii  Ii  cors  fu  iiiis, 
A  tombe  Hélainc  cest  noii  pris 

>1.  Francisque  Michel  va  publier,  a  la  suile  de  la  rhrouique  df 


Benolt  de  SteMore,  roiiipri^ie  daiiä  la  Collectioii  de  dociiineus  re- 
latib  ä  rhistoire  de  Fraiire ,  imprirnée  par  ordre  de  M.  Guizot ,  le 
roman  du  Mont-St- Michel,  dO  å  (Tiiillanme  de  St-Pair,  inoiiiedu 
Mont ,  écrit  sous  Tabbe  Robert  de  1'horigny ,  au  douziéme  siécle , 
etciré  des  manuscrits  du  Musee  brilaiuiique. 

Page  137 ,  avant-dernier  vers : 

Qu'ilz  te  paieut  ou  tite  ou  mile. 

Oa  appelait  aiui*i  de  petites  moiinaies  de  cuivre  fort  usilées  en 
Flandre. 

Page  144,  vers  antépénultiéme  : 

le  vudl  son  cul  breneus  torchier 
Avec  ce  poisson  de  Bondis.  (H/e/rappe.) 

Il  fallait  qu'au  moyen-äge  les  gens  de  Bondi  fussent  fort  renommés 
å.cause  deleur  bnitalité,  pour  avoir  d(mné  naissancc  ä^ce  dicton. 
Peut-étre  aussi  vient-il  du  voisinage  daugercux  de  leur  forét ,  dour 
la  réputation  fuuestc  sVst  perpétuée  jus^fu^å  nous ,  sans  qu'ou  y  puisse 
pourtant  trouver  Pexplifation  de  cette  figure  de  rhctorique  qui  a  fait 
donner  le  nom  de  poisson  å  un  coup  de  poing  ou  å  un  coup  de  bAton 

Page  149,  Hgne  9  : 

Vin  de  Beäune  et  de  St-Poursain. 

Gesdeux  espéces  de  vins  se  Irouvent  citcs  au  nombre  des  vins  ce- 
lebres dans  la  Bataille  des  vins,  petit  poéme  du  treiziéme  siécle  diV 
å  Henri  d* Andeli,  et  qn'a  publié  Méon.  Ou  les  trouve  aussi  men- 
tumnés  dans  Ténumération  suivante  des  divers  cnls  qui  furcnt  ser- 
vil darant  le  grand  festiii  qui  eut  lien  ,  lors  du  mariage  de  Fauvcl 
avec  Yaine-Gloire  (voyez  le  roman  de  Fatt%*ei)  -. 

Vins  i  ot  bons  et  pn^cieus, 

A  boire  rooult  délicieus , 
Citouandés,  rosés,  florés. 
Vins  de  Gascoignc  colorés , 
l)e  MontpelJier  et  de  Rochele  , 
Et  de  Garnache  et  de  Costele , 
Vins  de  Beaune  et  de  Saint-Pourruin 
Que  riche  fjcnt  tiennent  pour  sain , 
De  Saint-Jangon  et  de  Navarre  , 
Du  vinou  que  i'on  dit  Labarre , 


'Mj6  .noti:s. 

iVEspaig^ne,  d'Anjou,  d*Orlenois, 
IVAuceurc  et  de  Laonnois, 
Et  de  Saint-Jehan,  de  Hiauvoisio , 
IJu  vin  fraD(;Ois  d'iUuec  voisin,  etc. 

Page  150y  avant-dernier  vers  : 

Vecy  comment  ä  Vauprofonde 
Les  nonnains  boivent  en  couvent. 

Il  y  avait  une  abbayc  de  Vauprofon(ie  (vailis  profunda)  dans  le 
diocéfMi  d^Auxerrc ,  pies  de  Joigny ;  mais  je  crois qu'ici ,  etc'est  éga- 
lement  Topinion  de  nion  savant  professeur  a  l*École  des  Charles , 
M.  Guérard ,  ce  mot  désignerait  plut6t  un  lieu  situé  ä  trois  lieoes  de 
Paris  y  ä  Biévre-le-Cbastel ,  et  dans  lequel  la  GalUa  christiana , 
t.  VII,  col.  574 ,  nous  apprend  quMl  y  avait  déjä  au  onziéme  siécle 
une  abbaye  de  femmes  de  Fordre  de  Saint-BenoU.  Ce  fut  å  Anne  de 
Bretagne ,  qui  voulut  entreprendre  sa  réforme ,  que  cette  abbaye  dot 
de  changer  son  nom  de  f^aupmfonde  coiitre  celui  de  Notre-Dame- 
du-Yal-de  Grace.  Cependant  elle  est  encore  appelée  Vauparfond 
dans  des  lettres  de  Fran^ois  I''  qui  sont  de  1315,  ainsi  que  dans  une 
délibération  du  Parlement  en  date  du  22  juin  1575.  Elle  fot  träns- 
férée  en  1621  au  faubourg  St  Jacques,  ä  Paris,  dans  unemaison 
nomméc  le  flcf  de  Valois  ou  ie  Petit-Bourbon ,  pour  laquelle  Anne 
d'Autridic ,  en  se  i>oriant  fondatrice ,  paya  la  somme  de  trenle-six 
.rollie  livrés. 

L'opinion  que  jc  vieus  d*é(ionccr ,  ifuc  le  Vauprofonde  de  notre 
Mystére  était  Tabbaye  située  ä  Bicvre-le-Chastrl,  est  encore  conftr- 
roéc  par  les  vers  (pii  ont  donné  lieu  «i  la  uote  suivante ,  laquelle  dé- 
montre  que  notre  Mystére  est  tout  parisien.  Une  chose  reroarqoable, 
c'est  que  ju8(|u'ä  Tabbe  LelxBuf ,  on  avait  ontassé  erreur  sur  errenr  ä 
propos  de  Tabbaye  de  Val  Profondr. 

Page  155,  vers  2: 

Dame ,  le  Dieu  de  Mont-Fétard 
Vous  gart  les  reius  et  le  talon. 

Ou  lit  dans  le  Diclionnaire  ty]K>graphiquc,  ctymologique  et  liis- 
lorique  des  rues  de  Paris,  par  J.  de  la  Tyuua  (Paris,  1812),  å  Par- 
ticle  Riic  Mouffetard^  Texplication  qui  suit :  «<  Cette  rue  a  été  batie 
sur  un  terraiu  qiii .  nu  treizl^mo  siecle,  se  nonimair  Mans  Cetarius  ^ 
ou  Möns  Ceianiiix,  :\lnnt  Ccfard ,  d  ou  vieiuient  par  altération  son 


NOTES.  36<J 


ancitii  nom  Mont-Fétard ,  el  son  nom  aciuel  Mouiletard.  Eile  est 
dans  le  Caobourg  St-Marceau.»  M.  de  la  Tynna  ne  dit  point  pour- 
qaok  ce  mout  se  nommait  Fttard.  Ne  serait-ce  point  parce  qall  för- 
mak en  qudque  sorte  un  réceptaclo  dlmmondices  ?  Ce  qui  semble 
conilmier  cette  étymologie,  c'estque  bien  plus  tardonappelaéga- 
lemeot  rueMont-Felard  ou  Moujffctard,  la  partie  de  la  rue  deCléry 
sitaée  da  cöté  de  la  porte  St-Dcnis ,  et  qui  se  composait.  avant  d'étre 
eotiérement  couverte  de  maisons ,  d'un  monticule  formé  de  déblais 
et  d^imnondices  qu'on  y  déposa  durant  long-temps. 

Quant  å  cette  locution,  le  Dieu  de  Mont-Fétard^  je  ne  sais  trop  a 
qnoi  la  rapporter.  Pcut-étre  est-ce  une  allusion  å  une  anciennc 
idole ,  ä  une  statue,  ou  tout  simplement  a  une  enseigne.  A  propos  de 
cette  demiére  signiOcation,  on  me  pardonuera  de  mettre  ici  aoces- 
soirement,  au  jour,  un  esbaiement  inédit  qui  m'a  semblé  fort  cu- 
rieox ,  et  dans  lequel  sont  nommces  une  bonne  partie  des  enseignes 
de  rancien  Paris.  Gette  piéce  est  tirée  du  maniiscrit  AMi  B  (Utin) , 
qui  a  pour  titre  :  «  Stylus  curias  parlamenli  Franciofy»  (Bibi.  roy.), 
et  dont  j*ai  déjå  tiré  Tcpf  tre  farcie  qu'on  trouve  å  la  page  396  du 
present  volume. 

CT  8'EliSUIT  UN  ESBATEMENT  DL  MARIAiGE  DES  Ull.  FILZ  HéMON,OU 
LES  ENSEIGTiES  DE  PLUSIKURS  HOSTELS  DE  LA  VILLE  DE  PARIS  SONT 
NOITMEZ  (1). 

■  Pour  Eaire  ce  mariaige  nousprcndronslaparolede  meistrcJehau 
Houseau ,  porteur  d'afenturre ,  qui  en  alant  panni  la  ville  de  Paris, 
disoit:  <iO!  paix,  paix!  par  mariaige  arons  paix.»  Et  pour  avoir 
paix  et  faire  ce  mariaige ,  il  me  semble  que  la  grace  du  saint  Espe- 


(1)  Get  esbatement  poiirra  compléter  Tarticle  beaucoup  tropécourté 
de  Saaval  sur  les  enseignes  de  la  bounc  ville  dans  son  Histoire  des 
antiquites  de  Paris.  Cct  écrivain ,  en  effet ,  n'en  rapporte  que  sept, 
encore  ett-ce  parce  qu'clles  sont  ridicules.  Les  voici :  A  la  roupie 
(une  pie  et  une  roue) ;  Tout  en  est  bon  (une  femme  sans  tete) ;  A  Tas- 
surance  (un  A  sur  une  anse) ;  A  laYieille  science  (une  vieille  qui  scic 
une  anse) ;  Au  pulssant  vin  (un  puits  dont  on  tire  de  Teau} ;  Au  bout 
du  monde  (un  bouc  et  un  monde) ;  Les  sonneurs  pour  les  trcpassés 
(des  sob  neufs  et  des  poulets  tués). 

T.  2/\ 


370  NOTKS. 

rit  dn  botit  de  la  me  aux  I^avendiéres  (1)  est  descendue  sur  TyHUiige 
saint  Pére  du  chcvet  St-Gerrais ;  et  que  å  la  reqneste  des  troys  roys 
de  Goulongne  devant  saint  Innoccnt ,  tis  veulent  faire  un  mariaige 
des  .iiii.  filz  Hémon  de  devant  la  Boucherie ,  et  des  trois  fllles  Dtm 
Symon  de  devant  St-I^u  et  St- Gille.  Et  pour  avoir  la  iin*  fille  nous 
prendrons  la  Pucclle  St-Georges  du  bout  de  Tronssevache ;  et  pour 
tenir  compaignic  aux  espousées  nous  prendrons  les  .111.  pucelles  de 
devant  maistre  Jehan  Turquan,  et  la  nonnain  qui  féme  Poe  auPon- 
ceau  St-Denis ;  et  sont  parées  nos  espousées  des  farmaulx  de  Qnin- 
campois,  des  saintures  de  la  courroierie ,  de  la  fleurde  lis  da  cyme- 
tiére  St- Jehan  pour  mectre  å  leur  poitrine.  Et  aront  sur  leurs  testes 
la  couronne  du  quarrefonr  de  la  portc  de  Paris.  Et  tons  ceulx  qoi 
venront  ä  nostre  festcauront  los  chappelez  de  la  porte  Baudet;  et 
les  gans  de  la  me  des  Assis  pour  estrc  plus  jolis ,  et  auront  les  me- 
nestriers  de  la  danse  de  In  Toniielcrio  devant  la  portc  au  blé.  Et 
prendrons  pour  mener  noz  espousées  au  Moustier ,  le  chevalier  au 
cignede  la  me  aux  Lavendiores,  Sensou  Fortin  de  la  me  de  la  Harpe, 
et  Tymaige  salnt  George  de  la  me  des  Bares.  Et  serent  logiez  les 
roys  et  les  chevaliers  qui  seront  aux  nopces ,  au  chasteau  de  Pon- 
toise  en  la  courouuerie ,  et  les  roynes  et  les  dames  seront  logiécs  en 
ChastelFestu  (2)  au  bout  de  la  me  aux  Provoires.  Et  leurs  gens  et 
leurs  chevaulx  seront  logiez  au  palais  des  Termei.  Or  fault  savoir  qui 
nous  espousera  (5).  Cesera  le  cirdinal  de  la  Pierre-au-Lait;  et  le  pres- 

• 

(1)  Cest  maintcnant  la  rue  du  Plåtrc. 

(2)  Sauval  dit  qu'oii  ne  sait  trop  o  ii  était  situé  le  CIiastd-^Festu. 
Cependant  notre  piéce  prouvc  qu'il  se  trouvail  au  bout  de  la  rue  det 
Prouvaires ,  et  le  Dit  des  rucs  de  Paris,  par  Guyot ,  piéce  du  trei- 
fXbaxe  siécle,  confirme  encore  cctte  assertion  par  les  deux  vers  sui- 
vans  : 

Droiiemeat  de  Chabtcau-Festu 
M'en  vins  k  la  rue  ä  Pruvotrcs. 

(3)  Le  mot  epouser  est  pris  ici  dans  le  scns  de  .re  marier  devanl 
queiift^un.  On  Ii  t  dans  le  roman  d*AyiDeri  de  ^'arbohne  et  de  Guii- 
laume  au  court  nes,  premiérc  chansen,  fonds  l^valliérc,  23  : 

Lå  fu  la  dainc  d*archevefiquc  cBpousée; 
pour  ff  Ull  archevéquc  celebra  lo  mariagc  de  la  danie.>' 


.NOTES.  07 1 

cfaflor  dd  chevet  St-Jacques  lui  aidera  å  chanter  sa  messe,  et  espou- 
scffontencroissant  qui  est  en  la  me  aux  Granchers,  å  la  chapelle  au 
carrelour  du  Temple ,  devaut  rymaige  d(i  i\otre-Damc ,  en  la  rue  de 
laHadiette;et  Tange  devaut  St-Gervais  tcndra  le  cicrge  de  la  rue  au 
Feorre  devant  St-Iiuioceut.  Or  couvient  que  avant  qui  soient  espou- 
•ez,  qne  on  face  faire  sermeut  de  cc  inariage  8*il  est  bon  et  valable. 
Il  sera  (ait  present  le  dieu  d^amours  de  devant  le  Palais,  et  celluy  de 
laPierre-au-Lait,  en  jurant  par  la  teste-Dicu  du  bout  de  la  grande 
Troanderie/par  St-Antoint-des-Halles ,  par  le  couronnement  de  la 
Stmierie ,  par  le  Yau  de  Lucqucs  (1]  de  la  rue  aux  Lombars,  que  en 
ce  mariaige  n*a  ee  bien  nou !  et  qui  dira  le  contraire,  Ics  champions 
de  devant  la  croix  'Hémon  s*en  combatront  k  tout  homme.  Or  nous 
Ci«t-il  .1.  saige  homme  discret  et  clervoiaiit  qui  fera  et  ordonnera  le 
Cut  et  la  dépance  de  noz  no|>ces.  Pour  ce  faire ,  nous  prendrons 
romme  ä  deux  testes  de  la  rue  St -Martin  qui  voit  devant  et  derriére,  . 
el  lui  bailierons  assez  monnoie.  Cest  assavoir,  le  gros  toumois  de  la 
cave  de  Pontis,  et  le  gros  toumois  dn  Petit-Pont.  Et  pour  savoir  se 
ilz  tönt  de  poix ,  nous  Ics  poyserons  aux  balances  de  la  croix  du  Ti- 
roir  (^ ,  et  les  mectrous  en  la  llucherie  en  la  mc  St-Martin  qui  sera 
fermée  de  la  clef  du  cymctiére  St-Jehan,  et  de  la  clcf  de  la  me  aux 

(1)  Ilvolio  santo.  Cétait  un  crucifix  dont  la  face  fut,  dit-on,  mi- 
racalensement  achevéc  par  ud  ange,  sur  le  portrait  que  Nicodémc , 
disciple  de  Notre-Seigneur,  en  avait  fait.  Le  saint  You  (visage,  volto) 
était  dans  Téglise  St-Michel  å  Lucqucs.  On  trouvCf  \*.  168  de  mon 
recneil  intitulé  Jongleurs  et  Trouvéres ,  åma  la  piécc  des  Tnbou- 
iseors  (joueurs  de  tamboursj,  les  vers  qui  suivcnt : 

Unsjouglerrcschantoit,  por  la  gcnt  dcportnr, 
Ne  cortoiB,  ne  vilains  ite  Ii  vaut  rims  doncr, 
Et  II  saint  You  de  Luques  Ii  dona  son  S(»ler. 

(3)  La  croix  duTiroir,  ou  Trahoir ,  ou  Tiroaer,  consistait  en  uno 
grande  croix  ronde  de  pierre  de  taille  placée  au  milicu  de  la  rue  de 
l'Arbre-Sec,  et  que  Francois  I"  ht  refaire  en  1520  ,  ainsi  qu'une 
footaine  qui  en  dépendait.  On  a  voulu  fiiirc  venir  ce  nom  de  Croii 
du  Tirouer  ou  Trahoir,  de  cc  que  ce  lieu  aurait  été  cdui  du  supplicc 
de  Brunehaut,  qui  fut  tiréca  quatre  chevaux.  Par  malheur,  Frédc- 
gaire,  Addon  et  Aymoin  rapportcnt  que  cettc  princesse  icrmina  sa  vie 
en  Bourgognc ,  prés  de  Cliålons. 

24. 


3^2  NOTES. 

EfG0ufl*9(l).Etquant  il?ouldraprendre  les  ganusoili8(s),y  Im 
és  bources  de  la  porte  Baudet ,  et  prendra  ses  garnisons  en  U  grm* 
che  åPetitPont:  c*eBt  assavoir,  buche,  charbon,  foin  etaToine.  Et 
metrons  notre  blé  en  grant  et  petit  cul-ds-sac  en  Beauboure ;  et  m> 
ront  criblez  a  la  cribie  de  la  me  an  Roy-de-Sécile.  Et  ponr  le  port«r 
au  molin  nous  le  mettrons  sur  Tasne  royé  devant  la  SaTeterie,  pour 
aler  moudre  au  molinet  en  la  Verrerie ,  et  au  molinet  d'emprö8  Str 
Gosme  et  St-Damien.  Or,  nousconvient-il  prendre  nostre  tui  anzbo- 
tuilles,  devant  le  Palaw,  et  au  barrillct,  devant  Ste-Opportont.  Et 
buront  les  roys  et  les  roynes  å  la  coupe  d*or  et  d*argent,  en  la  nw 
de  Marcbé-Palu  (5).  Et  les  autres  gens  buront  au  grand  godet  de  la 
me  de  la  Cossonnerie,  et  aux  Gobeletsen  Greve,  et  au  Ymrre  en  la 
me  de  Joy.  Et  pour  fairc  cuire  notre  pain  ,  tartes,  pastés  et  flansy 
nous  prendrons  le  four  Ganquelin  en  la  rue  de  TArbre^c ,  et  pren- 
drons  nostre  queux  en  Galendre ,  au  bout  de  la  me  aux  Engbus ; 
et  pour  cuire  nostre  viande  nous  prendrons  le  cbauderon  en  la  viei 
Monnaie,  les  paellcs  au  bout  de  la  me  aux  Parcbeminiers,  le  pot  de 
cuivre  ou  parvis  Nostre-Dame ,  le  gril  en  la  Mortelerie,  le  banet  en 
Sac-å-Lie  (4),  la  cuillier  au  carrefour  Guillory  (5),  le  trepiéau  carre- 


(1)  Escoufle ,  milan ,  oiseau  de  proie.  Gette  rue  n'est  pas  mention- 
iiée  dans  le  Dit  des  rues  de  Paris ,  par  Guyot. 

(2)  Le  mot  garnison  veut  dire  tout  simplement  ici  défense.  Le 
.  trouvére  Rutebe«jf  s*en  est  servi  dans  sa  complainic  on  PlanetuM  (e»- 

péce  d*ondson  funöbre  pcM^tique)  de  Thibaut  V,  roi  de  Navanre,  fiU 

de  Thibaut-le-Chansonnier ,  en  disant  a  propos  de  la  généronté  de 

ce  prince  : 

Ne  preaolt  pas  garde  au  dcniers , 
N'auz  garnizons  qu'il  despendoit. 

f3)  La  rae  du  Marché-Palu ,  dit  Sauval ,  se  nomme  ainsi  parce  qu'il 
8*y  tenait  un  marché ,  et  qu'une  partie  des  ruisseaux  et  des  imoMin- 
dicesde  la  Cité  passaient  par  la ,  ce  qui  en  formait  comme  un  narats 
ou  pnlus. 

(4)  Le  hanap  en  la  rue  Sac-ä-Lie,  donton  changea  plus  tärd  le  bo« 
en  celui  de  Sac-a-Ut,  et  enfin  Zacharie ,  que  cette  rue  porte  a  pié- 
scnt.  Elle  estmentionnde  dans  le  Dit  de  Guyot. 

(6)  Ce  carrefour  ctait  aussi  appelé  Gui^nc-oreilh ,  parce  qu*oii  y 
coupait  les  oreilles  aui  inalfaiteurs. 


NOTES.  373 

four  dnTemple,  l«  soufflet  å  la  bastille  St-Denis,  le  Mortier  St-Jo»e 
€n  la  roa  Aubry-le-Bouchier,  le  peteil  (1)  devant  le  Palais ,  et  Feau 
pav  fiure  lea  potaigea  ä  la  Fontaine  de  Jouvent ,  en  la  rue  de  la 
gnaat  Truanderie ,  et  Teaue  pour  laver  nos  escuelles  et  noz  Taiaseaux, 
MM  lea  GoUette  qui  fait  les  bonnes  saucices,  en  la  me  des  Anii ;  et 
pour  metre  en  ctqript  noz  vaiaseaulx  tant  de  cuivre  comme  d^eatain 
qnenoiii  ne  perdions  riens,  nous  prendrons  leatableaux  en  me 
Nenve-St-Marry ,  et  prendrons  nostre  vaisaelle  d'estain  et  les  plaz  en 
Tirechappe,  et  en  la  grant  me  St-Honoré,  les  .1111.  escuelles  en  la 
dicta  me  St-Honoré,  devant  la  Tonnelerie,  les  poz  d^estain  au  siége 
des  déchargenrs  en  la  me  Frogier-fAsnier  (fi).  Or  fault  viandes 
pour  les  roys  et  pour  les  roynes  et  pour  le  commun.  Premiérement 
nous  prendrons  le  liévre  devant  le  sépulcre ,  le  veaul  de? ant  St- 
Harry ,  le  toreau  devant  St-Bon  (5),  les  deux  moutons  en  Harron- 
dele  (4),  le  chappon  devant  St-Anthoine ,  le  coq  et  la  galline  en  la 

(1}  Le  pilen  oabattant  d'un  mortier. 

(2)  Cest  probablement  la  ruelle  qu'on  appelle  actuellemcnt  dans 
lacité,  derriére  FHötel-de- Ville,  rue  Geoffroy-rAsnier,  etquimine 
k  la  rtviére.  Elle  est  nommée  par  Guyot  rue  Fro^ier-V Asnier- ,  et 
cOe  a  snscité  au  deraier  éditeur  du  Dit  des  rues  de  Paris  la  sin(pi- 
liére  remarquc  qui  suit :  «  On  ne  voit  pas  que  le  prénom  de  Forgier 
«  ou  Frogier,  qui  est  donné  au  sieur  TAsnier  par  notre  poéte,  att  pu 
n  åtre  cbangé  cu  GcfTroy  ou  Geoffroy.»  Je  crois  que  Tautenr  de  eette 
ttiplication  a  pris  tout  simplement  ici  le  Pirée  pour  un  nom  d'homine, 
en  ce  que  Irés-probablement  le  nom  de  TAtnier  fut  donné  au  sieur 
Geoffiroy  k  cause  de  sa  profession ,  mais  qu'il  n'était  pas  da  tout  un 
nom  de  famille. 

/3)  Ruella  sancti  B:>mti.  Ellc  est  ainsi  nommée  dans  un  accord 
fait  en  1213  entré  Pkilippe-le-Hardi  et  le  chapitre  de  St-Merry.  En 
1300 et  1400  on  la  nommait  ruclle  St-Bon^  c'c8t  aujourd'hui  la  rua 
de  la  Lanteme. 

(4)  Il  n'y  a  pas  de  rue  dans  Paris  pour  laquelle  il  y  ait  en  autant 
de  discusiions  entré  les  sa  vans  que  pour  celie-ci,  ni  qui  ait  porlé 
plus  de  noms.  £n  1222  on  Tappelait  rue  d'AroDdéle,  en  1204  rue 
de  THyrondalle,  eu  1300  rue  de  Hérondale  ,  en  1307  me  d^Ar- 
rondelle ,  et  en  fin ,  selon  les  autcurs  mödernes ,  il  faudrait  la 
aommer  rue  de  la  Uondelle,  parce  que ,  discnt-ib,  clle  élait  habitée 


374  NOTES. 

rue  aux  Lavendiéres ,  les  connins  (1)  en  viez  Jurie  (2) ,  les  ooalong 
devant  la  Teste-Noire  en  la  rue  St-Martin.  Et  pour  faire  entremös 
nous  avons  le  paon  å  la  pointe  Ste-Eustasse,  les  .ni.  cignes  de  k 
porte  Baudet,  le  faisant  au  bout  de  Tlrechappe ,  et  les  turterelfs 
la  rue  du  Four.  Et  tous  ceulx  qui  suivront  les  roys  et  les  roynety 
rönt  vestus  de  dräps  qui  seront  faiz  aux  polies  en  la  rue  des  Blancs-t 
Manteaulx ;  et  trancheront  devant  eux  des  couteaulx  qui  sont  deftiit 
Glatigny,  et  mectrons  le  relief  és  trois  corbeillons  au  bout  de  la 
Tannorie,  pour  donuer  aux  XV-XX  en  la  rue  de  Mandestour.  Et 
prendront  la  table  Rolent  en  la  Saunerie,  les  tréteauxen  la  grant  rue 
St-Jacques ,  la  chaiére  å  Petit-Ponl ;  et  prendrons  nostre  linge  ao 
Fardel  de  la  grant  rue  St-Denis,  et  les  chandeliers  en  la  rue  St-An- 
drieu-des-Ars  pour  mectre  les  chandelles  de  la  rue  de  Mauconaeil. 
Et  ceulx  qui  ne  mangeront  point  de  char  auront  les  deux  saumons 
de  la  porte  Montmartre,  le  gournaut  (5)  du  bout  de  la  Tannerie , 
le  turbot  de  la  rue  St-Julien-le-Povre,  le  bac  au  bout  de  la  rue  Fro- 
gier-PAsnier,  la  rue  (4)  en  la  rue  Gcfroy-rAiigevin,  les  lamproyes 
en  la  rue  du  Temple  et  és  hålles ,  soubz  les  pilliers  od  on  fait  la 
servoise,  laquele  sera  pourceux  qui  ne  boivent  point  le  vin.  Or  nous 
fault  yssur  pour  le  disner.  Nous  aurons  le  cerf  devant  Baillehue  (3) , 
le  sanglier  devant  St-Julien-le-Povre,  en  la  rue  St-Martin.  La  pomme 
devant  le  Sépulcre,  le  peirez  au  bout  de  la  rue  du  Temple  ,  le  figuier 
au  bout  de  la  rue  au  Nonnains-dlerre  ( >] ,  et  i)our  gärder  oostre 


par  des  faisenrs  de  rondelles  ou  de  rondaches.  Peut-étre  son  aom 
ne  vient-il  tout  simplement  que  d'unc  enscigne  oii  était  peinte  une 
hirondelle.  « 

(1)  Lapins. 

(2)  Probablemcnt  rue  de  la  vieille  Juivcrie^ 
(I)  Espéce  de  poissoii  de  mer. 

(4)  La  raie. 

(5)  Plus  tärd  rue  Brisemichc. 

(6)  Gette  rue,  dans  le  Dit  de  Guyot  de  Paris,  est  également  appe- 
lée  me  des  Nonnains  éCIcrre^  ce  qui  forme  sa  véritable  ortliographe, 
son  nom  venant  des  religieuses  d*Ierre  (abbaye  située  prés  de  Vil* 
leueuve-St-Georges),  lesqueiles  eurent  une  maison  dans  cette  rue , 
tandis  que  le  nom  actuel  que  nous  liii  donnons ,  JSonandiéirs  ,  ne 
Kiguifie  rien. 


NOTES.  375 

fåle  cans  débat,  bous  preiidrons  Ysore  et  Guillaume  au  cort  uez , 
en  b  place  Maubert ;  et  aurons  1  uis  de  fer  de  la  Sauuerie ,  et  celluy 
de  lanie  Aubry-le-Bouchier  ;  et  seroiit  armé  du  baubergeoo  de  dc- 
vant  St-Michiel,  des  deux  beauuies  de  la  porte  Baudet ,  le  grant  et 
le  petit,  des  gautelez  du  carrefour  St-Severio,  de  Tépée  de  devant  le 
paUis,  de  Tescu  de  Frauce  en  la  Yanuerie  ou  de  celluy  de  la  porte 
de  Paris.  £t  tendrout  en  Icurs  uiains  la  massue  du  bout  de  Tyron. 
Or  nous  Cault  .1.  eutremés  ou  millieu  du  disner.  Nous  le  ferons  de 
römme  sauvaige  de  larue  Pain-Molet,  qui  fera  esbatementde  Tours 
et  du  Hon  de  la  rue  MicheMe-Gomtc,  des  sluges  de  la  Peleterie,  et 
de  la  Truye  qui  filé  des  hålles  (1).  Et  apres  disner  on  puet  aler  es- 
balre  de  Teschequite  (2)  d'eniprés  la  Magdalaiue ,  ou  jouer  aux  dez 
de  la  rue  Thibaut-aux-Déz  dVinprés  les  Estuves.  Et  qui  vouldra  aler 
en  gibier,  il  puet  avoir  le  cheval  blanc  de  la  Cité,  et  le  roge  de  la  rue 
RegnauIt-le-Feure  et  celui  de  Thirechappe ,  la  selle  en  la  rue  de  la 
Täbletterie,  les  brides  et  frains  en  la  rue  St-Dcnis  au  bout  du  Pcrrin 
Ganelin  (5),  la  beuse  (4)  en  la  rue  St-Bon  ,  et  Fautre  emprés  la  fon- 
taine  Maubue  en  la  rue  St-Martin,  des  esperons  en  la  me  Jehan-le- 
Conte.  Et  si  plaist ,  ilz  auront  la  housse  Gillet  de  la  rue  St-Jaques , 
le  diaperon  rouge  du  bout  de  la  Ilarangcrie ,  les  nioufles(5)  aupont 
Perrin  pour  porter  le  faucon  de  devant  le  petit  St-Antoine  ponr  al- 
ler  prendre  les  trois  CancUes  de  devant  les  moulins  du  Temple.  Et 
les  roynes  et  les  daines  qui  vouldront  aler  esbatre  auront  le  charriot 
ff  emprés  la  porte  St-Honoré,  et  le  papcgault  devant  Fabreuvoir  de 
Måcon.  Et  celles  qui  vouldront  aler  par  eaue  auront  la  nef  d^argent 
au  bout  de  la  rue  aux  Polies ,  devant  Fostel  Monsieur  d*Orléans,  pour 
véoir  peschier  de  la  nasse  de  la  grant  rue  St-Denis  de  devant  St- 


(I)  La  Truie  qui  lile  des  lialles  est  probableincnt  la  inéme  que  cellc 
qu'on  voyaity  selou  Sauvai,  ä  une  niaisondu  marché  aux  Poirces,  et 
^114  étaii  fameuse,  dit^il,  par  les  Julies  quc  les  ^arco/is  de  boutique 
des  environs  yjoni  ä  la  mi-caremc,  comine  c  tant  satis  doute  un  reste 
du  paganismc. 

'(3)  Echiquicr. 

{i)  Aujourd'hui  rue  du  Chcvaiicr-du-Gucl. 

(4)  La  botte,  la  cbaussurc. 

(h)  Espéce  de  parcmctil  iliiabit  cii  ciiii  sm*  Icquci.  011  pU(,::ail  Foi- 
scaude  proie. 


^76  NOTKS. 

Jaquesde  TOspital ,  poar  prendrc  les  .111.  beques  delez  St-Magloire, 
et  les  .III.  poissons  de  la  Saulncrie.  Et  les  gens  du  comnran  perent 
aler  Toir  le  jeu  de  la  paulme  en  la  me  Garnier-St-Ladre ,  00  prendre 
les  bllles  et  billart  en  la  rue  Ste-Croix  de  la  Bretonnerie ,  et  pevent 
aler  biller  aux  champs  et  aler  souper  au  Palais ,  å  la  Pierre  de  mar- 
bre,  de?ant  le  beau  rov  Philippe  (i).  Et  prendrons  nostre  Ut  å  Pa- 
breoToir  Panpain,  c'est  assavoir  la  coustc  et  le  coussin,  les  dräpa  et 
les  quevrechiez  au  fardeau  dessus  dit^  et  couvcrrons  nostre  Ut  de  la 
penne  vaire  d*cmpré3  St-Severin ,  et  nous  yrons  conchier  quant  la 
docbe  de  devant  Saincte-Katherine  sonnera.» 

Page  169  :  Cest  le  miracle  comment  les  anges  FimBirr 

JOYB  QUAIIT  MADAME  SAINTE  GENETIÉVE  FOT  IfÉS. 

Le  village  de  Nanterre ,  situé  ä  deux  lieues  de  Paris ,  eut  la  gloire 
de  produire  sainte  Geneviéve.  Elle  y  naquit  vers  Tan  422.  Son  pére 
se  nommait  Sévére  et  sa  mére  Géronce.  Elle  avait  sept  ans  lorsque 
saint  Gennain  d^Auxerrc  et  saint  Lou  de  Troyes ,  qui  allaient  com- 
liattre  lliérésie  de  Pélage  dans  laGrande-Bretagne,  vinrent  coucher 
åNanterre.  A  peine  arrivés,  ils  se  virent  envirounés  d*une  grande 
multitude  de  peuple  qui  demandait  leur  bénédiclion.  Geneviéve  se 
trouva  dans  la  foulc  avec  ses  parens ;  saint  Gennain  Tayant  fiut 
approcher,  lui  prédit  sa  sainteté  fulure;  il  ajouta  qu^elle  effectuerait  la 
resolution  qu'elle  avait  prise  de  scrvir  Dieu,  et  que  son  exemple  con- 
tribuerait  a  la  sanctification  des  autres.  Il  lui  donna  ensuite  sa  bé- 
nédiction  pour  la  consacrer  ä  Dieu  dés  ce  moment ,  puls  il  la  mena  å 
Téglise  du  lieu ,  accompagné  d'une  grande  multitude. 

Lorsqu*elle  fut  plus  avancée  en  Age,  Geneviéve  se  livra  å  des  actes 
de  piété  et  se  soumit  ä  la  vie  la  plus  sévére.  La  retraite  dans  laquelle 


(1)  On  ne  trouve  pusdans  les  historiens  de  la  ville  de  Paris,  qu'il  y 
ait  eu  un  portratt  ou  unc  statue  de  Philippc-le-Bel  devant  la  Tablede 
marbrc,  mais  cela  n*a  ricn  d'invrai8Cinblable,piiisque  ce  f ut  ce  roi 
qui  fit  constniire  le  dcssus  de  la  grande  sal  le  du  Palais,  sous  la  con- 
duite  d'Enguerrand  de  Marigny.  Nous  savons  également  que  ce  fut 
dans  la  cour  du  méme  palais  qu'en  1314  ce  princc,  ayant  fait  elever 
imdais,  dcmanda  aui  députés  des  principales  villes  qu*il  avait  fail 
venir  h  ccttc  conférence,  de  lui  préler,  pour  faire  la  guerre,  une 
somnie  considérahlc. 


NOTES.  377 

dia  mait  n*empécha  pas  la  calomnie ,  inais  aaint  Gennain  d^Auxerre 
eonfondit  les  eDnemis  de  la  sainte. 

nus  tärd,  lors  de  Tapparition  d'Attila,  les  mémes  pertéGution» 
reoommencérent  plus  menagaiiles  cncorc,  contre  tainte  Gene- 
▼iére.  On  voulut  la  tuer  comme  fausse  prophétesse,  et  sans  Tarrivée 
d*un  archidiacre  envoyé  par  saint  Germain  pour  lui  apporter 
dea  marques  de  son  estime,  ellc  eOt  couru  les  plus  grands  dangers. 
Selen  tous  les  actes  ecclésiastiques,  sainte  Geneviove  eut  le  don  des 
miracles  pendant  sa  vie  comme  apres  samort.  Elte  mournt  le  5  jan- 
vier  9i%  å  Tdge  de  89  ans. 

La  bibliothéqae  de  Ste-Geneviéve,  ä  Paris ,  posséde  one  Tie  de 
cette  sainte  écrite  en  latin ,  et  qui  a  servi  de  fondement  å  la  plopart 
de  celles  qui  nons  sont  parvenues  en  prose  frangaise.  Le  manuscrit 
qai  la  contient  remonterait ,  selon  Baluze ,  å  environ  1000  années 
avant  Tépoque  ä  laquelle  cot  crudit  écrivait.  Je  ne  connais  qu'une 
aeule  vie  de  sainte  Gcneviéve  écrite  en  vers.  Elle  est  do  treiziéme 
siecle,  et  Tbonorable  IVL  Robert,  auquel  nous  devons  dé)å  un 
fort  bon  recueil  de  fables  du  moyen-åge ,  la  publiera  prochainement 
d*apré8  deux  manuscrits  ,  !'un  du  quatorziémiB  siéde  environ ,  ap- 
partenantå  la  bibliothéque  Ste-Geneviéve ,  Tautre  du  quinziéme, 
fanant  partie  de  la  Bibliothéque  du  roi,  oii  il  est  coté  sous  le  n<*  5667. 
Gette  vie,  qu^on  doit  au  frére^Renaut,  qui  se  nomme  lui-méme  dans 
les  vers  suivans: 

RiRAOT  qui  ceste  vie  dit, 
Ne  puet  trover  plus  en  escrit ; 
Sachiez  bien  qu*il  vous  a  conté 
De  rhistoire  la  vérilé,  etc; 

celte  vie,  disons-nous,  est  dédiée  å  uiadame  Élconore  de  Valois  , 
Alle  de  Raoul-le- Vaillant  et  de  Pétronille  ou  Adélaide  d'Aquilaine» 
inorte  en  1814,  dans  un  åge  fortavancé.  Voici  la  dédicace : 

La  dame  de  Valois  me  prie 
Qne  en  romanz  mete  la  vie 
D'ane  sainte  qu'e]e  mult  prie,  etc. 

Page  181  ,  ligne  24 :  Coniment  Sainie  Céline  de  AUaux^  eU\ 
Selon  Baillet  (Vie  des  Saints)  et  Toussaint  Dupleasis  (Hittoire  de 
rÉglise  de  Meanx,  t.  1,  p.  9),  sainte  Céline  naquit  ä  Meaox.  Au  mo- 
ment ou  sainie  Geueviéve  y  arriva  elle  était  sur  le  point  de  se  roa- 


3^8  NOTES. 


rier,  Iiiai8aas8it6t  qu*elle  eut  appris  la  venue  de  la  sainte  die  alla  la 
prier  de  liii  donner  Thabit  religieux ,  cc  qiie  Gene? iéve  fit.  Elle 
guérit  méme  d'une  maladie  dangereuse  la  servante  de  Céline.  II  y 
eut  å  Meaux  un  prieuré  dédié  å  sainte  Céline,  qui  dépendait  de 
Tabbaye  de  Marmoutier. 

Page  1 96 ,  ligne  1 1 : 

Et  maintenant  sires  Remj , 
Germain  T Aucerroies,  Lou  de  Troies. 

L'histoire  de  saint  Remy,  TapOtre  de  notre  nation ,  et  celle  desaint 
Germain  d'Auxerre,  sont  trop  conuucs  pour  que  nous  nous  ^tendioiis 
ä  ce  sujet.  Nous  dirons  seulement,  å  propos  de  sainl  Loup  de  Troyes, 
qu*il  mourut  en  478. 

Page  196 ,  ligne  27  : 

Sy  les  iriboulous.  Il  faudrait :  Sy  les  triboulons. 

Page  239 ,  ligne  22 : 

Et  Alt  Renouart  au  tinel. 

Renonart  au  tinel  ou  tynel  (båton ,  trique)  est  Tun  des  personna- 
ges  du  roman  d'Aymeri  de  Narbonne  et  de  Guillaume  au  conrt  nes , 
qui  fait  partie  des  épopées  du  cycle  carlovingien.  Son  histoire  y  com- 
mence  vers  le  milieu  de  la  branche  qui  a  pour  titre  la  bataiUe  dA- 
leschans.  En  voici  Tanalyse ,  accompagnée  de  citations  que  j*eiii- 
prunte  au  manuscrit  2754  (oiim,  fonds  Lavalliérc ,  25  (1)]. 


(1)  Yivien  d'Alescbans  fut  ainsi  appelé  du  nom  de  rendroit  ou  il 
re^ut  la  mört.  On  lit  dans  Touvrage  plein  de  recherches  et  de 
sciende  publié  par  M.  Rcynaud  (auquel  nous  devoiis  déjå  les  extraiU 
des  historiens  arabes  qui  ont  parlé  des  croisades),  et  qui  est  intitvlé 
Invasions  des  Sarrasinsen  Francc,  que  Roderic  Ximenés»  dans  sa 
Chronique,  parle  d*un  combat  qui  fat  livré,  vers  Tannée  730,  sur  les 
bords  du  Rhdne,  entré  les  chevalicrschrctiens,  dont  un  grand  nombre 
y  perdirent  la  vie,  el  les  troupes  sarrasines  qui  vcnaientattaquer  Ar- 
les.  «  Plusieurs  cadavres  des  guerriers  clirétieus,  dit  M.  Reyuaud»  fu- 
«  rent  cmportés  par  les  eaux  du  Rhonc;  ics  autres  f  orent  recueilUs  res- 
«  pectueusement  et  enterrés  dans  VAHscampy  nom  de  Tantique  ci- 
n  metiére  d'Arlcs,  oii  cucorc  du  temps  do  Roderic,  c*est-a-dire  aa 
«  commenccment  du  trcizicmc  siéclr,  les  fulcJe»  allaicnl  visiter  dé- 


NOTES.  379 

liöus  sonmies  apres  la  mört  de  Vivien  d^  Aleschans ,  fils  de  Garin 
d'Aii8eaiHDé,  taé  par  les  Sarrasios,  qai  ont  forcé  le  marquisaQ 
coart  nez,  Galllaume  (saint  Guitlaume  de  Gellone),  å  la  foite, 
et  ont  emmené  bon  nombre  de  prisonniers ,  savoir :  le  palazin  Ber- 
trant,  Gaielyn ,  Guichart-le-vaillant,  Gyrart  de  Blaives ,  Gauthier- 


«  votement  leurB  tombeaux.»  Peut-étre  est-ce  le  louvenir  de  cette 
ancienne  défaite,  modifié  par  rimagination  de  not  contears ,  qui  a 
foumi  le  lujet  de  la  Bataillt  d'Alcscfians.  Aujourd'hui  VAliscamp 
exiflte  encore,  raais  dépouillé  de  la  plupari  de  ses  anciens  monumens, 
qai  éUient  preaque  tous  des  tombeaux.  {\oycz  Slatistigue  du  depar- 
Utmentdes  Bouches-du-Bfione,  t.  11,  p.  436.)  Les  babitans  d*Arle8 
appcllent  maintenant  ce  lieu  ies  Champs-Eljrsees,  , 

Si  Ton  en  croyait  la  chroniquc  attribuée  a  Turpin,  ce  fait  dont 
parle  Roderic  se  serait  passé  sous  Charlemag^e,  et  ce  qui  est  dit  des 
chrétiens  enterrés  dans  rAllscamp  se  rapporterait  k  une  partie  des 
guerriers  firan^ais  tués  å  Koncevaux.  (Yoyez  Tédition  de  cette  cbro- 
niqiie.  par  M.  Ciampi,  p.  83.) 

Philippes  Mouskes,  qui  dans  sa  Cbronique  riméc  a  suivi  le  récit  de 
Tnrpin»  dit : 

A  eel  Uds  estoicnt  contö 

Dol  clmentfére  en  dignlté. 

L'anB  lert  a  Arle  en  Aliscans , 

Et  Ii  antres  si  fu  moult  grans 

A  BoardiauB  que  Dieux  bénci 

Par  .VII.  cvesques  li'il  saintt. 

....  Docestegent  si  com  il  durcm, 

En  ces  .11.  cimentlércs  furenl 

Une  grant  partie  cnfoui 

....  Tot  droit  a  Arle  én  Aliscans 
El  clmentére  ki  fa  grans, 
Fu  enfouis  Estous  11  slrc 
Ki  de  Lcngres  tenolt  Tempire. 
Si  furent  enfouis  Saleroons, 
Et  Auberis  Ii  Botirguignons, 
Et  Sansc  ii  dus  de  Bourgogne 
Ki  moult  fu  preus  en  la  besognc,  etc. 

(Voyex  la  belle  edition  de  Philippe  Mouskes  donnée  par  M.  de 
Reiffenberg,  p.  351,  352,  357,  et  comprise  dans  la  collcction  de 
cbroniques  pidilice  par  ordre  du  fj^iivernement  beige.) 


38o  NOTES. 


le-Toulousain ,  Huon  de  Saintes » et  Gaudin-le-Puissant.  £d  outre , 
Guibourc ,  femme  de  Guiliaume  au  court  nez ,  est  assiégée  dani 
Orange  par  cent  mille  mécréans  que  commandent  quinze  rois  et 
quatorze  amiranf^.  Dans  ces  fåcheuses  circonstances ,  GoiUauiiie 
rencontra  Loeys  deFrance  (Louis-le-Débonnaire),  quil  a  contribué 
ä  remettre  sur  le  tröne  d'oä  ses  propres  sujets  Tavaient  chassé ,  et 
lui  demande  des  secours ;  celui-ci ,  poussé  par  sa  femme ,  qui  est 
cependant  sceur  de  Goillaume ,  re^oit  fort  mal  la  demande  et  la 
personne.  Le  marqois  au  court  nez  se  met  alors  en  col^.  11  re- 
proche  å  sa  sceur  d*étre  une  pute  lisse  prouvée ,  d*a?oir  ea  poor 
amant  Thiébaut  d^Arrable ,  et  dans  son  courroux  il  Ini  arrache  sa 
couronne  et  veut  méme  la  tuer.  Heurcusement  il  en  est  empéehé 
par  son  pére  Aymeri  de  Narbonne,  qui  vient  d*arriver  aocompagné 
de  sa  femme  Ermenjart  et  de  quelques-uns  de  ses  autres  enfms  , 
fréres  de  Guiliaume,  qui  sont :  I»  Ernaut-le-Preux ,  8"  Buevon  de 
Commerchis ,  5«Gibcrt,  et  4»  Bemart-le-Gentil.  Un  peu  plus  tärd, 
grace  å  lapriére  d*Aalis,  niéce  d^Aymeri  et  fille  de  Louis,  GuiU 
laume  pardonne  ä  ^  soeur ,  fait  sa  paix  avec  le  roi  Louis ,  et  prend 
place  å  un  festin  que  donnc  celui-ci.  Ici  le  poéte  trace  en  quelque 
sorte  le  sommaire  de  Phistoire  de  Rcnouart  au  Tjrnel ,  dont  il  n*a 
pas  été  jusqu'alors  question  dans  Thistoire ,  et  ceta  ä  propos  d*Aalis. 
Apres  nous  avoir  dit  que  Teau  une  fois  cornce  et  les  mains  lafées, 
tout  le  monde  s'est  mis  a  table,  Tauteur  nous  apprend  i  cöté  de  qui 
chacun  est  placé : 

Aymeri  sist  par  de  lä  sa  moillier; 

Au  mestre  dois  en  Testage  premier. 

Li  emperiöre  qucFrance  ot  å  baillier 

Sist  de  lez  lui ,  mult  le  doi  essaucier , 

£t  la  royne  å  son  flanc  sénestrier; 

£t  le  marchis  dant  Guiliaume  au  vis  ficr 

Sist  o  ses  fréres  qii'il  aime  et  tient  chier: 

Lez  lui  sa  mérc  qui  mult  fet  aproisier 

Cest  Aalis  la  bele  au  cors  léQier, 

Il  n'et  si  belc  dusques  k  Monpellier. 

Apres  la  pris  Rbhouart  k  moullier. 

Et  ot  la  terre  dusqu'å  régne  Truphier. 

A  son  tynd  occist  puis  Ancybier, 

En  Aleschans  el  grant  «stour  plénier » 

Et  délivra  dant  Rertrant  le  guerrier , 

Et  .VI.  des  aulresmuU  vaiiliint  chcvalier 


NOTES.  38 1 


Qai  iérent  prés  de  la  gcnt  TavértBier. 
Hui  més  commence  chancon  a  enforcier, 
Tele  ne  fu  puis le  temps  Desiier (I) 
Que  vous  orres  ainz  que  soit  Tanuiticr , 
De  Kenouart  com  occist  Loquifier , 
Le  greignor  homc  qiii  fust  desouzle  ciel. 
La  conquUt-il  uoe  loque  d'ac]cr 
Qu*ilne  donastpor  .m.  livrés  d*onnier. 
Mil  Sarrazins  en  fistpiiis  baaillier, 
De  Loquifcrnc  fist  la  tour  trébuchier 
Que  Sarrazins  avoieot  fait  drecicr 
Et  pristde  Turs  je  crois  plus  d*uii  miUier, 
Et  la  grant  salc  et  le  palés  plenier ; 
Puis  cstabli  .1.  si  noble  moustier 
Qu'å  jce  temps  n'en  y  ot  nul  plus  cbier. 
JuBqu'en  Égypte  ne  lessa  qu*essilier 
Por  U  loy  Dieu  lever  et  essaucier. 
Maint  paien  fist  levier  et  baptizier , 
Diex  Ten  rend  moult  giorieus  lonier 
Qu'en  Paradis  fist  s'åme  herbergier,  etc. 

Gela  dit,  Tauteur  reprend  son  récit;  puis  il  nous  montre  Gnil- 
lamne  parcourant  le  palais. 

Renouart  vit  en  la  cnisine  ester ; 
Grant  ot  le  cors  et  rcgart  de  sengler. 
En  toute  France  n'ot  plus  bel  bachcler , 
Ne  miex  péust  unc  pierre  geter. 
Si  grans  fais  porte  sans  men^onge  conter , 
Une  charrette  en  pourroit-on  trousser. 

£1  mondc  n*a  son  ]»cr , 

Preusct  hardis  quant  vient  a  Vascmbler. 
Le  mestre  queux  le  fist  la  nuit  touser, 
Et  U  paele ,  noircir  et  pacler . 
Trestout  le  vis  Ii  ot  marmitez. 


(I)  DisiiiR,  Didier,  general  d'AstoIphe,  roi  des  Lombards,  de- 

venu  roi  par  le  secours  de  Pépin.  Philippe  Mouskcs  ne  le  nomme 

jamais  autrement  que  Desiier  : 

Desiier  jura  sour  sains 

Jamais  n'aroit  guerrc  ik  St-Piorre. 

rVoyez  r edition  de  M.  deReiffemberg.) 


382  NOTES. 

Ccs  escuiers  k  prennent  ^  gaber. 
De  granz  torchaz  Ii  prenent  a  geter 
Et  Tun  sus  l'autrc  et  cpaindrc  et  bouter. 
Dist  Renouart :  n  Quar  mc  Icssicz  ester , 
«  Ou  par  la  foy  que  a  Dieu  doi  porter , 
«  Se  vous  me  fetes  envcn  vous  airer , 
«  Au  qjiel  que  soit  le  ferai  comperer. 
c(  Sui-je  ore  folquc  Ten  doie  assoter? 
K  Vilainement  voulez  vosgensmener?...» 

Malgré  ces avertisseinens on  continue  å  se  moqner  de lui ,  et  luii 
de  ses  compagnons  Usse  la  paumc  a/er.  Alors , 

Dist  Renouart :  «  Or  puis  trop  endurer 
if  Quant  cis  me  font  ici  por  fol  clamer , 
n  £t  si  me  batent  dont  il  font  k  blasmer. 
K  Mes  g^en  veull  .1.  maintenant  afolér.» 
Panni  les  brås  counit  celui  combier. 
.11.  tours  le  toume ,  au  tierz  le  let  aler ; 
Tant  lourdement  le  hurtc  a  .i.  piler , 
Rönt  Ii  la  teste ,  le  cucr  Ii  fet  crever , 
Et  la  cervelc  espandrc  et  rcversser » 
Dont  oissiez  ces  escuiers  crier. 
Plus  de  .L.  courent  pour  lui  tuer; 
De  grans  macues  le  voudrcnt  afronter. 


Li  quens  Guillaume  vet  au  roy  demander : 

(C  Sire ,  dist-il ,  qui  est  ce  bacheler 

K  Que  j'ai  véu  as  escuiers  meller. 

«  A  ce  pilier  en  a  fet  un  muter , 

fc  Si  que  les  membres  li  a  tous  fet  froer. 

(C  Par  saint  Denis ,  mult  par  fet  å  loer.>' 

Dist  Loeys  :  «  Je  Tachctai  sus  mer , 

«  De  marcheans ,  .c.  mars  en  fis  doner. 

«  Enssemble  o  moi  le  iis  ci  amencr, 

■ 

«  Et  il  me  distrent  fils  iertå  .1.  esder, 

a  Assez  souvent  li  ai  fet  demander 

«Quel  est  son  pére,  més  il  nel'  vcut  nommer.. 

n En  ma  cuisine  l'ai  fet  toui  dis  ester : 

'C  Autre  mestier  ne  li  voill  onc  donner. 
ti  Si  ne  Tos  fére  baptisier  ne  lever  : 
<c  .un.  muis  d'cau  li  at  véu  porter 


NOTES.  383 


ff  A  .1.  tyncl  et  k  son  col  lever. 

A  A  si  grant  force  ne  vis  nus  horns  son  per.» 

Gnillaume  demaude  alors  å  Loeys  de  lui  cédcr  Renouart ,  et  le 
roi  y  consent.  Ccpendant  GuiUaume  le  laisse  aussi  a  la  cuisiDe,  mais 
Renouart ,  qui  sent  ce  qu'il  peut  valoir ,  vient  im  jour  trouver  son 
nouTean  maltre  et  lui  dit : 

^        Sire  Guillaume ,  gcntill ,  nobile  et  ber , 
Pour  TamourDieu  lessiez  m'o  vousaler : 
Se  il  vous  plest  et  le  voulez  gréer , 
O  vous  irai  en  Aleschans  sus  mer;  , 

Si  aiderai  le  hcrnois  å  gärder , 
Et  bien  saurai  yo  mengier  conrréer , 
Et  le  pain  fére  et  les  oisiaus  plumer. 
En  toute Francc  n'en  a  mie  mon  per, 
>  Et  avoec  ce ,  vous  di-ge  saoz  douter  ^ 

Que  ce  se  vient  as  ruistcs  cops  donner 

Mult  saurai  bien  paiens  agravcnter 

Si  irai-ge,  cuiqu'en  doi  peser, 

Enlabataille  en  Aleschans  sus  iner.» 

Ni  porterai  ne  chauce  ne  söuler , 

Ne  arméure,  ce  vous  di  sanz  fausser , 

Fors  .1.  tynel  que  ge  ferai  fcrrer. 

Tantm'en  verrés  de  Sarrazins  tuer, 

Nel'  porriez  véoir  neendurcr. 

Oit  ce  Guillaume ;  sel'  prist  å  acoler ,    ' 

Puis  Ii  otroic  le  congié  de  Tåler 

Et  Renouart  Ten  prist  a  mei^cier. 

D'iluec  s'en  toume ,  ni  vout  plus  demourer. 

Voici  maintenant  commeat  il  choisit  son  tynel. 

En  .1.  jardin  vet  .i.  arbre  coper : 

Cil  cui  il  fu  ne  11  osa  véer. 

Gros  f u  et  grant ,  ce  vous  vcull  afremer. 

1.  cbarpenticr  Ta  fet  mult  bien  doler 

A  .VII.  costiéres  ouvrer  et  eschapler , 
Et  puis  le  prist,  n*i  vout  plus  arrester. 
Vint  a  .1.  feure ,  si  le  fist  bien  fcrrer 
Et  de  bon  fer  tout  environ  bender. 
Et  si  Ii  fist  un  grand  anel  souder , 
Par  quoi  le  pot  et  sachier  et  lever. 


384  3IOTEh. 

_ . , — . 

^|'e  le  péiusent  .VII.  vflains  reaiuer 

La  muele  au  feure  trouva  å  Fencontrcr : 

Desus  ala  du  tynel  si  fraper 
Qu'cn  .c.  piéces  la  list  esquartcler. 
Voit-le  le  feure ,  du  sens  cuida  des  ver , 
Més  n'eu  osa  .1.  tout  seul  mot  sonner 
Fors  que  basset  quant  il  Ten  vit  toumer 
Qu'a  .0.  déables  le  prist  a  commander. 
Et  Renouart  prist  son  fust  k  locr , 
Et  d'unc  main  en  Tautre  å  dé^cter : 
Touz  ceus  s*en  seignent  qui  Ii  voient  porter. 

Quant  le  tynel  Renoart  fu  ferrez 
Mist  s'ä  la  voie ,  si  s*en  est  retoumez  ,.••• 
Et  Renoart  est  cl  palés  montez. 

Dist  Tun  h.  Tautre  :  *t  Oii  ira  cest  mauffez : 

(C  Voir  bien  doit  estre  Renouart  apelez, 
«  Gros  tynel  porte  et  pesantet  quarrez.» 
One  puis  cele  heure  que  vous  dire  m'oez. 
Icelui  nom  ne  lui  fti  remucz  : 
Toute  sa  vie  fu  Renouart  clamez. 

J'avoue  que  je  ne  comprends  pas  trop  bien  ce  passage.  Qa^on 
eAt  appelé  notrc  héros  Renouart  au  tynel ,  paree  qu^il  portait  un 
båton  ({yntl),  je  le  con^ois ;  inais  qii'on  Tait ,  å  cause  de  cette  der- 
niére  circonstance ,  appelé  Renouart ,  je  n'en  vois  pas  la  raison ,  et 
jc  ne  trouve ,  entrp  ces  deux  rapprochemens  d*idées ,  aucune  ana- 
logie. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Renouart  excite  Guillaume  å  partir  pour 
Orange,  et  celui-ci  s*y  décide  pour  le  lendemain.  Dans  sa  joie,  Re- 
nouart 8'enivre  ä  la  cuisine,  et  s'endort  par  terre  a  cöté  de  son  ty- 
nel. Quatrc  écuyers,  pour  se  moquer  de  lui,  attachent  leurs  cheTaiu 
au  fameux  båton,  et  le  trainent  dans  une  étable,  ot  ils  le  ca- 
chent  sous  du  fumier.  Le  lendemain ,  quand  Renouart  se  réreille 
au  son  des  instrumens  guerriers,  il  ne  pense  pas  d^abord  å  son  tynel, 
car  il  estencore  un  peu  ivre;  mais  peu  apres  ne  le  trouvant  pas ,  il 
acGUse  les  quatre  écuyers,  qui  se  moquent  de  lui,  de  le  lui  avoir  de- 
robé.  Alors  il  Ics  jette  par  terre  ä  moitié  mörts ;  puis,  les  pla^t 
sur  son  épaule ,  comme  des  råts,  il  se  fait  par  cux  conduire  å  Té- 
table  en  les  frappant.  Lä ,  il  retrouve  son  tynel ,  et  tue ,  non  pas 
les  quatre  écuyers ,  auxquels ,  dans  sa  joie ,  il  ne  pense  plus  pour 


NOTES.  385 

rinsUnt,  mais  le  maitre  queu  qui  veut  le  forcer  å  abandonner  son 
båton.  Apres  cet  exploit ,  il  rejoint  Guillaume ,  qui  lui  propose,  afin 
d'éviter  la  latigue,  de  faire  porter  son  tyncl ;  Renonart  refuse , 
marche  en  avant,  et,  jetant  son  arme  en  Tair  avec  une  main,  la  rat- 
trape  de  Tautre  avec  beaucoup  d*adressc.  A  cette  vue ,  Aalis  de- 
vient  amoareuse  de  lui. 

Cependant  Gnillaume  arrive  dcvant  Orange ,  oii  Guibourc »  qui 
a  pris  la  cuirasse,  se  défend  avec  courage.  Il  tombe  sur  les  Sarra- 
sins  et  les  disperse ,  grace  å  la  valeur  et  ä  la  force  de  Renouart. 
Tout  deux  entrent  ensuite  dans  Orange,  ou  ils  sont  bientöt  rejoints 
parlesfréres  et  lepére  de  Guillaume,  qui  Tavaient  quitté  pouraller 
rassembler  des  troupcs.  La  force  et  la  taille  de  Renouart  remplis- 
sent  tout  le  monde  d'étonnement ;  mais  chacun  se  moque  de  lui  a 
cause  de  son  tynel ;  tellcment  que  dans  un  souper ,  ou  Aymeri  Ta 
fait  asseoir  auprés  de  lui,  on  Tcnivre  et  on  le  frappe  ä  grands  coups 
de  torchaz.  Renouart ,  furicux,  prend  son  tynel ,  et  le  brandit  sur 
la  tete  de  Tnn  des  rieurs.  Celui-ci  évite  le  coup,  dont  la  force  fait 
Toler  nn  bloc  de  marbre  en  éclats. . . .  Aymeri  dit  alors  å  Guillaume : 
«  Emmenez  cet  bomme  en  Aleschamp,  il  sera  votre  sauveur.  » 

Apres  diverses  autres  aventures ,  telles  par  exemple  que  celle 
d*un  queUf  que  Renouart  jette  dans  le  feu ,  parce  que  celui-ci  lui  a 
brAlé  la  barbe  durant  son  sommeil ,  aventure  qui  effraie  beaucoup 
les  Fran^ais,  Renouart  regoit  de  sa  soeur  Guibourc,  qui  Tareconnu, 
mats  sans  se  découvrirå  lui,  un  haubert,  un  öranc  dormUry  etc,  puis 
U  accompagne  Guillaume  en  Aleschamp ,  oii  il  lui  demande  de  le 
laisaer  commander  un  bataillon  de  poltrons  qu*effraie  la  multitude 
det  Sarrasins ,  disant  quHl  les  rendra  courageux  comme  des  lions. 
En  eflfet ,  Renouart  et  les  siens  font  merveille ,  grace  surtout  å  la 
promesse  que  le  premier  fait  aux  autres,  å'estrumeler  de  son  tynel 
le  premier  qui  parlera  de  fuir.  Le  poéte  dit  ensuite  du  massacre  des 
Sarrasins  que  fait  notre  héros  : 

Si  les  abat  le  vassa!  adurez 

Gom  Ii  fauchierres  le  fcin  a  val  les  prez. 

ApréscelaRenouartdélivreBertran,  Guyelin,  Guichart,Gaudin-le- 

Brun,  Hemaux-lc-Sage,  Gautier  de  Termes,  etc,  qui  étaientretenus 

pnsonniers  dans  un  chålan  ( espéce  de  bateau  dont  le  nom  s^est 

coDsenré  jusqu'å  nous) ,  tue  plus  de  dix  mille  paiens,  et,  dit  le  poéte : 

1.  25 


386  NOTES. 


A  son  tynel  fist  de  tors  tel  lietiére 

Quc  sus  la  terre  queurt  le  sanc  com  riviére. 

Malheurensement ,  du  méme  coup  doiit  il  tue  le  roi  Aiicybien,  il 
brise  son  tynel.  Lcs  \mens  s'en  aperf^oivent,  et,  le  voyant  désarmé , 
accourent  en  foule  Tattaquer.  Alors  Renoiiart  les  frappe  å  coups  d^ 
poings ;  puis ,  tout-ä-coup  se  souveiiaiit  de  Tépcc  que  lui  a  donné 
Guibonrc,  il  la  tire  et  en  tue  Golias.  Bientöt  d^ailleurs  Guillaume  ar- 
rive  ä  son  secours,  et  le  dégage.  Cependant,  au  milieu  de  la  mélée, 
Renouart  se  trouvc  en  face  du  roi  Dcsramez.  II  IVntend  nommer 
et  reconnaf t  son  i>érc ;  mais  excitcs  par  la  difTérence  de  religioa,  ilg 
8'élancent  Tun  sur  Tautre  et  le  combat  commence.  Heureusemeot 
ils  sont  séparés  par  Jamba ,  aulre  fils  de  Desramcz,  qui  se  prédpite 
entré  eux,  et  qui  est  tué  par  Renouart. 

Apres  la  victoire,  on  revient  å  Orange.  Lcs  chevaliers  se  rendent 
chacunä  leur  palais;  mais  Guillaume,  dans  sa  joie,  oublie  Renouart, 
et  le  laisse  hors  de  la  ville.  Cclui-ci  devient  furieux ;  il  dit  qu*il  se 
vengera  du  marquis ,  qu'il  fera  couper  la  tiHe  au  roi  Louis  ,  qu*il 
deviendra  roi  d'Aix-la-Cliapelle ,  et  fera  sa  volonté  d*Aali8.  Pois  ii 
retoume  en  Aleschamp.  Mais  Guillaume,  qui  vient  d'apprendre  sa 
colére  par  des  clievaliers,  court  apres  lui  avec  Guibourc  et  Tapalae. 
De  retour  a  Orange  ,  Renouart  avoue  å  Guillaume  qu'il  est  fils  da 
roi  Desramez,  et  raconte  å  Guibourc  quc  ,  jouant  un  jour  avec  un 
de  ses  fréres  sur  Ic  bord  de  la  mer,  il  Ta  tue  dans  on  moment  de 
colére  \  qu*alors  il  prit  la  fuite  par  crainte  de  son  pére ,  et  que ,  re- 
cuelllt  par  des  marchands,  il  fut  par  eux  emmené  ä  Salerne ,  et  vendu 
au  roi  de  Francc.  II  ajoute  cncorc  : 

Une  suer  ai ,  ne  sai  en  quel  regné ; 
Orable  a  non;  multcstdc  grant  biauté. 
Roy  Tiébaut  l'ot  a  moillier  et  a  per. 
Orenge  tint  jadis  en  hérité ; 
Més  un  Fran^ois  Ten  ot  dcshérité. 
Ma  serour  prist  par  son  ruistc  banii* 
Lever  la  fist  et  ot  crcstienté, 
Le  cuer  me  dist  et  Tai  souvent  ponsé 
Que  c'cstc8  vous ,  etc. 

Guibourc  se  jette  alors  an  cou  de  son  frére,  et  Guillaume  et  Ay- 
meri  se  réjouissent  de  cette  parenté.  Peu  apres,  Renouart  fot  bap- 
tM  et  armé  chevalier.  On  lui  flt  present  de  la  Tille  de  Tortonle,  mot 


NOTES.  387 

qui  probablement  désigne  la  cité  espagnole  de  Tortose,  de  celle 
de  Pompaillart,  qui  siei  sus  mer  Betee,  et  dont  le  revenu  était  de 
mille  marcsd^or  et  de  cent  muids  de  |K)ivre;  puii^  il  épousa  Aalis, 
dom  il  eut  Maillefer, 

Le  plus  fort  horn  qui  fust  de  mére  nez  ; 
M és  k  sa  mére  en  fu  ie  cuer  crevez : 
Trait  fu  du  cors  tres  parmi  les  costez. 
Pour  ce  qu'au  fer  fu  de  mére^getez 
Fu  Maillefer  en  baptesme  nommez . 

La  aveotures  de  Renouart  se  continaent  encore  dans  la  cbansoii 
suivante,  qui  est  intituléa  :  Comment  Renouart  paroie  ä  ctls  de  la 
9^f,  Lea  Sarrasins  vienneiit  attaquer  Pompaillart,  sons  la  conduite 
de  Loquifer.  Renouart  livré  å  celui-ci  un  coinbat  singulier  qui  dure 
loDg-temps  \  car  le  Sarrazin  posséde  un  baume  qui  guérit  ^e%  blessii- 
res ,  et  des  anges  descendent  du  cicl  pour  cicatriser  celles  de  Re- 
nouart. Ce  demier  reste  vainqueur;  mais  les  Sarrasins  s^emparent 
de  Guibourc,  qui  est  délivrée  par  Guillaume,  lequel  tue  en  outre  le 
roi  Desramez.  Cependant  Maillefer  a  été  enlevé  par  les  Sarrasins, et 
Renouart  le  cherche.  Soudain,  pendant  qu'il  est  endormi ,  des  fées 
le  transportent  a  Avalous  ou  demeure  leur  reine  Morgane»  et  Ty 
laiasent  en  compagnie  dVVrtus ,  de  Gau?ain  ,  de  Roland ,  etc.  Peu 
apres  Morgane  fait  conduire  Renouart  å  Loquifeme ,  oä  son  fils  est 
retenu  *,  mais,  chemin  faisant,  il  fait  naufrage ,  et  est  sauvé  par  des 
sirénes ,  qui  le  raménent  å  Pompaillart.  Peu  apres ,  il  s^en  échappe 
et  se  fait  par  chagrin  moine  de  Saint-Julien.  Je  ne  parlerai  pas  des 
aventures  qui  lui  arriveiit  durant  son  moinage ;  elles  sont  beaucoup 
trop  communes.  Je  dirai  seulement  que,  pendant  ce  temps,  Maille- 
fer ,  qui  de  Pompaillart  a  été  transporté  h  Loquifeme,  y  est  élevé , 
apres  avoir  failli  étre  de'trancfie  ,  et  sert  le  roi  sarrasin  Tiébaut. 
Apprenant  qu'un  chrétien  (c'est  Renouart)  pille  les  vaisseaiix  paiens 
qui  débarquent  au-delå  de  la  mer,  et  quHl  a  envoyé  an  roi  Tiébaut 
tine  galée  pleine  de  mörts,  Maillefer  jure  qu'il  passera  la  mer, 

Et  fera  assaillie 

A  dantGuillaumc  qui  tant  les  atenuie, 
Et  Ii  toudra  Oreng^e  la  garnie , 
Et  Pompaillart  oii  claime  avoueric. 

11  se  fait  faire  alors  aussi  un  tynel,  et  part  avec  cent  mille  Tures, 
que  lui  donne  le  roi  Tiébaut.  Maillefer  débarque,  prend  Pompail- 

25. 


l.o'''' 


I  Oi«a*'' 


Fr" 


NOTES.  3ft9 

iHMUt en  jiui* l«!i  paieiiscnveiilrr, 
un  coutiaui  nu  f ont  pas  ä  loer. 
il  qu'cs  fi«t,  ne  n'esi  |)our  juiii  copiT , 
•ntre  forcenc  iK-vciitrndurtT,  - 
ti  ot  le  cuer  riuII  iraicu  ; 
v  mel  le  liTanc  il'acicr  mo  jIii  , 
el  prenl  qiii  {lar  iklvz  liii  fii. 
•iUefer  leu  vieiit  ciip  esteiiilu. 
ni  ur  l'en  a  tel  cop  féru 
efpmllel,  sus  le  cuir  <[ui  dur  hi. 
ipin  vkillaut  il  ,i.  Tcslu, 
rtiel  rebondist  par  vertu  , 
il  eiut  .t.  jMirruii  cuiisjtéu. 
et  prUt  .1.  dun  d'ai'ier  niouiu , 
Migna  par  niult  ruiste  vertu 
1  forrel  qii'ä  suu  eol  ut  pendu , 

irt  Gert 

oi  wnl.  Ii  baron  apretlé: 
iqntert  Tautre  par  vive  pocBti:. 
GopsH  donent  u  leurs  liniai  quurrc: 
ntien  Mnibletit  qui  sojcnl  ncupé ,  etc. 

rt  retiverec  Alaillefur,  <'t  va  lui  coui)er  U  läte  »yec 
cdui-ci  prouiet  de  ic  Taire  fltretien.  Reiiuiiari  lui 
ni*prÉs  recouiialt eii  lui  inUh  quil  a  laiil  pleuré. 
Hnméue,  le  Tail  t)aptiser,  et ,  |)ar  le  couseil  du  Guil- 
ibieutdlpourfemmeFlureline,  Alle  de  Grcbedues, 
u  mer.  Apres  cela  Reiiouart  retoiinie  <laiu<  son  alt- 
qoe,  ai  januix  les  Sarrasiiis  passeiit  la  mer,  oii  ii'a 
reber.  Le  roman  ne  nous  dit  pas  ai  on  ful  rorcc  pliu 
T  k  liii.  It  uoxts  ajiprend  seulemeiit  que  Iteiioiiart 
[tans. 

pie  26* : 

i-vouB  de  la  chichelace , 

Mis  mordra  s'el  vous  encoulre. 

rettt  de  vette  expressioii ,  chicheface ,  qui  littérule- 
visage  fäcUeuK  ,  visane  ch.igriii ,  scrait  aujounlUmi 
loDDer  si  le  petil  poéiue  suivaiit,  reste  iuédit  jusqu'å 
etroDVe  au  tolio  3:23  du  uiaiiuscrit  7218  apparteaaiil 


388  NOTES. 

lärt,  et  court  assiéger  Orange.  Giiillaiime  ne  poiivant  lui  résistér , 
se  mel  a  In  reclierchc  de  Jlenouart .  et  arrive  å  Drides,  oti  il  loge 
daus  Tabbaye.  lÅ  justement  il  reiicontre  le  héros  au  tyiiel ,  qui  ne 
demande  pas  inieux  ({ue  de  le  secourir;  car,  dit-il . 

(( Se  ge  cstoie  en  Paradis  couchiez 
n  Et  QC  séusse  que  besoig  cussiez , 
«  Ge  m'en  istroie  se  le  me  mandiez.)» 

Renouart  arrache  dans  une  forét  un  enorme  pommier,  s*ea  tait 
faire  un  tynel ,  et  part  avcc  Guillaume  pour  Orange,  que  Guibourc 
et  cinq  cents  dames  qui  ont  pris  la  cuirassc  défendent.  Rientöt  lee 
deux  arrivans  Jispersent  les  Sarrasins ;  inais  Maillefer  vient  å  leur 
rencontre,  et  le  pére  et  le  fils  se  trouvent  fare  å  face.  Ils  échangent 
quelques  coups  ,  puis  ils  conviennent  de  se  livrer  le  lendematn  sous 
les  nrars  d^Orange  un  combat  particulier,  dont  Tissue  décidera  da 
sort  de  la  ville  et  de  eelui  des  Sarrasins.  Le  lendemain  donc  les  deux 
rivaux  sonten  présence;  Maillefer  iné|>rise  tellementson  ad?ersaire, 
tpiHl  ne  veut  pas  se  lever  de  terre  ou  il  est  assis,  pour  combattre  Re- 
nouart ,  et  qu'il  engage  celui-ci  a  aller  chercher  vingt  de  ses  plus 
forts  Gompagnons.  Renouard  outré  frappe  Maillefer  au  visage  avec 
son  épée.  Celui-ci  alors  se  leve  iriez  comc  sangUer  ,  et  le  oombat 
commence.  En  voici  le  récit : 

(Maillefer}  .  .  -  Vet  Renoart  frapper 
Desus  son  heaiune  rpi'il  Ii  fist  cmbarrer : 
Les  bones  pierres  en  a  fet  jiis  aler; 
En  resachant  fet  le  tynel  coulcr. 
Si  vet  bruiant  comme  vent  fet  en  mer  : 
L'un  bout  en  fet  dedcnz  la  terre  entrer  , 
Et  puis  commence  hautenient  ä  erier. 
«  Fil  a  putain ,  or  vous  convient  Aner.  ■■> 
Renouart  Tot,  adont  ruida  clesver  : 
Seure  Ii  queurt ,  grand  cop  Ii  va  doner. 
Parmi  son  hiaume  qirot  fet  envcloper 
D'un  qiiapadoce  pour  la  pierre  gärder ; 
Mes  tant  icrt  dur  ne  le  pot  entanier. 
En  Renouart  n'ot  adont  qu*aircr. 
Le  brant  qu'il  tint  prist  förment  å  blasmer : 
"  Brant,  qui  te  fist  Diex  Ii  puist  mal  douner, 
<(  Quar  tu  ne  vaus  le  montant  d'un  soler. 
'  Miex  vauluionfust ,  certcf  que  toid'assez. 


NOTES.  389 

«  Trop  iiiiei  eii  puis  Ics  paiciis  craveutor , 
(t  Quar  tiex  coutiaus  ne  fniit  pas  k  loer. 
«  Mal  ail  qu*cs  fist,  se  n'csl  pour  pain  coper, 
«  Quar  autre  force  ne  pevent  endurcr.'> 
Renouart  ot  le  cuer  niuit  irascu : 
Elfuerrc  met  le  branc  d^acicr  moulii , 
Son  tynel  prent  qiii  par  delez  lui  fii, 
Vers  MaiUefer  s'en  vicnt  cop  cstcndu. 
Par  grant  air  Ten  a  tel  cop  féru 
Par  les  espaullcs,  sus  le  cuir  qui  dur  fu, 
IVe  Tempira  vaillant  ii  .1.  festu, 
Et  le  tynel  rebondist  par  vertu  , 
Com  s'il  eust  .1.  perron  cunsséu. 
iVlaillcfer  prist  .1.  durl  d'urier  moulu , 
II  Tempoigna  par  mull  ruiste  vertu 
Hors  du  forrel  qu'ä  sou  col  ot  pendu  y 
Renouart  tkrt 

Ambcdoi  son  I,  Ii  baron  aprestr: 
L*un  requiert  Tautre  par  vive  poesté. 
Granz  cops  se  doneut  a  Icurs  tiniax  quarré  : 
Charpcntiers  seniblent  qui  soient  acopé,  etc. 

Enfin  Renouart  renvcrse  Maillefer,  et  va  lui  couper  la  tete  aver 
son  épée,  quaud  celui-ci  promet  de  se  faire  chréticn.  Renouart  lui 
laissela  vie,etpcuaprés  reconnait  en  lui  le  fils  quil  a  tant  pleuré. 
11  Tembrasse,  remméiie,  le  fait  baptiser,  et ,  par  le  conseil  de  (>uil- 
lauine,  lui  donne  bientot  pour  femme  Florctine,  fille  de  Grebedues, 
roi  des  illes  desus  nier.  Apres  ccla  Renouart  retourne  dans  son  ab- 
baye,  en  disant  que,  si  jauiais  les  Sarrasins  passent  la  mer,  on  n'a 
«|u'ä  venir  le  cherclier.  Le  roman  ne  nous  dit  pas  si  on  ful  forcé  plus 
tärd  de  recourir  å  lui.  II  iious  apprend  seulement  que  Renouart 
resta  moine  vingt  ans. 

Page  248,  ligne  26^ : 

Gardez-vous  de  la  chicheface , 

Elle  vous  mordra  s'el  vous  encontre. 

Le  sens  rigoureux  de  cette  expression ,  chiclwface ,  qui  littérale- 
ment  veut  dire  visage  fäclieux,  visage  chagrin,  scrait  aujourd'hui 
assez  difticiie  ä  doimer  si  le  petit  poeme  suivant,  reste  inédit  jusqu'å 
present,  et  tpii  se  trouve  au  Tolio  ^'25  du  nianuscrit  7218  appartenant 


Sgo  NOTIiS. 

a  ]a  Bibliothéque  royale ,  ne  venait  en  déterminer  la  significatioii 
d*une  maniére  precise. 


Dt:  LA  CHlNCHEFACHE(l). 


Oicz  coinmunenient ,  oiez 
Et  de  parler  vous  amoiez. 
Si  vous  dirai  teles  nouvelcs 
Qiii  aus  males  fames  sont  bclcs 
Et  aiis  preudcs  fames  pesanz. 
Il  n'a  mie  passé  .11.  aiiz 
Que  chevauchoie  en  Lokeraioo 
Parmi  iinc  forest  soutaine  {"i), 
lluecqucs  trovai  une  beste  : 
Ainc  11  US  horn  ne  vit  si  rubeste. 
Laide  estoit  de  cors  et  de  fachej 
L'en  Tapeloit  la  chinchefaclie. 
Lez  denz  a  lons  conimc  broqucrie\, 
Et  si  vous  di  qu*ele  a  les  iei 
Aussi  gros  comme  uns  corbisous 
Et  elers  ardanz  comme  uns  tisous  ; 
£t  s'a  bien  de  lonc  une  toisc. 
Cele  beste  n'est  pas  cortoise 
Ne  debonére  por  jouer. 
Chascun  jor  Ii  voit-on  muer 
Son  poil  par  force  d*anemi ; 
Uns  paisanz  le  dist  k  mi 
Qui  mult  savoit  de  son  usage. 
La  beste  paresl  si  sauvagc 
Concques  nul  horn  tele  ne  vit. 
Or  vous  dirai  dont  cle  vit : 
Des  preudes  fames  dévorer 
Qui  sagement  savent  parler, 
N'oncques  ne  sont  en  itel  point 


(1)  Une  main  plus  möderne  que  celle  qui  a  tracé  le  manuscrit  le- 
quel  est  du  quatorziéme  siécle  ,  a  mis  pour  titre  :  /a  Chrachefache^ 
mais  lecorps  de  la  piéce  et  rexplicit  rectifient  cette  erreur. 

(S)  Peut-étre  faudrait  il  lointaine. 


NOTES.  391 


Que  por  cc  se  coroucent  point 
Vers  lor  sei)pior  por  rien  qu'il  face, 
De  celes  vit  la  chinchcfache. 
Quant  la  fanie  a  tant  de  bonté 
Que  de  tout  fet  la  volenté 
De  son  sei.^nor  sanz  contredit, 
Cclc  ne  puet  avoir  respict 
Que  tantost  ne  soit  dcvorée. 
N'en  i  a  nule  demorée 
Cn  Toecauc  n'eD  Lombardie; 
Meismement  en  JNormandic 
Ne  cuit-je  pas  qu'il  eii  oit  .ku. 
La  ehinchcfache  est  orguillouse , 
^iis  une  fame ne diportc 
Qui  son  seignor  fruté  portc  . 
Si  com  d'amcr  de  cuer  entir 
En  bone  foi  sanz  repentir. 
Par  foi  dont  n*a  ma  fame  {j^rde , 
Je  voi  soTent  quant  me  regarde 
Que  Vel  avoit  un  seul  souhait , 
A  foi  mes  nez  ait  mal  dehait , 
Se  je  n'estoie  ain^ois  pendus 
Que  de  Borgoignc  fusse  dus 
Sachiez  qu  clc  a  des  compaignesses 
Qui  bien  sont  autretels  barnesscs  : 
S'en  sui  duremcnt  esbahis 
La  beste  vicnt  en  cest  pais  : 
Por  Dieu,  dames,  soiez  garnies 
De  grans  orguex  et  d'aaties. 
Se  vo  sirc  parole  ä  vous 
Respondez-li  tout  h  rcbors. 
Se  il  veut  pois  qu'il  ait  gruel ; 
Gardez  de  rien  qui  Ii  soit  bel 
Ja  nule  de  vous  ne  H  face  : 
De  fain  morra  la  chinchefache. 
Se  Dieu  plest  cest  commandement 
Vous  le  ferez  si  bonement 
Que  n'aurez  garde  de  la  beste 
S'ele  cstoit  .c.  tans  plus  rnbestc. 

Explicil  (k  la  Clunchejaclu. 


392  NOTES. 

Page  263,  ligne  5< : 

n  fat  né  å  Chasliau-Landon. .. 
Jamais  il  ne  dormiroit  aise 
S'il  ne  moquoit ;  c'est  sa  natnre. 

Les habitans  de  Cliåteau-Landon  passaient,  en  effet,  pourétre  tres- 
satiriques.  On  retrouve  ce  proverbe,  la  moquerie  de  Chåtean-Lan- 
don,  panni  ceux  qui  composent  la  piéce  intitulée  :  Dt  tApostoUtytt 
qu*apubliés  M.  Crapelet  (Paris,  grand  in-S^,  1851).  On  Ut  encore 
dans  une  picce  d'un  poéte  dont  je  vais  éditer  les  oeuvres  (le  celebre 
trouvére  Rutebeuf) ,  å  propos  du  fameux  professeur  de  théologie 
Gnillaume  de  St-Amour,  rival  de  saint  Thomas-d'Aquin : 

Fet  TaveK  de  Chastel-Landon 
La  moquerie. 

Enfin ,  M.  Richard,  bibliothécaire  de  Remiremont ,  dans  son  petit 
recueil  de  conies  populaires,  traditions^  croyancts  supersiitieuses  ^ 
praverbes  et  dictons  populaires  applicablcs  ä  des  villes  de  la  Lor- 
raine^  a  rapporté  celui-ci  :  «  Cliåtcau-Landon ,  petite  ville  mais  de 
grand  renom ;  personne  n'y  passé  qui  n'ait  son  lardon.»  II  est  pro- 
bable  qu*aujourd'hui  ce  proverbe  na  plus  d'historique  que  son  an- 
cienneté. 

Page  206,  ligne  2« : 

Par  la  grant  dame  de  Bouloigne. 

Gette  grande  dame  de  Boulogne  est  la  Sainte-Vierge ,  qui  était 
protectrice  de  la  cathédrale  de  cette  ville ,  et  å  laquelle  en  1478 
Louis  XI  inféoda  le  comté  de  Boulogne.  Les  lettrcs-pateutes  don- 
nées  å  ce  sujet  portent  que  lui  et  ses  successeurs  ticndront  å  Tavenir 
le  comté  de  Boulogne  immédiatement  de  la  Sainte-Vierge  par  un 
hommage  d'un  coeur  d'or  å  leur  avénement. 

Page  270,  ligne  17'  : 

Il  n'e8t  Garladon  ne  Béaune, 
Par  Bieu ,  qui  vaille  ce  vin  cy. 
Ha!  ha!  c* est  rapé  de  Quercy. 

Le  rApé  est  une  cspéce  de  liqueiir  fermentée  fal  te  avec  du  marc  de 
raisjuj  on  s'en  sert  encore  dans  beaucoup  de  provinces.  Quant  å  ia 


NOTES.  SgS 


▼ille  de  Galardon  ou  Gallardon ,  en  Beaucc ,  elle  n'est  plus  renommée 
aojoiird*hui  par  son  vin ,  mais  par  ses  haricots  et  ses  lentilles. 

Paf  e  283 ,  ligne  5* : 

Helas !  j'ay  goute  miséraigDe , 

J'ai  rafle ,  rifle ,  et  roigne  et  taigne ,  etc. 

On  retrouve  une  énumération de  maux  de  ce  genredans  les  .xxui. 
maniéres  devilains,  petit  poéme  du  treiziémesiécle.  (Yoy.  Tédition 
quefenaidonnée  en  coUaboration  avec  M.  Eloi-Johaoneau,  p.  14. 
Paris,  Téchener,  1854.) 

Page  298,  ligne  23* : 

Mais  por  le  venin  de  sa  claase , 
11  baille  la  fin  saint  Liénart , 
A  Ysengrin  et  ä  Renart. 

Slint  Liénard  ou  Leonard  de  Vandreuve  ou  de  Gorbigny  naquit 
dans  le  pays  de  Tongres.  Aidé  par  saint  Innocent,  évéque  du  Mans , 
il  båtit  un  monastére  ä  Yandreuve  et  y  rassembla  beaucoup  de  dis- 
ciples.  Leur  nombre  effraya  Clotaire  I*%  qui  resolut  de  chasser  le  saint 
dn  royaame ;  mais  les  soldats  envoyés  pour  le  saisir  furent  tellement 
toachés  de  ses  discours ,  qu'ils  vinrent  détromper  le  roi ,  lequel  com- 
bla  par  la  suite  saint  Leonard  de  bontés.  G'est  å  cette  aventure  que 
Cait  allusion  le  vers  de  notreMystére. 

Page  304 :  Ct  commeiice  la  vis  MONSsiGirEUR  a.  fiacrb. 

Saint  Fiacre,  anciennement  appelé  saint  Féfrc,  sortait  d'une  noble 
tamille  irlandaise  et  fut  élevé  sous  la  conduite  de  Gonan ,  évéque  de 
Söder,  n  passa  en  France  pour  s'y  livrer  au  service  de  Dieu  dans  la 
aolitude,  et  alla  trouver  saint  Faron,  quilui  assignapoursa  demeure 
un  lien  écarté  dans  la  forét  de  Breuil.  Saint  Fiacre  y  båtit  un  ora- 
toire  oili  ii  fut  enterré  apres  sa  uiort,  advenue  le  30  aoOt  670.  La  Bi- 
bUotbéque  royale  contient,  sous  le  n^  8190  du  fonds  general ,  une  vie 
du  glorioix  ami  de  Dieu ,  monseigneur  saini  Fiacre ,  qui  est  inédite , 
et  dont  la  marche  est  exactenient  celle  de  notre  Mystére.  En  voici 
quelques  fragmens : 


394  NOTES. 


s'ENSL'IT  la   VIE   du    GLORIEUX    AMY    DE    DIEU    MOlfSIEOR    SAINCT 

FIACRE. 

»  Tout  ainssy  comme  Taigle  instniict  ses  petits  poussins  å  voller 
å  Tencontre  du  soleil ,  aiiissy  debvons-nous  appeler  et  invocqaer 
Tayde  des  bénoytz  sainctz,  et  ensuy vre  leurs  vertueuses  caavrei ,  si 
nous  voulons  aller  en  paradis.  Pourtant  est  décent  cmignoistrtt  leor 
sainete  vie  å  causc  de  quoy  me  suis  entremys  å  llionueur  de  Dieu 
déclarer  cellc  de  monsieur  sainct  Fiacre  ,  qui  est  uog  sainct  de 
grand  mérite  et  auctorité  ,  trcs-glorieux  confesseur  et  dévost  her- 
mite.  Premiércmentestå  véoirde  quelle  lignée  il  fut,  et  la  vertneuse 
vie  qu*il  mena.  Le  benoist  sainct  Fiaere  fut  filz  d'ung  contte  tenant 
soubz  luy  la  seigneurie  d'Iberuye ,  qui  depois  fut  moult  ennoblye 
par  la  sainete  vie  Monsieur  sainct  Fiacre,  lequel  selen  droict  devoit 
estre  successeur  de  la  seigneurie  de  son  pére  ;  mais  pour  avoir  la 
gloire  étemelle  renonsa  ä  tous  bicns,  honneurs  et  faveursda  monde. 
et  se  rendit  en  ung  hermytaige.  Il  fut  en  sa  jeunesse  trét-bien  ins- 
tniict en  doctrine ;  mais  Dieu,  qui  ne  laisse  jamais  ses  amys ,  par 
son  inspiration  divine  imprima  en  luy  la  racine  de  vraye  science » en 
telle  maniére  que  le  bénoist  sainct  ce  donna  ä  luy  de  Urat  son 
cuer,  sa  pancée  et  son  entendcment ;  et  eroissoit  de  vertus  en  ver- 

tus Si  pensa  son  pére  luy  donner  en  mariage  la  fi11ed*inig 

contte ;  mais  Tenfant  qui  estoit  saige  ne  si  Toulut  accorder.  Toutes 
foysy  la  Glle  fut  admenée  devant  luy  pour  le  prier,  disaot :  «  Mon- 
»  sieur  mon  amy,  si\  vous  plaist  de  votre  grace  recevez-moy  pour 
»  votre  ancelle ,  et  que  vous  soyez  mon  époux  combien  que  n*eu 
»  soys  pas  digne.  Je  vous  requiers  que  å  ceste  heure  le  tratcté  soit 
»  faict  entré  nous  deux.  v  Saint  Fiacre  luy  respondit  :  «  Je  toos 
»  diray  ma  voullante  qui  est  telle :  jamés  ne  me  mariray ,  mais  en 
D  pureté  et  chasteté  je  veux  toujours  servir  å  mon  Dieu.  Je  vot» 
»  prie  de  ainssy  le  faire,  car  virginallc  intégrité  est  une  fleur  mook 
»  belle  ,  fort  agréable  å  Dieu,  et  de  grand  mérite  å  ceux  qui  la  gar- 
»  dent.  »  Ce  oyant  la  pucelle  ,  moult  triste  et  honteuse  8'en  re- 
touma,  et  le  bénoist  Fiacre,  touche  de  Tamour  de  Dieu,  se  mist  en 
chemin  pour  passer  la  mer  affin  de  s'en  aller  rendrehennitte  au  pay» 
de  Brye  prés  Meaulx.  Et  ce  adressa  vers  sainct  Faron,  luy  donnant 
å  congnoistre  sa  >oullante.  » 


NOTES.  SgS 


Soifeiit  alors  lesmémes  érénemenB  que  dans  le  mystére,  c*est-å- 
dire  Tairivée  de  la  denioiselle  qne  saint  Fiacre  avait  ad  épouser,  et 
qai  pmsse  la  mer  pour  aller  ä  sa  recherche ,  la  dénonciation  qoe 
fok  å  saint  Faron  la  femme  siu*prise  de  voir  les  arbres  tomber  tout 
seuk  devant  saini  Fiacre,  etc,  etc.  Seulement  voici  un  mirade  dont 
il  n^est  question  que  dans  le  manuscrit  8190.  Quand  saint  Faron  ac- 
oDortpour  foir  si  le  rapport  qu^on  lui  a  fait  est  exact,  il  troove  saint 
Fiacre  aasis  sur  une  pierre,  qui  «  par  la  vertn  divine  fut  phis  amol- 
lye  qoe  phine.  Eucore  est-elle  dedans  Féglise,  non  pas  qu*elle  soit 
moUe  oömme  elle  fat  soubz  sainct  Fiacre.  Incontinant  apres,  devint 
dure ,  et  pour  démonstrer  le  myracle  demoura  cavée  comree  ung 
oreiller,  oä  on  ce  seroit  assiz.  » 

On  retronye  ensuite  la  plupart  des  miracles  et  des  guérisons  de 
målades  qui  se  lisent  dans  notre  mystére. 

Page  314 ,  ligoe  26*"  : 

Se  révesque  Pharon  trouvoie. 

Saint  Pbaron,  appelé  primitivement  Burgondofaro ,  cequi  signifie 
qii'il  iortait  d'une  racebourguignonne ,  fut  le  quatorziéme  évéquede 
Meaux.  Il  passa  les  premiéres  années  de  sa  vie  å  la  cour  de  Théode- 
bertn,  roi  d'Austrasie;  apres  la  mört  de  ce  prince  et  cellc  de 
Thierri  son  successeur,  il  se  rendit  å  la  cour  de  Clotaire  II,  qui  réunit 
toute  la  monarchie  dans  sa  personne.  Il  remplit  auprés  de  ce  roi  les 
foDctions  de  référendaire  ou  de  chancelier ;  inais  il  ne  tärda  pas  a  re- 
noncer  åcette  position  pour  embrasscr  la  vie  monastique.  Il  devint 
évéque  de  Meaux  vers  Tan  626,  et  mourut  le  36  octobre67S,  ä  Tage 
d'environ  80  ans. 

Page  335,  llgne  2« : 

Je  te  tranchasse  la  capusse 
De  ma  coustiUe  de  Randon. 

La  capusse ,  la  tete.  Quant  ä  la  ville  ou  au  village  de  Randon ,  peut- 
étre  est-ce  le  Randan  actuel  en  Auvergne ,  pays  pauvre  et  ou  proba- 
blemenl  ä  cause  de  cela  on  fabriquait  beaucoup  de  i)etits  couteaux , 
probablement  ce  que  nous  appelons  des  eustaches.  Parmi  les  prover- 
bes  du  moycn-age  ipii  nous  sont  parvenus  je  n*en  ai  trouvé  qu'uu 
seul  qui  soit  rclatif  A  la  coutellcric.  II  concemcles  couteaux  de  Pc- 
rigueux  ,  coutcax  de  Pierregort. 


jfjff  .NOTES. 

I«  ne  fioini  p»  nm»  ameoder  un«  opinion  que  j*ai  enoneée  å  la 
|ia^«  M4  rk  gm  nr>t«ft ,  a  propo»  du  dicton  :  joutr  des  ars  de  Tou- 
lr,u.  y»unin  ä(i  ajoul«r  en  effet  qiia  sa  réputation  de  jooglerie, 
Tol^Je  ajofjtait  c<;lle  d'étre  iine  école  de  magie.  Cest  lä  que  Ics 
légen^iet  roinaiie«<|ue<$  fontapprendre  le  :fdrrd:i/KM#  åCharlemagne. 
rVoy.  1).  Howfuet,  V.29r>.  c.  et  Philippe  Mouskes,  t.  5S90.)  D*apré9 
itujautt  mrrveilleux  dt  f^ir^ilie  f  Paris,  GuilJ.  Ny  vert) ,  ce  poéte 
vint  aiiMi  dant  cette  viJle  pour  apprendre  les  ars  de  yifgrofmence. 
l/ku»tf>ire  de  Garin  de  Moiitglave  et  de  Maugis  d^Vigremont  (Paris, 
Michel  I^iioir,  1SI8),  y  amene  au»si  ce  dernier  poar  le  méme  motif. 
Kufiii,  au  dixiéine  siéde,  Gerbert»  depuis  papesous  le  nom  deSyl- 
ventre  II ,  apn>M  avoir  étudié  dans  le  monastére  d*Aurillac ,  voulant 
^teudre  »es  couiiaissauces  et  s'initier  aux  mystéres  de  TOrient,  se 
reiiditå  'J'olédc,  oii  pendaiit  trois  ans  il  étudia  les  mathématiqueSf 
TaHtrologur  jiidiciaire  et  lainagie  sous  les  docteurs  arabes ;  ontrouve 
auHM ,  dans  li?»  notes  de  rédition  du  roman  dEustache-le-Moine . 
faitepar  M.  FranciK(|uc  Michel,  plusieurs  citations  emprantées  au 
fabliau  de  sainte  Léocade ,  di)  ä  Gauthier  de  Coinsy,  an  roman  du 
Hmiart  cl  å  celiii  de  la  Rosc,  oii  il  est  question  dn  renom  qu^avait 
obteiiu  Toléde  dans  Tärt  de  Nigromence. 


KIN    DKS    ISOTES. 


TABLE  DES  MATIERES. 


IWTRODUCTION PagC        V 

Le  Mystcre  de  saint  Étieniie 3 

La  Conversioii  de  saiut  Paul 25 

La  Conversion  de  saint  Dcnis 4S 

La  Gonversion  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul 6i 

Le  Martyre  de  saint  Dcnis  et  de  ses  compagnons 100 

Les  Miracles  de  sainte  Gencvitrvc 169 

La  Vie  de  saint  Fiacre 50* 

Notes 555 


FIN    DU    PREMIER    VOLIIME, 


PfTBLIGATIONS  DU  MÉME  ÉDITEUR  QUI  SE  TROUVENT 

CHEZ  LE  MÉME  LIBItAfRE 


Lt  Fablel  du  Dieu  tTAmour,  avec  une  préface  et  quelques  notes 
(Airologiqiies  (presqiie  époisé). 

Les  f^ingi'  Trois  maniéres  de  FUains ,  piéce  satirique  du  treiziéino 
siécle ,  accompagnée  d'une  traduction  en  rcgard ,  et  suivic  d*im 
commentaire ,  par  M.  Éloi-Johanneau. 

La  Complainte  d'outre'mer  et  celle  de  Constantinople  ^  parRute- 
beufy  accompagnée  d'une  notice  sur  la  vie  et  les  ceuvres  de  ce 
^Trouvére. 

Le  Mystlre  de  la  Rcsurrection  du  Satweur ,  fragment  dramatique 
du  douziémc  siécle,  avec  une  traduction  en  regard. 

Un  Sermon  en  vers ,  piéce  du  treiziéme  siécle  ,  publiée  pour  cor> 
roborer  Fopinion  qu*au  moycn-åge  on  précha  quelquefois  en  vers, 
émise  par  un  érudit  anonyme ,  en  tétc  de  la  préface  d'une  edition 
rirée  ä  125  exemplaires ,  et  en  caractéres  gothiques ,  d'un  Ser- 
mon de  Guichard  de  Bcaulicu. 

La  Complainte  et  le  Jeu  de  Pierre  de  la  Broce ,  cliambellan  de 
Philippe-le-Hardi ,  pendu  le  50  juin  1278 ,  piéces  du  treiziéme 
siécle,  dont  la  derniére  est  fort  importante  pour  nos  origines  dra- 
matiques. 

La  Legende  de  Saint  Brandaincs ,  publiée  ,  pour  la  premiére  fois , 
en  prose  latine  d^aprés  un  manuscrit  du  onziéme  siécle ,  en  prose 
frangaise  d'aprés  un  texte  du  douziéme,  et  en  poésie  romane 
d'aprés  VImage  du  Monde  ^  poeme  du  treiziéme  siécle. 

Jongleurset  Trouvcres,  ou  choix  de  Saluts ,  Épltres ,  Réveries,  et 
autres  piéces  légércs  des  treiziéme  et  quatorziéme  siécles.  — 
Prix  :  8  fr.,  sur  papier  ordinaire;  (velin  fort);  —  20  fr.  sur  papier 
de  Hollande;  —  30  fr.  sur  papier  de  Chine. 

La  Tapisscrie  de.  Nancy  ^  ou  Fac-Simile  et  explication  en  neuf 
feuilles,  grand  in-folio,  avec  une  couverture  papier  grand-aigle, 
de  la  tapisserie  qui  formait  la  tentc  de  Charles-le-Téméraire ,  au 


sugt  de  Naoqi' ,  en  1477 ;  dessios  grarés  ao  trail,  sur  coiTre,  par 
M .  Victor  Sanaonetti,  texte  de  M.  Achille  Jubinal ,  rree  im  beau 
portrait,  graTésor  bois,  de  Charles-4e-Téiiiéraire ;  prix  :  15  fr., 
sur  papier  ordinaire ;  —  Åt)  fr.  sur  papier  de  Chine ; — 60  fr.  avec 
coloriage  d*apres  les  tons  aclueLs  de  la  tapisserie. 

Sous  presie  : 

OEui^res  compUUs  de  Ruttbeuf^  trouvére  du  treiziéme  siéde,  com- 
prenant  plus  de  soLxante  piéces  en  vers ,  la  plu][)art  historiques  et 
inédites,  relatifes  aux  fréres  de  S.  Louis,  au  roi  de  Na  värre,  aux 
chevaliers  celebres  du  teinps,  aux  croisades,  aux  querelles  de  Tu- 
niversité  et  des  ordres  religieux,  plus  une  piéce  de  théåtre,  h  Mi- 
rade  de  ThtophiU,  complétement  inédile;  deux  volumes  in-S^, 
avec  plusieurs  fac-simile ,  une  autobiographie  de  Rutebeuf ,  un 
glossaire  et  des  additions. 


MYSTERES 

INÉDITS. 


Å 


MYSTERES 


INÉDITS 


DU  QUINZIÉME  SIÉCLE. 

PUBLIKS    POUR    l.i    PBEMIERE   FOlS, 

3orc  rautoridatton  ht  ifl.  le  illintdtrr  br  rinetrurtlon.publiqur, 


PAR 


ACHILLE  JUBINAL, 


DAPRÉS  LE  MSS.  INIQUE  DE  LA  RIBLIOTIIÉQUE  STE.  CENEVIÉVE. 


TOME    DEUXIEMC. 


■■»HMiH' 


PARIS, 

TÉCHENER,   PLACE  DU  LOUVRE,    12, 

ET  RUE  DE  SEINE.   25.    AU    DUREAU    DE.S   ANCIE.NNES   TAPISSERIES- 


M  DCCC  XXXVII. 


MYSTERES 


I  N  É  D 1 T  S 


DU  QUINZIÉME  SIÉCLE, 

PUBLIKS    POIR    I.A    PBEMIERK   FOJS, 

3i9t(  l'autori)»atio)i  ht  ifl.  le  illtntdtrr  be  rinetrurtion.publiqut; 


PAR 


ACHILLE  JUBINAL, 


DAPRÉS  LE  MSS.  INIQUE  DE  LA  BIBL10TII£;QUE  STE.  GENEVIÉVE. 


TOME    DEUXIEMC. 


•mmmi^^t^^.- 


PAIIIS9 

TÉCHENER,   PLAGE   DU   LOUVRE,    12, 

ET   RUE  DE  SEIWE,    25.    AU    BUREAU    DES   ANCIENNES    TAPISSEBIES 

M  DCCC  XXWIl. 


PREFACE 


*^i 


En  tete  du  premier  voiume  de  ce  recueil  }'ai  donnc 
quelqucs  renseignements  bibliographiques  kiir  les 
Hfyuéres  que  mon  livrc  devait  reproduire,  mäis  peut- 
étre  ai-je  trop  peu  parlé  du  manuscrit  d'ou  je  l^tims^ 
Je  vaiift  tåcher  de  compléter  ici  les  détails  dans^  Jesqueia 
je  suis  entré,  en  disant  qu'apfés  le  Mjrsthre  de  Ui 
Passiouy  qui  commence  au  folio  71  et  6e  tern^jinc  £(Vi 
folk)  1 16,  ou  trouve  dans  le  Mss.  de  la  bibliothéque 
Ste-GeneviéVe , 'noais  sans  titre,  une  priérequt  com- 
mence ainsi  : 

Royne  de  pitié^  Marie, 

£q  qui  déité  pure  et  clére 

A  mortalité  se  marie, 

Tn  es  vierge  et  fille  et  mére ,  . 

Et  mére  vierge  enfaQtas 

Tu  ea  suer,  espouse  et  amie 
Au  Roy  qui  toudis  fut  et  ére ; 
Ta  es  vierge  seiche  et  flouiie, 
Doulx  reméde  de  mon  aniére  f    • 


VI  PREFACE. 


Ta  es  Hester  qai  s^umilie, 
Tu  68  Judit  qui  beau  se  pére ; 
Amen  {Aman)  en  pert  sa  seignorie,      * 
Et  Oloforoes  le  compére,  etc. 

Gette  piécc,  qui  est  environ  quinze  fbis  aussi  longuc, 
sans  que  le  reste  en  soit  plus  remarquable ,  est  suivie 
immédiatement  (folio  1 18,  r"")  du  portrait  h  la  plume 
que  Dous  avons  fait  gräver  sur  bois,  et  qui  est  placé 
en  tete  de  ce  volume.  On  trouve  ensuitc  les  lignes  sui- 
vantes^  qui  ne  manquent  pas  d'importance,  å  cause  des 
aveux  qu'ellcs  contiennent,  cc  qui  fait  que  nous  les  re- 
produisons  : 

«« A  tönt  crestien  cpii  Jhésucrist  et  ses  sains-  reqniert  et  lioiiiieure 
est  grant  hien  et  bonneur  et  pronfit  de  savoir  aacane  chose  des  ver- 
tnSy  mirades  et  boutés  que  Notre-Seigneur  ( a )  en  eulz  et  par  eulz, 
ponr  Dienamer  plus  parfaictement,  pour  les  sains  honnourer  plns 
deroeteinent  et  potir  prendre  exemple  et  doctrine  de  saotemeDt. 
Healtde  gens  requiérent  madame  saincte  Geneviefve^qni  de*  e^  vit 
et  de  ses  tertus  sc^vent  pou  ou  nient.  Sa  vie  avons  en  latin  mult 
proprement  et  en  fran^ois  rimée  moultgentement ;  mais  fy  ptusieurs 
n^entekäeni  pas  latins  fy  autrts  n^ont  cure  de  riMerie  pour  ce  fut 
on  y  ådMSt  ajoustår,  öster  et  nrner  autrement  que  ii  n^esi  nm  i€9t€< 
sy  est  e^cripte  cy  ^rés  en  prose  sans  rime,  estraite  da  latin.en  Fran- 
cis yeritablement  et  loyaulment,  ä  la  gloire  de  Dieu  soit^  å  ton- 
neur  de  la  F^ierge  et  au  proufit  du  pueple.  Amen !  » 

En  cet  endroit  comraence' alors  la  vte  de  sainte  Ge- 
neviéve,  sans  rime;  ellesepoursuitdansPördre  ä  peu 
présconservé  parleMystére,  etsctermine au  folio  i36, 
v**,  par  ces  möts  :  «  Les  rairacles  que  Notre-Seigneur  a 
«  fait  etfaitcontinuement  pour  l'amourde  elle  en  plu- 
((  sicurs  licus  par  le  monde,  ne  saroit  nulz  certes  réci- 
«  ter  ne  escripre.  II  souilit  de  ce  pou.qu'il  ne  tourne  ä 


•  t 


«   "I . 


PBéFACB.  WC 

!  ennuy.  Glorefie  soit  ie  Pére  et  k  Fila  otie  Saipt-Es- 
périt,  qui  par  ies  mériles  de  madame  sainte'  Gen^ 

• 

viévc  nous  vueiUe  noz  pediiez  pardonner  ef  sa  gråoe 

donnefi  et  å  sa  benoiste  vision  meDer.' Amenl*  »    "' 

Apres  celte  vie  de  ^linte  Geneviévojvienoent  idtés 

roisons  qui  commencent  ainsi : 

Geneviéve,  foataine 
l>e  Tyaue  pkine  -:  :     -i 

Qui  Paradis  arrouse, 

Arrouse  nCåme  vaine  .    . 

^'  '  Quiséche  est  et  mal  saine,  etls. 

Quelques-unes  de  ces  oraisons  sont  en  låtan; 
3s  autres  en  franfais  rimé  ou  å  peu  prés.  Elles  aoot 
uiyies  immédiateraent  des  Representations  des  nuuh 
ires  S^  Estierme ,  S.  Pére  et  S.  Pol  ^  S*  Defus^  et 
■e,f  Miracles  madame  sainte  Genei^iéi^e^  qui  tprmt- 
ept  le  Tolume  au  folip  217,  :  .i?  a 

.  T^Is.sont  ies  détailsqueje  désirais^'outei:  ä  mufge-. 
(uere  .descriplion  du  Mst.  qui  coniieotnos  My^t^refiif 

Makitenant  je  prie  le  lectcur  de  me  permetlre  de 
épar$r  humblement  ici  quelques  erreurs  ou  owAflions 
[ue,  j^ai  rencontréesdansmpn  précédwi  voluipede*^ 
ijiis  sa  publication.  La  premi^e  cppsia^  eo -unj /!e^r' 
US,  qui  y  dans  la  pi  éfacc ,  p.  yii ,  ip'a,  ^.  attinj>iy4r.it 
i.  ,Jean-Chrysostume  le  drame  da  Cfiri^^  SjSH^nVtllk 
XipOTO(  TT^coxciiy),  don  t  on  ne.connait  pas  l'au|:eur.  E#: 
iRet,  M.  Eichstadt,  daus  sa  dissertation  sur  ce  <}rani0 
léna,  1 81 6),  rapporte  a  ce  sujet  plusieurs  opinions. 
^es  unsattribuent  le  Christ  souffrant  k  Grégoire  de 
fezianze;  d 'autres  le  déclarent  indigne  de  lui  et  veu- 


VIII  PRBPACB. 


leni  qu'ii  soit  (l'Apollinaire ;  une  troisiéme  opinion  en 
bÅt  l'ouvrage  d'un  moine  ignorant  (pro/ectum  ab  in- 
doUo  monacho putant)\  le  plus  certain,  c'e5t  qu'il  est 
fort  h^ardeux  d'affirmer  quelque  chose  å  ce  sojet. 
J'Åi  donc  eu  tort  d^  citer  S.  Jean-Chrvsostöme  la  ou 
son  nom  n'avait  que  faire  :  cet  admirable  orateur,  ce 
pére  des  Péres  de  1'Église  a  bien  assez  des  bcUcs  bo- 
mélies  don  t  mon  ami  M.  de  Sinner  nous  donne  en  ce 
moment  une  si  magnifique  edition,  sans  qu'il  soit  besoin 
de  lui  atlribuer  une  ocuvrc  qui  ne  pcut  rien  pour  sa 
gloire,  et  qui,  en  déBnitive,  ne  lui  appartient  certaine- 
inent  pas. 

Par  contre-coup  de  ce  qui  se  trouve  ainsi  å  rctran- 
cHer  dans  mapréface,  j^auraispeut-étredii,  page  xlvhi 
et  xLix,  au  licu  d'une  courte  et  rapide  énnmération 
de»  perawnages  qui  jouérent  le  Mystére  de  S.  Mar- 
tin  dans  la  ville  de  Seurre,  en  i496>  donnor  la  liste 
conopléte  qui  contient  les  noms  des  acteurs.  Cette 
Ijste,  qui  ne  manque  pas  d'intérét  en  ce  qu'elle  noos 
montre  que  ies  röles  de  femmes  étaient  remplis  par 
des  hommes,  et  que  c'était  exclusivement  le  ticrs  état, 
joint  ä  quélques-uns  des  membres  de  la  cléricature, 
qui  représentait  alors  pieusement  les  Mjrsthres\,  est 
malbeureusement  un  peu  longue ;  mais ,  comme  eilc 
me  m'a  pas  paru  ennuyeuse^  j'ose  espérer  qu'å  la  lec- 
töre ,  1'inconvénient  de  son  étendue  disparaiträ.  La 
voici : 


PREPACE.  IX 


S'ENSUIVENT  LES  NOMS 

DK  CIULX  QUI  ONT  JOUK 

LA  PRÉSENTE  VIE  Mgr.  SAINCT  MARTIN , 

Selon  les  (»rsonnaiges  å  eulz  atribuez  et  l'ordoDiiaiice 

du  registre. 

Premiértmtnt  les  conducieurs  : 

MONSIEUR  LE  MAIRE  DE  SEURKE,      Guyot  fisRBis. 

SIRE  GUENIN  DRUTT ,  contre  registreor. 

SmE  ROBIN  JOLYCCEUR. 

PIERRE  GOILLOT. 

PIERRE  LOISELLEUR. 

MAISTRE  ANDRIEU  DE  LAVIGNE,  portant  le  registre. 

S^ensuwent  les  parsonnaiges  du  lundi  au  malin,  premier  jour, 

selon  le  registre. 

Le  premier  metsagier,  Geoege  Fallot. 

Le  eecond  messagier,  Jehan  Loiseleur. 

Luciifer,  Amye  Oudot. 

Sathan,  Stmphorien  Poincenot. 

Bwrgibiis,  Pierre  Bellevillk. 

Proserpine,  Messire  Ponsot. 

Astaroth,  Jeiian  Bonfilz. 
Agrapart, 


Béritb,  Robert  Tordis. 

Le  pére  S.  Martin,  Messire  Oudot  Gojboxon. 

La  mére,  Estienne  Bossuet. 

Sainct  Martin,  Jehan  de  Portboux. 

Franeequin,  premier  escuyer,  Maistre  Pierre  Masovir. 

Second  et  tiers  escuyer,  Pierre  Guillier  le  jeiiiBe. 

La  premiére  demoiselle,  Jehan  Morandet. 
La  seconde  et  la  lierce  demoiseile,  Le  filz  Maulprest. 


PRÉFACE. 


Le  premier  chapellain, 
Le  seoond  prestre, 

L'ei|ipereur, 
Le-connestable, 
Le  firmce  d*Anthiocbe, 
Le  conte  de  Lislede, 
Le  duc  de  Fälaize, 
La  trompete, 
Le  measagier. 
Le  portier, 

Le  duc  de  Yilleboreau,, 
Le  comte  de  Caruelles, 
Le  marquis  d^Ostrie, 
Le  povre  S.  Martin, 


Messire  Pierre  Rebillirt, 
Messire  Jagques  Bossuet. 

Pierre  Loiseleur. 
Jehån  Reullier  le  jeuue. 
Pierre  Goillot. 
Jehan  Lequeox. 
Jaques  Perressot. 
puilibert  bourdin. 
Le  filz  Pierre  Loiseleur. 
Broutechou. 

Jeuan  Bbuffabt. 
Jehan  Piellier. 
PiiiLiBERT  Gon. 
Messire  Jehan  Cbevrel. 


L'08teS.  Martin, 

Jehan  Gruyer. 

Son  valet, 

Claude  Ouvier. 

Dieu, 

Phillebert  Bertiielet. 

GabrieJ, 

Fran^ois  Gruybr. 

Sainct  Michiel^ 

Le  filz  Jehan  Bertran  . 

Raphael, 

Le  filz  Girard  Dupin. 

Uriel, 

Philibert,  filz  de  Pier 

seleur. 


S*ensuiv€nt  Its  parsonnaiges  dudit  lundi  apres  le  disntr. 


Premiéremeut  toute  la  deablerie. 

Le  roy  de  Barbarie, 
Le  grant  Ture, 
Le  grand  Sonbdan, 
Le  capitayne, 
Le  baron, 
he  connestable, 
Le  mcssagier, 


guyot  moughet. 
Pierre  Druet. 
Phillibert  Gon. 

NiCOLAS. 

Maislre  Pierre  Masoybi 

ESTIENNE  PeRRENIN. 

Claude  Ponsot. 


PREFACE. 


XI 


Le  portier  de  la  ville, 
Le  maire  de  U  Tille, 
Le  bourgois, 

Le  premier  chevalier, 
Le  secoDd  chevalier. 
Le  tiers  chevalier, 


Broutechou. 

TiERSON. 

Perrenot  le  Barhier. 

Pierre  Lartilleub. 
Jehan  Buffart. 

GuENIN  GUILLIER. 


Sainet  Hillaire, 
Son  chapellain, 
Le  pére  S.  Martin, 
La  mére, 


Messire  Pierre  Druet. 
Messire  Pierre  Rebillart. 
Messire  Oudot  Gobillopt. 

ESTIENNE  BoSSCET. 


Tout-li-fault, 
8oul-d'ouvrer, 
Coarte-oreille, 
Sote-trongne, 
Premier  marcbant, 
Second  marchant, 


ffrigans. 


Le  Roy  Fallot. 

PlERROT  BeLLEVILLE. 

Messire  Jousse. 
Enguerrant. 
Claude  Bouchart. 
Jehan  Buffart. 


S*€nsuit  les  parsonnaiges  du  mardi  au  matin. 


Le  Prevost  des  mareschaux, 
Le  premier  sergent, 
Second  sergent, 
Tiers  sergent, 
Quart  sergent, 

Le  boorreau, 
Son  talet, 

L^eyesque  des  Arriens. 
Le  premier  maistre. 
Le  second  maistre. 
Le  tiers  maistre, 
Le  secrétaire, 
Le  premier  tirant, 


Claude  Guillier. 

DONA. 

Pierre  Babbier. 
Jehan  Chenevey. 
Robin  Valot. 

Martin  More. 
Jacot  Roubert. 

Frére  Pierre  Caillot. 
Frére  Jehan  Yexanel. 
Frére  Guenighaut. 
Frére  Claude. 
Frére  Guienot  de  la  Fayb. 
Pierre  Druet. 


XII 


PRÉFACB. 


Le  second  tirant, 
Le  tiers  tirant, 
Le  quart  tirant, 

Paradis  et  EnfTer. 
Sainct  Hiilaire. 
Sainct  Martin. 
Le  chappellain. 

L'abbé. 

Lepriear. 

Le  soub-prieur. 

Le  moyne  chantre. 

Le  cellerier. 

Le  cathecumynaire. 

Le  procureur. 

Sainct  Sevére. 

Sainct  Galle. 

La  garde  du  målade. 


Phillebert  Gon. 

ESTIENNE  PERMSFnr. 

Jeiian-le-Gueux. 


S^ensuit  ceulx  du  mardi  apres  le  disner. 


Paradis  et  enffer  et  toute  Tabbaye. 

Le  boiirgois, 

La  bourgeoise, 

Hannequin-le-Hazardeur, 

Le  doyen  de  Tours, 

L^official, 

L'arcediacre, 

Le  trésorier. 

Le  chantre, 

Le  premier  chanoyne  et  le  second, 

Le  derc  de  chapitre, 

Le  baillif  deToors, 

Lemaire, 

Le  premier  eschevin, 

Le  second  eschevin, 


Georges  Casote. 
Messire  Jousse. 
Pierre  Dellbville. 
Maistre  Pierre  Perrenin. 
Messire  Jacques  Bossuet. 
Messire  Pierre  Languet. 
Messire  Pierre  Druet. 
Messire  Jehan  Taconot. 
Messire  Pierre  Rebillart. 

FRANgOIS  LOYS. 

Christofle  Berthelet« 
Jehan  Gruyer. 

AnTHOYNE  GlBAULT. 

Pierre  Breullic^. 


PRÉFACE. 


XIII 


Le  commim  de  Poitien, 
Le  nistauU  de  tille, 


Jacqpes  Poirresot. 
Maistre  Pierre  Måsoyer. 


Le  premier  presbtre  payen, 
Le  second  presbtre  payen, 
Le  tiers  presbtre  payen, 
Le  larron  ressmeité. 


Claude  du  MOlfD. 
Claude  Grant  Died. 
Jacques  Grusset. 
Jehan  Allart. 


Le  princc  du  temple  antique, 

Le  premier  Gentil, 

Le  second  Gentil, 

Le  tiers  Gentil, 

Le  qnart  Gentil, 

Le  prestre  payen, 


Jehan  Reullier  le  jeiine. 
Le  Cordelier. 

JehAN  PlCAROT. 

Pierre  Guillier. 

DONA. 

Jehan  Guillemot. 


S'ensuit  ceuix  du  mcrcrcdi  au  matin. 


Paradis  et  enffer. 

Le  premier  ydolåtre, 

Claude  Bouchart. 

Le  second, 

Pierre  Tiellier. 

Le  tiers, 

Bastien  Droguet. 

Lepére, 

Liévart  de  Moncognys. 

La  mére, 

MiGHAELIS. 

Lafiile, 

Tacot. 

Laseur, 

Le  filz  MiCHELIN. 

Le  desmonyacle, 

•    Le  Roy  Fallot. 

Le  premier  tétradi, 

ESTIENNE  BOSSUET. 

Premier  serviteur, 

Jehan  Thibart. 

Le  second, 

Jehan  Barbier. 

Leladre, 

Messire  Jehan  CiiEVREk. 

Lepére, 

Georges  Tasote. 

La  mére, 

Messire  Josse. 

La  fille  målade  des  flévres. 

Le  Clerg  du  Bel  Hostb. 

• 

La  femmc  vcsvo. 

Jehan  Tasote^ 

XIV 


p[\i:facb. 


Laseur, 
Le  nepveu, 
La  cosine, 
L'enffant  ressuscité, 
Le  premier  payeii, 
Le  second, 
Le  tiers, 
Le  quart, 

L*empei'eur, 

Le  premier  conseillier, 

Le  second, 

Le  portier, 

L'usurier, 

Le  juge, 

Le  premier  sergeut, 

Claude  la  Gente, 

Son  filz, 

Le  mori  ressuscitc, 

Sainct  Martin. 
Sainct  Sévére. 
Sainct  Galle. 


Le  petit  Morajhdet. 
Iehan  Falot. 
Jeuan  Manghot. 
Chevreli. 

Anguearan  de  Ciioisy. 
Le  Roy  Fallot. 
Le  serviteur  Charmajllb. 
Jehan  Gcjillemot. 

Pierre  Loiseleur. 
Jeuan  Buffart. 
Jacques  Goijsset. 

GUILLAUME  CarRÉ. 

Pierre  Goillot. 
GwTUN  Taconot. 
Grosber. 
Jeuan  Picart. 
George  Fallot. 
Messire  Jehan  Cuevrel. 


S*ensutt  les  parsonnaigcs  dudit  mercredi  apres  le  disner. 

Paradis  et  Enffer. 

Claude  la  Geute. 

Son  filz. 

L^osurier. 

Le  juge. 

Le  premier  sergeiit. 

Le  secoud. 

Le  povre^  Messire  Jehan  Cuevrel. 

Le  fHpier,  Gi rardin  Coctier . 

Tous  les  chanoynes  et  tous  les  moyiies. 

Sainct  Brice. 

Le  premier  disciple  S.  Martin,       Le  Cordelier. 

Le  second  disciple,  Brouteghou. 


PREFACE.  XV 


U  est  encore  unc  addilion  que  jc  désire  faire  k 
Vone  des  notes  de  mon  premior  voiume.  Cette  ad- 
dilion est  d^autant  plus  imporlante  qu^eUe  concerae 
uDe  tradition  peu  connue,  mais'qui  n'en  a  pas  moins 
excité ,  ä  plusicurs  repriscs,  le  zéle  des  érudits. 

A  la  page  38g  de  mes  notes  (t.  i"),  j'ai  rapporté  un 
petit  poéme  qui  demontre  que  la  Chicheface^  dont  il  est 
qucstion  dans  le  Mystére  de  Sainte  Geneviéve^  était  un 
animal  fabuleux  du  genre  des  loups-garous  mödernes, 
animal  qui  se  nourrissait  exclusivement  des  femmes 
qui  étaient  bonnes  ,  d'ou  Ton  pourrait  conclure  qu^il 
ne  devait  point  Faire  de  fréquents  ni  de  copieux  repas. 

II  parait  que  la  croyance  å  cette  bete  fantastique 
n'avait  pas  toujours  cté  le  partage  des  simples  ou  des 
mauvais  plaisants  y  et  qu'avant  d'exister  dans  Fimagi* 
nation  satirique  des  jongleurs,  la  Chicheface  Sivaii 
fait  partie  sinon  du  monde  réel,  du  moins  d'un  monde 
un  peu  plus  materiel  que  celui  de  i'intelligcncc.  En  ef- 
fet^  je  trouve  p.  2^7  d'un  excellent  voiume  intitulé: 
Description  des  monuments  des  différenis  dges  ob- 
servis  dans  le  departement  de  la  Haute-f^ienne^  et 
åik  å  mon  estimable  confrére,  M.  Allou,  membre  de  la 
Société  royale  des  Antiquaires  de  France^  une  mention 
intéressante  de  la  Chicheface  ou  Chiche.  La  voici 
dans  son  intégralité  :  ((  Un  monument  non  moins  cu- 
rieux  que  les  précédents  (1'auteur  vient  de  parler 
de  lions  sculptés),  se  voyait  autrefois  dans  une 
niche  pratiquée  sur  le  mur  méridional  de  Téglise 
de  6t-Martial ;  il  étail  désigné  par  le  peuple  sous  le 
nom  de  Chiche^  dont  on  n'a  pas  encore  donné  d'éty- 


XVI  PBÉFACE. 

mologie  raisonnable  (i).  Cétait  un  bas-relief  assez 
saiilant,  d'€iiTiron  3  p.  de  large,  sur  an  peu  plus  de 
hauteur,  d'un  granit  semblabie  å  celui  du  Hon,  et  d'un 
dessin  extrémement  grossier.  Tout,  dansce  monu- 
ment y  d^ailleurs  trés-fruste  ,  semblait  annoncer  une 
haute  antiquité.  Ce  bas-relief,  respecté  jusqu'^  Tépo- 
que  de  la  révolutioD|  fut  déplacé  lorsqu'on  commen^ 
k  démolir  l'église  de  St-Martial  (  1794)  9  M.  Juge  St- 
Martin  en  fit  racquisition^  et  lo  mit  dans  sa  pépiniére. 
II  fut  cédé,  en  i8o4)  ä  un  particulicr,  qui  Tenvoya  k 
M.  Choiseul-Gouffier.  Du  cabinet  de  ce  savant,  il 
passa  au  Musée  des  Antiquités  nationales.  On  ignore 
ce  que  sera  devenue  la  cbiche,  apres  la  dispersion  des 
objets  qui  composaient  ce  bel  établissement,  mais  on 
doit  regretter  qu'elle  n'ait  pas  été  conservée  par  la  Tille 
de  Limogesy  pour  qui  sculeelieavaitencore,  outre  soo 
mérite  particulier,  celui  d'un  rnonument  national. 

»  Autant  qu'on  pcut  en  juger  par  les  dessins  que 
nous  avons  sous  les  yeux  ,  et  qui  ne  sqnt  méme  pas 
touträ-fait  identiques,  ce  bas-relief,  dont  1'explicatioii 
a  donné  lieu  k  une  foule  d^hypothéses  plus  ou  moins 
bizarres,  représentait,  sous  un  fronton  assez  aigu  et 
<H*né  de  quelques  moulures ,  une  lionne  couchée ,  et 
tenant  entré  ses  pattes  plusieurs  lionceaux ,  dont  Tun 


(i)  Noas  croyons  cependant  pouvoir  hasarder  celle-ci :  chkhou , 
en  patois  (Yoy.  le  diet.  de  D.  Dudou),  veat  dire  le  petH  d^me 
chienne ;  u^est-il  pas  trés-probable  que  cette  figure,  d^im  deaain  «Zr 
trémement  grossier,  aura  été  prise,  surtout  par  le  peuple ,  pouf 
celle  d'une  chienne  qui  allaiie  ses  petits  ? 

Note  (it  M.  Aliou. 


PRÉFACB.  XVII 

paralti  dans  quelques  dessins,  se  disposer  k  la  frapper* 
Au-dessus  de  la  lionne,  iine  figure  d'hoaiine ,  par&i- 
tement  de  face,  et  d^un  style  loUrd  et  incorrect,  sem- 
Ud  8'appuyer  sur  le  dos  de  ranimal^  et  le  praeeer  en- 
core  du  poids  de  deux  grosses  boules  qui  terminent 
ses  brås  (les  mains  do  sont  pas  indiquées  dans  oes  des- 
sins).  Au  bas  de  ce  monument,  on  lisait  autrefois  Tin- 
scription  ci-apré),  sur  une  plaquc  de  cuivrey  enlevée, 
å  ce  qu^ii  parait,  vers  la  fin  du  xvi''  siécle  : 


Alma  lesena  duces  ssvos  parit,  atque  coronat ; 
Opprimit  lianc  natus  Walfer,  malesanus,  altunnain, 
Sed  pressus  gravitate,  luit  sub  pondere  poenas. 


M  II  faut  remarquer  que  ,  d'aprés  Beaumesnil ,  une 
pierro,  placée  au-dessous  de  la  Chiche^  et  qui  faisait 
partie  du  mur  de  Téglise,  ofTrait  deux  boules  en  relief, 
tout-ä-Tait  semblabics  a  cclles  qui  termioaieot  les  brås 
de  la  figure  principale. 

i>  La  plupart  des  érudits  qui  ont  parlé  de  ce  monu- 
ment curieux  s'accordent  k  en  reporter  l'origine  au 
tempsdeLouis-Ie-Débonnaire,  qui,  apres  avoir  édifié^ 
souB  le  nom  de  Saint-Sauveur,  la  basilique  dédiée  de- 
puis  å  S.  Martial,  voulut  consacrer  le  souvenir  des 
yictoires  de  son  aieul  Pépin  sur  le  duc  Waifer.  Mais 
ici  les  opinions  commencent  k  diverger  d'une  maniére 
sensible;  quelques  écrivains  ont  prétendu  qu'au-des- 
soos  dela  chiche devait  se  trouver  la  sépulture de  Wai- 
fer, et  que  ce  prince  lui-méme  était  représenté  par  la  fi- 
gure qui  surmonle  la  lionne,  embléme  ordinatre  de 


XVIII  PREFACE. 


TAquttaine.  On  peut  expliquer  ainsi  le  second  vers 
(Opprintity  etc);  mais  que  signifient  alors  leslion- 
oeaux  et  le  premier  vers  de  la  mémc  inscription  ?  Sttfc- 
vänt  quelques  personnes ,  il  v  aurait  ici  une  doubie 
ullégorié,  et  le  duc  serait  indiqué,  ä  la  fots,  par  ie 
Honceau  qni  se  dispose  h  Trapper  sa  mére,  et  par  la  fi<* 
gure  appuyée  sur  la  lionne.  L'épitliéte  de  scevos  (  on  a 
lu  mal  ä  propos  sanos  et  sahos)  convient  d^ailieurs 
trés-bien,  suivant  Ics  histonens  dii  lemps,  au  duc 
Waifer  et  aux  princes  de  sa  famiile. 

»Le  P.  St-Åmable,  toujours  occupé  de  la  gloire  de 
säint  Martial  et  de  son  église ,  ne  veut  voir,  dans  le 
bas-relief  dont  il  slagit,  qu'une  allusion  au  couronne- 
ment  des  ducs  d'Aquitaine ,  dans  la  basilique  de  St- 
Martial.  Suivant  lui,  la  lionne  serait  cette  église  méme, 
tn  possession  de  créer  et  de  nonrrir  des  ducs  et  des 
rois  (parit  atque  coronat)  et  le  lionceau  qui  semble 
la  ipehacer  représenterait  le  duc  de  Waifer.  » 

Je  terminerai  en  disant  qu'il  serait  bon  qu'on  exhu- 
m&l  encore  quelques-uns  de  nos  anciens  Mysteres ; 
d^bord  parce  qu'ils  nous  montrenc  a  son  origine  un 
art  quiest  devcnu  trés-influent  dans  les  sociétés  nio* 
dem^ )  ensuite,  parce  que  le  théåtre,  apres  nos  vieux 
fabliäux^  est  peut-étre,  parmi  les  diverses  branches  de 
la  littérature  du  moyen-age ,  cello  qui  est  appelée  k 
ftous  réyéler  le  plus  de  traditions  locales,  å  nous  doo- 
ncr  la  clef  du  plus  grand  nombre  de  locutions  obscu* 
res  et  d'usages  stnguliers.  C^est  ce  qui  m'a  engagé  å 
metire  en  nnémc  tcmps  sous  presse  un  nouveau  Re^ 
eueil  de  Contes  et  de  Fabliaux  des  xii,  xiii,  xiv  «t 


PRÉFACE.  XIX 


XV*  siécles,  auqucl  je  tr«ivaillc  dcpuis  long-tcmps , 
ainsi  quc  deux  nouveaux  volumes  d'essais  dramatiques 
empruntés  cetlc  fois,  non  plus  au  xv*,  mais  au  xiv* 
siécle. 

ACHILLE  JUBINAL. 


CY  COMMANCE 


LA  NATIVITÉ 


N.  S.  JHÉSUGRIST. 


M»»04 


principio  creavit  Deus  celum  et  terram^  etc. 

Benois  soit-il  qui  se  tera 
Et  fera  paix  pour  mieulx  oyr 
Chose  dont  tout  cuer  resjoir 
Se  doit  qui  a  entendement. 
Sy  requerrons  dévoctemeot 
Tous  et  toutes  au  primerain , 
La  mére  au  Roy  souverain , 
Cest  Marie  plaine  de  grace , 
Qu'elle  me  doint  temps  et  espace 
Que  tel  chose  je  puisse  dire 
Qui  soit  au  plaisir  nostre  Sire, 
Et  de  toute  la  court  des  cieulx 
Dont  ä  nos  ämes  soit  de  mieulx 
Et  h  Tanemv  confusion : 


■Ji 


LA    NATIVITK 


*    ■— * 


Sy  vous  pric  que  nous  en  dison 
Åinssy  com  Tangle  dit  ly  a 
En  disant :  jive  Maria, 

In  principio^  etc. 

En  Genesié,  ou  premier  livré , 
Peutvéoir  tout  a  delivre 
Comoient  le  vray  glorieulx  Diex 
Créa  premier  et  terre  et  cienlx , 
Et  sy  avoit  sy  grant  povoir 
Que  seulement  par  son  vouloir 
Trestout  fut  fait  h  sa  devise , 
Sy  com  nous  lesmoygne  l'Église : 
Ce  scevent  ceulx  qui  oy  Tönt , 
Mandavit  et  creata  sont. 
Puis  fist  le  soleit  et  la  lune, 
Les  planeotes,  et  nomma  Vune 
Mars  et  Venus,  Pautre  Mercöre, 
Et  puis  sy  voult  mestre  sa  cure 
A  faire  oyseaulx,  poissons  et  bestes 
Qui  vers  terre  pendent  lez  testes , 
Et  puis  du  lymon  composa 
Adam  ,  qu'en  Paradis  pösa , 
Et  luy  inspira  ou  corps  l'åme; 
Quant  il  dormoit  luy  fist  sa  fame 
De  sii  coste,  c'cst  chose  voire. 
Et  puis  le  doulx  Roy  de  gloire 
Saigna  Adam  et  ie  leva , 
Et  dist :  «  Adam,  v6ez-cy  Eva  ; 


DE    N.    S.    JESUS-CHRIST. 


((  Pour  conpaigoe  je  la  te  donne 
((  Et  trestout  le  fruit  t'ahandoniic 
«  Qui  est  en  Paradis  terrestre, 
«  Et  en  soiez  sires  et  maistre, 
((  Fors  seulement  dii  fruit  de  vie 
«  Garde  bicn  quc  n'y  touches  mie.» 
Mais  certes  Adanx  tropt  mal  cassa, 
Le  commandcment  Dieu  trespassa, 
Gar  l'anemy  qui  le  de^ut 
Don  t  ä  douleur  la  mors  re^ut, 
Et  par  cc  tout  Tumain  lignage 
Fut  mis  en  doulereulx  servaage 
En  enfer  grant  piece  de  temps 
Par  Fespasse  de  .v.  .m.  ans. 
Mais  Diex,  qui  tant  est  débonnairc, 
Voulut  les  siens  ä  soy  atraire , 
Eslut  pour  nous  salvacion, 
En  la  Vierge  prist  incamacion 
Et  demoura  et  vierge  et  purc 
Oultre  le  terme  de  nature , 
Vierge  con^eut,  vierge  enfanta. 
La  mére  qui  tel  enfant  a 
Sans  corrupcion ,  sans  détresse 
Enfanta  son  Hlz  en  la  cresce ; 
Lä  soubmist  la  déité 
En  figure  d'umilité. 
Doulces  gens ,  or  ne  vous  esnuit; 
Ge  Dieu  plaist ,  vous  verrez  ennuit 
Au  plaisir  de  la  Trinilé, 
De  la  haiiltc  Nativitc 

I. 


j  LK    NATIVITK 

Du  doulz  Jhésucrist  ie  misterc; 
Sy  requerrons  luy  et  sa  mére 
Que  ie  puissions  si  bien  entendre 
Que  en  nos  cuers  veille  descendre. 
Et  qu'eslirc  puissions  la  voie 
De  Paradis ,  la  noble  joie 
A  laquelle  nous  doint  venir 
La  Trinité  qui  sans  fenir 
Fut  et  est  et  tousjours  scra 
In  seinpitermi  secula, 

uimen. 

DIEU    LE    PÉr.E. 

Or  ay-je  fait;  par  mon  couvant, 
Le  ciel  sera  touzjours  mouvant , 
Ne  cessera  pointde  tourner 
Nuit  et  jour  sanz  point  sejourner; 
La  lunc  y  est  et  le  soleil 
Qui  donront  clarté  non  pareil , 
Et  si  fera  la  nuit  fenir 
Quant  sa  clarté  devra  venir; 
Ainssv  av  fait  la  terrc  rondc 
Et  la  mer  sy  sera  sy  monde , 
Et  sy  ay  fait  a  grant  foison 
Bestes  et  oysiaux  et  poisson. 
Or  vueil  former  ä  mon  vmage 
Ilomme  qui  aura  avantage 
Par  mon  plaisir  et  seignoric 
Sur  toutes  choses  qui  ont  vie, 
Pour  recovrer  de  Paradis 
Les  siéges  dont  j'ay  (jeté)  jadis 


DR    N.    S.    JÉSUS-CtlRIST.  i> 


Luciter,  par  son  grant  orgueil. 

Cy  preingiie  Dieu  du  limon  et  face  semblantde  fau*e  Adam;  et  Adam 
et  Éve  soient  couvert  d'uii  convertour,  et  Dieu  die : 

Adam ,  va  sus,  que  je  le  vucil ; 
Vien-t'en  en  Paradis  ter  rest  re, 
Car  il  y  fait  bon  et  bel  estre, 
Et  moult  est  délitable  lieu. 

ADAM,  å  genOUii. 

A  tres  glorieux  puissant  Dieu, 
Toy  doy-je  bien  regracier 
Et  de  vray  cuer  mercy  pricr, 
Bien  pert  que  tu  ez  mes  amis 
Quant  en  ce  biau  lieu  tu  ui'a  niis 
Ou  est  la  joie  sanz  finer. 
Un  poy  me  vueil  sy  acliner 
Et  repos  prendre. 

Gy  face  semblant  de  dormir  de  costé  Éve. 

DIEU. 

Puisqu'Adam  dort,  je  vueil  entendre : 

Une  fame  je  luy  vueil  faire 

De  ce  costé  et  lui  atrairc, 

Et  partant  sera  sa  pareille. 

Or  sus,  Adam,  sy  te  raveille. 

Dieu  preingne  Adam  et  Éve  par  la  main  et  die  : 

Éve  ta  conpaigne  sera, 
En  touz  licux  son  povoir  fera 
De  tov  servir  et  honnörer. 
Vous  avez  ev  biau  demourcr  , 
Multiplicamini  ^  crescitCj 


LA    NATIVITE 


Et  ne  soufirez  nécessité 
De  touz  les  fruiz  que  vous  véez , 
Mez  cestuy-cy  vous  est  devéez  ; 
De  touz  les  autres  povez  prendre, 
Més  cestuy-cy  vous  vueil  dcHendre. 
S'en  mengiez  grant  mal  en  vendra  : 
Touz  Ii  mondes  l'achetera. 
Je  m'en  voiz,  ycy  deinourez. 

ADAM. 

Sirc ,  tu  soiez  aourez 
Quant  tu  m'as  faitc  ceste  famme. 
Je  la  garderay  sanz  difTamme  y 
Sans  contredire. 

ÉVE. 

Je  te  regracie,  trez  vraiz  Sire, 
Tout-puissant  Dieu  glorieux , 
Qui  tant  es  grans  et  vertueux 
Que  par  ta  volenté  purc 
Tu  nous  a  crée  ä  ta  figure. 
'  Certaine  suy  et  sy  say  bien 
De  vray  que  nous  n'estion  rien. 
A  touzjours  mais  vous  sei*viray. 

ADAM. 

Éve,  in^amie,  je  te  diray 
Je  vueil  de  tout  mon  cuer  entendre 
A  moy  bien  gärder  de  mesprendre 
Et  tenir  vraye  obédiance. 

ÉVE. 

J'eusse  volentiers  cognoissance ,  . 
Ne  say  se  Tavez  entendu, 


DE    N.    S.    JESUSCHRIST. 


Pouf(|uoy  a  ce  fruit  den*endu; 
Mez  trop  volentiers  eii  niengasse, ' 
Soiez-en  certain,  cc  j^osasse, 
Ne  say  qu'en  die. 

ADAM. 

Éve,  doulcc  seur  et  amie, 
Je  ne  say  pas  certainement 
Pourquoy  il  l'a  fait  ne  cofnmciit , 
Mais  ä  tout  ce  j'obairay. 

EVE. 

Et  raoy  aussy  je  le  feray  ; 
Mez  moult  voientiers  en  mengasse 
Pour  certain,  se  je  ne  cuidassc 
Faire  offcnce. 

Soit  I.  diable  de  costé  Tarbre  et  face  semblant  de  templer  Eve 

BELGIBUS. 

Le  Maistre  si  a  fait  deirencc 
Par  trop  grant  mauvestié  h  l'ouiui(^ 
Qai  ne  raengusse  de  la  pomme. 
Sy  savoit  du  fruit  la  puissancc 
II  en  mengeroit  sanz  doubtence; 
Sy  tost  que  mengié  en  aroit 
Tout  au  tant  comnac  Dieu  saroit 
De  toutes  choses  bien  et  rnal  ; 
A  son  maistre  serbit  ygal , 
Et  le  povre  homine  pas  ne  pence 
Por  quoy  Ii  a  tait  la  detfence; 
Et  sy  en  penroit  sanz  dcngicr 
Se  il  vouloit  asscz  mengicr, 


8  LA    NATIVITÉ 


Et  saroit  tout  mal  et  tout  bien  : 
Sy  n'en  verroit  le  Mestre  rien 
Qui  cy  Ta  mis. 

ÉVE. 

Adam ,  chier  compains  et  amis, 
Pour  certain  te  fais  assavoir 
Que  tu  ne  puez  science  avoir 
Ne  a  grant  digneté  vénir 
Se  tu  te  veuls  ainssy  tenir 
De  ce  fruit  mengier,  bien  le  say. 
Mengus-en,  je  ferai  Pessay 
Et  je  t'en  prie. 

ADAM. 

Éve,  je  ne  le  feray  mie  : 
Au  fruit  la  main  ja  ne  mestray, 
Mez  de  mon  povoir  j'entendray 
A  gärder  le  commandcment. 
Decevoir  me  vuels  laidement 
Se  te  vueil  croire. 

EVE. 

Je  te  dy,  pour  parole  voire , 
N'as  garde  que  je  te  de^oive , 
Ne  aussy  que  Diex  s^aper^oive 
Se  toy  et  moy  nous  en  mengions. 

ADAM. 

Eve,  förment  nous  mesprendrions 
Se,  contre  le  plaisir  de  Dieu, 
En  mengions,  cerlain  en  sieu. 
A  tärt  seroit  le  repenlir. 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  C) 


ÉVE. 

Adam,  je  vous  dy,  sanz  mentir, 
Que  grant  profit  nous  en  vendra. 
Plain  de  science  vous  rendra  ; 
Je  vous  prie ,  or  essaiez. 

Adam  prengne  la  pomme  et  morde  et  se  prengne  parmy  la  gorge 

et  die  : 

Ha  hay!  je  suy  mal  avoiez: 
Ce  morcel  ne  puis  avaler. 
Las  douiereux!  qu'il  est  amcr! 
En  la  gorge  la  mört  me  lien  t. 
Helas !  trop  å  tärt  me  souvient 
De  la  parole  que  me  dist 
Nostre  Seigneur  quant  il  fist 
A  poy  que  de  couroux  n'enrage. 
Las,  dont  m'est  avenu  se  couragef 
J'ay  ofTencé  a  mon  Seigneur, 
Sy  en  moray  a  grant  langueur. 
En  enfer  est  ma  placc  eslite, 
Autrement  n'en  puis  estre  quitc ; 
Aler  me  fault  ä  dampnement. 
Desnué  suts  de  vestement ; 
Mon  mefTait  puet  bien  aparoir. 
Helas!  devant  luy  comparoir 
N'oserai-ge :  las!  que  feray? 
Quelle  responsse  ly  diray  ? 
Excusacion  riens  n'y  vault. 
En  grant  langueur  morir  mc  iault. 
Éve,  tu  m'a8  tbrment  de^eu  ; 
Je  m'cn  suis  Irop  lurt  apper^cu ; 


I  o  LA    XATIVITE 


De  cc  p<k:hié  förment  me  doubte 
Et  ma  postcrité  trestoute; 
Assez  puis  gémir  et  piourer, 
En  enfer  me  fault  dcmourer 
Par  mon  mefFait. 

DIEU. 

Adam,  Adam,  et  qu'as-tu  fait  ? 
Dont  t'est  venu  le  hardement 
D'avoir  péchié  sy  laidement 
Ou  péchic  dMnobédiencc  ? 
Souffrir  t'en  convendra  pénencc. 
Tant  que  en  ce  siécle  scras 
En  douleur  ton  corps  useras 
Quant  mez  commcnz  as  trespasscz. 
.v.  .M.  ans  sy  seront  passez, 
Et  le  ticn  pour  chose  certaine, 
Ains  que  lu  soiez  hors  de  paine. 
En  teire  ta  vie  quesras; 
Ta  faule  cléremcnt  verras. 
Or  t 'en  va  hors  de  Paradis. 

ADAM. 

Ha:  mon  Seigneur,  j'ay  trop  mespris 
Vers  vous,  aiez  de  moy  mercy. 

Sainl  Michel  Ueiigiic  une  espée  ardaiit  et  boute  Adam  et  Kve  hora 

de  Paradis  et  die  : 

Avant,  avant,  va-t-an  de  cy  ! 
Tu  n'ez  plusdigne  de  cy  estrc^ 
Fuv  tost  de  devant  ton  mestre 
Puis(|ue  Ui  es  trouvc  sv  lauls, 
Sy  Irailes,  s>  dcslovaulx, 


DC    N.    S.    JESUS-CHRIST.  I  1 


Quc  son  commeDs  n'as  retetiu. 
Malement  t'est  desavenu 
De  courroucier  ton  Creatour. 
Va-t-an!  en  terre  de  labour 
De  tes  mains  te  faudra  ouvrer 
Se  ta  vie  vuels  recouvrer. 
Touz  ceulx  qui  apres  toy  vendronl 
Par  ton  grant  meffait  se  tendront 
De  Paradis  déshérité. 

ADAM. 

J'ay  fait  trop  grant  iniquité, 
Je  le  cognois  bien,  monseigneur, 
L'an  ne  pourroit  faire  greigneur. 
Et  quant  ne  povons  plus  cy  estre, 
Or  nous  enseignés  tres  cbicr  mestre 
Qiie  nous  ferons. 

DIEU. 

Moult  avez  eu  lez  cuers  félons 
Quant  ainssy  avez  désobay ; 
Trop  malement  vous  meschay. 
Sy  tost  qu'au  fruit  la  main  tandis. 
Te  souvicnt-il  que  je  te  dis  : 
Tu  désobays,  tout  en  Peure 
En  enfer  en  feras  demeure ; 
Puis  .1.  horns  en  la  croiz  mourra. 
Au  tremen  t  estre  ne  pourra ; 
Et  par  sa  mört  1'umain  lignage 
Sera  osté  de  gricf  servage. 
Or  prens  a  .11.  mains  une  bescho 
Et  la  terre  fouiz  et  beschc, 


I  1>  LA    NATIVITE 


Et  te  vest  de  robe  de  honte. 
Ton  pccliic  tout  autrc  sunnonte  : 
Tu  peuz  assez  gémir  et  plourer. 

AD\M. 

En  tcrre  me  &ult  iabourer 
Sanz  plus  atendre. 
Cy  preigne  une  bescbe  et  laboiirc. 

EVE. 

II  me  convient  aussy  entendrc 
Sanz  delay  å  faire  besoigne, 
Et  (iller  tantost  ma  queloigne 
Pour  £siire  dräps  et  era vechicz , 
Näppes,  touailles  et  oreilliez. 
Faire  le  fault  quant  le  convient, 
Car  tel  ovraige  m'apartient. 

Cy  parlent  les  .11.  prophéics. 

AMOS. 

Hélie,  entendez,  amiz  : 

J\iy  en  mon  cuer  ja  pie^ä  mis 

Une  merveille  que  vous  diray. 

Vous  savez  bien,  et  c'est  tout  vray, 

Et  hoc  scio  ita  esse , 

De  la  ligniée  de  Jessé, 

Une  vierge  sy  doit  issir; 

Et  cellc  vierge  doit  flourir, 

Et  apres  tel  Iruit  portera 

Qui  le  |)euple  confortera  : 

<j'e8l  Tatendue  de  nos  |)éres. 

UÉLIE. 

Anios,  vos  parolles  sont  clére.s. 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  1 3 


Et  sy  est  tréz  bien  limité 

En  une  autre  auctorité 

Ly  ceptrcs  royal  de  Judée; 

Nullement  ne  sera  tausséc. 

Cilz  qui  est  l'expectation 

Du  peuple  et  la  rédempcion, 

Et  erraument  que  il  naistra 

Toute  Judée  périra ; 

Pour  ce  devons  nous  tous  veillier 

Et  contre  luy  appareillier. 

Bien  say  que  de  nuit  il  naistra, 

Mez  je  ne  say  quant  ce  sera^ 

Et  pour  ce  veullier  nous  convient. 

AMOS. 

Je  cognois  bien  que  de  prez  vient, 
Et  le  povons  trop  bien  savoir; 
Escript  est,  je  le  dy  pour  voir, 
Et  est  senefié  de  pie9a. 
Vée  cy  le  sirequi  vient  9a 
Et  tous  les  sains  avec  luy. 
Et  celluy  jour  trestout  par  luy 
Sera  grant  lumiére  partout. 
Autre  chose  n'a  que  je  dout 
Le  rov  Sérar  en  son  palais^ 
Qui  moult  bel  et  nommié  lais 
Sy  a  pardedans  un  ymage 
Qui  au  cuer  ly  fera  grant  råge, 
Car  {xir  dessure  il  est  escript: 
II  n'est  nulz  qui  le  defTéist. 
Cest  ymage  trebuchera 


I  4  L\    !<I.\TIVITÉ 


Quant  Vierge  mére  enfantera, 
Et  ainssy  savoir  le  povons. 

HÉLIE. 

Ne  say  point  se  nous  le  verrons  : 
A  lentement  de  la  Vierge 
L'estoille  plus  clére  que  ciei^e 

Sv  luira  droitement  ä  Feure 

•I 

Que  renfant  naistra  sanz  demeure. 
Baiaam  sy  le  prophétiza 
Lors  que  son  asncsse  pärla , 
Que  de  Jacob  estoille  ystroit 
Qui  grant  clarté  demostreroit. 
Ver»  les  parties  d'Orient 
En  sera  raparissement 
Pour  vérité. 

AMOS. 

Hélie ,  suz  rauctorité 

Devons  enlendre  Sébile 

Qui  fut  royne  moult  nobile, 

Et  dist  q'uns  naistroit  de  famme , 

Sanz  corrupcion,  sans  diffeme, 

Lequel  Dieu  et  homme  seroit , 

Mört  et  passion  soufTreroit 

En  un  fust  dont  Ten  feroit  croiz 

Pour  nous  racheter  des  destroiz 

D^enfer,  ou  trestout  noz  sains  péres 

Sont  qui  souffrent  paines  améres. 

Pour  tant  je  vous  lou  et  conseille 

Que  entré  nous  faisons  la  veille, 

Sur  nous  soit,  non  pas  sur  le  peuple 


DE    N.    S.    JtisrS-GIIRIST.  l5 


Que  Ten  doit  bien  tenir  avucugle. 
Point  n'entendent  les  escripturcs 
Qui  Icur  semblent  pesant  et  duros 
Et  ne  les  veulent  eacouter. 

HÉLIE. 

Amos,  il  nous  fault  rapourter 

Auls  escrlptures  et  les  entendrc 

Quc  nous  povons  moult  bien  comprendre  : 

.1.  filz  en  Bethléem  naistra 

Qui  d'enfer  nous  délivrera 

Ou  noz  pércs  sont  maintcnant. 

AMOS. 

Hélie,  je  dy  certainemcnt 
Ainssy  est-il;  sy  est  merveille^ 
Oncques  mez  ne  fust  la  pareillc , 
Que  Vierge  sy  doie  enfanter; 
Mais  il  nous  en  &ult  raporler , 
Soiez-en  certain,  k  la  letre. 

HÉLIE. 

Amos ,  sanz  ajouster  ne  mestre, 
Je  croy  moult  bien  les  escriptures 
Que  aucuns  trouvent  pour  obscures 
Qui  en  parolent  proprement; 
Sy  en  loons  Dieu  haultement 
En  luy  regraciant,  par  sa  gr&ce, 
Que  il  nous  doint  temps  et  espacc 
De  le  véoir  se  ce  puet  estre 
Comme  vray  Dieu  et  rov  celeslrc. 


1 6  LA    WATIVITÉ 


€y  parle  Adam  qui  veult  trespaeser. 

ADAM. 

Mod  Dicu ,  mon  pére,  mon  Seigneur , 
Moiilt  me  fistes  tréz  grant  honneiir 
Quant  de  terre  vous  me  formastes 
Et  en  Paradis  me  posastes  : 
Bicn  le  dov  avoir  en  mémoire. 
Pleust  a  vous  que  gM  feusse  encorc ! 
Se  vos  commens  eusse  tenu 
Il  ne  m'en  feut  pas  mal  avenu. 
Mon  créatour ,  je  fiz  grant  tort ; 
Jamez  nul  jour  ne  feusse  mört. 
Or  voy  bien  que  par  mon  dé&ut 
Assez  briefment  morir  me  fault , 
Et  aussy  touz  autres  moront. 
De  mört  eschaper  ne  poront, 
Et  quant  ceste  présente  vie 
Sera  trespassée  et  fenie, 
S'åme  droit  en  cnfer  yra , 
Doni  jamez  ne  se  partira 
Se  de  nous  ne  vous  prent  pitié. 
Sy  vous  requier  en  charité, 
Doulz  roys  de  pais  et  de  concorde, 
De  doulceur ,  de  miséricorde , 
Qu'au  jour  de  mon  trespassement 
Vous  m'envoiez  arousement.  . 
De  Fuile  du  saint  Paradis. 
Mon  corps  est  förment  maladis , 
Méz  de  Tame  tropt  plus  m'esmay. 


DE   N.    8.    JÉSUS-GIIRIST.  1 7 


DI£U. 

Adam  ^  amis ,  entens  å  moy  : 
En  enfer  pcine  soufFreras, 
En  la  fin  arouscz  seras 
Du  sanc  qui  me  sera  osté 
Des  piés,  des  mains  et  du  costé. 
Mez  moult  m'as  fait  le  cuer  dolent 
Quen  faussas  mon  commandcment. 
Refois  la  mört  en  pacience , 
Gar  par  moy  auras  délivrance 
Quant  .v.  .m.  ans  seront  passez; 
Va-t-an ,  je  t'en  ay  dit  assez , 
Plus  n'on  veuil  dire. 

O  trez-puissant  gloriex  sire, 
M'åme  et  mon  corps  je  te  commant. 
Cy  se  voise  Adam  coucher  sur  une  coiiverture ,  et  en  alant  die; 

Cep,  mon  enfant ,  isnellement 
Va-t-an  en  paradis  bon  erre 
Pour  Dieu  prier  et  requerre 
De  trez-bon.  cuer  piteusement 
Qui  m^envoit  rennoliement 
De  Tuille  de  miséricorde , 
Gar  Belgibuz  tient  ja  la  ooixle 
Pour  moy  fort  lier  et  estraindre  : 
Je  ne  puis  plus  icy  remaindre; 
Or  y  va  toust  et  je  t'en  prie. 

CEP ,  filz  Adam. 
Mon  cher  pére ,  sanz  point  destrie 
Iray  tantost  voz  plaisir  faire. 
II.  2 


1 8  L\    ISATIVITK. 


Pas  ne  doy  aler  au  contraire, 
Mez  aiez  en  Dieu  bonne  espérance, 
Bonne  fov  et  bonne  fiance 
Que  certes  Dieu  vous  confortera  , 
En  touz  vos  maulz  vous  aidera. 
De  vostre  esnuy  certaihement 
Suis  courrouciez  moult  malement;- 
Ne  »ay  qu'eii  doie  devenir. 
Je  m'en  vois  pour  tost  revenir. 
Cy  9'en  va  å  Dieu  en  Paradis ,  et  die  : 

Gloriex  Diex  puissant  et  fin , 
Sanz  commancement  et  sanz  fin , 
Roy  sur  touz  rois ,  vrais  droituriér , 
A  mains  jointes  je  te  requier 
Par  ta  douleur  et  amistié 
Que  de  mon  pére  aiez  pitié , 
Gar  il  est  au  Ht  de  la  mört. 
Quant  au  monde  est  déMvre  mört 
Pour  le  mors  qui  fisten  la  pomme, 
Or  vous  requier  trez-humbletnent , 
Donnez-ly  Penoliement 
De  1'uille  de  tniséricorde , 
Par  quoy  il  ait  pais  et  accorde 
Que  aus  vostres  avez  promis.  • 

DIEU. 

Raphaél ,  enteA»  9a ,  doulz  amiz  :» 
Véez  cy  Cep,  qui  est  filz  Adatn , 
Par  qui  je  souffirére  dur  aham , 
Qui  me  requiert  pitetisement 
Pour  son  pére  enouliement 


.  t 


DE    N.    S.    JÉSUS-GHRIST. 


!    .       t 


{     > 


De  1'ulle  de  miséricorde 
Dont  puisse  avoir  pais  et  conocrde. 
A  Cep  l'enfant  tu  t'en  yras 
Et  de  par  moy  ta  Ii  diras 
Quant  son  pére  sera  feniz 
Et  il  sera  en  terre  tnis, 
Quc  tantost  de  plan  ter  s^ayence 
Dessus  sa  fosse  ceste  branche. 
Ce  rain  tant  montepliera 
Que  une  crois  faicle  en  sera 
Ou  la  vie  recovrer»  mofl  -»      // 

Qui  aus  åmes  donra  cohIdM  ;    ^  > 
Or  ly  va  dire. 

RAPHAEL.  t 

II  est  bien  raison  ,  trez-doulz  sire , 
Quc  je  soie  prest  d'obéir , 
De  faire  tout  vostre  piaisir. 

Cy  voise  Raphael  å  Cep  et  ly  baille  la  branche ,  et  die  : 

Cep,  beaiis  amis ,  emens  ä  moj  :        '  ' 
Dieu  le  pére  m'envoieå  toy 
Et  par  moy  t'enToie  ce  rain 
Qui  est  du  ponunter ,  poiir  certam,     • . 
Dont  ton  pére  menga  la  ponorne»      *::  / 
Va-t-an  de  cy  ^  coagié  te  donne,      >   i  : 
Et  quant  ton  pére  sera  mors , 
Dedans  sa  fösse,  suz  son  corps  '     .   ' '  'A 
Le  planteras 9  Dieu  le  coinaÉandé^  ;  .ly-y 
A  present  plus  ne  Ii  demende  ,< '   .  r/ .  n  '-^ 
Gar  de  luy  plus  n'enportcrafiuo!   ur  '>J 

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DE    N.    8.    JÉSUS-CHRIST.  21 


(Se  met  Genesis  en  son  livré) , 
Aiez  pitié  dCAdam,  moQ  pére 
Et  de  £ve  ma  lasse  mére 
Dont  je  doy  faire  marrement , 
Qui  tant  de  paine  et  de  tourment 
Ont  en  enfer  et  nuit  et  jour , 
Sanz  repos  prendre  et  sanz  séjour. 
Suz  eulz  la  branche  planteray 
Et  aprez  oroison  feray 
Dont  il  leur  puist  estre  de  miex . 
Cy  plante  la  branche ,  €t  å  genous  die  : 

Nostre  Pére ,  qui  es  és  cicx , 
Ton  non  sy  soit  saintefiez 
Ton  royaume  aviegne,  si  re  Diex  ; 
Ton  Youloir  saint  et  ardefiez 
Soit  fait  en  la  terre  et  és  ciex. 
Nostre  pain  chascun  jour  nous  donnez , 
Touz  noz  péchiez  nouveaux  et  viex 
Tout  en  la  forme  nous  pardonnez 
Comme  nous  pardonnons ,  et  miex 
Qui  mal  nous  ont  fait  et  triboulez. 
Ne  seuflfipe  que  temptacion  *"' 

Ne  nous  surmonte  n^enviex 
Mais  å  nostre  salvacion 
Nous  veulle  estre  graciex 
Et  de  noz  péchiez  rémission . 
ADAM ,  en  enfer ,  die  : 
Vray  Dieu ,  veulle  nous  secourir  ! 
(Cy  ne  faisons  quc  lengourir) 
Et  nous  délivre  de  ccst  tourmehlS 


22  LA    NATIVITÉ 


Que  souffirons  sy  crueusement. 
Hé !  glorieux  péres,  roys  Jhésus , 
Se  par  toy  ne  sommes  secoaruz 
Touz  sommes  å  perdicion 
Paroe  que  tis  transgression 
Du  commandement  nostre  Sire. 
Éve  mie  fist  le  mal  eslire  > 
Le  bien  laissier. 

KVE. 

Je  vous  tis  a  péchié  plaissier , 
Ce  poise  moy,  je  m'cii  repen; 
Je  ne  cuidoie  pas  le  aliam 
Jamats  ne  pourroie  recovrcr. 
L'anemy  me  fist  mal  ovrcr. 
Trestout  est  avenu  par  moy 
Et  le  lourment  et  Tennoy 
Que  nouz  et  touz  ceulz  souflrerout 
Qui  de  nostre  Ugniée  ystront. 
Vrays  Dieus,  donnez-nous  aligence. 

YSAiE ,  premier  prophéte. 
Dieux  qui  sur  touz  as  la  puissance , 
Secours-nous ,  Sii^e ,  sy  te  plaist ; 
Tourment  nous  font,  dont  nouz  desplaist^ 
Les  anemiz  qui  ycy  son  t; 
D'aligement  point  ne  nous  font. 
De  nous  maji  faire  tuit  se  painent 
Et  de  ce  faire  joie  mainent. 
Sy  voi^z  prionSy  doulz  roys  de  gloire, 
Veulliez  nouz  avoir  en  mémoire^ 
Car  nouz  somn^es  en  grant  miséfc. 


/ 

DE    N.    S.    JÉSUS-CURIST.  !k3 


DANiBL,  secofK  prophéte. 
Moult  est  cents  grant  le  misljére 
De  toy^  Dieu  et  Roy  de  tout  le  monde; 
En  paine  sommes  qui  surabonde. 
Sy  ne  me  pourroie  tenir 
De  förment  pUindre  et  géfnir 
De  la  paine  quenous  sentoos.  . 
Et  lonc  temps  prophétisié  avons 
Que  tu  devoies  sa  jus  descendre 
Char  et  sanc  en  la  Vierge  prendre, 
Pour  nou5  öster  de  cest  oaartirc. 

YSAIE. 

Hal  vrais  Jhésus  et  vrais  sires! 
Par  ta  moseuse  amistié ,  . 
Aiez,  sy  te  plaist,  de  nous  pitié. 
Et  nous  met  hors  de  cesl  tourment 
Que  tant  souflVons  certainement. 
Puisque  tu  dois  venir  en  terre  • 
Pour  nous  öster  de  ceste  guerre , . 
Vien  bien  tost,  sy  nous  en  délivrea. 

DANIEL. 

Vrais  Dieux ,  bien  trouvasmes  eiinto  Jivres 
Qu^encoire  serions^nous  rach^. 
Monstre-nous  ta  grant  charité  t  .   i ;  ^ 
Que  tu  nous  fis  a  ton  ymage^^ 
Gar  nous  met  hors  de  oest  servage^)  ; 
Sébile  bien  Je  prophéUfla  r    . 

Et  expressemen  t  devisa , 
Sy  comme  est  escript  en  son  livré , 
Que  nous  devons  estre^délivre 


a4  I^A    NATIVITÉ 


Par  Tenfant  qui  vendra  sur  terre 
Pour  nous  öster  de  ceste  guerre 
Et  ou  sommes  en  prisonnées. 

BELGIBUZ. 

Harou ,  je  suis  tout  forsonnez. 
Bellias,  compains,  os- tu  point 
Comme  celuy-lä  se  complaint. 
Il  dient  qu'il  eschaperont 
Lone  temps  approphétizié  l'ont. 
£ncoire  seront  rachetc 
£t  pour  ce  ont  tant  quaqucté. 
Et  rampLlront  lez  liex  des  ciex 
Dez  quiex  nous  tist  trabucher  Diex. 
J'en  av  en  mon  cuer  grant  envie. 

BBLLIAS. 

Encoire,  ne  nous  eschapent-il  mie^ 
Se  seroit  trop  estrange  guise. 
Se  sy  orde  chose  esloit  assise 
Sur  lez  ciéges  scélestiens. 
Comme  ly  boms  est  tcrricns 
Qui  sont  fait  de  limon ,  de  boe , 
A  Dieu  en  feroie  la  moe. 
Sy  remplissoit  son  Paradis 
Oä  nous  fiimes  assis  jadis. 
Fais  nous  avoit  par  son  plaisir 
Pour  luy  obair  et  servir. 
Chascun  de  nous  plus  cler  estoit , 
Plus  cler  que  le  soleil  ne  soit , 
Et  nosirc  mestre  Lucifer  ^ 

Cesloit  de  nous  .ix.  (bis  plus  cler 


DB    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  a5 

■  ■     >■ '    ■ 

Par  orgueil  et  entencion 
De  mettre  siége  en  aquillon , 
Et  estre  semblables  k  Dieu. 
Sy  consentismes  touz  ce  lieu , 
Et  pour  ce  Dieu  le  trabucha. 
Ou  font  dCabisme  1'aficha 
Et  nous  aussi  qui  rensuismes  ^ 
Gar  ä  iuy  nous  meflféismes. 
S'en  trabucha  .ix.  legions 
Qui  de  sa  partie  estions 
Lucifer ,  qui  sy  trez-cler  feu , 
Est  nommé  menistre  de  feu^ 
Et  tuit  sommes  sy  compaignon. 
Commission  avons  et  renon 
De  Dieu  qui  est  nos  souverains 
Et  qui  tout  tient  ii  sez  .11.  mains 
De  tempter  toute  créaturei 
L'un  d^orgueil ,  Tautre  de  luxure , 
De  convoitise ,  de  d(^sespoir; 
Sur  seulz  nous  a  donné  povoir 
De  lez  mener  en  noz  prisons 
Dont  jå  n^auront  rédcmpcion . 
Lucifer  ne  (ist  qu^un  péchié 
Dont  il  (ut  sv  mal  atechié. 
(^ommcnt  cuident  donc  cilz  séoir 
Et  noz  nobles  ciéges  ravcMr 
Qui  bien  en  font  nuUe  le  jour, 
Et  riens  ne  cresment  leur  Seiguour? 
Enclins  sont  a  leur  pourrilure. 
Je  cuidc  quc  Dicux  n  en  ait  cure 


26  La   nativité 


D'eulx  avoir  en  sa  compaignie. 
N'a  que  faire  de  tel  mesnie. 
A  nous  ne  feroit  pas  raisoa 
Sy  lez  mestoit  en  sa  maison  : 
Regarde ,  compaing,  se  il  puet  estre. 

BELGIBCZ. 

Ha,  Béliasl  Dieu  nostre  mestre 
Est  plains  de  grant  oruåuté ; 
Point  ne  nous  fera  loiauté, 
Et  pour  nous  faire  plus  de  despit 
Donra  ä  ceste  geni  respit. 
Et  afin  que  plus  nous  esnoie , 
Leurdfmra  la  parfaite  jote; 
Et  piecä  Pont  dit  cilz  prophete 
Qui  en  ont  jk  grant  joie  £aite , 
Qui  ou  limbe  d'enfer  se  séent : 
De  mal  talent  ibrment  nous  héent 
Et  dient  que  Dieux  descendra 
En  une  vierge  et  char  prendra 
Qui  disposa  avant  que  nous, 
Et  veul  bien  que  ce  sachiez  vous, 
Que  saint  Jei^ian ,  qui  est  con9eu  , 
Sy  sera  devant  Dieu  véu 
Et  s'en  entrera  és  desers. 
Il  est  sains,  ne  puet  estne  sers. 
A  péchiéy  en  enfer  vendra ; 
Pas  longuement  n'y  demourra 
Gar  åprez  lui  vendra  son  meistre 
Qui  despouUera  tout  nostre  estre  , 
El  t  oeulx  qtii  se^sont  contenu 


,4. 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  27 

CoDtre  péchié  et  oflfendu , 

Et  qui  ä  leur  povoir  Pont  servy. 

BÉLIAS. 

N0U8  a  donc  Dieu  sy  aservy 
Pour  le  propos  que  consentismes. 

BELGIBUZ. 

Oil  y  car  trop  nous  meiTéismes  : 
Abatre  volions  sa  grandeur. 

BÉLIAS. 

Usurierset  termineiirs, 
Désespérans  envieux 
Et  iez  remplis  de  convoitise, 
Ceulz  que  luxure  art  et  atise , 
Et  cez  fauz  gloutons  rechiniez, 
Ne  Iez  avons-nous  pas  gaignez? 
Puis  qui  meurent  sanz  repentance , 
Sanz  avoir  de  Dieu  cognoissance , 
Ne  Iez  justicerons-nous  mie? 

BELGIBUZ. 

Adez  seroiit  de  noz  mesnie; 
Ardant  ou  plus  grant  feu  d^enfer 
Avec  noz  mestre  Lucifer 
Nous  Iez  mettrons  trestous  ensemble. 

BÉLIAS. 

Compaing,  c'est  bien  cc  me  semblc  : 
Nous  leur  ferons  assez  tourment. 

YSAIE. 

O  trez  doulz  roys  du  firmament , 
Aide-nous  par  ton  plaisir , 
Car  il  nousFault  ycy  gésir 


LA    NATIVITÉ 


En  grant  tourHaent  et  k  martire. 
Il  n'a  langue  qui  le  peut  dire. 
Vien  bien  tost,  sy  nous  boute  hors; 
Vrais  Dieu !  qui  es  miséricors 
Et  tout  gouvernes  par  ta  main  y  : 
Et  qui  partout  es  souverain 
Hault  et  bas  tout  k  la  raonde , 
De  ceste  paine  qui  surhabonde 
Nous  vueille  bien  tost  délivrés 
Qu'a  grant  honte  sommes  livrés.  . 

dieC. 
Michiel,  entens  que  je  veuU  dire  : 
De  ce  ne  me  fay  contredire. 
Je  te  fiz  tel  pour  moy  servir^ 
Pour  tant  doiz  &ire  mon  pbisir: 
Quant  le  monde  je  composay  '       i 
Je  (is  .1.  faomme  et  le  posay 
En  mon  paradis  de  délices , 
Mais  il  fut  outrageux  et  nices 
Et  mänga  du  fruit  devée 
Dont  il  fu  trop  mal  nvé^tftf  b 
En  enfer  est  ä  grant  dofilciiirx, 
Or  t'en  va,  saoz  faire  séjour. 
En  Nazareth ,  et  de  par  moy 
Dy  k  Tévesque  de  la  loy 
Que  je  ly  aiande  que  il  marie 
La  fille  Joachin  sanz  détrie, 
Et  face  devant  luy  venir 
Et  k  chascun  face  tenir 
I.  baston  tout  a  descouvert 


DE    N.    S.    JÉSUS-GHRIST. 


29 


Qui  soit  tout  blanc  et  non  pas  vert. 

Cilz  en  quel  main  il  florira 

Marie  au  cler  vis  aura. 

Et  sera  fait  le  mariage 

En  gardant  la  loy  et  Tusage  : 

Ainssy  le  vueil  et  sy  doit  estre. 

MICHIEL. 

Dieu  tout-puifisant  et  Roy  céle&tre , 
Je  y  vois  tantost  appertement 
Sanz  point  faire  d'arestement. 
l'emperiére  césab. 
Je  vueit  aler  sacrefier. 
Touzjours  doit  1'en  satiffier 
Et  visiter  trestous  mez  Dieux  y 
Et  lez  nouvcaux  &is  et  lez  viex . 
Maistre  Sartan,  se  estes  sage 
V0U8  vendrez  aourer  Tymage 
De  Jupiter  avecque  nouz. 

SARTAN. 

Sire,  g'iray  avecque  vous 
Puisqu'il  vous  pJaist  que  cnssy  est. 
Jupiter  acomplir  vous  laist 
Tout  ce  que  vous  ty  requerrez! 

CéSAR. 

Maistre  Sartan,  tantost  verrez. 
Regardez-onoy  celle  escripture  . 
Qui  est  en  ceste  pierre  dure 
Dessus  Jupiter  le  grant  Dieu 
Qui  lez  a  mises  en  ce  lieu. 
Or  lez  lisicz;  je  vueil  savoir 


3o  Lk    fiATlYITÉ 


Pour  certain  qui  1  y  puet  avoir. 
Je  croy  qu'il  yeult  miracleiairQ, . 
Ou  aucun  Dieu  ly  est  contrsiiv, 
De  quoy  c'est  app^oeu.  » 

SARTAN. 

Jamais  nul  jour  je  n'araie  ieu  - 
Tout  pour  certain  ceste  escripture. 
Sy  metez  ailietirs  voetre  cure 
Gar  ce  n^est  chose  qui  vous:  touche. 

GÉSAR. 

Vous  lez  lisez  de  vostre  bouche , 
Ou  le  chief  tranchier  tous  ferafy. 

SARTAH. 

Si  re,  volentiers  lez  liray^ 
Avant  que  f  aie  tel  domage. 
II  est  escript  dessos  rimage 
En  latin,  (quant  bien  l'entetidrez, 
Pour  deceu  bien  vous  tendrez  : ) 
Diim  virgo  mäter  paritt 
istajrmago  corruet. 
Cest  ce  qu'il  Ii  a  beau  douz  «sirc. 

CÉSAR. 

Sartan,  il  lez  vous  convient  lire 
Et  lez  exposer  en  romant. 

6 ART AN. 

Je  obairay  k  vous  oommant^i 
Mon  entente  y  vueii  bien  melre. 
Or  entendez  que  dit  la  letre : 
((  Quant  viergc  mére  enfantera^ 
«  Gest  ymage  trabucbcra.^) 


T- 


DE    N.    S.    JÉSUS-GHRIST.  3l 

Autrement  ne  lez  say  espondre. 

GÉSAR. 

Faites  ont  esté  pour  confondre 
Nostre  loy  et  mestre  audessoubt.   t 
Mettons-nous  tous  .u.  ä  geoouz; 
Sy  faisons  ä  noz  Diex  priéres 
Qui  soient  saines  et  entiéres 
P;ir  quoy  il«  la  puiseent  deffendrei 

SARTAN. 

En  cela  vueil-je  bien  entendre 

De  lez  prier;  faire  le  doy 

A  genous  me  mettray  cy  enooy.  • 

SAINT    MICHIBL. 

Évesque,  entcios  ma  parole 

Et  ne  la  tiens  pas  ä  favole  : 

N'aiez  doubte,  mais  fay  grant  joie. 

.1.  angie  suis  que  Diex  t'envoie: 

De  par  luy  t'aporte  message ; 

Obéis ,  cy  feras  que  sage , 

Au  mandement  de  Nostre  Sire^ 

Je  te  vien  anuncier  et  dire 

Que  Diex  sy  te  mande  par  moy 

Que  selonc  Testat  et  la  loy, 

Lequel  tu  doiz  assez  savoir , 

Tu  faces  .  i.  mary  avoir 

A  Marie ,  (ille  Joachin, 

Qui  a  cuer  noble  et  fin  , 

Et  par  elleccioaJa  marie  .        ' 

Et  face  tost  3anz  mal  detrie ; 

Sy  te  diray  que  tu  feras :  ,  ' 


•/ 


33  LA    NÅTIVITÉ 


Touz  les  bacbcliers  manderas 
Et  chascuD  une  verge  tendra 
Sanz  escorce ;  ce  t'aprendra , 
Ccluy  te  fera  asavoir 
Qui  Marie  deyra  avoir ; 
Et  quant  verras  la  verge  séche 
En  la  main  florir,  lä  t'adresclie  ; 
Soit  jeune  ou  viex ,  tout  en  present 
De  Marie  ly  fay  present 
Et  lez  espouse  sanz  délay. 

L^EVESQUB. 

Au  plaisir  de  Dieu  je  feray 
De  ceste  chose  mon  devoir, 
Car  je  say  trestout  de  voir 
Que  Marie  est  prédestinée , 
Saintefiée  avant  que  née. 
Et  Dieu  pour  luy  la  veult  gärder. 
Or  ne  vueil-je  plus  retarder : 
Marie  convient  aler  querre , 
Et  lez  homes  de  oeste  terre 
Qui  sont  de  Marie  habile. 
Crier  feray  en  ceste  ville 
Et  publicr  tout  maintenant 
Que  chascun  viegne  ä  moy  tenant 
La  verge  pelée  en  son  poing. 
Légier ,  va  crier  prez  et  loing 
Que  chascun  viengne  såna  délay 
Devers  Tévesque  de  la  loy , 
Et  que  chascun  en  sa  main  porte 
Verge  pelée  ^  séche  et  mor  te. 


DE    N.    S.    JéSUS-GHRlST.  33 


Et  aussy  va  dire  ä  Marie , 
Fille  Joacbin,  Dieuainie, 
En  luy  faisant  commandement 
Qu'elie  viengne  au  mendement ; 
Or  t'avence  de  retourncr. 

LÉGIER,  mesagier. 

Je  n'ay  talant  de  séjourner; 
Se  Dieu  me  puisse  seconrir 
Je  ne  sesseray  de  courir. 
Et  sanz  arrester  en  nul  lieu 
Au  cbemin  me  met  de  par  Dieu . 

CÉSAR,  emperiére. 

Jupiter  y  Dieu  trez-souverain , 
Qui  tout  faites  par  vostre  mairi , 
Celui  qui  vous  forga  et  fist 
A  vous  forgier  grant  cure  mist, 
A6n  que  fussiez  bien  polie, 
Belle  8ur  toutes  et  jolie.   . 
Or  estes-vous  le  plus  beau  diex 
Conques  je  veisse  ä  mes  .11.  yex. 
Faire  vous  feis  du  plus  fin  or 
Qu'en  pot  trouver  en  mon  trésor. 
Sire^  par  vostre  grant  puissanoe, 
Gardez-moy  mon  corps  de  meschanoe, 
Car  bien  en  avez  le  povoir. 
.c.  mille  mars  de  mon  avok 
Donray  pour  vous  faire  essaucier. 
Veulliez  nostre  loy  surhaucier; 
Mains  jointes  le  vien  requérir. 

II.  3 


34  L4    NATIVITt 


S ARTAN. 

Jupiter,  qui  tost  secourir 
Povez,  car  me  failessecours. 
Maintenant,  pour  honneur  de  vous, 
Veul-je  mettre  toute  ma  cure 
A  dcfTacier  ceste  escripture. 
Cy  face  semblant  de  deffacier,  et  die,  en  soy  désespérant 

Et  qui  pot  faire  tel  ouvragc? 
A  pou'  que  de  despit  n'enrage 
Quant  ces  lettres  ne  puis  despecier , 
Ne  planier^  ne  lez  efthcier;      ^ 
Ne  say  commenl  lez  puisse  defTaire. 

césar. 
Qa,  voz  coustel ,  lessiez-moy  faire; 
Cerles,  je  lez  despeceray, 
NejJi  letre  n'y  lesseray. 
Jupiter,  de  vous  av  grant  yre 
Quant  ne  puis  cez  Ictres  desti*uirc  * 
S'en  suis  courrouciez  malennent. 

1.ÉGIER,  messagier. 
J'ay  tant  erré  certainement 
Que  je  suis  venuz  de  bonne  heuré 
Ou  lien  on  Marie  demeure 
Qui  tant  est  däxwnaire  et  sage. 
Je  ly  vueii  dire  mon  mesage  : 
Marie,  Dieu  sy  vous  doint  joie. 
Nostre  évesque  a  vous  m'envoie 
Qui  vous  iait  .1.  commendemenl 
Que  vous  ne  lessiez  nullement 
Que  tantost  k  luy  ne  soiez ; 


k        4 


■■j:» 


DE    N.    S.    JÉSCS-CHUIST.  35 


Pour  ce  suy  k  vous  envoicz. 
Adicu,  je  na 'en  vois  autrc  part. 

NOSTRE-DAMB. 

Alez  donc  ä  Dieu  qui  vous  gart 
Et  vous  deflende  de  contraire. 
Vers  Tévesque  je  me  vucil  traire; 
La  longue  attente  riens  n'y  vault; 
Cy  voise  å  Tévesque  et  die : 

Sire,  qui  tout  puet  vous  saut 

Et  veulle  croJtre  vostre  honnour! 

l'évesque. 
Marie,  Dieu  vous  doint  benoist  jour 
Entendez  cy,  ma  douice  amie  : 
Dieu  vuelt  que  je  vous  marie ; ' 
II  ne  vous  doit  mie  desplairc. 

NOSTRE-DAME. 

Sire,  je  suis  preste  de  faire 
Le  doulz  commendement  de  Dieu 
Que  c'est  raison  en  louz  lieu: 
A  luy  touzjoursobairay. 

LE    MESAGJER.  '      ' 

Pour  certain  plus  avant  n'iray.  '  : 
Je  ne  me  veul  plus  détrier ; 
En  ce  quarrefour  veul  crier 
Le  commendement  de  mon  sire. 
Or  entendez  que  je  veul  dire  : 
Le  grant  évesque  de  la  loy 
A  tous  et  ä  chascun  par'  soy 
Vous  mande  par  letre  patenle 
Que  devant  luy,  sanz  faire  atenté 


1 1 


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— 'uTTw""' — - 

De  »»""irie  «»*  ■ 
p«eJ»chmle       ^^^. 

»*"\;  L  »e  m-,  a»»' 
Jute  «»»«"""?, 

Hle  est  be«e,  c»  iue; 

•I  X  ma  voVeuvé  V 

^'esipucettequ^^^    ^^^^^V>\e, 
S«  ovroDS  I  é>'e'*H 


DB    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  3'] 

JOSBPH. 

Avec  lez  autrez  vueil  aler 
Au  temple  regarder  Tafaire 
Du  mariage  que  doit  fhire 
Nostre  évesque  de  la  pucelle 
Qui  tant  est  gracieuse  et  belle; 
Ciray  bellemeut  saoz  courir. 
Se  Diex  me  puisse  secourir 
Au  temple  monteray  a  paine. 

LE   MESAGIBB. 

Mon  chier  Seigneur^  je  vous  amaine 
Tant  de  gens  et  groz  et  menuz; 
Trestous  sont  volentiers  venuz 
A  vous  quant  mande  iez  avez. 

L^ÉVESQUB. 

(^By  beaus  seigneurs,  vous  ne  savc? 
Pourquoy  vous  ay  envoié  querre 
Et  asamblez  en  ceste  terre? 
Pour  ce  le  voua  vueil  bite  enteadre ; 
Marie  me  faut  sanz  attendre 
Marier  par  ceste  ordonnance. 
Que  vous^  qui  estez  en  présenoe, 
Prengne  une  Vierge  sanz  vordure , 
Et  priez  Dieu  d'entente  pure : 
En  quelle  maia  elle  florira , 
Soit  jeune  ou  viez,  Marie  ara, 
S'en  est  la  somaie. 

JOSBPli. 

Onque  mais  nul  jour  sy  fol  homnM 
Ne  lut,  ce  croy ,  comme  je  suy , 


38  •  LA    NXTIVITÉ 


De  comparoir  en  ce  lieu-cy 
Avec  ceulz  qiii  sont  cy  venuz. 
Touz  sont  jeunes,  je  suis  cheouz  ; 
De  moy  se  devroient  bien  moquier 
Et  moy  appeller  dam  Riquier  : 
Honteux  suy  d'y  estre  venu. 

LE    MESAGIER. 

Regardez  ce  villain  chenu  : 
Tout  pour  certain  l'en  luy  donra 
Marie,  qui  miex  ne  pourra  ; 
Il  en  puet  bien  estre  ^sseur  : 
.XX.  ans  a  qu'il  est  tout  meur 
Et  qui  comman9a  k  florir. 
II  atent  trop  a  soy  mourir, 
Cest  grant  domaige. 
l'évesque. 
Compaing,  tu  ne  dis  pas  que  saige : 
De  l'omme  ancien  escharnii*, 
Nul  bien  ne  t'en  pourroit  vcnir. 
Or  9a,  seigneurs,  sanz  plus  atend^e, 
Chascun  veuille  sa  verge  prcndre 
En  faisant  å  Dieu  oroison. 

TOUZ    ENSAMBLE. 

Volentiers,  sire,  le  Feron.      .  ■ 
Que  Dieu  nous  puisse  secourir!>  » 

LE  MESAGfBR.  < ^> 

Se  ceste  verge  puet  flourif         r- 
Oix  il  n'a  de  verdure  point, 
Mariez serez  bien  å  point,      i<       i'- 
L'évesque  sy  le  vous  octroie. 


.  • .  i 


{ 


DE    N.    S.    JÉSUS-CURIST.  3g 


Mcz  n^cn  estes  pas  ä  .11.  doie' 
Que  la  pucelle  ä  vous  atoucbe ; 
Vous  n'avcz  mais  dens  en  la  bouche: 
Elle  arait  beau  mary  en  voue!»        '     * 


l'évesque. 


Mettons-nous  tre^ous  a  genous 
Et  requérons  dévotement 
Dieu,  qui  créa  le  firmament,  > 

Sy  luy  plaist  nous  face  savoir 
Qui  la  pucelle  doil  avoir, 
Et^  par  sa  trez-saintime  grace, 
Ly  plaise  envoier  sanz  espace 
En  present  sanz  aucun  démoui 
De  sez  sains  ciex  la  digne  flour 
A  celui  qui  mary  doit  estrc 
A  la  pucelle.  Roy  céicslrc, 
Car  bien  en  avez  le  povoir.  , 

Cy  face  pose  et  puis  die  : 

Je  voy  la  merveille  apparoir^-       ., 

Car  je  voy  la  verge  florie 

A  Josepb;  il  aura  Marie. 

Joseph ,  Diex  veult  que  vous  l'aiez  : 

Ja  de  ce   nevous  esmaiez,  .  •  . 

Vous,  puisque  Dieu  le  veult.     *       « 

JOSBPU. 

Puisqu^autrement  estre  ne  puet  ^ 

Sire,  je  ne  la  refuse  ouQ  : 

De  moy  sera  adea  servie. 

Quant  Dieu  le  veult  je,la  ptcndray  i 

Et  a  luy  gärder  entendray  , 


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DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  4' 

Les  nopces  nous  conveodra  faire. 

J06EPH. 

Douice  compaigne  débonnaire 
Jä  de  riois  ne  soiez  en  doubta ; 
Vostre  volenlé  feray  toute : 
Je  voiz  quérir  nostre  iignage. 
Or  vous  maintenez  comme  sage 
En  Dien  servant. 

NOSTRE-DAME. 

Joseph ,  sire ;  a  Dieu  vous  comment 
Qui  vous  remaint  sain  et  hétié. 

LE    PKBMIER    BAGHELER. 

Beaux  seigneurs ,  véez  cy  grant  pitié. 
Diex  a  fait  k  Joseph  grant  grace  : 
Tout  maintenant  en  cestc  place 
Sa  verge  porte  ileur  vermeille! 

LE    SEGONO. 

Onques  ne  vy  sy  grant  merveille. 
Au  dire  voir  c'est  noble  chose,, 
Et  pour  tant  certain  je  suppose 
Que  c'est  grace  et  euvre  de  Dieu. 

LE   TIERS. 

Seigneurs,  oncques  mez  en  nul  lien 
Je  ne  vy  telles  nierveiiles  j 
Oncques  horns  ne  vit  lez  pareiiies 
D'un  baton  sec  qui  est  floris. 

LE    PREMIER. 

Ralons-nous  en  nospaio, 
Car  ycy  ne  taisons-nous  rien 


De 


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DE    iN.     S.    JÉStiS-CliUIST.  ^Z 


Qui  moult  noussont  aspres  et  durcs, 

Dez  sains  prophétes  andens 

Qui  furent  homes  terriens 

Et  devisérent  moult  de  choses, 

Et  exposérent  en  leur  gloses, 

Dont  nous  trouvonsen  Ysaie, 

Qui  disoit  en  sa  prophécie : 

Ecce  f^irgo  concipiet 

jitquejillum  pariet. 

Véez-cy,  la  Vierge  conccvra 

.1.  filz  et  sy  le.pourtera, 

Celuy  sära  le  bien  eslire, 

Et  le  bien  du  mal  contredire. 

Enmanuel  nommé  sera , 

Lez  bonz  et  mauvaiz  jugera. 

En  .1.  au  tre  lieu  est  escript, 

Et  ne  le  tenez  pas  en  despit , 

Que  de  Tarbre  Jessé  vendra 

Une  verge  quiilorira; 

Et  sy  nous  dist  au86y  Sébile, 

Qui  fut  royne  de  Sezile , 

Que  uns  boms  nestroit  d'uue  famme 

Sanz  corrupcion  de  diflamme. 

Balaham  aussy  propbétiza 

Quant  son  asne  a  luy  pärla  , 

Que  une  estoille  ystroit  de  Jacob. 

Ce  devroit  estre  a  ce  qob 

Que  Vierge  mére  entantera, 

Et  cest  ymage  trabucliei  a ; 

Et  sur  ce  le  povons  bien  pi^endre. 


44  L4    NATIVITÉ 


l'£MPEBIÉR£. 


Sartan,  or  vous  vueil  defTendre 
Que  ne  lez  lisiez  å  nul  homme; 
Morir  vous  feroie,  c'est  la  somme. 
Gest  example  y  soiez  certain , 
Sy  est  doumagable  et  villain 
Pour  nous  et  pour  nostre  loy. 
J'en  ay  en  mon  cuer  grant  esnoy. 
Ha,  Jupiter!  Dieu  souverain , 
Qui  tout  avez  en  vostre  main  , 
Viieilliez  monstrer  vostre  puissance. 

SARTAN. 

Sire ,  je  tien  ä  grant  ofTence 
Vostre  gémir  et  vostre  plaindre; 
II  convient  oez  lelres  remaihdre , 
Je  le  vous  dy  certainement , 
Puisqui  ne  puet  estre  autrcment. 

YSAlB,  prophéte  d^enfer. 
Vray  Dieu  puissantet  roy  céiestre, 
Cy  nous  lessiez  longuement  estre ; 
Nous  soufTrons  cy  tant  de  doulour! 
Enten8,'sy  te  plaist^  ma  ciamour 
Et  nous  ostez  de  ceste  paine. 

DANIBL,  proyhéte. 
Crier  devons  ä  haulte  aiaine 
De  la  doulour  que  nous  sentotis : 
Ha ,  roy  Jhésus ,  toy  demandons. 
Dessens  tost ,  sy  nous  vien  hors  traire. 

BBLGIBUZ. 

Ja  pour  vosrre  crier  ne  braire 


tih    N.    S.    JÉSUS-GHR1ST.  4^ 


N'istrez  encor  de  not  prisons ; 
Vous  y  serez  longues  saisons 
Pour  réparer  la  forFaiture 
Que  Adam  fist  en  la  morsseure 
En  la  pbmme  que  il  menga. 
£ve  de  lui  bien  se  venga 
Comme  conseillié  iuy  avoie. 
Elle  ensuy  tantost  la  voie 
De  faire  mon  commendement. 
Ainssy  pluseurs  oommunenient 
S'aclina  bientost  envers  moy , 
Et  sy  dé^ut  äutry  que  soy. 
Fay,  Bélias,  &y  bon  feu  de  lä , 
Et  j'en  feray  aussy  de  sk. 
Nous  en  veorons  trop  bien  k  chief 
Et  leur  ferons  assez  ntieschief 
A  vant  que  soient  eschapez. 

BiUAS. 

II  sont  ore  bien  atrapez 
Ceulz  que  tenons  en  noz  prisons; 
De  crapaux  aront  venoisons , 
Rost  de  serpens  et  de  couleuvres. 
On  lez  sert  touz  selonc  ieurs  4MiTres ; 
Puls  entremez  d'escorpions, 
De  chesnes  ardens  lez  lions ;    ' 
Ainssy  servons-nous  noz  subgiez. 

YSAIE. 

Hé,  vrai  Dieu,  sommes-nous  Jugié 
A  touzjours  sanz  rédempcion  ? 
Accomplissiez ,  nous  vous  prion  ^ 


46  LA    NATIVITK 

Car  förment  sommes  engaigié. 

BELGIBUZ. 

Je  croy  que  cilz  sont  enragié, 
Qui  tant  braient  ore  förment. 

BRLIAS. 

Belgibuz,  il  ont  sentemcnt 
De  ce  que  Diex  Icur  a  promis, 
Et  pour  ce  le  te  diz,  amis , 
Une  vierge  est  mariée 
Que  Dieu  a  partant  honnourée 
Par  laquelle  au  monde  vendra. 
Vierge  devant ,  apres  sera  , 
Et  sy  sera  <Je  tel  regnon 
Que  qui  rcclamera  son  nom 
Ne  pourra  faire  tant  de  mal, 
Soit  veniel  ou  criminal, 
Soit  par  promesse  ou  par  don , 
Que  ne  ly  face  vray  pardon 
Qui  se  voudra  a  elle  offrir. 

BELGIBUZ. 

Faisons-leur  assez  mal  souffrir 
Tendis  que  nous  les  tenons , 
Puisqu'ainssy  perdre  lez  devons ; 
Par  Éve  lez  avoie  conquis, 
Et  par  paine  et  labour  aquis. 

DIEU. 

-Gabriel,  vien  9a,  douz  amis; 
Je  vueil  que  tu  soiez  commis. 
Ma  promesse  vueil  acomplir 
Certainement  saoz  dé&illir. 


DE    S.    S.    JÉSLS-CimiST.  4? 


Et  cez  prophctes  que  j'o  lä 

Crier  en  eiifer  lonc  temps  a , 

Je  ne  puis  plus  leur  cry  souffrir. 

Mez  cielx  me  convient  aourir 

Et  pour  eulz  devandray  hoinme; 

Mört  souffreray  pour  cclle  poname 

Qu'Adam  mänga;  ce  fut  mal  fait : 

Sy  fault  que  par  inoi  soit  refait. 

En  Nazarcth  tu  t'en  yras,  , 

Marie  ou  temple  trouveras, 

A  qui  tu  diras  de  par  moy 

Que  je  voudray  naistre  de  soy, 

En  luy  voudray  char  et  sanc  prendre; 

Je  ne  puis  en  meilleur  descendre. 

Avant  que  je  feissc  le  monde 

La  prédestinai-ge  sy  monde 

Que  pour  moy  on  ne  pourroit  miex; 

De  luy  naistray  et  homs  et  Diex.         , 

Je  luy  seray  et  filz  et  pcre; 

Elle  est  ma  fille  et  sy  est  ma  mére. 

Vierge  avant  et  aprez  sera, 

Ne  jå  son  corps  n'enpirera. 

En  luy  prendray  humaine  vic  ;    . 

De  moy  sera  touzjours  seryie  . 

Et  touz  humains  racheteray. 

Et  gloire  et  joie  leur  donrray. 

Va-t-an  bientöt  sanz  fairearrest. 

GABRI£L. 

Sire  ,  g\  vois  et  suis  tout  prest. 
A  la  vi^rgc  digne  et  loial 


48  LA    NATIVITÉ 


Qui  n*a  pas  le  cuer  desloial , 
Je  voiz  tantost  sanz  riens  dolotr , 
Et  fcray  tout  vostre  vouloir. 
Cy  voise  å  Nostre-Dame,  et  die  å  genoDx  : 

j4{fe  Maria  gratiå  plena, 
Marie,  Dieu  te  sault,  Marie. 

nOSTRE-DAME. 

Ha ,  mon  douz  Créatour ,  vostre  aie ! 
Onques  mais  ne  viz  tel  clarté. 

GABRIEL. 

N'aiez  le  cuer  espo vente , 
Envers  Diea  as  grace  trouvéc  ; 
Par  toi  est  joie  recouvrée 
Qui  par  Evain  estojt  perdue. 
N'aiez  paour  de  ma  venue, 
Marie ,  en  trestout  bien  encline. 
Voy  Elizabeth ,  ta  cousine , 
Qui  estoit  brehaigne  clamée ; 
Nostre  Sire  l'a  tant  amée , 
Et  sy  bien  y  a  proveu  , 
.VI.  moisa^u^elle  a  conceu. 
Marie  Vierge ,  yceluy  Diex , 
Qui  créa  la  terre  et  lez  ciex, 
De  sa  gråoe  t'a  remplie, 
De  ses  angtes  seras  servie. 
Cy  rafuray  le  nom  Éve 
En  toy  disnnt  lez  douz  ave. 
Diex  te  mende  qui  est  ton  pére , 
Qu'il  est  ton  Klz  et  tu  sa  mére ; 
En  toy  il  prendra  char  hufnaine 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  49 


t  '  V-' 


Pour  cez  amis  öster  de  paine  ; 
.1.  tel  enfant  tu  concevras 
Dont  ä  ton  cuer  grant  joie  auras : 
D'Adam  vuelt  paier  le  forfait. 

NOSTRE-DAME. 

Angles,  comment  sera-ce  fait? 
Oncques  n'eu  d'omme  atouchement. 
J'ay  touzjours  vescu  chastement ; 
Dy-moy  comment  estre  pouroit 
Que  vierge  mete  enfanteroit  ? 
N'cn  plus  ne  pouroit  avenir 
Que  en  ce  pot  peust  florir 
Une  verge,  ce  seroit  fort. 

GABRIEL. 

Marie,  n'aiez  desconforl,  ' 

Mais  soiez  certaine  et  seure  '' 

Tu  demoras  et  saine  et  pure, 
Et  vierge  ton  corps  demorra  j 
De  riens  qui  soit  n'enpirera , 
Mais  tout  ainssy  com  la  verriére 
Du  soleil  qui  demeure  entiére 
Quant  son  ray  par  my  oultre  passé 
Qui  ne  la  brise  ne  ne  quasse , 
Ainssy  demoura  ton  corps  sains. 
Du  lait  dez  ciex  est  ton  sain  plains , 
Marie,  de  quoy  sera  norris 
Et  aletez  le  doulz  Jhesucris;  , 

Gar  en  toy  prendra  forme  d'omme 
Ly  Roys  des  roys,  ce  est  la  sofnme; 
Tu  es  sa  mére,  il  est  ton  fiex ; 
u.  4 


50  LA    NATIVITÉ 


De  toy  naistra  et  horns  et  Diex. 
Dieu  fu  avant  par  déité , 
Horns  sera  par  humanité. 
Adonc  se  mettra  en  toy 
Et  abatra  la  maise  loy ; 
Nulle  rien  impossible  n'est 
A  Dieu  sy.tost  com  il  ii  plaist : 
En  toy  vendra  le  Saint-espéris. 

MOSTRE-DAME. 

Ainssy  soit  (ait  com  tu  me  dis  : 
Diex  en  qui  est  toute  bonté , 
De  moy  face  sa  volenté  ; 
Car  je  vois  la  verge  florie. 
Diex,  qui  sur  touzas  seignorie, 
Mon  Créatour,  je  suis  t'encelle , 
Je  suis  ta  serve ,  je  suis  celle , 
Preste  suis  de  toy  recevoir. 

GABRIEL. 

Marie ,  plus  cy  remanoir 

Ne  puis,  je  m'en  revois  és  ciex. 

NOSTRE-DAMEi 

A  vous  me  rens ,  gloriex  Diex , 
A  faire  vostré  volenté. 
Dez  biens  me  faites  ä  plenté , 
Mon  cuer  savez  certainement. 
Et  mon  désir  entiérement. 
Faites  de  moy  tout  voz  plaisir  y 
En  voiis  amer  est  mon  désir. 

Cy  descende  .i.  coulom  qui  soit  falt  par  bonne  maniére. 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHHIST.  5 1 

LB    MESAGIEB. 

Cy  ne  fais  rien  certainement, 
Aler  m'cn  vueil  isnellement; 
Horns  olscux  ne  vault  une  pomme. 
Je  m'en  yray  tout  droit  ä  Romme. 
L'évcsque  n'a  de  moy  que  faire, 
Vers  l'emperiére  me  vueil  trair. 
Bien  say  8'il  me  veult  retenir 
Moult  grant  profit  m'en  puet  venir, 
Meillieur  ne  puis  aler  quérant 
Et  je  suis  légier  et  courant, 
Aler  y  veuil  sanz  plus  atendre ; 
A  celle  fin  vueil-je  entendre. 

JOSEPU. 

• 
Certez  dure  men  t  suis  lassez, 

Gar  j'ay  soufTert  paine  assez 

Et  ay  longuement  séjourné; 

Or  suis,  Diex  mercy,  retourné ; 

A  paines  me  puis  soustenir : 

Hasté  me  suis  de  revenir. 

Marie,  belle  trez-doulce  amie, 

Pour  Dieu  ne  vous  desplaise  mie 

De  ce  que  j'ay  tant  demouré. 

NOSTRE-DAME. 

Louez  soit  Dieu  et  aouré ! 
Je  vous  désiroie  förment 
Bien  veniez  certainement. 
Estez  vous  sain  et  bien  haitié  ? 
De  voz  travail  ay  grant  pitié. 
Comment  le  fait  noz  parenté  ? 

4. 


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DE    N.    S.    JÉSUS-CHHI^.  53 


l'emperiére. 


Beau  sire,  je  le  vous  octroie ; 
Comment  avez  å  nom  ?  dictez  le  moy. 

LE  MESAGIER. 

Lcgier  äy  nom ,  sire ,  par  foy ; 
Ainssy  m'apel-t-on  certainement. 

l'emperiére. 
Legier  semblez-vous  vrayment ; 
Je  vous  retien,  mon  mcsagier. 
Maistre  Sartan,  sanz  plus  targier, 
Envoiez-lc  ou  vous  savez. 

S ART AN. 

Legier,  ne  say  s^apris  Tavez,     • 
Il  convient  que  tantobt  errant 
En  Bethléem ,  alez  courant 
Crier  par  toute  la  contrce 
Que  chascun  sanz  taire  arrestéc 
Viegne  ä  César  sanz  délaier 
Pour  sa  distribucion  paier 

A  quoy  il  son  t  trestouz  tenuz. 

...  j 

LE  MESAGIER. 

Tantost  je  seray  revenuz 

Et  feray  voz  commandement. 

SARTAN . 

Va-t-an  bien  tost  legiérement 
Et  met  en  sauF  ceste  monnöie 

LE  MESAGIER. 

Maistre  Sartan ,  Dieux  vous  doint  joie ! 
Je  n'ay  que  de  courir  talant , 
Boire  me  fauldra  en  alant. 


54  LA    NATIVITÉ 


J08EPH. 

Vrais  Diex ,  que  mes  cucrs  est  plains 
Et  de  douleur  est  mon  cuer  tains. 
Et  que  trez  förment ,  il  m^esnoie ! 
Certez ,  estre  mört  je  vouldroie 
Que  trop  laidement  suis  deceu. 

NOSTRE-DAME. 

Joseph  y  qu'avez  vous  apperceu , 
Qui  demenez  tel  marremeni? 
Je  vous  voiz  penssis  malement ; 
Avez  chose  qui  vous  ennoie. 

JOSEPH, 

Certes,  bien  mourir  je  vouldroie, 
Que  j'ai  le  cuer  abosme  et  triste. 

NOSTRE-DAME. 

Quel  chose  vous  a  esté  dicte  , 
Trez-doulz  frére  ?  dictez  le  moy. 

JOSEPH. 

Il  est  escript  en  nostre  loy 
Que  fame  prise  en  advoultire 
Son  corps  est  livré  ä  martire : 
Tantost  est  arce  et  lapidée ; 
Y  ceste  loy  est  en  Judée. 
Or ,  voy-je  bien  qu'ainssy  mourrez  : 
Excuser  ne  vous  én  pourréz. 
Vous  estez  grosse,  bien  le  voy  ; 
Pas  ne  direz  que  c'ést  de  moy  , 
Et  puisqu^ainssy  estez  ensainte, 
Convaincue  estez  et  atatnte. 
En  ce  pais  n'a  baulte  dame, 


DE    N.    S.    JÉSUS-GHRIST.  55 

S'il  luy  avenoit  tel  clifTamme, 
Qui  ne  fust  errant  lapidée. 
Quant  OD  sära  la  renommée 
Que  n'cstez  pas  grosse  de  moy , 
Arse  serez,  cc  poise  moy. 
L'évcsque  m'avoit  enchargié 
Que  voz  corps  ne  fust  empirié, 
Or,  avez-vous  trestout  gaste 
Et  perdue  vostre  chasté ; 
Ensainte  estez  de  virenfant: 
En  voz  flans  le  voy  remuant. 
L'en  vous  faisoit  et  necte  et  pure , 
Mais  or  voy  lever  voz  sainture , 
Et  combien  que  soiez  delTaite 
Ne  pourroie  véoir  que  deffaite 
Fussiez,  et  pour  tant  m^enfuiray, 
En  longtain  päls  m^en  yray, 
Et  sy  ne  say  quelle  partie. 
Diex  sy  a  pure  départie , 
Je  m'en  voiz,  vous  demorez  lasse, 
A  grant  douleur  vous  serek  arse ; 
Se  poise  moy  ne  vous  puis  aidier. 

NOSTRE-DAME,    å  genOUS. 

Vrais  Diex  qui  me  feistes  nuncier 
Par  Tangle  et  dire  le  salu 
Qui  me  vauldra  le  mien  salu , 
Vous  reposez  dedans  mon  corps 
Tant  que  bien  appert  par  dehors 
Onques  n'en  senty  nuUe  painé, 
Mais  demourray  entiére  et  saine^ 


56  LA    NATIVITÉ 


Et  sy  say  bien  certainement 

Que  je  vous  sens  pesiblement 

En  mez  flancs.  Vrais  filz  et  vrais  pére, 

Confortez  voz  fille  et  voz  mére, 

Et  ce  preudomme  qui  s'en  fuit, 

Envoiez  luy  vray  conduit, 

Et  luy  donnez  sy  bon  confort 

Par  quoy  il  reviegne  å  droit  port ; 

Vray  Dieu,  ä  vous  me  suis  donnée. 

DIEU    LE    PÉRE. 

Gabriel,  va  sanz  demorée 
A  Joseph ;  de  par  moy  Ii  dis 
Qui  ne  s'en  voit  point  hors  du  pais 
Pour  Marie,  c'elle  est  ensainte, 
Gar  elle  est  Vierge,  pure  et  sainte  : 
Du  Saint-Esperit  est  toute  plaine ; 
D'elle,  naistra  mon  Blz  sanz  paine, 
Ja  son  corps  n'en  empirera  ; 
Vierge  devant,  aprez  sera. 
Il  fait  que  fol  de  s'en  Fouir, 
Méz  il  se  deult  bien  resjoir 
Et  tenir  bonne  coaipaignie. 

GABRIEL. 

Sire,  g'i  vois,  n'en  doubtez  mie, 
Faire  vueil  voz  commandcment, 
Trez  doulz  pére  du  firmament. 

JOSEPH . 

Vray  Dieu,  vray  pére  omnipotens^ 
Je  suis  au  cuer  triste  et  dolens, 
Quant  de  Marie  me  souvient 


i 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  5'J 


Et  ainssy  aler  m'en  convient. 
Vray  Dieu,  pour  quoy  avez  souffert 
Que  Marie  la  vie  pert, 
Et  qu'ellg  a  fait  sy  grant  oultragc 
Qu'elle  a  brisée  son  mariagc. 
Or,  convient-il  que  je  la  lesse ; 
Jamez  nul  jour  je  n'aray  léesse. 
Or,  suys-je  certain  sur  mon  äme 
Qu'il  est  fol  qui  se  fie  en  famme. 
Doulz  Diex,  envoiez  Ii  confort! 

GABRIEL. 

Joseph,  pren  en  toy  reconfort, 
Ne  te  vueille  desconforter, 
Nouvelles  te  viens  apourter, 
Et  angles  suis  qui  viens  h  toy. 
Dieu  dez  ciex  te  mende  par  oioy, 
Que  tantost  tu  ne  lessez  mie 
Que  ne  retournes  å  Marie, 
Et  gardez  bien  que  å  nul  fuer 
Tu  n^aiez  couroux  å  ton  cuer. 
Diex  Va  de  sa  grace  inspirée 
Dont  elle  n'est  point  empirée, 
Car  elle  oon^ut  dignement 
Et  sanz  charnel  atouchement. 
Son  fruit  le  mont  rachetera, 
De  douleur  le  delivrera  ; 
Retourne  tost  sanz  contredire. 

JOSEPH. 

J'obairay  a  nostre  sire, 
Avcc  Marie  mc  tendrav 


58  LA    SATIVITÉ 


E  diiigammeot  garderay, 
Puisque  Tangle  ainssy  m'a  dit 
Qu'ensainte  est  du  Saint  Esperit. 

LE    MESAGIER. 

Je  veuil  cy  crier  hauilcment 

Et  laire  le  commaodement 

De  Césaire  qui  m'a  commis 

L^emperiére,  et  m'a  transmis 

A  crier  cy  ä  haulte  voix : 

OeZy  seigneurs,  oez^  oez, 

De  par  rcmperiére  de  Romme 

Et  le  graigneur  de  touz  iez  hommes^ 

Que  portez  voz  distribucions 

Chascun  ou  temple,  c'est  raisons. 

En  la  cité  de  Bcthléem 

Assez  prez  de  Jbérusalem  ; 

Alez  y  sanz  arrestoisou 

Dedans  .111.  jours,  que  c'est  raison. 

Sachiez  qui  ne  l'y  pourtcra 

A  remperiére  tort  fera ; 

Or,  y  alez  hastivement, 

Que  c^est  raison  certainemeut. 

JOSBPH. 

Vers  Yous  reviens,  ma  douloe  amie, 
Pour  Dieu  ne  vous  desplaise  mie 
Que  certez  vous  ay  mespris. 

IIOSTRE*DÅiIE« 

Loé  soit  le  doulz  Jbesucris 
Qui  ainssy  vous  a  visité ! 
Sien  avez-vous  touzjogrs  esté ; 


DE    N.    S.    JÉSUS-CimiST.  69 


De  voslTc  retour  suis  bien  aise. 

JOSEPU. 

Pour  Dieu,  m'ainie,  ne  vous  despiaise 
Du  blasme  que  je  vous  ay  dit. 
Point  ne  le  tenez  en  despit  : 
Mercy  vous  en  ay  humblement , 
Car  je  S9ay  bien  ccrtainement 
Que  vous  estez  et  nete  et  pure 
Sanz  nul  péché,  sanz  nui  ordure, 
Et  sy  portez  entré  voz  flanz 
Le  roy  qui  partout  est  puissans. 
Or,  vous  ay  folement  mescreu 
Que  d'autre  vous  eussiez  conceu  ; 
Trez  douice  amie,  non  avez, 
Je  le  s^ay  et  vous  le  savez  : 
Mercy  vous  cry  douice  Marie. 

NOSTRE   DAME. 

Joseph  ne  vous  courrouciez  mie ; 
Pardon  vous  fais  ccrtainement. 
Loé  en  soit  Diex  haultement 
De  quoy  vous  estez  revenu ; 
Or,  sachiez  que  Diex  Pa  volu. 
Sy  voiz  visiter  ma  coustne 
Elizabeth  qui  est  moult  digne, 
Qui  est  ensainte  vrayement 
D'un  saint  enfant  ccrtainement, 
Car  le  saint  angle  le  me  dist. 


HONEST  ASSE. 

Dame,  tout  ce  sy  passera 


6o  LA    NATIVITÉ 


Ce  povez  savoir  ceste  nuit, 

Et  pour  Dieu  qui  ne  vous  ennuit 

Une  autre  fois  miex  vous  Ferav. 

NOSTRE-DAME. 

Joseph,  cy  me  reposeray, 
Mais  vous  n^arez  pas  loisir, 
J'en  suis  certaine,  de  dormir  ; 
II  vous  fauldra  aler  bon  erre 
En  cesle  ville  du  feu  querrc ; 
Pour  ccrtain  je  veuille  traveiller. 

JOSEPU. 

Ne  sai  qui  m'a  vouldra  baillier 
Pourcertain,  ma  trez  doulceamie, 
Mez  pourtant  ne  demorra  mie 
Que  je  n'en  quiére  ou  prez  ou  loing 
Si  tost  qu'il  en  sera  besoing. 
Je  n'y  feray  pas  longue  ätten  te, 
A  vous  servir  metray  m'entente, 
De  toutes  eztez  non  pareiHe. 

LE    MESAGIER. 

11  est  temps  que  je  m'apareille 
Pour  m'en  aler  tantost  arriére ; 
De  vers  mon  mestre  Teraperiére 
En  Roménie  retournerav 

m 

Tout  au  plus  tost  que  je  pourr^y 
Bonnement  sanz  moy  traveillier 
Gentillement  comme  mesagier. 

NOSTRE-DAME. 

Joseph,  se  Diex  vous  puist  secourir 
Alez  bien  tost  du  feu  quérir 


\ 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  6 1 

Ne  faites  pas  longue  demeure, 
De  traveillier  s'aprochc  l'eure, 
Joseph  ne  vueilliez  plus  actendre. 

JOSEPH. 

Volontiers  j'yray  du  feu  prendre 
En  Thostel  de  ce  marichaK 

LE     MAlCHfAL. 

Trainez  å  qucue  de  cheval 
Puist  estre  aujourduy  mon  varlet ! 
Assez  pis  vauh  qui  ne  soultoit 
Que  de  mon  profit  peu  s'en  soigne. 
Point  ne  veult  venir  en  besoigne, 
En  luy  ne  trove  point  d'aventage, 
Mez  que  tout  cotiroux  et  domage 
Pas  ne  me  fault  yty  sbngier, 
Et  mettre  me  fault  ä  forgier. 
NOstftE-DJkME,  å  genoos. 
Ha  !  douz  pére  du  Brmament 
Qui  tout  Feistes  certainement 
Le  ciel  et  la  terre  et  la  mer, 
Vous  doy-je  servir  et  amer  ? 
Et  sy  savez  bien  la  mesure 
Combien  ciel,  terre  et  mer  dure. 
Sire  Dieu,  quand  le  ciel  fut  iait 
D'angles  l'amplistez  tout-å-fait ; 
Mez  ceulz  en  enfer  descendirent 
Qui  ä  orgueill  se  conséntirent.        ' 
S'y  vous  prie  douz  roys  dfex  ciex 
Qui  estez  péres  et  vrais  Diex 
Que  confort  me  vueilliez  donnef', ' 


62  LA    NATIV!TÉ 


Et  vostre  grace  habandonner  ; 
Pas  ne  m:'avez  mis  en  espasse 
Du  quel  don,  de  la  quelle  grace. 
Trez  doulz  Dicx,  je  vous  regracie 
Trez  humblement  et  remercie, 
Car  plus  de  grace  fait  ni'avez 
Que  de  biens  en  moy  ne  savez. . 
Puisqu'il  vous  a  pleu  å  moy  faire 
Tel  don  de  trestout  mon  afTaire , 
Je  vous  requier  et  vous  supplie, 
Qu'ainssy  com  vous  m'avez  remplie 
De  vostre  filz  et  sanz  délit 
Doulz  pére  sy  com  vous  abelit, 
VeuUiez  douflrir  par  vostre  amour 
Que  sanz  doulour,  que  sans  clamour 
A  Ten&nter  delivre  soie 
A  sauveté  et  ii  grant  joy^. 

DIEU. 

Michiely  Gabriei|  venez  a  moy  ^ 
Alez-vous  en,  sanz  plus  d'asnoy, 
En  Bethléem  sanz  arester 
Ges  cicrges  å  Marie  porter  : 

LES   AMGLES. 

Nous  yrons,  sire,  hastivement. 
En  chantant  chascun  s'y  octroit 

GABRIEL . 

Or  y  alons  chantant  tous  di*oit, 
En  portant  ces  cierges  ardant 
A  la  Vierge  digne  puissant ; 
Or  nous  mettons  touz  ä  la  voie. 


DE   N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  63 

M1CHTEL 

Bien  devons  tuit  demener  joie 
Quant  ia  dame  du  Brmament 
Diex  dez  ciex  servir  nous  envoie 
Qa  jus  en  son  cnfantement. 

(Gy  chantent  Feni creaior  Spiräus,  en  alant  i  Nostrc-Dame,  et  puis 

die. 

GABRfEL. 

Da  mes  qui  cstez  vrayment 
De  touz  angles  la  souveraine , 
Dieu  veult  que  certainement 
Vous  délivrez  sans  nulle  paine : 
Tous  ly  mondes  en  aura  joye. 

MICHIEL. 

Dame,  voz  filz  veult  c'on  y  voie 
Lå  ou  g^siez  sy  poTrcment : 
Dez  cierges  ardant  vous  envoie^ 
Par  nous  sachiez  certainement. 

GABRIEL. 

R'alons  nous  en  ysnellemcnt 

Et  demenons  tres  tous  grant  joie. 

Diex  iy  péres  du  firmament 

Donra  lumiére  qui  claroie 

Au  monde  véritablement , 

Gar  c'est  cilz  qui  touz  biens  enVoie. 

joseph; 
Feure,  amiz,  pour  Dieu  mercy 
A  grant  besoing  suis  venuz  cy : 
De  vostre  feii  me  vuerlliez  donner. 


64  LA    NATIVITÉ 


LE    MaRICHAL. 

N'en  vucille^  nul  mot  sonner^ 
Point  n'en  arez  certainement. 
R'alcz  vous  en  hastivement, 
Sire  viellart,  fuiez  de  cy. 
Qui  vous  fait  point  venir  ycy 
Pour  moy  empeschier  de  forgier  ? 
Bien  me  faitez  cy  cnragier. 
Fuiez  de  cy,  sire  villains  ; 
De  mal  talant  estez  touz  plains  : 
Je  croy  que  vous  estez  espie. 

JOSEPH. 

Amis  pour  Dieu  je  voussupplie 
Ne  vous  vueilliez  pas  courroucier. 
.1.  pou  vous  vueilliez  avancier 
De  moy  donner  .i.  pou  de  feu  y 
Gar  je  ne  S9ay  ou  trouver  lieu 
Ou  puisse  avoir,  cc  n'est  ä  vous ; 
Et  je  vueil  bien  que  sachiez  vous 
Que  ma  tamme  souvent  travaille. 
Sy  (ault  que  bien  tost  ä  luy  aille 
Et  sy  a'avons  point  de  clarté  : 
Assez  avons  de  povreté 
Et  de  paine  et  de  travaili,, 

LE    MARICUAL. 

« 

D'mi  gros  båton  de  ce  travaill 
Je  te  donray  ä  boime  chiére 
Se  ne  te  trais  tantost  arriére. 
Or  te  diray  que  tu  feras: 
Point  de  mon  feu  n'enporteras 


DB    N.    S.     JESUS-GHRIST.  65 

S'en  ton  mantel  tu  ne  l'enportes. 
Ne  sqay  pas  se  lez  gens  enortes , 
Gar  point  n'en  auras  autrement. 

JOSEPH. 

Je  le  vueill  bien  certainement ; 
Sy  vous  plaist  ycy  m'en  donnez. 

LE    MARICHAL. 

Tenez,  viellart,  cestuy  prenez 
Et  Femportez  en  voz  giron. 

Cy  le  mete  en  son  giron,  puis  le  regarde. 

JOfiEPH . 

Diex  le  vous  rende,  biau  preudon ! 

LE    MARICHAL. 

Ha  las^  amy,  j'ay  trop  mespris  : 
Certes  bion  doy  estre  repris 
Du  blasme  que  je  vous  ay  dit ; 
Pas  ne  le  tenez  en  despit. 
Vostre  bonté  pas  ne  savoie, 
De  ce  que  je  voiz  ay  grant  joie, 
Gar  vous  étes  .1.  preudons  sains  ; 
Vos  gironz  demore  touz  sains. 
Et  c'est  le  feu  enclos  dedans. 

JOSEPH. 

Je  vous  pardonne  maulx  talans, 
Gar  cilz  qui  touz  biens  envoie 
Vous  doint  honneur,  santé  et  joie ! 

Gy  voise  ä  Nostre-Dame  en  portant  le  feu  en  son  giron  et  die  : 

Ghiére  dame,  ne  vous  desplaisc 
De  vous  estoie  en  malaise  ^ 
II.  5 


66  LA    NATIVITK 


Mais  certes  je  vous  fais  savoir 
Que  du  feu  ne  povoie  avoir, 
Ma  doulce  amie  débonnaire. 
Dont  vous  vient  ce  beau  luminairc  ? 
Oncques  ne  vys  sy  grant  clarté. 

NOSTRE    DAME. 

Les  anges  ly  ont  aporté 
Tout  maintenant  du  paradis. 
Joseph,  biau  frére  et  amis, 
Alez  pricr  å  Honnestasse 
Qu'elle  viengne  cy  une  espasse 
Pour  recevoir  le  vray  sire 
De  tout  le  mondc  et  de  rempire. 
Joseph,  ä  vous  pas  n'apartient 
De  estre  cy  quant  le  temps  vient; 
Sy  ne  sens-je  mal  ne  détresse, 
Ains  est  mon  cuer  plein  de  léesse, 
Car  je  demeure  fille  et  mére, 
Sans  sentir  nuUe  paine  amére. 
Joseph,  faites  la  sä  venir. 

JOSEPII. 

Dame,  g'i  vois  sans  alentir. 
Ne  tarderay  ne  pas  ne  heure  : 
Je  prie  å  Dieu  qu'il  vous  sequeure 
Par  sa  mercy  et  face  aie. 

Cy  voise  å  Uonestasse  et  die  : 

Doulce  amie,  je  vous  prie 
Qu'un  pou  viengnez  ä  ma  moillier, 
Qu'elle  commence  a  travaillier 
Tout  maintenant  de  vif  enfant 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  67 


Du  roi  du  monde  tout-puissant. 
Pour  Dieu,  belle,  je  vous  en  prie. 

HONESTASSB. 

Certes,  amis  se  g'y  aloie 

Aide  ne  ly  pourroie  faire 

Dont  ce  me  vient  a  grant  contrairc. 

Nulles  mains  n'ay  que  .11.  moignons 

Qui  sont  enclos  en  cez  manchons, 

Que  véoir  povez  sy  en  droit. 

JOSEPH. 

Belle,  pour  Dieu  ne  vous  ennoit ! 
Vous  savez  qu'å  moy  n'afierl  mie. 
N'å  homme  qui  enfant  manie 
Nouvei ;  sy  venez  luy  aidier. 
De  riens  n'en  povez  empirier; 
Je  vous  en  prie,  or  y  venez. 

HONEST  ASSE. 

Biau  preudons  et  amis  senez 
A  mon  povoir  ly  aideray 
Et  Tanfant  enmailloteray, 
Certes  j'en  feray  mon  devoir 
Selon  la  loy  a  mon  povoir  : 
Cest  charité  ä  Dieu  plaisans 
Aidier  auls  povres  passans, 
Et  Dieu  en  la  loy  qui  bailla 
A  Moyse  le  commanda 
Il  est  certain,  ne  doubtez  mie. 
Cy  Yoise  å  Nostre  Dame  et  die  : 

Diex  soit  avec  vous,  doulce  amie. 
Et  vous  doint  paix,  santé  et  joiel 

5. 


68  LA    NATIVITÉ 


NOSTRE    DAME. 

Amen^  amie,  Diex  vous  en  oye, 
Et  vons  maintiegne  en  sainte  foy! 
M'amie5  soiez  avec  moy. 
Honestasse,  ma  doulce  amie, 
Betenez  le  doulz  fruit  de  vie 
Et  lo  sauveur  de  tout  le  monde 
Que  je  conceups  et  vierge  et  monde, 
Sans  de  mon  corps  empirement 
Et  sans  charnel  atouchemcnt; 
Vierge  en  fus  et  suis  encoire. 

HONEST  ASSE. 

Or  VOUS  tien-je  doulz  roy  de  gloire, 

Mon  vray  Dieu  et  nion  vray  seigneur. 

Bien  m'avez  fait  honeur  greigneur 

Que  vers  vous  n'avoie  deservy. 

Vous  m'avez  bien  en  gré  servy  ; 

Je  n^avoie  ne  doiz  ne  main, 

Benduz  les  m^avez  pour  certain. 

S'en  ceust  que  ennuit  deussiez  nestre 

On  vous  eust  receu  comme  grani  mestre, 

Gar  piesga  estes  attenduz. 

Or,  estes-vous,  sire,  vcnuz 

Ce  n'est  pas  en  sale  parée 

Mais  en  hale  désordonnée. 

Or ,  ne  sgay  comjoae  aliOttcbier 

Quant  n'ay  drapiaux  pour  le  coucbier; 

Je  fais  doubte  que  ne  vous  blease. 

Coucbiez  serez  en  cestc  crcche. 

La  nuit  est  de  froidure  plaine , 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  6g 


Et  cez  bestes  de  leur  aiaine 
Sy  vous  feront  venir  chaleur. 
Autrc  conseil  n'y  s^ay  meillieur. 
Couchiez  serez  moult  povrement : 
Vous  le  deussiez  estre  autrement. 

LES  ANGES,  chantant  Fenicreator  spiritus, 

Josephy  venez  hastivement. 
Véez-cy  le  roy  du  (irmament ; 
Faites  de  i'eaue  chaufer  bien  tost. 

JOSEPU. 

Madoulce  amie,  je  voiz  tantost. 

GRATEMAUVAiz,  mesagier. 

Par  Mahon ,  j'ay  ionc-temps  séjourné , 

Ne  rien  n'ay  fait  ne  cheminé  , 

Et  touzjours  n'ay  fait  que  despendre. 

Or  veull  déz  hors  mais  entendre 

A  gaignier  .1.  pou  de  monoie. 

Je  in'en  yray  par  cesle  voie , 

Mon  chemin  par  Rooime  tendray, 

Et  ä  l'emperiére  m'en  yray. 

Cy  s^en  voise  par  devant  lez  ydoles  et  lez  regarde  cheutes  et 

puis  die : 

Ha  hay !  Juppiter  est  trabuohiez , 
Et  sy  est  Tescript  eflaciez. 
A  Temperiére  m'eii  yray 
Et  trestout  ly  raconteray. 
Troter  m'estuet  ysnellement : 
Plus  ne  fejray  d'arrestement. 

Cy  voise  å  Temperiére ,  et  die  a  genou»  i 
Empereur ,  souverain  roy , 


fO  L\    NATIVITE 


Je  vien  å  vous  par  grant  desroy ; 
Nou velies  vous  vien  apportar. 

L'EMt>EllEUR. 

Juppiter  te  puist  gärder  I 

Or  me  diz  bientost  cez  nouvelles. 

LE    MESAGIER. 

.Volentiers,  mez  ne  sont  pas  belles 
Pour  vous,  sire,  ne  doubtez  mie. 
L'autruy  passay  par  Romcnie : 
Lä  viz  touz  vos  diex  trabuchiez , 
Et  sy  est  Tescript  deffaciez ; 
Ainssy  est-il  certainement. 

l'£MPERLUR. 

Ha  hay,  Sartan!  véez-cy  lourment; 
Se  mesagier  me  dit  la  råge. 
Ha  hay ,  que  ferai-ge  ? 
Juppiter  sy  est  trabuchiez 
Et  sy  est  Tescript  deffaciez; 
Bien  me  doit  le  cuer  fondre  d'ire. 

SARTAN. 

Or  alons  lä  hors  véoir ,  sire , 
Se  celle  est  elie  point  appert 
Don  t  Balaam  par  le  en  appert. 

Cy  voisent  hors  de  leur  eschaufault  et  regardeDt  le  del ,  et 

puis  die  : 

SARTAN. 

Sire,  véez-la,  elle  est  apparué. 
Certes ,  ce  est  bien  chose  sceuö 
Que  vierge  mére  a  en  fante. 


DE    N.    S.    JÉSUS-CIIRIST.  »7 1 


l'empereur. 


Sartan,  je  voy  la  grant  clarté 
De  restoille  qui  resplandist 
Ainssy  comme  Baiaam  le  dist. 
De  ce  ne  veull  pas  contredire : 
De  moy  est  nez  .r.  plus  grant  sirs. 

DIEU    LE    PÉRE. 

Gabriel,  en  tens  que  je  vueil  dire  , 
De  ce  ne  me  fay  contredire  ; 
Va-t-en  nuncier  auls  pastoreaux 
Qui  lä  jus  gardcnt  les  aigneaux , 
Que  le  filz  Dieu  est  nez  de  mére, 
En  Bethléem ,  c'cst  chose  clérc , 
£t  a  couvert  ma  déité , 
Par  puissanced'u mani té  : 
Au  peuple  le  facent  savoir. 

GABRIEL. 

Sire ,  g'i  vois  sans  remanoir 
Vostre  naissance  anuncier  : 
Auls  pastoreaux  vas  prononcicr , 
Gommen  t  estes  nez  de  Marie. 
Je  m'y  en  vois  sans  faire  eslrie. 

Cy  voise  auls  pastoreaulx  et  die  : 

GOBELIN  ,  premier bergier. 
Riflart,  es-tu  lä,  je  te  prie? 

R1FLA.RT,  second  bergier. 
G'y  suis  voir  ou  je  n*y  suis  mie. 

GOBELIM. 

Be  déa,  Kiilart,  di-moy,  es-tu  ce? 


^2  LA    3fiTITlTE 


Rf  FL ART. 

Or  3sAu  bien  teste  d^aotroce  : 
Ce  suis-je  ou  oe  ne  sois-je  pas  ? 

GOBELIN. 

Vas-Ui  ou  le  tröt  oo  le  pas? 
Ne  me  re^)ODt  poiot  de  trarers. 

RTFLART. 

Je  vois  OU  adant  ou  envers , 
Ou  droit  oe  je  ne  me  repose. 

GOBEL1N. 

Eli  non  Dieu  Tecy  bonne  diose  : 

Tu  me  tiens  bien  pour  .t.  fol  quoquart. 

RIFLART. 

Or  escoute ,  moquin  moquart , 
Donne-moy  pinie  au  matinet. 

G0BELn«. 

Mais  sus  ta  teste  .i.  bacinet, 
Je  tedonray  ou  .111.  foisou  .un. 

RIFLART. 

Mais  tu  auras  la  fiévre  quarte  > 
.XX.  acezou  .xl.  ou  .xxx. 

GOBELIN. 

J'ay  plus  chier  que  ceste  rente 
T'aviengne,  car  je  n'en  ay  cure. 

RIFLART. 

Va  9  donne-moy  d'une  froissure 
Ou  la  mulete  d'un  mouton. 

GOBELIN. 

mais  .1.  estron  t. 


DE   N.    S.    JÉSUS-CURIST.  ^3 


HIFLART. 

boif. 

GOBELIN. 

Je  n'ay  pas  soif , 

Il  me  fanxh  ou  fleute  ou  flaioil. 

RIFLART. 

Va  vendre  .1.  fassel  de  glaioil , 
Sy  achete  ou  musetes  ou  pipes. 

GOBELIN. 

Donne-moy  denrrée  de  tripe» 
Et  je  te  donray  de  mon  poin. 

RIFLART. 

Le  veul-tu  ? 

GOBELIN. 

Oil. 

RIFLART. 

Ten  ta  main. 
Cy  crochc. 

GOBELIN. 

Grant  male  meschaiice  t^aviegne ! 

RIFLART. 

Mais  au  plus  mauvaiz  de  Compi^ne  y 
Ou  au  pire  de  Harecourt. 

GOBELIN. 

Je  vueil  desjeuner  brief  et  court , 
Il  me  lault  aler  sur  grant  pont. 

RIFLART. 

Atens  Toef ,  ma  geline  pont. 

GOBELIN. 

Ou  dca,  cest  acertes,  Ritlart. 


74  LA    NATIVITÉ 


RIFLART. 

Par  saint  mört ,  tu  diz  voir  guimart , 
Fay  aussy  sv  t'en  pren  envic. 

GOBELIN. 

Je  te  vueil  tenir  compaignie. 
Cy  se  séent  et  mengussent  jusques  Tange  parle  å  euls. 

GABRIEL. 

Åmis,  ne  soiez  en  eflroy 
Et  vous  metez  en  bon  aroy, 
Car  Diex  ly  péres  Jr  vous  m'envoie 
Pour  anuncier  une  grant  joie 
Qui  est  venue  par  tout  le  monde. 
Diex  a  son  fliz  envoié  au  monde, 
Qui  vrayment  est  nez  de  mére 
Et  sy  soufirera  mört  amcre. 
En  Bcthléem  le  trouverez, 
Puis  au  peuple  Tanuncerez; 
De  riens  esbahis  n'en  soiez. 

GOBEUN. 

Ha !  hav!  que  je  suis  effroié, 
Onques  ne  vis  sy  grant  clarté 
Et  say  lonc-temps  bergier  esté. 
D'une  voiz  ay-je  oy  le  son, 
Dv-nous  comment  tu  as  ä  non 

90 

Qui  as  parlé  ä  nous  sy  fort. 

GABRIEL. 

Point  ne  soiez  en  desconfort  : 

Je  suis  anges  de  paradis 

Que  Diex  m'a  sy  a  vous  tramis 


DE    N.    S.    JÉSUS-CHRIST.  ^5 


Pour  vous  anuncier  ces  nouvelles, 
Et  qui  tant  sont  bonnes  et  belles  ^ 
De  par  luy  le  vous  fais  savoir.    • 

RIFLART. 

Amis,  or  nous  fais  asavoif  ^ 
Se  Diex  est  nez  de  paradis. 
Ne  soiez  du  dtre  tardis 
Des  Douvelles  telles  qui  sont. 

GABRIEL. 

Moult  grant  joie  ensamble  Tönt 
Touz  les  angez  du  paradis. 
Si  vous  diray,  biauz  doulz  amis. 
En  Bethléem  est  nez  nouveaulx 
Ly  Roy  des  roys  célestiaux. 
Je  le  vous  dy  certainement; 
Alez-y  tost  ysnellement 
Et  sy  le  denunciez  au  peuple^ 
Grant  joie  en  sera  pour  le  peuple  i 
Je  m'en  vois,  plus  ne  demorray, 
Certes  plus  ne  vous  en  diray* 
A  Dieu;  soiez  mes  bons  amis, 
Qui  vous  doint  paix  et  paradis. 

GOBELIN. 

Riflart,  entens-tu  ces  nouvelles? 
Oncques  mez  n'oy  les  pareilles 
Ne  les  merveilles  que  cilz  nous  a 
Contées  qui  ä  nous  cy  parlé  a. 
Il  dit^  je  Tay  bien  enlendu, 
/  Qu'en  Bcthiccm  est  ilescendu 


76  LA    NATIVITÉ 


.1.  bel  enfant  sy  povrcment 

Qui  est  sires  du  firmament 

Et  roi  du  monde  et  roi  des  cieux. 

RIFLART. 

Certes,  je  l'ay  entendu  mieux 
Que  tu  n'as  &it  biau  Gobelin. 
Mon  amy  es  et  mon  voisin, 
Véoir  l^alons  et  je  t'en  pric , 
Et  sy  disons  une  estampie 
De  noz  .11.  bons  instrumens. 

GOBELIN. 

Alons,  tu  es  bons  garnemens 

Et  chalumelons  touz  .11.  ensamble. 

RIFLART. 

Je  le  vueil ,  monstre  moy  examplc 
Et  apres  toy,  g'iray  trop  bien. 

GOBELIN. 

.     ,  .Or  vien . 

Cy  voisent  å  Nostre-Dame»  et  de  loignet  die. 

GOBELIN. 

Il  me  samble  certainement 
Que  Tenfant  voy  sy  povrement 
Entré  ces  bestes  la  gésir  ; 
Ailleurs  ne  le  vueil-jeplus  querir. 
Dy  moy  beau  conpaing,  le  voy-lu? 

RIFLART. 

Malotru,  quoquart,  testu, 

Je  le  voy  mieux  que  tu  ne  iais. 

GOBELIN. 

Tu  as  inenty,  voir  tu  n^onfais. 


DE    N.    S.    JES13S-CI1RIST. 


77 


Tu  n'en  fais  mio  lo  samblant. 

RIPLART. 

Tu  diz  voir  c'est  .1.  bel  enfant; 
Je  le  voy  bien  avec  sa  mére. 
Jc  te  prie,  faisons  bonne  chiére 
Et  iouons  Dieu  bien  hauUement. 
Quant  Tavons  veu  certainement, 
Au  peuple  bien  tost  Fanun^ons. 

GOBELIN. 

Ccst  trop  bien  dit ;  or  y  alons, 
Et  en  detnenons  trés-grant  joie. 
Or  nous  metons  tost  a  la  voie 
Et  je  feray  une  estampie 
Pour  Marion,  ma  douice  amie. 

GR\TEMAUVAIZ. 

En  mon  dorment  hier,  je  songoie 
Qu'en  la  ta  ver  ne  joliz  estoie 
Et  demenoie  moult  grant  feste ; 
Mais  chanler  nne  covient  de  jeste 
Une  chan^on  tropt  merveilleuse 
Qui  au  cuer  me  fut  angoisseuse; 
Car  quant  j'oy  mengié  et  beu, 
Je  me  trouvay  tropt  bien  dé^eu ; 
Car  a  paier  il  me  covint. 
Ne  s^ay  que  mon  argent  devint, 
En  ma  bource  n'en  trouvay  point 
Ce  meschief  me  vint  mal  h  point, 
Car  gaige  mc  covint  lessier, 
Qui  me  fist  mon  jeu  abessier. 


!.«  i^r^^^Ti  lE   f     T.    -i=.-^=-»Dmi5Fr. 


'T*'  jm  Dia  -ai-  Mvnit;  sseruicc 


"^  'nan&inft  iåst::i&  ts.  3inu& 


L    .     ±X?^i  VT 


CY  COMMENCE 


LE 


GEU  DES  TROIS  ROYS 


QUI  ALÉRENT  AOURER  N.  S.  JHÉSUSCRIST. 


PREMIEREMENT   LE  SERMQN 


yidimus  stellam  ejus  in  Oriante  et  venimus  cum 
muneribus  adorare  Dominum, 

Trés-doulces  gens ,  or  entendez 
El  diligaument  regardez  : 
Noble  chose  voirrez  relraire 
Qui  ä  l^ennemy  est  contraire, 
Que  ce  soit  voir  la  vraie  mére 
Du  monde ,  qui  sans  tache  amére 
Porta  le  juste  crucefix 
Et  cell e  de  quoy  estre  filx 
Doit  chascun  corps  de  créature; 


8o  LB    GBU    DES    TROIS    ROIS. 

Car  sur  fortune  et  sur  nature 

Est  royne  et  mére  clamée, 

Des  anges  servie  et  amée 

Comme  non  pareil  de  valae. 

Sy  est  droit  c'  on  la  salue 

Du  salut  qui  nous  conforta 

Quant  Gabriel  ly  apporta 

Du  vouloir  Dieu  en  révélant. 

Sy  disoBS  en  luy  appelaoc 

Agenous:  a  j^^fe  Maria. 

f^idimus  stellam  eJuSy  etc, » 

Diex  ly  doint  bien  qui  se  tera 

Et  en  paix  jouer  nous  lera ! 

Or  vous  prie  trestous  ensamble 

Que  regardez  ce  bon  vous  samble. 

Retraire  verrez  noble  chose 

Qui  au  cuer  nous  doint  estre  enclose. 

Et  sera  k  tous  profitabie 

Sy  plaist  a  Dieu  l'espéritable. 

Chascun  de  nous  sy  doit  savoir 

Que  nous  devons  le  cuer  avoir 

K  Dieu  qui  nous  fist  et  forma 

Et  qui  doulcement  nous  ama , 

Que  nestre  voult  de  vierge  mére 

Pour  nous  06ter  de  mört  amére. 

Sy  entendons  diligemment 

A  luy  «mer  pariaitement, 

Et  en  ces  euvres  voulions  entendre 

Que  meillieurs  ne  povons  aprendre. 

Or  vueil  retourner  ä  matiére 


LE   GEU   DBS   TROIS   ROYS.  8 1 

Qui  sera  boDne,  ferme  et  eotiére , 

Sy  en  prie  Dieu  de  cuer  fin 

Que  venir  m'en  doint  ä  bonne  fin. 

Quant  le  vray  Dieu  fut  nez  de  mére 

En  Bethléem,  c'est  cbose  dére, 

Diex  ly  péres  certainement 

Envoia  tost  isnellement 

L'ange  nunder  aulx  pastoureaub: 

Que  nez  estoit  ly  roy  nouveaulx, 

Qui  seroit  roys  de  toul  le  nionde 

Et  qui  tout  tendroit  å  la  ronde , 

Et  qu'au  peuple  le  denun9assent 

Que  nuit  et  jour  point  ne  oessassent.    * 

Trestout  cecy  verrez  retraire 

S'un  pou  de  temps  vous  voulez  taire  ; 

Puis  sy  verrez  sans  faire  aloigiie 

Gomment  lez  .iii.  roys  de  Golc^gne 

Virent  Testoille  en  oriant 

Qui  leur  aloit  segnefiant 

Que  nez  estoit  ly  roys  des  roys 

Et  qu'aourer  ly  soient  touz  trois^ 

Sy  com  Balaham  profétiza 

Ainssy  le  dist  et  devisa 

Qu^esloille  ystroit  de  Jacob 

Et  sy  naistroit  lors  ä  ce  cob 

.1.  enfant  des  flans  d^une  famme 

Sans  santir  natureil  difiamme* 

Ainssy  se  mistrent  ai:|  chemin 

Ges  .111.  roys  comme  :pelerin« 

L'un  de  Tautre  rien»  jie  savoit 


u. 


t 


82  LE   GBU   DES    TROIS   ROYS. 

Que  Diex  ainssy  lés  gouvernoit, 
Et  puis  apres  sV  s'asaTnblérent; 
Pas  longuement  ne  demorérent 
Et  ce  mistrent  en  une  route  : 
Leur  chemin  tindrent  par  Hérode  , 
Et  tant  qu'avcc  löy  furent 
Oncques  l'estoille  n'apper9urent. 
Sy  ly  oontérent  leur  afaire 
Les  .111,  roys  de  noble  afTaire 
Qui  h  Hérode  förment  desplut, 
Més  son  courroux  riens  n'y  valut. 
Sy  dist  aulx  roys  qui  retoufnassent 
Par  luy  quant  ils  repassassent ; 
Ainssy  les  .iii.  roy  oe  partirent: 
Tantost  leur  estoille  revirent ; 
Dieu  en  loérent  haultement 
Quant  it  leur  fistdetnonstrement. 
L^estoille  d'aler  s'dpresta 
En  Bethléem ;  Ik  s^aresta 
Ou  nez  estoit  le  vråy  roy 
Et  \k  se  mistrent  en  aroy. 
Les  .111.  roys  de  grant  noblesce 
Acomplir  vouldrent  leur  promesse 
Devant  Tenfant  le  roy  Jhésus  : 
La  ce  sont  lez  roys  aparus. 
Sy  ly  oflFrirent  léurs  présans 
Or,  rairre  avec  encens 
Que  Diex  re^ut  et  prit  en  gné 
Dont  ilz  viiidréiA  en  hault  degréV 
Quant  lez  roys  öl^cnt  acömply 


LE   GEU    DES    TROIS  ROYS.  83 

Que  Diex  ne  mist  pas  en  obly, 
Isnellement  se  départirent ; 
D^eulz  r'ennaler  sy  entendirent. 
Par  Hérode  tindrent  1'adresce, 
Car  tenir  youldrent  leur  promesce ; 
Mais  de  dormy»  leur  prist  talant. 
Sy  s'endormirent  incontinent 
Et  tantost  Diex  leur  envoia 
Son  ange  qui  les  avoia 
Et  leur  dist  que  pas  ne  r'alassent, 
Par  Hérode,  mez  s'en  alassent 
Par  autre  voie  ,  car  morir  ^ 

Lez  feroit  sans  point  alentir.  1 

Quant  l'ange  ot  fak  son  message 
Lez  .111.  roys  de  noble  parage 
Se  esveillérent  isnellement. 
Oy  avoient  en  leur  dorment 
Ce  que  Tange  leur  avoit  dit. 
Pas  n'alérent  au  contredit, 
Mais  une  autre  voie  espiérent. 
Droit  en  leur  pais  s'en  alérent 
Dont  Hérode  fut  moult  déceulz. 
Sy  s'avisa  comme  confus 
Dez  .111.  roys  qui  pas  ne  venoient 
Sy  comme  promis.ly  avoient. 
Cez  sergens  inanda  par  grant  yre  : 
Apertement  leur  ala  dire 
Isnellement  sans  plus  tarder 
Ålassent  lez  portes  gärder 
Que  les  .ui.  roys  pas  ne  passassent, 

6. 


^ 

* 


I  u  tii«eie 


iM  fi0r^m^/  «t4iMC  iift  JutUm  ia  <säaBn  « linr  r«La  ra0ff« 


I  /«/fiM  fdHi  cUz  qui  lönt  avoie ! 


LB   GEU   DES   TROIS   ROYS.  85 


L'estoille  voy  certainement 
Dont  Balaham  fist  le  trestement 
Et  dist  en  la  prophécie, 
Bien  pert  qu'elle  est  assaucie, 
Que  de  Jacob  estoille  ystn^t 
Et  .1.  enfés  de  vierge  naiströit 
Diex  ly  péres  omQipotens 
Vers  lez  parties  d'OriaDty 
Et  que  .111.  roys  le  requerroient 
Qui  de  sa  ligniée  ystroient. 
Or  avons  lonc  temps  actendu 
L'estoille  qui  nous  a  rendu 
Sy  grant  clarté  nouvellernent ; 
Or  s^ay-je  bien  certainement, 
Gar  oncques  méz  nulz  ne  la  vit, 
Suir  la  vouldray  sans  respit 
Tant  que  l'enfant  aray  trouvé 
Et  de  mon  trésor  aprouvé. 
Du  plus  lin  or  que  fineray 
Presant  et  bonneur  ly  feray. 
Ceste  coulpe  cy  toute  plaine 
Ly  offreray  ix  son  demaine. 
C 'est  droit  que  or  aifiert  ä  roy ; 
De  naouvoir  veul  prendre  Taroy. 
Ja  pour  homme  ne  le  lesray 
Que  je  ne  suive  cest  cler  ray, 
Ne  pour  guerre  ne  pour  baine 
De  moy  face  de  voir  ly  digne. 
N'aresteray  ne  bourc  ne  ville, 
Non  pour  quant  le  roy  de  Sezille 


86  LE  GEU  DES  TR01S  ROYS. 

Me  het  a  mört  et  Quins  de  Terce^ 

Gar  moult  leur  av  fait  grand  apresse 

Par  guerre  dont  les  ay  grevez. 

Sire,  vuelliez  que  sauvez 

Soie  tant  que  trouvay  vous  aray 

Et  plus  d'arest  je  nV  feray 

Qu 'apres  cc  roy  je  ne  m'en  voise. 

MELCHION ,  second  roy. 
Trés-doulz  Diex  ,  pas  ne  me  poise 
De  ce  fait  cy  certainement 
Qui  cy  nous  fais  démonstpement 
Par  celle  estoilie  que  je  vois  luire  , 
Qu'å  moi  n'ä  aultry  ne  puist  nuir& 
Fors  profiter  en  monstrant 
La  Nativité  de  Penfant 
De  quoy  Balaham  prophéti^a. 
Ainssy  raconté  esté  nous  a 
Que  de  Jacob  estoilie  ystroit 
Et  adonc  .1.  enfés  nat3troit 
Roys  des  cieulx  et  roys  du  monde^ 
Je  voy  bien  quUi  est  nez  au  monde. 
Par  ce  cler  signe  que  je  voy  lä 
Tant  le  suivray  que  gMray  Ik 
Ou  celuy  est  qui  Ta  fait  luire. 
En  ce  fait  me  veul-je  déduire  : 
N^aresteray  pour  mört  pour  vie 
Ne  pour  homme  qui  me  guerrie> 
Et  sy  me  het  le  roy  d'Arrable. 
Or  m'en  gart  Diex  1^3spéritable     ' 
Qui  fist  la  mer  et  toutez  gens  : 


LE  GEU  DES  TROIS  ROYa.  87 


Ceste  bouite  plaine  d'enQens 
Ly  porleray  pour  sacrefice. 
Chose  ly  face  qui  ly  souffise 
Et  me  ramoint  ä  sauveté. 

JASPAR,  tiers  roy.  ' 

Grant  joie  ay  de  la  clarté 
Que  je  voy  lä  qui  cy  resplant, 
Qui  luit  plus  cler  qu^un  oriflaal 
Dont  Balaham  fist  le  trestement. 
Ainssy  est-il  certainement 
Q'une  estoille  ystroit  de  Jacob, 
Et  s'y  nestroit  hors  a  ce  cob 
.1.  enfant  dez  flans  d'une  famme 
Sans  sentir  naturel  diffamme. 
Or  voy  bien  qu^  cilz  est  nez  : 
J'en  puis  bien  estre  assignez 
Par  ce  cler  signe  que  je  lä  voy. 
Or  vueil  je  prendre  errant  Taroy 
De  le  servir  sans  plus  d'arrest. 
Tant  que  saray  ou  Teniant  est 
Ne  doubleray  ne  roy  ne  conte 
Tant  me  hée  de  quoy  tace  conte 
Gar  ne  leroie  pour  morir 
Gesle  clcrc  estoille  ä  suir 
S'aray  trouyay  ce  doulz  condliit 
En  la  quel  main  nous  somme^  tuit, 
Et  pour  ce  qu'a  pris  corps  mortel 
Ly  porteray  oflrende  tel 
Gommc  de  mirre  plaine  boii^t   ^ . : 
Oigncnicnt  est  qui  ce  lient  mpilo : 


j 


88  LE   GEU   DES    TROIS   ROYS. 

S'afiert  bien  ä  la  sépulture 
D'oaime  mortel  et  ä  nature. 
A  celuy  m'en  yray  droite  voie ; 
Or  ly  prie-je  que  je  le  voie: 
Ge  ray  suivray  sans  arestance. 

BALTAZAR. 

Sans  faire  longue  demorance 
Sy  me  sarray  pour  esprouver 
Comment  conpaignie  trouver 
Pouray  qui  s'en  voit  ceste  voie. 

MELCHION. 

II  me  samble  que  séoir  voie 
.1.  roy  en  my  ce  chemin 
Tout  seul  comme  .1.  péierin  * 
Baltazar  est,  ce  m'est  avis, 
Roy  d'Arable  k  tous  plevis; 
Espié  m'a  si  com  je  croy. 
A  luy  yray  sanz  désaroy, 
Mercy  et  pardon  ly  requerray ; 
Sy  m'asault  ne  me  defTendray 
Qu'å  luy  n'a  aultruy  ne  vueil  mal, 
Ains  pardon  tout  de  cuer  royal 
Et  vueil  com  vrais  martir  morir. 

BALTAZAR. 

Il  me  semble  vers  moy  venir 
Que  je  voy  Meicbion  de  Sezile. 
Ne  s^ay  sy  scet  par  nulle  guille 
Que  je  doie  passer  par  cy . 
A  luy  yray  crier  mercy 
De  tout  ce  que  mefTait  ly  ay, 


LE   GBU    DES    TBOIS    ROY^.  89 


Car  moult  lonc  temps  guerroié  l'ay  : 
Ne  scay  si  m'en  fera  pardon. 

MELGHION. 

A  roy  Baltazar,  ou  saint  nom 
De  celui  qui  sa  jus  nous  maine, 
Vous  cry  mercy  de  la  grief  paine 
Que  vous  ay  fait  en  guerroient. 
Ce  voulez,  jetie  suis  néant, 
Prenez  mon  branc,  copez  mon  cbief ; 
Bien  en  povez  venir  å  chief : 
Vers  vous  point  ne  me  deflendray. 

BALTAZAR. 

A  roy  Melchion,  non  feray, 
Ains  me  met  en  voz  volentez. 
De  moy  faictes  vo?^  talantez  : 
Copez  mon  chief,  ce  povez  faire  ; 
Faites  hardiement  sanz  meftaire 
Car  pardon  vous  fais  bonnement. 

MELGHION. 

Sy  fais-je  å  vous  certainement. 
Baltazar,  qui  vous  amaine  cy  ? 
Ne  pour  quoy  estez  venuz  cy 
Tout  seul  ainssy  sans  conpaigoie  ? 

B ALT AZ AR. 

Celle  estoille  de  ray  gai^nie 
Dont  Balaham  fist  le  trestemei^t^ 

MELGHION. 

Certes  sy  vicn-ge  prestement 
Apres  lui  tant  que  soie  assigné 
A  l^enfant  petit  nouvel  né 


go  LE  GEU  DES  TROIS  ROYS. 

Et  pour  oe  sui&-je  venuz  cy. 

Or  nous  seons  .i.  pou  icy. 

Venir  me  semblc  le  roi  de  Tarce  : 

Vers  nou5  s'en  vient  sanz  fairo  espasse ; 

Le  plus  qui  puet  vers  nous  s^adresse. 

Vrais  Diex  que  j'ay  grant  léesse ! 
Baltazar  voy  et  Melchion 
Parler  ensamble  sanz  tancoa. 
Je  cuit  qui  soientt  acordez, 
Point  ne  lez  voy  désacordez. 
Je  me  tiens  en  pbédiance, 
Vrais  Diex,  qu'avez  grant  puissance^ 
Ces  .11.  ai  guerroiez  lonc  temps. 
Ne  scay  si  spnt  de  moy  cQntemps. 
De  tout  ce  que  leur  ay  n^efiait 
'       Ne  scay  s'il  yront  au  deAait : 
J'irai  ä  eulz  crier  mercy 
Puisque  trouvez  le^?  ay  ycy. 

Cy  voi&e  présd*eulz,  pois  die  : 

Seigneurs  .11.  poysqui  este^  lå, 
Aiez  mercy  de  moy  qui  a 
Mespris  vers  vous  en  toutes  guises. 
Toutes  vengences  soient  prises ; 
A  vous  me  rens  tout  ä  bandon 
Et  de  ma  moit  vous  fait  pardon  : 
De  moy  faictes  touz  voz  plaisir. 

B\LTAZ4R. 

Nous  voulons  faire  voz  plaisir  ' 

En  l'onncur  de  celui  qui  cc  ray 


LE    GEU    DES   TR0I9    ROYS.  9 1 


Nous  envoie  par  conduit  vray. 
Ou  alez  vous  ?  or  le  nous  dites. 

J ASP AB. 

Les  choses  sont  ainsy  escriptes 
Qui  sont  prophétiziés  de  pie<jå, 
Que  une  éstoille  que  je  voy  la 
Qui  nae  malne  vers  Oriant, 
Et  la  est  nez  ly  roys  puissant, 
Et  celuy  vois-je-aourerj  * 
Servir  le  vueil  et  honorep, 
Et  pour  ce  suy-je  cy  venuz. 

MELCIIION. 

Sire,  vous  soiez  ly  bien  venuz! 
Loez  soit  Diex  de  cest  afTaire ! 
Bien  nous  doit  ä  tous  .111.  plairo 
Qui  ainssy  nou$  a  asseinblez  \ 
Prions  ly  que  désassemblez 
Ne  soiens  tant  que  l'aiens  vcu. 

BALTAZAR. 

Puis  qu'ensy  est  qui  ly  a  pleu 
De  nous  ainssy  aconpaignier, 
Or  vous  prie-jc  sans  espargnier 
Que  ne  veullons  dcmcure  faire 
Et  n^empeschons  pas  cest  aflaire , 
Car  bien  véons  noble  exanoplo. 

MBLCHION. 

Seigneurs,  je  lou  que  tous  ensambic 

Nous  nous  mestions  eit-esrav 

t/ 

Et  pour  certain  je  croy  de  vray 
Que  cilz  qui  touz  bions  nous  envoie 


Gettes,  c  ^       ^  quan^  *  V-- 

Car  toou^t  ^  ^;^^^.  .         ^ 


LE  GEU  DBS  TROIS  ROTS.  pS 


Ceste  estoille  aler  nous  fera. 
Bien  per  t  que  cilz  est  grans  sa  jus 
Qui  tel  signe  fait  lassus. 
Certainement  cilz  est  Dieu  vray 
Qui  sur  nous  fait  luire  ce  ray ; 
Et  quand  Diex  le  nous  envoie 
Pour  nous  mencr  ä  droite  voie , 
Or  me  dites,  qu'atendons-nou8  ? 

MELCHION. 

Sire,  c'est  voir ;  avan9ons  nous. 
€y  voisetit  en  tonr  le  champ  puts  die : 

MELCHION. 

Seigneurs,  au  poroir  Hérode  somes ; 
Cest  .1.  grant  homs  enlre  lez  homés. 
Yrons-nous  point  parler  a  luy? 
Savoir  sy  scet  riens  de  celuy      ' 
Que  nous  quérons  et  nous  adrecier  ? 
Ce  nous  pourra  bien  avencier. 
Bien  croy  quMl  nous  ensaignera. 

JASPAR. 

Alons  y  véoir  qui  nous  dira  ; 
Ne  puet  qui  n'en  saiche  parler. 

BALTAZAR. 

Cest  bien  dit  :  penssons  de  Tåler. 
Cy  voisent  entonr  le  cfaamp  jusques  le  mesagier  dit  parlé. 

TRÖTEMENU,  mesagier. 
Aler  m'en  fault  ysneltement 
A  Hérode  certainement 
Pour  lui  conter  et  retraire 
De  ces  .iii.  roys  lout  leur  aiaire        . 


94  I^K   ^^^    ^^^   TROIS    ROTS. 

_  -  ---- 

Qui  eiitrcz  sout  en  son  pais  : 

Ne  scay  sMl  est  de  eulz  hais. 

Troter  me  fault  plus  que  le  pas  ; 

Plus  ne  feray  ycy  repas 

Que  ma  borce  est  mal  garnie ; 

Aler  ne  puis  en  conpaignie. 

Y  n'i  a  miton  ni  croisete  ', 

Une  chose  est  qui  me  dehete  ; 

Sy  sachiez  bien  certainement 

J'cn  yray  plus  légiérement. 
Yoise  .1.  ^ur  eutour  le  champ,  puis  dieå  Hérode 
Hérode,  roys  de  noble  affaire, 

De  grant  Dieu  vous  vueille  parfairel 

Nopvelles  vous  viens  anuncier. 

HÉRODE. 

Bien  soiez  venuz,  mesagier, 
Or  le  nous  dy  appertement. 

TROTEMEISU. 

Tantost;  sire,  certainement 
Vous  en  diray  trestout  le  voir. 
Hérode,  bie  vous  faiz  sa  voir 
Que  .111.  roys  son  t  en  vostre  terre 
Entrez;  ne  scay  qui  viengnent  querre, 
Et  touz  ceulz  son  t  sans  conpaignie, 
Sans  bacheler  ne  sans  mesgnie, 
Ne  je  ne  scay  quelle  part  ilz  yont 
Ne  de  quelle  partie  iiz  sont. 
L'aultruy  lez  viz  a  Garnemuz 
Et  tantost  vers  vous  suis  venuz. 


(i)  Petites  piéces  de  momiaie. 


LB   GEU    DBS    TROIS   BOYS.  gS 

Ainssv est-il,  Irés  doulz  beaulx  sire. 

HÉRODE. 

De  cc  que  me  diz  ay  grand  yre. 
Maistres  Hermés,  venez  avant; 
Plus  corrociez  suis  que  devant. 
Avez  oy  que  cilz  m'a  dit : 
En  mon  cuer  en  ay  grand  despit. 
Il  dit  que  .iii.  roys  entrez  son  t 
En  mon  royaulmc  bien  parfont ; 
Conseilliez  m'en  que  j'cn  feray. 

IIERMÉS. 

Certes,  sire,  je  vous  diray 
II  sera  bon  que  vous  sachiez 
Quel  part  ilz  vont,  et  en  sarchiez 
Qui  vont  quérant  ne  qui  demendent. 

HÉRODE. 

Tantost  saray  a  quel  fin  tendent. 
Mesagier,  bien  tost  ysnellement 
Va-tcn,  bien  tost  appertement 
Et  te  diray  que  tu  feras. 
A  cez  .III.  roys  tu  t*en  yras  : 
Viengnent  bien  tost  h  moy  parler 
Que  savoir  vueil  qu'ils  vont  quérant. 

TROTEMENU. 

Cerlez,  sire,  g'i  vois,  corant 

Et  vostre  commendement  feray, 

Et  aux  .III.  roys  bien  je  diray 

Ce  qu^avez  dit,  mon  chier  seigneur. 

HÉRODE.: 

'  Va,  n'areste  ne  nuit  ne  jour. 


96  LE  GEO  DES  TR018  BOTS. 

TROTEMENU. 

Aler  m'en  &ult  saoz  demorée : 
Faire  me  fault  bonne  journée. 
Au  111.  roys  bien  tost  in'en  yray 
Et  mon  mesage  leur  conteray. 

Cy  Toise  au  .ui.  roys  el  die  : 

Seigneurs  .iii.  roys  de  noble  afaire^ 
Le  grant  Dieu  vous  vueille  par£aiire  I 
Ilérode,  le  grant  roy  puissant, 
IVfenvoie  a  vous  tout  en  présant 
£t  vous  ooende  ainssy  par  moy 
Que  vous  ailliez  sans  nul  desnoy 
A  luy  parler  ysnellement. 
Véoir  vous  veult  certainement ; 
Alez  y  tost  sanz  plus  d^arest. 
De  movoir  me  vueil  fåire  prest 
D'aler  en  .1.  aultre  mesaige ; 
Laissier  ne  vueil  pas  mon  usaige : 
Je  m'y  en  voiz  hastivement. 

BALTAZAR. 

Tantost  yrons  certainement. 

Seigneurs ,  or  penssons  de  l'aler  : 

Sy  alons  k  Hérode  parler ; 

C 'est  .1.  grans  horns  cntre  lez  homes. 

En  sa  subjeccion  maintenant  somes. 

Et  aussy  parierons  k  luy 

Savoir  sy  scet  rien  de  celuy 

Que  nous  quérona  et  nous  atrecier  : 


LB    GEU   DBS   TROIS   ROYS.  97 

Ce  nous  pourra  bien  avencier ; 
Sy  alons  véoir  qui  nous  dira. 

MELCHION. 

Espoir  quMl  nous  ensaignera; 
Ne  puet  qui  n'en  sache  parler. 

J  ASPAR. 

Cest  bien  dit,  penssons  de  l'aier. 
Cy  Yoisent  entonr  le  champ  pais  die  : 

« 

BALTAZAR . 

Seigneurs,  entendez  a  moj. 
Il  me  samble  que  je  Ik  voy 
Hérode,  roy  de  noble  afaire. 
Alons-y  nostre  fait  retraire  : 
A  luy  parleray  le  premier. 

MELCHION. 

Or  le  faisons  sanz  détrier. 

Gy  Toisent  å  Hérode,  pais  die : 

BALTAZAR. 

Hérode,  qui  a  grant  povoir 
Et  qui  tout  fist  a  son  vouloir, 
Vous  doint  santé,  joie  et  honeur ! 

HÉRODE. 

Bien  viengniez-vous,  noble  seigneur ! 
Dictez-nous,  sy  vous  vient  k  plaisir, 
Dont  estez  vous  et  que  quérir 
Venez-vous  cy  en  ceste  tcrre  ? 
Estez-vous  chaciez  de  guerre  ? 
Dictez-le  nous,  je  vous  en  prie. 

MELCHION. 

Hérode,  voulez  que  je  vous  die. 
II.  7 


or  toe  d\te9  ^  -^^et. 

Q«Vano«9C«*^^„,^vé« 

Nesté,q«^^°;^b„a»a«e, 
-route  créa^^^^^^  ^^p,^go^c. 

Vou9  et  too  ep\anie. 


LE   GEU    DES   TaOIS    ROYS.  99 

Que  de  Jacob  estoille  ystroit 
Et  .1.  enfés  de  Yierge  naistroit; 
Et  celluy  entré  nous  quérons 
Donc  Festoille  veue  avons. 
Pour  luy  servir  et  honnörer 
Venons  nous  cy,  pour  aourer, 
Et  ly  portons  de  nos  trésors. 

liÉRODE. 

Uermés,  bien  son  t  de  leur  sanz  hors 
Cez  .III.  roys  qui  sont  cy  venuz. 
Ilz  nous  dienl  qu'il  est  venuz 
I.  bel  enfant  qui  vont  quérant 
Vers  les  parties  d'örient, 
Novel  nez  qui  est  roys  dez  roys 
Et  hault  juges  sur  toutes  loys. 
A  poy  ne  me  font  enragier ; 
ConseiUiez-moy  sanz  estargier 
Et  me  dites  que  j'en  doie  faire. 

HEHMESa 

Sire,  ne  me  pouroie  taire  : 
Ce  mon  conseil  croirre  vouliez^ 
Il  sera  bon  que  vous  sachiez 
Leur  afaire  certainement. 

HÉHODE. 

Sa,  beauls  seigneurs^  venez  a  van  t : 
Dictes  bien  tost  sanz  contredire 
Ou  alez  querre  c'est  grant  sire  ; 
Maintenant  savoir  le  voulons. 

JASPAR. 

Certes,  sire,  nous  ne  savons 


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LB   6EU    des   TEOIS   ROYS.  101 


Entré  lez  princes  de  Judée^ 

Terre  pelite  est  apelée, 

Certcs  de  toy  .i.  roy  ystra 

Qui  tout  Ysrael  gouvernera , 

Son  pueple  et  gistera  d'essil. 

Et  je  croy  que  ce  est  sil 

Que  cilz  .III.  roys  vont  sy  quérant; 

Et  sachiez  bien  certainement 

Que  le  monde  h  luy  feront  croirre, 

Et  diront  en  parolles  voire 

Que  cilz  enfés  est  roys  du  monde; 

Et  trestout  tendra  h  la  raonde. 

Sy  regardez  qu'en  voulez  faire 

HÉBODB. 

Ce  fait  cy  ne  me  puet  plaire. 
Seigneurs,  .iii.  roys^  venez  avant : 
Quant  vous  aurez  trouvé  Tenfant 
De  cuer  prié  et  aouré, 
Servi,  amé  et  honouré, 
Je  vous  pri,  retournez  par  cy. 
Ciray  a  luy  crier  mercy> 
Car  sachiez,  je  suis  désirant 
De  aourer  le  roy  puissant, 
Et  me  sachiez  dire  au  retour. 
A  luy  yray  sanz  nul  séjour, 
Gardez  qu'en  cela  n'ait  defTaulte. 

MELCUIOM. 

Sy  ferons  nous  sanz  nulle  faulte; 
Tantost  retournerons  par  vous, 
Car  certes  n^i  a  nul  de  nous 


loa 


LB  GEO  ^2__— 


^  ,  ne  f aictes  du  contralre 
Gardex  ne  wi 
Etpenssextostdurev 

Nnstre  estoiVle  pw»  J" 
SrTsuis  förment  esbah.. 

Gettes  mes  cuers  ^^^^^^ 

«n'entre  nous  SJ 
^^^^^  T,cehau\tcondmt 

Xious  avons  taii      h  . 

^dUquaecondua^^^„,,,engne. 

5«-^'°"'ronrW.etenir7 
l^asl  ou  pourrons 

,svvousv\entäp\ai«^ 
Seigneurs,  sy  ^  g^„ous  , 

Metons-nousto«*^.^^^^^„ous 
sy  P"°"t^^'^me  nous  renvole 

^^  ^"^  ^"^Sotement 
^^^^^"aonncondmsement 

Quc  ne  savuii 


LE    GCU    DES    TROIS    ROYS.  Io3 


JASPAR,  ågenous. 

Vrais  Diex  en  qui  n*a  point  d'amer, 
Vueilles  nous  secourir  sy  te  plaist. 
Perdu  avons  dont  nous  desplaist 
L^estoille  qui  nous  conduisoit, 
£t  en  Oriant  nous  menoit  : 
Sy  ne  savons  qu'avons  meftait. 
Vers  toy  quant  vais  au  delTait 
Si  le  prions  doulz  roys  dez  ciex 
Qui  es  vrais  si  res  et  vrais  Diex 
Que  Testoille  tu  nous  renvoiez 
Que  envoié  tu  nous  avoiez, 
Par  quoy  nous  le  puissons  trouver 
Et  tout  noslre  fait  achever. 
Gar  moult  grant  désir  en  avons ; 
Méz  plus  aler  nous  ne  savons, 
Perdu  avons  nostre  lumiére. 

BALTAZAR. 

Seigneurs,  or  faisons  bonne  chiérc  ; 
Je  voy  l'esloille  raparoir. 
Or  la  povez-vous  bien  véoir. 
Gar  cilz  veult  que  nous  la  véons, 
Seigneurs,  qu'enlre  nous  sy  quérons; 
Gar  point  ne  nous  a  oubliez. 

MELCmON. 

Il  nous  a  moult  bien  desliez: 
Louez  soit-il  de  cest  atfaire ! 
Sy  ne  voulons  demeure  faire, 
Et  penssons  fort  de  Tåler. 


Io4  hl&   GEU    DES   TR0I9   ROYS. 


J ASP AR. 

S'ä  mon  souhet  povet  aler, 
Nuit  et  jour  d'aler  ne  feroie. 

BALTAZAR. 

Gertainement  aussy  vouldroie. 

MELCHION. 

Cheminons;  que  Diex  nous  conduise  ! 

J ASPAR. 

> 
Ålons  et  ja  riens  ne  nous  nuise ! 

Et  ne  cessons  tant  que  nous  soions, 

£t  que  Tenfant  trouvé  aions ! 

Cy  voisent  .i.  tour  ou  .11.  enmy  le  cbamp  et  puis  die  Baltazar. 

RALTAZAR. 

Beaulx  seigneurs,  entendez  ä  nioy, 
Et  arestez  .1.  poy  en  quoy. 
Laissiez  me  dire  mon  désir 
A  celuy  que  lä  voy  gésir 
Comme  enfant  és  brås  d'une  famme 
Qui  pain  d'ange  a  homme  samme. 
Sur  luy  est  Testoille  arestée 
Qui  de  nous  a  faicte  la  menée. 
Puis  s'agenoille  devant  Nostre-Dame,  et  puis  die  : 

Sires,  enfés  en  humanité, 
Roys  des  roys  en  divinité, 
Nez  sä  jus  de  mére  sanz  pére, 
Mais  lassus  de  pére  sanz  mére ; 
De  mére  nez  temporelment, 
De  pére  perpétuelment, 
A  roy  dez  roys,  mercy  vous  cry. 
Mon  cuer  vous  doin,  ainssy  le  dy 


-4 


LE   GEU    DES   TROIS   ROYS.  Io5 


De  bouche  et  sy  vous  fais  homaige. 

Et  en  Signe  de  ce  vous  ai-ge 

Du  plus  bel  de  tout  mon  trésor 

Qui  voir  est ;  j'aporte  de  l'or, 

Car  or  sy  apartient  ä  roy. 

D*une  part,  je  voy  sy  Taroy 

Ou  vostre  amour  vous  fait  descendre 

Qui  fait  votre  mére  almomie  prendrc 

Pour  pi^ester  vous  necessitez, 

Car  vosenterimes  povretez 

Avez  espousée  et  enprise. 

Dame  qui  messire  tant  prise 

Qui  ne  puet  plus,  prenez  cest  offre. 

Et  sy  le  metez  en  voz  coflre  : 

Bien  fut  nez  cilz  de  qui  vous  prenez, 

Car  ä  .c.  doubles  le  rendez. 

A  vierge  mére  et  du  ciel  dame, 

A  vous  me  rens  et  corps  et  äme 

Comme  ma  dame  souveraine 

Et  de  toute  doulceur  fontaine 

Et  porte  de  miséricorde, 

NOSTRE-DAME. 

Mon  filz  vous  doint  paix  et  concorde 
Et  iy  plaise  en  gré  recevoir 
Le  don  que  ly  avez. fait  de  voir! 
Regardez,  mes  enfés  Jhesus, 
Cez  -III.  roys  qui  sont  venuz, 
Vous  véoir  de  longucs  contrées. 
Seigneurs,  or  nous  soient  nommées 
Lez  terres  dont  venistes  ev. 


Io6  LE    GEU    DES    TROIS   ROYS. 


BALT\ZÄR. 

Dame,  dame,  pour  voir  vous  dy 
Pålens  sommes  de  longue  terre 
Qui  voslre  filz  venoDS  requerre. 
Je  suis  Baltazar,  roy  d'Arrable, 
Et  sy  Jaspar,  roy  imparablc, 
Et  Melchion  roy  de  Sezille 
Qui  maint  bourc  tient  et  mainte  ville  : 
Ainssy  est-il  certainement. 

MELCHION. 

Hé !  trez-doulz  roys  du  firmamant, 
De  tout  mon  cuer  servir  vous  vueil  y. 
Amer,  doubter,  plus  que  ne  suel ; 
Gar  je  voy  tout  pour  certain 
Que  vous  estes  roys  souverain^ 
Sire,  enfés  en  humanité, 
Roys  des  roys  en  divinité , 
Grant  fin  et  grant  désir  avoie 
De  vous  véoir,  plus  ne  désiroie. 
Or  suis-je  venuz  a  m'entente 
Tant  suis  alé  par  bois,  par  sente. 
Offrende  vous  fais  d'encens, 
Cest  une  oudeur  qui  tres-bon  sent. 
Geste  boite  sy  toute  plaine 
Vous  offre  a  vost^e  demaine  : 
A  vous  appart len t  bien  tel  ofTre. 
Dame,  metez-le  en  voz  coffre, 
Et  ly  prieZy  Vierge  pucelle^ 
Dame,  royne,  humble  encclle  ' 


(1)  Encelle,  anciiia ,  servantc. 


LE    GÉU    DES   TROIS    ROYS.  IO7 


Car  il  Ii  plaise  par  sa  grace 
Que  de  mez  maulx  pardon  me  face 
Et  que  sains  et  saulz  nous  conduise, 
Et  que  nulle  riens  ne  nous  nuise. 
Vierge  raére  et  du  ciel  dame, 
A  vous  me  rens  et  corps  et  åme 
El  ä  vostre  filz  que  vous  tenez. 

NOSTRE-DAME. 

Roys,  cilz  ä  qui  le  donnez 
A  cent  doubles  le  vous  puist  rendre ! 
Filz,  or  vueuUez  en  bon  gré  prendre 
Lez  dons  que  cilz  vous  ont  ofTert. 
Cilz  n'est  mie  fol  qui  vous  sert 
Ain^ois  a  bon  entendement. 

J ASPAR. 

Gloriex  roys  du  firmamen  t, 

Ne  pourroie  plus  tenir 

Que  ne  disisse  mon  plaisir, 

A  vous  sire,  qui  couchiez  estes 

Sy  povrement  entré  ces  bestcs. 

Premier  estes  sans  commandement, 

Darrain  sans  point  de  finement, 

Vie  sanz  mört  et  jour  sanz  nuit, 

Vole  ä  droit  port,  vrais  en  conduit. 

Je  confesse  voz  déité 

Et  la  vraie  humanité 

De  vous,  sire,  mez  grant  désir 

Avoie  moult  de  vous  véir. 

Or  ay  tant  alé  et  venu 

Que  a  vray  port  je  suis  venu. 


I08  LE    GEU    DES   TROIS   ROYS. 


Sy  vous  présente  en  vos  demaine 
Ceste  boite  de  mirre  plaine  : 
GraDt  vertu  a  cest  oignement. 
Je  le  V9US  dy  certainement. 
Si  vous  prie,  dame  débonnaire 
Qui  ä  nulluy  n'estez  contraire 
Que  retenez  cest  present  cil 
Que  j'ay  oflert  ä  vostre  filz. 
Et  ly  priez,  vierge  Marie, 
Que  vers  iui  point  je  ne  varie^ 
Et  nous  remaint  ä  sauveté. 

MOSTRE-PAME. 

Seigneurs,  sachiez  pour  vérité 

Que  vostre  plaisir  je  feray 

Et  mon  chier  filz  je  prieray 

Pour  vous  en  Iui  requérant 

Qu'entre  tous  malx  vous  soit  garent. 

Doulz  Diex,  doulz  roys,  doulz  filz  de  gloire^ 

Vous  vueilliez  avoir  en  ipémoire 

Cez  .111.  roys  qui  cy  son  t  venuz 

De  loing  pais  entretenuz. 

Beaulz  dons  vous  ont  cy  aportez ; 

Assez  ont  eu  de  povretez 

Pour  vous,  biaulz  filz,  en  vous  quérant. 

Or  leur  veulliez  estre  garant, 

Filz  dont  délivre  fu  sanz  paine 

Et  com  Vierge  pure  et  saine. 

En  nom  de  vous  prendray  cest  oftre 

Que  bien  doit  estre  mis  en  coffire, 

Et  vous  prie  Irés-doulx  biaulz  fiex^ 


kAj 


LB   GEU   DES   TROIS   ROYS.  IO9 

Qui  estes  péres  et  vrais  Diex 
Que  cez  predommes  qui  cy  sont 
Qui  leurs  priéres  ä  vous  font 
Que  lez  gardiez  d^encombrement 
De  mal,  d'en8nuy  d'enpeschement  : 
R'aler  veulient  en  leur  pais. 

JOSKPH. 

Seigneurs,  ne  soiez  esbahis, 
Car  cilz  pour  qui  cy  venuz  estes 
Que  cy  véez  entré  cez  bestes 
Vous  donrra  dez  biens  a  plenté 
Et  vous  remenrra  ä  santé 
En  Yoz  päls  certainement 
Que  sires  est  du  firniainent. 
Sy  ly  prierons  moy  et  Marie 
Qu'å  touz  .III.  vous  söit  en  aie 
Et  vous  remaint  ä  sauveté. 

NOSTRE-DAME. 

Mon  filz  leur  donrra  a  plenté 
De  ce  qu'il  y  vont  requérant; 
De  touz  maulx  leur  sera  garant, 
Car  moult  bien  deservy  Pont 
Que  de  loing  pais  venuz  sont : 
Cilz  s'en  veulient  tantost  r'aler. 

JOSEPH. 

Traveillez  sont  de  tant  aler; 
Sy  prie  Dieu  dévotement 
Qui  lez  conduise  å  sauvement, 
Car  ilz  n'ont  mie  estez  avers. 
Certes  beaus  dons  ly  ont  offers ; 


110  *  LE   GEU   DES   TROIS    ROYS. 

Sy  leur  sera  bien  guerdonné. 

NOSTRE-DAME. 

Cilz  å  qui  il  ont  le  don  donné 
Leur  rendra  bien  quant  temps  sera» 
De  leurs  maulx  lez  alégera 
Car  mon  filz  est  miséricors. 

BALTAZÄR. 

A  vous  me  rens  d'åme  et  de  corps, 
Saine  royne  de  tout  le  monde, 
Yierge  en  qui  tout  bien  abonde ; 
Å  vostre  filz  nous  commandons 
Et  en  sa  grace  nous  metons  : 
Dame,  prenez  a  vous  Tottroy. 

MELGHION. 

A  Yous  prenons  congié  tout  troy ; 
Priez  vostre  6Iz  qui  soit  garde 
De  nous,  car  certes  moult  nous  tärde 
Qu'en  noz  pais  nous  en  aillons. 

J  ASPAR. 

A  Dieu,  dame  vous  comniandons  j 
Congié  prenons  de  vous,  Marie ; 
Sy  vous  requier  Vierge  et  déprie 
Quc  nous  veuliiez  avoir  en  garde, 
Car  vravment  förment  nous  tärde 
Que  nous  soions  en  noz  pais. 

NOSTRE-DAME. 

Seigneurs  ne  soiez  esbahis, 
Car  cilz  qui  tout  tient  en  ces  maios 
Vous  conduie  et  sauls  et  sains 
En  voz  pais  sans  vilénie. 


LE    GEU    DES   TROIS   KOYS.  III 

JOSEPH. 

Certes  ilz  n'y  fauidront  mie ; 
Car  il  a  re^u  a  voulenté 
Le  don  qu'ilz  ont  cy  présenlé. 
Cy  prierons  noz  filz  et  noz  pére 
Qui  lez  garde  de  mört  amérc 
Et  lez  remaint  saulz  et  senez 
És  pais  dont  ilz  furent  nez 
Et  leur  doint  la  joie  parfaite. 

Cy  s^en  voysent  les  .ffi.  roys. 

NOSTRE-DAME. 

Joseph  ce  que  dictes  me  hete ; 
Pour  quoy  je  prie  mön  chier  fliz 
Que  ces  .iii.  roys  veulHcz  conduire 
Que  riens  qui  aoit  ne  leur  puist  nuire. 

BALTAZAR. 

Seigneurs,  entendez  mon  plaisir  : 
Acomply  avons  noz  désir 
Que  tant  a  veoir  covetasmes 
Et  moult  de  cuer  ly  en  priasmes. 
Sy  vous  diray  que  nous  ferons  : 
Par  Hérodc  nous  en  yrons, 
Car  ainssy  nous  ly  promismes 
Quant  de  luy  nous  départismes 
Et  ly  conlerons  nostre  affaire; 
Car  certes  moult  ly  devra  plaire, 
Et  pour  certain  grant  joie  aura 
Quant  retourner  il  nous  verra 
Que  Tenfant  a  veoir  convetc. 
De  Taourer  förment  ly  hete. 


112  LE   GEU   I>ES   TROIS   ROYS. 

Si  vous  diray  que  nous  ferons  : 
.1.  pou  ycy  nous  dorniiron  s 
Et  certes  ainssy  je  Poctroy, 
Gar  traveiliiez  sommes  touz  troy  : 
Piega  ne  finasmes  d'aier. 

MELCHION. 

Baltazar,  bien  ferons  de  l'aler 
Par  Hérode  la  droicte  voie, 
Mais  avant  que  plus  nous  esnoie 
Je  lou  que  dormions  .i.  pctit; 
Gar  certes,  j'en  ay  appeltt. 
Förment  nous  sommes  traveiliiez, 
Puis  quant  nous  serons  raveilliez 
Tout  droit  nous  metlons  au  chemin. 
Et  Dieu  en  louerons  de  cuer  fin. 
Et  apres  a  Hérode  conterons 
Tout  ce  que  trouvé  nous  arons, 
Gar  tenir  devons  nos  promesses. 

J  ASPAR . 

Tenir  nous  fauldra  lez  adresces, 
Mais  reposer  nous  fault  avant, 
Gar  nous  sommes  touz  récréant. 
De  cy  dormir  suis  bien  d'acorty 
Gar  nous  avons  fait  le  plus  fort 
Et  puis  s^irons  en  nostre  afaire 
Qui  bien  a  Hérode  devra  plaire. 
Cy  facent  saroblant  de  dormir  jusqoes  Tange  ait  parlé. 

DIEU  LE  PÉRE. 

Gabriel,  entens  a  moy ; 

Dire  te  vueil  sanz  plus  d'esnoy 


LE  GEU  DES  TROIS  ROYS»  Il3 


J'ay  bien  entendu  ma  mére 
De  moy  prier  n'est  pas  amére, 
Et  m'a  requis  pour  .iii.  predommes 
Dez  quielz  servy  esté  nous  sommes 
Et  sont  venuz  de  loing  pais 
De  riens  n'ont  esté  esbahis 
Et  n'oDt  mie  esté  avors^ 
Ain^ois  ont  leurs  trésors  overs. 
OfTrende  ont  fait  å  mon  fiiz 
Que  j'ay  transmis  ou  monde  essis. 
Cez  roys  sy  Ii  ont  fait  presens 
Or,  mirre  avec  encens, 
Et  viendrent  par  le  roy  Hérode 
Qui  a  le  cuer  félon  et  rode. 
Cilz  leur  pria  qui  retournassent 
Par  luy  quant  il  repassassent ; 
S'ilz  y  vont  morir  lez  fera, 
Aultre  vengence  n'en  penrra. 
SUras  ä  eulx  et  leur  diras 
Et  de  par  moy  leur  deflendras 
Que  par  Hérode  ne  se  revoisent, 
Mais  par  aultre  lieu  sy  s'en  voisent. 
Ma  mére  m'en  a  bien  proié ; 
Por  ce  vueil  qui  soient  avoié 
Par  aultre  lieu ,  car  obair 
Doy  a  ma  mére;  ä  son  plaisir 
Faire  comme  filzel  sy  ferai-ge  : 
Ja  de  riens  encontre  n'irai-ge 
De  nulle  riens  qu'elle  me  prie; 
Et  ce  veul  bien  que  chascun  m'oie  : 
II.  8 


Il4  LB   OEV   DES   TROIS   ROYS. 

.   Qui  pére  et  mére  ne  honorera 
Il  soit  certains  de  mört  morra 
Et  sy  vendra  a  maisc  fin. 
Cest  la  conclusion  et  ia  fin  : 
Qui  deshonoure  pére  et  mére 
Il  est  raison  qui  le  conpére. 
Sy  te  diray  que  tu  feras  : 
A  cez  .111.  roys  tu  t'en  yras 
Et  leur  nunceras  de  par  moy 
Que  du  tout  obaissent  k  moy  : 
Sy  t'en  va  tost  sanz  plus  d'arrest. 

GABRIEL. 

Certes,  Sire,  je  suis  tout  prest 
Å  faire  voz  commandement. 
Au  roys  m'en  voys  appertement 
Eulz  anuncier  ce  qu'avez  dit  : 
Point  je  n'iray  au  contredit. 

Cy  voise  au  .iii.  roys  et  die  : 

Seigneurs  .in.  roys  de  grant  bontez, 
N'aiez  voz  cuers  espoventez , 
Car  Diex  ly  péres  a  vous  m'envoie. 
Cest  cilz  qui  de  touz  malx  nestoie, 
Commetez-Yous  en  sa  puissance  : 
D'erreur  en  vraie  cognoissance 
Vous  avez  son  filz  aouré, 
Sy  en  devez  estie  honnouré. 
Il  ne  veult  pas  que  périssiez 
Ne  que  point  d'enconbrier  aiez ; 
Sy  vous  diray  sanz  parabole, 
Entendez  bien  k  ma  parole, 


LE   GEU   DES   TROIS  ROYS.  I  1 5 

L'aultruy  quant  vintes  par  Hérode 
Qui  a  le  cuer  félon  et  rode , 
Vous  ly  demandastes  le  roy 
Nouvel  néy  que  en  bonne  foy 
Le  quériez  pour  luy  aourer. 
Grant  fin  aviez  de  ly  honorer. 
Il  vous  dist  que  retournissiez 
Par  luy  et  faulte  n'y  fissiez , 
Et  qui  le  vendroit  aourer ; 
Il  ment,  méz  murtrir  et  tuer. 
Etsavez  tant  qu'avec  luy  fustes 
Oncques  i'estoille  n'aparceustes. 
Sy  vous  mende  Diex  nostre  Sire 
Qui  est  bon  phisicien  et  bon  mire, 
(Cest  cilz  qui  de  touz  malx  nestoie, 
G'est  celui  qui  touz  biens  envoie), 
A  touz  .III.  vous  mende  salut. 
Sy  vous  anunce  qu'au  retour 
Vous  en  ailliez  par  aultre  tour ; 
Certes  point  ne  se  forvoie 
Qui  va  bon  chemin  et  bonne  voie. 
Or  avez-vous  commancié  bien 
A  son  vouloir  sur  toute  rien , 
Méz  apres  bon  commancement 
Faut-il  bien  bon  définement. 
Percéverez  touz  jours  en  bien, 
Et  amez  Dieu  sur  toute  rien. 
Qui  Dieu  amera  de  cuer  fin 
Dieu  aura  et  gloire  sanz  fin. 
Icy  ne  feray  plus  d'arre8t : 

8. 


il6  LB  GEU  DES  TROIS  ROYS. 


De  Dieu  servir  soiez  toul  prest ; 
A  Dieu  soiez,  mez  bons  amis, 
Tout  droit  in'en  vois  en  paradis. 
Cy  8*en  voise  et  Baltazar  se  lieve  et  die  • 

BALTAZAR. 

Ha  hay !  seigneurs,  véez  cy  merveilles; 

Oncques  mais  n'oy  lez  pareilles. 

Je  vous  dv  bien  certainement 

J'av  entendu  en  mon  dormanl 

.1.  angie  qui  est  descenduz 

Du  ciel  et  nous  a  defTenduz 

Que  par  Hérode  ne  retournons 

Que  malvaiz  loier  en  arons. 

Cest  .1.  tiraht  de  nnaise  vie 

Il  nous  feroit  perdre  la  vie  : 

Tourner  nous  fault  par  aultre  voie. 

MELGHION. 

En  mondormant  bien  Tenlendoie; 

Sy  loons  Dieu  de  cest  alTaire 

Qui  bien  nous  doit  a  touz  .m.  plaire  : 

Il  ne  veult  pas  que  périssons 

Ne  que  par  ce  traistre  nous  aillons, 

Car  tous  .111.  morir  nous  feroit. 

JASPAR. 

Gertes  bien  faire  le  pourroit, 
Gar  c'est.i.  roy  de  grant  emprise ; 
Faire  en  pouroit  tout  ä  sa  guise. 
L'ange  nous  a  bien  deffendu, 
En  mon  dormant  Pay  entendu ; 
Si  obaissons  du  tout  å  Dieu. 


LE    GEU    DES    TROIS    ROYS.  II7 


Et  en  allons  par  nultrc  iieu, 
Gar  bicn  devons  demener  joie. 
Loez  soit  ciiz  qui  tout  avoie 
Sy  ne  faisons  plus  cy  d'arresl. 

BAXTAZAR. 

Alons  nous  en,  je  suis  tout  prest. 
Que  le  vray  Dieu  nous  conduise ! 

MELCUION. 

Nulle  riens  qui  soit  ne  nous  nuise 
Et  aler  puissions  å  droit  port ! 

JASPAR. 

Le  vray  Dieu  nous  soit  conforl. 
Cy  voisent  ou  ils  vourrout. 

LE    SEMBUR. 

Grant  tenips  a  que  je  oy  dire 
.1.  proverbe  ä  .i.  grant  sire, 
Et  sy  disoit,  bien  m'en  souvient : 
Qui  veult  menger  guvrer  convient 
Sy  n'a  rentes  qui  le  soustiegne 
Dont  blé  et  vin  souvant  ly  viengne, 
Il  n'est  roy,  duc  ne  empcriére  . 
Tant  soit  sage  de  grand  maniére 
Qui  sanz  peine  povist  avoir  : 
Pour  ce  fault  faire  son  devoir. 
Qui  touz  jours  en  quoy  se  tendroit 
Oiseure,  sy  Tafammeroit. 
Diex  dit :  a  aide  toy,  je  te  aideray, 
Ou  se  senou  je  te  fäuldray  ; 
Gar  cilz  qui  aidier  ne  se  veult 
En  grand  poverté  de  fin  se  treult , 


^  1 8  LE   GEU    DES   TROIS   ROYS. 


Poar  ce  doit  l'en  grant  paine  mectre 
En  labourer  et  entremectre. 
Pour  ce  me  fault-il  labourer 
Et  ina  chevance  recouvrer. 
Du  blé  feray  en  ceste  terre  : 
Åucune  chose  me  fault  aquerre. 
Commencier  veul  tout  maintenant, 
^uis  semeray  incontinant. 

Cy  face  semblant  de  labourer. 

HÉRODE . 

Maistres  Uermés,  entendez  9a  : 
!^^ous  avons  atendu  pie^a 
Cez  .111.  roys  qui  par  cy  vindrent. 
Certainement  pour  fol  me  tindrent 
Quand  avec  eulz  je  n'envoiay ; 
Certes  ne  s^ay  que  j'en  feray. 
Troublez  en  suis  certainement  : 
Or  me  dictes  appertement 
Que  j'en  feray,  conseilliez  m'en. 

IiERMES* 

Se  Diex  me  met  en  tres  l>on  an, 
Sire,  ne  scay  que  ce  puet  estre ; 
Je  croy  qui  n'ont  pas  trouvé  l'eslre 
Encoire  ou  ly  enfés  est  nez. 

HÉRODE. 

Certes  j'en  suis  touz  forsonnez. 
Je  vous  diray  que  nous  ferons  : 
Lez  passages  gärder  ferons 
Et  la  ville  sera  gardée 
De  bonnes  gens  et  bien  armée. 


\ 


LE  GEU  DES  TROIS  ROYS.  VI 9 


Sy  ne  nous  pourront  eschaper: 
Ainssy  seront-ils  atraper. 
Qa,  gens  d'arnries,  venez  a  van  t ; 
Aler  vous  fault  incontinant 
Gärder  lez  pors  et  la  cité, 
Et  se  .111.  roys  d'iniquité 
Passent,  par  aucune  mescliance 
Arestcz  iez  sanz  destriance, 
Amenez  lez  appertement , 
Sanz  y  laire  arrcstement : 
Gardez  qu'en  ceia  n'ait  deffaulte. 

Humebroaet  et  Hapelopin  ensamble  dient,  et  soient  arm«z  bi«n  : 

Tantost  yronssans  faire  faulte 
Et  tout  vostre  plaisir  ferons 
Que  moult  grand  désir  en  avons. 

Cy  facent  semblant  de  aler  gärder  jusques  le  semeur  ait  parlé. 

LE    SEMEUR. 

Des  ors  inez  ne  vueil  plus  attendre  : 
Mon  champ  vouldray  ycy  coraprendre , 
Semer  le  vouldray  maintenant 
Sans  y  faire  arresteinent. 
J'ay  oy  dire  en  .1.  proverbe, 
Chascuu  le  scct  bien  par  le  verbe : 
Qui  non  laboras  iion  menduces. 
Plus  ne  vouldray  faire  pereces  , 
Semer  le  vueil  sans  alentir. 

HUMEBROUET. 

Jc  me  vueil  de  cy  partir; 
Hapelopin,  en  tens  a  nioy. 


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LB    GEU   DES   TROIS   BOYS.  131 


De  ces  .iii.  roysque  j'ay  perdus. 
Longuement  lez  ay  attenduz, 
Sy  ne  s^ay  que  j'en  doie  faire. 
De  ce  fait  cy  ne  mc  puis  taire  : 
Conseiilez  m'en  isneilement. 

HEKMÉS. 

Je  vous  diray  certainement 
Et  bon  conseil  je  vous  donrray 
Tout  le  meillieur  que  je  pourray. 
Vos  gens  d'armes  prenez  errant ; 
]Envoiez  lez  incontinant 
pn  Bethléem,celle  contrée 
Lk  ou  sera  la  renommée  ; 
Ou  seront  trouvez  petiz  enians 
En  soubz  Taage  de  .11.  ans 
Soient  tuez  et  mis  å  mört 
Et  qu'å  nulz  ne  iacent  acort ; 
Car  ce  cilz  enfcz  vit  et  régne 
Ii  vous  destruira  vostre  régne  : 
Sy  conseille  que  tuez  tout. 

HÉRODE. 

Par  Mahon,  je  feray  trestout 
Occire  sanz  nulz  esparnier. 
Sä,  Humebrouet  le  premier, 
Et  Hapelopin  touz  ensamble, 
Dire  vous  vueil  ce  que  me  scmble 
Alez  vous  en  sanz  plus  d'arrest 
En  Bethléem  et  soiez  prest, 
£t  me  tuez  touz  lez  cnfans 
Pessoubs  !'aage  de  .11.  ans. 


133  LE  GEU   DES   TEOIS   EOYS. 


Et  gardez  bien  sanz  faire  acort 
Que  il  soient  touz  mift  ä  mört ; 
Et  ce  l^enfant  povez  trouver 
Que  Icz  roys  aloient  aourer 
Que  tantost  et  ysnellement 
Le  m^aportiez  haslivement, 
Ou  que  j'en  aie  ou  brås  ou  elles 
Que  plus  ne  regnera  soubz  mez  elles. 
Alez  y  tost  sanz  faire  arrest. 

HUMEBHOUET  et  HAPELOPIN  ensambU. 
Certes,  sire,  nous  sommes  prest 
A  faire  voz  commandement : 
Tantost  yrons  apperrement. 

DiEu  le  pére. 
Raphael,  vien  sä  tost  ä  moy  ; 
Va-t-en  bien  tost  sanz  nul  desnoy 
A  Joseph  et  ly  va  nuncier 
Qui  s'en  voise  sanz  plus  targier 
En  Égipte^  lui  et  Marie, 
Gar  Hérode  a  grand  envie 
De  faire  mon  fils  mectre  k  mört ; 
Mez  je  Ii  donray  bien  confort. 
Il  a  commandé  lez  entans 
Dessoubz  Taage  de  .11.  ans 
A  mettre  ä  mört  sanz  demorée 
Tout  contreval  celle  contrée, 
Gar  courreciez  est  duremen  t 
De  ces  .111.  rovs  certainement 
Qui  retournez  ne  sont  par  luy : 
Sy  en  morra  a  grand  esnuy. 


LE    GEU    DES    TROIS    ROYS.  I2l3 


Or  t'en  va  tost  hastivement. 

RAPHAEL. 

G'i  vois,  sire  ;  appertement 
Tantost  votre  mésaige  feray, 
A  Joseph  tout  raconteray. 
Cy  facent  semblant  d'aler  jusques  lez  diables  aient  parlé. 

BELGIBUS ,  premier  diable. 
Bélias,  mon  beau  compaignion, 
Entends  mon  sens  et  ma  raison. 
Alons  en  noz  raaisons  guestier, 
Car  il  en  est  trop  grand  mestier, 
Et  trop  bien  nous  la  defFendrons 
Ou  aultrement  nous  la  perdrons. 
^élias,  allons  y  erraument. 

BÉLiASy  second  diable. 
Tu  te  doubtez  trop  malement ; 
N'i  ay  qui  nous  face  tortz. 

BELGIBUS. 

Oil,  voir  bien  m'en  recors. 
Cil  enfés  qui  devoit  venir 
Est  venuz,  bien  devons  gémir  ; 
Car  certes  mört  souPFrera 
Et  puis  sy  resuscitera, 
Puis  vuidera  nostre  maison. 
Certes  nez  est  de  Marion, 
Et  Hérode  le  fait  quérir 
^^our  le  tuer  et  pour  murtrir  : 
Sy  ne  s^y  pas  qu'il  en  sera. 

BÉLIAS. 

t^y  enfez  ly  eschapera. 


I2l4  ^^  Q^^   DBS   TROIS   ClOYS. 

Je  le  s^ay  bien  certainement. 
A  Joseph  mande  bastivement 
Par  son  angle  que  ti  s'en  voise 
En  Egipte  (trop  fort  m'en  poise), 
Et  qu'il  remmainc  isnellement 
Dame  Marion  et  son  en  fan  t 
Et  des  mains  Hérode  sera  quite. 

BELGIBUS. 

Sil  enlés  est  de  grant  mérite 
Et  son  pére  le  sauvera 
Que  maintenant  pas  ne  morra. 
Devant  cé  il  vendra  son  point 
Et  que  trestout  mettra  a  point 
Ce  que  son  pére  a  ordené 
Que  trestout  ly  est  abandonné  j 
Méz  une  cliose  me  desconforte 
De  quoy  souvant  il  me  recorde 
Que  nostre  enfer.il  vuidera 
Quant  de  mört  ressuscitera. 
Sy  en  suis  trestout  forsonncz 

BCLIAS. 

Nous  serons  trop  bien  assinez, 

Et  assez  arons  conpaignie. 

Hérode  fait  une  mesnie 

De  petiz  enfans  décoler 

Qu'en  enter  ferons  droit  aler. 

Sy  iez  tourmenterons  apprement ; 

Jä  n'y  aront  aligement 

Puisqu  il  seront  en  nostre  garde. 


LB    GEU    DES   TROIS    ROYS.  ia5 


BELGIBUS. 

Bélias  förment  me  tärde; 
Assez  leur  feray  de  mescbief 
Que  bien  en  venrons  ä  bon  chief. 

RAPHAEL. 

Joseph,  amis,  entens  ä  moy, 
De  riens  ne  soiez  en  effrov. 
Diex  ly  j>éres  å  toy  m'envoie 
Et  veult  que  de  riens  ne  l'esmoie 
Sy  pren  ta  fame  et  ton  enfant, 
En  Egipte  t'en  va  fuiant, 
Gar  Hérode  sy  läit  quérir 
Touz  lez  enfans  et  fait  morir 
Dessoubz  i'aage  de  .11.  ans 
Qui  sont  vrais,  purs  et  ignocens; 
Quar  ii  est  plain  de  grant  desroy 
Et  cuide  tuer  le  vray  roy. 
Sy  t'en  va  tost  isneliement 
Et  plus  n'y  fay  arrestement : 
De  par  Dieu  le  t'ai-je  conté. 

JOSEPH. 

J'ay  tout  mon  cuer  espoventé 
De  ce  que  j'ay  cy  entendu ; 
Certes  j'en  suis  touz  esperdu. 
Entendez  qa  ä  moy,  Marie^ 
Et  ne  soiez  point  esbahie. 
De  cy  nous  en  convient  aler, 
Gar  Hérode  fait  décoler 
Sy  aval  lez  petiz  enfans 
Dessoubz  Taage  de  .11.  ans  : 


136  LE   GEU   DES  TROIS   BOTS. 

Nulz  n'en  demeure  en  ce  pais. 
Touz  cez  sergens  y  a  cominis 
Et  Diex  le  in'a  mendé  ainssy. 
Sy  nous  fault  tost  partir  de  cy 
Et  en  Égipte  nous  en  yrons. 

NOSTRB-DAME. 

Puis  qu'il  l'y  plaist^  nous  le  ferons ; 
Sy  nous  mettons  tost  en  la  Toie. 
Le  vray  Jhesus  sy  nous  convoie 
Et  nous  doint  venir  ä  bon  port 
Que  nul  ne  nous  puist  faire  tort;. 
Devant  moy  mon  enfant  porteray. 

JOSEPH. 

Mon  troucelet  tantost  feray 
Et  vous  monteray  sus  ia  mule 
Qui  pas  Yolontiers  ne  recuteé 
Sy  nous  metrons  tost  au  chemuiy 
Tantost  avant  huy  que  demain. 
Gy  voisent  Joseph  et  Marie  töat  belleiMBt. 

BiÉTRiSy  iamme* 
J'ay  .1.  enfant  de  bel  a&ire, 
Biaus  est  de  corps  et  de  yiaire^ 
De  tous  enfés  est  ly  plus  biaus  ; 
Bien  iy  feray  touz  cez  aniauz. 
Cest  tout  mon  soulas  et  ma  joie : 
Certes  moult  bien  son  temps  enplo 
Qui  ainssy  fait  telle  porture* 

YSABEL. 

Bien  ay  fait  noble  noriture, 
Touz  jour  tenir  je  le  vouldroie. 


LE    GBU    DES   TROIS   ROYS.  12 

Certainement  miex  ameroic 
A  morir  que  il  fut  mort ; 
Cest  ma  joie  et  mon  confort  : 
Besier  le  vueil  trestout  en  l'eure. 

BIÉTRIS. 

Je  prie  å  Dieu  que  la  bonne  heure. 
Soit  au  mien  donné  maintenant : 
Besier  le  vueil  incontinant, 
Cest  tout  mon  soulas  et  m'amour. 

YSABEL. 

Du  mien  ne  s^ay  faire  clamour; 
Regardez  con  belle  toilette ! 
Besier  le  vueil  en  la  bouchete. 
Hé  Diex!  bélasi  qui  se  téndroit 
De  le  amer  n'en  ne  pourroit, 
En  luv  n'aroit  sanz  ne  raison  : 
Chanter  ly  vueil  de  Marion. 

JOSEPH. 

Dame  je  vueil  .i.  pou  aier 
A  se  semeur  å  luy  parler ; 
Demander  luy  vueil  nostre  voie. 

NOSTWa-DAME. 

Alez,  Joseph;  Diex  vous  doint  joie! 
Cy  voise  Joseph  parler  au  semenr  et  die  : 

JOSEPH. 

Amis  prodoms,  en  tens  a  moy 
Et  point  ne  soiez  en  desnoy ; 
Parie  a  nous  .i.  pou  sy  te  plaist. 

LE    SEMEUR. 

Certes  pas  ne  me  desplaist : 


/ 


iSifV» 


*'  *^      „'aft  >cO  *«"  . 


LE  GEU  DES  TROIS  ROYS.  lag 


Tous  lez  enfans  que  trouveroos 
Que  ja  nulz  n'en  cspargnerons 
Tant  qu'arons  tué  le  hardel 
Qui  tant  de  paine  et  de  duel 
Nous  fait :  avant,  ne  lessons  rien. 

HUMEBROUET. 

Avant,  compainSi  vecy  le  mien ; 
De  moy  sera  tost  décolez. 

BIÉTRI8. 

Ha!  hay!  faulz  murtiicrs^  que  volez? 
Voulez  vous  tuer  mon  enfant? 
Sanglans  truans,  larrons  puant, 
Je  vous  estrangleray  en  Teure 

HAPELOPIN. 

Certez,  maintenant  sanz  demeure 
Je  descoleray  cestuy  cy  : 
James  ne  partira  de  cy. 
S'ara  la  teste  copée ; 
Je  ly  donrrai  telle  acolée. 
Avant,  putain,  laissiez  aler  ^ 
Tantost  vous  seray  si  baler^ 
Or  9a  bientost  en  male  estraine. 

YSABEL. 

Diex  vous  met  en  male  sepmaine 
Larrons  murtriers ;  las  1  mon  enfant 
A  faulz  malvaiz  tristes  puant. 
Hay!  vrais  Diex!  las!  que  feray? 
Jamais  au  cuer  joie  n'auray. 
A  mon  enfant,  las!  que  ferai -ge? 
Bien  doy  avoir  au  cuer  la  raige  : 


l3o  LE   GEU'DE5  TROIS   ROTS. 


Merveilles  est  que  ne  me  toe. 

BfÉTRIS. 

Lasse !  le  mien  förment  m^ai^e 
Lasse  meschante  mal  aheurée ! 
De  quelle  heure  Ai-ge  oncques  née? 
A!  murtriersy  on  vouspuist  pendre! 
Or  ne  sai-^e  quel  conseil  prendre 
Puisqu'enssy  voy  mon  entant  morf . 
De  laide  et  angoisseuse  mört 
Morir  m'en  fault  certainoment. 

YSABEL. 

Je  ne  puis  vivre  longuement 
En  tel  cmujy  en  tel  tristesse ; 
Jamais  au  cuer  n'arav  léesse 
Quant  j'ay  perdue  toute  ma  joie. 
Certes  plus  vivre  ne  pourroie  : 
Il  me  faut  morir  tout  en  Teure. 

HUMEBROUET. 

Sans  faire  ycy  plus  de  demeure, 
Hapelopin,  mon  compaignon, 
Je  te  prie  que  riens  n'espargnon 
Tant  que  nous  aiens  mis  ä'mort 
Ce  garsson  qui  nous  fait  grant  tort. 
Tant  yrons  que  le  trouverons 
Et  la  teste  ly  osterons, 
Anssy  qu'au  aultres  avons  fait, 
Sans  y  faire  noiae  ne  plait : 
Or  en  a  lons  hastivement 

HAt»ELOPm. 

Je  le  Vueil  bien  certainement, 


LE   GKU   DES  TROIS   ROYS.  l3l 


% 


Car  certes  j'ay  grant  désir 
Que  puisse  ce  hardel  tcnir  : 
M'espée  ou  corps  ly  bouteray  : 
Autre  vengence  n'en  prendray 
Que  plus  ne  vivra,  sanz  doubtence. 

LE    SEMEUR. 

Vray  Diex  que  tu  as  grant  puissance ! 
Semé  ay  ce  blé,  maintenant, 
Cuillir  le  fault  incontinant, 
Car  je  voy  bien  qu'il  en  est  temps. 

HUMEBROUET. 

Sk  beau  prodoms,  å  nous  entens 
Et  ne  Yueilliez  de  riens  mentir  : 
Tu  t'en  pourroies  bien  repentir. 
Passa-il  hui  par  cy  nul  åme 
Homme  n'cnfant,  varlet  ne  dame 
Qui  portassent  petiz  enfans? 

LE   SEMEUR. 

Cerlez,  seigneurs,  je  vous  convant 
Conques  puis  que  mon  blé  semay 
Personne  vu  venir  n'aler  n'ay, 
Ne  créature  petit  ne  grant. 
Or  vueil  saier  mon  bié  errant, 
Certainement  plus  n'atendray. 

HAPELOPfN. 

Certes  arriére  retonmeray, 
Humebrouety  mon  compaignon ; 
Faisons  bien,  tost  sy  retoumon, 
Car  plus  ne  savons  ou  aler. 
Piessa  ne  finåsmes  d'aler : 

9 


1 33  LE  GEU  DES  TKOIS  ROYS. 


Le  hardel  trouver  ne  povons. 

HUMEBROUET 

Hapelopin,  nous  ne  savons 
Ce  tuez  est  certainement. 
Alons  nous  en  hastivement 
Et  å  Hérode  conterons 
Tout  ce  que  fatt  nous  arons. 

HÉRODE 

Entendez  a  moy,  maistrez  Hermés; 
Je  voy  retourner  noz  gens  d'armes. 
Bien  croy  qu'il  ont  fait  leur  devoir  : 
Tout  maintenant  le  vueil  savoir. 
Devant  moy  venir  lez  feray 
Et  puis  sy  leur  demenderay 
Ce  tué  ont  ce  ribaudel. 

HERMÉS. 

Se  trouvé  ont  le  baltardel , 
N'en  doubtezy  il  ont  mis  k  mort  : 
A  lui  n'aront  point  fait  d'acort. 
Huchier  les  vueil  incontinant; 
Så,  gens  d'armes,  venez  avant : 
Dictez  au  roy  ce  qu'avez  feit. 

HAPELOPIN. 

Certes,  sire,  sans  plus  de  plait 
Le  vous  dironsysnellement. 
Tué  avons  certainement 
Dez  enfans  assez  å  planté, 
Que  bien  aviens  la  volenté. 
Cent  et  .xliiii.  milliers 
Avons  occis  de  noz  aciers. 


LE   GEU    DES    TROIS   ROYS.  1 33 

Esse  blen  fait  ^  qu'GQ  dictes-vous  ? 

HÉRODE. 

^i.  beau  fait  avez  fait  pour  nous: 
Mez  que  vous  aiez  tué  l'enfant 
Que  cez  .lu.  roysalient  quérant 
Dictez-moy  ce  riens  en  savez. 

HUMEBR013ET. 

Nanil,  Sire  ;  savoir  devez 
Que  point  trouvé  nous  ne  Tavons 
Et  grant  paine  mis  y  avons. 
Jå  du  pais  estoit  partis 
Quant  de  vous  fusmes  déparlis 
Tres  donc  que  lez  blez  on  semoit. 
Bons  ä  soier  sont  orendroit  y 
Je  vous  en  dy  tout  mon  avis. 

HÉRODE. 

Hay!  je  doiz  bien  enragier  vis, 

Du  sans  yssir  et  forsonner 

Et  mon  corps  tout  abandonncr. 

Fuiez  de  cy,  touz  vous  lueray, 

Ne  point  ne  vous  espargneray ; 

Car  yriez  suis  durcment 

De  cez  .111.  roys  certainennent 

Qui  ainssy  me  sont  eschapés, 

Que  ne  lez  ay  point  atrapés. 

Morir  m'en  fault  ä  grant  tristresse 

Du  grant  courroux  et  de  détrece 

De  Tenfant  que  n'avez  tué. 

Certes  förment  suis  argué , 

Morir  m'en  fault  sanz  plus  atcndre. 


l34  ^^   <^EU    DES   TROIS   R0Y8. 

HERMÉS. 

Vueilliez  en  vous  bon  confort  prendre , 
De  riens  ne  vous  desconfortez. 
Solaciez-vous  et  déportez 
Puisqu'il  ne  puet  estre  autrement. 

HÉRODE. 

Mestres  Hermés,  certainement 
Mez  biens  sont  trestouz  passez , 
Gar  je  ne  fiis  oncques  lassez 
De  mal  faire  toute  ma  vie. 
Sy  ne  s^ay  méz  que  je  die  : 
Morir  me  fault  å  grant  doulour. 

RELGIBUS. 

Béliasi  buy  nous  croist  honour , 
Nous  arons  noble  compaignie. 
A  Hérode  ne  fauldrons  mie 
Que  j'ay  tant  fait  pour  mon  angin 
Qu'il  vendra  tantost  ä  sa  fin. 
Il  ce  veult  touz  viz  enragier. 

BBLIAS. 

A  luy  alons  sans  estargier, 
Et  faisons  tost^  sy  nous  bastons. 
De  ce  tuer  fort  Tenortons , 
Sy  l'enporterons  tout  en  l'eure. 

RELGIBUS. 

Or  y  alons  en  la  bonne  heure. 
Cy  Toisent  parler  å  H^^de,  et  die  : 

RELGIBUS. 

Hérode ,  en  tens  tost  a  moy 
Que  diables  suis  qui  viens  ä  toy. 


LE   GEU    DBS   TEOIS   ROYS.  1 35 

Bien  s^ay  qu'ä  nous  tu  ez  rendus 
Et  en  noz  lieux  est  atenduz 
Fay  hardiementy  et  sy  te  tue. 
Gar  tu  seras  en  nostre  mue. 
D'un  bon  coustel  te  fier  tantost  : 
Je  t'aideray ;  or  fay  bien  tost, 
Gar  vivre  ne  puez  longuement. 

Murtrir  me  fault  tout  maintenant , 
Ha  hay  1  aias !  que  feray  ? 
.1.  coutel  vueil,  sy  me  tueray  : 
plus  ne  vivray  certainement. 

BÉLIAS. 

Nulz  ne  te  voit,  fier  hardiement , 
Boute  fort  car  je  ly  ay  mis. 

UÉRODE. 

Certez  plus  ne  vueil  estre  vis ; 
Droit  en  mon  cuer  en  senz  la  pointe. 
Or  est  ma  vie  toute  estainte  : 
Ha  bay !  ha  hay !  le  cuer  me  (ault. 

BELGIB13S. 

Béiias,  sa  vien  a  Tasault; 
Vien  tost,  Béliaz^  compains, 
Cilz  c'est  tuez  ä  cez  .n.  mains. 
Voy-le  te;  cy  il  est  tous  mors, 
Prenons  son  åme  et  son  corps  : 
Oncques  ne  fut  plus  malvaiz  hons. 
Portons  le  tost  en  noz  maisons , 
Car  il  tid  sa  famme  murtrir 
Et  ccz  .111.  tilz  aussv  morir  j 


36  LE   GEU   DES   THOIS  ROYS. 

£t  son  pére  trcstout  vivant 
Fist-il  boulir  en  pion  boullant. 
II  cuida  lez  .iii.  roys  tuer, 
Mais  contre  eulz  ne  pot  arguer. 
Puis  sy  a  fait  par  sa  malice 
Dez  eiifans  une  grant  justice , 
.xLiii.  mille  ä  grant  tort 
Décoler  et  tout  mectre  ä  mört. 
Or  l'enportons  ysnellement 
Sanz  luy  faire  aligement 
Que  certez  bien  l'a  deservy. 

RÉLIAS. 

Avec  nous  sera  servi 
D'entremés  de  gros  bätons , 
Et  la  sauce  d'escorpions, 
De  coleuvres  et  de  serpens : 
Ly  ferons-nous  touz  cez  despens. 
En  .1.  beau  feu  Ven  metrons  : 
Autre  aligence  ne  ly  ferons, 
Or  I'enportons  sanz  faire  arest. 

BELGIBUS. 

Or  9a,  certez ,  je  suis  tout  prest 
Sy  pren  de  9a  et  moy  de  lä. 
Or  ^a,  de  par  le  diable,  qh. 

Cy  FemporleBt  en  enfer. 

DIEU    LE    PÉRE. 

Raphaely  amis,  entens  a  moy  , 
A  Joseph  va,  dy  ly  par  moy 
Qui  s'en  revoit,  sanz  faire  arrcst, 
En  la  cité  de  Nazareth , 


LE   GEU    DES   TR0I5   ROYS.  187 

Et  que  de  riens  ne  s'ébaie ; 
Qui  s'en  revoit  iui  et  Marie, 
Que  de  Hérode  pas  ne  se  doubte  , 
Car  il  est  niort  sanz  nulle  doubte  : 
Or  t'en  va  tost  isnellement. 

RAPHAEL. 

Sire,  g'i  vois  certainement 
Et  plus  d*arrest  je  n'y  feray  : 
Å  Joseph  bien  tost  m'en  yray. 

Gy  voise  å  Joseph,  et  die  : 

En  tens  ä  moy,  Joseph ,  beau-frére, 
A  toy  m'envoie  Dieu  le  pére ; 
Son  angle  suis  qui  viens  ä  toy 
Et  sy  te  mande  de  par  moy 
Que  t'en  voise  sanz  faire  arrest 
En  la  cité  de  Nazareth, 
Et  pren  ta  femme  et  ton  enlant, 
Sy  t'en  va  tost  incontinant , 
Et  prens  en  toy  bon  reconfort 
Que  le  rov  Hérode  sy  est  mört. 
Je  m'en  vois,  plus  ne  t'en  diray. 

JOSEPH. 

Amis,  tantost  je  m'en  yray 
Puis  qu'enssy  Diex  le  me  mande; 
Je  teray  ce  qui  me  commande 
Que  c^est  raison  certainement. 
Alons-en  tost  hastivement , 
Marie^  ma  trés-doulce  aniie ; 
De  Hérode  ne  doubtoos  mie. 
Sy  retournons  en  Nazarelh 


38  LE   GEU    DES   TROIS   ROYS. 


Et  n'y  faisoDs  séjour  n'arrest. 
Or  montés,  tréz-doulce  Marie  ; 
Ly  trés-doulz  Diex  sy  nous  conduie , 
Car  en  sa  garde  nous  metons! 

NOSTRE-DAME. 

Cest  bien  dit,  Joseph;  or  montons. 
De  nous  aler  förment  désire  : 
Loons  haultement  nostre  Sire ; 
Devant  moy  mestray  mon  enGatnt. 

JOSEPH . 

Loer  devons  le  Roy  puissant ; 
Marie,  demenons  grant  joie. 
Or,  alons  bien  tost  nostre  voie 
Que  Diex,  qui  touz  nous  a  formé, 
Qui  doulcement  nous  a  amé, 
Nous  vueille  donner  par  sa  grace 
Qu'en  paradis  nous  aions  place. 
Sy  chantons  tant  bécus  que  camus, 
Chascun  TeDeum  laudamus. 


EXPLICIT. 


GY  S'ENSUIT 


LA   PASSION 


NOSTRE  SEIGNEUR. 


Deus  in  adjutorium  : 

Entré  nous  tuit  déprion 

S'il  ly  plaist  qu*il  me  doint  8a  grace 

Que  tel  chose  je  die  et  (ace 

Qui  nous  soit  pourBtable  a  l'åme. 

Sy  prierons  la  doulce  Da  me 

De  Paradis  qui  est  sa  mére, 

Qui  ot  au  cuer  douleur  amére 

Quand  elle  vit  son  Blz  ofTrir 

Aus  fauls  Juifz  pour  mört  souffrir. 

Ly  Juifz  sans  nuUe  déserte 

Firent  k  Dieu  grant  honte  aperte. 

Cil  qui  la  bonne  créance  a 

Gy  die  le  j^ve  Maria. 

/Jeus  in  adjutorium  meum  : 


l40  LX    PASSION 


Aicz  tretuit  dévocion 

Vers  Dieu  le  Roy  de  tout  le  monde, 

De  qui  tout  bien  partout  habonde; 

Priez-ly  que  gärder  nous  vueille 

Que  1'anemy  ne  nous  acueille. 

Le  sage  a  propos  nous  amaine 

Une  parole  bien  certaine  : 

Qui  bon  maistre  sers  bon  loier  atcnt. 

Le  doulz  Jliésucrist  ama  tant 

Son  puepie  qu'il  se  mist  k  mört, 

Pour  nous  en  crois  souffrit  la  mört. 

Le  souverain  roy  de  pitié 

Moult  nous  mönstra  grant  amitié 

Quant  pour  nous  voult  char  et  sanc  prendrc 

En  la  pucelie  Vierge  tendre, 

Et  ly  pieut  å  nestre  de  fame 

Sainte  Marie  Nostre-Dame; 

Et  sachiez  tuit  communement 

Diex  n'ot  oncques  commencement 

Ne  jamais  ne  déBnera. 

Diex  est  et  tousjours  Diex  sera, 

Més  en  ce  temps  que  vint  en  terrc 

Par  tout  avoir  douieur  etguerre, 

Et  tristesce  et  mortalité. 

Savez  pourquoy  ce  mot  dit  é : 

Ou  temps  de  lors  cil  qui  oiouroient, 

En  enfer  tout  droit  avalloient ; 

Tuit  y  alloient,  c'en  est  ia  somme, 

Et  ii  mauvaiset  ii  prcud'ommc. 

Cy  ol  glorieusc  ncssancc 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  l4l 


Quant  cil  qui  a  toutc-puissance 
Vint  entrc  nous  par  sa  francbise, 
Puis  soufTrit  que  sa  char  fust  mise 
Pour  nous  au  plus  cruel  martire 
Que  nulz  puisse  conter  ne  dire. 
Or  veul  venir  å  naa  mémoire  : 
Du  hault  seigneur  pére  de  gloire^ 
S'il  vous  plesoit  .i.  pou  entendre, 
S'il  vous  pleist  je  vous  veul  aprehdre 
Comment  Dieu  fut  mal  demencz  , 
Vendu,  batu,  en  croispenez. 
Les  Juifz  premier,  le  menérent 
Chiez  Anne  ou  il  le  liérent ; 
Puis  chiez  Caiphas  sanz  demeure 
Le  menérent  en  icelle  heure. 
Ly  Juifz  félon  plain  d'oultrage 
Lä  ly  crachérent  ou  visage , 
En  le  détranchant  se  déduirent, 
Puis  chiez  Pilatc  le  conduirent^ 
Car  tuit  vouloienti  communement 
Que  Pilate  feist  jugement 
De  Jhésucrist  le  débonnaire, 
Mes  Pilate  neV  vouloit  faire, 
Car  pas  n'estoit  de  sa  contrée. 
A  Hérodes  de  Galilce 
Le  fist  Pilate  droit  mener^  ^ 

Mez  Herodes  tost  ramener 
Le  fist ,  car  il  ne  treve  mie 
Que  il  doie  perdre  la  vie ; 
Et  Ii  vestit  Ten  robbes  blanches , 


1^2  LA    PASSION 

Grant  mauvestié  larges  par  manches. 
Chiez  Pilatc  fut  ramenez : 
La  fut  son  corps  moult  malmenez. 
Quant  lez  Juifz  yllec  le  tiendrent; 
De  leurs  mauvez  gens  Ii  aprindrent. 
Tantost  tout  nu  le  despouUiérent, 
A  une  estache  le  liérent , 
Couronne  d'aubespine  firent 
Qu'amis  sus  son  chief  Ii  niirent^ 
D'escourgées  tranchans  et  dures 
Firent  sur  lui  maintes  romptures , 
Tant  le  batirent  sanz  refraindre 
De  son  sanc  font  la  terre  taindre 
Que  contreval  son  corps  couUoit, 
Des  grans  cous  sa  char  se  douUoit. 
Apres  droit  ou  mont  de  Calvaire 
Le  menérent  ly  desputaire. 
De  clous  tranchans  gros  et  quarrez , 
Fut  Diex  pour  nous  en  crois  barrez ; 
Quant  il  Tören  t  bien  ^ttacbié 
Ou  visage  Ii  ont  crachié; 
D'une  lance  trancbant  ague 
Fut  sa  char  ou  costé  rompue ; 
Tant  d^angoisse  soufTrir  ii  firent 
Que  toutes  ses  vaines  ronpirent. 
Pou^nousJbesucrist  trop  de  honte 
Ot  plus  assez  que  je  ne  conte. 
Ce  devcz-vous  trestuit  bien  croire 
En  crois  ot-il  venim  ä  boire. 
Ly  faulz  Juifz  tant  le  menérent 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  1 43 


Qu'en  la  crois  tout  mort  le  lessérent. 

La  Vierge  pucelle  sa  mére 

Au  cuer  en  ot  angoisse  amére. 

Pour  son  filz  qu'elle  tant  aofioit^ 

Par  grant  angoisse  se  pasmoit 

En  Ii  humblement  regarder. 

Lors  la  commanda  å  gärder 

Diex  k  saint  Jeban  en  tel  maniérc  : 

(( Jeban,  garde-la  com  ta  mére.» 

Et  quant  il  fut  a  mort  livré, 

És  mains  Joseph  fu  délivré, 

Car  Dieu  ou  cuer  Ii  enorta. 

Ou  sépulcre  Dieu  enporta 

En  une  digne  sépulture; 

Lä  fut  de  Dieu  mis  la  figure. 

D'cnfer  ses  bons  amis  jetta 

Et  au  tiers  jour  résuscita , 

Et  se  mönstra ,  cbose  est  certaine , 

Premier  a  Marie-Magdelaine , 

Et  puis  a\jls  autres  tuit  ensamble. 

Pour  ce  je  vous  dy  qu'il  me  samble 

Que  tel  Seigneur  fait  bon  servir. 

Qui  sy  bien  le  scet  desei^vir, 

Qui  a  le  servir  veult  entendre, 

Il  Ii  scet  bien  bon  loier  rendre. 

Or  1  y  prions  tous  sanz  Faintize 

Qu'il  nous  doint  faire  tel  servize, 

Par  confesse  et  par  pénitance, 

Et  par  vraie  répantence , 

Par  quov  nous  puissions  trestuit  estre 


1 44  ^^    PASSION 

T^  SUS  en  la  gloire  celestre 
Fidelium  defunctorum 
Per  secula  seculorunij 

Ameji. 


DIEU. 

Je  Yucil  aler  en  Béthanie. 
Judas,  vien  en  ma  compaignie. 
Jehan,  Jacque,  je  vous  ensaigne 
Que  chascun  de  vous  en  veigne 
Avecques  nous  isnellement.^ 

S.    JEHAN. 

Sire,  a  vostre  commandement 
Tout  maintenant  obairons ; 
Avec  vous  volentiers  yrons 
Et  ferons  vostre  volenté. 

JACQUES. 

Sire,  se  Dieu  me  doint  santé 
Je  ne  seray  ja  traveilliez 
De  vous  servir,  mez  esveilliez. 
Aions-y,  car  bien  m'y  acorde. 

JUDAS. 

Maistre  plain  de  miséricorde , 
Trestout  vostre  vouloir  feray, 
Car  je  vous  aime  de  cuer  vray, 
Sire,  car  je  y  suis  bien  tenu. 

SYMON. 

Sire,  vous  soiez  bien  venu ! 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  1 45 


Mesiau  ay  esté ,  se  savez ; 
Vostre  mercy  guéry  m'avez. 
Cbascun  vous  Joit  de  cuer  servir, 
Gar  bien  le  sevez  deservir 
Que  vous  estes  piain  de  pitié. 
Je  vous  pry  par  grant  amitié , 
Et  de  tout  mon  cuer  vous  supplie, 
Que  vous  et  vostre  compaignie 
Veigniez  reposer  en  nia  maison. 

DIBU. 

Symon  ^  tu  dis  bonne  raison , 
Et  je  y  voiz  sanz  plus  demourer, 

MAGDALAINB.    . 

Las,  mescbante,  bien  doy  plorer 
Coinme  pécherresse  chétive 
La  plus  qui  en  ce  monde  vive. 
Plaine  suis  de  péchié  d'ordure ; 
En  punézie  de  luxure 
J'ay  vescu  toute  ma  jouvente; 
De  péchier  ne  fu  oncques  lente 
Mais  en  ay  esté  tousjours  preste. 
Vilain ,  bourgois^  cierc  ou  prestre , 
Las,  trop  ay  esté  fole  fame , 
Dont  j'ay  moult  enconbrée  in'åiiie. 
Je  ay  deservy  paine  et  hontage , 
Lasse  chétive,  que  feray-je  ? 
Dés  or  est  ma  vie  eunuieuse  : 
Lasse,  tropt  suis  malheureuse. 
Se  aincy  péusse  venir 
Je  voulsisse  bien  defTenir, 

II.  10 


1 46  LA    PASSION 


Mais  que  je  bien  cODfessée  feusse 

Et  pardon  de  mes  péchiez  eusse, 

Dieu  sy  le  me  vueil  ottroier. 

Vers  Jhesus  vois  pour  Ven  prier , 

De  péchié  me  vueille  getter 

Et  par  pénitance  aquitter 

De  mes  péchiez,  dont  j'ay  grant  somroe. 

En  Tostel  Symon  le  preudomme 

Lä  est  Jhesu ,  je  n^en  dout  mie , 

Etavec  luy  sa  conpaignie; 

Pardon  requerray  doulcement , 

Et  de  cest  tres  digne  oignement 

Le  corps,  lez  piez  ly  en  oindray : 

Certes,  jamais  ne  me  faindray 

De  servir  le  doulz  debonnaire. 

Dy,  Malquin,  pourroies*tu  faire 

Que  .1.  peu  parlasse  ä  ton  maistre. 

MALQUIN. 

Par  le  grant  Dieu  qui  me  fist  nestre 
Je  y  vois  tout  maintenant  savoir. 
Cil  Dieu  qui  fail  tout  bien  savoir 
Vous  sauve  gar  t  et  bénéie, 
Doulz  Maistre y  et  vostve  conpaigiiie! 
Lä  bort  vous  demande  une  fame. 

SYMON. 

Je  voiså  lui  tantost  par  m'åme 
Pour  savoir  ce  qu'elle  veult  dii*e. 

MAGDALAINB. 

Symon,  bien  veignies-vous,  (leau  sire; 
A  vous  demander  je  vouloie 


DB    NOTAl   SEIGNEUR.  1 47 

Se  ver  vous  tant  £iire  pQurroie     • 
Que  je  peusse  Jbésu  véotr. 

SYMON. 

Cil  que  vous  véez  lä  séoir, 
Dame ,  c'e9t  cil  que  demandez. 

MLAGPALålNB»  . 

Beau  doulz  pére^  cara)'«nteiides, 
Je  vien  ä  vous  mercy  crier 
De  mez  pécbiez ,  et  déprier 
Donnez  m'eD.  veilliez  pénitence, 
Car  j'ay  bien  bonne  repen tanee. 
Le  fez  de  mez  pécbiez  m'esmaie , 
Sire  y  combieu  que  mefiiat  aie>y 
Pardon  demant  dévotement 
De  cest  précieux  oignement , 
Le  cbef ,  le  corpeje.voua  veil  oindrc. 
De  bonne  volanté^  sans  faindre , 
De  moy  toute  vous  faiz  hommaige. 

Sjmon,  véez-Youfi  cy  grant  outraige 

De  cet  oignenpent  respaodu : 

Miex  le  vaulsiat  avoir  vendu 

Et  pris  de  Fai^nt  pour  repestre 

Lez  povres  que  oindre  le  maistre. 

Il  valoit  bien^  se  Diex  me  voie, 

.ccc.  .D.  de  lamODnoie, 

Et  jamais  riens  ne  puet  valoir. 

DIEU. 

Qui  lez  povres  en  noncbaloir 
Laissera  pas  bien  ne  lera 

lO 


1 48  LA    PASSION 

Et  cil  qui  bien  lez  amera 
Il  ne  perdra  mie  sa  paine  : 
Pour  vérité  le  vous  tesmoigne. 
Touzjours  en  nostre  conpaignie 
Seront,  mez  ycy  ne  seray  mie, 
Sachiez  le  tout  certainement. 
Symon,  enten-moy  sagement , 
Je  t'ay  aucune  chose  ä  dire. 

SYMON. 

Dictes  vostre  volenté,  Sire, 
Et  je  bien  vous  escouteray. 

DIEU. 

Et  tantost  le  te  conteray. 


Qui  ambeduy  deniei*s  devoient 
A  .1.  fort  usurier  riche  homme, 
Et  .1.  en  devoit  en  sa  somme 
.v.  cens  deniers  pour  sa  partie. 
Ly  autre  quitte  n'estoit  mie. 

I.  denier  en  devoit 

Mez  ensensons  trop  Ics  grevoit 
Et  lez  faisoit  moult  esmaier, 
Car  il  n'avoient  de  quoy  paier. 
Ly  usurier  lez  clamaquicte 
Celle  somme  que  je  t'ay  dicte ; 
Quant  se  virent  quitte  damer , 
Lequel  dut  celuy  plus  amer, 
Respon-nioy  a  ceste  demande. 

SYMON. 

Se  Dieu  de  grant  mal  me  defTcnde 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  l49 


Cil  å  qui  donna  plu8  grant  somnne. 

'    DIEU. 

G'est  droit  jugemcnt  de  preudomme. 
Symon,  vois-tu  cy  ceste  feme 
Qui  est  triste  de  cuer  pour  s'äme? 
Ei  a  droit  et  sy  a.raison. 
Entré  sui  en*  ceste  maison , 
Les  piez  lavez  tu  ne  m'as  mie» 
Ceste  de  dueil  remplie 
N'ez  fina  de  laverdéz  Teure 
Que  vint  cy  de  l'eau  qu'el  pleure 
Et  de  sez  cheveux  lez  essuie. 
Son  service  point  qe  nf^'eunuie 
Car  je  sul  c^rtain  qu'elle  m'aime 
Et  qu'en  son  cuer  pitié  réclaime  : 
En  moy  ferinement  elie  croit, 
De  mez  piez  baisier  ne  recroit, 
Maint  mal  pas  a  pour  moy  passc\ 
Or  en  droit  me  si  iassé  , 
De  son  préciex  oignement 
M*a  oing  le  corps  dévotement. 
La  meilleur  part  a  esleue 
Qui  ne  Ii  sera  pas  tolue. 
Fame,  je  te  truis  vers  moy  bonne  : 
Xouz^tez  péchiez  je  tepardonne ; 
Ta  foi  te  fait  pardon  avoir. 

MAGOALAINE. 

fieau  sire,  sy  a  grant  avoir 
Que  vout  ni'avcz  ycy  don  ne, 
Quant  me/,  pcchicz  sont  pardonoé 


l5o  LA   PASSION 


Jc  vous  rend  graces  humblement 
Que  autre  richesse  ne  demant. 

Lots  chante chonis  vaium. 

Dieu  le  tout  puissans, 

De  tout  bien  cognoissans 

M'a  pour  .i.  petit  don 

Rendu  grant  guerredon 

Bien  me  doy  louer  de  luy. 
Doublement  desert  ii  celluy 
Qui  le  sert  et  qui  Tonneure  : 
Je  me  levay  huy  de  bonne  heure. 
Quant  j'ay  tout  mon  peiché  conté 
Au  prophéte  plain  de  bonté, 
Quant  ma  confesse  ly  o  dicte 
De  mez  péchiez  me  ctama  quicte  : 
Je  n'ay  pas  perdue  ma  paine. 

MARTHE. 

Tu  as  bien  faite  ta  besotgne 
Méz  une  chose  trop  me  grieve  : 
Ladre  mon  frére  point  ne  lieve. 
Par  maladie  est  si  grieve 
Trois  jours  a  qu'il  ne  lut  leve ; 
Je  n'y  scay  quel  consel  mectre. 

MAGDALAINE. 

Sy  mandons  par  bouche  ou  par  iettre 
Quérir  Jbesu  ou  je  tant  é 
Trouvé  de  bien ;  s'aura  sancté. 
Aussy  peut  it  santté  donner 
Comme  il  sait  péchiez  pardonnor , 
Car  plain  est  de  miséricorde. 


DE    iNOTRB    SEIGNEUR.  l5l 


MARTHB. 

Ma  suer  ä  ton  dit  bien  m^acorde. 
Vallet,  Diex  te  gart  depérir ! 
Va-t'en  tantost  Jbesu  quérir  ; 
Di  Ii  je  Ii  pry  séens  veigne 
Je  cuide  estre  toute  certatne. 

M4LQU1N. 

Dame,  se  diex  me  veult  conduirc 
Bien  ferav  ce  coromaiidement. 
Martbe  vous  sakie  bien  douloenaent, 
De  par  moy,  et  sa  suer  Marie. 
Chascune  des  .ii.  sy  vous  prie 
Que  le  ladre  véoir  Tenez 
Qui  de  grief  mal  est  sy  pene% 
Qu'elles  cuident  qo^il  se  muire. 

DIEU. 

Vallety  Diex  te  veille  conduire  : 
Va-t'en,  car  je  yray  sans  mentir 
Pour  le  gärder  et  garentir, 
Car  du  ladre  bien  me  souvient. 
Seigneurs,  aler  il  nous  convient 
Véoir  le  ladre  que  tant  aime  : 
Marthe  pour  hii  moult  me  réclaiuie; 
II  dort,  or  Talons  esveiller. 

S.  JA8QUE. 

De  ce  ne  vous  fault  conseiUier : 
Alez  devcint  et  nous  apres. 

MALQUIN- 

Marlhe,  Jbesu,  sy  est  ja  préz 
De  cy;  va  Ii  ton  meschief  dire. 


iSa  LA   PASSION 


MARTHE. 

Bien  veignez  vous,  Jhesu,  beau  sire ! 
Se  eussiez  sy  esté  beau-pére, 
Pas  ne  fut  mört  ladre  mon  firére  : 
Pour  iy  vous  envoiaie  querre. 
Or^  est-il  mört  et  mis  en  terre  : 
Jamez  nul  bien  ne  vous  fera. 

DIEU. 

Marthe,  suefTre  toy  qu'il  sera 
Encor  tout  vif ,  dont  tu  äras 
Grant  joie  quant  tu  le  säras. 
Tu  le  verras  prochainement 

MARTHE. 

Voire  au  jour  du  jugement : 
Jusqu'ä  lors  ne  puet-ce  pas  eslre. 

DIEU. 

Marthe,  j'ay  la  vertu  célestre  , 

De  ce  ne  soiez  en  doubtance. 

Touz  ceulx  qui  mourront  en  ma  créance 

En  pou  de  beure  se  je  vouloie 

Resusciter  je  lez  feroie , 

Et  ceulx  qui  en  moy  croient  et  vivent 

Et  le  mal  pour  m'amour  eschivent, 

Ils  aront  joie  pardurable  : 

Hors  seront  de  la  main  au  déable. 

Marthe,  crois-tu  ce  que  je  conpte  ? 

BtARTUE. 

Oil ,  se  Diex  me  gart  de  honte , 
Je  croy  et  suis  toute  certainc 
Qu'en  vous  est  vertu  souveraine.     • 


i 


DE    NOTRE    SEIGNELR.  1 53 

Marie,  ma  suer,  doulce  amie, 
Vien  véoir  Jhesu,  le  (ilz  Marie, 
Qui  nous  est  venus  conforter. 

MAGDALAINE. 

Jhesu,  je  ne  me  puis  porter, 
Trop  me  destraint  courroux  et  ire. 
Se  eusses  sy  esté,  beau  sire^ 
Encore  fust  le  ladre  en  sancté. 

DIEU. 

Faitez  tantost  ma  volenté 
Et  allons  ä  la  sépulture. 

MARTHE. 

Beau  sire,  sy  gist  la  figure 

Du  ladre  qui  tant  \ous  amoit, 

Qui  tous  jours,  seigneur,  vous  clainoit. 

En  vous  s^espéranoe  estoit  toute. 

DIEU. 

Martbe,  sueflfre  toy ,  sy  escoute 
Sa  sépulture  me  descuevre 
Et  je  te  monsterray  hel  euvre  : 
Resusciter  je  veil  ton  frére. 

MARTHB. 

Lessez  ester,  Jhesu  beau  pére  : 
Quatre  jours  a  trestous  passez 
Que  mez  fréres  est  trespassez. 
II  put  trop  fort  certainement. 

DIEU. 

Marthe,  se  tu  crois  termement 
Tu  verras  miracle  divine. 
Pére,  qui  vcrlu  enlumine , 


1 54  LA    PASSION 


Je  te  doy  bien  mercy  prier 
Servir,  louer  et  grader, 
Gar  tu  faiz  tout  ce  que  je  commande. 
Ladre,  vien  hors :  je  te  commande 
Que  tu  monstres  k  tous  ta  face. 

LADRE. 

Jbesu,  beau  pére  plain  de  grace, 
Fous  sont  tous  ceulx  et  toutez  celles 
Qui  ne  croient  voz  yertuz  belles  : 
En  vous  croist  vertu  et  babonde, 
Povoir  avez  suz  tout  le  monde, 
Vertus  faites  en  petit  de  heure, 
Sire,  quel  chiére. 

DIEU. 

Je  pkure, 
Par  ce  que  je  scay  bien  de  voir 
Qu'encor  te  convient  recevoir 
La  mört  que  tu  as jä  soufferte ; 
Sy  äras  peine  sanz  déserte. 
De  soufFrir  mört  c'e8t  dure  cbose. 

LABRE. 

Pére,  en  qui  vertu  repose, 
Puisque  m'avez  resusdté 
Je  vous  prie  par  bumilité, 
Du  déable  me  veilliez  deffendre. 

DIEU. 

Pierre,  Jasque,  sanz  plus  attendrc, 
Alez  ou  chastel  contre  vous 
Qui  est  en  la  voie  contre  nwis. 
La  une  ancssc  Irouverez 


L4 


k^ 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  1 55 


Liée,  vous  la  desUerez 
Et  la  m'amarrez  maintenant. 
Se  nul  la  vous  treuve  amenant, 
Qui  de  riens  b  vous  destorbesse  y 
Dictes  ly  que  il  la  vous  lesse, 
Car  le  maistre  veult  sus  monter. 

S.  JASQUE. 

Bien  sarons  cé  dire  et  conter, 
Sire,  se  Diex  nous  gart  d'essoigne, 
Tout  ä  vostre  commandement. 

S.    PÉRE. 

Nostre  maistre,  mie,  ne  mänt  : 
Vcci  Tånesse  que  quérons. 
Jasque,  savez  que  nous  ferons , 
Ceste  ånesse  deslierous. 

S.  JASQUE. 

Bien  dictes;  je  l'enmeneray 
Saqz  arrester  a  nostre  maistre. 

S.  PÉRE. 

Et  je  vueil  avecques  vous  estre, 
Conpaignie  je  vous  feray. 

DIEU. 

Bien  veigniez,  dessus  monteray, 
En  Jherusalem  en  venrez. 
A  moy  conpaignie  tenrrez 
Que  tendis  que  je  suis  en  vie, 
Je  accompliray  la  prophécie  : 
Venez  en  trestoussanz  plus  dire. 

S.  JEHAN. 

Volenliers  vous  suivron,  beau  sirc, 


l56  LA    PASSION 


Puisque  la  besoigne  est  sy  prestc. 
Dessus  le  dos  de  ceste  anesse 
Å  mettre  nos  robes  i  vous  plaise, 
Gar  plus  en  cheminerez  aise. 
Aussy  point  de  celle  n'avons. 
Le  premier  enfant  de  Ysrael  chante  sus  :  Gloria  laus. 

Tu  viens  cy  en  nom  de  Dieu ,  se  savons : 
Tu  soiez  le  bien  venuz. 
Nul  ne  puet  estre  maintenus 
Sanz  loy,  sire;  sauve  nous. 

LE  SECONT. 

Jhesu,  tu  dois  bien  de  nous 
Estre  servis  et  honnourez. 
Seigneurs,  touz  Dicu  adorez, 
C'est-il  sus  ceste  anesse  lä. 

LE  TIERS. 

Frére,  esten  ce  mantel  de  lä, 
Pour  Jhesu,  par  dessus  monter, 
Gar  il  vient  paier  et  conpter 
Pour  trestout  le  mondc. 

LE  QUART. 

Sire  ou  bien  abonde, 
Filz  David,  toy  servent  les  angles ; 
Å  toy  soit  bonneur  et  louenges, 
Roy  d'Israel,  tu  nous  sauvcras. 

LE  QUINT. 

Jhesu^  tu  nous  racheteras,  ^ 
Ge  nous  recipte  l'escripture ; 
De  mal,  de  pechié  ne  d'ordure 
]N'eus  oncqucs  curc  en  ton  vivanl. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  I $7 

MALQUIN. 

Dieu  sauve  et  gart  sire  Vivant 
Et  en  bien  le  vueille  tenir. 

VI  VANT. 

Marquin,  bien  puissez  tu  venir! 
Que  te  fault  ?  me  veulz  tu  riens  dire ! 

MALQUIN. 

Jc  viens  parler  ä  vous^  beau  sire  : 
Nostre  (ioy)  sera  partans  morte,  ^ 

Jbesu  novelle  Ioy  aporte 
Et  va  preschant  par  ceste  terre 
Pour  nos  gens  a  sa  Ioy  conquerre : 
Converty  en  a  grant  partie. 

VIVANT. 

Ceste  cbose  ne  me  plaist  mie : 
J'en  vourroie  conseil  avoir. 

MALQUIN. 

Sire,  faites  .i.  grant  savoir. 
A  Anne  maintenant  vrez 
Et  å  Caiphesy  et  leur  direz 
Qu'en  ceste  chose  mettent  peine^ 

VIVANT. 

Se  le  grant  Dieu  me  gart  d^essoine 
Je  leur  voiz  compter  ceste  aflaire. 

MALQUIN. 

Et  je  ne  me  vueil  pas  retraire ; 
Alons,  je  vous  y  vueil  conduire. 

VIVANT. 

Seigneurs,  de  nostre  Ioy  destruire 
Ne  cesse  Jbesu  le  trahistez 


i58  LA  rjksoooi 

Poor  Ukmnkx  qoe  il  a  dides 

Et  du  dire  potnt  ne  recroit. 

Da  pueple  en  loi  assex  se  croi!, 

Deoevoir  dous  venit  et  trahir. 

De  TOs  gens  tous  fen  hair; 

Cecj  ne  doit-on  pas  eder 

Qoe  filz  Dieu  se  &it  apeler. 

A  nostre  grant  il  falt  entendre 

Qnll  Tolt  de  sa  gloire  descendre 

Poar  prendre  et  cbar  et  sanc  en  fame 

A  Dostre  k>T  fett  grant  difl&iiie. 

Arec  Iny  ra  .xii.  gaignOns 

Qae  il  tient  pour  sez  conpaignons ; 

Tonz  jours  conpaignie  ly  tiennent, 

Avec  luy  psrtout  vont  et  viennent. 

Ly  fol  croient  et  ly  meschant 

La  &ulce  loy  qu^il  va  preschant. 

Par  son  enchantement  getter 

Fist  le  ladre  et  resusciter; 

Ce  prescbérres  que  je  toqs  conpte 

Ne  se  saint  de  Vous  faire  lionte 

Et  sus  nostre  loy  met  defTence 

Poor  feire  tenir  sa  créance ; 

Vous  qui  devez  la  loy  gärder, 

Faictez  le  prendre  sanz  tarder. 

Sy  le  faictez  tenir  de  rire. 

ANNES. 

Vivant,  je  vous  ose  bien  dire 

Se  longuement  regne 

Tout  convertira  nostre  regne. 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  iSg 


Se  le  poons  ä  mains  tenir 

A  mercy  le  ferons  venir : 

Je  m'acorde  bien  que  on  le  preigné. 

CAIPHAS. 

Seigneurs,  male  bonte  ly  veigiie 

Par  qui  la  cbose  demourra, 

Et  qui  Jbesu  tenir  pourra, 

Qui  ne  ly  fera  bonte  apperte, 

Car  contre  nous  l'a  bien  deserCc. 

Il  est  escript  pour  vérité 

Qu'il  convient  de  nescessité 

Que  uns  boms  muire  pour  la  gent  toute , 

Jä  de  ce  ne  soiez  en  doubte  : 

Mez  parlons  bas ;  ne  véez  vous  mie 

Judas  qu'est  de  sa  compaignie  ? 

Il  nous  vient  je  croy  escouter. 

judås. 
Jä  ne  vous  fault  de  moy  doubter; 
Vers  vous  ne  veil  estre  trabistes  ^ 
Méz  tout  seurement  me  diotes 
Dont  est  ce  parlement  tenu. 
Puisque  je  sais  sus  seurvenus, 
Je  vous  ose  bien  fiancer 
Se  la  chose  puis  avancer 
Jä  ne  me  voirrez  arrier  traire. 

VIVANT. 

Judas,  de  ce  que  Tolons  faire 
Åvons  .1.  pou  en  toy  de  doubte. 

JUDAS. 

Par  ma  créance  vous  jur  toute 


l60  LA   PAS6I0N 


Que  courroucié  sui  ä  mon  sire, 
Par  quoy  vous  me  povcz  bien  dire 
Vostre  conseil  seurement. 
Diclez  le  moy  appertement, 
Tantost  vostre  vouloir  ferav. 

CAIPHAS. 

Judas,  plus  ne  te  celeray^ 
Cest  de  Jbesu  qui  tout  fausse 
Nostre  loy  et  la  seue  eseauce 
Et  fait  k  nostre  pueple  croire 
Qu'il  est  filz  au  pére  de  gloire  : 
A  le  bonnir  voulons  entendre. 

JUDAS. 

Seigneurs ,  se  vous  me  voulez  rendre 
Argent  de  ly,  je  le  vendré 
A  vous  et  plus  n'y  attendré  : 
Achetez  le  et  me  paiez. 

VIVANT. 

Judas  ne  soiez  esmaiez  : 
Se  ceste  cbose  puet  faire 
Que  nous  aiens  le  depputaire 
De  1'argent  auras  bonne  somme. 

JUDAS. 

Je  croy  que  vous  estez  prodomme, 
A  vostre  gré  m'en  paierez ; 
Méz  escoutez  que  vous  ferez. 
De  voz  meillieurs  sergens  mandez 
Et  asprement  leur  commandez, 
Que  chascun  ait  espée  bonne : 
Cil  venoit  aucunc  personne 


DB    NOTRR   SEIGNEUR.  l6l 

Qui  Jhesu  voulsist  revancbier 
Que  on  le  puist  tout  detranchier  : 
De  loing  me  Quivez  sanz  mot  diré 
Et  je  yray  droit  baisier  mon  Mre^ 
Voians  touz  eulz  en  aon  viaäge. 

VIVANt. 

Judas,  sy  a  parole  sage. 
Je  te  pry  que  vueillöz  entendre 
A  ton  maistre  en  noz  mains  rendre. 
.xxx«  piéces  d'argentpar  conpte 
Te  don,  pren  lez,  n'en  aiez  hön  te 
Judas,  beau  frére,  or  lez  estuie. 

JUDAS. 

Et  je  lez  prenz  point  ne  m'enni]ie : 
Sy  lez  pendray  ä  ma  couroie. 
Seigneurs  sachiez  que  je  vourfoie 
Que  voz  sergens  ycy  fusseiit 
Et  leurs  armeures  eusses  : 
Sy  entendroie  ä  cecy  faire. 
La  monnoie  me  doit  bieo  plaire, 
De  quoy  mon  maistre  est  venduz; 
Or  m'est  le  disme  bien  renduz 
De  Toignement  dont  on  Pongny. 
Trop  grant  dueil  au  cuer  mWpoigny 
Quan  1 1'oignement  je  vy  respandre 
Sur  ly,  qui  l'eut  porté  vendre. 
Trois  cens  deniers  monlt  bien  valoit) 
Bien  savoie  que  mal  alloit 
Quant  MagdaUine  le  dprnia.  • 

U.  II 


l63  LA    PASSION 


VI  VANT.  '^ 


Judas,  en  toy  vallet  bon  a  : 
Chevaliers  envoieray  querre 
Touz  Icz  plus  fors  de  ceste  terre. 
Valiet  va  dire  appertemcnt 
Pinceguerre  que  le  dement 
Pour  son  profit  et  pour  s'onneur. 

MALQUIN. 

Se  Dieu  me  gart  de  deshonneur, 
Volentiers  feray  ceste  voie. 
Pinceguerre,  Vivant  vous  prie 
Qu'k  ly  vegniez  méz  qu'il  vous  plaise. 

PINCEGUERRE. 

Commant  ?  est-il  dont  ä  malaise  ? 
Je  y  voiz ;  se  nul  Ta  deffié, 
Je  le  rendray  pris  et  lie; 
Commant  qu'il  aille  en  sa  maison 
Vous  a  nulz  bons  fait  trahison, 
Quel  qui  soit  ou  monde  vivant, 
Dictez  le  moy,  sire  Vivant j 
Maintenant  vencbiez  en  serez. 

VIVANT. 

Or  y  parra  que  vous  ferez 
Åppertement  ce  que  vous  dictez : 
Jhesus  le  maulvaiz  faulz  trabistez 
A,  foy  que  je  doy  ma  santé, 
Trestout  ce  pais  enchanté. 
Qui  plus  vivre  le  le8sera< 
Nostre  loy  pardue  sera,    \     i  > 
Gar  je  vous  dy  pour  véritéi 


•  I 


Il  ^.- 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  1 63 


Que  le  ladre  a  resusctté. 
Il  a  trop  fait  de  mauvestiez, 
Je  vueil  que  pris  soit  et  gucstiez. 
Sy  vous  dy  que  riens  ne  me  pris 
Se  .II.  bons  chevaliers  de  pris 
Avecques  vous  ne  me  bailliez. 

PINCEGI3ERRE. 

Je  ne  doubte  pas  qu'i  failliez. 
Je  m'en  voiz;  quant  je  revenrrai 
Bons  chevaliers  vous  amerray. 
Or,  auz  armez,  Baudin,  Mosse, 
Chascun  de  vous  ait  endossé 
Son  habert  et  s'espéo  pregne  ; 
Chascun  de  vous  avec  moy  vegne  : 
Gardez  que  plus  n'y  attendez. 

BAUDIN. 

Cest  fait;  puisque  le  commandcz, 
Nous  .II.  ferons  vostrc  plabir. 

MOSSÉ. 

Je  vueil  ce  bon  boucler  cesir 

Qui  pour  coups  ne  puet  desmentir. 

PINCBGUERRB. 

Jä  Dieu  ne  vueillc  consentir 

Que  nous  reveignons  sanz  bataille. 

VI  VANT. 

Pinceguerre,  Dieu  ne  te  faille 
De  chose  que  tu  ly  requicres, 
Ains  te  doint  toutes  tez  priéres. 
Tu  me  faiz  au  cuer  grant  léesse 
Quant  je  voy  apres  toy  la  presset 


v  • 


1 1 


1 64  L^   PASSION 


Qui  te  suit  de  chevalerie. 

PINGEGUERRE. 

Par  ma  loy  vous  ne  boudez  mie ; 
Or  povez  bien  commant  qu'il  aiile 
Hardiment  hive  bataille, 
Tuit  en  sommes  entalenté. 

ANNE. 

Je  pry  Dieu  qu'il  vous  doint  santé 
Et  vous  doint  grant  honneur  avoir. 

PINGEGUERRE. 

Beau  sire,  nous  voulons  savoir 
Que  nous  ferons  puisque  cy  sonames. 

VIVANT. 

Droit  esty  bien  resanblez  prodomme 
Et  je  vous  vueil  la  chose  dire  : 
Judas  nous  a  vendu  son  sire. 
Avecquez  lui  vous  menera ; 
A  celly  que  il  baisera 
Tout  maintenant  sy  ly  prenez. 
Quant  pris  sera  sy  le  menez 
Droit  sus  Anne,  car  moult  ly  tärde 
Qu'on  le  pende,  ou  tut,  ou  arde, 
Ou  chiez  Caiphes  nostre  maistre 
Allez ;  Dieu  doint  que  prist  puis  estre 
Et  que  se  soit  prochainement ! 

BAUDIN. 

Nous  le  ferons  bardiement 
Et  maintenant  sanz  délaier  : 
De  ce  ne  vous  fault  esmaier ; 
Mais,  Judas,  fay  sy  ta  besoigne 


k 


DE    NOTRS   SEIGNEUR.  1 65 

Que  pour  toy  n'aion  poiot  d'esaoigoey 
Car  se  nul  !e  veult  revencher 
Je  le  vourav  tout  detrancher  : 
Or  en  alons,  Judas,  beau  frére. 

JUD4S. 

Foy  que  je  doy  Tarme  mon  pére, 
Bien  feray  la  chose  sanz  doubte  : 
Vous  me  suivrez  de  loin  par  route. 
Par  trahison  le  beseray 
Et  .1.  faulz  ris  ly  getteray, 
Et  puis  tantdst  le  venes  prendre 
Et  au  maistres  de  la  Idy  rendre. 
Quant  pris  Taurez  je  seray  quitte» 

*     MOSSE. 

Tu  as  bonnes  parolles  dictez, 
Judas,  sachez  que  c 'est  aflaire 
Car  plus  fort  vour^ion  bien  &ire, 
Et  nous  deust  on  dévorer. 
Malquin  veulz  tu  demourer? 
Vien-t-en  veoir  .prendre  le  glouton. 

MALQUIN. 

Je  voiz  ne  le  prise  un  bouton 

Et  de  moult  puts  jeus  ly  feray,    .  , 

Et  cesle  cqrde  porteray^ 

Et  ma  lance  en  ma«main  tenray ; 

Gar  se  je  puis  je  l'amenrray 

A  noz  maistres  pour  le  destruire. 

Sachez  qui  nous  y  venrroit  nuire 

Ne  qui  requerre  le  vourroit 

De  la  mört  venter  se  pourroit : 


1 66  LA    PASSION 


\ 


Couper  ly  vourroie  la  teste 

JUDAS. 

Encore  n'est  pas  la  cbose  preste 
De  le  maintenant  aler  penrre.  / 

CA\PHAS. 

Quant  dont? 

JUDAS. 

Ce  vous  veil  apenre  : 
Pour  la  cbose  estre  plus  seure 
Yous  le  penrrez  par  nuit  obscure 
Quant  gent  seront  k  se  grisé. 
Ét  pour  estre  miex  avisé 
De  lanternez  garniz  serez 
Qu^avecquez  vous  aporterez 
Par  quoy  pourrez  miex  aviser 
Celui  que  voulez  justiser. 
^  Il  est  bien  temps  que  je  m'en  aille, 

Pour  ce  que  son  juger  ne  faille. 
Sy  m'atendrez  quant  revendréj    . 
Avecquez  moy  vouz  amenrray  : 
Je  ne  teray  pas  grant  demeure. 

CAVPHAS. 

Or  va,  Judas,  en  la  bonne  heure 
£t  garde  bien  qu'il  ne  s'en  Aiie, 
Gar  s^  vie  förment  m'ennuie. 
A^ez  vous  bien  Judas  oy  ? 
Vous  devrcz  bien  estre  esjoy, 
Se  assener  povez  ccste  prise 
Que  la  char  du  glouton  soit  prise. 
Attendez  le  sy  quMI  vous  Iruisse 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  167 


Par  quoy  excufter  ne  se  puisse 
De  rien  qu'il  soit  en  nuile  guise. 
Et  sacbez  que  vostre  servise. 
Chascun  de  deniers  tout  ara, 
Que  tous  jours  bon  gré  m'en  sära, 
Je  le  vous  promet  et  convence. 

PINCEGUERRE. 

Sire  évesques,  et  jé  me  vente 
De  quelque  heure  que.  Judas  veigne, 
Ne  trouverons  riens  qui  nous  teigne 
Que  n'y  ailliens  san^plus.atendre 
Penrre  son  maistre  pour  vous  rendre  : 
Ce  vous  promet -je  tout  de  voir. 

SYMONv'    ..:■.'  ": 

Malquin !  .      / 

MALQUXN*  ) 

Sire? 

SYMOli. 

Dy  me  voir 
A-il  point  d\yaue  ou  pot  de  terre? 

MALQUIN.. 

Ncnuy,  voir. 

SYMON. 

Or  en  va  querre 
£1  garde  que  tantost  revcgne'4 
Que  de  Umies  putes  estrain^z  , 

Soiez  tu  au  jour  qui  estrenez.  '  * 

MALQUIN.   • 

Sire,  trop  mal  me  demencz. 


.(   r 


Se  avez  ä  .1.  pou  d'yaue  failiy 


l68  LA   PASSION 

M^avez  ore  sy  mal  bailly. 
Certes  oncquez  méz  n^  failiistez  : 
Je  croy  que  her  soir  la  respandistez 
Quant  vous  vous  allastes  couchier, 
Car  je  vous  vy  aupot  touchier ! 
Dictez,  voulez-vous  que  je  y  voise? 

SYMON. 

011  va  et  lesse  ta  noise  : 
Je  vourroie  ja  qu  en  eusse. 

MALQUIN. 

Et  jc  vourroie  jk  que  j'eo  feusse^ 
Foy  que  je  tous  doy ,  revenu . 

DIEU. 

Mcz  disciplezy  je  suis  tenu 
A  vous  gärder  et  garantir  : 
Or  sacbiez  trestous  sauz  mentir 
La  samte  Pasque  aproche  mout  (i), 
Vous  devez  estre  tous  semons 
A  ma  céne  n'y  failliez  mie 
Que  ne  m'y  teignez  coupaignie. 
En  Jherusalem  vostre  voye 
Sera  ;  allez,  que  Dieu  vous  voye 


i 


(1)  Mont  pour  moui  ou  nundt  (maitam).  On  trouve  un  exemple 
de  cette  modification  faite  pour  la  rime  dans  ccs  yere  de  ia  Chansan 
des  ordres^  salire  tré»-piquante  contre  les  rdigieux,  doe  au  trou- 
vére  Rulebeuf  .* 

Béguines  a  on  moni;  (poi|r  on  a  mouli) 

Qai  larges  robés  ont ; 

Desious  les  robes  font 

Ce  que  pas  ne  vous  di ,  elc 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  1^9 

Entré  vous  .11.  Jehac  et  Pierre  , 
Mez  la  maison  n'e8t  pas  de  Pierre 
Ou  vousverrcz  entrer  .i.Jiomme 
Qui  pourte  d'yaue  une  somme. 
Apréz  yrez;  quant  lä  serez, 
Le  seigneur  me  salurez  : 
Dictez  que  tost  sus  ly  venrré 
Et  que  ma  Pasque  je  y  penrré, 
Et  vous  m'y  ferez  conpaignie. 

S.   PÉRE. 

Beau  maislre,  nous  n'y  faudrons  m\e 

A  faire  ce  que  devisez. 

Jehan,  .1.  pouYOUs  avisez 

Se  vous  savez  cognoistre  fonanie 

Que  nostre  maistre  nous  dit  comme 

Nous  nous  parlismes  de  luy. 

S.  JEUAN. 

Foy  que  doy ,  vous  vela  celuy 
Que  nous  quérons  Ijiuy  toute  jour. 
Ne  faisons  mie  lonc  sejour 
Allons  apréz  ly  sanz  Lirder. 

S.   PÉRE. 

Allons,  Dieu  noys  vueille  gärder! 
Celuy  qui  nous  Hst  du  limon 
De  la  terre,  vous  gart,  Simon ! 
Enlendez  ä  nous,  beau  doulz  sire ; 
Nous  vous  somes  cy  venuz  dire  : 
Le  maistre  veult  cy  reciner 
Et  nous  avec  sanz  deviner 
Somes  trcstous  de  luy  scmons. 


170  LA    PASSIOX 


k 


SYMOX. 

Beaus  seignears,  oe  prisé^je  moult 
Se  Diex  me  doint  bonne  santé  : 
De  le  vcoir  grant  talent  é, 
Car  je  sui  tout  en  son  servise. 

S.  PÉBE. 

Faictes  que  la  table  5oit  mise, 
Aportcz  le  pain  et  le  vin. 

SYMOX. 

Vollentiers,  parle  roydivin 
Et  avec  ce  bonne  viande. 

DIEU. 

Symon,  Dieu  de  péril  defTende 
Ton  corps ,  et  ton  åme  veille  amer. 

SYMON. 

Sire,  ou  il  n'a  ne  sel  n'amer 
Yous  soiez  bien  venuz  soiens  : 
Yous  ralumez  lez  non  voiens 
Et  lez  målades  garissez. 
Se  souvent  seans  venissiez^ 
.ren  éusse  joie  amiable. 

DIEU. 

Mez  disciples,  misc  est  la  table, 
Séez-vous  tuit,  sy  mcngerons. 
Apréa^  autre  chosc  ferons, 
Car  la  viande  est  belle  et  bonne 
Que  nostre  hoste  Symon  nous  don  ne. 

SYMON. 

Se  Diex  te  doint  en  bien  uscr 
Ladre,  car  nous  conpte  la  peine 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  I7I 


D'enfer  et  commant  on  domåine 
Lez  åmes  et  quel  douleur  sentent. 

LADRE. 

-Lez  diables  d^enfer  lez  tourmentent : 
On  n'y  treuve  nully  doroiant; 
Ainz  seuftrent  trop  cruel  tourmant; 
Elles  ne  sont  point  asséjour 
Mais  seuflfrent  de  uuit  et  de  jour 
Les  åmcs  painez  angoisseuses 
Qui  n'en  sont  nulles  foys  oyseuses. 
Et  sont,  se  piez  me  doint  saucté, 
De  .IX. !  tourmens  tuil  tournrientc. 
Le  premier  est  de  feu  ardant 
Qui  tout  le  corps  leur  va  lardanC, 
Et  tuitcil  demennent  ce  vise 
Qui  Qnt  pechié  par  convoitise. 
Ou  secont  n'a-il  point  de  grace  : 
Il  sont  en  feu  et  puis  en  glace. 
Lä  sont  cil  qui  ont  fait  le  vice 
Ou  péchié  de  froide  mallice. 
Le  tiers  tourmant  esl  de  vermine ; 
Cil  qui  ont  péchié  par  heine 
Ont  conpaignie  de  couleuvres, 
Et  cil  qui  ont  taites  les  euvres 
D'envie,  je  vous  en  convent, 
Le  dragon  lez  runge  souvent 
Les  cuers  et  toutes  léz  cntrailles; 
Le  crapout  leur  pent  aus  oreilles. 
Ou  quart  il  ont  trop  grand  lueur  : 
11  n'y  oiil  clarlc  ne  lucur, 


1^2  LA.   PASSION 

Et  cbascun  malgrc  aoy  l'endure  : 

Cest  pour  le  pechié  de  luxure. 

Ou  quint  mil  dyables  lez  batent 

Et  entré  ieurs  piez  lez  abatent; 

Cil  ont  passé  obédiance. 

Lä  seufTrent  moult  grant  pénitence. 

Ou.sixte  n'a  poiqt  de  seurté; 

Il  sont  tous  jours  eq  obscurté. 

Cil  qui  le  bien  pour  le  mal  laissent 

En  celle  obscurté  tuit  abnissent. 

Ou  .VII*,  tourment  il  lisent : 

Lez  pécbiez  Tun  Tautre  devi^ent ; 

Il  s'entre  dient  plusieurs  ledengez. 

Sachiez  ce  n'est  vie  d'engez  : 

Cest  pource  qu'il  ne  confi^sérent 

Leurs  pécbiez  et  que  Dieu  n'aio9ére|it, 

Ne  oncques  en  Dieu  il  ne  crurent 

Parfaitement  sy  commc  il  durent. 

En  le  .viii\  voient  lez  diables 

Et  les^dragons  espoventables. 

Et  sacbiez  nul  ne  s\  envoyse 

Méz  il  demainent  trop  grand  npysc. 

Ne  vont  pas  au  moustier  orer 

Ain^ois  ne  cessent  de  plorer. 

Je  le  dy  ä  vous  qui  cy  estez^ 

Le  .ix\  n'est  mie  honestez. 

En  vérité  je  le  tesmoigne, 

Gar  tourmenté  sont  de  la  poigne 

De  tous  lez  maulz  qu'en  enfer  sonl 

Ou  touz  jours  en  malvaiz  bair  sont. 


DE    NOTRB    SBIONEUR.  Iji 

Enccnrejmt-il  plus  tournieDté 

Et  de  dyabies  sont  sy  tempté. 

Jc  le  tesmoing,  car  bien  in'en  membre, 

Qu'il  n'y  a  celui  qai  ait  membre 

Ne  soit  lié  de  feu  ardant. 

Leur  péchié  ne  Va  point  tardant  : 

Le  dyable  sanz  demourance 

Leur  (ait  faire  trop  laide  dance. 

Lez  piez  leur  tienten  contre  mont. 

De  dur  aguillon  les  semont  ^ 

Souvente  foys  il  fait  le  prestre, 

En  lieu  de  pain  feu  leur  fait  pestre. 

Icy  sont  pris  ä  mal  aaiors, 

Quanqu'il  meinnent  c^est  la  mprs. 

Chascun  est  de  (eu  tout  lécbiez 

Pour  ce  qu'il  ont  tous  lez  péchiez. 

Encore  y  a  une  autre  estage 

Qui  est  dessus  celui  ombrage^ 

Lä  est  le  feu  du  purgatoire. 

Ceulz  qui  attendent  la  Dieu  gloire 

Font  en  ce  lieu  leur  pénitance 

Dez  pécbiez  qu'ont  fait  dés  Tenfancc 

Dont  confession  onl  eu. 

Pour  ce  ne  sont  il  pas  chéu 

En  la  fosse  d'enfer  paribnde ; 

Méz  seront  tost.de  pecbié  monde. 

En  Tautre  estage  on  ne  voit  goute  : 

Je  y  fu^  pour  ce  le  dy  sanz  doubte. 

Et  nV  a  celui  qui  n'atende 

Cely  qui  paiera  1'amende 


174  ^^   PASSION 


Pour  le  péchié  du  premier  homme, 
Qa'il  fist  par  le  mors  de  la  pomme. 
Ou  quart  ly  enfant  mört  ne  sont  : 
En  tel  point  ycy  pose  sont 
Nul  bien  ne  nul  mal  ne  sentent, 
Mez  entré  eulz  de  dueil  se  démentent 
De  ce  que  pardu  ont  la  grace 
De  véoir  Dieu  en  sa  doulce  face. 
D'enfer  vous  ay  le  voir  conpté  : 
Je  pry  Dieu  par  sa  grant  bonté 
De  tel  lieu  nous  veille  gärder. 

DIEU. 

My  disciple  sanz  plus  tarder 

Levez  vous  de  cy ;  sy  venez 

Séoir  de  ^a  et  retenez 

Lez  commandemens  que  je  conpte. 

Du  retenir  n^aiez  pas  honte, 

Car  qui  loyalement  lez  tenra 

A  bonne  fin  s'åme  venra. 

Voz  piez  maintenant  laveray 

Et  puis  sy  lez  essuiray 

De  ce  ne  me  devez  desdire. 

Malquin! 

MA.LQUIN. 

Que  vous  plaist,  beau  sire? 
Å  vous  du  tout  je  m^abandonne. 

DIEU. 

De  Pyaue  et  un  bacin  me  donne 
Et  .1.  linseul,  fait  ce  poqr  moy ; 
Car  je  vueil  sceindre  entour  moy; 


DB    NOTRE   SEIGNEUR.  I>j5 

Fay  maintenant,  poiot  nV  arreste. 

MALQUIN. 

Sire,  ia  chose  est  toute  preste. 
Vecy  Tacin  et  l'iaue  clére  : 
Foi  que  je  doy  1'åme  mon  pére, 
La  ou  vous  voudrez  la  mettray. 

DIEU. 

Met  le  cy,  Judas;  9a  te  tray. 
Laver  te  vueil  lez  piez  sanz  faiUe. 

JUDAS. 

Or  faites  donc,  vaille  que  vaille, 
Vostre  bonne  volonté,  sire ; 
Oncquez  de  vous  mal  ne  vous  dire  • 
Non  fei'ay-je  dorénavant. 

DIEU. 

Jehan,  tray  9a  tez  piez  avant; 
Laver  lez  vueill  et  essuier. 

S.    JEHAN. 

Ce  ne  me  doit  pas  ennuier, 
Mais  je  le  vous  deusse  faire. 

DIEU. 

Jasque  prés  de  moy  te  fault  traire, 
Car  je  te  vueil  laver  lez  piez. 

S.  .  JASQUE. 

Jå  ue  me  laverez  lez  piez : 
Cil  vous  plaisty  lavez  moy  la  teste. 
Encore  n'est-ce  pas  chose  hoDoeste 
Qui  ä  vous  ä  faire  aparteigne. 

DIEU. 

Jasque,  de  ce  bien  te  souveigne,    ' 


176  LA.  PA88I0H 


.) 


Je  le  vuetl  et  il  fait  sera. 

S.    JASQCB. 

Certes  moult  m'eD  enmiira. 
Or  faites,  maiz  ce  poise  moy. 

DIBO. 

Pierre,  tray  te  qa  prés  de  mor ; 
II  me  plaist  tez  piez  nectoiesse. 

S.    PÉRE. 

Beau  doulz  pere  plain  de  haultesse, 
Yous  dictes  mez  piez  laverez : 
Se  Dieu  me  doint  joye  non  ferez. 
Jä  ne  me  sera  reprouchié 
Que  YOUS  aiez  mez  piez  touchié 
Souffrez  yous  en  pour  Dieu,  beau  sire. 

DlEU. 

Pierre,  Pierre,  ne  me  desdire. 
Tu  ne  sces  pour  quoy  faiz  cecy ; 
Mez  ains  que  me  parte  de  cy 
Et  tu  tez  piez  laYez  auras, 
Je  te  proumet  tu  le  sauras 
Le  la  Yemen  t  point  ne  me  griéYe. 
Et  se  je  tez  piez  ne  te  laYe 
Jk  partn'auras  aYecquez  moy. 

S.  PBRB. 

Puist  que  ainssy  estdont,  laYez^moy 
Nod  fas  lez  piea  tant  seullemen^, 
Mez  mains  et  cbief  entiéremeiit : 
Je  le  YOUS  pry  en  guerredon. 

OIBU. 

Pierre  Symon,  en  ten  moy  don  ; 


^ 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.*  fJJ 


Et  Yous  trestoust,  se  vous  in'aniez^ 
Se  Yostre  maistre  me  clamez, 
Yostre  maistre  suis  voirement, 
Sy  vous  dy  tout  communement* 
De  rien  desciple  ne  doit  est  re 
Souverain  pardessus  son  maistre. 
Je  vueil  que  pais  soit  entré  vous^ 
Car  tantost  partiray  de  vous  y 
L'eure  aproche  bien,  se  me  samble  : 
Pour  ce  vous  amonueste  ensamble 
Que  mez  euvres  vous  essaussez 
Et  ma  créance  partout  haussez. 
A  tous  vous  ay  voz  piez  iavez ; 
Pourquoy  Tay  fait  vous  ne  savez : 
Cest  .1.  example  que  vous  donne. 
Yivez  ensamble  sanz  ramponne ; 
Ly  .1.  a  l'autre  ainssy  le  face 
Se  vous  voulez  avoir  ma  grace ; 
Car  vous  estes  de  peché  monde 
Puisque  vous  ay  lavé  de  Fonde. 
Judas,  non  pas  je  vous  convent 
Tous  ceulz  qui  sont  en  ce  convent : 
Ce  que  je  vous  dy  n'est  pas  fable. 
Or  retournons  touz  å  la  table  : 
Mez  discipleSy  je  suis  hais , 
De  Viin  de  vous  seray  träbis ; 
Par  ly  mon  corps  est  ja  vendu, 
Par  ly  seray  en  crois  pendu. 
Bon  ly  fust  qu^encore  fust  k  nestre ; 
Sy  ne  peust  trahir  son  maistre. 

II.  12 


178  -LA    PASSION 


Je  V0U8  dy  pure  vérité. 

S.  JEHAN. 

Je  vous  pry  par  humilité 
S'il  Yous  plaist  que  vous  me  dictes 
Qui  pourroit  estre  le  trahistes 
Qui  vers  vous  penseroit  tel  chose. 

DIEU. 

Jehan,  bel  amy,  bien  di  re  t'ose 
Le  trahistes  n'est  pas  cachiez 
Par  qui  mon  corps  est  dommachiez 
Il  est  cy  en  ma  conpaignie. 

JUDAS. 

Sui-je  ce  ?  ne  me  celez  mie  ; 
Maistre,  le  dictes  vous  pour  moy  ? 

DlEU. 

Tu  le  dis  certes  ;  entour  moy 
Boit  et  mengue  et  repaire 
Qui  a  pourpencé  cest  afTaire. 
JudaS)  mengue  cette  soupe 
Et  boy  du  vin  en  ceste  coupe  : 
Establir  vous  vueil  loy  nouvelle, 
Qui  sera  aveuant  et  belle , 
Que  ceulz  qui  bien  la  garderont 
En  mon  régne  avec  moy  seront ; 
Et  sy  vous  vueil  touz  ordener 
A  Prestres  et  vous  vueil  donner 
Le  saint  Sacrement  de  l'autely 
Et  chascun  iace  ä  Dieu  autel, 
Comme  vous  voierrez  que  feray. 


DE  NOTRE  SEIGNEUR.  1 79 

S.  JEHAN. 

Du  fére  tost  apris  seray, 

Mez  que  vous  le  nous  enseignez. 

DIEU. 

Gardez  que  bien  le  reteignez, 
Lors  de  tous  maulz  serez  gardez. 
Benoist  soit  ce  pain  de  par  Dé, 
Mon  doulz  Pére  qui  est  en  gloire! 
Mengez-en  en  bonne  mémoire ; 
Cest  ma  char  qui  est  en  fort  justice. 
Sera  par  tamps  pour  vous  tous  mise. 
De  Dieu  soit  benoist  ce  vin  cy ; 
Pour  autre  cbose  ne  vins  cy 
Que  pour  vous  donner  tel  viande 
Qui  contre  péchié  vous  deffende. 
Yenez  tous  que  Diex  vous  ament ; 
Ce  est  du  nouvel  testament 
Mon*sanc  qui  pour  vous  tous  sera 
Espanduy  et  qui  m'aimera  * 

Sy  l'enpeigne  seurement  : 
Cest  tout  pour  vostre  sauvement. 
Ce  vueil-je  que  sacbiez  de  voir: 
Pour  chascun  vueil  mört  recevoir ; 
Maiz  une  cbose  pour  vous  vueil  dire  : 
Yous  aurez  ennuit  honte  et  ire, 
Car  ly  juifs  ont  grant  envie 
De  ce  que  mon  corps  est  en  vie ; 
Rien  plus  de  moy  ne  puent  faair. 
Quant  cil  venra  qui  doit  trahir 
Mon  corpS|  beau  semblant  me  fera  ; 

12. 


l8o  LA    PASSION 


Par  Irabison  me  baisera 

En  la  bouche,  lors  me  penront 

Li  faulz  juifet  m'en  menront. 

Soufirir  me  feront  grand  douleur, 

J'en  perdré  toute  ma  couleur  ; 

L^eure  approche  que  je  vous  conptc. 

Tous  en  aurez  paour  et  honte, 

Vous  sy  espoventez  serez, 

Que  tous  ennuit  me  lesserez, 

Quant  vous  voerrez  lez  faulz  trahistez. 

S.  PÉRE.     ' 

Beau  sire,  tel  chose  ne  dictes, 
Gar  de  ceci  point  ne  m'esaiaie 
Que  jä  paour  ne  honte  aie 
De  rien  qui  ne  puisse  avenir. 

DIEU. 

Pierre,  quand  tu  verras  venir 
Lez  mauvaiz  qui  m'en  maincront  * 
Paour  et  bonte  te  feront, 
Et  en  auras  au  cuer  tristesse ; 
Et  ain9ois  que  li  coq  cbantesse 
.II.  foys  en  tel  point  tu  seras 
Que  ^  III.  foys  me  renieras  : 
Cest  vérilé  que  j'ay  compté. 

S.  PÉRE. 

Beau  doulz  pére,  plain  de  bonté, 
De  ce  sanz  raison  me  blasmez ; 
Gar  de  moy  estez  mput  amez» 
Ge  li  aultre  s'en  vouiloient  fuire 
Sy  vueii-je  partout  conduire. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  l8l 

Pour  ricn  tel  lour  ne  vous  feroye, 
Pour  vous  niourir  miex  ameroie ; 
Je  vQus  suivray  partout  sanz  faille. 

DIEU. 

Pierre,  Simon,  comment  qu'il  aille 
Contre  raqy  ne  te  dov  deffendre  ; 
Levez  sus  graces  nous  fault  rendre. 
Beau  doulz  pére  toy  graclons 
Pour  tez  biens  fais  et  te  prions 
Qu^en  telles  euvres  nous  maintiegnes 
Que  nos  åmes  ä  la  (in  preignez 
Lassus  en  ta  gloire  celestre. 
Touz  les  apostres  dieiit : 

Amen, 

DlEU. 

Ainssy  puisse-t-il  estrel 
Séez-vous  cy,  je  vaiz  Taourer. 
Pierre,  vien  t'en  sanz  démorer; 
Jasque,  Jehan,  sus  vous  levez  : 
My  cousin  estez,  moy  debvez 
Suivre  et  gärder ;  in*åme  est  triste 
Jusques  ä  mört  et  par  mört  quitte 
Trestuit  celles  et  cil  seront 
Qui  mez  commandemens  feront. 
Plus  avant  de  cy  ne  venez. 
Tuit  .111.  ycy  vous  soustenez 
Et  gardez  que  ne  sommeilliez, 
Mez  ourez  de  cuer  et  veilliez, 
Aiez  en  Dieu  dévocion 
Que  n'entriezen  tcmptacion. 


l82  LA   PASSION 


Cy  prie  Dieu  premier  ä  genous. 

Doulz  pére,  å  toy,  roy  célestrc, 
Pour  ce  c'est  chose  qui  puist  estre 
Que  je  n'aie  pas  ceste  mört, 
Qui  ja  ducques  au  cuer  mc  mört, 
Que  toute  fait  ma  char  douloir  ; 
Et  non  porquant  Ic  mien  vouloir, 
Ne  facez  mie,  mez  le  tien, 
Qu'å  ton  plaisir  du  tout  me  tien. 
Tout  prest  est  le  mien  espris 
De  mört  soufTrir  pour  i'esperis, 
Mais  ma  char  sy  ce  deult  förment, 
Gar  elle  actent  cruel  tourment. 

Cy  retoume  aux  apostres  et  die  ä  saint  Pére : 

Pierre,  tien  toy  de  sommeillier. 
Ne  puez-tu  une  heure  veillier? 
Avecques  moy  veilliez  proier 
Qu'en  temptacion  ne  soiez ; 
L'eure  de  mon  tourment  aproche. 

S.  PÉRE. 

Grant  doulour  prés  du  cuer  vous  touche  ; 

Je  le  voy  moplt  tréz  bien  a  ce 

Que  tout  contreval  vostre  face 

Le  cler  sanc  de  sueur  dégoute. 

Tainte  en  est  vostre  face  toute  : 

Aval  chéent  lez  goutes  cléres. 

DIEU,  å  genous. 
Encor  te  prie,  beaulz  doulz  péres, 
Se  le  tourment  que  sy  m'esmaie 


DE    NOTRB   SEIGNEUR.  1 83 


Ne  puis  eschapper  que  ne  l'aie 
Que  tu  faces  ta  volenté. 

Cy  retourae  aaz  apostres  et  die  i 

De  dormir  moult  entalenté 
Estez  quant  veillier  déussiez. 
Se  vous  en  sacion  eussiez 
Nulle  foys  ne  vous  truys  levez. 

S.    JASQUE. 

Nous  avons  tous  lez  yeulz  grevez 
De  trop  veillier ;  s'avon  mesaise 
Se  nous  dormons  ne  vous  déplaise  ; 
Car  moult  grant  piécc  avons  veillié. 

DIEU. 

Vous  n'estez  pas  trop  travaillié. 
Veilliez  et  de  Dieu  vous  souvegne, 
Que  mauvaise  erreur  ne  vous  pregne  : 
Trop  estez  endormi  förment. 

DiEU,  arriére  å  genous,  die  : 

Beau  pére,  de  ce  grief  lourment 
Moult  volentiers  eschapperoie, 
Se  ta  volenté  s'v  octroie, 
Car  la  mört  förment  m'espoente ; 
Et  s'ainssy  est  qui  t'a  talen  te 
Que  muire,  je  le  doie  vouloir ; 
Conbien  que  m'en  doie  doloir, 
Le  fez  de  la  mört  vueil  por  ter. 

Un  ange  chante  sus  :  Eiernt. 

Filz  de  Dieu,  je  te  vien  conforter  : 
Ton  pére  dit  que  par  ta  mört 


1 84  ^^   PASSION 


Seront  racheté  de  la  mört 
D'enfer  luit  cil  qui  bien  ferpnt. 
Pour  toy  faire  mourir  seront 
Par  tant  juif  en  paine  grant. 
Rien  doubte  ne  petit  ne  grant, 
Va  k  la  mört  ton  corps  souffrir. 

DIEU. 

Beau  pére,  je  vueil  bien  souflFrir 
Puisqu'il  vous  plaist  ce  grief  martire. 

JUDAS. 

Pinceguerre,  je  vous  vien  dirc 
Alon,  car  il  en  est  point. 

PINGEGUERRE. 

Or  voy-je  bien  que  il  n'a  point 
Sy  voir  disant  en  ceste  terrc 
Comme  est  Judas. 

BAIJDIS. 

Nous  vicnt-il  querre  ? 
II  nous  a  bien  convent  tenu. 

MOSSÉ. 

Un  prophéte  mal  avenu 
Sera  se  le  poons  tenir. 
Malquin,  Haquin,  tantost  ven ir 
Avec  nous  vous  enconvient 

MALQUIN. 

Alons  donc,  mais  bien  me  souvientt 
Noz  lanternes  en  porleron . 

HAQUIN. 

Maintenant  lez  alumeron, 
Je  vueil  aler  pour  vous  aidier. 


DB  NOTRE  SEIGNEUR.  1 85 


JUDAS.  . 

Seigneur,  laissiez  vostre  plaidier. 
Tantost  avecquez  moy  venez. 
Et  gardez  qu'autre  ne  prenez 
Que  celui  que  je  baiseray. 
Ja  moull  beau  semblant  Ii  feray  : 
De  ce  sui-je  bien  enformez. 

DIEU. 

Reposez  vous  et  vous  dormez  : 

De  mon  tourment  approche  Teure 

Que  ly  pécheurs  me  courront  seure. 

L^amour  que  j*ay  vers  mez  amis 

En  ceste  détresse  in'a  mis. 

En  croisme  fera  estachez 

Et  ou  visage  decrachez ; 

La  mört  que  foufTrir  me  faurra 

A  mez  adversaires  Vaura 

Se  il  se  vuellent  repentir. 

S.  JEHAN. 

Beau  pére,  sanz  la  mortsentir, 
Ceci  bien  amender  sariez 
Que  nulle  paine  n*en  ariez, 
Ce  devons  nous  croire  et  savoir. 

DIEU. 

Jehan,  bien  vueil  la  mört  avoir  : 

Levez  sus  que  dormi  assez 

Åvez ;  vela  ceulz  amassez 

Qui  me  quiérent,  je  lesvous  montre. 

Ne  fuion  pas  mais  å  l'encontre 

Leur  alon ;  veci  qui  m'aproche, 


1 86  LA   PASSION 


Qui  me  baisera  en  la  bouche 
Pour  me  trahir;  lors  me  penront. 
Cil  homrae  armé  et  m'cnmarront 
Que  quérez  vous  que  ne  celez? 

PINCEG13ERRB. 

.1.  Homme  qui  est  appelez 
Jhesu  de  Nazareth. 

DIEU. 

Ce  sui-je. 

BAUDIN. 

Encbanté  av  estc ;  ce  puis-je 
Bien  dire,  plu  ne  fu  oncques. 

MOSSÉ. 

Par  ma  loy  tout  ainssy  doncques 
Ay-je  eslc  et  pis  encore. 

DIEU. 

Biau  seigneurs,  que  querez  vous  orc 
Qu'å  ceste  heure  eslez  ensamblé  ?    . 

PINGBGUERRE. 

De  paour  ma  la  char  tramblé 
Don  t  j'ay  förment  le  cuer  iré. 
Ce  que  nous  quérons  te  diré  : 
Jhésu  de  Nazareth  quérons. 

DIEU. 

Véez  me  cy. 

BAUDIN. 

JudaSy  que  ferons  ? 
As  tu  rien  oy  qui  te  plaise. 

JUDAS. 

Dieu  te  gart,  miaistre,  car  me  baise 


DE    ISOTRE    SEIGNEUR.  1 87 


Et  je  toy  en  foy  en  la  bouche. 

DIEU. 

Ce  baisier  prés  du  cuer  me  touche , 
Amis,  en  baisant  m'as  trahy. 

MALQUIN. 

Jhésu,  moult  te  voy  esbahy  : 

Pris  es,  te  veulz  tu  pas  deffendre  ? 

MOUSSÉ. 

Meillieur  gage  que  la  foy  rendre 
Lui  fault  sy  veult  se  délivrer. 

HAQUIN. 

Je  croy  qu'i  se  vient  d'enyvrer 
Hui  toute  jour  de  la  taverne. 

MALQUIN. 

Haquin  i  lieve  hault  ta  lanterne 
Si  le  verron  tuit  ou  visage. 

HAQUIN. 

Foy  que  je  doy  tout  mon  lignage 
Je  sui  tout  lié  de  cette  proie. 
Malquin,  beau-frére,  je  te  proie 
Que  maintenant  soit  menez. 

DIEU. 

Beauls  seigneurs,  pour  quoy  me  tenez 
Sy  honteusement  sanz  raison  ? 
Sy  ne  sui-je  pas  mauvais  bom 
Ne  dez  gens  en  bois  essautiéres , 
Et  sy  ne  sui  murdrier  ne  lerres. 
Oncques  je  ne  fiz  mauvestié , 
Et  vous  m'avez  si  agaistié 
Painuit  obscure  pris  m'avez. 


1 88  LA    PASSION 

Maintez  fois  de  jour  bien  savez 

Vous  in'avez  oy  sermonner 

Et  de  bons  exemples  donncr 

Au  lemple  Psalmon  monté 

A  vous  mains  bons  sermons  conpté  ; 

Mez  vecy  sens  de  inoy  tenir 

M'avez  veu  aler  et  venir 

Et  de  nuit  m'avez  detenu. 

MALQUIN. 

Encore  tout  ä  tamps  venu 
Somes  a  ta  mal  le  meschance. 
Pren,  Jhésu;  c'est  tien  a  la  chancc 
As^z  de  ceulz  en  soustenras. 

S.    PERE. 

Lcsse-le,  point  ne  Ten  menras: 
Garde  toy  (l'ui  maiz  a  toucher ; 
Ne  te  doiz  de  lui  approcher. 
De  toucher  a  lui  n'ez  pas  digne 
Qui  est  filz  Dieu  sur  tous  le  guine. 
Tu  Tas  feru  par  ton  oultrage, 
Tien  ce  cop  pour  ton  vasselage. 
Il  te  vaulsist  miex  aillicurs  estre 
Que  tu  n'a  pas  t'oreille  destre  : 
Ör  te  taste  c'elle  tesaine. 

DIEU. 

Pierre,  s'oreille  n'e3t  pas  saine, 
Mais  tu  Ii  as  raison  faite 
>       Quant  sus  luy  as  l^espée  traite. 
Remet  la  tost  en  sa  gaine, 
(lar  tout  pour  voir  je  le  doctrinc 


DE    NOTKE    SEIGNEUR.  189 


Qui  de  glaive  nully  ferra 

Par  glaive  defenir  verra 

Sa  vie,  c'est  bien  chose  voire. 

Pierre,  de  ce  me  dois  tu  croirre. 

Se  je  vouloie  a  ceulz  nuire 

Qui  ont  grant  fain  de  moy  destruire 

Et  d'eulz  vouloir  faire  omicide, 

.XII.  legions  enaide 

D^anges,  d'arcanges  sanz  cesser 

Auroie  tout  pour  eulx  prisser. 

L'oreille  que  tu  ly  as  roupte 

Saine  ly  refTeray  sanz  doubte. 

Vallet,  monstre  ta  blesseure. 

MALQUIN. 

Se  Diex  me  doint  bonne  aventure. 
Se  tu  me  donnes  garison, 
Jamais  jour  nulle  mesprison 
Ne  pourchaceray  conire  toy. 

DIEU. 

Je  la  te  rendray  sueffre  toy 
Telle  come  elle  cstoit  devant. 

MALQUIN. 

Jamais  jour  ne  t'iray  grevant 
Se  tu  la  me  puez  rendre  entiére. 

DIEU. 

Or  tray  sa  pfés  de  moy  ta  chére. 
Oreilles,  je  vueil  que  tu  soies 
Åinsi  saine  comme  tu  estoies 
Devant  ce  que  tu  fusses  ronpue. 
Or  taste  se  je  t'ay  rendue 


192  hk   PASSION 


S   PÉRE.        , 

Par  cellui  Dieu  qui  me  fist  nestre, 
Ne  cognoiz  celuy  que  me  dictes. 

JUDAS. 

Sire  Annez,  je  ne  viens  pas  tristez, 
Gar  j'ay  bien  faite  la  besongne. 
Véez  vous  cy  Jhésu  que  j'amaine  : 
Le  corps  de  luy  vous  ay  vendu, 
Vivant  m'en  a  1'argent  rendu. 
Je  le  VOUS  baiile  ce  le  prenezai 
A  vostre  plaisir  Tammenez  : 
Ce  c'est  bien  fait,  dictes  le  mov. 

ANNE. 

Foy  que  je  doy  Tame  de  moy 
Ton  argent  as  bien  deservy. 
Judas,  tu  m'as  a  gré  servy. 
Va-t-en,  moult  bien  m'en  cheviray. 

JUDAS. 

Et  de  vous  me  départiray. 

A  Dieu  qui  vous  est  en  sa  garde. 

ANNE.      . 

Jhesu,  vien  så  que  trop  me  tärde 
Que  tu  me  dies  ton  affaire. 
Veulz  aler  contre  Césaire : 
Dy-le  moy  puisque  tu  cs  pris. 
Tu  seras  se  tu  as  mespris 
De  nos  tre  loy  apetisez. 

DIEU. 

Ains  que  me  faces  justiser 
Je  te  diray  que  tu  feras  : 


DE   NOTRE   SBIGNEUR.  igZ 


Ceulz  qui  m'ont  oy  manderas. 

Quant  Venuz  seront  n'at6i]de;Zy  ' 

Mais  aprement  l^-daoiazidez» 

S'it  sevent  que  je  aie  conpté  .    < 

Åutre  chose  fors  que  bqkité  : 

Lors  par  conseil  en  ouvreras. 

MiLQUIN. 

Demain  en  tel  jour  enterras. 

Garde  a  qui  tu  diz  ces  parotes 

Qui  sont  assez  niasez  et  foles. 

Par  fierté  vas  respondre  trufes  : 

Cy  me  garderas  ces  .11.  bufes    ^     -i  •,■.' 

Que  t'ay  trouvé  tant  te  quéru. 

DIBU. 

Tu  in'as  sanz  deserte  féru 
Vilainement  en  mon  Tisage. 
S'il  te  samble  que  die  oultrage 
Hardiement  sy  le  teamoigne. 

HAQUIN. 

Vassaux,  se  Diex  santé  te  doigne 
Sers  tu  pas  Jhesu  le  glouton  ? 

8.    PERS. 

Pour  lui  ne  feroie  .1.  bouton  : 
Je  ne  S9ay  que  tu  me  deoiandes. 
Se  tu  aus  fourches  ne  me  pendes 
One  ne  le  seryy  en  mon^  aage. 

Jhesu  tu  paieras  ton  paiage, 
Méz  se  cera  moult  chéremedt. 
Liez  ly  Uen  estroitement 
ir.  i3 


1^  L\    PASSIOIf 


Lez  mains  et  puis  bien  le  feeoet 
Et  chiez  Caipbes  le  menez. 
Quant  Caipbes  Jbesu  yerra 
De  ses  euvres  ly  enquerra  : 
Or  ie  menez  sanz  [^119  cy  estre. 

BfALQUIN. 

Ta  main  senestre  sanz  la  destre. 
Je  vueil  lier  maintenant  : 
Plus  soef  t'cn  yrons  menant, 
Je  le  promet ;  Vecy  la  corde. 
Haquin,  garde  qu'il  ne. me  morde ; 
Tu  me  veiras  jk  bien  estraindre. 
Et  sy  ne  s'en  osera  plaindré. 
Haquin,  compains,  or  me  devise 
S'il  est  lié  de  bonne  gnise. 
Que  te  sanble?  Eit-il  assez  ?    ' 

'  HAQUIN. 

Son  cucr  est  jk  trestout  quassez, 
Sy  estroitement  Fas  lié. 
Jhesu,  Malquin  t^a  esjné, 
Tu  es  de  belles  contenanoes. 
Par  ma  loy  je  croy  que  lu  penses 
Gommen  t  tu  poarras  jk  respoiidt*e  i 
Miex  te  vauleislaToir-rait  tondrey 
Ne  ledypa6'^n'toy'<gabefht. 
Je  croy  que^euli}ȣiipe  bohant  ^  >n 
Et  mettre  coeffe  pflfif- dessure. 
Conpains,  il  ne  fut  ennoit  bec|re  ^   > 
Que  ce  paMonmer  ne  véisae  i   ; ' 
Apres  nous,  cette»  bion  touIsimc 


A 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  I  gS 


Con  sceult  s'il  cognoist  ce  maistre. 

MiLLQUIN. 

Trop  miex  ly  vauroit  estre  a  nestre 
S*il  le  cognoist  que  cy  venir 
Et  sy  ne  me  vueil  plus  tenir 
Que  je  ne  sache  qu'il  demande. 
Vassaux,  se  Diex  ton  corps  deflende, 
N'ez  tu  pas  et  qui  revanchas 
Jhésu  et  m'oreille  tranchas? 
C'es-tu  bien,  levoy  k  ta  face. 

S.    PÉRE. 

Non  sui ,  se  Dieu  me  doint  sa  gråce  5 
De  ce  vous  pui&-je  bien  respondre. 
Se  la  mört  ne  me  puist  confondre 
Oncques  ne  fu  en  son  service. 
Las !  moy  meschant  com  je  peu  prise 
Mon  bon  seigneur  et  mon  bon  maistre! 
Je  vourroie  bien  estre  a  nestre. 
Las !  moy  dolant  povre  de  sen 
Moult  grant  douleur  au  cuer  je  sen 
•De  .III.  faussetez  que  j'ay  dictes, 
Dont  j'ay  esté  faulz  et  trahistez. 
Or  ay-je  le  cuer  desvoié  : 
Quant  je  mon  seigneur  renvoyé.    ^^ 
Certes  je  m^espris  dui*ement. 
Sy  en  requier  dévoctement 
De  tout  mon  cuer  a  Dieu  lepére 
Qui  re^oive  ma  priére. 
Je  m'en  repens  et  me  cohfesse, 
Car  douleur  au  cuer  me  apresse. 

i3. 


I06  Ll   PASSION 


Pére,  selon  ma  repcntanoe 
Vueillez  moy  donner  pénitance ; 
Que  J6  soie  asoubz  moult  me  tärde 
A  mon  mefTait  ne  prenez  garde> 
Car  j'ay  dit  .iii.  trop  obscurevices 
Dont  j'ay  esté  et  foI  et  nices. 
Beau  sire  Diex,  plaint  d'amistié, 
Vueillez  avoir  de  moy  pitié, 
Car  je  trop  durement  mespris. 

PINCÉGUERRE. 

Jhesu^  bien  voy  que  tu  es  pris  : 
Pour  te  destruire  te  prenons 
Et  a  Ca^iphes  te  menens. 
Caiphes,  vez  ci  le  traitc 
Qui  toute  nostre  loy  despite, 
Et  dit  qu^elle  est  fausse  et  malvaise. 
Vous  en  devez  estre  plus  aise 
Quand  Jhesu  qui  riens  ne  prisoit 
Nostre  loy  mais  la  despitoit, 
Nous  ravons  pris  et  amené. 

BAUDIN. 

Pour  vous  nous  somes  bien  pené, 
Et  Judas  a  fait  ceate  office. 
Véez  vous  ty  Jbesu  plain  de  vice  ; 
Or  en  poon  faire  justice. 
Nostre  toy  ne  vous  riens  ne  pnse, 
A  sa  loy  nous  vouloit  tous  traire 
Et  sacliez  que  de  nous  mal  faire 
A  estez  tou»  jours  esveilliez... 


DE    NOTBK   3EIGNEUR.  I97 


MOSSE. 

Gaiphes,  tost  vous  conseiltiez 

De  Jhcsu  ce  fault  glout  deslruire. 

Oncques  ne  vous  Bna  de  nuir^; 

Nouvelle  loy  a  commancié 

Et  sy  Ta  ja  moult  aveocié 

Pour  encbaijter  lez  gens  eocoobre. 

Tant  le  croient  que  c'cst  sans  nombro 

Et  vous  vont  trestuit  délaissant. 

Nostre  loy  va  trop  abaissant, 

Contre  nous  förment  se  traveille , 

Or  escoutez  trestuit  grant  merveille  : 

S'il  va  bien  nos  gens  enchantant 

Le  mauvais  glous  se  v^  vantant 

Le  temple  Dieu  despesera 

Et  puis  apres  le  refera 

Dedans  .iii.  jours  comme  devant. 

Va-il  bien  la  gent  deccvant : 

Dieu  tout  en  viz  pourroit  ce  faire. 

Nous  veult-il  seurmonter  Césai^e  ? 

[|  est  de  folie  esméus, 

De  rien  ne  doit  estre  créux 

II  ne  scet  fors  que  mal  et  bonte, 

Encore  fait  pis  que  je  ne  cpnptq, 

Se  c'est  voir  de  ly  le  sachiez. 

CAIPUA^. 

Jbesu  ,  dy  es-tu  entachicz 

De  ce  que  os  icy  conpter 

Que  nostre  loy  veulz  seurmonter? 

Ucspon  y  il  lault  que  je  le  sachc 


198  L/i    PASSION 


Seigneurs,  Jhesu  a  pute  tache; 
De  respondre  ad  ce  n'a  cure. 
Pourras-tu  prouvér  celle  injure 
De  quoy  tu  dis  qu'il  est  coulpablez  ? 

MOSSE. 

011 ,  sire ,  par  gens  estables. 
Par  Malquin  et  Haquin  ensanble. 
Bien  le  scevent ,  sy  com  moy  sanble ; 
Demandez  en  leur  tesmoignage. 

CMPHAS 

Malquin ,  Haquin  ,  trop  estes  sage  : 
De  ce  me  dictes  la  vérité. 

MALQUIN. 

Le  Dieu  me  doint  grant  dignité, 
Cest  ce  que  cil  vous  a  conpté. 

HAQUIN. 

Par  le  grant  Dieu  ptain  de  bonté  , 
Mosse  vous  a  la  verité  dicte. 
De  Jhesu  le  glouton  tralte 
Oncques  il  n'ot  de  nul  bien  cure. 

CAIPHAS. 

De  par  Dieu  le  grant,  te  cunjure 
Que  tu  me  dies  se  tu  éres 
Jhesucrist  filz  de  Dieu  vif  perel 
Se  tu  Tes ,  dy  le  moy  beau  frére  , 
Tout  clérement  que  je  t'en  proye. 

DIEU. 

Tu  I'as  dit ,  mais  se  je  disoye 
Que  filz  Dieu  le  puissant  je  fussc 
Et  que  sa  tres  grant  force  eusse , 


DE    N0TR9  /  ^E^^NEUR.  ,  Ji^ 


On  diroit  que diroie  folie.      .  ^ ,  . .. 
Toule  voi^,n'en  doubtez  mie  , .       ,  / 
Vous  xne  verrez  en  jugement         ;  ^j 
A  la  destre  Dieu  qui  ne  ment  : 
,  La  paiera  chascun  sez  débitez.    ,.  .. 

,     .  CAIPHA^. 


r-    >'' 


i'ih.'.   «.:  «il 


.'f   't      il.    r.'\<  t  * 

Tu  es  donc  filz  de  Dieu  I . 

DIEU,    : 

Vpus,  le  dietez 
Et  avez  dit  que  je  le  suy . 

c  Al  PH  AS. 

Déz  que  cognoissance  ro^ui 

Et  de  viel ,  de  petit  ,  de  grant ,        ^ 

N'oy  despiter  Dieu  le  grant 

Sy  com  se  musart  le  despite. 

ANNES. 

N'a-il  pas  grant  obscurté  dictes  / 
Le  glout  eu  cuer  tres  deputaire  , 
Quant  pareil  h  Dieu  se  veult  faire  ? 
Sy  ne  fault  point  de  tesmoignage : 
Il  esl  jugé  par  son'oultrage 
Quant  il  se  fait  ä  Dieu  sanblable.  '  ^' 

'     PINCEGUERRE. 

Seigneurs,  hetenez  pas  ä  fabte , 
Mais  moult  tres  bten  voils  aviser  '  ' 
Comment  ce  glout  soit  justisez. 
Déz  or  mais  nous  départirons  , 
En  nos  hosteiz  nous  en  yrons; 
Cy  faire  venir  nous  pourrez 
Toules  beures  que  vous  vourrez,; 


!200  LA   PASSION 


Du  vostre  rien  ne  demandons, 

Au  grant  Dieu  nous  vous  comtnandons, 

Tuit  en  vostre  voulenté  sommes. 

ANNES. 

Seigneurs,  vous  me  sanblez  prendommes  y 

Vous  m^avez  Wen  en  gré  servi  ; 

Bon  loier  avez  deservi 

Et  bon  loier  chascun  aura 

Sy  qoe  tous  jours  gré  me  saura. 

Alez ,  au  grant  Dieu  vous  commant. 

MALQUIN. 

Jhesu  enten-tu  bien  romans  ? 
Je  te  vueil  cracher  en  la  face. 

GAIPHAS. 

\  ■ '.  • 
Haquin  ,  se  tu  m'aimes  pourchaces 

Pour  ^z  yeulz  bänder  une  bände. 

HAQUIN. 

La  male  poission  festande  , 
Vez  cy  la  bände  toute  preste. 

GAfrHAS. 

Bandez-Iy  lez  yeulz  de  la  teste 
Et  pour  le  loier  de  ses  truffes 
Ly  portez  de  grosses  buffes 
Et  sy  en  jouez  k  la  cbipe. 

MALQCIN. 

Bien  saura  cbiper  sy  me  cfaipe. 
Je  le  tenteray  sy  par  la  chape 
Que  je  le  rendray  s'il  meschape. 
Haquin ,  n'est-ii  pas  bien  boucbez  ? 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  20I 


HAQUIN. 

Oil ,  que  Fust-il  or  oucbiez. 
Jhesu  qu'es-tu  cy  venu  qoerre  ? 
De  par  le  diable  sié*te  ä  terre ; 
De  par  moy  auras  ce  présant. 
Dy  moy,  ay-je  le  poing  pesant? 
Or  ne  t'ay'je  pas  feulx  noié  ? 

MALQUIN. 

Haquin,  tu  ne  m'a8  pas  proié 
^ue  de  inez  yeulz  ne  ly  apreigne. 
Roy,  male  passion  te  teigne ! 
Qui  t'a  féru,  car  le  me  devine? 
Esgar  com  il  besse  Teschine, 
Le  jeu  je  croy  ly  abelit. 

HAQUIN. 

Oncque^  mais  n'ot  tant  de  délit, 
Roys  qui  fust  de  sy  grant  poissance. 
Jhesu,  tien  ce  cop  a  la  chance ; 
Qui  t'a  féru,  car  le  me  compte?  ' 

MALQUIN. 

Ha  !  faulx  roy  que  tu  sces  de  honte ! 
Nous  te  voulons  endoctriner, 
Mais  ii  te  convient  deviner 
Qui  t'a  donné  sy  gros  chopin. 

UAQUIN.f 

Encor  ara-il  ce  lopio! 
Bien  ly  plaist  ce  jeu  ä  aprendre. 
Fier  fort,  il  a  la  cbar  trop  tendrc. 
Qui  l'a  féiu,  roy,  car,  parolc  ? 


203  LA.    PASSION 


MALQUIN. 

Il  a  esté  ä  bonne  escole  : 

Trop  grant  plaist  ne  va  pas  menant ; 

Mais  sy  ne  parle  maintenant 

Je  Ii  donrray  tel  oreillon 

Qu'il  y  aura  da  vermeiHon. 

Tien  ce  cop ;  sui-je  mensongiérs  ? 

Il  n'est  pas  hors  de  nos  dengiers  ^ 
En  nostre  jeu  moult  se  délite  : 
Sv  a-il  chére  de  trabile. 
Roy,  ce  cop  lu  me  garderas 
Et  puis  apres  devineras 
Sece  sont  collces  de  nopc^s. 

MALQUIN. 

Haqoin,  je  voy  de  grosses  bosses 
Sus  son  dos  que  faites  luv  as. 

IIAQUIN. 

Non  ay,  voir. 

MALQUIN.  * 

Par  ma  foy,  sy  as. 
Je  vueil  que  de  moy  ly  souveigne  : 
Ce  cop  est  tien ;  par  pute  estraine 
Je  ne  vueil  pas  que  tu  m'eschapes. 

HAQOIN. 

Malquin,  je  te  pry  que  tu  frapez 
Bien  fort  de  9a  et  may  de  la. 
Roy,  te  remues;  qu'est-ce  lä  ? 
Garde  bien  de  toy  remuer  : 
Nous  le  ferons  sv  fort  sucr 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2oZ 


Que  toD  mal  te  terminera.     • 

MALQUm. 

Benoist  soit  qui  fort  frapera 
Tel  cop  que  je  Toie  sonner. 

HAQUIN. 

Or,  le  me  regardes  donner 
.1.  beaii  cop  du  poing  sanz  faintisc. 
Roy,  qui  te  fiert,  car  le  devise  / 
Tu  es  je  croy  en  lestardie 
Ou  ta  cbar  est  acouardic, 
Ou  tu  n'es  pas  batu  assez. 
Malquin ,  je  croy  que  tu  es  lassez  :- 
.Fier  de  grans  cops  sus  la  servelle. 

MALQUIN. 

Je  ne  me  pris  une  cenelle  *^ 

Se  par  moy  n'a  Teschine  plate. 

HAQUIN. 

Par  la  foy  que  tu  doys  Pilate, 
Or  léesse  voir  que  tu  feras. 

MALQUIN. 

Par  Dieu,  Haquin,  tu  m'aideras. 
Férons  lous  .11.  sur  son  madre. 

HAQUIN. 

Tu  as  resuscité  le  ladre 

Par  ton  malvais  encliantement ; 

Mais  se  Ii  évesques  ne  ment 

Encor  le  conparras  tu  chier. 

Mal  osas  le  ladre  huchier 

£t  å  nos  gens  dire  telz  fauves. 

Roy,  meschant  roy,  que  ne  te  sauves 


ao4  ^^    PASSIOH 

Ou  destruiz  aeras  sanz  rao^oo. 

CåYPUAS.      . 

Seigneurs,  laissiez  vostre  tangon  y 
Ne  batez  plus  se  députaire : 
Autre  cbose  nous  convient  traire. 
Sir  Annes,  car  nous  cooseilliez, 
Vaus  en  devez  estre  esvdUiex, 
Comment  Jbesu  pourroos  clestruire  ? 

ANNES. 

Appareillié  sui  de  lui  nuire ; 
S'il  vous  plaist  mener  le  feroos 
A  Pilale  et  Ii  conterons 
La  grant  mauyestic  du  trahite. 

GAYPHAS. 

Moult  bonne  parole  avez  dicte  : 
Je  vueil  bien  que  il  soit  meoea^. 
Or  tost,  my  sergens,  9a  venez 
Menez  en  Jbesu  sus  Pilate. 

MALQUIN. 

Ha  ha !  com  il  a  la  cbar  mate 
Ce  roy  et  com  il  est  devex. 

HAQUIN. 

Haa !  qu'il  a  dessous  sez  chevex 
De  mal  se  je  Tosassc  dire. 
Liéve  sus,  vien  a  ton  martire  : 
Malquin,  aide-moy  å  le  tenif. 

JUOAS. 

Ha  mört,  car  me  iay  delcnir  : 
Je  sui  mescbant  maleurez 
Et  trahiste  faulx  parjuiez; 


DE    NOTRE  SEIGNEUR.  !Jo5 


Bieu  m'ont  lez  diabies  enbahy : 
J'ay  le  sanc  du  juste  tri^y, 
Cil  Dieu  qui  a  toule  puissanoe.  - 
Je  inourré  par  désespérance  : 
Des  or  m'estuet  desconforter. 
Vivant,  je  vien  raporler 
L^argent^  point  n'en  ay  despenéu, 
De  quoy  j'ay  raon  seigneur  vendo. 
J'ay  péchié  trop  fort  maliement : 
Vecy  Yostne  argent;  je  dematit 
A  vDus  que  me  laissiec  mon  maistre 
Qui  fait  tous  biens  venir  et  nestre. 
Cest  cii  de  qui  tout  bien  abonde 
Et  cil  qui  puet  suz  tout  le  monde. 
Sire,  car  le  me  delivnez. 

VIVANT. 

Judas,  t'c8-tu  puis  enyvrez 
Que  ton  maistre  nous  vendis 
Et  doulcement  la  maintendis?' 
De  DOE  deniers  receuz  treivte 
Quant  ton  maistres  getas  en  vente. 
De  le  prendre  nous  enbortas 
Quadt  .XXX.  deniers  enportas. 
L'argent  preiz  et  receuz : 
Se  tu  te  tiens  pour  déceuz, 
Judas,  de  ce  bieu  te  souveigne  : 
Qui  ainssy  fait,  ainssy  ie  preigne.  ^ 
En  ce  point  ton  maistre  mis  as, 
De  le  pen  re  nous  avisas : 
Se  tu  as  ta  mauvestié  faite 


2q6  la  passion 


Une  aultre  fois  miex  sy  tegaite.  . 
Se  bien  as  fait  tu  le  sauras  : 
Judas  de  Jbesu  poiot  n'auras ; 
Or  lesse  ester  ton  sermonner. 

JUDAS. 

Au  diable  je  me  voisdonner, 
Quant  xnon  maistre  av  ainssy  grevez. 
Vivant,  yoslre  argent  recevez, 
Véez  le  la,  je  n'en  ay  cure. 
Hé  gaort  félonnesse  et  obscure 
Preo  moy^  je  suis  faulz  et  trahistes  : 
A  cent  diables  j6  me  rens  quites. 
Quant  j'ay  osé  mön  seigneur  vendre 
Sanz  reméde  je  me  voiz  pendre. 
Diables,  prenez  mon  espérit. 

VIVANT. 

Seigneurs,  Targent  que  Judas  quit , 

Qu'il  a  ycy  å  terre  mis, 

Je  ne  vueil  pas  qui  soit  remis 

Ou  temple  en  lacommune  bource  : 

Pas  de  bon  lieu  ne  vient-ii ;  pour  ce 

Le  dy-je  s'en  acbeterons 

Ung  champ  ou  qu'il  souflrir  feront 

A  Jhesu  grant  douleur  amére. 

MALQUIN. 

Le  champ  de  Mach,  de  par  ma  mére, 
Est  tout  caien;  je  le  vous  vendré* 

VIVANT. 

Ges  .XXX.  deniers  t'en  rendré  : 
Voy-Ies  ycy,  jé  te  lez  baille. 


DE    NOTRR    SEIGNEUR.'  2<yj 


^i 


<  . 


MALQU119. 

£t  je  Poctroy  comment  qu'il  aille. 
Dés-or  le  champ  yous  abandonne. 

ANNES. 

Pilatc,  vecy  la  personne 
Qui  sy  fort  nostre  loy  touraiente. 
Par  son  sermon  no9  gens  enchante  : 
Il  est  digue  de  mört  avoir. 

PILA.TE. 

Seigneurs,  aultrement  vueil  savoir 
Pourquoy  jugez  a  niort  cest  bome. 

CAIPHAS. 

Gar  Jbesucrist  et  roy  se  nomme^ 
Cuidez  c'il  ne  flisat  mal  faiteurs 
Et  sus  nostre  )oy  enchanteuf  s 
Que  cy  le  vous  amenissons 
Ne  que  ä  mört  Je  jugessons? 
Je  vous  (dy)  qu'il  a  defTendu, 
Je  Tay  oy  et  enlendu, 
Qu^on  ne  doint  point  ä  Césaire 
Ge  qu'on  ly  doit ,  et  pour  ce  tralre 
Gy  va-t-on  faire  grief  lourment. 

PILATE. 

Puisque  Taccusez  sy  forment 
Prénez  loy  et  sy  1'ohnateneÅ. 
Selon  la  loy  (filife  tous  tenefe 
De  son  corps  Faictes  jugenf»ent. 

Je  vous  respon  dppertelitoéiit 
Bien  vourions  la  mopt*dc  lu^; 


1 1 


« ^ » 


f  :    ». 


2oS  LA    PASSION 


Mais  ne  poons  juger  nully 
Puisqull  n'a  la  mört  deservie. 

PILATB. 

Jhesu,  dy-raoy  toute  ta  vie  : 
Tout  mainlenant  delivre  toy. 

kr 

Tu  es  roy  des  Juifz. 

DIEU. 

De  toy 
Seul  tu  le  dis  ou  tu  Tas  oy  dire  ? 

PILATE. 

Pour  te  faire  souffrir  martire 
Tous  ces  Juifz  l'ont  ä  moy  livré; 
Il  vouroient  ja  que  délivré 
De  ton  corps  trestous  les  eusse^ 
Mais  j'ameroie  miex  que  je  fusse 
Bien  endormy  que  je  disse 
Faulz  jugement  ne  ne  feisse. 
Pour  Juifz  roie  ne  me  tien  : 
Il  ni'est  av  is  que  je  te  tien. 
Que  leur  as-tu  fait  ?  ce  me  dy. 

t)IEl}. 

Prevost  Pila  te,  je  te  dy, 

Puisque  tu  veulz  que  je  reaponde, 

Mon  royaulme  n'efit  pas  en  ce  monde. 

Se  mon  royaulme  ou  moode  fust 

Tel  honte  (aite  ne  me  fust. 

De  moult  bon  cuer  me  servissent 

Et  pour  leur  roy  me  tenissent 

De  paroles,  de  fais,  de  dis.« 


DE    NOTRB   SBIGIfEUR.  309 

'"  '  '  '  ~    -■■—  —I  ■-—■■I        ■  ■      I  —    — ■■      -■      ,-  I  ^  ^m^am^a^mmm.m^ 

PILATE. 

Doncques  es-tu  roy  ? 

DIEU. 

Tu  le  dis, 
Que  y  sui  com  fu-je  nez , 
Conbien  que  soie  mal  menez. 
Pour  ce  m'envoia  en  ce  monde 
Mon  pére  eu  qui  tout  bien  aboade 
Que  verité  je  tesmoingDasse 
Par  tous  les  lieus  la  ou  je  allasse, 
Ou'en  moy  n'a  point  d'iniquité. . 

PILATE. 

Dy  moy  quel  cbose  est  v4rité  ? 
Seigneurs ,  je  veuil  que  choscufi  sache 
Que  je  ne  truis  en  Jhesu  tache 
Qui  ne  soit  et  bone  et  honneste. 

ANN£S-. 

Prevost ,  par  lez  yeulz  de  ma  teste 
II  a  trop  durement  moSait 
Quant  toute  nostre  Iby  defkit. 
II  scet  partout  trop  bien  trischer ; 
Trait  a  a  soy  par  son  préscbier 
.  De  Galilée  plu»  de  .xx.  m. 
De  nos  gens  jusques  en  cette  ville ; 
Mallement  nous  a  tribouloz^ 

PILATB. 

Beaulz  Seigneurs^  bien  voy  que  voulez 
Gest  home-cy  faire  destruire. 
Tantost  je  le  ferayconduire, 
(Par  ma  gent  hien  sera  tenu) 
11.  i4 


310  LA    PASSION 

En  Galilée  don  t  est  venu 
A  Hérode  tout  maintenant. 
Quant  Hérode  verra  venant 
Jhesu  dcvant  luy  ,  lors  sera 
Tout  lié  ,  tanto^  le  jugera , 
Gar  moult  ly  tärde  qui  le  teigne. 

CAIPHAS. 

Mandez-Iy  tel  vengence  en  preigne 
Tost  le  face  pendre  ou  tuer. 

PIL\TE. 

Vallez  5  allez  moy  saluer 
Hérode  le  roy  de  noblesse, 
Plain  de  valeur  et  de  proes^. 
Jhesu  vous  ly  présenterez  > 

De  par  moy  et  ly  conterez 
Lez  beaulx  jeuz  dont  it  scet  joier. 

HAQUIN. 

Ge  ne  vous  doit  pas  ennoier , 
Mais  vous  doit  abetlir  ä  faire. 
Or  sa  roy  au  cuer  députaire  , 
Quant  devant  Hérode  venras 
Moult  bien  de  rire  te  tenras. 
La  pance  ja  de  paour  te  sue. 

MALQUm. 

Sire  roy  ,  par  nous  vous  salue 
Pilate  qui  vous  aime  monit 
Plus  que  prince  de  tout  ie  monit 
Et  vous  prie  par  amitié        ^ 
Que  de  ce  glout  n'aieK  pitié. 
G*est  Jhesu  que  vous  amenons : 


DE    NOTRE    SEIGNE13R.  211 


Qu'il  ne  s'eDfuie  le  tenons. 

Pilate  vcuit  que  jugement 

Faciez  de  luy  faastivement , 

Gar  il  vit  trop ,  c'est  grand  pecbé. 

Ly  pueples  est  par  luy  triché  , 

Gar  nostre  loy  leur  veult  defTendre. 

En  luy  lez  fait  croire  et  entendre  , 

Tout  le  monde  va  enchantant 

Et  ä  chascun  se  va  vantant 

Qu'il  est  filz  Dieu  le  roy  de  gloire: 

Cest  .1.  fol  qu'on  ne  doit  pas  croire. 

De  nos  gens  a  son  gré  desploie  ; 

Sa  vie  au  prevost  ennoie : 

Il  vous  fait  de  son  corps  present. 

HÉRODES. 

J'aim  mielx  ce  don  que  nul  present 
D'or  fin  qu*on  m'cust  présenté. 

HAQUIN. 

Sire  y  se  Diex  vous  doint  sancté , 
Faictes  ardoir  ou  décoler 
Ce  glout ;  trop  nous  veult  défoulcr 
Que  mescréans  nous  veult  tous  faire 
Et  nous  veult  tousä  sa  loy  trairc. 
Pour  Dieu  faites  le  tourmenter : 
Il  sut  bien  lez  gens  enchanter  , 
II  (hit  les  aveugles  voians  , 
Et  sv  fait  lez  sours  cler  oians , 
Et  sy  fait  lez  gens  mors  revivre  , 
Lez  målades  de  mört  doHvre 
Et  lez  hors  du  sen  rasönage; 

i4 


:2ia  hk  PASSION 


Il  garist  lez  gens  de  la  råge  , 
II  fait  le  contraiz  tout  drois  estre , 
Ii  se  fait  filz  au  Roy  célestre 
Et  ce  fors  poar  nous  trahir, 

HÉRODES. 

Jhesu^  ne  te  doiz  esbahir ; 
De  parler  ä  moy  n'aiez  honte. 
Vien  prés  de  moy  et  sy  me  conte 
De  queiz  euvres  tu  veulz  jouer 
Et  n'aiez  paour  de  m'ennouer: 
Respon-moy  ce  que  tu^^ourras. 
Malquin  ,  garde  se  tu  pourras 
Faire  parler  a  moy  cest  home. 

MALQUIN. 

Je  ne  me  pris  pas  une  pome 
Se  Jhesus  a  vous  ne  parole. 
Glout  a  pou  je  ne  t'arole 
Que  parlez  au  roi  Hérode. 
De  tes  bourdes  .i.  pou  le  iobe, 
S'en  auras  plus  soef  martire. 

HÉRODiKS. 

Je  le  feray  tenir  dessire 
Se  il  parler  å  moy  ne  deigne. 
Jhesu ,  a  van  t  que  pia  te  veigoe 
De  tes  ofTences  conpte  moy 
Et  sy  te  tray  ^ a  prés  de  snoy. 
Don  t  te  yient  or  ceste  Ucence 
Que  tu  fais  növelle  créance 
Et  veulz  la  loy  <}e  Dieu  abatre  ? 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2l3 

Tu  as  faim  de  te  faire  batre 
Se  ne  respons  appertemeDt ; 
Dy  ce  que  te  demant 
Et  je  te  feray  assez  grace. 

HAQUIN. 

Rien  ne  prise  vostre  menace : 
Se  ne  le  faites  tourmenter 
II  vous  pourra  bien  enchanter. 
II  en  scet  toute  la  maniére. 

nÉRODES. 

Jhesu,  liéve  hault  celle  chére 
Parle  a  moy,  je  le  te  commandc 
On  m^a  mande  que  te  demandc 
Qui  tu  es  ne  dont  tu  es  venu. 
Tu  veulz  bien  que  soiez  lenu, 
Pour  le  filz  Dieu  en  ceste  terrc 
De  par  qui  yiens-tu  cecy  querre? 
Le  pueple  t'en  va  ä  Tencontre. 
Se  tu  es  filz  Dieu  sy  me  monstre 
Une  partie  de  ton  couvine. 

MALQUIN. 

II  est  de  moult  bone  doctrinc^ 
II  ne  vous  fait  mie  grant  noise. 
Jhesu  renvoise  toy,  renvoise, 
Parle  de  par  lez  vifz  maufés. 
Se  mon  toupet  fust  eschaufez 
La  bouche  sy  fort  te  batisse 
Que  parlcr  sy  hault  te  féisse 
Qu'il  n'cst  sy  sourt  qu'il  ne  t^oisl. 


2l4  L\    PASSTON 


MÉRODES. 

S'il  parlast  .i.  pou  m^esjoist 

£t  sy  en  fusse  .i.  pou  plus  aise. 

Jhesu  je  te  pry  qui  te  plaise 

Que  tu  me  dies  qui  tu  es. 

Je  croy  que  f  u  soies  muez, 

Je  ne  t'oy  ennuit  n^ot  dire  : 

N'aiez  paour  d'avoir  noartire. 

Il  nn'apartient  que  bon  droit  rende  : 

Conbien  que  de  juifz  entende 

Que  tu  soies  bien  mauvais  bom. 

Ne  te  feray-je  que  rarson. 

Or  me  dy  se  ta  loy  nou velie, 

Veulz  essaucer  et  laire  celle 

Finer  qu'on  croit  communement. 

Or  le  me  dy  seurement  : 

Tout  ce  me  puez  tu  bien  conter. 

Or  me  dy  veulz  tu  seurmopter 

Le  roy  Césaire  que  tant  aiment 

Que  leurs  gouverneurs  le  réclaiment  ? 

Jhesu  respon  aucune  chose. 

Tu  as  moult  fort  la  bouche  close  : 

Par  foy  je  croy  que  n'oiz  goutc. 

La  leste  sy  me  deult  j'Ji  toute 

Tant  me  suis  a  toy  débatu. 

Respon  ou  tu  seras  batu  : 

Tu  ne  m'as  povoir  d'eschaper. 

Gomment  te  es-tu  lessé  haper? 

Se  tu  point  de  povoir  eusses 

Pas  lcss6  prendre  ne  te  fusscs  : 


I 


D£    NOTRE    9£I0N£Ua.  ai5 


Tu  es  fol  et  meschaot  et  nice. 

HAQUIN. 

Il  est  plain  d'orgueil  et  de  vice ; 

En  sus  de  vous  le  bouteray, 

Ou  visage  Ii  cracheray. 

Parte,  meschant,  que  mal  feu  t'arde ! 

MALQUIN. 

'Vu  as  la  langue  moult  couarde;^ 
Or  ne  sces-tu  mais  sermonner 
Ne  tes  faulz  examples  donner. 
Dy  nioi  est  tu  bien  pou  prisé? 

IIÉRODES. 

Malquin,  je  me  suis  avisc 

Ce  que  je  feray  de  ce  glouton. 

De  ly  ne  donroie  .1.  bouton  : 

Il  ne  scet  riens  fors  que  malico, 

II  a  le  visage  trop  nice. 

Arriére  tous  vous  en  yre^: 

A  Pilate  et  sy  Iv  direz, 

Je  le  salue  sans  nulle  somme 

Et  sy  Ii  renvoie  cest  homme. 

J'ay  bien  fait  ce  qu'il  m'a  mande, 

De  sez  i''aiz  Ii  ay  demandé  : 

Rien  n'en  di  ne  cognéu, 

Ne  mot  dit,  vous  l'avez  véu. 

Je  n'cn  vueil  pas  jugement  rendre 

Pour  Umt  qu'il  ne  se  scet  detlendre. 

En  vostre  pais  Tcnmenez ; 

Que  ne  s'en  luie  le  tenez, 

Mais  ain^!ois  que  partiez  de  cy       • 


ai6  LA   PA88I(»r 


Ceste  grant  robe  btanche  cy 
En  guise  de  fol  ly  vestez 
Et  ceste  aumuce  ly  metez  : 
Lors  sanblera  bonne  personne. 

MALQUIM. 

Jhesu,  roy  Hérode  te  donnc 
Pour  vestir  ceste  blauche  robe. 
Tu  en  auras  le  cuer  plus  globe, 
Bien  te  yra  se  la  puez  user. 

UÉRODE. 

Menez  l'en  sanz  nul  lieu  muser 
Et  sy  dictes  a  vostre  maistre 
Que  lez  diables  le  firent  nestre 
Et  bien  le  sanble  ä  sa  maniére. 
Dictes  Pilate  qu'il  enquiére 
De  sez  taiz  et  saphe  do  yoir. 
S'il  doit  par  droit  mört  recevoir 
Que  tout  tantost  sanz  plus  atendre 
Au  champ  le  face  mener  pendre, 
Et  mon  amy  tousjours  sera  : 

UAQUIN. 

MouU  volentiers  il  le  fera 
Tout  ainssi  com  vous  le  mandcz. 
A  Dieu  soiez  vouscommandez, 
Nous  en  alon,  congté  prenon. 
Jhesu,  je  croy  nous  te  menon 
Lä  ou  ton  corps  bien  tourmentez 
Sera;  bien  suis  entaleniez 
De  toy  grever  sanz  trou ver  grace. 


DE  NOTRB  SEIGNEUR.  21 7 


MALQUIN. 

Le  grant  Dicu  qui  lez  maulx  efFace 
DoiDt  ä  Tousy  Pila  te,  grant  joye! 
Le  roy  Hérodes  vous  envoie 
Gest  home  de  nulle  value 
Et  plus  de  cent  fois  vous  salue 
Et  dit  qu'en  gré  servy  Pavez. 
A  tous  jours  mais  s'amour  avez, 
Moult  vous  aime  de  cuer  et  prise. 

PILATE. 

Bien  veignez  tu ;  or  me  devise 
Pour  quoi  as  Jhesu  ramené. 

MALQUIB(. 

Hérodes  qui  a  cuer  sene 
Le  rov  moult  bien  Ii  demanda 
De  sett  faiz  et  ty  commanda 
Que  ly  deist  qui  ii  estoit 
Et  moult  souvent  l'amonnestoit 
Que  Ii  voulsist  dire  et  conpter 
Pour  quoy  il  youloit  seurmonter 
Le  pueple  par  dessus  Césaire ; 
Mais  le  glout  au  cuer  desputaire 
Pour  rien  que  Hérodes  Ii  déist 
Ne  pour  honte  qu^on  Ii  féist 
Ne  vouft  respondre  nulie  chose. 
Lors  dist  lo  roy  :  «  Sire,  je  n'ose 
De  cest  home  jugement  rendre. 
Par  qu'il  doie  mourir  ne  peudre.  » 
Puis  apres  moult  le  renpona 
El  ceste  robe  Ii  donna. 


2l8  L\    PASSION 


Lors  ceste  aumuce  Ii  méismes 
Et  de  Hérode  nous  departismes. 
Arriére  l\ivons  retouroé ; 
Le  roy  l'a  moult  bien  atourDC 
De  ceste  robe  blanche  lä. 

PILATB. 

Or  le  me  menez  par  de  la; 
Faites  tost^  seigneurs,  veuez  eii. 

HAQUIN. 

Tantost  le  inenrons ,  alez  en 
Devant  cl  nous  yrons  apres. 

PIL\TB. 

Ce  n'est  pas  trop  loing  que  ja  prés 
De  ce  lieu  ou  nous  alon  sommes. 
Dieu  gart  sez  seigneurs,  cez  preudonies 
Et  doint  ä  chascun  grant  honneur. 

ANNES. 

Et  Diex  vous  gart  de  deslionneur. 
Que  derna ndez  ne  que  atendez 
Que  ce  glouton  vous  ne  pendez  ? 
Trop  vit  je  do.ubt  qu*il  ne  s'en  luie. 

PILATE. 

Beaulx  seigneurs,  förment  vous  ennuie 
Uien  le  voy  que  Jhesu  vit  tant. 
Mallement  le  alez  despitant 
Et  dictes  qu^il  ne  dit  que  lobes. 
Je  vous  dy  que  le  roy  Hérodes 
A  qui  envoié  je  Tavoie 
Pour  or  que  sus  ly  ne  savoic 
Forfait  donl  jugicr  le  puisse 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  3 1  9 


Quc  SUS  m'ame  ne  méféisse, 
Hérode  ne  scet  nul  nDefait 
En  ly  riont  doie  estre  défait^ 
Ne  je  n'y  truis  cause  de  mort. 

CAYPHAS, 

Grant  dueil  et  grant  råge  me  mort 
Au  cuer  quant  jo  vous  oy  ce  dire. 
Faictes  le  morir  ä  martirc 
Appertement  sanz  deiaier. 

PILATE. 

Je  suis  tenu  ä  vous  paier 
Ung  hopfie  que  h  Pasques  vous  doy. 
Cestui  vous  livré  por  le  doy; 
Dictes,  le  voulez  retenir? 

ANNES. 

Nenny,  mais  faictes  tost  venir 
Barrabam,  si  nous  en  paiez. 

PILATE. 

Jhcsu,  se  tu  es  csmaiez 
Nul  n^en  doit  estre  esbahy  : 
De  ces  gens  es  förment  hay. 
Malquin,  Haquin,  Jtiesu  prenez 
Et  apres  moy  le  ramenez  : 
Lors  de  nos  jeus  Ii  apenrons. 

MALQUIN. 

Sire,  tantost  le  remenrons 
Pour  Ii  faire  tourment  assez. 

PILATE. 

Roy,  je  croy  que  tu  es  lassez  : 
Tu  le  serras  en  ccllc  route. 


:120  LA    PASSION 


HAQUIN. 

Roy,  tu  äras  ceste  sacoute ; 

Te  sambly  que  prés  de  toy  soyc? 

PILATE. 

Gelle  robe  rouge  de  soye 

A  ce  roy  maintenant  vestcz 

Et  puis  en  son  chief  Ii  metez 

Une  couronne  bien  pignant 

De  joncs  marins  qui  sont  poignans. 

Fay  tost,  c'est  pour  le  couronner 

Et  .1.  ceslre  ly  fay  donner  : 

En  sa  main  je  vueil  qu'il  le  teigne. 

HAQUIN. 

Malle  meschance  ly  aveigne! 
Bien  appareillier  le  savez. 
Cest  fait  sy  tost  que  dit  Tavez. 
Roy  tu  dois  bien  demener  feste, 
Riche  couronne  as  en  la  teste, 
Ta  personne  bien  roy  resanble. 
Malquin,  alon  moy  toy  ensanble 
A  genous  ce  roy  déprier. 

MALQUIN. 

Je  pense  que  mercy  prier. 

De  tous  mez  pecbiez  je  ly  voise. 

HAQUIN. 

n  ne  fait  pas  or  trop  grant  noise^ 
Talan  t  n'a  de  soy  remuer  : 
Par  foy  je  le  vois  saluer; 
Se  mVil  tiait  .1.  laulx  regart. 
Le  roy  des  Juifz,  Dieu  te  gart ! 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  221 


Par  ta  foy,  roy,  or  nous  devise. 
Se  tu  veulz  ci  tenir  t'assise. 
Veulz  tu  lez  me&is  adresser  ? 
Se  ä  mört  me  puist  on  blesser, 
Tu  seras  ja  trop  bien  frapé. 

Roy  tu  ne  m'es  pas  eschapé, 
Trop  miex  batre  te  convenra. 
Tien  ce  cop,  sy  t'eii  souveora 
Porce  quc  es  de  parter  sy  baus. 

HAQUIN. 

Malquin,  tu  es  mauvais  ribaus 

Quant  tu  l'as  ainssy  cboppiné. 

Bon  roy  que  u'as  tu  deviné 

Lequel  t'a  féru  sy  förment  ? 

Roy  ne  te  vas  pas  endorment 

Et  ne  pren  pas  ce  jcu  å  truHe. 

Tu  me  garderas  eeste  buffé, 

Ce  n'est  pas  pour  bien  que  te  vuétlte., 

MALQUIN. 

Haquin,  pour  ce  qui  ne  se  dueille, 
Je  ly  donrray  .!!•  horions. 
Bien  voy  qu'en  luy  nous  nous  fuyons, 
Moy^  toy,  de  fine  amour  entiére. 

PILATE. 

Lessez  ce  roy,  qu'eo  une  biére 
Fust  ore  le  corps  de  luy  mts. 
En  male  peine  m'a  huy  mis  : 
Gardez  que  chascun  bieo  le  teigne. 
Encor  convirat-ii  qu'il  8'en  vdgiie 


233  LA    PASSION 


Apres  moy  sanz  plus  arester  : 
Pour  ce  vueil  qu'on  le  laist  ester. 
Seigneurs,  vecy  .i.  homme  honneste; 
Par  le  grant  Dieu  ce  n'est  pas  bcste, 
II  est  trop  mallement  grevez. 
Par  la  foy  que  vous  me  devcz 
Vueilliez  avoir  de  Ii  pitié. 

CAYPHAS. 

Je  vous  pry  par  grant  amitié 
Que  de  Jhesu  me  delivrez. 
Maintenant  soit  å  mört  livrez, 
Ne  m'en  alez  plus  k  Tencontrc. 

PILATE. 

Vecy  Jhesu,  je  le  vous  monstre ; 
Prenez  lay  et  crucifiez, 
Mieulx  que  povez  le  chastiez, 
Point  ne  truis  qui  soit  malvaiz  home. 

CAYPHAS. 

II  doit  mourir  et  c'est  raison 
Et  c'est  droit  selon  oostre  loy. 
II  a  faicte  nouvelle  loy 
Et  filz  Dieu  se  fait  appeler. 

PILATE, 

Vien  sä,  Jhesu,  ne  me  celer 

Don  t  tu  es,  tantost  le  me  dy. 

N'enten-tu  pas  ce  que  je  dy  ? 

Or  dy  se  ä  moy  tu  parleras. 

Se  tu  n'y  parles  mal  feras  : 

Tu  SC68  bien  que  j'ay  sus  toy  puissance 

De  delivrer  ou  de  grevance. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2^3 


Se  je  vueil,  morir  te  feray, 
Se  je  vueil  je  te  laisseray, 
Dont  bien  parler  ä  moy  déusses. 

DIEU. 

Sus  moy  puissance  n'éusses, 
Mon  corps  en  tes  mains  pas  ne  fust 
Se  povoir  donné  ne  te  fust 
Du  souverain  pére  de  gloirc ; 
Et  de  ce  me  dois  tu  bien  croire, 
Car  cil  qui  en  tes  las  m^a  mis 
Plus  grant  pechié  sur  ly  a  mis 
Que  tu  n'as  å  faire  ceci. 

LA.  FAMME  PILATE. 

Mes  cnfans,  levez-vous  de  cy ; 
Je  vueil  que  avecques  moy  vencz 
Et  simplement  vous  contenez  : 
Je  vois  parler  å  vostre  pére. 

LA  FILLE. 

Or,  alez  devant,  douice  mérc, 
Car  me  tärde  que  je  y  soie 
Et  que  le  bon  prophéte  voie 
A  qui  on  veut  le  tourment  faire. 

LE  FILZ. 

Nous  serons  partans  au  repaire 
Lk  ou  nous  trouverons  celuy 
Ou  nulz  boms  n'a  pitié  de  ly, 
Mais  lehéentde  grant  Heine. 

LA  FAMME. 

Le  Dieu  qui  ver  tus  enlumine 
Sy  gart  le  seigneur  de  maison. 


224  ^^   PASSION 


PILATE. 

Bien  veignez  vous,  et  quel  raisoii 
Ne  quel  bésoing  cy  vous  amaine  ? 

LA    FAMME. 

Je  sui  toute  nuit  en  tel  paine 
Pour  ce  prophéte  qu'on  martire 
DoDt  j^ay  oy  tant  de  bien  dire. 
Ceulx  qui  lui  font  cest  ennuy  &ire 
Ont  trop  fort  cuer  et  deputaire ; 
Il  est  bons  hons  plain  de  bonté. 
On  m'en  a  tant  de  bien  coopté. 
Tant  d'onneur  et  d^enseignement 
Que  pour  pitié  je  vous  demant 
Qu'il  ne  soit  pas  crucefiez. 
Pour  Dieu,  sire,  ne  Tocciez, 
Ne  ne  ly  faictes  nul  tourment. 
A  tort  le  héent  sy  förment 
Ly  juif  plain  d'iniquité. 
Je  vous  pry  par  humilité 
Que  faciez  ce  que  je  demande. 

PILATE. 

Se  Dieu  de  péril  me  deffeodc, 
Se  de  ce  geter  le  péusse, 
Grant  pie^å  geté  le  éusse  : 
De  ce  son  ennui  me  poiae  moult. 

LA   FILLB. 

Cely  Dieu  qui  forma  le  monlt 
Gart  mon  pérc  et  ceulx  de  la  place. 

PILATE. 

Et  Dieu  te  doint  honneur  et  grAce, 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  Ii 25 


Ma  trés-belle  fille  jovante. 

LA    FILLE. 

CertcSy  Sire,  moult  suis  dolante 
Du  prophéte  que  vous  avez 
Fait  tant  de  mal  et  vous  savez 
Nulles  gens  de  luy  ne  se  clament, 
Fors  ces  Juifz  qui  point  ne  Tament. 
En  ly  a  sy  bonne  personne ; 
Partout  de  bons  examples  donne. 
Ung  chascun  le  devroit  amcr, 
Les  Juifz  en  sont  ä  blåmer. 
Délivrez-le  par  vostre  foy , 
Par  pitié  et  par  bonne  foy. 
Sy  Ten  lessiez  aler  tout  quicte. 

PILA.TE. 

Fille,  quelle  parole  as-tu  dite  ? 
Gontre  leur  loy  je  mefferoic, 
Et  trop  fort  le  courouceroie 
Se  je  fesoie  ta  requeste. 
Foy  que  doy  lez  yeulz  de  ma  teste, 
De  son  courouz  förment  m'ennuie. 

LE    FILZ. 

Dieuy  qui  fait  le  ven  t  et  la  pluie. 
Sy  gar  t  mon  pére  d'avoir  hon  te. 

PILATS. 

Bicn  veignez,  beau  filz ;  or  me  conpte 
Se  point  do  besoing,  sy  te  chace. 

LE    FlLZ. 

Je  vous  diray  que  je  pourchace 
Ge  prophéte  que  vous  véez. 
II.  «5 


2^6  LA   PASSION 


Trop  vilainement  le  menez ; 
Ung  chascun  le  bat  et  le  frape , 
Ung  le  prent,  ung  autre  le  frape , 
Ung  chascun  l'a  sy  desciré 
Que  du  corps  Tönt  bicn  cnpiré. 
Nul  encor  ne  s'en  trait  arriére, 
On  le  ficrt  devant  et  derriére ; 
Chascun  le  tiert,  chascun  le  blesce, 
Chascun  pour  mal  vers  luy  s'adres8e, 
Pour  Dieu,  car  ly  donnez  congié. 

PILATE. 

Dy-moy^  beau  filz,  as-tu  songié 
Par  Dieu  de  qui  tout  bien  abonde, 
Pour  tout  Tavoir  de  tout  le  monde 
Pas  délivrer  ne  le  pourroye? 
Sa  délivrance  bien  vouroie, 
Mais  je  n'oy  oncques  nuUy 
Qui  vousist  une  fois  de  luy 
Ung  bon  tesmoingnage  porter. 

LA   FAMME    PILATS. 

Se  Diex  me  vueille  conforter, 
Je  tesmoingne  pour  vérité 
Je  ne  s^ay  ville  ne  cité 
Ou  tous  biens  de  luy  on  ne  die, 
Forsceulx  qui  sus  lui  ont  envie. 
Il  ne  fist  oncques  mesprison 
De  quoy  deust  estre  en  prison. 
Qu'il  ne  s'en  fuie  miex  le  gaitiez 
Que  c'il  fust  murdrier  afaitiez ; 
Sanz  raison  ly  faictes  despit. 


DE    NOTRB   SEIGNEUR. 


237 


Sc  on  puet  en  ly  metre  respit 
Faitea-Iy  metre  par  vostre  åme. 

ANNES. 

Ne  allez  pas  croiant  celle  famme : 
Tant  que  vivre  le  lesserons 
Amis  Césaire  ne  serons, 
Car  moult  Césaire  contredit 
Cil  qui  Roy  du  pueple  se  dit. 
Jhésu  doit  bien  mort  recevoir, 
Car  je  vous  tesmoing  tout  de  voir 
Qu'il  a  dit  qu'il  est  filz  de  roy. 

PILATE. 

Beaulx  seigneurs,  vecy  vostre  roy 
A  qui  vous  faictes  trop  d'injurcs. 

CAIPHAS. 

Ostez,  ostez,  n'en  avons  cure  : 
Crucefiez  sanz  arester. 

PILATE. 

Puisque  ne  m'en  lessez  ester, 
Vostre  roy  crucefiray. 

ANNBS. 

Vérité  je  vous  conpteray  : 

Nous  n'avons  roy  fors  que  Césaire. 

PILATB. 

Seigneurs,  pour  Dieu,  jugement  faire 
Sus  Jhesu  le  prophéte,  n'o6e. 
Je  ne  truis  en  luy  nulle  chose 
Dont  doie  mourir  bonteusement. 
Haquin,  de  Tiaue  te  demant, 
Se  tu  en  as  point  donne  in'ent. 

i5. 


2^8  L\    PASSION 


Seigneurs y  entendez  sainement : 
Devant  vous  mes  mains  je  nettoie , 
Pour  ce  que  tout  ygnocent  soie 
Du  sang  de  cest  juste  homme  cy; 
Devant  vous  je  m'en  lave  cy. 
De  le  juger  bien  vous  souveigne  : 
Pas  ne  vueil  que  Diex  mc  repreigne 
Quant  il  Ics  åmes  jugera. 
De  ce  m'åme  quitte  sera, 
Je  le  vous  lesse  et  m'en  départ. 

CAIPHAS. 

Se  Dieu  en  m'åme  preigne  part 
Nous  prenon  son  sang  sus  nos  ämes , 
Sus  nos  enfans  et  sus  nos  &mmes , 
Et  le  péchié  qui  en  puet  estre. 
Malquin,  pren-le  par  la  roain  destre 
Et  tu  Haquin  par  celle  chape. 
Et  gardez  qu'il  ne  vous  eschape. 
Roy,  tu  sera  ja  bien  vcstu 
Que  tu  soies  le  mal  venu. 
Tu  as  regné  trop  longuement, 
Car  desvés  tost  appertement 
La  robe  rouge  que  as  vestue. 
Jhésu,  tu  es  a  monthe  mue 
Ou  tu  as  1'oreille  ainssy  sourdec 
Bien  est  rabatue  ta  bourde. 
Roy,  devestir  tu  ne  te  daignes ; 
Malquin,  gardez  que  bien  te  teignes. 
Celle  robe  du  dos  ly  sache 
Et  puis  tout  droit  ä^öelle  cstache 


DE    NOTRE    SBIGNn:UR.  ^TiC) 


Le  mc  va  maintenant  lier, 
Car  .1.  pou  le  vueil  chastier. 
Grans  escoiirgées  porterez 
De  quoy  sez  costez  froterez, 
Car  je  vueil  qu'il  soit  bien  batu. 

MALQUIX. 

Roy,  ton  sennon  est  ahatu , 
Nul  n'aura  plus  mercy  de  toy. 
Or  tost,  Jhesu^  despouillie-toy ; 
Or  en  alens,  tu  puez  bien  dire, 
Que  tout  droit  vas  ä  ton  martirc:    . 
Sus  toy  batre  nie  vous  lasser. 

DiEU. 

Famme  que  par  cy  voy  passer, 
Vueilliez  .i.  pou  vers  inoy  venir. 
ij^  dräp  vouldroie  .i.  pou  tenir, 
Mon  visagc  y  vueil  cssuier. 

YÉRO(40E. 

Ce  ne  me  doit  pas  ennuier, 
Mais  me  doit  abellir  sans  faille. 
Tenez  le  dräp,  je  le  vous  baillc  : 
A  moult  bien  emploié  le  tien. 

PIBU. 

Véronce,  bonne  ram9ic,  ticn, 
Vecy  ton  dräp,  dy  qu'il  t'en  sanblc 

VÉRONGB. 

Beau  trés-douU  Sire,  il  resanble 
Trestout  proprement  vostre  fece. 
Regardez  trestous  la  grant  grace, 
Le  grant  honnQur,  la  scignorio.. 


23o  L\    PASSION 


Que  Jhésucrist  le  filz  Marie 
Veult  que  je  garde  sa  figure. 
Cest  cil  qui  de  nul  mal  n'a  cure ; 
Vecy  sa  glorieuse  ymage 
De  son  tres  préciex  visage. 
Sire,  moult  bien  le  garderay, 
Pour  Tamour  de  vous  1'ameray 
£t  sy  vous  met  bien  o^  convent 
Je  la  regarderay  souvent 
Pour  ce  que  de  vous  me  souveigne  ;^ 
Mais  je  prie  Dteu  que  male  veigne 
Grace  k  Juifz  prochainement. 
Trop  vous  mainent  bonteusement 
Sans  raison  par  leur  cruaulté. 
Tous  estes  plain  de  loiaullé, 
Doul:^  Diex ;  ä  tort  vous  vont  grevant. 

HAQUIN. 

A  ceste  estäcbe  ci-devant 
Tout  mainteoant  liez  seras. 
Malquin ,  sces-tu  que  tu  feras  ? 
DespouUe*iay  sanz  arester 
Et  je  vueil  tandis  aprester 
La  corde  don  t  je  le  lieray. 

MALQUIN. 

Or  fay  ce  que  je  te  diray, 
Fay-li  celle  estache  embrasser , 
Et  jc  Ii  vueil  tandis  lasser 
Ses  piez  ä  ce  tref  de  ma  corde. 

HAQUIN. 

Jc  n'ay  pas  paour  qu'il  nous  cslordc, 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  33 

Ne  quc  de  ci  puisse  eschaper. 
Bicn  est  lié,  or  du  fraper 
Honny  soit  qui  bien  n'y  ferra. 

MALQUm. 

J^iay  sy  féru  qu'il  y  parra 
A  tousjours  mais,  ce  s^ay-je  bien. 
Dy-moy,  meschant  roy,  di-je  bien, 
Quant  j'ay  ta  char  sy  bien  sequouse? 

HAQUIN. 

Tu  m'as  asséné  sus  le  pouse , 
Sy  com  ton  coup  c^est  destourné. 
Roy,  put  jour  t'est  huy  adjournc  : 
Je  croy  quc  jä  le  cuer  Ii  fault. 

MALQCIN. 

Haquin,  je  te  créant  il  me  fault 
Trois  clous  pour  le  crucefier. 
Me  oseroi-ge  en  toy  tier 
De  le  gärder  tant  quc  revcigne? 

HAQUIN. 

Mallc  grant  hon  te  Ii  aveigne 
Qui  da  iuy  gärder  point  s'csmaie. 

MALQUIN. 

Dont  ne  fineray  tant  quc  j'aye 
Trois  clous  bien  bons  ä  mon  talant. 
Dieu  gart  le  bon  févre  galant. 
Fay  .111.  clous  lons,  gros  et  quarrez, 
Desquelz  Jhésus  sera  barrez 
En  la  crois ;  puis  te  paieray, 
Et  tout  ton  vouloir  je  feray. 
Fay  löst,  mct  Ic  feu  en  la  forgc. 


232  L\    PASSION 


LE    FÉVRK. 

J'ay  une  apostume  en  la  gorge, 
Ne  je  n'ose  boire  de  vin. 
Foy  que  je  doy  le  Roy  divin, 
Mes  mains  ne  Fussent  pas  oyseuses» 
Mais  elles  son  t  toutes  roigneuscs. 
Autrement  ne  Icz  dresseroye 
Pour  quenques  tu  as  de  monnoye. 
Je  sui  tout  plain  de  goute  flestre, 
Je  me  gis  chascun  jour  en  Testre^ 
Car  je  ne  me  puis  remuer. 

LA    FÉVRESSB. 

S'on  ne  me  puist  ennuit  tuer, 
Ne  se  Dieu  me  gart  ma  sancté, 
Le  prophétc  i'a  encbanté. 
J'ameroie  miez  qu'il  fust  teigneux, 
Que  tousjours  fust  sy  desdeigneux^ 
Car  jamais  rien  ne  gagneroit, 
Et  foy  que  te  doy,  bien  feroit 
Ta  besoigne  sy  Ii  plaisoit. 
Hier  main  plus  grant  euvre  faisoit, 
Car  il  a  les  mains  toutes  saincs ; 
Or  le  reversesse  tu  daignes^ 
Lors  sai*as-tu  se  je  me  bourde. 

MALQUm. 

Galant,  as-tu  Toreille  sourde? 
N 'as-tu  pas  oy  Maragonde? 

FÉVRE. 

Le  mau  feu  d'enfer  la  confonde , 
Sv  vraiemcnt  comme  elie  mcnt. 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  '2^3 

Garde  ä  mes  mains;  je  te  demedt' 
S'il  a  ycy  point  de  faintise? 

FÉVRESSE. 

Atise  ce  feu-ci,  atise, 
Malquin  ;  or  pues-lu  bien  savoir 
Soufler  te  fault  se  veulz  avoir 
Tes  clous,  et  je  les  forgeray. 

MALQUIN. 

Maragonde,  je  soufleray 
Volentiers,  foy  que  je  te  doy. 

FÉVRESSB. 

Ferue  me  suis  sus  le  doy 
A  ce  clou-ci ;  fére  la  pointe 
Qui  du  sang  Jhesu  sera  oingtc. 
Est-il  fait  de  bonne  testée? 

MALQUIN. 

Bien  seroit  la  chose  aprestée 
S'estoient  £ait  Ii  autre  duy. 

FÉVRESSE. 

Ne  voiz-tu  com  je  me  déduy 
A  ci  férir  sus  ceste  enclume? 
Sy  tu  n'y  voiz  bien  sy  alume. 
Est-ce  fait  de  bonne  magniére? 

MALQUIN.     . 

Qui  meillieur  voudra  sy  le  quiére ; 
Delivre-toy  de  i'auti1e  fairc. 

FÉVRÉSSE. 

IVlalquiu,  il  ne  te  fault  que  taire. 
Je  te  créant  je  ne  me  sgay  faindre  :'  ^ 
Jhcsn,  se  tu  veulz  pourras  poindre. 


a34  i-^  PASSION 


De  cestuy  est-il  looc  assez? 

Je  suis  ja  de  soufles  lassez , 

Ne  m'en  chault  quant  j^ay  ma  besongnc. 

FÉVRBSSB. 

Malquin^  paiez-moy  sans  eslongae; 
Baille-^moy  de  tes  deniers  qualre. 

Voy-les  te,  ci  je  revois  batre 
Avcc  Haquin  moD  compaignoD 
Dessus  Tescbioe  å  ce  gaignon. 
Tu  as  Jhesu  moult  bieii  garde ; 
Beau  conpains,  l'as-tu  bien  lardé? 
J^ay  les  clou$  que  suis  allez  querre  : 
Nulz  si  bons  n'a  en  ceste  terre^ 
Or  lez  regarde  bien,  doulz  frére. 

HAQUIN. 

Foy  que  tu  dois  i'åme  ton  pére, 
Entent  a  rouilier  cest  mastiou 

MAI^QUIN. 

Jhesu,  entens^tu  bien  latin? 

Es-tu  encor  désennyvré  ? 

Je  te  dis  tu  seras  livré 

Au  jour  d'uy  ä  la  tres  grant  morl. 

HAQUIN. 

N'ara  pour  ce  respit  d^  mört 
Qu'il  se  face  des  Juifz  Roys. 

MALQUIN. 

Tu  ly  as  fait  plus  de  .x.  roys 
De  couleur  rouge  sus  les  longes. 


•k 


DG    NOTRE    SEIGNEUR.  ^35 

UAQUIN. 

Par  le  grant  Dieu,  ce  n^est  pas  songes, 
Encor  Ii  en  feray-je  maintes 
Don  t  mes  escourgées  seront  taintes! 
Et  tu,  que  Teras?  dy-le-moy. 

MALQUIN. 

Foy  que  je  doy  l'åme  de  moy, 
Son  corps  sera  par  moy  rouillié, 
SI  que  du  sang  sera  broullié. 
II  n'a  ci  nul  qu'ii  en  dofTende. 

HAQUIN. 

Hoy,  malle  poission  t'estende, 
Qu'est-oe?  as- tu  paour?  la  char  te  tranbic. 
Tu  n'as  pas  n^antei,  se  me  sanble, 
Qui  soit  tburré  de  penne  vairc. 

gaIphas. 
Menez-le  au  monit  de  Calvaire , 
Gar  je  vueil  qu'il  soit  lä  pendu 
£n  la  crois,  et  fort  estendu  : 
Faictes  tost,  il  est  assez  oingt. 

MALQUIN. 

Vous  dictes  vpir,  il  est  bien  point. 
£n  parfcMit  il  n'a  homme  ou  ipondc 
Qui  plaie  Ii  feist  si  proibnde 
Gom  je  Ii  en  ay  plusieurs  faictes. 

UAQUIN. 

Malquin,  qu^est-pqquc  tu  agaitcs? 
Deslie  a  val  et  jp  amont. 

ANNES. 

Seigneurs,  car  le  menez  amont 


336  LA    PASSION 


Tout  maintenant  en  la  crois  pendrc. 

MALQUIN. 

Nous  le  menrons  sans  plus  atendre, 
Mais  sa  robe  nous  demandons 
Que  Yous  la  nous  donnez  en  don 
Tantost  que  nous  Pärons  pendu. 

ANNES. 

Ce  ne  vous  vert  jh  defTendu , 
Nous  voulons  bicn  que  voiis  Påiez. 

HAQUIN. 

Or  dois-tu  bien  estre  esmaicz 
Que  de  mört  n*aras  plus  respit. 
Malquin,  met-li  tout  par  despit. 
Ceste  grant  crois  sus  ses  espaulcs. 

MALQUIN. 

Tien,  Jhesu,  or  m'en  esbaulles; 
Haquin,  tnaine  devant  la  dance. 

MAGDELAlNE. 

J'ay  au  cuer  si  grant  habondance 
De  dueily  que  plorer  mc  convient. 
Beau  trés-doulz  Dieu,  bien  me  souvicnt 
De  la  paine  qu^avez  soufTerte 
Et  que  vous  soufTrez  sans  desserte. 
Le  monde  bien  rachetissez, 
Åulrement,  se  vous  vousissez, 
Sans  soutlrir  mört  si  angoisseuse. 

SECONDE    MACiDELAIlte. 

Je  pleur  com  la  plus  doiofeiise 
Et  la  plus  mescharit  que  je  saclie. 
Jc  voiz  le  döulz  aignel  sans  laichc 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  237 

A  son  col  une  crois  porter ; 
Pour  ce  ne  me  puis  conforter. 
Roy  des  roys,  ils  n'y  voient  goute ; 
Tel  vous  descire  et  vous  deboute 
Qui  sus  tous  vous  deust  honnourer. 

TIERCE   MAGDELMNE. 

Lasse  dolant  bien  doy  plourer 
Quand  je  vous  voy  ci  tourmenté. 
Juifs  ont  malie  volentc 
Vers  vous,  sire  de  tout  le  mondc. 
Je  pri  å  Dieu  qui  les  confonde 
Et  qui  les  mette  buy  en  mal  en. 

DIEU. 

Hé!  filics  de  Jhérusaiem, 

Tel  dueil  sus  moy  ne  dcmenez 

Pour  tant  que  je  suis  mal  menez. 

Je  vueil  soufFrir  la  mört  amére, 

Car  c'est  la  volenté  mon  pére. 

Ma  mört  n'est  que  mört  trespassable. 

Filics,  sus  vos  eniäns  plourez 

Et  sus  vous  qui  ci  demourez. 

Yéez  ci  le  temps  qui  approuche 

Chascune  dira  de  sa  bouche  : 

«  Braheigniez  qui  ne  conceuptes, 

»  Fammes  qui  oncques  enfans  n'euste$, 

))  Ven  tres  qui  oncques  ne  portastes 

))  Et  mamelles  qui  n'alectastes , 

)>  Benois  et  benoistes  soiez.  » 

En  ce  temps  leur  vous  recoiez 

Quant  Dieu  prendra  de  mört  vengence 


1 38  L\    PASSION 


Lors  recevront  tel  pénitance 
Ceulx  qui  venront  en  ce  termine 
Qui  tous  seront  pris  par  iamine. 
És  cavernes  se  cacheront^, 
Et  auls  montaignes  crieront 
Qu'ellcs  les  veigncnt  craventer  ; 
Lors  femmes  se  pourront  venter 
Qu'elles  mengeront  par  grant  råge 
Leur  enfans  n'y  ara  si  sage  : 
Yci  n'ara  il  point  de  joye. 

HAQUIN. 

Jhesu,  se  le  grant  Dieu  me  voye 
Il  semble  que  soiez  lassez 
Ou  que  tu  as  les  pieds  lassez 
Ou  tu  te  veulz  desconforter  : 
Ta  crois  ne  pues  pas  bien  porter. 
Tu  te  fains  mauvais  roy  trabistes ; 
Ja  pour  ce  n'eschaperas  quittez. 
La  crois  dessus  toy  osteray, 
A  .1.  autre  la  bailleray 
Qui  moult  tres  bien  la  portera, 
Car  ton  corps  pendu  y  sera. 
Dés  cy  vollentiers  te  tuasse. 

MALQUIN. 

Haquin,  cel  homme  qui  la  paase 
Seroble  Symon,  par  vérité  : 
C'est  un  boms  plainsd*iniquité. 
Appellez  Tay,  si  parierons 
A  Ii  et  porter  Ii  ferons 
La  crois ;  bien  porter  la  sära. 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  iSq 


Quand  sus  son  col  mise  Tara* 
Huche  le,  fay  le  ooy  tcnir. 

Symon,  il  te  fault  ci  venir. 
Vien  avant,  Symon,  beauix  amis; 
Malquin  en  ofHcc  fa  mis. 
Ne  scay  se  de  cuer  le  fcras  : 
Ung  pou  ceste  crois  porteras 
Jusquesen  ce  tertre  iä-devant. 

SYMON. 

Seigneurs,  ne  m^allez  ci  grevant  : 
II  fait  pécbé  qui  me  ataine. 
Encor  me  deult  toute  Teschine 
Et  ay  le  corps  si  tenpesté 
Du  labour  ou  j'ay  huy  esté. 
Celle  crois  por  ter  ne  saroie  : 
De  repos  bon  mestier  aroye, 
De  vostre  crois  por  ter  n^ay  curc. 

Vilains  bos  de  pute  nature, 
Vilain  serf  et  vilain  puant, 
Naguéres  tu  estoies  truant. 
La  crois  porteras  maintenant  : 
Se  plus  danger  en  vas  menant 
Frapé  seras  de  bonne  guise 
De  mes  .11.  poins  et  sans  faintize 
Tes  .11.  filz  et  tuit  ti  parent 
Ne  t'en  porteront  jä  garant. 
Tez  filz  servent  ce  losenger ; 
Mieulx  les  en  vausist  cslranger. 


24  o  LA    PASSION 


Nc  S9ay  se  tu  les  admonnestes  ? 
Toy  eteulz  tous  inauvais  estes; 
Vilaiu  ^  CCS  tes  crois  te  fault  penre. 
Pren  la,  ne  la  m'en  fay  reprendre 
Que  la  teste  ne  te  batisse. 

SYMON. 

Du  porter  moult  bien  me  soufTrisse 
Se  je  m'en  pcuse  excuser, 
Mais  je  ne  Tose  refuser. 

UAQUIN. 

Jhesu,  voiz-tu  ci  ton  tourment  ? 
Maintenant  te  vueil  deslier 
Et  puis  tantost  crucefier. 
Ccs  clous  te  feront  par  raison 
Mener  trop  sanglante  saison  : 
A  ma  guise  te  vueil  mener. 

MALQUIN. 

Je  vueil  de  ton  corps  estrener 
Ceste  crois  qui  est  toute  neuve. 

HAQUIN. 

Je  le  tenray  qu'il  ne  se  meuve, 
Foy  que  doy,  le  jour  de  demain. 

MALQUIN. 

Je  clorai  sa  scnestre  main 
Par  de  9a,  et  de  lä  la  destre. 
Pardevers  lez  piez  me  fiiutt  estre. 
Jhesu,  tu  ne  puez  deffendre 
Que  tes  piez  ne  te  face  estandre. 
Roy,  or  m'osé-je  bien  vanter 
Que  tu  säras  bien  enchanter 


k 


DE    NOTRB   SEIGNEUR.  "2^1 


Se  de  ci  te  pues  eschaper. 

HAQUIN. 

Malquin,  il  fauit  destraper 
De  ces  .11.  larroné  qui  ci  aont. 

MÅLQUIN. 

II  pert  bien  que  ti  amy  soirt, 
Tu  ne  les  veulz  pas  oblier. 
Je  vueil  cestui-ci  deslier 
Et  au  senestre  le  pendray. 

HAQUIN. 

Et  je  cestui  pendu  rendray. 
A  destre,  soustien-toy^  soustien. 
Gest  est  pendu^  pense  du  tien  y 
Fay  tost.  Qu'est-ce?  que  penses-tu? 

MALQUIN. 

J'ay  aussy  tost  Fait  comme  tu. 
Seigneurs,  vous  ne  perderez  néant. 
Tous  les  larrons  je  vous  créant 
De  ceste  terre  sont  pendu. 
Véez-vous-en  .1.  ci  estendu 
Qui  estoit  le  principal  Herres. 

HAQUIN. 

Combien  que  soies  enchanderres, 
•  Sy  t'avons-nous  ci  ataché, 
Que  se  tu  veulz  avoir  sancté 
Ces  .III.  clous  te  fault  arracher. 

malquin. 
Roy,  yci  te  convient  sacher 
Ou  getter  ton  enchantement. 

HAQUIN. 

Gaigné  avons  le  vcstemcnt 
II.  16 


242  LA    PASSION 


Jhesu;  je  lo  que  le  departc 
Avant  que  je  de  ci  me  parte. 
Cesle  robe  que  je  te  monstre 
Penray ;  pren  celle-lå  en  contre. 
Et  de  ccsle-ci  que  ferons? 

MALQUIN. 

Mie  ne  la  dcspesserons , 
Ain^ois  la  lesscrons  entiére 
Et  en  jouerons  a  la  prémiére 
Griache  h  qui  elle  sera. 

HAQUIN. 

Et  qui  le  jeu  refusera 

Malle  grant  honle  Ii  aveigne  ! 

Tu  as  .VII.  poins:  Dieu  bonne  estrainc! 

Malquin,  beau-  frére,ne  le  ennuit, 

II  a  moult  bonne  chance  en  .vni. 

.VIII.,  dy  .VIII. —  Ho!  voy  ma  chance. 

MALQUIN. 

Ge  soit  a  la  malle  meschancc 

De  cely  ä  qui  elle  fu. 

Roy,  par  ma  lov  oncques  ne  l\\ 

Que  tu  ne  Fusses  malvais  horn. 

Or  as  maintenant  ta  raison. 

Tu  as  dit  que  despecerons 

Le  temple  et  puls  le  referons 

En  .111.  jours;  cs-tu  bien  bourdenes? 

VIVAiNT. 

Haa,  Jhesu,  come  tu  cs  grant  Herres! 
Se  tu  es  filz  Dieu  que  atens-lu  ? 
Dy-nioy,  pourqupy  ne^  desccn-tu 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  243 


De  celle  crois  appertement. 
Trés-meschant  roy,  je  te  demant 
Comment  osas- tu  oncques  dire 
Que  tu  fusses  roy  de  Tempirc? 
Respoo ;  ne  deignes-tu  respondre  ? 

ANNES. 

Nous  ferons  ta  char  en  crois  fondre. 
Tu  m^as  tant  de  fois  raconté 
Qu'en  toy  avoit  tant  de  bonté 
Que  tout  le  monde  sauverois. 
Par  ma  loy,  bien  voy  non  feroies 
Quant  tu  sauver  ne  te  puez  mie  ; 
Mais  se  tu  puez  sauver  ta  vie 
Et  de  la  crois  descendre  å  terre 
Nous  t^irons  de  bon  cuer  requerre. 
Or,  nous  fay  ceste  démontrance 
Et  tenrons  tous  la  créance, 
Car  moult  bien  sera  advenant. 

CAIPHAS. 

Pilate,  escripsez  maintenant 
Qu'il  se  faisoit  roy  tout  puissant. 
Sa  folie  miex  cognoissant, 
Sera  quand  on  verra  Fescript. 

PILATE. 

Volentiers  melray  en  escript 
Tout  ce  que  bon  me  semblera  : 
Sans  toy  nul  ta  crois  n^enblera. 
Jhesu,  n'aiez  paour  que  mal  te  face. 
Seigneurs,  se  Diex  me  doint  sa  grace, 
J'ay  bien  fait  ce  que  dit  m'ave^. 

i6. 


^44  ^^    PASSION 


CAIPHAS. 

Par  ma  loy,  sire,  non  avez  : 
.Ihesu  nostre  ioy  despisoit. 
Meltez  y  que  roy  se  disoit 
Des  juifz  ;  atez  y  ce  mettre. 

P1LATE. 

Je  ne  m'en  quier  plus  entremeltre, 
Foy  que  doy  vous,  beaulx  doulx  amis; 
Ce  qu'ay  en  cel  escript  Ik  mis 
Y  sera,  osler  ne  Ten  quier. 

CAIPHAS. 

Centurion,  je  te  requier 
Et  te  prie  tu  preignes  en  garde 
Ces  larrons  que  förment  me  tärde; 
Que  Jhesu  soit  tout  par  tué. 

CENTURION. 

Se  de  Dieu  soie  salué 
Sy  feray-je  nioult  volentiers. 
Malaquin,  bon  compains  enliers, 
Fay  tost;  par  ta  loy,  va  nae,querre 
Mosse,  Baudin  et  Pioceguerre; 
Dy  leur  que  j'ay  d'euU  ci  afaire. 

MALAQUIN. 

Foy  que  je  doy  \e  roy  Césaire 
Je  y  vois  puis  qu'en  corrvent  te  Tay, 
Seigneurs  cbevaliers,  sans  déi;»y 
Vcnea  tous  .nr.  appertement 
PoifT  oiiir  le  commandement 
De  Centariofi  nostre  majstre. 


DB    NOTRB    SEIGNEUR.  ^4^ 

PINGEGUERRE. 

Par  le  grant  Dieu  qui  me  fist  nesire, 
Tous  .111.  ferons  sa  voleoté. 

BAUDIIf. 

Se  le  grant  Dieu  te  doint  sancté, 
Maiaquin,  amis,  va  devant. 

MOSSE. 

Dieu  qui  (ist  la  pluie  et  le  vent 
Gart  Centurion  mon  seigneur. 

CENTtRION. 

Bien  veignez,  j'ay  joye  greigneur 
Que  n'oy  oncques  en  ma  vie. 
On  in'a  commise  la  baillie 
De  ci  gärder  et  vous  serez 
Avecques  moy  et  me  ferez 
Conpaignie  h  cy  veillier. 
Or,  nous  gardons  de  sommeillier  , 
Gar  se  on  nous  enbloit  en  dorment 
Ges  larrons,  courrouciez  förment 
Seroie,  ce  vous  fais  savoir. 
Je  ne  voudroye  pour  nul  avoir. 
Gar  tropseroit  honteuse  chosc. 

MAL  LARRON. 

Guides-tu  que  moquer  ne  t'ose, 
Dy,  Jhesu  ?  Pour  ton  beau  chapel 
Au  mains  as-tu  rouge  la  pel  ! 
Elle  est  bonne  k  penre  huas  (i ). 
Jhesu,  or  me  dis  que  tu  as, 
Qui  si  fort  te  plains  et  soupires. 

(1)  Elle  est  bonne  å  prendre  un  milon,  un  faueoi  (huas). 


246  LA    PASSlO?( 


Par  le  grant  Dieu  tu  es  b  pires 
Lierrequi  soitpar  ci  aval. 
Descen  de  ceste  crois  aval, 
Or  y  parra  que  tu  feras. 
Lois  diray-je  que  tu  seras 
Filz  de  Dieu  :  se  tu  Tes  sauve  tov. 

BON    LARRON. 

Cest  grant  merveille  que  de  toy. 
Encor  est-ce  de  tes  paroles? 
Gestas,  gardes  que  tu  rigoles 
Ne  a  qui  tu  as  dit  tes  oultrages. 
Par  Dieu,  tu  n'es  mie  bien  sages 
Mai3  foI  musart. 

MAL  LARRON. 

Ge  s^ay-je  bien. 
Oncques  toy  ne  moy  ne  féismcs  bien, 
De  ce  ne  m'asqu'un  pou  apris. 

BON    LARRON. 

G'est  voir^  mais  qui  Jhesu  a  pris, 
Fait  penrc  ne  mettre  a  tourmenf, 
Bien  s^ay  que  peché  a  formeni, 
Gar  filz  est  au  pére  célestre; 
Mais  moy,  toy  devons  cy  bien  estre^ 
Gar  nous  Tavons  trop  bien  gaigné. 
Maint  horn  avons  nous  mescbengné 
Et  destourbé  pour  son  avoir. 
Gestas,  ce  pues-tu  bien  savoir, 
Xc  te  lo  que  mercy  Ii  cries 
Pour  tes  péchez  et  Ii  dépries 
Qu^ii  ies  te  vueille  pardonnor. 


di:  .\otre  seigneur.  347 


MAL    LARRIM. 

N'ay  cure  de  tonsermonner. 
Dy  va,  je  te  dy  et  par  droit 
II  fcroit  trop  bien  qui  Tardroit, 
(^ar  il  est  bougre  et  ypocripte. 

BON  LARRON. 

Tu  mens  comme  Herre  trahites. 
Dy  moy  pourquoi  tu  le  lédenges  ? 
Ii  est  trestout  sire  des  angles 
Et  sy  veult  ceste  mört  souflrir 
Pour  tous  ceuix  d'enfer  garantir 
Qui  ly  vouront  mercy  crier. 
Doulz  Diex,  je  vous  vueil  dépricr 
Que  j'aio  de  vous  celle  grace 
Que  m'äme  vous  voie  en  la  face. 
Pour  mes  meflais  dont  ci  je  pens 
Vous  cry  merci  et  m'en  repens. 
Sire,  de  cuer  pleurant  le  dy. 

DIEU. 

Cerles,  certes  et  je  te  dy 
Que  cy  ne  feras  lonc  séjour. 
Avec  moy  scras  en  ce  jour 
En  paradis,  en  ma  maison. 

MÉRE    DIEU. 

Bcaulx  doulz  filz,  c'est  bien  sans  raison 
Que  Juifz  vous  ont  couronné. 
(i ränt  courrous  au  cuer  m*ont  donné 
Quant  soulFrir  vous  font  tel  tourment. 

S.    TEIIXM. 

JNc  voui>  conplaigncz  sy  förment, 


2^å  Lk    PASSION 


Dame,  tel  dueil  ne  demenez, 
Mais  humblement  voub  contenea^ 
Et  Icssez  vostre  dueil  ester. 

Mon  deuil  day-^je  bien  aprester 
Quant  je  voiz  que  mon  filz  jc  pers« 
De  dueil  mouray  se  je  la  per». 
Lasset  nul  ii'a  de  luy  fio^rcy; 
lehan^  j'ay  trop  le  cuer  oercy. 
Moult  fornieDt  me  doy  garmenler  : 
En  croia  vay  mon  filz  lounuenler 
Et  sy  est  toui  son  corps  plaié. 
Mon  cuer  est  triste  et  eamaté 
Quant  jc  voy  mon  doulz  filz  mcMirir, 
Que  tous  déusaent  aeignourir 
Et  il  Tönt  sus  crois  estendu. 

S.    JEHAN. 

Ceuix  qui  en  la  croia  Tant  pendu 
Sont  de  cuer  félon  et  trahite. 
Moult  ay  le  cuer  dolent  et  tristo 
Quant  en  ce  point  mon  nmistre  voy. 

m|;e£  ucu. 
Lasse  moy,  doleote  voy 
Mon  filz  livré  å  tel  justice. 
La  couronne  qui  Ii  ont  miae 
Est  de  jons  plus  poigoant  qu'espiiaie. 
Toute  léesse  en  moy  décUne : 
Ains  que  mon  filz  mourir  véisse 
Mourir  avccques  luy  vousisse. 
Mört  fay  de  moy  treslout  lon  plein  ^ 


DB    NOTRE    SEIGNEUR.  ^49 

N'en  puis  més,  se  je  me  cooplains 
Quant  je  voy  mon  filz  défenir 
Dont  joye  me  souloit  venir 
Et  le  cuer  m'eo  part  de  douleur : 
Beau  filz^  je  voy  vostre  couleur 
Toute  pallir  et  toute  taiodre. 
Lasse!  moy  bieo  me  doy  compbindre. 
Certes  bien  vourpie  estre  morte ; 
Mört  viengs  å  moy  et  si  m'eDporte. 
Je  n'ay  cure  que  apres  luy  vive. 
Or  sui-je  bien,  mére  chétlvei 
Certes ,  ma  mört  rorment  me  tärde 
Quant  mon  lilz  et  mon  pére  esgarde 
En  guise  de  larron  deslruire. 
Nul  ne  faint  point  de  luy  nuire. 
Lasse!  comment  sa  coulcur  est  mate. 
Le  forfait  des  pécbeurs  9cbate 
Sy  qu'il  en  est  livré  a  mört. 

mcu. 
Farame  seudVe  toy ;  pour  ma  mori 
Ne  te  dois  pas  desconfortcr. 
Je  muir  pour  sanclé  aporter 
Nez  a  ceulx  qui  sont  trespasser. 
Se  tu  me  vois  ore  lassez 
En  cc  tourmeot  qui  sy  me  trancbe, 
Hors  en  seray  dedei^s  dimenche. 
Lors  seroot  maintes  åmes  Uées 
Qui  sont  pie^ ä  du  corps  partics. 
Lcs  bonnes  joye  demenronl, 
\vecqucs  moy  lousjours  vcrronl; 


aSo  LA    PASSION 


Famme,  famme,  conforte  toy. 
Jehan,  qui  est  sy  prés  de  loy 
Cest  ton  BIz.  Voiz  tu  ceste  famme, 
Johan?  Cest  ta  mére;  com  la  dame 
La  sers  de  Bn  cuer  débonnaire. 
Je  t'ay  esléu  ad  ce  faire, 
Garde  la  bien  comme  ta  mére. 

S.    JEHAN. 

Je  vous  rens  graces,  beau  doulz  pére, 
Quant  de  vous  suis  sy  cogneu 
Qu'ä  ce  faire  suis  esléu. 
Je  feray  débonnatrement 
Sii*e,  tout  son  commandement, 
Et  de  bon  cuer  la  garderay. 

LA  MÉRE  DIEU  SUS  :  «  Ftni  Creator.  »> 

Triste  doiente  que  feray  ? 
Bien  rae  devroit  le  cuer  partir. 
Hél  mört,  car  me  fay  départir; 
Gar  j'ay  vescu  trop  longuement. 
Le  cuer  m^estraint  si  asprement, 
Je  I'ay  d'engoisse  si  amer! 
Beau  filz,  pour  vous  m^estuet  pasmer, 
Et  pour  le  mal  que  soustcnez. 

S.    JEHAN. 

Dame,  tel  dueil  ne  demenez; 
Souffrez  vous  et  lessez  ester. 
Vous  n'y  povez  rien  conquester  : 
Ii  veult  sauver  lous  sez  ami&; 
Dame,  pour  ce  son  corps  a  mts 
l^n  tel  painc  et  en  tel  durté 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  25l 


Pour  eulx  getter  de  Pob^urté 
D'enfer,  qui  est  tout  plain  d'ordure, 

MÉRE    DIEU. 

II  seufTre  angoiesse  trop  obscure, 
Mon  doulz  filz;  son  pueple  aime  moufo 
Et  si  n'a  nul  en  tout  le  mont 
Qui  pour  luy  tel  fés  soustenist. 
Bicn  vouroye  que  nion  pére  fenist 
Sans  plus  au  monde  demourer. 
De  cuer  m'estuet  plaindre  et  plourer ; 
Quanl  je  voy  mon  (iiz  justicier, 
Je  doy  bien  ma  vie  peu  prisicr. 
Jamais  joye  ne  puis  avoir 

Mais  yray  dueil  toudis  menant. 

He!  mort^  car  me  prens  maintenant ;     • 

N'en  pui»  mais  se  je  m'esbahis. 

Beau  filz,  Juifz  vous  ont  träbis, 

Honteusement  vous  ont  pendu 

Et  vostre  corps  ont  estendu 

En  celle  crois  et  par  envie. 

Lasse !  comment  puis  estre  cu  vie/ 

Qui  jamais  me  confortcra? 

Beau  filz,  vostre  mört  me  fera 

Grant  dueil  et  grant  råge  mencr. 

En  chantatit  die. 
Beau  filz  je  doy  bien  forcener, 
II  irest  nulz  qui  me  confortast : 
Bicn  voudroic  la  mört  m'emportasl . 
Au  cuer  granl  angoessc  mc  poiolj 


252  LA    PASSION 


Envis  vou$  cuidasse  en  ce  point 
Jamais  na  pourroye  voir 
Quant  je  vous  fesoie  séoir 
Par  grant  dcsir  en  mon  giron 
Moy  et  vous  nous  dépar tiron . 
Vous  vous  mourez  et  je  demuir 
Se  poise  moy  quant  je  ne  muir, 
Filz,  pour  quoy  mon  cuer  lessés? 
Or  est  bien  du  tout  abesaez 
Le  souias  que  vous  me  fesiez 
Quant  en  la  bouche  me  besiez^ 
Par  doulceur  plaine  d'amitié. 

DIBU. 

Beau  pére,  preigne  toy  pitié 
De  tous  ceuix  qui  ce  mal  me  font, 
Car  ne  scevent  k  qui  le  font. 
Leur  mef&it  leur  soit  pardonnez. 
J'ay  soyf. 

CAIPUAS. 

Beau  seigneurs,  je  vous  pry,  donnez 
A  ce  roy  ce  qu'il  vous  demande. 
La  male  poission  Testendel 
Tant  nous  abuy  fait  de  paine. 
Je  croy  que  la  mört  ie  demene, 
A  boire  demandé  nous  a. 

HAQUm. 

Certes,  enfantosmez  nous  ha. 
Boire  ly  donrray  se  voulcz 
Buvrage  qui  oncques  coulez 
Ne  fu;  ja  bien  ne  Ii  fcra. 


DE    NOTRE   SEIGI^EUR.  a53 

Or  escootez  qutelx  il  sera : 
Pour  ce  que  Jhesu  vay  »y  maigre 
D'amer  de  beste  et  de  vin  aigre 
Sera  destranpé  ce  buvrage. 

Par  ma  loy^  Haquin  tu  es  sage ; 
DonDcz  ly  bien  je  my  acorde. 

HAQUIN. 

Je  penray  celle  escuelle  orde; 
Dedens  vueil  mettre  la  poisOD. 
Tien  ineschaht  roy,  boy  k  foison 
Et  garde  n'en  y  lesse  goute. 

DIBU. 

Or  est  acomplie  trestoute 
La  prophécle ;  dés  or  moorai-je 
Pour  sauver  tout  Pumain  lignage. 
Beau  tres  doulz  pére  je  baille 

Entré  les  mains  mon  espérit. 

LES  ANGLES  909  *.  ff  Feni  Chentor.  » 

Vous  estes  tous  hors  du  pérti 
D*enfer ,  celle  orde  vil  paeur; 
Pour  ce  je  vous  aport  lueur 
Et  lumiére  de  paradis. 
Par  Adam  qui  pécha  jadis 
Tous  estoient  en  enfer  mené, 
Mais  la  mört  Jbesu  rameiié 
Vous  a  trestousa  saurement. 

CÉKttJRlONS. 

Seigneurs,  sachez  ccrtainemenl 


254  *'^    PASSION 


Cilz  estoit  filz  Dieu  et  homs  juste. 
Yous  trestous  qui  ä  sa  mortfustes 
Se  bonnes  personnes  fuasiee, 
Savoir  de  voir  bi^n  déussiez. 
Les  pierres  fendre  vous  veistes, 
Et  la  terre  crouler  sentistes  ; 
Le  soleil  et  le  jour  pardirent 
Leur  clarté,  trestuit  si  Ic  virent 
Qui  furent  å  ly  justicier; 
Filz  Dieu  est ,  on  le  droit  prisier, 
Chascun  le  doit  croire  et  savoir* 

MALQUIN. 

Jc  ne  voudroie  pour  tout  l'avoir 

De  Jherusalem  la  cité 

Que  vous  déissiez  vérité. 

Ou  avez  vous  ceci  songé  ? 

Pilate,  donnez  nous  congé 

D'aler  véoir  en  escalvaire 

S'en  ses  larrons  a  mais  que  faire 

Que  on  nous  a  fait  justicier. 

Les  cuisses  leur  faudra  brisier 

Se  ainssy  est  que  nulz  d'eulz  plus  vive; 

La  chose  doit  estre  hastive, 

Gar  du  Sabath  approche  Teure. 

PILATE. 

Alez  y  sans  faire  demeure 
Et  Longis  avec  vous  menez. 
Longis,  ceste  lance  tenez; 
En  vostre  main  la  porterez 
Er  ses  conpaignons  aiderez  : 


ém- 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  255 


Jc  vous  en  pry  par  amitié. 

LONGIS. 

Oncques  n*oy  du  larron  pilié ; 
II  me  tärde  jå  que  je  y  soye; 
Mais  il  n'est  goute  que  je  y  voye., 
Lequel  de  vous  me  y  veult  mener  ? 

HAQUIN. 

Pener  me  vueil  de  vous  mener  ; 
Or  en  venez  toul  maintenant. 
Au  larrons  vous  voiz  droit  mennnt. 
Or,  escoutez  que  nous  ferons 
Quantdevant  les  larrons  serons  : 
Chascun  au  sicn  se  couplera 
Et  Ics  cuisses  ly  brisera. 
Longis,  savez  que  vous  ferez  : 
Les  cuisses  Jhesu  briserez. 
Par  quoy  mourir  plus  tost  il  puisse 
Se  ainssy  est  que  vif  on  truisse. 
Malquin,  ces  .iii.  larrons  lä  vivent. 

MALQUm. 

La  mört  ä  leur  povoir  eschivent, 

Je  croy  bien  vouroient  tous  jours  vivrc. 

Pren  ce  baston  et  te  délivre ; 

Brise  les  cuisses  ä  cely. 

HAQUIN. 

Tu  sces  bien  je  ne  doubt  nully 
De  bien  savoir  faire  Toffice. 

MALQUIN. 

Je  vueil  qu'on  me  leignc  pour  nice 
Se  cesluy  tantost  ne  pnrtue. 


256  LA    PASSION 


Ha!  Jhesu,  comme  has  laide  veue  : 
Je  croy  que  il  n'est  pas  en  vie. 

LONGIS. 

D'aulre  chose  je  n'ay  envie 
Fors  que  de  Jhesu  tourixienter. 
Haquin,  je  m'08e  bien  vanter 
Je  ly  feray  mes  jeus  puir. 

HAQIJIN. 

Jhesu  n'a  povoir  de  fuir, 
Car  il  me  semble  que  mört  est. 
De  vostre  lance  qui  forte  est 
Ou  cousté  destre  le  poignez 
Et  gardez  que  ne  vous  feignez  ; 
Mais  bien  en  parfont  le  plaiez. 
Nous  voulons  que  vous  essaiez 
S'il  a  en  ly  de  vie  potnt. 

LONGIS. 

Lie  sui  quant  il  est  en  ce  point, 
Car  je  le  hay  de  tout  mon  cuer. 
Haquin,  ma  lance  en  droit  le  cuer 
Apointe  Iresloot  droitement. 

HAQUIr^. 

Volentiers,  (erez  roidement  : 
En  droit  le  cuer  je  Pay  mise. 

LONGIS. 

Roy,  au  cuer  te  fier  sans  faintise. 
Combien  que  j'ay  perdue  la  veue 
Sentiras-tu  ma  lance  ague. 
Bien  s^y  que  je  t'ay  la  char  route  : 
Je  sens  sang  ou  yaue  qui  dégoute 


DE   NOTRE    SEIGNEUR.  257 


Sus  mes  mains  contrc  val  ma  lance. 
Ne  sgay  sy  m'en  vcnra  mescbance, 
Mals  mes  yeulz  en  vueil  nettoier. 
Doulx  DieUy  chascun  vous  doit  proier^ 
Diex  estesy  ce  s^ai-je  de  voir : 
Je  m'en  doy  bien  apercevoir, 
Vous  m'avez  fait  honneur  et  grace, 
Enluminé  avez  ma  face 
Dont  je  sui  moult  lié  et  joians, 
Car  je  estoie  non  voians. 
Fort  vous  féry,  pas  ne  failly, 
Tant  que  vostre  sang  en  jailly. 
Le  sang  qui  en  est  dessenduz 
M'a  mes  .11.  yeulz  tous  elers  renduz. 
Je  vous  féry,  se  poise  moy  : 
Doulz  Diex,  aiez  mercy  de  moy 
Et  ne  vous  vueilliez  courroucier 
Quant  je  vous  ay  osé  blecier. 
Les  Juifz  qui  sont  de  put  aire 
Le  me  commendérent  ä  faire 
Et  je  Fay  fait  par  mon  oultrage. 
Beau  sire  Diex  qui  mon  visage 
M'avez  esclarcy  en  pou  de  heure, 
Åins  que  la  mört  me  coure  seure 
Mon  meffait  car  me  pardonnez. 
Dieu  de  qui  tout  bien  es  donnez 
De  cuer  humble  mercy  requier. 
Jamais  mal  faire  je  ne  quier : 
Les  faulz  Juifz  sy  m'amenérent, 
A  vous  férir  me  commandérent ; 
II.  17 


258  LA   PASSION 


Hors  de  foy  sont  et  rcnoyé. 

SAINTE    ÉGLIZB. 

Tous  cculz  qui  t'ont  ci  envoié 
Je  te  promet  ne  sont  pas  sage, 
Mais  ont  fait  trop  fol  vasselage. 
Cil  est  filz  Dieu,  ce  puessavoir, 
Son  sang  t'a  fait  lumiére  avoir. 
Ceulx  qui  en  la  crois  Tönt  pendu 
Se  sont  bien  au  diable  rendu. 
Se  de  bon  cuer  ne  s'en  repentent 
II  saront  que  ly  diables  sentent. 
Ce  tesmoing  k  tous  sans  nientir 
Qu'il  a  voulu  la  mört  sentir 
Pour  tous  les  bons  d'enfer  gecter 
Et  pour  tout  le  monde  aquicter 
Ceulx  qui  bien  baptisé  seront 
Et  mes  commandemens  feront 
Et  croiront  en  la,  Trinité. 

YIELLE    LOY. 

Tu  n'as  pas  dit  la  vérilé ; 

Qui  es-tu  ?  ton  nom  me  devise. 

SAINTE    ÉGLIZE. 

Je  sui  nommée  Sainte-Églize. 
Et  tu,  qui  cs  ?  car  le  me  compte. 

SYNAGOGOE. 

Se  le  grant  Dieu  me  gart  de  honte 
Ne  fcray  pas  lonc  prologue : 
J^ay  pie^a  nom  Synagogue; 
Mais  par  le  grant  Dieu,  tu  es  fole 
Quant  tu  as  dit  telle  parole. 


DE    MOTRE    SEIGNEUR.  ^Sq 


La  Trinité  que  peusse  cstre? 
Je  te  creveray  ton  oiel  destre, 
Ce  s^ay-je  bien  encor  ennuit. 
Se  tu  dis  chose  qui  m'ennuit, 
Ou  je  te  turay  de  ma  lance. 
Je  croy  ce  te  fait  dire  enfance  : 
Tés  toy  que  tu  ne  le  compéres. 

SAINTE    ÉGLIZE. 

La  Trinité  est  Dieu  ly  pére, 

Dieu  le  Filz,  ly  Sains-Espéris. 

Cest  .1.  Dieu  qiii  de  tous  péris 

Garde  Sainte-Crestienté. 

Cest  cil  qui  donne  la  sancté  ; 

Ce  son  t  .III.  personnes  ensanble 

Et  .1.  seul  Dieu  :  dy,  qu'il  t'en  sanble? 

Oserois-tu  ceci  dcsdire? 

SYNAGOGUE. 

Je  ne  saroye  ce  livré  lire. 

Dy  va,  tu  ne  me  dis  que  fables 

Mais  j^ay  la  loy  Dieu  en  mes  tables 

Que  enseigne  Abraham,  Ysays, 

Et  Moyse  par  le  pais 

Moult  grant  piece  les  sermonna. 

Ceste  est  la  loy  que  Dieu  donna 

Quant  il  ot  en  ces  tables  mises 

Ou  mont  Sinay  a  Moyse. 

Cest  la  loy  d'enciennetéj 

Et  tu  veulz  or  nouvelleté 

Tout  par  toy  maintenant  ci  fairc. 

17- 


nSo  LA   PASSION 


SAINTE    ÉCL1ZB. 

Je  te  feray  assez  tost  taire. 
Tu  ne  fais  que  sors  et  charaiez. 
Respons-moy  que  le  mal-jour  aiez, 
Ou  Dieu  puet  tout  ou  rien  ne  puet. 
Se  tout  puet,  doncques  ne  le  puet 
Nulx  homs  desdire  par  raison  ? 
Ås-tu  bien  perdue  ta  raison  ? 
Dieu  a  voulu  nestre  de  famme 
Pucelle,  Vierge,  sans  diflfamme , 
Et  a  YOiilu  sa  char  humaine 
Ait  soufFert  la  mort  souveraine , 
Comme  bien  pert  qu'il  est  pendu 
En  la  crois  et  tout  respandu 
Fut  son  sang,  et  pour  ce  voir 
Yci  suy  pour  le  recevoir ; 
Mais  au  tiers  jour  sera  revis 
Åinssy  com  je  le  te  devis; 
Et  te  dy  sentence  est  rendue 
Que  ta  loy  sy  est  confondue 
Arrez  de  .x.  commandemens. 

SYNAGOGUE. 

Par  ma  loy,  gloute,  tu  te  mens. 
Se  avoies  bien  leu  nos  gioses 
Tu  n'oseroies  dire  teiz  choses. 
Bien  puez  savoir,  se  tu  n'es  yvre, 
Mort  homme  n'a  povoir  de  revivre. 
Jhesu  est  mort,  ainssy  est-il, 
Et  comment  donc  revenroit4l  ? 
Sy  grant  povoir  n'a  pas  nature ; 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  ^6^ 

Mais  nous  avons  une  (igurc 

En  nos  gloses  qui  moult  m^espoente. 

En  celle  figure  se  vente 

Le  prophette  que  ma  court  toute 

Par  .1.  seul  home  sera  route. 

Celly  n'esl  pas  ä  son  vouloir. 

L'angel  chante  sus :  «  Hostis  Herodcs.n 

Vieille  Loy,  bien  te  dois  douloir, 
Tu  dois  bien  plourer  et  suter, 
Gar  perdu  as  au  desputer  : 
Saincte  Église  a  le  champ  gaigné. 
Or,  sont  Juifz  bien  meschaignié  , 
Diex  a  leurs  escrips  deffaciez. 
Crestiens,  Dieu  veult  que  faciez 
Ge  que  Saincte  Église  dira. 

SAINTE-ÉGLIZE . 

Apelle  .1.  clerc  qui  te  lira 
Geste  legon  qu'on  t*a  leue. 
Aussy  as-tu  malvaise  veue  ; 
Fay  bientost  il  te  fault  deffendre 
Ou  il  te  convient  ä  moy  rcndre  ; 
Or  fay  lequel  que  tu  vourras. 

SYNAGOGUE. 

Je  me  rens  vaincue ;  or  pourras 
Désormais  régner  par  tous  régne 
Ghevauche  a  bandon  et  régnes 
Partout,  plus  ne  m'ose  vanter  ; 
Le  chant  que  j'ay  oy  chanler 
A  toute  aveuglée  ma  face. 


262  L\    PASSION 


JOSEPH. 

Il  m'est  pris  talent  que  je  foce 

A  Pilate  une  requeste 

Qui  ne  sera  pas  deshonncslo. 

Ne  S9ay  s'il  la  refusera , 

Mais  gaires  ne  ly  coustera  : 

Cest  de  Jhesu  cel  home  mört. 

Juifz  Font  par  envie  mört, 

En  celle  crois  Tönt  estendu 

Et  entré  .11.  larrons  pendq. 

Bien  ly  ont  trestui  couru  seure 

Je  n'en  voy  nul  qui  pour  ly  pleuro. 

Sy  se  faisoit-il  bien  amer , 

Mais  pour  ce  qu'il  se  fist  clamer 

Boy  des  Juifz,  quant  il  le  sorent, 

Sy  grant  dueil  et  courrous  en  orent 

Qu'ilz  en  ont  pris  vengence  obscure  ; 

Or  n'a  mais  plus  nul  de  ly  cure, 

A  Pilate  tantost  savoir 

Vpiz  se  je  le  pourray  avoir 

Par  requestes  ne  par  priéres; 

Et  j'ay  esté  encor  nagaires 

Nouviau  chevalier,  pour  ce  croy-je 

Qu'il  le  ra'octroiera  sans  ploige  ; 

Car  c'e8t  ma  premiére  demando. 

Pilate,  sil  Dieu  vous  deflende 

De  mal,  qui  (ist  le  (irmament. 

PILATE, 

Joseph,  le  grand  Dieu  vousamcnt. 
Que  vousplaist  ne  que  vcncz  qucrrc? 


DB    NOTI^E    31^1GNEUR.  ^63 


JOSEPH. 

Pilate,  je  vous  vien  requerre 
Et  vous  vueil  cloulcement  prier 
Que  vous  me  vucillicz  octroier 
.1.  don  que  vous  demanderay. 

PILATE. 

Demandez  et  je  le  feray ; 
Fairc  le  doy  sans  contredire. 

JOSEPU. 

Pilate,  bien  savez,  beau  sire, 
Chcvaliers  suis  nouvellement. 
Le  corps  de  Jhesu  vous  demant  : 
Mört  est,  Sire,  donnez-le-moy. 

PILATE. 

Foy  que  je  doy  Tame  de  moy , 
Pas  trop  grant  don  ne  demandez. 
Joseph,  .1.  petit  attendez 
Et  tantost  sans  dilacion 
Je  manderay  Centurion. 
S'il  est  mört  par  luy  le  saray, 
Puis  tost  donné  le  vous  arav. 
Vallet,  va  quérir  en  messago 
Centurion  au  (ler  courage  ; 
Va  tost,  dy  ly  qu'il  veigne  cy^ 

MALQUIN. 

Ge  vault  fait,  levez-vous  de  cy, 
Sire,  en  qui  proucsse  surmonle. 
Se  le  grant  Dieu  vous  gartde  honte., 
Venez  au  prévasl  inainlcnant. 


:264  LA    PASSION 

CENTURION. 

Je  y  Yois,  car  c'est  bien  avenant 
Que  toute  sa  volenté  face. 
Du  grant  Dieu  qui  a  toute  grace, 
Soit  luy  Pilate  maintenu. 
Mande  m'avez,  je  suis  venu, 
Dictes-moy  vostre  volenté. 

PILATE. 

Se  Diex  me  doint  bonne  sancté 
Je  ne  vous  vueil  pas  decevoir. 
Savoir  vueil  de  Jliesu  le  voir 
S'il  est  mört  ou  s'il  est  en  vie. 
Joseph  a  de  ly  grant  envie  : 
S'il  est  mört  je  ly  vueil  donner. 

CENTURION . 

Bien  ly  povez  abandonner, 
Foy  que  je  doy  ma  baronnie ; 
L'åme  ly  est  du  corps  partia ; 
Ce  s^ay-je  bien  certainement. 

'   PILATE. 

Joseph,  vostre  commandcment 
Du  corps  Jhesu  faire  pourrez 
Toutes  heures  que  vous  vourrez ; 
Mais  pour  ce  que  vous  ne  failliez , 
Je  vous  lo  bien  que  vous  ailliez 
Auls  evesques  et  sy  leur  dictes 
Que  ce  corps  est  vostre  tout  quictes 
Et  que  nul  ne  le  vous  deffende; 
Car  c'est  la  premiére  demande 
Que  vous  avez  ä  inoy  requise. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  1265 


Lcs  Juifz  en  ont  fait  justice 
Et  vous  voulez  le  corps  avoir. 
Par  droit  ilz  doivent  bien  savoir 
Qui  Tara  de  la  crois  osté. 

JOSEPH. 

Je  vois  tantost  ä  leur  hos  tel. 
De  par  Pilate,  seigneurs  Ponce, 
Je  vous  dy  et  sy  vous  anonce, 
Que  le  corps  de  Jhesu  mien  est. 

ANNES. 

Non  est  voir. 

JOSEPH. 

Par  ma  loy  sy  est ; 
Pilate  le  in'a  octroié 
Et  m'a  ä  vous  .11.  envoyé 
Pour  le  vous  dire  (or  le  vous  dy-je), 
Qu'il  le  m'a  donné  quitte  et  lige. 
De  la  crois  le  vois  avaler. 

ANNES. 

Joseph,  ou  voulez-vous  aler? 
Dictes-vous,  vous  emporterez 
Le  mört ;  par  ma  loy  non  ferez, 
Estes-vous  fol  ou  enragiez  ? 
Pour  le  gärder  sui  estagiez 
De  mon  avoir,  de  corps  et  d'åme, 
De  mes  enfans  et  de  ma  fame. 
Et  avec  moy  tout  mon  lignage. 

CAYPHAS. 

Joseph,  vous  n'estes  pas  trop  sage 
Quant  vous  nous  dictes  ces  paroles, 


266  LA    PASSION 


Car  ellcs  sont  nices  et  folies. 
Et  sy  vueil  bien  que  vous  sachez, 
Jbesu  est  sy  bien  atachiez 
En  celle  crois,  que  bien  sarez 
Hault  faveler  quant  vous  Parez; 
Et  sy  vous  fais  bien  å  savoir 
Quiconques  le  vourra  avoir 
^    Tcis  enseignes  aportera 

Que  mieulx  créu  que  vous  sera. 
Qu'il  soit  vostre,  rien  n'cn  savon, 
Et  de  vous  soupe^on  avon 
Que  ne  nous  vueilliez  decevoir. 
Point  n'en  arez,  sachiez  de  voir : 
Aultre  que  vous  y  fault  venir. 

JOSEPH. 

Seigneurs,  quoi  qu'en  doie  avenir, 
II  m'est  donné  et  je  l'aray 
Et  ja  gré  ne  vous  en  saray. 
A  Pilate  sans  nulle  esloigne 
Je  vueil  compter  ceste  besoignc  ; 
Moult  mc  tärde  que  le  inort  teignc. 
Pilate,  grant  bien  sy  vous  veigne 
Courrous  mc  fait  le  cucr  estaindre  : 
De  Caiphas  et  d'Annes  plaindrc 
Mc  vicng  a  vous  que  trop  conlraire 
Sont  vers  moy  de  ce  que  vueil  faire. 
Jhesu  ne  veullent  que  j'cnporlc 
Et  sa  char  est  en  la  crois  morle, 
Car  lous  .11.  conlredit  le  ni'onl. 
De  ce  courroucic  sui-je  niont^ 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  267 


Nc  8cay  se  d'eulz  estes  amé, 
De  par  vous  me  suis  reclamé ; 
Il  dient  que  riens  n'en  feront. 

PILATE. 

Josephy  tout  courroucié  seront 
Quant  ilz  le  vous  ont  contredit. 
Vous  I'arez  puisque  je  Tay  dit  : 
Nicodemus  tantost  y  va 
Avecques  vous  et  leur  dira 
Que  vostres  est  entiérement. 
Nycodemus,  allez  briefmcnt 
A  Annes  et  Caiphas  dire 
Que  j'ay  au  cuer  courrous  et  irc. 
Quant  il  ont  Joseph  tant  lassé 
Et  mon  commandement  passé 
Plus  ont  mespris  quMl  ne  leur  sanble. 
Toy  et  Joseph  yrez  cnsanble 
Et  leur  dy  qui  Vy  lessent  pcnre ; 
Sien  est,  nul  ne  Pen  doit  repenre 
Et  je  ne  vueil  pas  qu'il  y  faille 
Ne  que  nul  enconlre  luy  aille 
Ou  förment  les  courrouceray. 

NYCHODEMUS. 

Le  mesage  moult  bien  feray. 
Joseph,  beau-frére,  of  en  venez  : 
Droit  ä  ces  maistres  mc  menez. 
Lie  suis  quant  avec  vous  ni 'a  mis. 

JOSEPH. 

Nychodcmus,  beau  doulz  amis, 
Le  corps  du  morl  tcnir  vourroye. 


208  LA    PASSION 


Certes,  dire  je  ne  pourroie 
Comme  j'ay  grant  sain  de  Favoir. 

NYGHODEMUS. 

Ce  veulz-je  bien  croire  et  savoir, 
£t  sui  lié  de  ce  vous  dictes, 
Car  pour  Jhésu  sui  förment  tristes, 
De  ce  que  a  mört  I'ont  méhaigné. 
Et  sy  n'y  ont-il  riens  gaigné 
A  de  cy  Foster  je  m'acort. 

JOSGPH. 

Nychodemus,  bien  d'un  acort 
Sommes  moy  toy  ad  ce  faire. 
Or  pry-je  Dieu  le  débonnaire 
Que  bien  fassiens  nostre  besoignc 
Et  que  nous  ne  truisson  essoigne 
Vers  les  felons  hors  de  créance.   ' 
Nychodemus,  j'ay  espérance 
Que  Dieu  veult  que  facien  ceste  euvre 
Pour  plus  dignement  le  recoivre. 
Or  pepse  du  sagement  dire 
Le  commandement  de  ton  Sire. 
Voy-Ies-y,  la  va,  sy  leur  conpte. 

NYCHODEMUS. 

Joseph,  se  Dieu  me  gar  t  de  honte 
Je  leur  vois  dire  mon  mesage. 
Seigneurs,  vousn'estes  pas  trop  sage^ 
Mespris  avez  vilainement 
Encontre  le  commandement 
Que  Pilate  a  commandé, 
Que  Joseph  ly  a  demandé 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  ^69 

Le  mort,  point  ne  le  fist  muser. 
Il  ly  donna  sans  refuser  : 
Pas  trop  ne  le  fist  requérir; 
Mais  quant  Joseph  le  vint  quérir 
Penre  le  corps  ne  ly  lessastes, 
Mais  moult  förment  le  rechinastes, 
Et  chascun  de  vous  Ten  blamoit 
Et  moult  förment  se  réclamoit. 
A  vous  dis  par  prévost  Pilate 
N'y  ara  cil  qui  ne  Tachate 
De  vous  se  plus  ly  escondites. 
Pilate  dit  qu'il  est  sien  quittes 
Et  veult  que  tost  ly  soit  donnez. 

ANNES. 

Dés  or  ly  est  abandonnez, 
Je  vueil  qu'on  le  ly  délivresse. 
Or  le  voit  querre  et  emportesse, 
Je  n'en  yray  plus  ä  l'encontre. 

CWPHAS. 

Vela  le  mört,  je  vous  le  monstrc 
Joseph y  or  le  povez  despandre  ; 
Nul  ne  le  vous  veult  plus  deffendre ; 
Dés  or  nous  en  lessez  ester. 

ANNES. 

Nous  sommes  folz  de  cy  ester 
Quand  somes  delivre  de  ly. 
Quant  il  sera  ensevely 
Tel  pourra  veoir  sa  sépulturc 
Qui  l'emblera  par  aventure  : 
De  Faler  bien  est  se  me  samble. 


270 


L\    PASSION 


CAIPHAS. 

Anne,  se  ainssy  est  qu'on  l'emble, 
Honni  soitil  qui  les  hostagcs 
De  quoy  nous  sommes  tous  en  gages 
A  Pilate  ja  paiera ! 

JOSEPH. 

Nychodemus,  moult  bien  sera 
Que  je  voise  chevance  faire, 
Gomman  t  j'aray  .  i.  bon  suaire 
Pour  ce  corps  lä  ensevelir. 

NYCODEMUS. 

Joseph,  moult  me  doit  enbellir 
La  parole  que  vous  oy  dire. 
Je  yray  avecques  vous,  beau  sire, 
Moult  volentiers  pour  vous  aidier. 

JOSEPH. 

Nicodemu"^,  sans  plus  plaidier 
Alon  moi  toy  voir  sy  pourron 
Prendre  du  quel  nous  vourron. 
Ge  mercier  nous  en  puet  bien  vendre. 
Sire,  car  nous  vueilliez  entendre. 
Avez  nulz  beaulz  dräps  neufs  de  soye? 

MERCIER. 

Je  croy  moult  tres  bien  que  je  soye 
Garny  de  ce  que  demandez. 

JOSEPH. 

Beau  doulz  sire,  car  nous  vendez 
Des  tres  plus  beaulz  que  vous  aiez, 
Et  vous  en  serez  bien  paiez 
En  tel  argent  com  vous  vourrez. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2^] 


LE    MERCIER. 

Dés  or  iicheter  en  pourrez  : 
Ma  marchandise  vous  desqueuvrc. 
Ja  pourrez  acheter  bonne  euvre : 
J'en  ay  de  magniéres  diverses. 
J'ay  soye  rouge,  Indes  et  Perscs, 
J'ay  soie  noire,  soies  fines. 
Plus  blanche  que  n'est  fleur  d'espines; 
J'ay  beaulz  poilles  seur  argentez 
A  fellles  d'or  par  my  plantez; 
Draps  vers  de  soye  ä  or  bendez 
Et  sy  ay  de  plusieurs  sendels, 
Soye  vermeille  et  puis  morée, 
Et  ay  soye  qui  est  dorée; 
J'ay  bougueren  et  estamines, 
J'ay  bources  faites  de  euvres  iines, 
J'ay  saintures  et  gibeciéres, 
Courroyes  de  maintes  maniéres, 
Pourpres  samis  trcssiers  et  guindes, 
Voilles  noirs  et  rouges  et  Indes, 
Coéffes  ä  or  bonnes  et  riches, 
Queuvrcchiez,  crépez  et  afiches, 
Espingles  d'argent  sororées, 
Grosses  couroyes  d'argent  dorées, 
Chapiaus  apellez  et  couronnes 
Et  pierres  precieuses  et  bonnes, 
Noires  et  vers  et  rouges  sarges, 
Couvertoers  de  sendal  bien  larges  ; 
J'ai  paille  de  divers  ouvrages, 
Pourtrait  sont  ä  bestes  sauvages 


2'J2  LA    PASSION 


Qui  samblent  lion  et  liépart. 
Et  en  av  encor  d'aultre  part. 
De  riches,  fais  nouveilement, 
Qui  sont  pourtrait  mesmemcnt, 
De  blanches  et  de  rouges  roses 
Qui  sont  parmi  le  dräpt  encloses  ; 
Poilles  roiez,  couroyes  å  perles, 
Draps  a  papegauls  et  ä  merles. 
A  briefs  paroics  deviser 
Ne  vous  pourroye  deviser 
Tout  quanque  j'ay  de  marchandise, 
Et  ay  .1-  dräpt  que  förment  prise, 
.1.  sydoine,  mais  il  est  vers. 
Soiés  tout  certains  qu'il  n'est  vers 
Qui  ja  le  puisse  transpercier, 
Et  sy  ne  sgay  je  pas  mercier 
Qui  miex  de  moy  en  soit  asiez. 

JOSEPH. 

Beau  tres  doulz  sire,  or  vous  taisiez 
Ce  sydoine  j'acheteray. 
Dictes  moy  que  j'en  paieray  : 
Ce  corps  y  enveliopperay 
Et  de  cclle  crois  Fosteray 
Que  j'ay  tant  Pilate  proyé 
Que  il  m'a  le  corps  octroié. 
Or  I'en  vueil  porter  doulcemcni 
En  .1.  serqueu  que  propremen  t 
J'ay  fait  faire  pour  le  couchier ; 
Et  vous  dictes  que  ver  touchier 
Ne  puet  ä  ce  sydoine  digne  ? 


k 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2^]^ 

Pour  cc  y  mcttray  ce  corps  bénignc  : 
Benoist  est  et  Benoist  doit  estre 
Car  filz  est  au  Pére  célestre. 
A  tort  ly  ont  ce  fait  Juise  : 
De  bon  cuer  ly  faiz  ce  servise, 
Car  il  n'est  nul  qui  bien  le  serve 
Qu'ä  .0.  doubles  ne  le  deserve. 
Sire,  or  prenez  de  moa  avoir, 
Car  le  sydoine  vueil  avoir 
Pour  le  prophecte  ensevelir. 

MERCIER. 

Joseph,  moult  me  doit  embellir 
La  parole  que  m'avez  dicte. 
Le  sydoine  vous  arez  quitte  : 
Vostre  est  et  vous  Temporterez, 
Ne  jå  deniers  n'en  paierez. 
Marchant  sui  qui  en  marchandise 
Ay  tousjours  m'estudie  mise. 
Le  sydoine  ly  vucil  donner, 
Bien  le  me  puet  guerredonner, 
J'en  ay  bonne  dévocion. 

JOSEPH. 

Ce  n'est  mie  m'entencion , 
Sire,  que  pour  nyent  je  l'aye. 
De  la  cherlé  point  ne  m'esmaye ; 
Vecy  assez  monnoye  bonne. 

MERCIER. 

Le  sydoine  quicte  vous  donne ; 
Allez,  å  Dieu  je  vous  commande. 


2'j4  Li^   PASSION 


JOSEPH. 

Je  pry  ä  Dieu  qu'il  le  vous  rende 
Et  qui  vous  vueille  conforter. 
Ce  sydoine  le  fault  porter, 
Nichodemus ;  je  le  te  baille. 

MICHODBMUS. 

Joseph,  je  vous  dy  bien  sans  failie 
Ce  sydoine  moult  m'abellist : 
Du  corps  tenir  ay  grant  délit; 
La  besoigne  point  ne  m'anuie. 

JOS£PH. 

Or  en  alon ,  Diex  nous  conduie. 
Aujourd'uy  beau  don  gaigné  ay 
Que  Pilate  sy  m'a  donné  : 
Cest  Jhesu  que  je  vois  despendre 
De  celle  crois  sans  plus  attendre, 
Car  je  le  voy  moult  tourmenté. 

NICHODEMUS. 

Joseph,  se  Diex  me  doint  sancté 
Je  ly  vois  le  bras  desclouer. 

JOSEPH. 

Tu  dis  bien,  je  t'en  doy  louer  : 
Au  pié  de  la  crois  demourray , 
Car  recevoir  je  le  vourray 
Quant  je  le  verray  jus  venir. 

NICHODEMUS. 

Or  entendez  au  soustenir, 

Car  je  voy  bien  que  il  se  abesse. 

JOSEPH. 

Seurement  aler  le  lesse 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2^5 

Et  vieng  avant  sy  m^aideras. 
Et  le  sydoyne  getteras 
Sus  ly  et  puis  l'enporteras, 
Et  ou  serqueu  le  coucebras 
En  ce  sydoine  diguement. 

NICHODEMUS. 

Sire,  ä  vostre  commandement 
Je  suy  prés  et  appareilliez. 
De  le  servir  suis  esveilliez 
Et  seray  tant  com  je  vivray. 

JOSEPU. 

Doulz  pére,  vostre  corps  livré 

Avez  pour  nous  ä  grant  tourment. 

Contre  vous  ont  mespris  förment 

Ly  lelon  Juifz  de  put  aire. 

Quant  ilz  vous  ont  osé  ce  taire 

Hz  sont  faulz  et  malvais  trahiste. 

Doulz  Dieu,  j'ay  pour  vous  le  cuer  triste; 

Par  grant  tort  vous  ont  mesbejgné 

Et  sy  ne  Tavez  pas  gaigné. 

Vous  estes  Blz  de  Dieu  le  pére 

Et  naquistes  de  Vierge  mére. 

Vous  estiez  Dieu  plain  de  pitié 

Et  par  vostre  grant  amitié 

Qu'avez  eu  ä  vos  amis 

Que  Adam  en  enfer  tous  a  mis , 

Avez  voulu  mört  recevoir, 

Chascun  puet  bien  apercevoir. 

Quant  Longis,  qui  ne  voit  goute, 

Vous  ot  la  char  du  costé  route, 

18. 


276  LA    PASSION 


Fort  vous  poigny,  pas  ne  failly, 
Tant  que  vostre  sang  en  sailly 
Sus  ses  mains;  lors  les  aprocha 
De  sez  yeulz  et  les  antoucba 
Du  sang,  par  quoy  r'ot  sa  véue 
Qu'il  avoit  loiiguement  partlue. 
Longis,  qui  devant  non  voians 
Estoit,  en  fut  iié  et  joians. 
A  celle  heure  que  vous  mouristes 
De  l'angoisse  (Jue  vous  soulTristes, 
Ciel  et  terre  toute  trambla. 
Ce  fut  pour  vous  lors  bien  sambla 
Que  definenient  déust  cstre. 
Doulz  Dieu,  fiiz  au  Pére  celestre, 
En  vous  est  toute  m'espérance, 
En  vous  est  trestoute  puissance. 
Mors  ont  les  chiens  envieux  : 
De  cest  oignement  précieux 
Oindray  vos  plaies  sans  faintise; 
Beau  doulz  pére  de  bon  servise, 
Tousjours  mais  vous  vueil  servir. 
Or  vueilliez  que  je  déservir 
Vostre  trés-doulce  amitié  puisse , 
Par  quoy  avec  vous  je  me  truisse 
Quant  départiray  de  ce  monde. 

NICHODEMUS. 

Doulz  Dieu  de  qui  tout  bien  abonde  , 
Vous  dictes,  ce  s^ay-je  de  voir, 
Que  mört  vous  failloit  recevoir ; 
Au  tiers  jour  resusciteriés^ 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  277 


D'cnfer  les  vostres  geteriés. 
Cy  a  moult  grant  humilité; 
Dieu  pére  plain  de  vérilé  , 
Gar  me  vueilliez  donner  la  grace 
Que  je  puisse  véoir  vostre  face 
Quant  la  mört  me  fera  fenir. 

CMPIIAS. 

Malaquin,  va  sy  fay  venir 
Annes,  dy-ly  je  le  demande. 

MALQUIN. 

Yolentiers.  Caipbas  vous  mande 
Qu'å  ly  tantost  parler  venez. 

ANNES. 

Malaquin,  bon  vallet  senez, 
Je  vois  puisquil'a  commandc. 
Caiphas,  vous  ro'avez  mande. 
Je  suis  venu  sans  arrester. 

CAIPUAS. 

Sire,  tout  ce  lessez  ester ; 
Par  lon  vous  et  moy  d'autre  chose 
Que  pour  vérité  dire  je  ose. 
Fol  est  qui  dit  que  soiops  sagc  : 
Occis  avons  par  grant  oultrage 
Le  prophéte  ;  s'il  resuscite 
De  sa  mört  ne  seron  pas  quitte 
Pour  ce  que  Tavons  justisé. 

ANNES. 

Qui  dyablc  vous  a  avisé 

De  ce  dire?  estes-vous  yvres? 

Caipbas,  gardez  en  vos  livrés 


2']S  LA    PASSION 


Ou  la  vostre  créance  est  mise. 

Vostre  loy  point  ne  vous  devise 

Que  nulz  homs  en  vie  reveigne, 

De  quelque  beure  que  mört  le  prcingnc; 

Grant  yvressc  vous  oy  compter. 

CAIPHAS. 

Cest  voir,  mais  Dieu  puet  seurmonter 

Toute  chose  et  par  droicture, 

Dieu  puet  plus  que  ne  fait  nature. 

S'il  est  filz-Dieu  par  vérité 

Vous  le  verrez  resuscité 

Aincois  qu'il  soit  .nu  jours  entiefs. 

ANNES. 

Je  ne  vous  oy  pas  volentiers 

Ces  malvaises  paroles  dire. 

Vous  estes  maistre  de  fempire 

Et  avez  sy  fole  créance. 

Bien  s^ay  Dieu  a  toute  puissanco 

Et  qu'il  est  sans  commancement 

Ne  jh  n'ara  de  finement. 

Quant  Dieu  voudra  il  nous  touldra 

La  vie,  mais  jå  ne  mourra  : 

Cest  un  homs  que  avons  tué. 

CAIPHAS. 

Sire  Anne,  bien  entendu  é 

Ge  que  respondu  vous  m'ave/, 

Mais  de  vérilé  bien  savez 

Que  .1.  Dieu  puet  tout  sans  nulle  some 

Et  se  met  bien  en  guise  de  home. 

Tantost  que  cest  home  tenismes 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  2^ g 

Jusques  ä  la  mört  le  batismes  : 
Sanglant  fut  devant  et  derriére. 
Se  Dieu  est,  alé  est  arriére 
En  paradisen  sa  maison; 
Que  ce  ne  fust  pas  sans  raison 
Queain^ois  que  la  mört  Testendist 
Convint  que  la  pierre  fendist 
De  son  sang  et  en  fut  quassée, 
Et  quant  s'åme  fut  trespassée , 
Je  vis  le  ten^ps  noir  et  ennuble 
Et  plain  d'ob8curité  moult  horrible 
Dont  je  fu  moult  espoventez. 

ANNES. 

Par  foy,  vous  estes  enchautez 

Quant  de  ly  point  tous  vous  doubtez  : 

Lessez  ester,  sy  me  conptez. 

J  hesu  sy  est  de  boos  amis ; 

Joseph,  ou  sépulcre  l'a  mis. 

Nulz  n'y  avons  qui  le  gardoge. 

S'il  avient  chose  qu'oo  1'emblege, 

Ceste  derreniére  erreur  seroit 

Qui  trés-bien  y  regarderoit 

Plus  malvaise  que  la  premiére. 

Or  vous  diray-je  la  maniére 

Comment  nous  nous  encheviroo.  ' 

A  Pilate  nous  en  yron 

Vous  et  moy  ceste  chose  dire. 

CAIPHAS. 

A  lon,  ne  vous  en  quier  desdire  ; 
Je  m'acort  bien  a  celle  chose. 


28o  LA    PASSION 


ANNES. 

Cil  Dieu  en  qui  mercy  repose 
Gart  Pilate  qu'il  ne  ly  veigne 
Chose  de  quoy  son  cuer  se  pleignc 
Gom  celly  que  devons  amcr! 

PILATE. 

Diex  qui  Bst  la  terre  et  la  mer 
Vous  vueille  de  tous  maulz  deflendre! 

ANNES. 

Pilate,  vueilliez  nous  entendre  : 
Jhesu  est  ou  sépulcre  mis. 
Nous  avons  plusieurs  anemis 
Qui  tous  de  sa  mesgnie  sont, 
Qui  pour  sa  mört  courroucié  sont. 
Il  se  pourroient  bien  asambler 
Pour  le  prophéte  aler  embler. 
Pour  .c.  ma  res  d'or  n'el  vourions  : 
Conseillez-nous  se  pourrions 
Avoir  nully  pour  le  gärder. 

PILATE. 

Seigneurs,  vous  n'avez  que  tarder . 
Je  lo  que  quérir  envoiez 
Les  chevaliers,  et  leur  proiez 
Que  å  venir  cy  point  ne  tardent, 
Et  que  le  sépulcre  bien  garden  t  ; 
Bon  est  ä  faire  ä  mon  avis. 

CAIPHAS. 

Se  on  Temble  ou  s'il  est  ja  vis 
Förment  courroucié  en  serav. 
Par  Malaquin  tost  manderav 


DE    NOTRB    SEIQNEUR.  28 1 


Centurion ;  rien  ne  le  teigne 
Qu'a  mon  hostel  tantost  ne  veigne. 
Sy  Ii  requerray  sans  tarder 
Chevaliers  pour  le  corps  gärder. 
Vallet,  raet-toy  tost  å  la  voie; 
Dy  centurion  je  ly  proye 
Cy  veigne,  j'ay  mestier  de  luy. 

MALQUIN. 

Sire,  je  ne  doubte  nully 
Que  ce  mesage  bien  ne  face  : 
Bien  m'en  a  Dieu  donné  la  grace. 
Je  y  vois  donc  et  de  vous  me  part. 
Centurion,  cuer  de  liépart, 
Le  grant  Dieu  vous  gart  de  périr. 
Par  moy  vous  envoie  qucrir 
Caiphas;  venez-y  beau  sire. 

CENTURION. 

Ce  ne  vueil-je  pas  contredire  : 
Je  y  vois  tantost  puisqu'il  a  dit. 
Caiphas,  Malquin  m^a  dit 
Que  mande  par  ly  vous  m'avez. 
Or  mc  dictes  se  vous  avez 
Mestier  de  rien  que  puisse  avoir. 
De  ma  gent  et  de  mon  avoir 
Povez  vostre  volenté  faire, 
Car  par  moy  n'y  ara  contraire, 
Ne  ja  desdit  vous  n'en  screz. 

CAIPHAS. 

Trois  bons  chevaliers  mandcrez 
Qu'ä  nioy  veigncnt  sans  délaier, 


282  LA    PASSION 


CENTURION. 

De  cc  nc  vous  Fault  esmaier  : 
Je  feray  mouit  bien  ce  message. 
Or  sus,  chcvaliers  de  bamage , 
Vos  bonnes  armeures  prenez 
Et  tout  maintenant  en  venez 
Aprés  moy,  car  je  le  commande. 

PINGEGUERRE. 

Se  Diex  de  péril  nous  deffende 
Aprés  vous  volentiers  yron. 

BAUDIN. 

A  vous  tous  .III.  obéiron 
A  quanque  vourrez  deviser. 

MOSSÉ. 

Maistre,  chascun  vous  d<yt  prisier  : 
Vous  avez  dessoubz  vous  .c.  homes 
D'armes  apris  comme  nous  somes. 
MouIt  estes  plain  de  grant  noblesse 
Hardement,  fierté  et  proesse 
Devez  avoir  plus  que  .1.  lyon. 

ANI^ES. 

A  bien  veigne  centurion 
Et  sa  conpaignie  qui  est  bonne. 
Chascun  semble  fiére  personne. 
Foy  que  doy  ma  barbe  chanue, 
Je  suis  lié  de  ceste  venue  : 
Moult  semblent  avoir  vassellage. 

CENTURION. 

Ce  sont  chevaliers  preus  et  sage : 
Ils  sont  hardy  et  courageus 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  283 


Et  qui  leur  désert  oultrageus. 

Fort  home  son  t  et  bien  esleu, 

Bien  esprouvé,  bien  cogneu ; 

Je  les  ay  moult  bien  essaiez : 

Oncques  ne  les  vy  esmaiez 

Poiir  höst  GU  chevauchie  ou  gueri  e, 

Pour  nul  qui  les  envoiast  querre. 

J'en  ay  tels  .c.  en  ma  baillie  : 

Chascun  porte  espée  fourbie 

Et  bon  escu  et  bonne  lance^ 

Qui  tous  me  scrvent  dés  m'enfance  • 

Ne  nul  de  eulz  ne  m'ose  desdire. 

Se  ceulx-ci  ne  vous  plaisent,  Sire, 

Des  autres  vous  yray  quérir. 

ANNES. 

Centurion,  Dieu  de  périr 
Les  vous  Tueille  tous  .iii.  defiendrc! 
Il  me  semble  qu^ilz  devroient  rendre 
Trois  coups  d'espée  sans  faintise. 

CENTURION. 

Je  les  met  en  vostre  servise 
Et  leur  enjoinget  leur  commande 
Que  chascun  h  bien  faire  entcnde 
Ce  que  commander  leur  vourrez. 

ANNES. 

Et  je  les  prens;  dés  or  pourrez 
Seigneurs  faire  ma  volenté. 
Or  vous  teigne  Diex  en  sanclé  : 
Je  vous  diray  que  vous  fcrez. 
Cc  moriiiment-la  garderez ; 


284  L\    PASSION 


Joseph  y  a  Jhesu  couohié  : 

Encor  n'y  a  nully  touchié. 

Je  me  doubt  trop  qu'auqun  ne  Pembie  ; 

Sy  vueil  qu'enlrevou3  .ni.  ensanble 

Allez  au  sépulcre  veillier 

Et  vous  gardez  de  sommeillier 

Par  quoy  vous  ne  soiez  deceu. 

Soiez  tous  .III.  bien  esméu 

Pe  bien  veillier  et  escouter. 

PINCEGUERUE. 

De  ce  ne  vous  estuet  doubter  : 
Le  monument  sv  bien  sera 
Garde  que  nul  ne  l'emblera ; 
Se  on  Temble  nous  le  vous  rendrons. 

BAUDIN. 

Au  gärder  trés-bien  entendrons ; 
Se  nul  s'en  vouloit  approcher 
De  m'espée  le  vouldroie  brocher 
Tel  coup  que  jamais  ne  gariroit. 

MOSSÉ. 

Moult  chérement  le  conparroit 
S'aucun  esloit  qui  y  venist. 
Il  convenroit  qu'il  defenist 
De  ceste  espée  qui  est  bonne. 

GAIPHAS. 

Moult  est  cbascun  bonne  person  ne 
De  vous  .111.  hardie  et  fiére ; 
Moult  y  pert  bien  h  vostre  chére. 
Alez-vous-cn  ;  Diex  vous  conduie! 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  285 

PINCEGUERRE. 

Ne  doubtez  jå  nul  de  nous  fuie 

Pour  chose  quc  avcnir  nous  puisse, 

Et  se  ainssy  est  que  je  y  truisse 

Nully  qui  jå  y  soit  venu, 

De  moy  sera-il  bien  tenu 

Que  pour  riens  iniex  ne  convenra. 

BAUDIN. 

Qui  ver  le  monument  venra 
II  ly  vauroit  trop  miex  assez 
Qu'il  eut  les  .11.  piez  quassez^ 
Gar  la  testc  ly  couperay. 

MOSSÉ. 

De  m'espée  tant  fraperay, 
Se  je  y  voy  nully  qui  y  veigne, 
Que  la  teste  n^ara  pas  saine  : 
Jamais  ne  sera  qui  n'i  pérc. 

PINCEGUERRE. 

Foy  que  je  doy  Tame  mon  pére. 

Je  croy  quc  somes  espié. 

.1.  pou  de  soupe^on  j'ay 

Que  sa  mesgnie  ne  nous  entende. 

BAUDIN.      ' 

S'il  y  vient  nully  qui  y  tende 
Le  doit  par  aucune  aventure. 
Il  sära  se  m^espée  est  dure  : 
Fendre  ly  en  feray  la  leste. 

MOSSÉ. 

Se  je  voy  nul  qui  se  y  arreste 
De  mon  coup  ly  feray  present. 


286  LA    PASblON 


Je  ly  donrray  gros  et  pes;int 
De  ceste  espée,  qui  bien  trenche. 

PIMCEGUERRE. 

Et  je  Je  la  iiioye  qui  est  blancbc 
Ly  vourray  la  teste  couper. 
Sy  ly  lourray  le  goloper  : 
Ycy  tout  mört  le  lesseroye. 

BAUDIN. 

Je  te  diray  que  je  feroie  : 
Qui  y  vcnroit  par  son  oultrage, 
La  teste  mc  lesseroit  en  gage , 
Ge  le  dy-je  pour  vérité. 

MOSSE. 

Tout  I  v  or  de  ceste  cité 
Pas  celly  ne  garentiroit 
Qui  ver  ce  monument  yroit 
Qu^aler  s'en  péust  sans  escbaces. 

PINCEGUERRE. 

Seigneurs,  car  lessez  vos  menaces, 
Que  se  je  y  voy  nully  venir. 
De  rire  le  feray  tenir, 
Je  ly  leray  veufve  sa  famme. 

BAUDIN. 

Conpains,  je  te  jur  par  ceste  åme, 
Se  nul  vient  ci  pour  nul  mal  dire, 
Mourir  le  feray  å  martire  : 
Je  te  dy  voir,  quier  qui  te  mente. 

MOSSÉ. 

Cbascun  de  vous  förment  se  vante , 
Mais  m'espée  a  telle  proesse 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  287 


Se  nul  au  monument  s'aclresse 
Jusques  au  dens  le  pourfendray. 

PINCEGUERRE. 

Las,  moy  dolent !  qui  atendra 
Ces  gens  qui  sa  venir  je  voy? 
Seigneurs,  meilleur  confort  n'y  voy 
Fuions-nous-en  tout  maintenant. 

BAUDIN. 

Las,  chédf !  que  voy-je  venant? 
Que  cy  a  d'ommes  amassez ! 
Ilz  sont  trop  plus  que  nous  assez ; 
Fuir  vueil  pour  moy  garantir. 

MOSSE. 

Seigneurs,  tost  vous  voy  repentir 

De  faire  ce  que  disiez. 

Vos  vantances  devisiez 

Et  maintenant  voulez  tuit  fuire ! 

Or  puissant  mal  se  conduire 

Se  .1.  petit  de  vent  vous  a  vante, 

Sy  estes  tuit  espoventé 

Et  pour  droit  nient  regardez. 

Comment  oseriez  gärder 

Ung  grant  régne  ou  une  conté? 

PINCEGUERRE. 

Par  le  grant  Dieu  plain  de  bonté, 
J'ay  moult  trés-grant  paour  eue. 
Or  est  ma  force  revcnue, 
Je  suis  tout  fort  et  tout  hardy. 

BAUDIN. 

Se  j'ay  esté  acouardy , 


288  LA    PASSION 


Bien  s^ay  que  j'ay  ma  torcc  toute. 
Se  nul  au  monument  sans  doubte 
Venoit  tantost  seroit  tuez. 

MOSSE. 

Beaus  seigneurs^  ne  vous  remuez, 
Ne  vous  devez  espovanter. 
Ccst  vent  qu'avez  oy  venter. 
Tenez-vous-cy,  ne  vous  doublez, 
Mais  au  monument  escoutez 
Qu'il  n'y  veigne  nuiiy  toucher. 

Et  les  angles  sus :  Pange  lingua. 

Seigneurs,  je  vieng  de  par  celly 
Qui  a  eslé  en  crois  penez. 
Crestiens,  joye  demenez  : 
Rcsuscité  est  tout  de  voir. 
Il  a  voulu  mört  recevoir 
Pour  trestoute  crestienté. 
En  bonne  église  estes  renté 
Se  vous  la  voulez  deservir. 
Seigneurs,  pensez  de  Dieu  servir ; 
Pour  vous  est  perciez  ses  costez. 
Du  dyable  vous  a  tous  ostez  : 
Recouvré  bon  seigneur  avez. 

PINCEGUERRE. 

Or  me  dictes  se  vous  savez 
Dont  ce&te  vois  puet  estre  yssue? 
Je  ne  l'ay  pas  bien  entendue 
Ne  je  ne  s^ay  qui  dicte  l'a ; 
Mais  je  voy  .i.  blanc  home  lä 
Qui  sus  son  col  une  crois  porte : 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  389 

S'cn  enfer  ne  soit  in'åme  morte, 
De  paou,  le  corps  me  croule  tons. 

BAUDIN. 

Je  sui  le  plus  paoreus  de  tons, 
Je  n'ay  membre  qui  ne  se  deuille; 
Mon  cucr  tranbleplus  que  une  (ueille, 
De  paour  le  poil  me  hérice  ; 
Je  me  tien  pour  fol  et  pour  Qice 
Quant  sui  venu  en  ce  service  : 
Dés  or  mais  ma  vie  peu  prise ; 
De  dueil  mourray  en  cest  place. 

MOSSÉ. 

Tel  paour  ay  ne  S9ay  que  face  : 
De  paour  m'est  le  poil  drcssiez. 
Gerles,  moult  sera  courrouciez         * 
Cayphas  quant  il  le  sära. 
Moult  grant  dueil  au  cucr  en  ara, 
Gar  pour  ce  chant  qu'avons  oy 
Somes  trestuit  sy  csbahy 
Je  sui  devenuz  tous  lourdes. 

PINCEGUERRE. 

Bien  sont  abatues  vos  bourdes. 
Moult  trés-bien  vanter  nous  savons ; 
Beau  seigneurs,  mal  garde  avons 
Jhesu  qui  la  loy  despisoit. 
Bien  s^ay  qu'ersoir  séens  gesoit; 
Emblé  est,  s'en  seron  blasmé. 
Or  ay  le  cuer  de  deuil  pasmé  : 
Je  sui  de  mourir  en  balance. 


II. 


»y 


ngO  LA    PASSION 


BAUDIN. 

Par  ma  loy,  sy  a  grant  meschance: 
Véoir  vueil  se  c'est  vérité. 
Las!  comment  s'en  est-il  allez? 
Or  (levons  bien  estre  esbaby. 
Oncques  mais  ma  vie  rie  bay; 
Tel  dueil  ay  que  mourir  m'estuet. 

MOSSÉ. 

Nagaires  encor  y  estoit. 
Las!  comment  l'ont  péu  embler? 
La  paour  qu'ay  me  fait  tranbler. 
Certes,  bien  vourroie  défenir  : 
Je  ne  me  puis  mafs  soustenir ; 
Dormir  me  convient  cy  å  terre. 

SATHAN. 

(Tr  sommes-nous  trestuit  en  guerre. 

Céens  nous  convient  enfermer^ 

Nos  portes  et  nos  huis  fermer, 

En  nostre  enfer  appareillier, 

Car  Jbesu  nous  veult  traveillier. 

Cest  force,  se  s^ay-je  de  voir; 

Il  le  nous  convient  recevoir. 

Jbesu  est  bons  qui  a  doubtée  la  mört : 

Il  dist  s'åme  troublée  jusques  ä  mört 

Estoit,  et  adversaires 

M'a  esté  en  tous  mes  affaires. 

Il  a  esté  cruceiiez  par  moy. 

Par  moy  est  glorefiez. 

Il  vuidera  tout  cest  estage 

Sy  com  je  pens  en  mon  courage. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR. 


391 


S'il  est  filz  Dieu  pas  n'en  fauldra , 
Mais  assez  tost  nous  assaudra, 
Jhesu  m^a  tousjours  decéu, 
Gar  aucuns  mors  que  j'ay  éu 
Mis  en  la  cbarte  de  céens, 
Tu  le  sces,  que  tes  yeulz  véens. 
Par  sa  parole  les  délivre. 

BÉELZÉBUS. 

Qui  est  ce  Jhesu  qui  fait  vivre 
Par  sa  parole  seulemenl 
Les  mors  ?  Dy,  je  ie  te  demant. 
Et  non  pour  quant  par  aveoture 
Cest  cil  qui  de  la  charte  obscure 
De  séens  le  ladre  getta 
Qui  jä  puoit,  et  qui  dit  a 
Qu'il  briseroit  nostre  maison  ? 

SATHAN. 

Je  te  respon  et  par  raison  : 
Cest  cil  Jhesu  qui  nous  afolle 
Tant  seulement  par  sa  parole 
Qui  nu  lie  fois  ne  se  parjure. 

BÉELZÉBUS. 

Par  tes  vertus  je  te  conjure 
Que  tu  ne  m'amenes  mie 
Tuit  cil  qui  sont  de  sa  mesgnie, 
Qui  ne  scevent  amer  nuUy. 
Quant  ilz  oient  parler  de  ly, 
N'i  a  sy  hardy  qui  ne  trenble. 
J'ayme  trop  miex  celluy  qui  embie, 
Ou  .1.  murtrier  ou  .1.  hérite, 


»9 


39^  L^    PASSION 


.1.  parjure  ou  .i.  faulz  hermite  : 
A  teiz  gens  sont  de  mon  convent ; 
Mais  je  te  promet  et  convent 
Que  (se)  tu  Jhesu  y  annenes, 
II  nous  ostera  nos  deniaines. 
Nos  richesces,  nos  seignories  - 
Et  toutes  nos  grans  galeries. 
Et  sces-tu  qui  t'en  avendra  ? 
Trestous  tes  chartriers  en  menra 
Avec  le  pcre  espéritable 
Droit  en  la  vie  pardurable. 
Lors  tuit  de  mal  heuré  serommes , 
Qu'il  sera  sires  de  tous  hommes 
Et  de  toutes  les  åmes  mortes. 

DI  EU. 

Princes  d'enfer,  ouvrez  vos  porles  : 
Le  roy  de  gloire  le  commande. 
Gardez  que  nul  ne  le  defTende, 
Gar  je  vueil  aler  visiter 
Mes  amis  et  les  vueil  getter 
Tous  hors  de  la  male  prison . 

SATHAN. 

Par  la  foy  que  doy  Trayson 
Que  j'aime,  or  suis  moult  esbaliis  : 
A  cestuy  coup  seray  träbis. 
Béelzebut,  sy  te  fault  venir 
A  ces  por  tes  fort  soustenir. 
Fay  que  cil  huis  soient  verroulé 
Ou  houssé,  batu  et  roullé 
Serons  et  tuit  achetivé. 


DE    NOTRL    SE1GNE13R.  2^3 


DAVUO. 

A  bon  port  sommes  arrivd; 

Foy  qiic  doy  moy,  par  teinps  vcrray-jc 

Mon  droit  sauvcur  en  son  visaigc. 

Véez-le-vous  cy  qui  nous  vient  querre  : 

Des  cc  que  je  vivoie  en  lerre 

i\e  dy-je  pas  :  a  Aiez  fiance 

((  En  Dieu  et  en  sa  grant  puissance, 

«  Car  il  est  vray  Dieu  et  sera 

((  Et  ses  amis  confortera  ?  n 

Je  le  prophetizéjadis 

Qu'il  nous  nienrroit  en  paradis 

Et  d'enrer  tout  sire  serolt 

Et  les  portes  en  briseroil. 

Certainement  je  Fay  oy. 

\SAYAS. 

Nous  devons  bien  estrc  esjoy , 

Car  je  vous  dy  pour  vérilé, 

Vecy  toute  la  Trinilé 

Qui  nous  vient  maintcnant  quérir. 

Je  Fav  ov  a  1'uis  férir : 

Mais  t  rop  me  tärde  que  le  voye. 

&    JEHA.IS    BAPTISTE^. 

Seigneurs,  ou  tcmps  que  je  vivoie 

Ou  fleu  Jourdain  le  baplisé. 

Le  filz  Dieu  bien  l'av  avisc 

Que  c'cst  cil  qui  nous  vient  secourre. 

Ly  diable  ne  saronl  tant  courrc 

Ne  Inir  i\u\  ne  les  nquicre. 

Ccsl  cil  de  certain  qui  luniiére 


394  ^^    I^ASSION 


En  soy-meismes  nous  aporte. 

Il  a  hurté  ä  la  porte 

Le  trés-doulz  aignel  préciex. 

DIBU. 

Ouvrez,  jc  suis  roy  gloriex  : 
A  moy  tuit  obéir  devez. 
Se  vas  grans  poFtes  ne  levez 
Maintenant  elles  seront  rouptes^ 
Non  pas  une  seule^  mais  toutes; 
Malgré  vous  tous  je  y  enterray. 

BÉELZEB13S> 

Seigneurs  chartrier,  et  que  feray  ? 
Qui  est-ce  roy  de  gloire  ?  dictes. 

ABAC13C. 

Ce  roy  est  de  tous  pécbez  quictes ; 

Cest  le  sire  puissant  et  fors, 

Qui  rien  ne  prise  tes  efTbrs. 

Je  te  dy  pour  voir  et  sans  faille  > 

Puissant  est  en  tojate  bataille, 

Et  poui!  ce  a-il  nom  roy  de  gloire. 

SATHAN. 

Las  dolent !  je  pers  ma  ménioirc  I 
Nous  somes  vatncu,  nul  n'en  doubtc. 
Je  voy  ja  nostre  porte  roupte; 
Jhesu  vient  séens  ä  sa  guise, 
Par  sa  foroe  et  par  sa  mestrise. 
Ou  sépulcre  mört  a  esté, 
Mais  y  n'i  a  guaires  esté. 
Jbesu,  que  vien$*tu  séeus  querre? 
Tous  Ics  elements  et  la  terrq 


DE    NOTRU    SEIGNEUR.  2^5 


Ont  esté  tuil  espoventé 
A  ta  mört ;  or  es  en  sancté. 
Jhesu,  tu  es  moult  amiable , 
.1.  fort  puissant  et  amirables. 
Lesse-nous  entiers  dos  liens 
Et  je  te  promet  et  fians 
Plus  ne  leray  riens  contre  toy. 

DIEU. 

Chélif  Sathanas,  sueffre-toy.  i 

Tu  es  des  diables  ly  ainnez; 
Pour  ce  seras-tu  enchainnez 
Et  en  celle  chartre  la  mis , 
Gar  j'en  vueil  öster  mes  ^mis. 
Jamais  nully  ne  tenteras , 
Mais  en  enfer  tous  jours  serasi 
Sans  jamais  nul  jour  remuer. 

BÉELZEBUS. 

Tu  cuidoies  Jhesu  tuer, 
Mais  y  t'a  mis  en  prison  claudc. 
Tu  féis  pécher  par  ta  fraude 
Éve  et  Adam  le  premier  homruc  j^ 
Tu  leur  féis  mordre  en  la  pQm,me.. 
Qui  crut  en  Tarbre  deffendu... 
Cil  sans  péché  t'avoit  rendu 
Les  ricliesces  que  tu  avoie^ .:  . 
Or  me  dy  que  tu  te  vouloies 
Quant  tu  fcsis  Jhesu  mourir.         , 

Je  me  cuidoie  aseignourir 

Par  dcssus  trcslous  ceulz  du  monde. 


ag6  LA    PASSION 


BÉELZEBUS. 

Tu  sces  que  ly  juste  son  t  mondc 
De  tous  peichez  et  de  lous  vices. 
Comment  as4u  esté  sy  nices 
Que  tu  as  fait  Jhesucrist  pendre? 
Te  sces  qu'å  ly  nous  convient  rendre 
Par  force  tous  ses  prisonniers. 

DIEU. 

Sathan,  tu  seras  préconniers 
De  tous  Ics  tourmens  de  séens. 

BÉELZEBUS. 

Hé^  Satbanas,  trés-méchant ! 
On  ne  te  povoit  chastier. 
Pour  quoy  as  fait  crucefier 
Sans  causc  cc  preudomme  cy? 

DIKU. 

En  licu  d'Adam  ce  diable  cy , 
Béelzebus,  je  met  en  ta  garde , 

£n  ly  mon^trftQt  ^tban. 

Gar  je  vueii  que  tousjours  mais  ardc, 
Venez  ä  moy  beneuré , 
Venez  h  moy ;  j'ay  enduray 
La  mört  pour  vostre  délivrancc. 
Mes  sains  qui  avez  ma  sanblance  ^ 
Yssez  hors  trestuit  de  cestestre. 
Adam,  baiHe^moy  ta  main  deslrc: 
Venez  hors  de  Tobscurté 
D'cnfer  ou  a  tant  de  durtc: 
Sy  screz  en  ma  conpaignic. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  297 

ADAM. 

Sire,  j'avoie  grant  envie 
De  véoir  vostre  doulce  face, 
Et  vous  m^avez  fait  sy  grant  gråcc 
Que  vous  avez  tout  essartc. 
Enfer  pour  moy  donner  clartc 
Et  ceulz  que  j'avoie  tréchié 
Par  raon  trés-horrible  péchic, 
Par  vostre  mört  vous  les  avez 
De  trestous  péchicz  sy  lavez 
Qu'il  son  t  sy  clcr  que  je  m'i  mire 
En  les  rcgardant,  beau  doulz  sire. 
Vous  me  Faites  grant  amitié 
Quant  vous  avez  de  moy  pitic  , 
Et  quant  par  la  tnain  me  tcnez. 

EVE. 

Trcs-doulz  Dieu  qui  nous  cnmcnez , 
Je  péchié  trop  vilainement 
Cöntre  vostre  commandement 
Ou  feit  de  désobéissance. 
Souffert  en  avez  pénitance 
Jusque  a  la  mört,  f:c  s^ay-je  bicn ; 
Vous  m'avcz  pour  mal  donne  bien  : 
Jhcsucrist^  je  vous  en  mercic. 

DIEU. 

Ucgartlez  lous  se  il  a  ev 
Beau  lieu;  jc  le  vous  abandonne. 
Mon  perc  a  chascun  de  vous  donnc 
.1.  lien  loul  ponr  laiiiour  de  moy. 


298  LA    PASSION 


MAGDELAINE  SUS  :  Jhesu  redemptor  omnium, 

Lasse  dolente,  lasse  moy! 
Tousjours  mais  duell  mener  me  fault 
Quant  je  voy  que  cil  mc  defTault , 
Que  je  dx)y  dessus  touz  amer. 

MARIA    JACOBI. 

Bien  mo  doy  chetive  damer: 
Jamais  au  cuer  joie  n'aré 
Quant  Juifz  jusque  a  mprt  navrc 
Ont  celly  dout  bien  nous  vcnoit. 

MARIA    SALOMÉE. 

Cil  qu*^  toules  nous  spustenoit 
Et  qui  avoit  toute  bonté, 
Est  morl,  dont  j'ay  le  cuer  monté, 
Dolent  et  mat  et  courroucié. 

MARIA    MAGDALAIXE. 

En  tout  plain  de  lieus  l'ont  blecir 
Juifz  par  leur  forccnerie. 
Or  alon  en  l'espicerie 
Oignement  pour  ly  oindre  prendre. 

MARIA  JACOBI. 

Ma  trés-doulce  conpaigne  tendrc, 
Je  m'acort  k  vostrc  vouloir. 
Juifz  félon,  Diex  vous  maudie ; 
Sa  mört  mc  fait  toute  douloir. 

MARIA    SALOMÉE. 

Je  m'oltry,  bien  doulce  Marie  , 
A  ce  faire  que  dit  avez. 
Assez  d'onneur  de  bien  savez  : 
Pour  Dieu  bon  oignement  prenez. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  299 


MAGDALA.INE. 

Mes  conpaignes,  or  en  venez , 
Car  quant  cbiez  1'espicier  serons, 
Tel  oignement  acbetcrons 
Se  le  trouvons  qui  bon  sera. 

En  pärlan  t  å  Tespicier. 

Dicu  qui  le  monde  jugera, 
Sire^  sy  vous  vueille  gärder. 

L^ESPIGIER. 

Et  Dieu  vous  vueille  regarder 
En  pitic  toutes  .iii.  ensemble. 
Courrouciées  estcs,  se  me  semble^ 
Et  sy  me  semblez  bonnes  dames 
Toutes  .III.  et  bien  preudefames. 
Je  croy  qu'au  cuer  avez  mesaise  : 
Se  j'ay  nulle  rien  qui  vous  plaisc^ 
Dictes-le-moy;  vous  en  arez 
Sy  on  marchié  que  vous  vourrez 
Ne  demander  ne  requérir. 

MAGDELAINE. 

Nous  venons  tel  chose  quérir 
Dont  je  croy  qu'avcz  a  planlé. 

l'espicier. 
Dame,  se  Diex  me  doint  siinclé 
Ma  marchandise  deviser 
Vous  vueil  qui  fait  a  priser; 
Et  puis  apres  sy  en  pourrez 
Acheter  ce  que  vous  vourrez. 
J'ay  poivre,  gingenbrc  et  canclle; 


ÖOO  LA    PASSION 


Poudre  de  saffran  bien  nouvcllc, 
Nois  mugucttes,  pomes  garnates, 
Giröffle,  citonal  et  dates, 
Garingal,  folion^  pénites, 
Cubebes,  rasis,  nois  confytes ; 
J'ay  gingenbrant  et  pignolat, 
J'ay  trop  bon  sucre  violat, 
J'ay  grosse  et  gréle  dragic 
De  girouille  et  d'anis  glagie , 
Poivre  lonc,  commin,  reguelicc, 
Amendcs,  ris  et  verdegrice; 
.T'ay  gruel  c'on  n'a  pas  pillc, 
Colon  batu,  coton  (illé; 
J'ay  sire  jaune  et  sire  vierge, 

J'ay  du  persin  Massidoine; 

Je  finerove  bien  d'un  shroine : 

.ray  bon  candit  gros  et  brisé, 

Et  graine  de  paradis  c , 

Sucre  dur  pour  faire  claré, 

Gingembre  blanc,  confit  parc; 

J'ay  poudre  pour  bon  pignement  tiiire, 

Et  ay  scens  bon  laictuaire ; 

J'ay  poudre  de  sucre  ä  cassons , 

Et  alon  plus  der  quo  glassons  \ 

J'ay  encens  gales  baie  noire 

Quc  je  achetay  en  ccstc  foirc, 

Et  ay  de  bon  mugueliel 

Qui  en  ceste  boitc  ev  csl; 

J'ny  blanc  de  llour  el  roigc  minp 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  3o 


Et  aultre  arquenetc  finc ; 
J'av  vermeillon  ettainturc  Inde, 
Figues  et  raistn  de  Corinde ; 
J'ay  yaue  rose  et  oille  d'olive 
Aulant  comme  cspicier  qui  vive ; 
J'ay  brésily  miel  et  errement, 
Et  de  quoy  on  fait  oignement; 
Plusieurs  herbes,  bonnes  espices, 
Car  je  mc  cognois  bien  en  yces 
Qui  sont  sus  ces  sachiez  escriples. 
Se  rien  voulez  sv  le  me  dictes  : 
J'ay  encor  moult  de  bonnes  choses 
En  ces  .iii.  boestes  qui  sont  closes. 
Cest  oignement  moult  précieux 
Qui  est  moult  bon  et  glorieulx 
A  plaies  garir  et  blessure, 
A  gens  målades  et  coupures , 
A  desdouloir  ceulz  qui  se  deulent 
Se  bien  oingdre  le  corps  se  veullent  : 
Fait  est  de  mirre  et  d'aloé. 
.1.  oignement  bon  et  loé, 
Nul  ne  s^en  oint  gari  ne  soit 
De  quelque  mebain  que  ce  soit ; 
Se  cil  vous  plaist  sy  Tachetez. 

MAGDELAINE. 

Sire,  devant  nous  nous  metez 
Ce  trés-précieux  oignement, 
Car  c^est  quanque  je  demant. 
Trouvé  avon  ce  que  quérons  : 
Vendez-le,  sy  Temporterons 


3o:i  LA    PASSION 


Qiian  paié  de  1'argent  serez. 

l'espicier. 
Dictes-moy  que  vous  en  ferez 
Et  bon  marchié  vous  en  feray. 

MAGDELAINE. 

Maintenant  le  vous  compteray ; 
Quant  de  vous  nous  départirons 
Droit  a  ce  monument  yrons  : 
Sy  oingderon  de  Jhesu  le  corps. 

l'espicier. 
Dame,  par  l'åme  de  ce  corps, 
Se  Toignement  voulez  avoir 
Vous  me  donrez  de  vostre  avoir 
De  bons  petis  tournois  ,xx.  livrés. 

MAGDELAINE. 

Or  faictcs  qui  nous  soit  délivres  : 
Véez-vous  ci  l'argeut  tout  compté. 
L'oignement  ou  a  tant  de  bonté, 
Voulons  avoir  tout  maintenant. 

L^ESPICIER. 

Paié  suiy  bien  est  avenant 

Que  1'oignement  vous  soit  livré, 

Dame  ;  et  tantost  délivré 

Sera,  plus  ne  le  retenray. 

Ceste  grosse  boeste  penray  ; 

Dame,  vostre  main  me  tendez  : 

Veci  quauque  vous  atendez. 

Je  la  vous  baille^  or  la  prenez , 

Et  vous,  damcy  ceste  tenez. 

El  le  est  moult  fine  et  moult  bonne  ^ 


I 


DE    NOTRfr   SEIGNEUR.  3o3 


Tenez,  je  la  vous  abandonne. 
Ceste  cy,  dame,  vous  arez; 
Bien  s^ay  que  bon  gré  m*en  sarez. 
Or  allcz  ä  la  sépulturc 
Ou  Joseph  a  mis  la  figure 
De  Jhesu^  et  vous  conforlez. 
Je  vous  créant  vous  emportez 
Bon  oigneinent  et  précieux. 

MAGDEL\irSE  SUS:  Beata nobis  ^audia, 

Beau  trés-doulz  pére  glorieux 
Qui  tout  povez  et  tout  savez , 
Pour  nous  mourir  voulu  avez: 
Las!  com  ce  més  me  desront. 

MARI  A.   JACOBY. 

Le  cuer  me  part,  le  cuer  rae  rönt. 
Hée,  mört!  pour  quoy  a  pris  celly 
Qui  onc  ne  meffit  å  nully? 
Lasse,  com  cia  dure  mört. 

MARIA    SALOMÉE. 

Doulz  Diex,  par  grant  envie  mört 
Vous  ont  Juifz  vilainement. 
Je  vous  vy  moult  crueusement 
D'une  lapce  ou  costé  férir. 

S.    MICHEL. 

Fammes,  que  venez-vous  quérir? 
Toutes  .III.  grant  dueil  demenez. 
Dictes  moy  pourquoy  ci  venez, 
Ne  qui  vous  muet  ä  ci  venir? 

MAGDELAINE. 

De  dueil  ne  me  puis  soustenir. 
Jhesu  de  Nazareth  voulons 


3o4  LA.    PASSION 


Veoir,  car  pour  sa  mört  nous  dolons 
Et  il  doit  huy  resusciter. 

MARIA    JACOBI. 

Jhesu  quérons  qui  aqiritter 
Nous  a  voulu  de  Fanemy. 
Pour  sa  mört  je  pleur  et  gémy  : 
Celle  pierre  car  nous  levez. 

MARIA    SALOMÉB. 

Lasse ,  com  mes  cuers  est  grevcz ! 
Beau  sire,  celle  pierre  ostez; 
Se  oingdrons  son  corps  et  sez  costez. 
Moult  förment  a  esté  plaiez. 

S.   MICHEL. 

Fammes,  bon  reconfort  aiez. 
Jhesu  qui  hier  séens  gésoit 
N'y  est  mais  et  mont  bien  disoit 
Qu'au  jour  de  huy  en  vie  seroit. 
Diex  dit  quMI  resusciteroit 
En  cest  jour  de  huy  et  il  sy  est. 
Venez-y  veoir  quc  mais  n'y  est; 
N'alez  plus  tel  dueil  demenant. 
Alez-vous-en  tout  maintenant 
A  Pierre  et  aulz  apostres  diré  : 
«  Diex  est  vif  et  hors  de  marlire ; 
«  En  Galilée  chascun  voyse. » 

MAGDELAINE.  • 

En  dueil,  en  tourment  et  en  noisc 

Dés  or  vueil  ma  vie  mener 

Quant  je  ne  truis  qui  assigner 

De  mon  trés-doulz  seigneur  me  puisse. 


DE  NOTRE  SEIGNEUR.  3o5 


SECONDE. 

Lasse  moy !  ne  S9ay  ou  le  truisse 
Le  doulz  JhesUy  et  qui  sera 
Cil  qui  le  nous  enseignera  ! 
Moult  me  tärde  cjuc  je  le  voye. 

TIERCE    MARIE. 

Se  séusse  sentier  ne  voye 
Ou  le  trés-doulz  Jhcsu  trouvasse 
Je  tout  droit  celle  part  allasse. 
Grant  courtoisie  me  feroit 
Qui  bientost  le  m'enseigneroit ; 
De  le  véoir  grant  joye  aroye. 

ÄNGELS. 

Le  roy  du  ciel,  le  roy  de  joye, 
£st  tout  pour  yoir  résuscitez. 
D'enfer  a  les  bons  aquitez 
Pour  la  mört  qu'il  a  soustenue. 
Diex  est  vis,  la  mört  a  vaincue  : 
Par  ly  estes  tuit  racheté 
De  la  punaise  enfermeté 
Ou  ly  anemis  vous  menöit. 

MAGDELAINE. 

Certes,  se  la  mört  me  prenoit 
Au  cuer  bien  Taroie  gaigné, 
Quant  mon  maistre  ainssy  mehaigné 
Ose  lesser  plain  pas  de  terre. 
Lasse  moy!  ou  l'yray-je  querre? 
Pourquoy  m'esloignai-ge  de  luy? 
Ne  s^ay  ou  je  truisse  nuUy 
Qui  enseigner  le  me  scéust. 
II.  20 


3o6  L\    PASSION 


Doulz  Dieu,  mon  cuer  grant  joie  éust 
De  vous  véoir,  c'est  vérité. 
Vif  estes  et  resuscité  : 
Vueilliez  que  vostre  fece  voye. 

DIEU. 

Famme  qui  vas  par  cdle  voie, 
Dy-moy  se  cognoistre  pourroies 
Cel  homme  que  trouver  vourroies 
Don  t  ton  cuer  id  joie  feroit  ? 

MAGDELAINE. 

Mon  cuer  en  grant  joie  seroit. 
Plus  joieuse  ne  pourroie  estre 
Que  de  véoir  le  filz  Dien  celestre ; 
Je  ly  dépry  qu'å  nioy  s'apére. 

MABIA    JAGOBI. 

Suer  qui  avez  doleur  amére, 
Vous  a-on  rien  dit  ne  conpté 
Du  doulz  Jhesu  plain  de  bonté , 
En  qui  nostre  espérance  est  mise? 

MAHIA    SALOMÉ. 

Suer,  qui  trés-grant  douleur  justise^ 
Avcz-vous  nouvdlcs  oyes 
Dont  nous  doions  estre  esjoycs? 
Dictes-lay,  nous  vous  en  prions. 

MAGDELAINE. 

Courtiller  me  senble  ly  horns 
A  qui  j*ay  parfé  maintcnafnt, 
Que  jc  vy  devant  rnoy  venant ; 
Me  demanda  ^  cognoistroie 
Celly  dont  sy  grant  joie  ardye. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  807 


Ge  que  j'en  scay  vous  le  savez, 
Dieu,  qui  desconbrée  m'avez 
Des  péchez  dont  je  mout  avoye; 
Gar  me  vueillez  mettre  en  la  vove 
Par  quoy  je  vous  puisse  encontrer. 
Doulz  Diex,  vueiliez-mov  démonstrer 
Vostre  face,  vostre  beaulté. 
Doulz  Jhesu  plain  de  loyaulté. 
Tel  dueil  ay  ne  me  puis  porter. 

DIEU. 

Marie,  toy  vieng  conforler; 
Laisse  ton  dueil  et  sy  t'apaise. 

MAGDELAINE. 

Beau  sire  Dieux,  bien  doy  estre  aise 
De  ce  que  je  vous  voy  en  vie. 

DIEU. 

Marie,  n'aiez  pas  telle  envie 
De  toucher  k  moy ;  trai-te  arriére. 
Sus  moy  ne  devant  ne  derriére 
Tes  mains  ne  dois  tu  mettre  point. 

MAGDELAINE. 

Doulz  Dieu,  grant  joie  me  point 
De  vostre  resuscitement. 

DIEU. 

Marie,  je  t'aim  doulcement 

Et  sy  ne  vueil  que  tu  me  atoucbes  : 

Garde  tes  mains  de  moy  n'aprouches. 

Je  te  monstre  cy  en  présant 

Mon  corps  par  le  quel  represen  t 

Ma  mört,  ma  résurection. 

20 


3o8  L\    PASSION 


En  signe  de  ma  passion, 

Je  te  monstre  ci  ceste  enseigne. 

MAGOELAINB. 

Beau  doulz  maistre,  yce  m^enseigne 

Que,  gardée  virginité, 

Prinstes  en  humanité 

Tel  char  qui  est  niortifiéc 

Qu'en  crofs  avez  déifiée; 

Mais  Dieu  estes  et  en  voiis  croy-je. 

DIEU. 

Marie,  tu  crois  bien,  en  ce  voy-je. 
A  Pierre  et  auls  aultres  yras, 
A  tous  ensemble  leur  diras 
Ma  résurreccion  t'ay  raonsirée, 
Qu'ilz  voisent  tuit  en  Galiléc 
Et  yllec  on  me  trouvera. 

MAGDCLAINE. 

Tousjours  liez  et  joieux  sera 
Mon  cuer  quant  jc  vous  ay  von. 
De  joye  ay  le  cuer  esmcu 
De  vostre  resuscitement. 
Entendez  tous  communement 
Jhesu  qui  a  toute  puissance 
Par  sa  trés-saintisme  naissance 
Et  par  la  mört  qu'il  a  souiTerte 
Pour  nous  en  crois  sans  déserte  : 
Ly  bon  d'enfer  sont  delivré; 
En  paradis  les  a  menez. 
Bonnes  gens,  joie  demenez , 
Loons  Dieu,  car  pour  vérité 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  809 


.I'ay  veu  Jhesu  resuscité, 
J'ay  parlé  aly  maintenant. 

S.     PÉRE. 

Marie,  poiirquoy  vas  menant 
Joye?  til  ne  fais  que  chantcr; 
Tu  te  souloies  gcrmenter 
Et  tu  fais  joye  souverainc ! 

S.    JEHAN. 

Douice  suer  Marie  Magdelaine^ 
Te  puez-tu  point  apercevoir, 
Nous  sces-tu  riens  dire  de  voir 
Que  Dieu  soit  en  vie  venu? 

MA.GDELAINE. 

Mon  <lueil  est  joic  devenu. 
J'ay  Dieu  veu  et  encontré; 
Son  préciex  corps  m'a  monstré. 
Bien  s^y  c'est-il  cerlainement ; 
A  moy  pärla  bien  longuemenl. 
Seigneurs,  quant  de  cy  partire^ 
Tout  droit  en  Galilée  yrez: 
Illecqucs  Jhesu  trouverez 
Don  t  vous  trestous  joieux  sercz. 
A  son  inonumenr  ay  csté 
Ou  je  grant  piéce  m'arrcsté 
El  in'aloye  nioutt  gernient;int. 
Je  y  trouvay  ly  ängels  cbantant, 
Une  moult  bellc  conpaignic , 
Mais  Jliesu  n'y  trouvay-je  niie. 
Mais  je  Irouvay  sa  scpulturc 
Kl  lo  dräp  cl  sa  veslurc. 


3  10  LA   PASSION 


Je  vous  dy  toute  vérité : 
Ly  Juifz  de  ceste  cilé 
Qui  son  précieux  corps  gardoient, 
Ou  il  le  rendent  ou  il  croient 
Qu'il  soit  de  mort  resuscité. 
Doulz  pére,  doulce  déilé, 
Ma  grant  joye  me  fait  plorer. 
Bonnos  gens,  allez  aourer 
Gelle  digne  Crois  que  véiez  ; 
Bonnes  gens^  tous  certains  soiez 
Que  Diex  est  vif,  qui  souffrit  raort : 
Ou  monument  je  le  vis  mort. 
Or  est  venu  arrier  en  vie, 
Chascun  doit  avoir  grant  cnvie 
De  le  louer  et  gracier, 
Et  de  cuer  humble  déprier 
Que  sa  gloire  puissons  avoir. 

S.    JEHAN. 

Marie  puet  bien  ce  savoir 
Que  elle  nous  a  ci  conpté. 
Jhesu,  le  roy  plain  de  bonté, 
Est  aparu  a  ly  sans  doubte. 

S.    PÉRE. 

Nous  devons  tuit  suivre  sa  roulc  ; 
Allons  tout  droit  sans  demouréc 
Parler  a  luy  en  Galiiée. 
Jaques,  y  vöulez-vous  venir? 

S.    JAQUES. 

Oil,  ne  ni'en  puis  plus  tenir. 
I^a  parolc  est,  je  croy,  cortaine 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  011 


Que  dit  Marie  Magdalaine  , 
Car  elle  a  Jhesucrist  véu. 
Sy  devons  tuit  estre  esméu 
De  ly  véoir  resuscité. 
De  ally  aler  grant  delit  é 
Et  v  vois  droit  sans  arreslcr. 

CENTURION. 

Vous  devez  bien  tuit  apresler 
Vos  cuers  vers  Dieu  qui  délivrance 
Vous  a  faicte  par  sa  puissanoe. 
Nous  estion  tuit  mal  bailly  : 
Diex  ne  nous  a  pas  défailly. 
Par  sa  niort  a  d'enfer  gette 
Ses  amis,  c'est  bien  verité. 
Prions-Iy  tuit  que  par  sa  grace 
De  nos  melTais  pardon  nous  face 
Et  nous  doint  cuer  de  ly  servir 
Par  quoy  nous  puissons  déservir 
Sa  trés-haulte  saintisme  gloire 
Et  nous  mainteigne  en  son  mémoirev 
Sy  vous  diray  que  nous  ferons  : 
Tuit  a  une  vois  chanterons 
De  cuer  :  Te  Deum  laudamusy 
Et  puis  le  Benedicanius. 
j4meii. 


liXPMCIT. 


GY  COMMANCE 


LA  RÉSURRECTION 


NOTRE  SEIGNEUR. 


In  principio  creavit  Deus  coeliim  et  ter  ram,  etc. 

(Genesis,  capitulo  primo.) 

Trés  doulces  gens,  or  enlcndcz 
Et  diligaument  regardez. 
Noble  chose  verrez  relraire 
Qui  a  Pennemy  est  conlraire, 
Que  ce  soit  voir  la  vraie  mere 
Du  monde  qui  sanz  tnchc  nincrc 
Porta  le  juste  crucefix 
Et  celle  de  quoy  cslre  filx 
Doit  chascun  corps  de  créalurc ; 
Gar  sur  fortune  et  sur  nalnrr 
'   Est  royne  et  mérc  clanioc, 
Dcz  anglcs  scrvio  ol  nmcV 
Comme  non  pnroil  de  v;ilur. 


LA  RÉSURRECTION  DB  NOTRE  SEIGNEUR.    3l3 

Sy  est  droit  c'on  la  salue 
Du  salut  qui  nous  conforta 
Quant  Gabriel  Ii  aporta 
Du  vouloir  Dieu  en  révelant. 
Sy  disons  en  lui  appellant 
A  genous :  Ace  Maria. 

Inprincipio ,  etc. 

Diex  premier  le  monde  forma  , 
Åinssy  qu'en  Genesis  est  dit 
Et  ou  psautier  David  nous  dit  : 
Ipse  dixit  etfacta  sunty 
Mandavit  et  creata  sunt ; 
Puis  tist  Adam  d^un  pou  de  terre 
Pour  ce  qui  savoit  bien  qu'en  terro 
Retourneroit,  et  puis  le  mist 
En  paradis;  et  puis  relist 
Éve  d'unc  dez  costes  Adam, 
Puis  ly  Hst  soufTrir  maint  aham. 
Par  le  fruit  tant  Tensosanga  , 
Qu'Adam  le  prist,  sy  en  mänga. 
Lors  fist  inobédiancc 
Dont  .v.  .M.  ans  souffrit  penence 
En  cnler  et  maintes  personn<£s 
Qui  en  ce  nionde  furcnt  bonncs  , 
A  qui  Diex  ly  péres  monstroit 
Que  par  son  filz  lez  rachelcroit. 


3l4  I-A    RÉSURRECTIÖN 


In  morte  hujus  i^ita  mortuoruni  inventa  est; justas 
homo  post  mortem  tertid  die  de  monumento  re- 
suvget,  (Gezemie  ,  viscezimo  opitulo.) 

De  cuer  vous  prie  ä  touz  et  lou 
Que  chascun  vueille  de  cuer  tendre 
En  ce  que  vous  ay  dit  entendre 
De  latin  retrairc  en  fran^ois. 
Doulces  gens,  bien  est  voir  qu'encois 
Que  le  filz  Dieu  fusl  encharnez 
En  la  vierge  dont  il  fut  nez, 
Il  l'eslut  pour  mére  et  amie  ; 
Et  le  bon  prophéle  Jezémie 
Prophétiza  ,  c'est  bien  la  somme , 
Et  dist  ainssy  qu'en  la  mört  d^omme 
Seroit  retournée  des  mors 
La  vie  par  piteus  remors, 
L'omme  juste  suxitera , 
Dist-il,  apres  mört  et  sera 
Du  monument  yssant  touz  viz. 
Trez  doulces  gens,  il  m'est  aviz 
.  Que  cesle  prophecie  a  vin  t 
A  nous  profit  quand  il  s'en  vint 
Au  filz  de  Dieu  de  vcnir  nestre 
De  iamme  pour  humains  bons  estre 
Ge  fut  noble  verluz  que  lelle 
Quant  fruit  devinl  en  Iruil  morlellc 
Naissant  d'ente  d'aprc  racine. 
Pour  fäire  au  monde  mcdecinc 


DE   NOTRE    SEIGNEUR.  3l5 


Cez  bras  en  la  croix  estaiidi. 

En  mört  soufTrant  la  mört  vainquit, 

Et  pour  Tumain  emonument 

Ou  sépulcre  et  ou  monument 

Fut  couchié  comme  mortel  corps 

Ly  filz  de  Dieu  miséricors 

Dont  la  digne  char  précieuse 

Avoit  souffert  mört  sy  crueuse 

Que  rendu  ot  sueur  et  sanc 

És  piez,  és  mains,  au  destres  flans. 

O  t  precié  a  tel  le  destresse 

En  la  croix  que  la  grant  apresse 

Du  sanc  qu'å  grans  ruisseaus  ready 

La  pierre  quassa  et  fendy. 

Devole  chose  est  k  oir 

La  résurection  qui  joir 

Fit  les  plorans  qui  en  langour 

SoufTroientd^enfer  la  grant  doulour; 

Puis  verrez,  selonc  le  mistére. 

Du  sépulcre  en  formée  matére 

Dez  sains  angles  plus  doulz  que  sucre 

Commcnt  il  gardoient  le  sépulcre    • 

Quant  lez  .iii.  Maries  ilz  vindrent 

Qui  lez  dignes  oignemcns  tindrent. 

Or  faites  paix  et  veoir  pourrcz , 

Et  aussy  par  example  verrez , 

Commcnt  .111.  chevaliers  gardércnt 

Dieu  ou  sépulcre  et  bicn  cuidércnt 

Sanz  le  |:)erdre  de  prez  lenir; 

Maiz  il  s'alcrcnl  endormir, 


3l6  LA    UÉSURRECTION 


Sy  que  ne  sorent  qui  devint, 
Dont  couroux  avoir  leur  convint 
Ensamblc  quant  il  s^apargurerit , 
Gar  de  s'alce  riens  ne  surent. 
En  enfer  droit  alez  esloit 
Ou  les  prophétes  a  grant  destroit 
Estoient,  Adam,  Éve,  S.  Jehan, 
David ,  Noel  et  Abraham , 
Et  lä  estoient  en  grant  destresse ; 
IMés  puis  furent  en  grant  léesse  y 
Gar  de  son  sanc  lez  rachela 
Quant  en  la  croix  morl  il  gela, 
Puis  lez  porles  d'enfer  ronpit 
Dont  lez  déables  orent  despil. 
Les  åmes  d'enfer  en  mena 
Et  la  grant  joie  leur  donna 
De  paradis,  puis  s'aparut 
A  Magdelaine  ;  puis  aparut 
Ou  jardin  quant  dit  h  Gerc 
Puis  tost :  Nol/  me  tengere , 
Et  ainssy  d'elle  se  party 
De  s'amour  sy  Ii  départy , 
Et  sa  beneicon  sv  ly  donna : 
Touz  sez  péchiez  ti  pardonna. 
Sy  prions  Dieu  devoslement 
Que  noz  pechiez  enticrement 
Nous  vueilie  ä  touz  pardonncr 
Et  sa  gloire  abandonner 
A  la  fin  quant  delinerons; 
Kl  tant  quVn  ce  mondc  ?erons 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  3 1'] 


Enlcndre  puissions  la  mémoire 
De  Jhesucrit ,  la  vraie  gloire 
A  laquelle  nous  doint  venir 
La  trinité  qui  sanz  fénir 
Fut  et  est  et  touzjours  sera 
In  seinpiterna  secula 

Amtii. 

Cy  apres  s^ensuit  cemment  Dieu  fist  Adam  et  Éve,  pnis  s*en  voi«e 

.1.  tour  entour  le  champ  ctdie  : 

DIEU    LE    PÉRE. 

Or  ay-je  fait  tout  a  la  raonde 

Giel,  terre  et  mer  tout  en  une  onde, 

Lez  estoilles,  solleil  et  lune, 

Et  sy  av  fait  qui  est  commune 

Bestes,  oysiaux  et  tous  poissons 

Et  leur  ay  a  tous  donné  noms. 

Homme  et  fame  ce  me  fault  faire : 

Sur  toute  chose  est  nécessaire. 

Premiéremenl  je  feray  liomnie 

A  rencommancement ,  c'est  la  somme, 

Et  puis  apres  incontinant 

Feray  la  fame  ä  1'avenant. 

Soit  Adam  couchiez  å  terre  et  couvert  jusques  Diex  le  face  lever  et 
aussy  Éve  de  costé  lui  couverte,  et  le  prent  par  la  main. 

DIEU. 

Adam,  Adam,  vas  sus,  beau  frére , 
Liéve-toy  sus,  si  qui  t'apiére 
Que  je  t'ay  fait  tout  maintenant , 
Et  sy  tant  bien  en  convenant 


3l8  LA    RÉSUURECTION 


Que  ez  créez  de  limon  de  terre  , 
Pour  ce  que  je  s^ay  bien  qu'en  terre 
Retourneras  apres  la  mört 
Qul  moult  te  sera  dure  et  fort. 
Sy  entens  bien  que  tu  feras  : 
En  ce  beau  paradis  demorras 
Et  feras  mon  commandement 
Du  tout  en  entiérement, 
Et  tantost  auras  conpaiguie. 

ADAM. 

Doulz  Diex,  qui  ta  meignie 
M'a  fait  par  ta  grant  doulceur  , 
Haultement  loue  ta  grandeur 
Qui  de  néant  tu  m'as  refait. 
Or  ne  vueil  plus  cy  faire  plait  : 
Je  ne  puis  plus  cy  veillier; 
Un  pou  me  fault  cy  sommeillier. 

Cy  C€  couche  Adam  de  costé  Eve  et  foce  sainblant  de  dormir,  et  face 
Dieu  le  signe  de  la  croix  et  preigne  Éve  par  la  main  et  die : 

DIEIJ. 

Or  sus,  Éve,  liéve-toy  sus , 
Et  fait  tost;  sy  entens  ä  moy  : 
Sy  regarde  bien  dont  tu  viens. 
Tu  n'estoies  maintenant  riens ; 
Je  t'ay  fäite  et  crée  de  la  couste 
D'Adam,  sachez  sanz  nulle  doubte ; 
Sy  te  diray  que  tu  feras  : 
Honeur  et  foy  ly  porteras, 
Car  ainssy  je  l'ay  ordonné. 


DE    NOTHE    SEIGNEUR.  Sip 


EVE ,  en  soy  letant : 
Trés-doalz  Diex,  qul  m'avez  donrié 
Corps  et  åme  ä  voslre  plaisir , 
Loer  vous  doy  par  grant  désir, 
Car  grant  honour  m'avez  monstrée 
Quant  de  néant  m'avez  créc 
Et  formée  de  la  coslc  d'Adam. 

DIEU. 

Adam,  amis,  ä  mov  enten 

Et  sy  te  liéve  ysnellement, 

Car  dormy  as  trop  longuement. 

Pren  ceste  famme  que  j'ay  faite , 

Car  je  sgay  bien  qu'elle  te  héte. 

Sy  vous  diray  que  vous  ferez  : 

En  ce  paradis  demorrez 

Et  ferez  mon  commandement; 

Ainssy  le  vueil,  non  aultrement. 

En  ce  beau  lieu,  en  ce  bel  cstre, 

De  touz  cez  fruis  qui  cy  puent  estre 

Povez  mcngier  séurenient , 

Fors  cestuy,  que  certainement 

Ce  en  mengiez  vous  y  morrez 

Ne  plus  ycy  ne  demorrez. 

Je  vous  lesse  secy  en  garde 

Et  de  ce  fruit  bien  je  regarde  : 

Se  en  mengiez  bien  le  saray. 

Je  m'en  vois,  tosl  retoumeray  : 

Mon  commandement  point  ne  passez. 

ADAM. 

Trés-doulz  Jhésucrist,  qui  assez 


320  LA    RÉSURRECTION 


De  bicn,  (l'onncur  lu  nous  as  fait, 
Car  de  néant  nous  as  reflait , 
A  ton  vouloir  abaisson 
Que  certainement  c'est  raison. 
Dieu  voise  entour  le  champ  jusques  A.dani  ait  mengié  du  fniit. 

EVE. 

Adam,  amy  et  conpaignon, 
Entendez  .i.  pou  ma  raison. 
En  ce  bcau  lleu  sy  profilable, 
Sy  graciex,  sy  délitable, 
Ou  nous  a  lessié  nostre  meslre, 
Je  ne  s^ay  pourquoy  ce  puct  estre 
Qui  nous  a  ainssv  defTendu 
Ce  bean  fruit  qui  cy  est  pendu 
Plus  qui  n'a  fait  nulz  dez  aultres. 

ADAM. 

Éve,  ne  s^ay  cestui  plus  qu'autres. 
L'a  fait,  sachiez  certainement ; 
Or  faisons  son  commandement 
Et  a  luy  du  tout  abaisson 
Que  certainement  c'esl  raison^ 
Je  le  vous  diz  pour  veritc. 

ÉVE. 

Dire  vous  vueil  ma  volenté : 
De  ce  fruit  volentiers  mengasse 
Se  point  désobair  ne  cuidasse. 
Certes,  volentiers  je  céusse 
Pourquoy  Ta  fait,  ce  je  péusse  : 
Ne  s^ay  pas  sy  Pa  fait  pour  moy. 


DB   NOTRB   SEIGNEUR.  321 


BELGlBus ,  premier  dyaUe. 
Jc  te  diray  raison  pourquoy 
Il  vous  a  ce  fruit  deflfendu. 
Se  \ous  l'eu58iez  bien  entendu 
Comment  de  néant  vous  a  fait, 
Vous  ne  prisissiez  riens  son  fait. 
Vous  ne  savez  ne  bien  ne  mal 
Et  de  ce  fruit  tout  sy  aval 
Veult  qu'cn  mengiez  fors  cestui. 
Pour  la  bonté  qui  est  en  luy 
Se  en  mengiez  ne  tant  ne  quant , 
Comme  luy  seriez  ou  plus  grant , 
Et  sarez  tout  bien  et  tout  mal 
Et  vous  et  luy  seriez  ygal  ^ 
Et  screz  aussy  comme  Diex 
Et  vous  sarrez  lassus  au  cieulx. 
Pren  de  ce  fruit  ysnellement, 
Et  en  fay  tost  incontinant 
Mengier  k  Adam,  et  pas  ne  doubte 
Qu^il  en  mengera  sanz  nulle  doubte 
Par  Tenortement  que  ly  feras ; 
Et  sy  de  préz  tu  Tentendras 
Qu'il  en  mengera,  vueille  ou  non, 
Sy  fort  giteray  mon  pagnon 
Que  bientost  t'eQ  aparcevras 
Et  bon  loier  tu  en  auras  : 
Or  le  fay  tost  sans  point  d'esiioy. 

ÉVE. 

Adam,  amis,  entens  h  moy  : 
Je  te  prie,  menguc  de  ce  fruit; 
II.  ai 


3a 2  LA.   RBSUnnBCTION 


Ja  pour  cc  n^eo  seron  dcstruit; 
NcKis  en  sccous  adcz  plus  aise. 

ADAM. 

Ceiiesy  in^amie,  ue  te  deaplaisc , 

Je  ne  veul  pas  désobair  . 

A  nostre  maislre ,  ue  le  trair, 

Car  ce  fruit  deffendu  nous  a 

Et  en  garde  baillic  le  nous  a  : 

Sy  nous  iault  gärder  de  mesprcndi'c. 

ÉYE. 

Adam,  lä  ue  deve^  cntcndre, 
Car  il  j;i^en  sära  jauiés  ricns. 
Et  SY  ne  vous  doubtez  de  riens» 
Car  ce  de  ri^ns  il  nous  resprent, 
Nous  n^en  feröQs  ne  tant  ne  quant^ 
Car  nous  scrons  grans  comme  luv. 

ÅDAH. 

M'amie,  grant  chose  est  de  celuy  : 
J'aroie  peur  qui  oe  le  sétist, 
Nous  en  seriOns  trop  tbrt  deceust^ 
Et  förment  nous  en  resprendroit. 

EVE. 

Yous  vous  prenlez.bien  au  destroit. 
Et  förment  de  luy  vous  doubf^. 
Adam,  SLtny,  or  escputei : 
Assaiez  que  c'est  hardiemonl; 
Riens  n*eo  sära  oertainemienl, 
Jc  le  S9ay  bien  de.  vérité. 

ADAM. 

Fairc  me  fäult  ta  volenlé  : 


DE    NOTRB   SEIGNEUR.  333 


Puisqu'enssy  est  je  le  feray, 
Mais  je  s^ay  bien  que  mesprendray 
Vers  mon  seigneur  du  tout  en  tout. 
Gar  do  son  retour  trop  me  doubt. 

Cy  inengue  Adam  da  fruit  et  puis  ce  preigne  par  la  görge,  et 

puis  die : 

ADAM. 

Ha  hav!  Éve,  que  ni'as-tu  fait? 
Ccrtes,  bien  in'as  du  tout  defTait 
Qui  m'as  donnc  d'enrer  la  mer. 
Cest  .1.  morccl  foFtamer, 
Gar  il  me  tient  trop  fort  en  gorge. 
Ålas!  bien  me  tiens  en  ta  forge, 
Gar  je  ne  le  puisavaler. 
Or  ne  s^ay-je  quel  part  alér, 
Gar  j'ay  oHendu  mon  seigneur  ; 
Sy  en  mourray  ä  grant  iangueur. 
Or  voy-je  bien  que  j'ay  mal  fait.  . 

DIEU. 

Adam,  Adam,  sanz  plus  de  piait 
Dy-moy  pourquoy  tu  m'as  trahy. 
Tu  n'as  pas  ä  moy  obay. 
Gar  tu  as  mengié  de  ce  fruit 
Dont  tu  perdras  joie  et  déduit. 
Ainssy  as  fait  inobédiance 
Dont  .v.  .M.  ans  äras  penance. 
Geulx  qui  de  ta  ligniée  ystront 
Tout  droit  en  enfer  en  yront, 
Et  tant  qu'en  ce  monde  seras 
En  labour  tu  continurns  : 

21. 


3^4  ^^   RÉSURRBCTION 


Va-t-en  bien  tost  de  paradis. 

ADAM. 

Doulz  Jhesucristy  bien  le  me  dis,. 
Mais  passé  ay  ton  commendenoent 
Du  toul  en  tout  cnuéreoient. 
Sy  aiez,  Sire,  pitic  de  moy. 

SAINT    MIGHIEL. 

Va-t-en  ile  cy :  plus  ne  te  voy 
Devant  ton  maistrey  ton  seigneur! 
L'en  ne  pouroit  dire  pieur 
Que  tu  cs;  va-t-en,  fuy  de  cy, 
Car  plus  ne  dcmorras  ycy. 
Va-t-en  en  terre  de  labour, 
Et  en  paine  et  en  tritour ; 
Va-t-en  tost  hors  de  paradis 
Ou  tu  eusses  esté  touz  dis 
Se  point  ne  te  feusses  meffait. 
Éve  ta  famme  t'a  scsy  fait  : 
Touz  ly  mondes  Tacbetera , 
En  paine  et  en  labour  sera, 
Et  touz  ceulx  qui  de  yous  ystront. 

ADAM* 

Doulz  Jhcsucrit,  las  >  que  feronl. 
La  ligniée  qui  de  nous  ystra?        i 
Tout  droit  en  enfer  en  yra , 
Puisqu'cnssy  est  qu^avons  péchié. 

DIEU. 

Vous  avez  esté  enragié 
Quant  vous  avez  désobay 
A  moy,  et  sy  m'avez  trahy. 


DE    NOTRB    SBIGNfiOR.  S^S 


i. 


J'cn  souferré  la  inort  nmére, 
Et  sy  in'en  fault  nestre  de  mére. 
Sy  vous  diray  que  vous  fcre^  : 
En  labour  vous  conlinurcz, 
El  sy  sarez  qu^est  bicn  et  mal. ' 
Cn  toute  paine,  en  lout  travail 
Vcstuz  seras  de  robe  honte : 
N'i  aura  roy,  ne  due,  neconptc 
Pour  le  pcchié  qu'aront  de  toy. 

ADAM, 

A,  si  re  Dicx!  cc  poise  moy  ; 
Labourcr  me  Ihuit  maintenant 
Puis  qui  ne  puet  estre  autrement.' 
Éve  m^amie,  ce  m'a8-lu  fail, 
Or  ne  puls  aler  au  deffait; 
Ainssy  nous  fauit  parnc  avoir. 

fe  v  B. 
Adam,  amy,  rl  est  lout  voir ; 
Or  mc  fauit  filer  ma  qdéloigne 
Et  me  fault  faire  ma  besoignc. 
Tel  ovraige  sy  apartient 
A  iame  qui  de  nouvel  vient. 

Cv  se  vestent  et  faee  Adam  samLlant  de  labourer  et  Éve  de  filer, 

et  pub  voise  en  enfer.' 

CAIPHAS. 

Anne,  cntendez,  mes  amis ; 
J'ay  maintenant  en  mon  cuer  inis 
IJnc  chosc  que  vous  diray 
El  te  ut  cc  falt  acompliray. 


336  L\    RéSUClREGTlON 


Vous  savez  comment  ce  pro|>héLe 

Qui  le  cuer  förment  mc  dchéte, 

£n  ce  sépulcre  est  hui  mis ; 

Or  a-il  trop  de  bons  amis. 

Sy  devons  avoir  peur  et  doubto 

Qu'cmbiez  nous  soit  san/  nuUc  duuble. 

Sy  vous  diray  que  nous  fcrons : 

A  Pilate  nous  en  yrons 

£t  ly  contcray  cest  aflaire. 

ANNE. 

A  Pilate  moult  devra  piairc 

La  parole  qu'avcz  ix^traitc 

Quant  est  de  moy  förment  mehéte. 

Or  y  alonSy  je  vous  en  prie, 

Et  n'y  faisons  nulle  deslrie  : 

Ccrtainoment  bien  avez  dit, 

CAl^QAS. 

Or  y  alons  sans  contredit 
Et  sy  n'y  faisons  point  d'arrest^ 
Car  de  movoir  je  siiis  tout  presl : 
Bien  ly  conteray  tout  le  fait. 

ANNE. 

Hastons-nous  löst  sanz  faire  plait^ 
Quar  au  pouplc  förment  pbira, 
Et  do  CO  fait  grant  joic  aura. 

Cy  voiscnt  å  Pilate 


GAIPHAS. 

Sirc,  Pilate,  a  vous  vcnons, 

El  enlrc  nous  sy  parlcr  vouIoijh 


DE    NOTRE   SEIGNEUR.  327 


Dc  cc  tliulx  prophélc  qiii  Ih 

Est  en  ce  sépulcrc  par  dc  lä. 

Sy  vous  prioiis  qui  iisoit  garde, 

Cixv  dc  cc  fak,  tbrnient  nous  tärde, 

Mal  nous  en  poiirroiL  aveoir. 

Sy  disciple  le  poienl  tenir 

Nous  n'en  [wuriens  vcnir  h  chid' : 

Pour  nousscroit  .i.  grant  meschicr. 

Et  vousdiray  sanz  [Ku*abolc 

Dc  son  fa  i  t  förment  mc  récolc  y 

Et  dc  cela  j'ay  jj[rant  envic 

Dc  cc  qui  disoit  en  sa  vic 

Quc  au  ticrs  jour  rcsnscilcrgjt 

Et  !c  Icmplc  Dicu  refcroit  : 

Sy  regardez  qu'cn  sera  fait. 

PILA^TE. 

Bcaus  seigneurs,  sans  plus  fairc  pliil 
Dirc  vous  vueil  m^entmcion 
Sanz  v  fairc  narracion. 
Vous  savez  Lien,  et  c*cst  lönt  voir, 
DeJlicsiiay  fait  inon  dcvoir, 
Et  sy  est  vray  et  tout  cerlain    • 
Du  lout  en  av  lavc  la  main  : 
Sy  n'en  vueil  plus  avoir  la  paitie. 

ANblE. 

Pilalc,  c'cst  chose  certainc; 
(^c  fait  cy  pas  ne  demorra 
Et  aillc  ainssy  comine  il  |>ourra, 
Car  nous  avons  cc  (ait  a  cuci- 
Quo  poinl  ne  lesrons  ä  nul  l"ui*r; 


3a8  LA    RÉSURRECTION 


Mais  vous  cstes  le  souverain  : 
Sy  nous  aidiez  ä  ce  besoin 
Et  faites  tant  qui  lisoit  garde. 
Je  considére  bien  et  regarde 
S'il  est  ainssy  comme  il  disoit 
Qu'au  tiers  jour  il  resusciterott^ 
Nous  n*en  pourrons  vcnir  ä  chicf; 

PILATE. 

Pour  noqs  deroit  .1.  grant  mcschicf 

Se  Jhésus  ainssy  se  partoil^ 

Ne  du  sépulcre  resuscitoit. 

Sy  faites  löst  sanz  point  d'arrest 

Que  garde  y  soit,  et  soicz  prest 

De  le  faire  hastivement. 

CAIPHAS, 

Sy  ferons-nous  certainemcnt 
Sanz  y  faire  point  de  séjour  : 
Avantquisoit  demain  le  jour, 
Tout  pour  certain  garde  y  aura, 

ANNE, 

Nous  feroDs  tant  qui  Ii  parra^ 
Gaiphas,  tost  CQngié  preaons 
De  Pilate^  et  nous  hastons  ^ 
Sy  en  alons  en  nostre  afeire. 

GAIPUAS. 

Pilate^  ne  vous  vueillc  desplaire; 
Hastivement  nous  en  alons 
Et  h  Dicu  SY  vous  commendons  : 
Faire  voulons  nostre  dcvoir. 


DE   NOTRE    SEIGNBUtl.  SsQ 

PILi^TE. 

Beaus  seigneurs,  k  vostre  votiloir!' 

CA1PHAS. 

Anne,  faisons-en  nostre  alée 
Lä  endroit  celle  contrée  ; 
A  cez  gens  d'armes  parierons: 
Noslre  affaire  leur  conterons ; 
Hastons-nous  sans  &ire  demeure. 

Cy  voisent  aux  gens  d^armes. 

CAIPHAS. 

Seigneurs  gens  d^armes,  nous  venon.s 
A  vous  parter y  et  ce  voulons 
Que  tantost  et  sanz  taire  arrest 
Yous  en  ailliez,  et  soiez  prest^ 
Le  tumbel  gärder  ou  tut  mis 
Ce  faux  prophéte,  car  commis 
Youlons  que  soiez  pour  gärder. 
Or  y  alez  sanz  plus  tarder  ; 
Gardcz  bien  qu'emblez  ne  vous  soit, 
Car  lez  gens  enorte  et  decoit ; 
Vous  en  serez  Irop  bien  paiez. 

LE    PREMIER   CUEVALIER. 

* 

Seigneurs,  nous  sommes  apparailliez 
A  laire  tout  vostre  vouioir. 

LE    SECOND   CHEVALIER. 

J'en  vueil  bien  faire  nion  devoir, 
Et  ce  ne  vous  doubtez  de  riens 
Que  jc  ly  donrray  de  mes  bicns 
Sy  Ii  a  åmc  qui  a  lui  touche. 


33o  LA    RÉSURKECTION 


LE    TIERS    CHEVALIEII. 

Il  me  veodroit  å  grant  reprouchc 
Se  mon  devoir  jc  n'en  faisoie. 
A  fol  quoquart  je  me  teDdroie 
Se  je  ne  ly  donnoie  du  mien. 

ANNE. 

Cerles,  seigneurs,  vous  dictes  bien. 
Or  y  alez  sanz  faire  ^rrest: 
De  Ic  bicn  gärder  soicz  prcst.. 

Cy  voisent  Caipbas  et  Anoe  ou  il  voudront  et  lez  chcvaliers  parleiit. 

LE  PREMIER   CIIEVALIER. 

Puis  qu'enssy  nous  sommes  coipmis 

A  sépulcre  gärder  et  rais, 

Je  yray  bien  faire  nion  devoir. 

Seigneurs,  je  vous  dy  tout  de  voir 

Nous  dcussions  ja  touz  .iii.  cstre 

A  sépulcre  pour  gärder  Testre 

Que  Jhesus  cmbiez  ne  nous  soil. 

Tant  de  gens  enorté  avoit 

De  croire  cez  diz  cl  cez  euvrcs, 

Gar  j'ay  doubte  qu^en  ne  dcsqueuvix^ 

Le  tumbel  pour  Tcniportcr. 

Aloos  tous  .111.  äsoulcr 

A  l'cntour  et  a  l'cnvirou. 

LE    SBCOND. 

Vous  dictes  bien  et  nous  vron* 
Nous  bien  vivans  par  le  granl  Dicii. 
Nous  .ni.  garderons  bicn  Iclicu 
Oue  Jhesus  n'cn  soil  cmporlez. 


DE    NOTHE    SCIGNCUR.  33 


Bien  armez  suis  et  actintez  : 
Ricns  ne  in'y  fauit  de  nul  costé. 
Alons-y  ains  c^on  I'ait  osté, 
Ne  mis  börs  d'eiitre  lez  pierres. 

LB   TIBRS   CHEVALIEIl. 

Moult  seroU  fors  et  soubtiz  lierres 
Qui  Jhesus  nous  pourroit  etnbler. 
Quant  entré  nous  .111.  asambler 
Nous  voulons  pour  gärder  le  corps, 
Ce  nous  seroit  vilains  recofs 
Que  nulz  y  osast  sy  enlrer 
Qui  pour  voir  se  peust  ventcr 
Ne  de  Fa  voir  osté  ne  pris. 

LE    PREMfEn. 

Vous  parlez  comme  bien  a  pris  : 
Älons-y  tost  sanz  point  (Pespssc. 
Je  vueil  prendre  ycy  ma  placc 
Ne  autre  n'iray  aillieurs  qucrre. 

LE    SECOND. 

Et  je  me  sarray  cy  ä  tcrpe 
Et  m'acoteray  sur  le  coutc? 
AHn  que  j^entende  et  escoulc 
Se  äme  oie  aucuns  venoit. 

LE    TIERS. 

Cy  me  sarray  ;  que  s^oii  vénoit 
De  ceste  part  a  recelée, 
Je  ly  donrroie  tel  le  acoléc 
A  quiconques  s'y  embatroit 
Que  mon  cop  loul  mört  Tabalroit 
San/  jamcs  a  voir  garison. 


332  LA    RÉSl]HRECTIOr<( 


LE    PREMIER. 

Je  n^oy  onques  longue  saisoiv 
Fors  que  sy  fain  de  soumellyer. 
Seigneurs^  vueilliez  .i.  pou  veillier 
Vous  .II.  tant  qu'auray  aounpieliic  : 
Jc  seray  tantost  raveiliié. 
.1.  bieo  pou  dormir  ii  me  fauU.  * 

LE    SECONO. 

Trop  bien  veitlasse  sanz  detfauil, 
Mais  j*ay  .i.  pou  le  chief  pesant. 
Somilier  m^estuet  en  gisant 
Ycy  .1.  poudessus  ma  targe. 

LE    TIERS. 

J'ay  aussy  de  someil  graut  charge 
Qu'un  bien  pou  dormir  me  convieot. 
Tantost  se  nul  va  ne  ne  vient 
Ysneliement  m'esveillcray 
Que  nul  délay  je  n*y  feray. 

ADAMy  en  enfer,  die : 
Doulz  Diex,  qui  a  ta  foroiéure 
Me  feis  par  ymaginée  faiture, 
Et  äme  et  vie  me  donnas 
Et  puis  apres  sy  me  menas 
Tout  droit  en  Paradis  terrestrc, 
Et  me  veas  sy  hardy  eslre 
Du  fruit  menger  ou  je  mordy 
Dont  tout  a  mört  nousamordv; 
Vrais  Diex,  veulles  nous  secourir ! 
Nous  ne  faisons  que  langourir: 
En  Icl  painc,  en  Icl  lourment 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  333 


SoiifTrons  tuit  sv  certainement, 
A  trés  cloulz  Diex,  doulz  roys  Jhcsus, 
Se  par  toy  ne  sommes  sccourus 
Touz  sorames  k  perdicion. 
Ce  nous  (ist  la  temptacion 
De  l'ancmy  qui  nous  décout. 
Plus  mauvais  fruit  oncques  ne  fut : 
Acheter  nous  fault  le  meRail. 

EVE. 

lic  !  trcs-doulz  Diex  qui  m'avez  fail 
Et  formée  de  la  coste  Adam, 
Ostez-nous  dez  mains  de  Sathan. 
SoufTrir  nous&it  tant  de  martire 
Qui  n'a  langue  qui  le  péust  dire; 
Met-nous-en  hors  tost  sy  te  plaist. 
Trop  y  sommes,  don  t  nous  desplait. 
Adam,  mon  amy,  c'est  par  moy 
Sy  en  soufTroos  peine  et  esnoy, 
Et  cez  vaillans  hommes  aussy. 
Vrais  Diex,  aiez  de  moy  mercy, 
Quc  tout  est  par  ma  mauvestic. 

S.    JBHAN    BAPTISTE. 

A  roys  Jhesusl  par  t'amistié 

Secours-nous,  Sire,  sy  te  plaist. 

Tounnent  nouafont,  dont  nous  desplait, 

Cez  anemys  qui  ycy  sont ; 

D'a  ligemen  t  point  ne  nous  font 

Et  de  mal  faire  tant  se  painent 

De  ce  faire  joic  demainent. 

Sy  vous  prions,  doulz  roys  de  gloire. 


336  hk   RESURRECTION 


De  convoitisc  et  de  desapoir. 
Sur  ceulz  nous  a  doiiné  povoir 
De  menei'  en  nostre  prison 
Ou  en  est  sanzredempcion. 
Liicifer  ne  iist  qu'un  péchié 
Que  Diex  licnt  en  enfer  fichié. 
Coinment  cuident  donc  ciiz  séoir 
Et  noz  ciéges  doncques  ravoir, 
Qui  en  font  bien  milie  le  jour, 
Et  riens  ne  cresment  Icur  seignour? 
Enclins  sont  ä  lenr  pourriture  : 
Je  ciiide  que  Dtex  n^en  ait  cure 
D'eulz  avoir  en  sa  compaignie; 
Ce  sont  pécbeur  orde  mesgnie. 
A  nous  ne  seroit  point  raison 
Sy  les  mcstoit  en  sa  maison  : 
Regarde,  compaing,  cil  poet  estre. 

BELOIBUS. 

Bélias,  je  sans  Dieu  noz  maistre 
Plains  de  si  grande  cruauté 
Contre  nous  por  nos  mauveslic  ; 
Et  pour  nous  faire  plus  despis 
D'omme  mortel  seront  remplis 
Lez  haulz  ciéges  de  Paradis 
Don  t  nous  bouta  Diex  börs  jadis;  . 
Et  pour  cc  que  plus  nous  estnoie 
Leur  donra  la  parfaite  joie. 
Et  piecä  Ton  dit  cilz  prophétes 
Qui  ycy  sont  dedaps  nos  mecte», 
Que  Diex  au  monde  descendra 


DE   MOTRB   SEIGNEUR.  33^] 


Et  d'uDe  fammc  vierge  naistra 
Que  il  disposa  ain^ois  que  nous ; 
Et  veul  bien  que  oe  sachiez  vous 
Par  .1.  Jehan  qu^estoit  conoeuz 
Qui  devant  Dieu  estoit  venuz 
Et  sy  entra  és  désers, 
II  est  sainS|  ne  puet  estre  sers. 
A  péchié  en  enfer  vendra : 
Pas  tonguement  n'y  deaiorra , 
Car  apres  lui  vendra  son  mabtrc 
Par  qui  destruit  sera  noz  estre  ^ 
Et  ceulx  qui  se  sont  soustenu 
Contre  péchié  ét  oflendu 
Et  qui  ä  leur  povoir  ont  servi. 

BÉLIAS. 

Nous  a  donc  Diex  sy  aservy 
Pour  le  propos  que  consentisnies. 

BELGIBUS. 

Oil^  car  trop  nous  mefféismes ; 
Abatre  volions  sa  grandeur. 

BÉLIAS. 

Cest  voir,  ce  fut  grant  foleur. 
Or  ne  puet  aler  autrement. 

BBLGIBOS. 

Or  me  respons  hastivement ; 
Cez  gloutons  et  ccz  orguilleux, 
Cez  despérans,  cez  envieux 
Qui  remplis  sont  de  convoitise, 
Ceulx  qui  luxure  art  et  atise 
Et  cez  faulx  jurés  rechiniez; 
II.  3a 


338  LA   RéSURRBCrriOIS 


Ne  les  avoRS-nouft  mie  gaigniez  ? 
Puis  qui  loeiireot  eanz  rcpentance 
Sanz  avoir.  de  Dieu  cognoissance. 
Ne  lez  juattcerons^nous  piie? 

DBL1A8. 

Sv  ferons-nous,  iren  doubtez  itiic. 
Ardant  ou  plus  grant  fcu  d^enfor 
Avec  nos  maistre  Luxifer 
Lez  mestroDs  trestouz  cnsainble. 

BELGIBUS. 

Tu  as  trop  bien  dit,  ce  me  sambie; 
Ainssy  Poctroy  certainemcnt. 
Or  le  faisons  hastivement. 

DIEU  LE  FILZ  ,  en  lerant  du  tombel  di<! : 
Sanz  ce  que  de  riens  soie  repris, 
Acompliray  ce  que  j'ay  empris. 
Quant  mon  pére  glorefié 
Apres  morl  iTi'a  vivifié 
Le  corps  ou  inoti  vray  cspérit ' 
Conjointemeol;  lo.reaprit 
Par  la  vivification 
De  la  glorification 
Divine  qui  finor  ne  puet, 
Droit  en  enfer  aler  m'e5tnct, 
Et  pour  mOD  esperit  tant  Éiire 
Au  plaisjr  du  diviD  afaire 
Que  les  ånoes  qui  languissent 
Hors  de  paineet  dc.tourmeat  yssent. 
Bien  s^ay  que  Fåmeide  saint  Jehan, 
Adam,  Éve  et  Abraham^ 


DE   NOTRE    SEIGNEUR.  339 


Noél,  David  et  Ysaie 

Y  sont  devers  unc  partie 

Qui  limbe  est  appelée  et  dictc : 

Or  fault  que  je  le  en  aquite. 

Paié  en  ay  raquitement 

Et  delivré  tout  quiteinent, 

Et  le  rachat  par  le  trahu 

De  mört  que  j'ay  soulTerl  et  heu, 

Et  passé  par  sy  dur  trespas 

Qu'autre  de  moy  ne  péust  pas 

Avoir  passc ,  car  divine  euvre 

Pour  moy  y  a  ouvré  et  euvre 

Au  profit  de  Tumanitéy 

Sanz  entamuer  virginité 

De  mére  ne  d'enfant  aussy. 

A  la  porte  d'enfer  par  cy 

Yray,  car  bien  s^ay  que  mémoire 

Font  jä  lez  åmes  de  ma  gloire. 

Cy  voise  Dieu  en  enfer  et  lez  åmes  chantent :  Feni  Cienfor 
spiritus  y  et  S.  Jehan  commance. 

UIEU    LE    FILZ. 

Atolite  portas j  principes  j  vestrasy  . 
Et  elevamini  portce  cettimaUs^ 
Et  intvoibit  rex  glorice. 

LEZ   DIARLES. 

Qui  es  iste  rex  gloria*? 

DIEU. 

Lcs  por  tes  de  ceste  maison 
Yueil  brisicr  san/  arrestoison 


34 o  LA   RÉSURRECTION 


Qui  est  orrible  et  inrernelie; 
Vucil  par  ma  vertu  supernclle 
Quc  devant  moy  chiéenl  et  froissenl, 
Et  lez  ennemiz  qui  cngoissent 
Lez  åmes  ne  puissent  avoir 
Sur  elles  forcc  ne  povoir, 
Car  je  suis  la  vraie  lumiére 
Qui  (IMnfernal  ardant  fnmiére 
Ysnellement  lez  vicns  hors  traire. 

Lez  diables  yssent  hors  d^enfer  et  puis  die  : 

BELGIB13S. 

JhésuSy  mout  nous  vint  au  con  traire 
Ta  aiort  et  ton  trcspassement 
Quant  pris  as  resuscitemcnt 
Apres  morir  comme  (ilz  Dieu 
Pour  venir  rompre  nostrc  lieu 
Dont  contre  tov  n'osons  mot  dire. 
Le  cuer  nous  doit  bien  fondre  d^ire 
Quant  aux  åmes  aideras, 
Et  nostre  enfer  en  vuideras. 
Ta  venue  nous  est  grevainc 
Quant  nostre  puissance  sy  vaine 
Ainssy  la  nous  fais  devenir. 

BÉLIAS. 

Se  je  cuidasse  qu'avenir 
Nous  déust  tel  tribuiacion 
Quc  cussez  resurreccion, 
En  enfer  n'éust  ore  Ämc 
Sy  bonne  d'omc  ne  de  famme 


DE    NOTRfi    SEIGNEUR.  34  I 


Qui  nc  feust  arce  et  misc  en  cendre. 
Til  fais  Qutraige  de  descendrc 
Sä  jus  vuidier  noz  héritages 
Pour  reoipiir  lez  haulz  Ojstaiges 
f)t  le  grant  lieu  de  paradis. 

DIEU. 

Vous  en  trabucbastez  jadis 
Hors  dcsciéges,  par  voslre  orgueil; 
Dez  åmes  reniplir  je  Icz  vueii 
Que  avicz  de  rumanité 
Par  la  desloial  vanilé 
D'Éve,  d'Adani,  que  vous  tentaslea 
Du  CrMit  menger  el  enortastcs. 
Seans  sont,  cy  Icz  entrairay ; 
Joic  cl  clarté  Icur  donrrav : 
Plus  ne  seront  en  cesl  ahani^ 
Venez  å  ipoy,  cousina  Jehan, 
Et  vous  agssy  Adam  el  Éve, 
Qul  du  fruit  golastes  la  sévc. 
Abraham,  David  et  Noél, 
Wen^z  a  van  t  noslre  avoel 
Qui  este  cy  en  ce  lieu  horr, 
Pour  vous  en  ai-ge  spufferl  niort 
Et  de  vie  quité  le  cliemin ! 
Resgardez  sur  quel  parchemin 
Voslre  délivrance  est  esci^iple. 

Cy  monstre  Dieu  cez  plaies  et  die : 
Rcgardez  k  quelle  labile 
Ma  char  cl  mes  piez  el  mez  mains 
Ont  eslé  niis  pour  lez  humains; 


342  L\    RÉSURRECTION 


Regardez  comment  vous  esmoic 
Quant  pour  vous  vic  mis  la  moic. 
Racheté  voos  av  quitement, 
Sy  vueil  qu^aprés  Paquitement : 
Qui  voz  durtez  purge  et  piirc, 
Quc  vons  soiez  en  clarlé  purc, 
En  joiex  rcpos  sanz  painc. 
Or  entrcz  cy  en  cest  dcmainc 
Et  la  soiez  glorifiez. 

S.    JEHAN. 

Gloriciix  rois  saintefiez, 
Filz  Dieii  enfés  de  Viergc  mére, 
Qui  nous  traiz  de  douleur  aniére 
Et  nous  a  mis  de  mört  ä  vip, 
Loce  e(  améc  et  servie, 
Soit  la  gloire  de  ta  puissanco 
Et  |p  laL;our  de  ta  soufTrance, 
Qui  tel  repos  nous  as  aquis, 
Ce  ne  fut  ceque  tU  nasquis 
Filz  et  horns  de  vierge  hu^nain^, 
Touz  humains  en  mortel  demaine 
Fussent  adez  tout  pour  certain. 

AD\M. 

Pére  qui  tout  tiens  en  ta  main, 
Ta  résurreccion  saintisme 
Soit  loée,  quar  hors  d'abisme 
Ou  nous  estions  par  ma  déserte 
Nous  as  osté,  c'cst  chosc  appcrte! 
Bien  per  t  quc  In  cs  Rois  dez  Rois 
Et  piex,  quant  de  mört  Ics  desrois 


DE   NOUtK   SBIGNB1}R.  S^S 


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Entiérement  as  nuiorty. 

•feVE. 

Vrais  Jliésucrmt,  qai  coti\otXj  - 
Avez  mört  en  vic  pour  liOds 
Et  radicté  lez  hiimains  tolHy  ' 
Gloire  a  vous  et  loenge  k  cefte 
Qui  vous  porla  viérge  pucélid  i  *•  ' 
Soicnten  iioz  vous  luercian^  :  ;  M 
A  jointes  iiiains  et  gracianl  i     ♦ '  * 

De  voslrc  souflVaiice  piteusa  '  ' - 

Qui  d'inrernal  mal  despitéusc  ''** 

Du  tout  en  tout  noz  de^livrfes.'  '^'  *'*' 

8.    JEHAN.  ' 

Souverains  roysqui  nous  livrc's/ ''. 
Clarté,  et  hors  de  ihehébrjeur     ''^ 
Nous  oslcz  et  d'&prc  doiiletir;       ' 
Solcil  de  fov  et  de  frahchr^e 
Qui  loute  humanilo  hors^mise 
Avez  de  iiiortet  vitupei*e'; 
Vrais  filz  (ruil  pt  iWi  du  devin 
Élernel  roys  puissant  et  lin 
Sanz  commencemchtet  siinz  Urt, 
Voslre  sainte  anrmacion 
De  joie  et  de  iX5f*feCcion 
Merciée  et  loée  fen  soit !  ' 

NoéL.  • 

Filz  de  Dieu,  lioms  do  vous  estoit 
La  propliccie  afirmative, 
Disanl  par  raison  relativc 
Quo  nno  vior^n^  fVnit  poi  tcroil 


344  ^^   RÉSURREGTtON 


Qui  le  moudc  rachcteroit. 

Vrais  Dieux^  tant  longuemcnt  méris 

Qui  lez  humains  avez  guéris 

Et  m'avez,  quant  bien  m'y  regardc, 

Ce  qu^en  mon  arche  tins  en  garde, 

De  bumaino  généracion 

Ceulx  qui  par  préparacion 

De  pueple  réformée  fa 

Quant  le  déluge  venuz  fu 

Qu'en  la  terre  venir  féistes 

Pour  le  deDauIt  que  en  nous  veistes. 

De  foy  estre  sa  jus  åu  moodc. 

Le  préciex  sanc  pur  et  monde 

Que  pour  nous  rachcter  rendiste» 

En  morant  quant  la  mört  rendistes^ 

Et  Teure  que  vous  sucitastes, 

Quant  en  pilié  nous  regardastes» 

Soit  sanz  inurmuracion  querrc 

Graciée  en  ciel  et  en  terre 

Que  tu  Pas  falt  de  vray  prpposl 

En  gloire,  en  joie^  en  repos, 
Vous  metray  cy,  car  achever 
Mestoit  mon  fa  it  et  å  prover 
Lä  ou  je  voudray  et  devray» 
Que  surexit  soie  de  vray 
Le  plus  droit  que  je  puis  y  vois. 

S.    JEUAN. 

Or  cliantons  touz  a  une  voiz, 
De  cuer  devbsl,  en  chant  rassis, 


DB    NOTnB    SEIGNEUR.  34^ 

Hault  :  Gloria  in  excelsis. 

LE  PREMIER  DÉABLE  BELGtBUS. 

Ha  hay!  compains^  ahan^  alian! 
Bien  nous  meschéu  ouan^ 
Car  Jhesu  qui  de  cy  se  part 
A  toutes  åmes  s'en  part 
Qui  n'eii  lesse  ne  tant  ne  quant. 
S'aperceu  ni'en  féusse  quant 
Lez  Juifz  le  crucifiérent, 
Celles  en  qui  plus  se  fiérent 
En  lui  n'en  sa  résurreccion 
Fussent  ore  a  confusion 
Et  au  néant  mises  du  tout. 

BÉLIAS. 

Comme  félon  roys  y  estout 
L'a  fait,  mez  aucune  defrerice 
Déussion  contre  son  ofTcnco 
Avoir  mise,  ce  fut  raison, 
Et  apelié  de  traison. 
Ge  qu'enfer  est  vuit  trop  me  gricvc , 
Las !  pour  nous  est  et  fort  cl  briéve, 
Ne  amender  ne  le  povoii. 
R'alon-ni'en,  (ouz  diz  pleuron 
Noslre  douleur  et  grant  tritressc. 

BE^LGIBUS. 

Souffrir  nous  fault  nostre  destrcssc 
En  lourment  dont  le  cuer  mc  font. 
R'alon-m'en  en  bisipc  profont 
El  la  scroiis  lonz  diz  en  giicrrc. 


346  LA  hésurrection 


BÉLIAS. 

Je  suis  accouru  sy  grant  crre 
Ne  me  povoie  plus  tarder 
Pour  le  droil  d'infernal  gardei*. 
Or  est  vuidée  uostre  maboPi 
Harou,  quel  mortel  traison !  , 

Je  voy  le  monde  bestouroer  (i)  ; 
Ne  plus  ne  s^ay  quel  part  toufu^i*. 
Au  monde  n'a  que  descevancei 
Dieu  va  conlre  son  ordenauce. 

i 

Son  dit  ne  vault  une  escorce. 
Quant  nous  a  toiu  par  sa  force 
Le  nostre  par  sa  sentence, 
Je  ne  S9ay  mic  qu'il  en  pence : 
Je  ne  m'en  vueil  plus  entrcmcstrc. 
A  son  chevet  le  puist-il  mestre ! 
Vérité  est  au  siéclc  morte ; 

N'en  puis  méz,  ce  mc  desconforte. 

I  •  •  • 

NOSTRBDAME. 

Mcz  doulces  suers,  je  vous  supplio 
Que  vous  me  tiengniez  conpalgnic, 
Gar  aler  vueil  au  monument 
Ou  gist  mört  Jhesus  mon  eniant, 


jii 


(i)  Bestourner,  tourner  å  mal.  Oti  reucontre  ce  mot  fréquein- 
ment  dans  nos  vieux  poétcs.  Rutebeuf  dit  dans  sa  coinplainte  de 
Sainte-Église  : 

Covoitise  qui  fait  Ics  avocas  mentir, 

Et  lc8  droiz  bestorncr  et  les  tors  coiisentir. 

Le  inéme  trouvérc  a  coinposc  cgalemenl  uiic  piecc  qu'il  a  intitu- 
Ice  :  Renart  le  beséourne. 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  347 


Et  est  gordez  par  grant  desroy 
De  par  Icz  iTviistrcs  de  la  loy. 
Mon  cbicr  enfant  que  tant  amoie^ 
Quant  dedens  mon  corps  vous  porloio, 
Jamcz  k  nul  jour  ne  cuidasse 
Qu'cn  crois  morir  vous  regardassc. 
Ålas!  dolante  chétive! 
Je  demeurcj)ien  orphelive : 
Jamcz  au  cuer  joio  n'auray. 

s.  JEHAN ,  euvangélistc. 
Cornpaignie  je  vous  tendray, 
Ma  trés-chiére  dame  royal. 
Mon  trés-chicr  seigneur  loyai 
Sanz  doubte  vous  confortera 
Eljoic  touzjours  vousdonrra. 
En  vostre  cuer  confort  tencz. 

NOSTRB  DAME. 

Pourqnpy  tant  (iie  conlrctencz  : 

II  est  mez  filz,  je  suis  sa  mére  ; 

Pas  ne  ly  dois  est  re  araérc. 

He!  faulx  Juifz!  vous  le  m'osle;s; 

3  c  le  portay  en  mez  costez        "^ 

.i\.  moys,  du  lait  de  mez  mamelics; 

Je  Taleslay  comme  puccllc. 

Or  me  commcnce  ma  doulour : 

Ma  joie  loume  en  tritour. 

Ii  fut  ncz  cu  virginitc 

Snnz  pcchié  de  cliarnalitc; 

Sa  char  est  de  noble  nature, 

(^ar  olle  rbl  (l<*  prcliié  \m\c. 


\ 


348  LA    RÉSURRECTION 


J'an  croy  rarcbange  Gabriel 

QuMi  est  vrais  rois  célestiel 

Et  sy  eat  vrais  Diex  saoz  doubtanco. 

MAGDELAINE. 

Madame,  j'ay  grant  desplaisance 
Que  9y  trés-doulcement  plorez : 
De  duel  toute  vqz  acorez. 
Quant  de  vo&tre  duel  me  souvieot 
Par  raison  plorer  mc  convieiU 
Gar  je  vous  voy  en  lermes  fondre. 
Lors  ne  yous  puls  en  riens  respondre : 
Sy  vous  plaist  å  vous  dépourter , 
Touz  no;^  pourriez  réconforter 
Et  en  seriens  trestouz  plus  aise. 

S.    XEHAN. 

Dame^  je  vous  prie  quMI  vous  plaise 
A  vous  .1.  pou  réconforter. 
Tant  vous  devez  miex  desporter, 
Gar  bieq  vous  dist  que  il  moroit. 

NOSTRB    DAME. 

Jehan^  qui  taire  ce  porroit  ? 
J'ay  veu  mon  seigneur  et  m^amour 
Morir  vilainement  å  grant  doulour. 
Bicn  s^ay  qu^il  csl  mört  ä  grant  tort 
Et  n'avoit  pas  deservi  (i)  mört  : 
Sy  veul  au  monument  aler. 


(i)  Deservir ,  meriter.  J'ai  doiiné  de  ce  mot  une  explication  £au 
tive  dans  le  Mystére  de  la  Résurrectioii ,  que  fai  inibKé  en  1^54. 
(Paris,  Téchcuer,  iu-S".) 


DB    NOTRE   SEIGNEUR.  349 

JACOBÉB. 

Ne  V0U8  veullicz  hastcr  cPaler , 
Car  tant  plus  prés  de  lui  serez  ^ 

Et  plus  voz  deul  engoisserez. 
Par  aniour  souflVez  vous  atant. 

NOSTRE   DAME. 

Las!  mon  cnfant  que  j'amoie  tant , 
Jamez  ne  me  regarderez 
Ne  doulz  regart  ne  me  ferez. 
Vos  yeulz  vis  troublez  durcmpnt: 
Or  sont-il  mors  certainement 
Et  or  ne  parlcrez-vous  jamez. 
En  moy  que  resjouir  jamez, 
Perdu  eustez  toutc  couieur, 
Quant  vous  vis  pendu  å  douleur. 
Lors  custes  Irompu  ncrfz  et  vainez  } 
Jc  viz  voz  plaies  de^sanc  plaines ; 
Par  Ics  mains  vous  vis  estachié 
Et  a  gros  clous  bien  afichié : 
De  plorer  ne  nie  puis  tenir. 
Quant  il  me  convient  souvenir 
Que  par  y  ver  et  par  esté 
En  pénitence  avez  esté 
Nus  piez  touz  jours  en  cestc  terre^ 
He!  Magdelaine,  le  cuer  me  serre. 
Laver  lez  piez,  seur,  y  alastes; 
Par  grant  amour  iez  essuiastcs  : 
Or  sont-il  perciez  d'oultrc  en  oultre 
A  gros  clous  lons  comme  a.  coutre. 
Tout  le  sanc  m'esl  du  cuer  oslé 


35o  LA    RÉSURBECTION 


Quaiit  mc  souvient  de  son  costé ; 
Or  csl  navray  toiit  sanz  nicsure. 
Doiilz  niz  et  doulcc  nourriture, 
Bien  s^ay  tu  as  le  cuer  party 
Tout  oultre  en  oultre  sanz  mercy. 
Moult  me  promist  Siméon 
En  ma  puritioacion 
Que  moult  los  t  trespasscroit 
Le  glave  qui  te  perseroit. 
Perce  moji  cuer,  doulz  (ilz  Jhesum 
Le  glave  de  ta  passion  : 
Sy  en  suis  toule  forsonnée. 

S.   JEUAN. 

Lessiez  ester,  dame  honorée, 
Que  tel  dueil  penre  ne  devez. 
Vostre  filz  suis,  bien  le  savez; 

* 

Bien  vous  serviray  sanz  doubtance. 
De  voz  dueil  ay  grant  desplaisance 
Et  en  suis  au  cuer  moult  destrains. 

NOSTRE  DAME. 

De  Gabriel  ibrment  me  plains  : 
Quant  j^estoie  jeune  pucelle 
Et  il  m'aporta  la  nouvelle 
De  la  sainte  incarnacion. 
Me  dist  par  salutacion 
A  son  événement :  As^^ 
Et  tramua  Eva  en  i^e; 
Mez  se  bien  suis  interprétée, 
En  Éve  suis  toute  muée. 
jive  sanz  dueil  et  sanz  doulour. 


DE,  NOTBU    SEIGNEUR.  35  I 

Sanz  engoisse  et  san7  tritour, 
Sanz  inisore  cjoit  louz  jours  cstre , 
Gar  A^^e  en  joie  doit  estre. 
Lasse !  pourquoy  Ave  me  déis  : 
II  appert  bien  que  tor  t  mc  icis, 
Gar  certes  j'ay  perdu  Ave. 
Pour  joie  ay  ducil  retrouvé; 
Touz  jours  plorer  me  convendra 
Quant  de  mon  fjlz  me  souvcndra. 
Se  yirago  m'eus8e  nommce 
Tu  ne  m^éussez  pas  surnomuiée, 
Et  moult  bonne  raison  y  a 
Que  je  voiz  in  agonia 
Mon  seigneur^  mon  filz,  mon  amy. 

S.    JEUAN. 

Ghiérc  dame,  le  cuer  par  my 
Me  pari  de  la  grant  destresse 
Et  douleur.qui  au  cuer  me  bicscc 
Que  je  vous  voiz  ycy  tcnir. 
Savoir  devez  sanz  alentir, 
Quant  Gabriel  vous  anun^ 
Le  salut  et  vous  pronun^a 
Que  saintement  vous  le  conceustes 
Quant  le  saint  salut  vous  reccustes 
Et  puis  par  grace  PenFant  astes, 
De  voz  mamelles  1'alestastes. 
Puisque  de  ce  estes  certainc 
N'en  devez^  estes  sy  grevéne, 
Gar  je  vous  diz  en  vcrité, 


353  LA   EÉSUBRBGTlOlf 


Ainssy  comme  en  virginité 

II  vost  de  vous  vrais  bomme  naislre 

Et  avec  vous  en  ce  monde  cstre; 

Car  cestc  mört  surmontera 

Et  touz  viz  resuscistera 

Sanz  avoir  point  nulle  dii&mme. 

NOSTRE    DAME. 

Par  droite  nature  de  famme 

Je  me  clame  de  Gabriel , 

Du  droit  ange  célestiel 

Pourquoy  nomma-il  Marie , 

Que  puis  que  mon  filz  pert  la  vie, 

Nuly  Marit y  estoille  de  mer^ 

Ne  me  doit  par  raison  damer  ? 

Estoille  de  mer  clarté  porte 

Et  grant  lumiére  qui  conforte 

Tout  bome  en  grant  péril  de  mer. 

Marie  est  amour  sanz  amer; 

Mez  nulle  clarté  je  ne  porte. 

Ma  cbar  est  toule  ostainte  et  morte^ 

Mon  bel  en  let,  mon  solas  en  doulour , 

Ma  vie  en  mört,  mes  désirs  en  langour. 

Et  qui  autrement  veult  entendre 

Bien  puet  par  mon  droit  nom  entendre 

Marie  sy  est  cbose  amére 

Ou  mon  cuer  est,  c'est  cbose  clére ; 

Car  au  cuer  ay  tel  amertume 

Que  de  douleur  tout  mon  cuer  fume. 

Lasse,  commeot  durer  pourray  ? 


DE   NOTRE   SEIGNEUR.  353 


SALOMÉE. 

Doulce  dame ,  je  vous  diray 
Mon  neveu  dist,  bien  m'en  souvient , 
Que  l'Escripture  acomplir  convient! 
Souveniez-vous  de  Gérémie : 
Le  saint  prophéte  ne  ment  mie, 
Gar  il  a  prové  clérement 
Qu'un  home  sera  vraiement 
Qui  toute  laogour  portera 
En  son  corps  et  tout  sauvera. 
Navré  sera  sy  cruelment 
Et  demenez  moult  laidement 
Et  comme  .i.  aignel  se  taira^ 
Gar  de  son  gré  occis  sera. 
Vostrc  filz  a  tout  cecy  fait  : 
Aprouvé  est  en  luy  de  fait , 
Nous  1'avons  bien  toutes  véu. 

NOSTRE    DAME. 

J'ay  bien  Gérémie  créu , 
Mais  menée  suis  par  nature 
Quant  voy  morte  ma  norriture. 
Gar  mon  filz  est  Enmanuel. 
Encoir  me  plains  de  Gabriel 
Qui  dist  quant  il  me  salua 
Que  j  'estoie  gracid  plena . 
Gomment  suis-je  de  grace  plaine? 
De  douleur  mon  cuer  est  fontaine. 
Se  je  feusse  de  grace  plaine, 
Telle  douleur  pas  ne  portasse ; 
Je  feusse  touzjours  en  iéesse, 
11.  ^3 


354  ^^   RÉSURRBCnOBI 


Et  je  muer  eu  tré«-grant  tristesse 
Pour  Tamour  de  mon  chier  en&nt. 

JACOBéB. 

Trop  vous  desconfortez  dorement,    ' 
Douice  cliiére  damo  et  amie. 
N'avez-vous  pas  veu  Ysaie 
Qui  de  voz  (ilz  propbétiza 
La  mört  telle  qu'endurée  l'a  ? 
Quar  il  dit  au  nom  da  prophéte 
Par  qui  gråoe  doit  estre  faite 
A  toute  humaine  ligniée , 
De  Dieu  leur  seroit  ensaignée 
Et  soD  corps  babeodonneroit , 
Ne  jä  nul  mot  n'en  sonneroit 
Au  tirans  qui  le  lapideroient , 
Jå  tant  batre  ne  le  saroient. 
Par  vostre  fiiz  est  cecy  fait; 
Par  mort  confuz  estre  ly  plait. 
De  grace  bion  piaine  serez 
Quant  vostre  fiU  reganderez 
De  la  mort  resoudre  en  vie. 

N0S1'RB   DAlf£. 

Las!  que  voulez  que  je  roas  die? 
Je  sfay  bien  tout  ce  que  me  dictcs 
Et  tout  iez  livrés  antiquites. 
Gabriel  me  dist  desratson 
Qui  me  dist :  Dominus  te  cum. 
Mon  filz  m'a  esté  osté, 
Je  ly  viz  percier  le  coslé. 
Se  avec  moy  viz"  demorast 


DB   NOTRB   SEIGNEUR.  355 


Mon  cuer  de  dueil  plus  ne  plorast. 
Or  in'e8t  osté|  or  Tay  perdu ; 
Las!  sy  ne  m^est  encoir  rendu, 
Que  feray-je^  lasse  doiente  ? 

SALOMÉE. 

Madame,  je  croy  en  m^entente 
Que  le  tesmoing  de  Ysaie 
Qu'encoir  serez  toute  esjoie. 
Il  nous  deseiére  par  son  escript 
En  Jhésu  est  leSaint-Espérit, 
Car  il  a  esté  oint  du  cresme 
Et  sy  a  annuncié  le  baptesme. 
Au  monde  a  fait  redempcion 
Par  sa  mört  et  passion. 
Ceulx  qui  plorent  confortera , 
Lez  gens  foibles  renformera 
Et  ceulz  qui  gisent  en  la  cendrc 
Fera  cncoire  coronne  prendre. 
Et  sy  donrra  l'uille  de  joie 
A  ceulz  qui  pleur  et  dueil  guerroie ; 
Et  le  mentel  de  révérenee, 
Loenge,  gråoe  et  exetlence 
A  touz  ceulz  leut*  donrra  honour 
Qui  pour  lui  sont  en  grant  tristour. 
Ceste  escripture  est  pour  vous  faite 
Selonc  Tentenle  du  prophéte. 
Ainssy  geta-il  sa  sentence. 

NOSTBB   DAMB. 

Je  met  en  Dieu  mon  espérancc, 
Mais  j'ay  au  cuer  moult  grant  douleur 

23. 


356  L4   EÉSCRRECTIOSI 

Que  je  tiens  certes  ä  grant  laideur , 

Que  Gabriel  me  dist  trop  plus  .: 

Benedicta  tu  in  mulieribus; 

Gar  se  tant  beneurée  féusse 

Mon  enfaut  mört  pas  veu  je  n'eusse. 

Plus  que  moy  beneurez  sont 

Toutes  fammes  qui  tel  dueil  n^ont. 

Bon  eur  ne  bonne  aventure 

N'e8t  en  perdrc  sa  norrilure. 

Se  je  féusse  bien  eureuse^ 

Pas  ne  fusse  sy  doulereuse , 

Mez  mon  cuer  se  mucrt  en  doulour. 

MAGDELAFNE. 

Ma  chiére  dame,  par  amour 
Ne  veulliez  plus  tel  douleur  faire, 
Mez  veulliez-vous  .1.  pou  retraire. 
Quant  vostre  filz  verrez  en  vie 
De  grace  serez  tpute  remplie. 
Quant  il  resuscita  mon  frére 
Je  delessay  tout  dueil  å  faire. 
Par  plus  forte  raison  lerez, 
Heur  et  grace  vous  poiterez 
Et  en  serez  toute  esjoie. 

NOSTRE   DAME. 

Magdelaine,  ma  douice  amie, 
Je  suis  de  douleur  toute  plaine  : 
D'engoisse  est  mon  cuer  fontainc. 
He!  Gabriel,  quant  tu  me  deis 
Benedictusfructus  ventris. 
Hélasi  héiasi  pas  ne  penssoie 


« 

DE    NOTRE    SEIGNEUR.  357 


Quc  de  mon  fruit  eusse  tel  joie* 

Ilélas!  sy  hauU  le  viz  pendu 

Et  trestout  son  corps  pourfendu! 

Faulz  Juifz  de  mauvaisc  vie, 

Je  s^ay  bien  que  péchcur  n'est  niic ; 

Pour  cc  me  croist  mon  desconlbrt 

Que  vous  l'avez  occis  a  tor  t, 

Et  quant  encoir  plus  ä  luv  pensse 

A  Gabriel  plus  ä  lui  tensse 

Qui  me  dist  que  mon  iilz  seroit 

Ou  lieu  David  et  régneroit 

Roys  dlsrael  toute  sa  vie. 

Sy  regnast-il  ne  morust  mie; 

Sy  corame  roys  vivant  regnast, 

Touz  lez  Juiiz  bien  gouvcrnast, 

Cerlez  c'est  bien  chose  seurc. 

S.    JEHAN. 

Madame,  c'est  vérité  pure 
Que  vostre  filz  est  vrais  lei*restrc 
Et  qu'en  ce  monde  roys  dolt  estrc, 
Ne  lez  Juifz  autre  roy  n'onl, 
Ne  jamez  apres  il  n'aront. 
Roys  aura  en  plusieurs  pais 
Trestous  h  vostre  (ilz  subgiz. 
Scur  culz  mon  seigneur  rcgncra 
A  son  plaisir  et  roys  sera 
Maugré  eulz  pardurablemcnt. 
Ainssy  pensa-il  certainemcnt 
Le  saint  ange  Gabriel 
Quanl  vous  dibs  le  saulul  novcl ; 


— w 

358  LA   RÉSCBEECnOX 


Certainement  bien  le  savez. 

NOSTRE   D41iE. 

Jebaiiy  moD  amy,  bieo  dit  avez. 
Faulz  Juifz  plains  diniquitez, 
CouYers  et  plains  de  grant  durté, 
Vous  estez  bien  durs  enneniiz 
Qui  vostre  rov  avez  occis. 
Le  cuer  félon  et  dur  avez, 
Car  touz  ensamble  bien  savez 
Que  je  suis  fille  de  Joachin 
Et  du  lignaige  Eliachin. 
Je  suis  d'Abraham  deseendue 
Et  de  l'arbre  Jessé  venue. 
Or  avez-vous  mon  filz  pendu 
Et  en  croix  viiment  estendu  ^ 
Et  sy  ne  (ist  oncques  injure 
Ou  monde  a  nulle  créature. 
Or  est  occis  par  grant  envie  : 
Vous  m'avez  faite  grant  vilcnie; 
Jamaisau  cuer  joie  n'auray 
Quant  a  sa  niort  bien  pensscray. 
Lasse!  cbetivedolereusc, 
Sur  loutcz  famme  engoisseuse , 
Tout  mon  esperit  sy  s*amorlist. 
Ma  vie  du  cuer  se  mortist : 
Assez  tost  scray  toute  morte. 

S.    JEIIAN. 

Madame ,  cilz  qui  touz  réconfbrte , 
Vous  veulle  en  pitic  rcgardcr. 
Or  vous  vcullicz  .1.  pou  relardcr 


DE    NOTRB    SEIGNEUR.  359 


Et  pcnrc  en  vous  bon  réconfoFt. 
Riens  ne  vous  vault  le  descouroit, 
Car  mon  seigneur  vous  aidera , 
Quant  de  morl  resuscitera , 
Je  le  vous  dy  certainenoenl;. 

SALOMEE. 

Coruciez  sommes  durement 
De  vous,  chiére  dame  bonorée  y 
Quant  ainssy  estcz  dcmenée; 
Mais  aidicr  ne  vous  povons, 
N^ecpnfort  donner  pe  savons. 
Sy  voulons  de  vous  copgié  prendrc  : 
Aler  nous  fault  sanz  plus  atendre 
A  Tespicier  isuellement 
Pouracbeter  de  Toignement. 
Sy  en  oindrons  le  vray  corps 
Qui  fut  doulz  et  miséricors  : 
Or  faisons  tost  sy  nous  bastons. 

JAGOBÉE. 

Vous  dictes  bien ;  or  y  alons, 
Mez  doulces  suers,  je  vous  en  pric, 
Sanz  il  faire  nuUe  destrie , 
Et  de  Toignenient  acbeterons. 
Au  monument  le  porterons  : 
Oindre  le  vueil  de  nnez  .11.  niains. 

MAGDELAINE. 

Roys  dez  cielx,  que  mon  cuer  est  plains 
De  tristesse  en  douleur  conterte 
Pour  Jhesu  lo  pitcux  prophéte 
Qui  ou  sépulcrc  gist  et  transsis, 


36o  L4   EÉSURBECTIOH 


Et  est  mört  en  crobc  cruciBs , 

Brås  estenduz  et  flajellez, 

De  saoc  vermeil  taiot  de  tout  lez ! 

Piez,  mainSy  viaire,  costé  et  cbief ,     ^ 

Est  tounnentez  ä  tel  mescbief 

Que  son  äpre  tourment  cruex 

Pleur  et  crv,  car  de  mez  chcvex 

Souffry  qu'assuise  h  bandon 

Cez  piez  quant  il  me  6st  pardon 

De  mez  pécbiez  dont  tant  avoie. 

Moult  m'est  tärt  que  son  saint  corps  voie 

Sy  vous  prie,  mez  doulces  sucrs, 

Que  nous  ne  lessions  a  nul  fuers 

Que  tantost  et  ysnellenient 

Aillons  querre  de  Poignemenl 

Et  le  vray  Jhésus  en  oindrons. 

SALOMÉE. 

Certez,  bien  faire  le  devons  , 
Car  quant  de  lui  il  me  souvient 
Ne  s^ay  comment  corps  me  soustienl. 
Bien  nous  doit  le  cucr  fendre  d'irc 
Quant  nous  véons  le  grant  martire 
Qu'il  a  souflert  sy  doulcement. 
Or  en  alons  bastivernent : 
Faire  en  devons  nostredevoir. 

JACOBÉE. 

Pour  lui  devons  bien  paine  prendre. 
Magdelaine,  alez  devant, 
Ne  nous  alons  pas  délaiant. 
Cy  voUcnt  .i  respicicr. 


DE   NOTRE    SEIGNEUR.  36 1 

MAGDELAINE. 

Maistrcs,  cilz  qui  touz  biens  envoie 
Vous  doint  honour,  santé  et  joye 
Et  vous  sauvc  le  corps  et  l'åmc! 

L'ESPIGfER. 

Bien  viengniez-vous,  ma  douice  dame^ 
Et  voz  compaignie  en$ement! 

MAGDELAINE. 

Maistre,  il  nous  fault  de  Poignement. 
.111.  boistes  nous  en  fault  au  pois. 
Pour  chascune  voie  de  nous  trois, 
Tout  le  meiliieur  que  vous  aiez  : 
Vous  en  serez  trop  bien  paiez. 
Or  lez  pesez,  je  vous  en  prie. 

l'espicier. 
Trest  volentiers  sans  faire  estrie ; 
Et  puis  apres  sy  vous  diray 
Que  ja  de  riens  n'en  mentiray 
Combien  elle  peseront; 
Puis  vous  diray  que  cousteront, 
Et  vous  en  feray  léaulté. 

SALOMÉE. 

Maistre,  soit  ä  voz  volcnté 

Et  trcs-bien  vous  voulons  paier 

Isnellement  sanz  délaier, 

Que  bien  tost  et  ysnellenient 

Volons  alcr  au  monument : 

Sy  en  oindrons  le  vray  prophclc. 

l'espicier. 
Dame,  cc  que  diclcs  mc  liole 


362  LA    RBSURREGTION 

Et  certez  tan  löst  vous  diray^ 
Que  plus  d'arrest  je  n'y  feray, 
.XX.  .L.  poise  Toignement. 
.XXX.  D.  vault  loiaulment: 
Certez  de  riens  n*en  vueil  menlir. 

JACOBÉE. 

Si  re,  soit  ä  vostre  plaisir. 
Tenez  véez  cy  voslre  monoie ; 
Le  vray  Jhésus  vous  cnvoit  joie. 
Congié  voulons  penre  de  vous , 
Et  se  n'i  a  nulle  de  nous 
Qui  voz  plaisir  ne  vousist  faire. 

l'espicier. 
Le  grant  Dieu  vous  vueille  parfaire. 

Cy  8'en  voisent  au  monument,  et  en  alant  dic  : 

MAGDELAINE. 

Douice  Marie  Saloinée , 

Marie  Jacobée  amée , 

Je  vous  diray  sy  com  moy  samble  : 

Aions-nous-en  touz  .iii.  ensemble 

Et  faisons  tost;  sy  nous  liaslons. 

Le  vray  Jhesus  sy  en  oindrons 

Pour  son  corps  aromatisicr. 

Loer  le  doil-on  et  prisier, 

Jhésus  le  bon  prophete  saint, 

Qui  dez  tourmens  a  souflers  mains, 

Qu'antier  ny  remaint  nerfz  ne  vaines ! 

Voz  boistez  sont  d^oignemciit  plaines  : 

De  cucr  dcvosl  bcnigncmcnl 


'.J. 


DE   NOTRE    SEIGNEUR.  363 

Y  alons,  car  moult  dignement 
Et  saintement  vivoit  en  terre. 

SALOMÉE. 

Moult  désir  dH  aler  grant  crrc 

J'avoie  pour  visiter 

Et  pour  oindre,  car  acheter 

N'alay  oncques  cest  oignement 

Pour  nul  autre  besoignement. 

Magdelaine ,  sy  vous  depry 

Quc  nous  y  aillons  sanz  destry. 

Marie  Jacobée,  amie^ 

De  haster  ne  nous  feignöns  mie 

Hastivement  tant  quH  soions. 

JACOBÉE. 

Bien  est  droit  que  nous  doions 
Haster  d'y  estre  sanz  délay , 
Car  de  bon  cuer  en  pensser  l'ay 
Pour  aromatizer  de  luy 
Les  plaies  et  le  corps  aussy 
Qui  tant  de  douleur  a  souiTcrt 
Par  Juifz  qui  ly  ont  offert 
Fiel  et  assil  en  croix  pour  boirc. 
Par  regrct  de  piteur  niémoire 
]Vl'en  souvient,  dont  souvcnt  gémis 
Et  soupir,  car  Juifz  l'ont  mis 
A  mört  et  a  tort  sanz  cause. 

MAGDELAINE. 

Envie  qui  accuse  et  cause 
Ma  in  les  person  nes,  ä  tort, 
Le  Icur  n  liiil  livrcr  ä  niort 


364  ^^    HESURRECTION 


En  croiz  tou  nu  sanz  achoison. 
Hastons-nous  tost,  que  c'est  raison 
Que  no  US  appengons  d'aprochier 
Le  saint  monument  ä  touchier. 
L'ont  fait  lez  mais  tresde  la  loy ; 
Ce  devant  vois,  ne  vous  esnoy, 
Car  désir  ay  de  le  trouver, 
Mez  förment  m'esmoy  qui  lever 
Nous  puist  la  picrre,  n^entrouvrir 
Le  tumbel  pour  le  descouvrir 
Quant  arrivées  serons  lä  : 
Aler  nous  iault  tout  droit  par  lä. 

Cy  voisent  .i.  tour  et  puis  die  devant  le  tumbel  en  regardant 

SALOMÉB. 

Gloriex  Diex,  las!  queferay? 
Mez  doulces  seurs,  je  vous  diray 
Je  voy  le  tumbel  descouvert. 
Ne  s^ay  qui  Va  ainssy  ouvert : 
Le  peut  avoir  desasamblé. 
Regarder  je  me  dout  qu'emblé 
N'ait  esté  le  prophéte  en  Fenrc. 
Trop  avons  faite  longue  demeurc 
Et  atendu  de  ev  venir. 

JACOBÉE. 

Moult  me  merveil  qui  cy  venir 
Y  a  osé  quant  my  regarde. 
Rcgardez  comnient  on  le  garde 
A  gens  d^irnics  lout  cnviron. 


DE    NOTIVE    SEIGNEUR.  365 

MAGDELAINE. 

Las!  ne  S5ay  ou  le  trouveron. 
Cy  chante  le  premier  ange  :  Agnus  redemit  oves^  et  die  tout  le  ver. 

GADUIEL ,  premier  angle. 

Vous  .III.,  famnicS)  en  voir  vous  dismés. 

Le  corps  du  juste  cruceBx, 

Jhesus  de  Nazareth,  Diex  fix 

Que  vous  qucrcz  n'est  pas  ycy. 

Partiz  sanz  est  et  surreccy  : 

Diex  est  vivans,  jä  n'cn  doubtez ; 

En  Galilée  le  quérez, 

Gar  il  va  vers  celles  parties, 

Et  n'en  veulliez  estre  esbaiez. 

Véez-cy  le  lieu  ou  il  fut  mis 

Mortel,  niez  Diex  et  homme  vis 

Et  vraiement  s'en  est  alez. 

MAGDELAINE. 

Sains  anges  qui  nous  revelez 
I^  rcsurreccion,  pour  voire 
fiien  vous  devons  seurenrient  croire 
De  cy  glorieuse  merveille. 
Vostre  clére  coleiir  vermeille 
Nous  donne  cause  d'cspérer 
Que  cy  estéz  pour  révéler 
La  sainte  résurreccion. 
Regardez  Tabitacion 
De  ce  sépulcre :  voz  .11.  fammes 
Le  sauverrés  de  toutes  åmes  : 
De  ce  lumbcl  s^en  est  yssu. 


366  L^    RÉSURRECTION 


SALOMÉB» 

Sy  haulte  merveiile  ne  fu 
Oncques  veuc  ne  regardée, 
Car  la  place  est  sy  prés  gardée 
De  .III.  chcvaliers ,  ce  m'est  avis, 
Que  surrexis  est  ou  ravis ; 
Méz  je  croy  le  suscitement 
Trop  miex  que  le  ravissement, 
Selon  la  parole  de  l'ange 
Qui  point  ne  mue  ne  ne  change, 
Ne  n'a  troublée  sa  coulour. 

JACODÉE. 

J'ay  espoir  que  toute  doulour 
Soit  en  ce  monde  humaine  guéric, 
Que  le  prophéte  filz  Marie, 
Jhésu  qui  est  resuscitez 
De  mört,  et  bien  nessecitez 
Nous  estoity  car  ainssy  avenist 
Pour  la  prophécie  enteriner. 
Or  ne  cessons  de  cheminer 
Chascune  de  nous  sanz  arrester , 
Tant  que  sachions  lä  ou  il  est 
Et  la  Ti  rons  droit  aourer. 

RAPHAEL,  second  ange. 
Avenciez-voys  de  cheminer; 
Vers  Galilée  en  alez  droit. 
Bien  vous  pourra  d'aucun  endroit 
Venir  å  vous  ä  Taudevant. 
Alez-vous-en  touzjours  avant, 
Car  vous  avez  commencié  bien  ; 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  367 

Ne  vous  doubtcz  de  nulle  rien  : 
Je  vous  acertaine  de  voir, 
Et  sy  le  vous  fais  bien  asavoir, 
Que  Jhésus  est  resuscitez. 

MAGDELAINE. 

Ha !  sire  Diex  de  grant  bontez , 
Veullez  sy  te  plaist  par  ta  grace 
Que  tu  nous  donnes  temps  et  espassc 
De  toy  trouver,  car  grant  désir 
Avons  nous  iii.;  méz  oii  quérir 
Ne  savons,  méz  tant  te  querrons 
Se  je  puis  que  te  trouverons. 
Nous  .111.  fames  partons  de  cy : 
En  nous  alant  chantons  ainssv 
De  ce  qu'ainssy  resuscita  : 

En  chantant  : 

Suvrexit  Christus  spes  nostra ; 
Precedet  voz  in  Galileam, 

SALOMÉE. 

Sepulcrum  Christi  viventisj 
Gloriam  \>idjr  resurgentis , 

JAGOBÉE. 

Angelicos  testeZy 
Sudarium  et  i^estes. 

Cy  se  destouraent  jusques  lez  chevaliers  aient  parlé. 

PREMIER    CHEVALIER. 

J'ay  oy  ne  s^ay  ou  sy  prés 
Chanter  je  ne  scay  quelle  vois 
En  mon  dorment ;  pour  ce  jc  vois 


368  L\   RÉSURRFXTION 


Au  monument  de  cest  costé. 

En  regardant. 

Ha  hay!  qui  puet  avoir  oslc 
Du  monument  et  descouvert 
Le  couvescle  et  entrouvert? 
Je  doubt  qu^emblez  nous  soit  Jhésus. 
A  la  mört,  seigneurs,  levez  suz ! 
A  la  mört!  Tuit  sommes  troublez  : 
En  nous  a  ce  prophéte  emblé. 
Bien  croy  que  s'ont  fait  sy  traistres 
Truans  don  t  il  estoit  menistres  : 
Alcz,  s'en  est  droit  par  de  lä. 

LE    SECOND    GHEVALIER. 

Or  tost,  alarme!  qu'est-ce  lå? 
Quel  ha  hay  est-ce  que  vous  failes? 
Nous  est  emblez  ce  fault  prophétes! 
Lessiez-moy  regarder  le  lieu. 
II  est  emblez,  par  le  grant  Dieu ; 
Certainement  enchentez  sommes. 

LE    TIERS    GHEVALIER. 

Sanz  doubte  s'ont  fait  ccz  faulz  honics 
Qui  Tönt  tost  adéz  poursui. 
Mal  nous  endormismes  huy, 
Paine  et  hon  te  nous  en  vendra. 
Au  maistre  de  la  loy  faura 
Que  tantost  leur  aillons  dire. 

LE    PREMIER. 

Vous  ne  vous  povez  escondire 
Que  ce  ne  soit  å  vostre  tor  t : 


DE   NOTRB    SEIGNEUR.  SGq 

Vous  vous  endormistessy  fort 
Touz  .111.  que  point  vous  n^entendiez 
Åu  monument  que  vous  gardiez  ; 
Je  le  voy  bien^  c'est  chose  apperte. 

LE    SECOND. 

Plus  de  hon  te  avez  en  la  per  te 
Du  prophéte  que  nous  grant  soriie; 
Car  tant  dormiez  ä  forte  somme 
Qu'en  vérité  ce  fut  mal  fait. 

LE    TIERS. 

Tout  .111.  somes  partant  du  fait  : 
Ce  mal  en  vient,  je  n'en  puii3  mez  ; 
Mez  plus  ne  iseray  cy  buy  mez 
Que  ysnellement  je  ne  m'en  voise. 

LE    PREMIER. 

Se  vous  faites  plus  plait  ne  noise 
Au  maistres  et  ne  le  celez , 
Traistez  serez  apelez 
A  touz  jours  mez  et  å  tous  temps. 

LE    SECOND. 

Certez  jä  pour  vostre  compens 
Au  maistres  ne  le  seleray, 
Mez  vérité  leur  en  diray 
Que  qu'il  en  doie  avénir. 

LB   TIERS. 

Du  dire  ne  vous  doit  souvenir,    * 
Car  par  le  corps  vous  ferroie 
Ceste  espée  se  je  véoie 
Que  m^  ne  péril  en  éusse. 
II.  ^4 


370  I«A   EiSURBBCTlOII 


LE   PIIEMIKE. 

Se  je  peossoie  qa'accu9é  fusse, 
Je  vous  occiroie  touz  .11., 
A  qut  qu'en  deust  estre  Ii  deulz , 
Ne  le  ineschief,  ne  le  oourroux. 

LE    SECOND. 

Ains  qu'ocis  aiez  ni^lz  de  noas 
Vous  abatroie  cy  mört  tout  coy. 
Se  plus  dites  ne  ce  ne  quoy. 
Et  sy  arez  ce  cob  premier, 

£a  férant. 

Et  cest  autre  pour  abessier 
Vostre  jeu  et  vostre  bobance. 

LE   TIERS. 

Pas  ne  veul  que  face  ventence 
Que  le  premier  content  méu 
Aiez  sanz  en  avoir  éu 
Ta  déserte  selon  le  cas. 
Or  tienlör  tien!  et  ne  di  pas 
Que  Ten  te  cresme  ne  ne  doubte. 
M'espée  00  qorps  ly  metray  Ipuie 
Puis  qu'il  a  esmeu  ceste  festo , 
Ou  je  Ii  pourfendray  la  teste 
Ce  m'espée  ne  ploie  ou  brise. 
Or  tien  en  despit  de  Pamprise 
Que  maintenant  ycy  fait  as. 

LB  pasMiBa. 
Fouir  m'en  fault  [^s  que  le  ps!» 
Ou  tout  maintenant. ja  satsimoit 


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DE  NOTBB  SEIGNEUR.  871 

LE  SEGOND. 

SuivoDS-Iey  frapoDS  ä  efort 
En  quelque  lieu  ou  il  aille. 

LE   TIERS. 

Je  ferrav  dCestoc  et  de  taille 
De  mespce  sur  lui  tous  jours 
Sanz  y  faire  plus  de  séjour. 

En  frapant  Tun  sur  Tautre  et  en  eulz  fniant. 

MAGDELAINE. 

Mez  suersy  faisons  nostre  alée 
Sanz  plus  faire  de  dcmorée. 
Et  faire  d'entrc  uous  chascune 
Tant  cheminer  par  %^oie  aucune 
Aux  plaisir  du  vray  Dieu  le  pére 
Que  le  prophéte  nous  apére. 
Par  cy  m'en  yray  droite  voie 
En  .1.  jardin ,  c'on  ne  roe  voie 
Plorer  et  regreter  en  plains 
La  douleur  dont  mon  cuer  est  pbäns. 
Quant  ce  prophéte  n'ay  trouvé 
Ou  sépulcre  ou  il  fut  pose, 
Vraiement  moult  m'en  est  grief. 

SÅLOMÉB. 

Magdelaine,  le  terme  est  brief 
Qu'en  Galilée  le  devons  quarre ; 
Yeulliez  en  voz  pleurs  Dieu  requerre 
Que  trouver  le  vous  doiot  par  gr^. 
Cy  vous  atendrons  bonne  espasae 
Jusquezä  tant  que  vous  venrefls. 

a4. 


373  LA  RÉSURRBOTION 


JACOBÉE. • 

Tout  au  plus  test  que  vous  pourrez, 
Magdelaine^  venez  k  nous 
Cy  endroil;  car  estre  sanz  vous 
Pour  certain  ne  voulon»  mte.  ... 

magdelainé;  ^ 

Marie  Jacobée,  amic, 
Ne  vous  esnoy  de  ma  demeure  : 
Talant  n'ay  que  sanz  vous  demeure* 
Longuement,  de  voir,  ce  sacbiez  : 
Cilz  qui  guérir  puet  tout  péchiez 
Ay  sy  au  cuer  par  souvenance, 
Qu'en  pleurs  convient  ma  contenance 
Et  en  regrez  qu'en  aore,  estre. 
Ou  jardin  ou  a  secret  estre 
M'en  voiz  plorer  sanz  plus  attendre  y 
En  lui  regretant  de  cuer  tendre , 
Piteusement,  sanz  vanité. 

Cy  Yoise  pa  jardin  plorer,  pöis  die  å  genoax  : 

Hé!  vrais  Diex,  qui  d^umehité 
Vous  vestistfes  en  corps  de  famme 
Pour  le  mbnde  öster  de  diffammé, 
Dont  en  la  croix  fustés  transsis 
Sy  vraiement  que  surreccis" 
Este,  sy  ('angle  tesrttoigne, 
Par  gråQc^  vculliez  öån?  esloigne 
M'diiieqistrer  réfeccion    '  ' 

De  vostfe  résurreccion        •  ' 

Qui  coniefte  et  resjoiss^  ,*       i.      'j^ 


DE    NOTBB    SEIGNEUR.  Z']?^ 


Car  rien  ne.véisse  ne  D'oiss6. 

Cy  viegiie  Dieu  å  elle  et  entré  Tarbre  die 

DIEU. 

Famme  qui  par  cy  vas,  que  quiers, 
Nulle  chose  sy  volentiers, 
Ne  pourquoy  pleure  ne  lamentes  ? 
Soubz  cest  arbre  cy  te  garmente  : 
Je  ay  bieii  ton  pleur  cntendu. 
Et  tu  voiz  pour  quoy  pleure  tu  j 
Et  sy  trez  förment  et  gémiz  ?* 

MAGDELAINE. 

Sire,  quar  je  ne  scay  ou  roifi^ 

Est  le  corps  de^  mon  vray  seigneur 

Qui  pitié  ot  de.moy  greigneur, 

Que  déservy  je  ne  Tavoie 

De  pechié  me  véa  la  voie 

Et  deffendy  que  n'y  rentrassc, 

Et  ä  ly  quar  me  monstrasse 

De  sy  préz  qu'&  sez  piez  ploray, 

Et  de  mez  lermes  Tcssuav, 

Et  essuay  de  mez  cheveux; 

Sy  te  prie,  sire,  se  tu  véulz-, 

Se  tu  scez  par  nulle  ensaignes 

Lä  ou  il  soit,  sy  le  m'ensaigh6s  : 

Certainement  querre  l'iray. 

DIEU. 

Famme,  tout  le  voir  t'en  diray  : 
Raboni  soiez  et  séure, 
C'est-a-dire  que  je  t'aseure 
Le  meslrc  suis  qui  agere  ' 


t  > 


374  ^^   RÉSURRBCTION 


Puis  tost ;  noljr  me  tangere^ 
Jusques  a  mon  pére  esté  aie ; 
Mez  point  ne  pleure  ne  t'esmoiey 
Et  vas  a  mez  fréres  nunder 
Et  å  chascun  qu^en  ce  vergier 
Me  suis  devant  toy  aparu. 
Åu  monument  a  bien  paru 
Que  surrexit  soie  et  levé, 
Quant  tu  ne  m'y  as  pas  trouvé  : 
Tout  maintenant  ainssy  m'en  vois^ 

MAGDELiklNE. 

Jhésus,  vrais  filz  de  Dieu,  g'i  vois 

A  chascun  nuncier  lez  recors 

Que  touz  viz.  est  d^åme  et  de  corps, 

Car  c'est  chose  créable  et  ferme. 
Cy  voise  å  sez  conpaigues  et  lenr  die  : 

Fammcs,  je  vous  diz  et  aferme 
Le  vray  prophéte  crucifix 
Est  tout  vivant  et  surrexis ; 
Aparu  c'est  en  cest  jardin 
A  moy  qui  trouva  sulz  .i.  pin 
Pour  luy  ploranty  et  sy  m'a  dit 
Que  je  voise  sanz  contredit 
Anuncer  sa  résurreccion 
Par  certaine  afirmacion : 
Je  le  vous  diz  en  vérité. 

SiLLOMÉE. 

Lasse  rooy  I  que  j'ay  de  pitié 
De  ce  qu'avec  vous  u'alasmes 
Ou  jardin  quant  cy  demorasmes! 


DE    NOTEE   SEIGNEUfi.  3^5 


Sy  Teussions  veu  nous  .11.  aussy. 
Jacobée  partons  de  cy ; 
Sans  nul  délay,  sy  le  quérons 
Et  faisons  que  le  trouverons  : 
Je  vous  dy  que  nous  ferons  sanx. 

JACOBÉE. 

Magdelaine,  qui  lez  a  sanz, 
Savez  lä  ou  k  vous  pärla  : 
Se  vous  penssez  oä  il  ala , 
Mains  jointes^  de  cuer  vous  en  pry, 
Que  nous  y  menez  sans  destry; 
Appertement  sy  le  verrons. 

MAGDELAINE. 

Suivez-moy,  et  tant  le  querrons 
Que  trouvé  Pärons  sy  ly  plaist. 
Cy  voisent  entour  le  champ,  et  quant  ilz  serönt  de  coslé  k  pin,  dit : 

MAGDELAINE. 

Véez  cy  le  pin,  mez  point  n'y  est ; 
Je  croy  qu'ä  son  pére  alez  soit  : 
Bien  Tentendi  qui  le  disoit 
Quant  me  dist  qu*å  luy  n'atouchasse. 
Je  m'en  tins  que  ne  1'aprochasse 
Sy  tost  qu'il  m'en  ot  fait  deflfence; 
Méz  je  croy  bien  que  sanz  offence 
Le  povons  quérir  loing  et  préz, 
Sanz  mesprendrCy  tant  que  plus  préz 
Tant  cheminer  qu'å  lui  solons. 

8ALOMÉE. 
Du  désir  ay  que  le  vcons 
Suis  moult  csprise. 


376  LA    RÉSURRECTION 


JACOBÉE. 

De  querre  avons  falt  emprise; 
Sy  VOU8  prie  n'arrestons  pas. 

DIEU. 

Cez  .111.  fames  pas  tout  de  ce  pas 
Alez  ensamble  moy  quérant : 
D'elles  me  yueil  faire  apparant ; 
Vers  moy  ont  cuor  piteus  et  doulz. 

Cy  Yoise  ä  eulx  et  die  : 
V0U8  .III.  fames,  quc  quérez  vous? 
Dictez  le  moy  y  suis-je  celui  ? 

MAGDBLAINE. 

Joignons  lez  mains  toutes  å  lui, 
Que  c'est  celui  certainement 
Qui  pärla  h  moi  doulcement. 
Saluer  le  vueil  la  prcmiére. 

A  genoDg : 

MAGDELAINE. 

Filz  de  Dieu  et  vraie  lumiére, 
Loée  soit  ta  sainte  gloire! 
Tu  ez  celui  qui  sanz  recoire 
Et  nuit  et  jour  partout  quérons. 

SALOMÉE. 

Roys  Jhésus,  nous  te  requcron^i 
Pardon  et  grace  et  mercy 
Quant  a  nous  t^es  aparuz  cy. 
Ta  resurreccion  tres  sainte 
Fait  bien  ä  exaucier  sanz  fainte. 
Loée  soit  et  aourée 
Ta  puissance  bien  éurée , 


DE   NOTRB   SEIGNEUR.  877 


Sanz  point  de  définement ! 

JAGOBÉE. 

Vrais  péres,  qui  divinement,:: 
As  la  prophécic  acomplie, 
Jointes  mains^  de  cuer  te  supplie^ 
Sy  voir  com  je  te  croy  Diex  estre, 
Que  pour  nous  sauver  daignas  estre, 
Que  tu  nous  veulles  pardonner 
Nos  pécbiez  et  mercy  donner, 
Car  je  voy  bien  que  tu  ez  cilz 
Qui  apres  raort  est  surrexis 
Et  joie  as  au  monde  aportée. 
De  ta  grace  reconfortée, 
Je  te  prie  or  nous  reconforte. 

DIEU. 

Fame,  ja  ne  te  desconforte, 
Car  je  vous  doins  ä  toutes  .iii.. 
Pardon  et  veul  de  niez  ottrois  . 
Que  de  moy  soiez  absolues, 
Et  de  mez  graces  estandues 
Soient  en  voz  cuers  fermement. 
Or  alez  par  afermement 
Revéler  de  cuer  provéu 
Partout,  quar  vous  m'avez  véu. 
Ce  de  mez  apostres  trouvez, 
Séurement  lez  aprouvez 
Qu'en  Galilée  orront  nouvellcs 
De  moy  qui  moult  leur  seront  belles, 
Et  je  vous  doint  ma  benéicon 
Et  sy  voiz  hors  de  soppe^on 


378  LA.   RÉSURRECTION 


Oster  Pierre  qui  pour  moy  pleure 
En  une  fosse  ou  il  demeure ; 
Mais  ma  mére  conforteray 
Ain^ois  et  revisiteray 
En  penssée  et  en  espérance. 
Plus  ne  feray  cy  demorance  : 
Partez  vous  en  que  je  m'en  part 
Et  m^en  vois  tout  droit  celle  part 
La  ou  conté  et  dit  vous  ay. 

MAGDBLAINB. 

Sire,  jamez  ne  cesseray 
De  vostre  nom  certefier, 
Exaucier,  glorifier, 
Certainement  tant  com  pourray. 

SALOMÉE. 

Tout  ainssy  faire  le  vouray 
De  cuer,  de  voiz  et  d'espérance 
Et  garie  m'as  mon  espérance , 
Et  mise  hors  de  grant  destresse. 

JACOBÉE. 

Sa  poissance,  saintisme  haultesse, 
Exauceray  de  cuer  dévost 
Et  ce  qu^a  nous  monstrer  ce  vost 
Et  pardon  de  noz  péchiez  faire; 
Car  en  plus  gloriex  afaire 
Pour  vérité  aler  ne  puis. 

MAGDBfiElNE. 

Toutes  .111.  sanz  faindre  depuis 
Qu'il  le  nous  a  ainssy  chargié 
YronSy  quant  c'est  par  son  congié , 


DE    NOTRE    SEIGNEUR.  879 


Sa  résurreccion  anunssant 

En  general  et  exaussant; 

Et  vous  prie  que  pour  Texellaqce 

De  sa  loenge  ,  sanz  cillance, 

Nous  esmovons  sanz  tarder  plus, 

Chantant :  «  Tt  Deum  laudamus.  )> 


EXPLICIT,  EXPLIXIT. 
AMEN! 

amen! 


*• .-  v 


.  I 


NOTES. 


Page  14^  vers  17,  18  et  19  : 

Hélie  I  sus  Tauctorité 
DevoDs  entendre  SébiU 
Qui  fut  royne  moult  nobile. 

lAs  prophéties  de  la  rojnt  SybilU  oa  Scbäle^  oa  simplement  des 
Sibilies,  furent  celebres  au  moyen-åge.  On  les  trouve  en  prose  ét 
en  poésie  latine,  en  prose  et  en  poésie  frangaise,  dåns  un  assez 
grand  nombre  de  manuscrits.  Elles  ctaient  autrefois  chäntées.  å 
Noel  dans  les  églises,  et  le  concile  de  Narbonne  filt  QbJfigé  de 
lesproscrire  par  un  article  formel.  Malgré  son  arrét ,  il  cöntinUa 
cependant  å  étre  question  des  Sybilles  å  la  messe  des  mörts,  dans  la 
prose  du  Vies  irce^  au  troisiéme  vers.  qui  était  ainsi  con^u  : 

Teste  David  cum  Sybäia,  . 

Åujourd^bui  on  Ta  remplacé  par  ces  möts : 

Crucis  expahdens  vexilla. 
Les  Sybilles  n'appartiennent  donc  plus  dorénavant  qu'au  domaine 


382  NOTES. 


légendaire.  M.  de  la  Rue  attribue  ä  Guillaome  Hermann ,  troaTére 
du  XII*  siécle  ,;in  roman  des  Sybilles ,  de  plus  de  2000  ven, en  Ten 
anglo-normands,  lequel  commencerait  ainsi : 

n  furent  dis  Sibiles, 
GentiU  dames  aobiles, 
Ki  ore6t  en  lear  vie 
Esprit  de  prophécie,  etc. 

(Voyez  p.  280  et  suivantes  -.  Essais  historiques  sur  les  bardcs^ 
les  jongleurs  et  Its  trouvéres  Anglo-Nornumds .  ) 

La  Bibliothéque  du  roi  contient^  dans  le  Mst.  7656,  Mst.  qui  re- 
monte  au  xiv*  siécle ,  apres  le  Tttsor  de  Brunetto  Latini,  des  Ora- 
cles  sybillins.  Elle  renferme  également,  dans  le  Mst.  coté  6987 
(xiii*  siécle),  apres  une  Apocalypse,  un  traité  des  dix  Sybilles,  et 
en  particulier  de  la  dixiéme  appelée  Tibumica ,  en  latin  Alburnea^ 
fiUe  de  Cassandre  de  Troie ,  laguelU  prtdit  de  Jesus-Christ  ei  du 
royaume  des  cieux.  Le  traité  commence  ainsi :  «  Les  Sébiles.géiié- 
raument  sont  appelées  les  fames  «  prophétianes,  etc.» 

EnåOy  le  Mst.  8649,  ancien  n^  1415  (Bibi.  roy.)»  Mst  de  format 
in-4*,  en  papier  et  avec  miniatures ,  nous  offre  les  Prophéiies  des 
Sjrbilles^  soos  forme  de  mystére  ou  de  morialité ;  cette  oeuyre  cu- 
rieuse  est  dédiée  å  la  duchesse  Louise  de  Savoie ,  mére  de  Fran- 
{oisl*'.  Qn  trouve  encore  quelques  détails  sur  les  Sybilles  å  la  page 
i5S  äu  Catalo^e  des  manuscrits  de  la  bibliothéque  de.  Aenne»,  po- 
blié  récemment  par  M.  Dominique  Mallet,  bibliothécaire  de  la  TiUe 
de  Reonen.  Cc  M*^  me  ifait  Thonneur,  ä  la  page  118  de  son  livré,  de 
cvitiqaec  ftö^^z  vertement  Tédition  que  j^ai  donnée  de  la  leende  d« 
S,  Branoaines.  Ilaurait  peut-étre  été  plus  å  propos  de  m'eii  re- 
mercier,  car  il  est  probable  que,  sans  ma  publication  ,  M.  Blallet 
ii*etkt  point  soDgé  a  parler,  dans  la  sienne,  de  cette  légende,  qoi  était 
tout-ä-fait  inédite  avant  que  jeTeusse  imprimée  propras  impensis  ei 
curis,  M.  Mallet  ed  t  dil  remarquer  ensoite  que  ses  reprocbes  tom- 
bent  ä  faux  pourla  plupart,  car  en  donnant  une  edition  entiérement 
eonforme,  mime  dans  ses  Jautes  ^  au  manuscrit  de  Paris  le  plus 
ancien  de  oeux  qui  contiennent  la  légende  deS.  Br^ndaines,  je  ii'ai 
pas  ea  le  moins  du  [roonde  la  pretention  de  reproduire  le  texte 


.  I 


NOTES.  383 

qui  appartieot  å  U  bibliothéque  de  Rennes,  et  qai  n^éUit  pro- 
bablement  coonu  qae  de  son  conservatenr.  Da  reste,  1m  critiques 
beaucoup  trop  affirmatiTes  de  M.  Mallet  ne  m^empécheront  pas  de 
reconnattre  qu*il  y  a  dans  son  livré  de  fort  bonnea  ehosea,  et  de  le 
remercier,  au  nom  des  bibliophiles  qui  ne  defraient  pas  8*entre* 
mänger,  d'avoir,  le  premier,  publié  le  catalogne  dea  manuscrits 
quHl  était  chargé  de  gärder ,  et  dont  probablement  avant  lai  Ton 
pouTait  dire : 

Sacrés  ils  sent,  car  personne  n'y  touche. 

Page  369  vers  4  et  5  : 

De  moi  se  devraient  bien  moquier 
Et  moi  appeler  Danoi  Richier. 

Dam  Richier  (dominus^  domnas  Richitr,  d^oA  [le  Don  des  Espa- 
gnols),  est  un  pwsonnage  qui  figure  dans  les  romans  du  cycle  car- 
lovingien.  On  lit  dans  celui  d^Auberi-le-Boorguignon  (Mst.  7227 , 
bib.  roy. ,  f.  f 4) : 

Or  chanterai  pour  vos  eabanoier : 

Je  sai  de  geste  les  chansons  commencier 

Que  nus  jongléres  ne  m'en  poet  engingnier. 

Je  sai  assez  dou  bon  roi  Qoevier 

De  Floevent  eC  dou  vaasal  Richier ! 

Page  45,  vers  19  : 

Cest  Bélias  qui  parle  : 

Ils  sont  oro  bien  atrapez 
Geulz  que  tenons  en  doz  priaoDs  \ 
De  crapaux  avons  Tenoisons , 
Rost  de  serpens  et  de  conleuTres: 
On  lez  sert  touz  selonc  leurs  euvres ; 
Puls  entrenoietz  d'escorpion8,  etc. 

Nos  ayeux  aimaient  ä  Texcés  ces  descriptions  fantastiques  de  TEn- 
fer.  On  les  rencontre  å  chaque  instant  dans  leorsMystéreset  lears 
poemes.  Elles  prouvent  que  la  fobulation  réalisée  par  Dante  était,  å 


384  NOTES. 


son^époqoe,  plus  oommone  qa^on  le  suppose.  Qaelquefoisamielles 
fouroMsaieiit  nn  texte  å  des  satirs  assez  originales  et  assez  spiri* 
tueltes,  témoin,  par  exemple,  celle  qui  snit,  de  Raoul  de  Houdaing, 
satire  quI  est  intitalée  le  Songe  dEnfer.  Gette  piéee  se  tTmnre 
dant  le  MsC.  7318,  fol.  85  (Bib.  royale),  d^aprés  leqnel  je  la  domie; 
tootefob,  je  Tai  revne  sur  la  le^n  du  Mst.  7615,  fol.  cxyi. 


LE  SONGE  d'eNFER. 


.£n  songes  doit  fabler  avoir, 
Se  songes  puet  devenir  voir; 
Dont  sai-je  bien  que  il  m'avint 
Qu'en  sonjant  .i.  songe,  me  yint 
Talent  que  pélerins  seroie. 
Je  m'atornai  et  pris  ma  voie 
Töat  droit  vers  la  cité  d*£nfer. 
Errai  tant  quaresme  et  y ver  , 
Qu'a  droite  eure  i  fui  venuz, 
Més  de  ceus  que  g'i  ai  connuz 
Ne  vous  ferai  ci  nul  aconte 
Devant  que  j'aie  rendu  conte 
De  ce  qu'il  m'avint  en  la  voie. 
Plesant  chemin  et  bele  voie 
Tiruévent  cil  qui  enfer  vont  querre. 
Quant  je  me  parti  de  ma  terre, 
Porce  que  Ii  contes  n'anuit, 
Je  m'en  ving  la  premiére  nuit 
A  Ciovoitise  la  cité. 
En  terre  de  Desleauté 
Est  la  cité  que  je  vous  di. 
Ge  i  ving  par  .i.  mercredi; 
Si  me  herbregai  chiéSk  Envie. 
Plesant  ostel  et  béle  vie 
Eumes,  et  sachiez  sans  guile, 
Que  c'est  la  dame  de  la  vile. 
Envie  bien  me  herberja ; 
En  Tostel  avoec  nous  menja 
Tricherie,  }a  suer  Rapine , 


NOTES.  385 


Et  Avarisce,  sa  cousine, 
Vint  avoec  Ii,  si  comme  moi  samble. 
Por  moi  véoir  toutes  ensamble 
Et  vindrent  et  grant  joie  firent 
De  ce  qu'en  lor  pais  me  virent. 
Tantost,  sanz  contremander. 
Vint  Avarisce  demander 
Que  je  novéles  Ii  déisse 
Des  avcrs,  et  Ii  apréisse 
Lor  fez  et  lor  contenemenz^ 
Si  com  chascuns  de  ses  parenz 
Se  demaine  ma  demandé ; 
Et  je  ly  ai  tantost  conté 
.1.  conte  qu'ele  tint  å  buen, 
Quar  je  Ii  contai  que  Ii  suen 
Avoient  du  pais  chacié 
Larguéce,  et  tant  s*est  porchacié 
Sa  gent,  que  Larguéce  n'avoit 
Tor  ne  recet,  ne  ne  savoit 
Quel  part  ele  puet  durer  ; 
Ne  le  pot  més  plus  endurer 
Larguéce,  ainz  est  en  si  mal  point, 
Que  chiés  les  riches  n^'en  a  point. 

Ce  Ii  contai :  grant  joie  en  ot, 
Et  Tricherie  a  .1.  seul  mot 
Me  redemanda  esraument 
Que  je  Ii  déisse  comment 
Li  tricheor  se  maintenoient 
Icil  qui  å  li  se  tenoient, 
Se  le  voir  li  savoie  espondre, 
Et  je  que  tost  si  voii  respondre. 
\Å  dis  de  son  voloir  .1.  pou, 
Que  Tricherie  ert  en  Poitou 
Justice  dame  et  vis  contesse, 
Et  a  por  prendre  sa  promesse. 
En  Poitou,  si  com  nous  dison, 
Ferme  cbastei  de  trahison, 

II.  25 


386  NOTES. 


Trop  haut  le  plus  diven  (I)  du  monde 

Dont  Poitou  siet  h  la  roonde , 

Toz  enclos  et  ^ahispar  gprant  forcc. 

Tricheric  qui  8*en  efibrce 

I/a  si  garni  de  fausseté, 

Qu*en  aus  n'a  foi  ne  léautö. 

Ce  respondi-je  Tricherie , 

Més  quique  tiegnc  å  vilonie , 

Je  dis  tout  voir,  n*en  doutcz  rien , 

Quar  des  Poitevins  sai-je  bien 

Ceus  qui  connoissent  leur  couvine, 

Que  de  leur  roiaume  est  roTne , 

Tricherie,  si  com  moi  samblc , 

Qu*eiitre  els  et  Ii  trestout  ensamblc 

Sont  de  conseil  k  parlcment. 

Adont  s*en  rist  mult  durement 

Tricherie  et  grant  joie  en  fist , 

£t  puis  tout  en  riant  me  dist : 

«  J'ai  toz  les  Poitevins  norris  : 

«  Se  il  8*acordent  å  mes  dis, 

«  Biaus  amis,  n'est  mie  mcrveille.)' 

A  tant  departi  nostre  veillc 

Chascun  å  son  ostel  ala , 

Et  je  qui  toz  seus  remez  U 

Avoec  m'oste8se  juftfu^au  jor. 

Et  lendemain  sanz  nul  séjor  . 

Levai  matin  et  pris  congié. 

Et  me  mis  au  chemin  com  gié 

Estoie  fez  le  jor  de  devant. 

Hors  de  la  cité  lå  avant 

Tomai  å  senestre  partie. 

Tant  que  je  ving  å  jf  oi-M^Ue , 

La  corte,  la  mal  compassée, 

Qui  en  poi  d*eure  est  trespasiée. 

Wi  a  c*un  petitet  de  voie  .   . 


■^^" 


(I)  Mst.  7615  :  le  plus  plesant. 


NOTES.  387 


De  ce  quc  dire  vous  devoie. 

El  primier  chief,  non  pas  en  coste ; 

Trouvai  Tolir  (1)  .1.  divers  oitc. 

De  mentir  ot  le  maistire  : 

De  Foi-Mentie  est  mestre  et  sire. 

Cortois  estoit  et  debonére ; 

Durement  me  plot  son  afére. 

O  lui  me  retint  au  disoer  : 

Apres  sans  lon^es  demorcr, 

Vint  mes  östes  a  moi  enqnerre , 

Comment  Tolirs  en  ceste  terre, 

Uns  siens  filletis  se  maintenoit, 

£t  comment  il  se  contenoit 

Contre  Doner ;  itänt  m'enqaist 

Et  de  ce  que  il  me  reqnist 

Respondi  voir,  quar  je  Ii  dis 

Que  Doners  ert  las  et  mendis, 

Povres  et  nus  et  en  destrecc 

Qui  soloit  avoir  Tainsnéece. 

Or  est  mainsnez,  or  est  du  mains : 

Doners  n'ose  monstrer  ses  mains , 

Doners  languist,  ce  est  la  somme. 

James  Doners  chiés  nul  haut  homme 

Ne  fera  .11.  biaus  cops  ensamble. 

A  hautes  cors  de  Doner  samble 

Que  il  n'ait  mle  le  cuer  sain, 

Qu'en  son  sain  tient  adés  sa  main, 

Lais  chétis  hais  et  blasmez. 

Tolirs  est  biaus  et  renommez ; 

N'est  pas  chétis  ne  recréus, 

Ainz  est  et  gi'anz  et  parcréus. 

De  cuer,  de  cors,  de  brås,  de  mains 

Est  grans  assez :  Doners  est  nains  (2). 

Quant  mes  östes  ceste  novele 
Oi',  mult  par  le  tint  å  bele, 


.♦  I. 


♦•" 


Odm 


(1)  Enleverj  de  tollere,  L'auteur  en  fait  un  personnagé  ållegönq[iie. 

(2)  Mst.  7615:  Yab.  :  Donner  b  ose  montrar  9fs  mains. 

25. 


388  NOTES. 

Et  mult  ii  plot,  dont  m*enpftrti. 
D'aler  mon  chemin  m'aati 
Oii  je  vous  dis  qu'aier  devoie. 
Por  eschacier  la  male  voie, 
M'en  issi  par  une  posterne ; 
Droitement  ä  Vile-Tavernc 
M'cn  commen^ai  ä  ampasser; 
Mes  ain^ois  me  covint  passer 
.1.  fl  un  ou  mains  vilains  se  nie« 
Que  Ten  apele  Gloutonie. 
Iluec  ving,  outre  m'en  passai; 
Més  tant  est  viex,  de  voir  le  sa  i , 
Qu'ainc  més  si  vil  passé  n*avoie. 
Si  qu'en  Vile-Taverne  entroie  , 
Trovai  de  mult  piesant  raaniére 
Roberie  (1 )  la  taverniöre , 
Qui  me  herbrega  volentiers  : 
La  nuit  fu  mes  osteus  cntier&. 

De  jouer  o'i  mult  bel  atret ; 
Hasart  et  Mescont  et  Mestret 
Furen  t  la  nuit  k  mon  ostel. 
Qu'en  diroie  ?  Je  Toi  itcl 
Con  ne  le  pot  plus  piesant  fére. 
Mult  m'enqui$trent  de  mon  afére, 
Li  compaignon  qui  iéenz  érent ; 
Tuit  ensamble  me  demandérent 
Mestrais  (2),  Mescontes  et  Hasars , 
Que  lor  déisse  isnelle  pas  (sic) 
Noveles  qu'å  Chartres  fesoient 
Dui  lor  ami  qu'il  mult  amoient , 
Cbarles  et  Mainsens,  de  la  loge  (3) 


(1)  Le  vol,  de  rober^  dérober.  Cest  un  trait  de  satire  contre  let 
hAteiiers. 

(2)  Mst.  7615;  Yab.  :  Mesdiz. 

(3)  Le  Mst.  7615  supprime  les  deux  noms  propres  et  donne  la  le- 
9Pii  saivaate : 

Car  les  mesdisans  de  la  loge, 

Oii  Papelardie  se  loge, 

De  ces  .ii.  m'eoqaistrent  les  faiz. 

J 


NOTS8.  38g 


Oii  Papelardie  se  loge. 
De  ces  .11.  m'enquislrent  les  fez, 
Et  je  respondi  sanz  meffes  : 
(T  II  vous  aiment  mult  durement. 
rr  Si  vous  dind  rezon  comment : 
«  Sovent  lar  fetes  gaaignier; 
«  Si  vous  vuclent  acompaignier 
«  A  eus  tout  par  droit  héritage.» 
Et  il  me  tindrent  mult  å  sage; 
Por  ce  que  le  voir  lor  en  dis, 
Qu*en  cest  mont  a*a  pas  de  gen  t  .x. 
Qui  d'el8  la  vérité  relret, 
Miex  aiment  Mescont  et  Mestret 
Que  fet  cil  Charles  et  Mainsens  (1 ) : 
U  les  atraient  en  toz  sens. 

Et  Ii  tavemier  de  Paris , 
Cil  ne  les  servent  mie  enuis  , 
Ainz  vous  di,  foi  que  doi  S.  Piére, 
Que  il  aiment  de  grant  maniére 
Mestrait  et  Mescont  et  Hasarts 
Qu'å  lor  gaaing  ont  sovent  part. 
Gautiers  Moriaus,  n'en  dout  de  riens, 
Jehans  Bocus  et  artistens, 
Hermers  (2),  Guiars  Ii  fardoilliez, 
Qui  maint  briqons  ont  despoilliez , 
^'auroie  ouan  tout  aconté 
Ce  conte  Mestret  et  Mesconte. 
Ce  dis;  lor  vi  venir  Hasart 
Qui  me  demanda  d*autre  part, 
^'o^eles  de  Michiel  de  Treilles. 
Apres  me  raconta  merveilles 
De  dant  Sauvage  et  de  sa  gent, 
Comme  il  fesoient  sanz  argent 
Estre  sovent  Girart  de  Troies; 


(1)  Mst.  7615;  Yar.  :  Que  fait  cil  que  les  mesdiians. 
''•>)  Ibid.;  Vår.:  riemars. 


Sgo  xoTEs. 

Et  je  lor  dis  que  toutes  voies 

Eftoit  Girars  en  lor  merci. 

U^ne  se  muet  oncques  deci, 

Més  adés  avoec  aos  séjome. 

So  ven  t  le  voi  penssai  et  mome ; 

Chascuns  i  prent,  chascnns  le  plnme: 

Cest  lor  béance  (1)  et  lor  constome. 

Ce  lor  djs-je  tant  seulement, 

Et  Hasars  qui  bien  sot  commcnt 

Si  desciple  le  sévent  fére, 

Fu  liez  et  esbaudi  Tafére, 

Et  tuit  et  tuit  Arent  joie. 

Ne  cuit  que  jamés  si  grant  voie, 

Qoar  Qncques  mei  téle  n'avint, 

Avoec  cele  grant  joie  vint 

Yvréce  la  mére  Versez, 

Et  ses  filz  o  Ii  lés  alcz. 

Versez  est  granz  et  parcréuz, 

£t  mult  est  amez  et  créux 

En  son  pais  et  en  sa  terre, 

Et  dist  qu'il  est  nez  d'£ngleterre. 

Cousin  se  fet  Gautiers-l*EDfant : 
En  niile  terrc  n'a  cnfant, 
Jc  croi,  qui  si  bien  le  rcsamble. 
n  puéent  bien  aler  ensamble ; 
Andui  soDt  si  graut  et  si  fort, 
Que  nus  n'auroit  vers  aus  csfort. 
Ne  nus  vers  aus  ne  s*apareille. 
Yersez  est  si  fors  å  merveille , 
Et  si  membruz  et  si  divers 
Qu'il  géte  les  plus  granz  envers. 
Par  moi  le  sai,  oiez  comment  : 
11  avint  trestout  esraument 
Que  Yersez  vint  léenz  ä  cort. 
Tout  pié  estant  mc  tint  si  cort, 


(i)  Mst.  7615  ;  Var.  :  Balance. 


^ 


NOTES.  391 


Qu*il  ine  covint  k  iui  jouer. 
Onques  ne  m'en  poi  eschiver, 
Quar  dcffendre  ne  m'en  séusse, 
Més  tout  aussi  com  je  fusse 
A  Guinelant  et  å  Vuitier, 
M'estut  escremir  et  luitier 
A  Iui  par  le  conseil  mon  öste. 
Yvrece  qui  son  mantel  öste, 
Par  grant  joie  et  par  grant  solas 
Nous  aporta  .11.  talcvas  (Ij, 
Comme  å  tel  guerre  coovenoit; 
Et  chascuns  en  sa  main  tenoit 
Par  grant  ire  et  par  grant  efforl, 
Baston  de  cler  aucoirre  fort. 

Si  vous  di  que  chascun  avoit 
D'ariDes  qu'anqu'il  Ti  covenoit. 
Jc  Ii  vois  et  il  me  revient, 
Et  je  le  sacbe  et  il  mc  tient, 
Et  je  sus  hauce  et  il  retrait. 
Je  Ii  retrai  d'iin  autre  trait, 
Et  il  esrant  k  trait  me  \ient , 
Et  si  tres  durement  me  tient 
Que  je  ne  ii  puis  eschaper. 
Si  durement  me  seut  taper 
Et  si  fort,  ne  1'  m'escréez  mie, 
Qu'au8  colées  de  l'escremie 
Me  iist  si  chauceler  k  destre 
Qu'ä  poi  ne  chéi  å  senestre. 

Et  lués  que  remest  cele  chaude ; 
Por  tenir  la  bataille  chaude, 
Yersez  reliéve,  si  m'assaut. 


(1)  Le  ialevas,  ou  tavelas,  ainsi  qu*on  Ht  au  mst.  7615,  était  une 
espéce  de  bouclier,  de  targe  courbée  des  deux  c6tés  et  formant  une 
espéce  de  toit.  On  lit  dans  le  Tornoiement  de  VAnte-crist : 

Li  escu 

Qui  resembloit  un  takvas. 


393  NOTES. 

Je  Ii  resail,  il  me  renat, 
Et  je  tresgéte  et  il  sormonte. 
Si  me  fiert  que  el  chief  me  monte 
Oii  Testordre  m'ert  montée. 
Ge  fu  Ii  cops  de  sormontée, 
Quar  il  me  monte  en  la  teste. 
Et  cil  qui  trestos  les  enteste 
Me  prent  aus  braz  et  si  me  tome, 
Et  en  cel  tor  si  mal  m*atome 
Que  il  m'abat  encontre  terrc 
A  .1.  des  jambes  d^Engleterre, 
Si  que  ne  1*  porent  esgarder 
Cil  qui  le  champ  durent  gärder. 

A  toz  fui  moustrez  esraument 
'      Et  iluec  sus  le  pavement 

Fusse  remez  a  grant  meschief ; 

Mes  Yvréce  me  tint  le  cbief 

Par  compaignie  en  son  devant  (i). 

A  cbief  de  pose  vint  avant 

Yersez  et  dist,  isnelle  pas  : 

fc  Compains,  ne  vous  merveilliez  pas ; 

ft  Maint  se  sont  \  moi  combatu 

«  Qui  au  luitier  sont  abatu 

<c  Et  au  combatre  en  la  taverne ; 

«  Neis  Guilliaumc  de  Salerne 

«  Con  tient  å  preu  et  \  bardi 

«  Ai  batu,  bien  le  vous  di, 

«  Jambes  levées  å  .1.  tor.» 

De  plusors  autres  cl  entor 

Se  vänta  qu'abatuz  avoit, 

De  teus  que  se  on  le  savoit 

Dont  mult  se  riroient  la  gent  ; 

Més  ne  seroit  no  bel  ne  gent 

Que  toz  recordaissejses  dis  : 

Je  remez  qui  fui  estordis. 


(1)  Ce  vers  et  les  dix-sept  suivants  sont  sautés  au  Mst.  761 5. 


NOTES.  393 


Il  s'en  ala;  més  ainc  Yvréce 

For  angoisse  ne  por  destréce 

Ne  me  volt  cele  nuit  lessier, 

Ne  je  ne  Ii  voil  rclessier 

D'obéir  å  sa  volenté. 

Quant  j*oi  l^enz  grant  piéce  esté, 

Com  cil  qui  blcciez  me  sentoie, 

Yvréce,  en  qui  conseil  j'estoie, 

Me  prist  et  si  me  convoia. 

Hors  du  chastel  bien  m'avoia, 

Et  toutc  i  mist  8*entencion  ; 

Par  devant  Fomication 

Me  mena  droit  en  .1.  chastel 

Qu'on  appele  Ghastiau-Bordel, 

Oii  maint  aulrc  sont  hcrbrcgié. 

O-Honte  la  fille  a  pcchié 

Me  vint  véoir  ä  (jrant  déduit, 

Larrecins,  Ii  iilz  Miennit 

Qui  reperoit  en  la  mcson. 

Cele  nuit  me  mist  k  rcson 

Larrecins,  et  m*enquist  comment 

Li  desciple  de  son  couvent 

Le  fesoient  en  cest  pais. 

Tantost  11  respondi  et  dis 

Sanz  atargicr  et  Sanz  faintise  , 

Que  li  Rois  en  fet  tel  juslice 

Et  qu*il  les  maine  si  apoint 

Que  larron  sont  en  mauvéspoint  (1). 

Celi  dis,  et  bien  Ic  savoie; 
Et  lors  si  demandai  la  voie 
A  enfer  la  grant  forlerece. 
Entré  Larrecins  et  Yvréce 
Mult  volentiers  m'ont  convoié. 
A  lor  pooir  m*ont  avoié 


(1)  N'est-ce  pas  ici,  en  quelque  sortc,  pour  laflatterie  comme  pour 
le  sens  méme  de  Texprcssion,  le  fameux  vers  de  Moliére : 
Nooft  vivoDB  sous  un  princc  eonemi  de  la  fraude. 


3^4  NOTES. 

Et  dient :  «  Plus  n*i  atcndras  ; 
K  Par  devant  Cruauté  tcndras 
»  Droit  å  Cope-Gorge  ta  voic , 
«  Et  d'ilueques,  si  te  ravoic 
<t  Avant  et  saches  sanz  abet. 
«  S'a  Murlre-Vile  le  gibet, 
»  Pues  venir,  bien  auras  crré  ( I ). 
«r  James  le  grant  chemin  ferré 
<t  Jusqu'cn  cnfer  ne  lesseras ; 
«  Més  si  droit  avant  fen  iras 
«  Quc  més  venras  en  enfer  droit.» 
Mult  me  conseilliérent  a  droit 
Yvréce  et  Larrecins  ensambie  : 
A  tant  Ii  parlemcns  dessamblc. 

Je  m*en  alai :  ma  voie  pris. 

Au  chemin  qu'ii  m^orent  apris 

Me  ting  et  alai  toutes  voies. 

Les  liues,  les  vilcs,  Ics  voies, 
Ne  vous  auroie  hui  acontées  ; 
Més  tant  trespassai  de  contrées 
Quc  je  ving  a  Désespérance 
Oii  la  grcignor  joie  de  Fraucc 
Oi;  ne  cuit  mes  si  grant  oic, 
Quar  Désespérance  est  monjoie 
D*enfer;  por  ce  est  å  droit  dite 

fl 

Que d*Jluec  jusquå  Mort-Soubitc 
N*a  c'une  liue  de  travers. 
Jouste  Mort-Soubite  est  cnCers  : 
N'i  a  c*un  souflc  å  trespasser, 
De  cele  monjoie  passer 
Penssai,  et  tant  qu'en  enfer  ving, 
De  tant  ii  bien  venu  me  ting 
Que  quant  gl  ving  que  il  metoienl 
Les  tables,  mult  s*entremetoient 
De  r  mengier  léenz  atorner. 
Onques  portiers  por  retorner 


(i)  Ce  versctlesdijL-ucufsuivanlsmanqueulauMst.  7616. 


NOTES.  395 


Ne  me  prist,  et  itänt  vous'di 
Cune  coustumc  en  enfcr  vi 
Quc  je  ne  tinfj  mie  k  pdverte, 
Qu'ii  mcnjuent  ä  porte  ouTerte. 
Quiconques  vcut  en  enfcr  vait : 
Nus  en  nul  tenz  léenz  ne  trait 
Que  jå  portc  ii  soit  fermée. 
Iceste  coustumc  est  faussée  : 
En  France,  chascuns  ciot  sa  porte  : 
Nus  n*entre  léenz  s'il  n'aporte, 
Cc  véons-nous,  toul  en  apert ; 
Més  en  enfcr  k  huis  onvert 
Mcnjuent  cii  qui  léenz  sont. 
De  la  coustume  que  il  ont, 
Me  lo;  en  enfer  ving  tout  droit : 
Onques  més  si  grant  joie  k  droit 
Ne  fu  föte  commc  il  me  firent, 
Quar  de  si  loing  que  il  me  virent 
Chascuns  por  moi  véoir  acort. 
Cel  jor  tint  Ii  Rois  d'enfer  cort 
^Plus  grant  quc  je  ne  vous  sai  dire. 
Cel  jor  furent  k  grant  concire 
Tuit  cil  qui  de  V  Roi  d'enfer  tiudrent. 
Li  mestrc  principal  i  vindrent, 
Cil  qui  sont  de  plus  grant  renon. 
Quant  ils  passérent  k  Ycrnon 
Bien  parut  a  lor  chevauchic, 
Quar  dusqu'au  cliief  de  la  chaucie 
Péri  toutc  réglise  aval ; 
Més  s*il  esloicnt  å  cheval, 
Ce  ne  fet  pas  k  demander. 
Li  rois  qui  Ics  ot  fet  mander 
Les  fist  entor  lui  asséir, 
Por  ce  qu'il  les  voloit  véir. 

Je  m'en  montai  isnélement 
Sus  el  palab  fet  k  ciment. 
Adouc  fui-je  bien  saluez 
De  elers,  d^ét^esques  et  d'abez. 
Pylatcs  dist  et  Bcizcbus  : 


396  NOTES. 

«  Raoul  (1),  bien  soies-tu  venuz ! 

<«  Dont  viens-tu  ?  —  Jc  vieng  de  Saasoigne, 

<r  Et  de  Champaingrie  et  de  Bourgoingne, 

t  De  Lombardie  et  d'£Dgleterre  : 

«  Bien  ai  cerchié  toute  terre. 

n  —  Tu  es  bien  a  eure  venuz; 

«  Més  ja  n*i  fusses  atenduz 

«  S'uns  petit  fusses  atargiez, 

<c  Quar  aprestez  est  Ii  meogiers.» 

Ainsi  dist  ^  moi  Belzébus  ; 

Més  ains  mengiers  ne  fu  véus 

Si  riches  qui  léenz  estoit 

Appareilliez,  c'on  ne  pooit 

Teus  viandes  trover  el  nionde 

Tant  comme  il  dure  ii  la  roonde. 

Je  en  fui  mult  joianz  et  liez; 

Et  tout  esrant  ii  paneticrs, 

Sauz  demorance  et  sanzatentc  (2), 

Ne  cuidiez  pas  que  je  vous  mente, 

Napes  qui  sont  faites  de  piaus 

De  ces  useriers  desioiaus 

A  estendues  sus  les  dois. 

A  tant  s'assist  Ii  mestres  Rois, 

Et  Ii  autre  communaument, 

Com  se  il  fussent  d'un  couvent. 

Mon  siége  fu  aine,  ni  ot  autre, 

Dui  popélican  T  un  sor  Tautre. 

Malable  fu  d'un  toisserant, 
Et  Ii  séneschaus  tout  avant 
Me  mist  une  nape  en  la  main 
De  r  cuir  d'une  vieille  putain. 
Et  jeTestendi  devant  moi. 
A  une  toise  sis  de  V  Roi , 
A  .1.  petit  prés,  non  pas  en  coste; 
Cele  nuit  oi'-je  mult  bon  öste 
Et  en  mult  grant  chierté  me  tint. 


(1)  Nom  du  trouvére. 

(2)  Ce  vers  et  le  suivant  sont  sautés  au  Mst.  7615. 


NOTES.  397 


Au  premier  més  ainsi  avint : 
No  US  apor  ta  Ten  de  vant  nous 
.1.  més  qui  fu  g^nz  et  estous. 
Champions  vaincus  å  TaiUie. 
Chascuns  (pränt  piéce  mal  taillie 
En  ot;  bien  en  furent  péu. 
Aprés^champions  ont  éu 
Useriers  eras  å  desmesure, 
Qui  bien  avoient  lor  droiture. 
Cuit  estoient  et  8'érent  tel , 
Qu'il  estoient  d'autrui  chatel 
Lardé  si  eras  desus  la  coste , 
Devant  et  derriér^t  encoste, 
Ot  chacun  .11.  doie  de  lärt. 
Jå  n*ert  si  eras  c*on  ne  le  lärt. 
En  enfer,  to  ut  communaument; 
Més  cil  d*enfer  enz  el  couvent, 
Itant  vous  di  bien  sanz  faintie, 
Qu'il  ne  V  tienent  inie  ä  daintie 
Tel  més  selonc  ce  que  je  vi ; 
Quar  il  sont  d'useriers  servi 
Toz  tens  et  esté  et  y  ver  : 
Cest  Ii  généraus  més  d^enfer. 

Uns  autres  més  fu  aportez  (1): 
De  larons,  murtriers  k  plentez 
Qui  furent  destrempré  as  aus. 
Si  estoit  chascuns  tos  vermaus 
De  sanc  de  marcheans  mordris, 
Dont  il  avoient  Tavoir  pris. 
Apres  orent  .1.  autre  més 
Qu'il  tindrent  ä  bon  et  k  frés  : 
Yielles  putains  aplaqueresses. 
Qui  ont  teus  crevaces  qu^esnesses, 
Mengiés  å  verde  saveur. 
Mult  s*en  loérent  Ii  pluseur, 
Si  que  lor  dois  en  délechoient 
Por  les  putains  qui  Ii  puoient, 


(1)  Toutcetalinéa  est  sauté  dans  le  Mst.  7615. 


SgS  NOTES. 

Dont  il  amoient  mult  le  flair : 
Encor  en  sent-je  puir  1'aLr. 

Devant  le  Roi  apres  cel  més, 
Aporta  Ten  .1.  entremés 
Qui  durement  fu  déparle^ 
Con  apéle  bougres  ullez, 
A  la  grande  sausse  Parisée  (1), 
Qui  de  lor  fez  fu  devisée. 
Comment  on  lor  fist  ce  me  samble 
Par  jugement  ^  toz  ensamble 
Sausse  de  fcu  finalement 
Destemprée  de  dampnement  (2). 

£a  tel  sausse  que  j'ai  nomméc, 
Toz  chaus  k  toutc  la  fumée, 
Furent  å  la  table  d'eiifer 
Aportez  en  broches  de  fer 
Devant  le  Roi  k  cui  mult  plol, 
Qui  entor  lui  ot  grant  complot 
Des  siens  et  fu  liez  durement, 
Et  présenta  mult  largement 
Lez  més  et  tant  en  donna-il. 
Et  9^  et  la,  que  cil  et  cil 
S*en  loérent  sanz  nule  fable, 
Tant  qu'il  disoient  sus  la  table 
Conques  teus  més  ne  fu  véus. 
Autre  bougres  ont-il  éus; 
Més  si  plésanz  véus  n'avoient, 
Que  por  lulleis  qu*ils  savoient 
Disoient  que  c'érent  espisse^. 
Si  en  fesoient  granz  délices 
Partout  que  ce  sembloit  poison : 
Tuit  en  ayoient  ai  f«iso«. 


T»''--* - 


(i)  Ceci  est  une  allusion  au  supplice  du  feU  fa'oii  faisait  subir  aux 
hérétiques,  k  Paris.  Les  Bougres  ou  Bulgar es  étaiept  des  esp^es  de 
Manichéens. 

(2)  Le  Mst.  761 5  saute  de  lå  å  ce  vers  de  la  page  1 99 : 

Adréa  cel  mös  noa»  tiat  en  Iiasie,  etCi   .  .      '^ 


NOTES.  399 


Més  il  cstoicnt  en  doutance 
Quc  il  n*éussent  més  pitancc» 
Desi  \k  quc  GoriiiODsd*argcnt 
Yenist  o  toute  sa  ffrant  gcnt 
En  enfer  ou  Ten  le  semont. 
Et  aprés  mc  dist  de  Gormont, 
Uns  d'autf  qui  tére  ne  se  pot, 
C*on  en  fcpoit  .1.  hochcpot  (1), 
Aprés  les  Loug^res  qui  fleroient 
Larsis,  et  puis  si  farsiroilftnt. 
Faus  plcdeors  å  grant  revel. 
Mult  en  mcnoient  grant  gaudel 
Entr*els,  por  le  faus  jugement 
Qu'il  font  cntr'atts  commonemeut 
Por  le  loier  qu'il  en  atendent, 
Et  por  les  deniers  qu*il  en  prendeut, 
Dont  il  acbntcnt  les  viandes 
De  qoi  il  font  lor  pances  grandes : 
Son  t  en  enfer  mengiéå  joie 
Greignorque  dire  ne  porroie. 

r)'aus  font  Ii  queu  .1.  entremés 
Tel  que  parler  n*oistesmés 
De  nule  tel  viande  å  cort ; 
Quar  c'est  uns  més  qui  pasne  cort 
Aus  cors,  ne  pas  n*en  sont  aprises ; 
Quar  Ii  queu  ont  les  langues  prises 
Des  plédeors  et  trétes  fors 
Des  gueules,  et  si  les  ont  lors 
Frites  el  tort  qu'il  font  de  1*  droit. 
La  ont  les  langues  del'  tort  droit 
Et  de  lor  faussetez  mérites, 
Quar  aincois  qii*eles  soient  frites 
Ne  trainées  par  le  feu, 
.1.  maistire  en  font  likeu; 
Quar  de  ce  que  furent  loés, 
Des  granz  loiers  sont  or  loées. 


(1)  Hochepot,  potpourri,  oiia  podrida,  mets  composé  de  plusieurs 
viaddes. 


4oO  NOTES. 

En  burre,  au  metre  en  la  fritare  , 
En  cel  feu  et  en  céle  ardure 
Ou^li'keu  si  les  demenoient, 
Tout  le  malice  avocc  hocoient 
C*on  puct'enj)ledeor  puisier 
Por  la  savoir  bien  aguisier, 
Tant  que  ce  n*ert  pas  geus  de  veille. 
De  tels  langues  n^est  pas  merveille  , 
Se  cil  d'enfers  ont  les  fri9ons 
De  plain  panier  de  lAåudi^ons 
Droit  sor  ces  langues  embroies , 
Entré  deux  menqonges  bocies. 
Devant  le  Rois  el  dois  amont 
Les  porten  t;  c*est  Ii  més  el  mont 
Conques  Ii  Rois  plus  desirnnt 
Que  ces  langues ;  quant  il  les  voit 
Mult  les  loa  :  tuit  les  looient. 
Qui  véist  com  langues  aloient 
Et  cå  et  lä^communement, 
Manderpéust  toutvraiement 
Aus  parjurez,  aus  menteors, 
Que  langues  de  faus  pledeors 
Ne  son  t  pas  en  enfer  blasmées, 
Més  chier  tenues  et  amées. 

Apres  cel  més  revint  mult  biaus : 
De  vielles  putains  desloiaus 
Firent  pastez  a  nos  confréres. 
Mult  déléchoient  lor  lévres 
Tuit  cil  qui  en  enfer  estoient , 
Por  ce  que  les  putains  puoient. 
£n  leude  frommage  rostis 
Nous  donérent  enfanz  murtris 
Qui  furent  gros  comme  sain ; 
Més  nu  frommages  de  gain 
A  cel  mengier  ne  se  puet  prendre, 
Con  en  trueve  petit  k  vendre. 

Apres  cel  més  nous  vint  en  baste 


NOTB8.  •    4^^ 


Bedel,  bete  (1)  bien  cuit  en  paste, 
Papelars  å  Typocrisie, 
Noin  moines  å  la  tanoiaie, 
Yielles  prestresses  au  civé, 
Noires  nonnains  ati  cretonné» 
Sodomites  bien  cuis  en  honte. 
Tant  més  que  je  ne  sai  le  conte 
Ont  cil  d'enfer  léenz  éu  : 
De  char  furent  trop  bien  péu, 
Et  burent,  si  com  devin, 
Yilonies  en  leu  de  vin. 
Bien  sai,  més  ne  in'en  puet  de^oivrc, 
Trop  å  mengier  et  poi  å  boivre 
Ont  en  enfer ;  tele  est  lor  vie , 
£t  lués  que  la  cort  fu  partic, 
Li  Rois  d*enfer  tout  maintenant 
Pärla  å  moi  en  demandant 
Gomment  g'ére  venuz  h  cort 
Des  noveles  me  tint  mult  cort 
Que  li  déisse ,  et  je,  sanz  doute , 
Li  contai  la  vérité  toute, 
Comme  ä  sa  cort  venuz  estoie : 
Bien  sot  que  de  rien  n'i  mentoie. 

Li  Rois  qui  por  lui  deporter 
Me  fist  .1.  sien  livré  aporter 
Qu'en  enfer  ot  léenz  escrit 
Uns  mestre^qui  mist  en  escrit 
Les  droiz  le  roi  et  les  forfcz, 
Les  föls  vices  et  les  folsfez 
Con  fet  et  tout  le  mal  afére 
Dontli  rois  doit  jiistice  fére  (3). 

En  cel  livré  me  rouva  dire ; 
Tantost  i  commen^i  å  lire. 
Qu'en  diroie  ?  en  cel  livré  lui, 


(1)  Mst.  7615;  Yar.  :  Bediaus  brulez. 

(2)  Ceci  est  probablement  une  allusion  å  quelqu'ouvrage  de  1'é- 
poque;  mals  elle  est  trop  vague  pour  qu'on  puisse  prdciser  le  livré  qui 
en  est  Tobjet. 

II.  26 


4oa  KOTKS. 

El  tant  que  en  liaint  connni 
En  cel  livré  qui  estoit  tels 
Les  vies  det  foli  ménesterels 
En  un  quaier  toutes  escrites. 
Et  Ii  rois  dist :  « Ice  me  dites, 
«  Qaar  ^i  me  plest  mult  k  oir, 
a  Si  pnitse-il  d^enfer  joir, 

0  Que  c*estde  1'  plus  plemnt  eiidnHt> 
Et  g'i  commen^ai  tout  å  droit , 

Et  tout  au  miez  que  je  "soi  lire. 
Des  föls  ménesterels  pris  k  dire 
Les  fais  trestout  a  point  en  rime> 
Si  bel,  si  bien,  si  léonime, 
Que  je  le  soi  k  raconter. 
Il  ni  remest  riens  k  conter, 
Péchiez  ne  honte  ne  reprouche 
Que  nus  hom  puist  dire  de  bouche> 
Que  touft  ne  fust  en  cel  escrit 
Ck>mment  que  chascuns  s'en  aquit, 
Que  de  6hascun  la  plus  vile  téche, 
Le  plus  vil  pechié  dont  il  péchc 

1  est  escrit,  je  V  sai  de  voir, 
Oublié  ne  voudroie  avoir 
Ce  que  je  vi  enz  a  nul  fuer. 
Je  f eting  du  livré  par  cuer 
Les  nons  et  les  fais  et  les  dis 
Dont  je  cuit  encore  biaus  dis 
Dire  sanz  espargnier  nului. 
Qu*en  diroie?  En  cel  livré  lui 
Si  lougement  com  le  roi  plot, 
Et  qoant  assez  escouté  m'ot, 
Tant  com  lui  plot  ne  mie  mains, 
Doner  me  fist  dedens  mes  m8iiis> 
.XL.  sols  de  déablies» 

Dont  j*achetai  byffes  j  olies. 

0 

Apres  ce  que  je  vous  ai  dit 
Ne  demora  c*  un  seul  petit 


É. 


NOTES.  4o3 


Que  cil  d'enfer  trestuit  s'armérent 
Et  puis  sor  lor  chevaux  montérent. 
Si  s'eii  alérent  proie  querre 
Por  le  pais  et  por  la  terre ; 
Mes  je  vous  di  sanz  mespresure 
Conques  ne  vi  si  grant  murmurc 
Comme  il  iirent  å  lor  monter, 
Trop  seroit  grief  å  raconter ; 
Més  je  ne  sai  qu*en  mentiroie. 
Au  partir  me  iirent  tel  joie 
Que  ce  fu  uuc  grant  merveille. 
Congié  prent  Baouls,  si  s'esveille , 
£t  cis  iontes  feut  si  apoint 
Qu*apré8  ce  n'en  diroie  point. 
Por  aventure  qui  aviegne, 
Devant  que  de  songier  reviegne. 
Raouls  de  Boudaingy  sanz  men^onge, 
Qui  cest  fablel  fist  de  son  songe, 
C  i  fine  Ii  songes  d'enfer : 
Diez  m'en  gart  esté  et  yver! 
Apres orrez de  Faradis  (t); 
Diex  nous  i  maint«t  noz  amis. 

ExpUcit  le  Songt  d^tnftr. 


Page  258,  vers  23  : 
Et  tu,  qui  es  ?  car  ce  me  compte. 

STlfAGOGUB. 

Se  le  grant  Dieu  me  gart  de  honte 
Ne  feray  pas  lonc  prologue  : 
J'ay  pie^å  nom  Synagogue ,  etc. 

Un  dialogue  ou  tencon  entré  Sainte  Égltse  et  Synagogue,  entré  !c 
Juif  et  le  Chrétien,  n^était  pas  chose  nouvelle  au  xui*siécle.  LUdée 

(1)  On  trouvera  cet  autre  dit  dans  les  notes  6nales  du  ii*  volume  des 
ceuvres  de  Rutebeuf,  qui  a  traité  égalemeot  ce  sujet. 

26. 


4o4  XDTES. 

t  eo  retfomre  loo^-temps  arant  fette  époqoe .  dan  un  dialogne  b- 
tin  de  PeCros  Alfonsias  fuf*  siécle),  édité  dans  b  BiMiothéqiie  des 
Péres ,  tome  xxi.  Cest  peot-étre  celte  prodoctioD  qni  a  domié  nåäs- 
tjoee  9a  peCit  poéme  fran^is  soir^nt.  qni  se  troure  da»  le  naDos- 
cnt7%iS,  Biblioth.  roy.,f  541,  x: 

DE  LA  DESF0TOISO5  DE  LA   SI^AGOGUE  ET  DB  »AIXTB  ÉGLISF. 


I 


De  br  men^oiiges  vuelent  vivre  Ii  mencoogier ; 
Plnsor  par  lor  menconges  font  br  vie  abngier. 
Clopiru  ftai«  uns  songiéres  qui  soojai  .1.  lODgc  ier  : 
Ilom  mortex  ne  porroit  plus  biaa  songe  soogier. 

Une  gent  son  I  qui  dient  que  trestout  est  mencoiige , 

Et  niceté  et  fable  et  faus  quanque  fen  songe; 

Mis  Joseph  qui  fu  fils  Jacob,  sonja  .1.  songe 

Qni  fu  biaus  oä  si  frére  mistrent  moult  gr»it  chalonge. 

J'ai  .1.  songe  songié  merveillex  å  devise ; 
Volex-vous  que  raon  songe  vous  esclérc,  et  devise  ? 
Jesonjai  que  .11.  dames  ont  contencon  eroprise : 
L^ane  est  la  Synagogoe  et  l'autre  ert  Sainte  Yglise.* 

Or  oiez  de  ces  .11.  8'il  vous  plcst  la  rancune  : 
Ja  n'en  dirai  mencongc  ne  fausseté  nis  une; 
Mis  aincois  vous  dirai  le  semblant  de  chascune  : 
Sainte  Yglise  est  vermeille  et  Synagogue  brune. 

Aincois  que  des  .n.  dames  plus  parole  fa^on, 
Vous  dirai  de  chascune  la  forme  et  la  facon. 
Sainte  Yglise  ert  vermeille,  blanchc  comme  .1.  glacoii 
Toutes  autres  figurcs  vers  la  seue  cffacon. 

Que  fesoit  Sainte  Yglise,  seignor,  or  escontez. 
.1.  chalice  tenoit,  de  ce  point  ne  doutez, 
Ok  Ii  sans  Jbésucrist  vermaus  ert  degoutea  . 
Du  costé  oii  ii  glaive  Ii  fu  mis  et  boutez. 

D'autre.part  tint  .1,  glaive  et  une  blanche  enseigne  : 
.111.  clos  agus  y  ot,  mon  s<Aige  le  m^enseigne, 


NOTES.  4^^ 

Et  une  croiz  vermeille  plus  que  plaie  qui  saingne  : 
En  mémoire  de  ceie  est  drois  que  Ten  se  saingne. 

Quel  corone  ot  ma  dame  de  quoi  fu  coronée  ? 
De  jonc  marin,  d'e8pine8  förment  heri^onée, 
Tcle  comme  ele  fu  h  Jhésucrist  donée 
Quant  sa  char  fu  k  mört  por  nos  abandonée. 

Or  ai  de  Sainte  Yglise  conté  en  quelle  maniére 
Ele  t  in  t  son  chalice  com  dame  droituriére. 
Or  vous  dirai  de  Tautre  qui  fu  gonfanoniére  ; 
Mult  lonc  tens  mhs  or  est  brisie  la  baniére. 

Quaut  IVIoyses  estoit  des  Juyfs  connestables, 
La  SynagOQ^ue  ert  dame,  c'est  .1.  mot  véritables; 
Més  des  or  més  ne  sont  ses  paroles  estables : 
Sa  baniére  ert  brisie,  quassées  sont  ses  tables. 

Ses  tables  sont  quassées,  dont  aus  Juyfs  moult  poisc  ; 
Sainte  Yglise  en  Galice  se  déduit  et  envoisc. 
Des  .11.  01  le  plet,  le  content  et  la  noise  : 
La  vilaine  pärla  ain9ois  que  la  courtoisc. 

Synagoguc  se  drcce,  qui  premiére  parole, 

Et  dist  ä  Sainte  Yglise  :  «  Garce,  ententma  parole; 

n  Tu  me  dois  obéir,  tu  issis  de  m'escole. 

((  —  Tais-toi,  dist  sainte  Yglise,  vieille  ribaude  fole.» 

Et  quant  la  Synagogue  s'oi  clamer  ribaude 
Dire  devint  plus  påle  el  plus  jaune  que  gaude. 
u  Tais-toi,  dist-ellc,  garce ;  trop  es  de  parler  baude  : 
«  Li  ticns  Diex  ne  vaut  pas  plain  bacin  d'eve  chaude. 

«  —  Tais-toi,  dist  Sainte  Yglise,  fole  vieille  froncie ; 
«( N'es-tu  ce  qu'Isayes  dist  j^  sa  prophecie 
<(  Et  li  autre  propbéte  David  et  Jérémie 
«  Dont  je  suis  essaucie  et  tu  désavancie? 

'(  — Tais-toi,  cbétive  fole,  ce  dist  la  Synagoguc; 
n  Pour  quoi  te  fez  si  baude  et  si  ficrc  cl  si  roguc? 


4o6  NOTES. 

«  Por  ton  Dieu  qui  ne  vautle  maz  d*une  viez  cogne? 
<c  Por  quoy  n'as  des  prophétes  avant  tret  cest  prolo^e? 

«  Por  quoi?  je  i*  te  dirai;  bien  le  te  saurai  dire. 
«  De  rien  ne  m'en  porras,  se  tu  ne  mens,  desdire: 
«  Se  Toir  dire  voloies  bien  en  as  la  matire; 
M  Més  ton  cuer  qui  faus  est  ä  fausseté  te  tire. 

«  Ysayes  fu  plains  de  la  g^ce  célestre, 
«  Qui  dist  ce  sevcnt  cil  qui  de  ta  loi  sont  mestre , 
«  De  la  raiz  Gessé  (f )  doit  une  verge  nestre, 
«  De  la  verge  une  flor ;  autrement  ne  puet  estre. 

(C  Bien  sez  que  ce  trouvon  escrit  en  Ysaye 
u  Et  sachez  que  la  flor  est  la  Yirge  Marie; 
«  Jhésucrist  fu  la  flor  dont  ele  fu  florie, 
«<  Par  quoi  je  sui  sauvée  et  tu  por  ce  périe.» 

Lors.respont  Synagogue  oii  Faussetes  repose 
Et  dist  å  Saintc  Yglise  :  «  Tais-toi,  chétive  chose. 
«  Tu  n'entens  pas  a  droit  de  ccste  riens  la  glose  : 
<c  La  verge  fa  David  et  Salomon  la  rose. 

«  —  Tais-toi,  dist  Sainte  Yglise;  que  ta  langue  soil  arse ! 

<c  Trop  as  le  cuer  farsi  et  plain  de  fausse  farse. 

M  N'aorérent  Ten&nt  Ii  riche  roi  de  Tharse, 

«  Si  com  David  ic  dist  qui  asprement  vous  jarse. 

n  — •  Il  nous  jarse  comment  et  en  quelle  maniére  ? 
«  —  Ne  Tentens-tu  pas  bien?  la  male  mört  te  fiére ! 
«t  I^avez-vous  le  sautier,  toute  la  Bibie  entiére? 
JK  En  enfer  en  cbarrez  oii  point  n'a  de  iumiére. 

«■  En  toi  et  és  Juyfs  a  tant  de  trahison, 
«  Qu'entendre  ne  daigniez  ce  que  nous  voiu  dison, 
(C  Ne  lisiez  les  propbétes  aussi  com  nous  lisoa; 
M  Par  votre  orgueil  cbarrez  en  Tinfemal  prisoD. 


(1)  Dela  race  dfi  Jessé. 


NOTES.  4^7 

«  —  Li  prophétc  toub  jarsent,  més  n'e8t  pas  de  lancetc, 
n  Mös  d*une  lance  ague  qui  n*est  saine  ne  nete. 
«  Ccst  de  la  mört  d'enfcr ;  cele  est  votre  de  dMc ; 
n  Nul  ne  muert  sans  baptesme  qa'cn  enfer  ne  se  mete.  » 

Lors  repond  Syuagog^ue  dolente  et  plaine  d*ire, 
Et  dist  h  Sainte  Yg^lise  :  »  Yeus  mc  tu  donc  desdire 
n  Quc  cil  en  qui  tu  crois  ne  morut  h  martire  ? 
tt  Por  rien  se  il  fust  Diex  ne  se  laissast  ocirrc. 

'C  Dcjå  ne  se  Icssast  h  Testache  attacnier , 

m  Ne  bättre  de  corgies,  ne  V  visage  cracbier, 

«  Et  trop  as  fole  penssée  quant  tu  tel  Dieu  tiens  chier: 

«>  Jä  s*il  fust  Diex  issi  ne  se  Icssast  toucbier. 

«  Li  Juyfs  11  donnérent  mainte  bufi^  en  la  joe, 
<r  A  qui  feri  jocrcnt  de  lui  tout  å  la  roe. 
•<  Ja  ce  ne  lor  souffrist  se  la  force  fu  soe  : 
n  One  si  fole  créance  ne  vi  come  la  toe. 

•«  —  Tais-toi,  maleurcus.c;  quanques  tu  m'as  conté 
«  Fist-il  por  nostre  amor;  moult  nos  fist  grant  bont<$. 
n  De  son  sanc  nous  reant  de  la  {^rant  obscurté  ^ 
»  Oii  tu  scras  toz  jors  par  ta  maleurté. 

«  Cbétive  mcscrcant,  fausse  vieillc  et  vilaine, 

H  fiien  connoi  et  bien  sai  de  verité  certaine, 

<•  Que  la  cbar  Dieu  prist  mört,  quar  elc  estoit  humaine ; 

M  Més  la  déité  pure  remest  entiére  et  sainc. 

<c  Par  le  pécbic  d'Ädam,  voir  dit  que  je  le  nomme  , 
X  Qui  mordi  sus  deffensse  commc  glous  en  la  pomme, 
«  Fu  dampnez  toz  li  siéclcs;  nul  ne  sauroient  la  somme 
«f  De  cels  qui  dampnez  furent ;  por  ce  devint  Diex  bomme. 

«  Li  filz  nasqui  en  terre  par  le  piesir  du  pérc 
«  Et  nasqui  sanz  péchié  de  sa  trés-douce  mére ; 
ff  Puls  ocist  par  sa  mört  la  notre  mört  amére  : 
"  Qui  issi  ce  ne  croil  droiz  ert  qu'il  le  compérc, 


4o8  NOTES. 

«  Fole  vieille  mauvése  et  dolente  chétive, 
n  Sarraun  ne  paicn,  ne  juyf  ne  juyve, 
<«  Ne  puéent  estre  sauf  par  nule  rien  qui  vive  , 
«  Ainz  charront  en  enfer  oii  il  n'a  fons  ne  rive. 

n  Trop  es  fole  et  avuegle  quant  contre  moi  paroles  : 

(C  Je  te  metrai  voir  toutes  au-dessous  tes  paroles. 

n  Tu  destruis  les  juyfs  et  confont  et  afoles 

«  Qui  lor  commande  quirre  les  maules  aus  roinssoles  ( I } 

'•  Les  maules  aus  roinssoles,  c*esl  légier  a  entendre  : 
«  Messies  est  venuz,  tu  le  lor  fcz  entendre ; 
«  Cest  cil  qui  en  la  croiz  se  lessa  pour  nous  pendre  : 
«  Bien  fen  saurai  reson  et  solucion  rendrc. 

«  En  tens  selonc  les  livrés  bone  solucion  : 

a  Quand  Messies  vendra  perdrcz  votre  elcction  : 

«  11  est  venu,  c'est  cil  qui  soufri  passion; 

ii  Puis  qu'il  nasqui  ne  fustes  fors  en  subjection. 

«  Quant  Jhésucrisz  nasqui  en  terrc  dignemént , 
a  Votre  onction  pardistes;  dl-je  voir  ou  je  mcnt? 
(C  Dés  lors  déussestu  savoir  certainemcnt 
'C  Venuz  est  Messies;  si  est-il  voircment !« 

Et  quant  Sainte  Yglise  ot  cestc  reson  fenie, 
Maintenant  m'esvcillai ;  ou  nom  Sainte  Marie 
Mon  songe  mis  en  rime;  la  rime  avez  oie  : 
Diex  vous  doins  bonne  fin  et  pardurable  vie! 

Explicit  de  la  Synagoguc, 


(1)  Gette  locutiou  pourrait  se  traduire  en  quelqae  sortc  par  celle- 
c'i :  meltrt  la  chatrue  avantles  hoeufs.  Tu  leur  commandes  de  cniit 
les  maules  aux  roinssoles  signifie :  Tu  leur  ordonnes  de  c^irt  Its 
moules  aux  gauffres ,  au  lieu  de  :  Tu  leur  ordonnes  ile  cuire  la 
gaujffres  au  moule.  Ccst,  corame  on  voit,  un  coq-i-råne  par  iofcr- 


ston. 


NOTES.  4^9 


Fage  271 ,  vers  3  et  suivanU  : 

LE   MERCIER. 

Jä  poiirrez  acbeter  bonne  oeuvre; 

J'en  ai  de  maniéres  diverscs: 

J'ay  soye  rougc,  indes  et  perses; 

J'ay  soies  noires,  soies  fines 

Plus  blancbe  que  n'est  flour  d'espineSy  etc. 

II  est  curicux  de  comparcr  l*énuméralion  que  le  mercier  de  notrc 
Mystére  fait  de  ses  marchandises,  avcc  celle  qu*a  Iracéc,  de  Tappro- 
visionnement  d'un  de  ces  commergants  au  moyen-äge,  un  poéte  du 
xiii^  siécic.  Voici  quelques-uns  de  ces  vers  [Dit  des  Merciers ;  voy. 
les  proverbcs  et  dietens  du  moyen-Age  éditéspar  M.  Crapelet) : 

J'ai  les  mignotes  cciniurctcs, 
J'ai  beax  gants  a  damoisclctes, 
J'ai  ganz  forrez,  doubles  et  sangles  ; 
J'aidc  boncs  boucleså  cengles  ; 
J'ai  chainetcs  de  fer  bclos, 
J'ai  bones  cordcs  å  vielcs, 
J'ai  les  guimpes  ensaffrcnces, 
J'ai  aiguilles  encharnelécs. 
J'ai  escrifis  å  metrc  joiax, 

.Cai  borsesdc  cuir  a  noiax 

J'ai  de  boii  loutreå  pelicons^ 

J'ai  bermines  et  siglafons  (1), 
El  orle  de  porpois  (?)  de  mer. 

J*ai  polain  (3)  å  seeors  orler 

J'ai  sonetes  de  trop  beau  tor, 

J'ai  de  bons  flageus  å  pastor, 

J'ai  cuiUers  de  bois  et  de  trenblc.... 

J'ai  le  poivre,  j'ai  le  comin. 

J'ai  fil  d'argent  ä  Mazelin,  etc. 

Voyez  aussi  la  Dissertatioti  sur  Petat  de  Tindustric  et  du  com- 


(1)  Sorte  d'étofifes. 

(2)  Bordure  de  Marsouin. 

(3)  Polain,  sorte  de  poisson  de  mer. 


4lO  PIOTES. 


merce  de  Paris  au  xiir  siécle,  par  M.  Depping.  On  peut  coosul- 
ter  également  pour  des  énumérations  semblables  et  non  moios  tu- 
rieuses,  le  Dit  des  Feutcs  (orfcvres)  et  le  Dit  des  Boulangiers, 
que  j*ai  insérés  dans  mon  recueil  intitulé  :  Jongleurs  et  Trouvéresj 
page  128  et  suivantes. 


FIN    DES    NOTES. 


TABLE  DES  MATIERES. 


Préface Pag.      v 

La  Nativité  de  Jhésucrist J    .      1 

LeGeu  des  Trois  Rois ' 79 

La  Passion  de  notre  Seigneur 159 

La  Résurrection  de  notre  Seigneur 512 

Notes 581 


.      FIN   DU   DEUXIEME  VOLUME. 


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